Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/06/2016

Indian creek, Pete Fromm

IMG_20151010_115811.jpgTout d'abord, j'ai toujours eu du mal avec Robinson. Vendredi (13) ou pas, mythe ou pas mythe, le Robinson, il a quand même un arrière goût d'individualiste petit bourgeois, dirait fiston, qui n'a pas lu Robinson, mais moi oui. L'île déserte avec la survie qui mène à la réussite de l'entreprise, ce n'est pas mon truc.

En plus, là, c'est un Robinson du froid, dans le Montana, avec des lynx, des caribous et des cerfs et des tas de bois à couper. Les lynx, les caribous et autres bestioles du froid, ce doit être très beau, dans la neige. Si grandiose d'ailleurs, que je ne vois pas l'utilité d'aller déranger toute cette infinitude avec mes lunettes de soleil, ma tenue d'intérieur-extérieur en ces débuts de beaux jours, et mes questions existentielles menées du fond de mon jardin. (Ben oui, j'ai migré du canapé au transat. Faut pas croire, je suit les saisons.)

La vie sauvage pour moi, se limite aux tentatives désespérées de mon chat pour intimider ma poule quand elle chasse le vers de terre au milieu de ma plate bande de fraisiers. Ce qui est déjà d'une violence à la limite du supportable, vu que je n'ai que deux fraisiers. Surtout à cause de la tête de mon chat, qui en général, vit un moment de honte suprême, vu que la poule s'en fiche et il revient alors se coucher près du transat, et je lis la mortification du grand fauve dans ses yeux verts.

 Donc, un livre dont le sujet est l'hibernation volontaire d'un jeune homme inconscient à l'intérieur d'une tente de toile rectangulaire, au croisement de deux rivières en plein cœur du parc de la Selway-Bitterot ( au nord de Missoula, à des centaines de kilomètres du premier habitant capable de parler d'autre chose que de la chasse aux caribous, car là-bas, même les écrivains sont nature). Le Robinson novice s'embarque pour six mois glacés avec pour mission de dégeler une fois par jour un bassin d'élevage de deux millions et demi d’œufs de saumon, implantés là pour voir si ils vont survivre. J'avais déjà la réponse, en gros, pour la survie des futurs saumons, c'est dire qu'aucun frémissement n'a agité ma tong du fond de mon jardin.

Et pourtant, j'aurais eu bien tort de ne pas suivre ce conseil de lecture d'une adorable libraire ( officiant à Étonnants voyageurs sur le stand des éditions Gallmeister mais basée normalement dans la librairie "livres in room" à Saint Pol de Léon.). D'abord, parce que lorsqu'on vend des livres au royaume du chou-fleur, on est un vrai Robinson et que une île déserte remplie de livres, c'est un royaume que je peux concevoir, et ensuite, parce que ce livre est drôle.

Peter Fromm s'y moque beaucoup de lui même, de son rêve d'aventurier de l'extrême né au contact de sa fréquentation naïve des récits des trappeurs épiques, de sa confrontation avec la solitude qu'il combat à grands coups d'entreprises pharaoniques d'abattage de bois de chauffage, sa frénétique compulsion à s'occuper, dans le vide de cette immensité, pourtant peuplée de quelques aficionados de la chasse aux lynx.

L'auteur, tout en maltraitant, avec le sourire, sa juvénile inconscience, construit un roman d'apprentissage fort sympathique, mêlant ses états d'âme et son amour naissant pour l'état solitaire, qui de subi, devient choisi.

Évidemment, je ne suis pas revenue de ce voyage en terre glacée avec l'envie irrésistible de chevaucher une moto neige, mais avec quand même une petite idée du plaisir qu'on pouvait y trouver. Et surtout, j'ai trouvé ce qui manque à mon chat dans sa poursuite effrénée de la poule sur mon carré de pelouse, c'est l'exaltation des grands espaces et l'urgence de la survie ...

Commentaires

Ouf, tu as quand même aimé!
Maintenant, faut penser à ton chat. Il manque de proies. le mien en ramène, c'est fort divers, il s'éclate! Libère cette pauvre bête!^_^

Écrit par : keisha | 08/06/2016

Mais il est libre mon chat ... C'est juste qu'il ne le sait pas ...

