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06/07/2016

Américan darling, Russel Banks

américain darling,russel banks,romans,romans américains,dans le chaos du mondeHannah Musgrave n'est pas un personnage à-priori très chaleureux, ni très simple, et c'est bien cette complexité qui fait de son parcours atypique un sacré bon bouquin qui balaie les conventions au pied de sa porte et à la lettre.

Hannah commence le récit de sa vie à rebours. Elle a la cinquantaine tassée, mais pas blasée, elle dirige une ferme bio au milieu des monts Adirondacks, en compagnie de deux chiens et de ses employées, atypiques, elles aussi. Une nuit, elle rêve d'Afrique, de sa vie au Libéria, quand elle avait une maison à Monkoria, un mari, trois fils, un ainé et deux jumeaux, mi américains, mi libériens, surtout libériens en fait. Elle y dirigeait un sanctuaire pour chimpinzées, et avait encore, quelques convictions politiques. Même si c'était pour de mauvaises raisons, c'était le temps qui s'arrêtera avec les guerres civiles, les massacres et les peurs, les lâchetés et les abandons.

Hanna raconte les circonvolutions de ce qui se voulait être un parcours vers un monde plus juste et qui trouvera sa chute dans l'errance d'une série d'erreurs.

Fille d'un pédiatre réputé et d'un mère bon chic bon genre, plutôt "libéraux", fille gâtée et unique, elle était de la génération de la guerre du Vietnam et de l'égalité tout azimut. Ses engagements radicaux ontfait une proscrite et une clandestine en son pays. De cette première vie là, elle garde une paranoïa qui trouvera son alter égo au Libéria. Même si ce n'est pas en ligne droite, elle y tentera une deuxième vie. De femme indépendante, elle devient femme de ministre foyer, de femme à hommes et à femmes , elle devient soumise à des désirs qui ne sont pas les siens. Elle exploite cette nouvelle identité en étrangère à elle même, ne parvient pas à se sentir mère, lit dans les regards des chimpanzés, mais pas dans ceux de ses fils. Mariée à un libérien, elle n'arrive pas à y croire vraiment, la militante de l'égalité ne peut se fondre dans une identité noire qui lui échappe. Le Libéria, pourtant, lui convient, république singulière à la botte des américains, il est le cadre de ses facettes, et l'histoire du pays se tricote avec la sienne.

Le mécanisme de la violence politique, la corruption, la misère, sont les conséquences d'une colonisation cachée et hypocrite. Les ficelles sont tirées de bien plus loin que les hommes qui s'acharnent au pouvoir, un dictateur chassant l'autre au nom d'un nouvel ordre tout aussi sanglant. Hannah changera bien des fois d'identités, sans jamais en trouver une qui l'apaiserait et lui donnerait une cohérence. Comme le Libéria, finalement, elle est une petite volonté qui vacille quand l'histoire des "grands hommes" s'en mêle, à commencer par son père.

Un livre profond et grave, sans compromission, ni pour le personnage, ni pour le lecteur, un regard très clair sur l'impossible prise en main des "colonies" sur leur destin.

 

Commentaires

(Monrovia)
Lu avec grand intérêt (et plein de détails sont exacts là dedans!)

Écrit par : keisha | 06/07/2016

Merci de ton (discret) rectificatif, je suis nulle en géographie ! Ce qui m'a poussé à aller voir sur la fameuse encyclopédie en ligne où se situait le Libéria, à lire son histoire, et à mieux comprendre comment Hannah avait pu se perdre là dedans. Un grand intérêt pour moi aussi.

Écrit par : Athalie | 07/07/2016

Tout comme Keisha, j'ai lu ce livre avec beaucoup d'intérêt !

Écrit par : BlueGrey | 06/07/2016

On peut le classer dans les lectures qui entraînent une curiosité pour les événements racontés, d'autant plus qu'ils sont quand même peu présents et expliqués dans la presse occidentale (enfin, moi, en tout cas, je vois peu passer ce type de sujets traités ...)

Écrit par : Athalie | 08/07/2016

Mon premier Banks... j'avais adoré !

Écrit par : Ingannmic | 08/07/2016

Tu vois, même si j'ai particulièrement apprécié la lecture de ce titre, mon préféré de cet auteur reste malgré tout le premier que j'ai lu également ... qui était "De beaux lendemains" !

Écrit par : Athalie | 09/07/2016

J'ai adoré American darling, mais il n'est pas mon préféré... c'est Affliction. Rien de l'évoquer, j'ai presque envie de pleurer !!

Écrit par : Ingannmic | 09/07/2016

Je m'en souviens très bien aussi, ce fut une de nos lectures communes, une des plus fortes, je pense. A relire nos notes, je me dis que Russel Banks, il nous parle. Il parle de de ces méandres de l'âme, terribles, de ceux qui cherchent à exister, Hannah, elle est un peu aussi comme cela, à côté de sa vie. Du moins de celle qu'elle voulait.

Écrit par : Athalie | 09/07/2016

Comme j'étais en Afrique au moment de ces événements effroyables, oui, je m'y suis intéressée.

Écrit par : keisha | 09/07/2016

Tu étais en Afrique à ce moment là ? Pas au Libéria, j'espère ? Mais de toute façon, ce continent est truffé de ce genre de petits pays dont on ne connait pas l'histoire, et cette méconnaissance est finalement triste et terrible.

Écrit par : Athalie | 09/07/2016

J'avais adoré ce bouquin , lu il y a déjà une dizaine d'années, et je dirai, sans vouloir te vexer !, que ton billet ne lui rend pas vraiment hommage : d'abord, Russell Banks raconte formidablement l'histoire du Liberia, bien particulière -même si la violence extrême qui y a régné semble quasi endémique en Afrique, vu d'ici...- on comprend, on se passionne, en tout cas pour moi ce fut le cas. Ensuite la construction du récit est fine, avec ce personnage désabusé et fort tout à la fois qui ouvre le récit, puis nous raconte son passé d'activiste politique pleine d'idéal et de passion dont les rêves seront foulés au pied... Un livre qui m'avait marqué !

Écrit par : Mior | 12/07/2016

Le pire est que tu as raison, je ne lui rends pas vraiment hommage, à ce roman, le pire est que j'en étais consciente en écrivant la note, c'est un roman tellement intelligent que je n'ai pas réussi à en rendre compte. Méa culpa ! Par contre, je trouve la construction du récit assez classique, un grand retour arrière, finalement. Ce qui est, je trouve, étonnant, c'est comment le personnage d'Hanna est rendu dans la finesse d'une complexité d'une vie et des choix, un personnage fort, je te rejoins, car l'auteur la suit même dans ses reniements, et ose dire quelque chose, à travers elle, de la faillite de la volonté. Et là, c'est rare et balèze.

Écrit par : Athalie | 12/07/2016

Tout à fait ( et tu le dis bien ;-) C'est rare un auteur qui ose poser un personnage principal si honnêtement , ni à charge ni à décharge en somme, c'est fin, ambigu et désenchanté...

Écrit par : Mior | 15/07/2016

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