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14/04/2016

Histoire de la violence, Edouard Louis

7202-100239207.jpgC'est le second roman de celui par qui le scandale est arrivé, un autre "roman" que sans doute, l'auteur n'avait pas envisagé d'écrire, un autre roman confession, qui cette fois-ci encore est centré sur lui même, comme recroquevillé sur un moment de son histoire, après Eddy Bellegueule alors qu'il tentait de devenir Edouard Louis, le récit ressassé d'une nuit unique sur laquelle il tire pour en faire une longue incantation de la douleur intime.

Un soir de Noël, à Paris, l'auteur rentre chez lui, du côté de la place de la République. Il a un peu bu, pas trop, se sent en accord avec ce moment, celui passé chez ses amis, et aussi celui de son retour, rafistolé par les livres offerts qu'il tient sous son bras. Il va lire, se dit-il, un peu, une fois la rue remontée et la porte fermée. Cet équilibre va être rompu par une rencontre fortuite. Un jeune homme, Reda, l'aborde et le séduit. L'auteur aurait pu résister, continuer sa route, ne pas ouvrir la porte et ne pas laisser rentrer Reda, et ses tentations de tendresses d'une nuit. Mais, finalement, il va dire oui. Et, cette nuit là, une fois passés les accords des corps, les quelques échanges de confidences, Reda va le voler, tenter de l'étrangler, le violer, et partir, disparaître, laissant l'auteur spolié d'une autre histoire, face à sa faiblesse et à sa peur, et volé, aussi d'une autre image de lui-même.

Que s'est-il passé, vraiment ? L'auteur tourne et retourne les étapes nocturnes, puis celles du jour d'après, l’hôpital, ses amis, la plainte au commissariat, et surtout, scrute son consentement. Méticuleusement, comme il a lavé les draps, récuré son corps, comme il a tenté d'effacer toutes les traces, il remonte vers les causes. Il écarte les solutions faciles, évidentes, Réda, fils d'Algérien immigré, Réda, frustré social, frustré sexuel et le hasard et de cette rencontre, lui, ex- Eddy Bellegueule, fils du nord et d'une misère qui ressemble à celle de son agresseur.

Cette histoire, et cette enquête intime, Edouard Louis l'a confiée à sa sœur, et maintenant elle même la raconte à son mari, autour de la table de la cuisine. A sa façon à elle, elle dit les mots de son frère, les traduit, le juge, évoque sa fatuité d'adolescent, ses errances viriles, son orgueil d'être autre, ses piètres glorioles, sa fuite d'eux, son incompréhension à elle. L'auteur est derrière la porte, il l'entend, parfois la corrige dans son récit parallèle, mais jamais ne la coupe, laissant couler leur deux paroles. Cet écho, seul le lecteur en lit les dissonances, en auditeur aveugle. Moi, je le voyais, le Bellegueule se ronger les ongles derrière la porte entrouverte, pris dans la faute d'avoir cédé à la tentation d'un soir.

Cette parole, qui n'est pas celle d'une victime, enfin pas seulement, dérange par sa lucidité, son ressassement, ses pistes en forme de questions qui se perdent dans le vide, une parole si sensible et si heurtée qu'on ne peut que la laisser se dévider jusqu'au bout, quelque peu soufflé par cette entreprise de l'intime.

Commentaires

Tu en parles bien !
Et pourtant, je ne suis pas certain d'avoir envie de le lire...

Écrit par : manU | 14/04/2016

Merci, j'ai tenté d'en parler le mieux possible, même si je sais bien que c'est un titre singulier, sans doute encore plus que le premier, que l'auteur s'y met tellement en porte à faux, qu'à mon avis, sa parole passe, ou pas ! difficile à défendre vraiment, c'est du feeling ...

Écrit par : Athalie | 15/04/2016

Beau billet ! Je n'ai pas encore franchi le pas en ce qui concerne cet auteur. La crudité et la violence des actes qui doivent être décris me retiens encore...

Écrit par : Margotte | 15/04/2016

Le premier est beaucoup plus dérangeant, j'ai trouvé, parce que la confession intime se double d'un tableau social et que ce tableau là est juste ce que l'on n'a pas envie de voir et de comprendre. Ici, reste juste la parole de la soeur de ce monde du nord, ce qui fait, je pense que ce titre ne peut pas se lire à part de l'autre, sinon, il ne peut pas fonctionner.

Écrit par : Athalie | 16/04/2016

Je l'ai commencé, et... autant j'avais défendu son premier titre avec conviction, autant là, j'ai dû m'arrêter au bout de 30 pages, gênée je ne sais trop par quoi... les passages où la sœur s'exprime ne me semblaient pas sonner juste, et je ne suis pas parvenue à rentrer dedans. Je l'ai donc reposé dans ma bibliothèque, je ferai peut-être une autre tentative plus tard..

Écrit par : ingannmic | 15/04/2016

Oui, le fonctionnement de ce livre ne tient qu'à un fil et au début, je n’adhérais à ce que je lisais que d'un cheveu, puis, je me laissée prendre par l'image du petit garçon qui écoute derrière la porte, celui-là, il m'a touchée.

Écrit par : Athalie | 16/04/2016

Avec cet Edouard Louis, la lecture est bien compliqué. J'ai beaucoup aimé son premier livre, saisie comme beaucoup par la force du témoignage. Puis on a peu à peu découvert l'auteur, et ça s'est gâté... Ce type est intelligent, il le sait et veut le faire savoir : ces gens-là sont les pires. Déjà, le boycott des Rendez-Vous de l'Histoire me l'avait rendu très suspect, mais cette histoire d'accusation suite à la parution de ce deuxième lire me le rend carrément louche, pour ne pas dire pire. Plus qu'écrivain, il se fait objet médiatique et ça ne m'emballe pas. Et pourtant me souffle une voix, il faut lire les livres pour ce qu'ils sont...

Écrit par : Sandrine | 16/04/2016

J'ai dû louper un épisode médiatique ou deux, moi ! Je vais rechercher de quelle accusation il s'agit ... Mais même sans le savoir exactement, je comprends bien ta gêne et je te rejoins complètement "ce type est intelligent et il veut le faire savoir", on sent ce côté voyeur de lui-même et mise en scène dans le livre, et même dans la démarche de l'écriture, il se regarde. Ce qui m'a touché, c'est aussi qu'il se juge ( du moins que sa soeur le juge), et le jugement n'est pas en sa faveur. Il y a là dedans quelque chose de très culotté et de parfaitement enfantin.

Écrit par : Athalie | 16/04/2016

Je me retrouve dans la réaction de Sandrine, je n'ai pas lu ce roman et je ne sais pas si je le ferai, je suis certaine que cet écrivain a du talent mais je suis vraiment mal à l'aise du bruit médiatique autour de lui.

Écrit par : luocine | 16/04/2016

Je ne sais même pas d'ailleurs si l'on peut vraiment parler de roman ... Et si il a du talent, je crois, mais, sa limite est pour l'instant qu'il le tourne vers lui-même. On verra par la suite, si il joue sa carte comme Angot !

Écrit par : Athalie | 16/04/2016

Une entreprise de l'intime à laquelle je ne pourrais jamais souscrire, c'est plus fort que moi...

Écrit par : jerome | 19/04/2016

Effectivement, je te vois pas adhérer à cette intimité là ^-^

Écrit par : Athalie | 20/04/2016

Les commentaires sont fermés.