Écrit par : Athalie | 09/06/2016

J'avais beaucoup aimé et je viens de finir la suite tout aussi réussie !

Écrit par : Hélène | 08/06/2016

Pour la suite, je ne sais pas ... Mon adorable libraire de saint Pol de Léon m'a aussi mis dans les mains "Comment tout a commencé", du même auteur. C'est du pur roman, et je suis plus à l'aise dans ce genre là.

Écrit par : Athalie | 09/06/2016

J'avais été enthousiasmée par ce livre ! Pas pour faire la même chose, non, mais par les magnifiques descriptions de paysages et la poésie qui s'en dégage !

Écrit par : cathe | 08/06/2016

Déjà, j'ai aimé, c'est un premier pas vers le goût de la neige. Pour faire la même chose, alors là, sûrement pas ! Mon transat n'est pas transportable ! Le goût des grands espaces me vient quand même, sur le papier !

Écrit par : Athalie | 09/06/2016

J'avais beaucoup aimé moi aussi. Et la raison de cet isolement hivernal (le sauvetage des bébés saumons)aurait suffi à me faire franchir le pas si on me l'avait proposé. Et j'aurais pensé à juste titre qu'il y avait là de quoi écrire un livre...

Écrit par : jerome | 08/06/2016

Vu le résultat de l'entreprise de réinsertion du bébé saumon en milieu naturel dans le livre, c'est quand même assez dérisoire, mais cela lui a fait une belle aventure à raconter, c'est certain. Pas certaine que les saumons aient la reconnaissance facile, ceci dit ... Un peu comme mon chat, quoi !

Écrit par : Athalie | 09/06/2016

Un coup de coeur pour moi ! Et pourtant je ne suis pas toujours fan des robinsonnades non plus, n'est-ce pas, Mr Tesson ! ;-)

Écrit par : Kathel | 08/06/2016

Monsieur tesson a fait des robinsonnades ? J'ai "Berezina" dans ma pile à lire, je vais commencer ma découverte de cet auteur par ce titre, c'est plus sûr !

Écrit par : Athalie | 09/06/2016

Moi non plus je ne pense pas avoir envie de monter une moto des neiges ! Mais je te trouve très dur avec Robinson. Certes, c'est un petit bourgeois mais je trouve que le récit ne se résume pas à ça ( c'est vrai que sa rencontre avec vendredi n'est pas très glorieuse non plus). Le robinson de Tournier est peut-être plus humain

Écrit par : maggie | 08/06/2016

Bien sûr ma formule est quelque peu réductrice, voire provocatrice, mais à vrai dire, je ne me souviens de rien d'autre du texte de Defoe, qui m'avait agacé, mais c'était il y a très longtemps, et le texte de Tournier aussi m'avait agacée (mais là je ne sais plus pourquoi, car cela fait très longtemps aussi). J'en ai juste gardé l'idée que Robinson et moi, on n'avait pas d'accointances ...

Écrit par : Athalie | 09/06/2016

Y'a pas à dire, ce n'était pas gagné d'avance...
Sans l'auto-dérision de Fromm, son roman n'aurait pas eu la même saveur...
"Le nom des étoiles", la «suite», vient de paraître. Tu la liras?

Écrit par : Marie-Claude | 08/06/2016

C'est le mot qui m'échappait "auto dérision", c'est exactement ce mot là ! Merci Marie Claude. Pour la suite, ben, je ne sais pas trop encore... Si mon chat continue à faire des trucs de l'extrême, pourquoi pas ? ^-^

Écrit par : Athalie | 09/06/2016

J'ose à peine le dire mais ce genre de livre m'ennuie, mais m'ennuie. Mon côté snob sans doute. Je me demande toujours ce que l'on peut bien aller faire dans les galères genre robinsonnades...
Je me demande si je ne préfère pas les aventures de ta poule et de ton chat, c'est dire si j'aime les livres de "nature writting" comme on dit...

Écrit par : Margotte | 11/06/2016

Les aventures de ma poule et de mon chat sont quand même assez répétitives ... et mon fond de jardin un peu limité, alors de temps en temps, un peu de grands espaces, j'aime bien ... Mais justement parce que c'est très très très loin de moi, mais qu'allait-il faire dans cette galère ? dirait le Molière !

Écrit par : Athalie | 12/06/2016

Les commentaires sont fermés.