Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/07/2016

Auprès de l'assassin, Louis Sanders

auprès de l'assassin,louis sander,romans,romans policiers,romans français,romans angleterreUn couple d'anglais s'installe pour une nouvelle vie dans le Périgord, pas le coin le plus touristique, celui de Sarlat, mais dans un autre, du côté de Périgueux, un peu plus rural, avec même un côté encore brut, et pour eux, même, brutal. Des clichés de l'authenticité, ils en sont l'archétype, mais cette authenticité qu'ils recherchaient, ne va pas se révéler pour eux sous son meilleur jour.

Mark et Jenny ont acheté une vieille bâtisse "à rafraichir", ils ont un petit pécule pour voir venir et un projet, le kit vieille maison de caractère, jardin, pierres, cheminée, rivière, tout en main, ou presque pour transformer la grange en de délicieuses chambres d'hôtes avec enduit chaulé et décoration champêtre. D'ailleurs, Jenny hésite, faudra-t-il leur donner des noms de contrées anglaises ou s'inspirer de la botanique locale ? Pourtant, si Mark est enthousiaste, dès le premier jour, elle renâcle un peu à tout voir en rose ... Il y a des odeurs, des présences, une réalité que les magasines de décoration ne laissent pas pénétrer dans leurs pages. Jimmy, leur petit garçon, lui, a du mal à lâcher sa DS pour s’extasier aux charmes du champêtre.

Mark y croit dur, il prend sa petite famille par les sentiments pour aller faire connaissance avec leurs voisins, un drôle de couple que Martin et Georgette, du moins aux yeux des anglais. Les échanges tournent rapidement à l'angoisse de l'incompréhension entre le monde pasteurisé des nouveaux arrivants et la rusticité costaude de la ferme où l'on trait des vaches pour de vrai et où l'on composte le fumier. L'animosité se construit sur des échanges anodins ; un lapin offert, du lait que l'on ne boit pas. Mark, Jenny et leur fantasme s'écroule et leur déception se focalise sur la personne de Martin.

Alors que Jenny s'enfonce, Mark se lance dans l'intégration à tout prix et tente de faire couleur locale et copain copain avec Jean Louis, grande gueule, grand buveur et grand chasseur, bien illusoire rempart contre la paranoïa qui envahit le rêve anglais. D'un autre côté, les anglais locaux ne sont guère plus fiables, snobs, alcoolisés, ils forment un autre monde, à part, lui aussi.

Le tableau est acide et grinçant, de l'Eden à l'enfer, le récit franchit très (trop ?) vite le pas. L'atmosphère est oppressante à souhait, l’obsession de Mark est prégnante, et l'intérêt de l'intrigue est que l'on ne sait qui, des voisins, ou des anglais, dérapent, ni si il y a vraiment dérapage d'ailleurs, et quelle est la place du fantasme et de la sur interprétation entre les deux univers. En tout cas, un retour à la terre complétement loupé !

 

 

 

      

22/07/2016

Molosses, Craig Johnson

molosses,craig johnson,romans,romans policiers,western et cie,séries policières,romans américainsDans ce nouvel épisode des aventures du shérif Longmire, ne cherchez pas l'intrigue policière, elle est aussi mince que le minuscule bout de pouce découvert dans une glacière en plein dans la décharge tenue par la famille Adams, non, Stewart, car la famille Adams c'est de la roupie de sansonnet light à côté des Stewart.

Dans la famille Stewart, il manque des cartes, il reste le grand-père, Géo, Duane, le petit fils et Gina, sa toute récente femme, Morris, un oncle, mais qui n'arrivera qu'à la fin, pour reprendre le fil de la tradition, qui est dans cette famille, d'avoir plusieurs vies. Les molosses en font aussi parti, d'une certaine façon, avec un oiseau qui mange ses plumes de dépit, et des ratons laveurs. Mais ce sont surtout avec les deux chiens de garde de la décharge que Walt en aura le plus à découdre pour arriver à boucler cet épisode.

