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29/08/2016

La traversée du continent, Michel Tremblay

CN002643_l.jpgRhéauna, dite Nana, dix ans, va traverser le continent canadien en trois étapes et trois rêves.

Elle part de sainte Maria de Saskatchewan, une petite communauté francophone, loin de toute urbanité, perdue au milieu des champs de blés d'Inde. Et pour cette petite fille, le déchirement est immense, si intense même, qu'il n'y a presque pas de mots à mettre dessus. En tout cas, elle n'arrivera pas à les dire à ceux qu'elle doit quitter à jamais, elle le sait ; sa grand-mère et son grand père, Joséphine et Méo. Nana vit chez eux depuis toujours, ou presque. Comme ses deux soeurs plus jeunes, elle n'a aucune souvenir de sa vie d'avant, avec sa mère dont elle ne garde même pas trace du visage. Fille rebelle de Joséphine et Méo, elle avait fui le confinement rural pour aller gagner une vie qu'elle rêvait plus large à Providence, USA.

Trois filles et un mari disparu en mer plus tard, la mère a jeté l'éponge, et les filles ne l'ont jamais revue.

A Sainte maria, elle ne leur manque d'ailleurs pas, les petites se régalent de tendresse, des plats de Joséphine, du coucher de soleil de Méo, et des confiseries du dimanche. Elles ont grandi là, au milieu des bruits du blé d'Inde qui pousse à son rythme. Alors, la demande de la mère, que Nana vienne vivre auprès d'elle à Québec, tombe comme un couperet. Sans recours ni explication.

Le départ et la traversée sont organisés et ont fait connaissance avec les membres de la famille Desrosiers qui jalonnent l'itinéraire ferroviaire de Nana : trois de ses tantes qui l’accueillent tour à tour dans trois maisons et trois villes, de plus en plus grandes, de plus en plus modernes. La solitude de la petite fille et sa tristesse se mêlent à sa curiosité et à sa découvertes des contradictions énigmatiques des adultes.

Régina Desrosier, d'abord, est la tante qui ne s'est jamais mariée. Sèche, revêche, pingre et amère, elle se révèle pourtant artiste échevelée de musique au piano. L'énigme d'un étrange concert se referme au matin. La seconde halte est prise en main par sa sœur, la terrible Babette. Elle est célèbre pour ses saperlipopettes aussi efficaces que redoutés, mène son monde comme un chef d'orchestre survolté et nourrit sans trêve un mari pachydermique, dont le regard supplie la fin. de cette énigme là, non plus, Nana n'aura pas la clef, mais elle commence à voir que les failles des adultes sont aussi douloureuses que complexes, et réalise que le cocon du départ est de plus en plus inaccessible. La dernière tante est Ti-Lou, la louve d'Ottawa, qui sent fort le gardénia et le scandale, ce dont elle n'a cure. Le trajet s'achève sur le quai de Québec, face à l'inconnue qu'est sa mère et à la désillusion des quelques espoirs que la petite fille avait réussi à se forger.

Une itinérance prégnante, écrite dans une bien belle langue, ponctuées d'expressions et de tournures qui fleurent bon la langue française de l'autre côté de l'Atlantique. L'identité du pays est ainsi marqué, de même que les figures de ces femmes, des grandes figures que Nana scrute avec autant d'acuité que les voitures, les immeubles à étages, l'animation des rues. Pour elle, tout est neuf et nouveau, et tout est complexe à appréhender, d'un bain chaud, à trop de beurre sur le maïs, trop de parfum autour d'une trop belle femme.

La diaspora des Desrosiers est un cycle qui comporte neuf tomes, nul doute que le second, "La traversée de la ville" fera partie de mes prochaines lectures, laisser Nana sur le quai m'a fendu le cœur !

Commentaires

Oh! Tu as lu notre auteur national?! Je suis ravie! Encore plus que tu sois arrivée à apprécier à sa juste valeur cette langue si fleurie.

Écrit par : Marie-Claude | 29/08/2016

Très belle découverte qu'il me semble bien que je te dois, en farfouillant dans ton blog. Et si la langue est un de ses charmes, effectivement, c'est loin d'être le seul. Les personnages féminins sont particulièrement fouillés et l'itinéraire initiatique rend bien la complexité du départ, et de la découverte. hâte de prendre le temps de lire la suite !

Écrit par : Athalie | 30/08/2016

j'ai vraiment adoré ce roman , je suis contente de ne pas être la seule !

Écrit par : luocine | 02/09/2016

On voit peu cet auteur sur les blogs (du moins je crois ...) alors que c'est un régal ! Tu as lu la suite ?

Écrit par : Athalie | 03/09/2016

Je ne sais pas pourquoi, après avoir découvert cet auteur avec Un ange cornu..., je ne l'ai jamais relu, parce que je me souviens d'un moment très drôle, entre émotion et truculence, et d'avoir apprécié sa langue particulière.
Merci pour la piqûre de rappel !

Écrit par : Ingannmic | 03/09/2016

En fait, plus j'y pense, plus je me dis que j'aurais dû lui mettre un gros coup de coeur à ce livre ... Tu y reviendra peut-être ? Après la quinzaine scandinave !

Écrit par : Athalie | 04/09/2016

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