La première scène est d'anthologie, Géo y réalise une forme cascade inédite et rocambolesque qui aurait pu lui couter une des vies qui lui reste mais qui, moi, m'a fait gagner une crise de rire, et la dernière, des scènes, est juste génialissime ; une sorte de course poursuite au ralenti où la décharge prend des airs de compression géante (César est battu à plate couture).

Entre les deux, vous trouverez bien deux ou trois cadavres, un enlèvement, un trafic de substances illicites, quelques piqures de grand froid, quelques passages par l’hôpital et la case prison, des rancœurs et des morts par balle, mais ce sont surtout les aléas des personnages qui sont au premier plan, les déboires de Géo, donc, mais aussi de l'ancienne institutrice rigoriste de Walt et de l'Indien, qui cachait drôlement bien son jeu. Vic attend toujours son cadeau de la saint Valentin, et l'adjoint basque de Walt, Saizarbitoria, a du vague à son âme de flic super héros et de père de famille. Walt s'occupe de lui rendre de l'allant dans un plan de sauvetage atypique et à haut risque. Et Walt, ben, il se fait un peu réparer des dégâts corporels des épisodes précédents et cette enquête quasi pépère lui permet de ne pas perdre un autre bout de son anatomie ( ce qui serait dommage, me souffle cette obsédée de Vic).

Bref, un vrai plaisir de se laisser bringuebaler en 4X4, sous la neige qui glace le comté d'Absoraka dans le Wyoming et d'attendre avec Walt que l'Indien termine les préparatifs du mariage de sa fille.

Vivement le prochain épisode !

 

 

20/07/2016

La vérité sur Anna Klein, Thomas Cook

la vérité sur anna klein,thomas h. cook,romans,romans policiers,romans américains,romans historiques,déceptionsUn jeune journaliste rencontre un vieux monsieur, Thomas Danforth, une figure d'un autre temps des USA, celui de l'avant deuxième guerre mondiale, celui de la montée des périls en Europe, celui où, vue de Brooklyn, la ligne de partage entre les gentils et les méchants n'était pas encore clairement établie et où les nazis pouvaient encore passer pour un rempart contre le communisme.

Par hasard, en ce moment flottant, Thomas Danforth passera du côté des gentils, et du même coup, du statut de riche futur héritier et futur époux standard, à celui d'espion. Il intègre une mystérieuse organisation secrète qui a compris l'urgence de mettre en place un plan. Le problème étant lequel. Ben, à vrai dire, ce n'est pas clair, même à la fin du livre, je n'avais toujours pas saisi le fil. Ce qui est certain, par contre, c'est que la clef de voûte du plan qui n'existe pas encore est Anna Klein. Personnage protéiforme et insaisissable, venue du fin fond de l'Europe, elle semble déterminée à mourir. Mais on ne sait toujours pas pourquoi. Pas grave, elle fascine Thomas, juste pour ce mystère de cette détermination, et celui de ses origines, mi juive, mi turque, mi persécutée, mi machiavélique, (mi cochon d'inde ?), cette silhouette floue et très silencieuse entraine Thomas dans son sillage de bombe à retardement dans le fameux plan qui commence aux USA pour se poursuivre à paris, puis en Allemagne, toujours en quête d'un sens. pour elle, il tournera le dos à un destin tout tracé pour plonger dans l'inconnu sur les pas et dans la flamme d'Anna.

Mais que ce livre est lent ! Les chapitres languissent en alternance entre l'histoire de Thomas et d'Anna, et les remarques du journaliste sur le vieux monsieur qui raconte cette histoire en face de lui, lui-même louvoyant dans son passé en de longues circonvolutions ressassant le charme d'Anna, le mystère du charme d'Anna, ce qui finit par flinguer l'un et l'autre, le charme et le mystère, je veux dire ( et l'intérêt de la lectrice qui s'étire ...)

Les étapes de la formation d'Anna sur le sol américain n'en finissent pas de piétiner. On se dit qu'une fois sur le sol européen, il va bien falloir que ça s'accèlére, que ce famaux plan nous fasse vibrer d'angoisse. Ben, non, vu qu'il va s'agir d'assassiner Hitler, et que Hitler, on sait bien comment il finit, et que Anna n'y fut pour rien. On aurait pu alors frémir au tragique d'une grande passion d'amour déchirée par les affres de l'histoire, histoire de se rattraper aux branches. Ben, non, non plus, tant passions et trahisons sont diluées dans le flapi.

Bref, à mon grand dam, et contrairement à ce que m'a affirmé la libraire, tout n'est pas bon dans Thomas Cook, et m'en voilà fort marrie.

17/07/2016

Vernon Subutex, Virginie Despentes

vernon subutex,virginie despentes,romans,romans françaisVernon était un disquaire, un vrai, un de ceux qui savait ce qu'il vendait. "Le revolver" était un lieu d'écoute, mais aussi de rencontres. Mais ça, c'était à l'heure de son heure de gloire, son Nirvana disparu. Dans ses ex-clients habituels, il y avait Alex, un jeune homme devenu depuis un musicien autant adulé que controversé.

Tandis que Vernon faisait la culbute, Alex a atteint l'apogée des hits et des scandales. Étoile déboussolée, le musicien s'est fourvoyé dans artificiel et cela fait un moment qu'il a perdu sa route quand il recroise celle de son ex-mentor, Vernon. Une nuit d'excès, Alex enregistre chez Vernon quelques bandes ; musique ou intox, on ne le sait.

Alex disparait alors que Vernon se retrouve au plus bas. Lui qui ne sortait plus vraiment de chez lui, il s'en retrouve expulsé, pour cause de loyers impayés. Quelques chèques d'Alex lui avait permis de tenir sur la corde raide, mais là, c'est fini. Alors, ne reste à Vernon que quelques reliques de son glorieux passé et ces bandes enregistrées dont l'existence commence à faire bruisser le Landerneau parisien de la branchitude.

Pendant ce temps, Vernon entame son errance dans les vestiges de son carnet d'adresse, il se raccroche à toutes les branches pour se procurer le montant des impayés. Il fut un homme à femmes, il fut admiré, respecté, il puise donc dans le vivier de ce passé jusqu'à l'épuisement. D'échecs en déroutes, Vernon enchaine les hébergements précaires, sexuels ou musicaux, squatter de charme, il va malgré tout vers sa chute. Le lecteur traverse avec lui le panorama d'un microcosme où les branchés côtoient les ratés dans un univers urbain très rythmé.

Hystérique bourgeoise, réalisateur de séries télévisées frustré de long métrage, fêtard de la haute au nez poudré de cocaïne, journaliste débutante en quête de scoop, chercheuse de têtes sur internet au passé trouble, mannequin transsexuelle coincée ... défilent ... une galerie de personnages peu reluisants, autant de branches cassées ou peu fiables, Vernon épuise son carnet d'adresse, et ma foi, mon intérêt aussi. Même si le récit est rythmé, que les épisodes se succèdent rapidement, il m'a manqué d'adhérer aux personnages qui m'ont paru artificiels, comme l'intrigue, linéaire et prévisible vers la chute, m'a paru calculée pour un effet de manège qui tourne en rond.

13/07/2016

L'énigme des Blancs-Manteaux, Jean François Parot

l'énigme des blancs manteaux,jean françois parot,romans,romans français,romans historiques,romans policiers,séries policièresLe premier tome d'une série qui joue dans la cour des policiers historiques et présente tous les traits d'une série à suivre.

Nicolas Le Floch est tout droit sorti de sa Guérande natale où rien ne le prédisposait à une illustre carrière. Il est envoyé à Paris, sans rien y comprendre, mandaté par son parrain, auprès de Monsieur de Sartine, chef des affaires secrètes de Louis XV et aussi, grands collectionneur de perruques. Nicolas est du genre héros populaire, par ses origines, pour commencer. Enfant trouvé, il a cependant été bien élevé et choyé par un chamoine éclairé et sa fidèle servante qui l'a initié aux parfums culinaires. Il est plein d'autres qualités, honnête, perspicace, il attire naturellement la sympathie et les amitiés ... Son apprentissage dans le monde du crime va donc se faire à la mode exprès.

Bombardé espion de qualité, il se retrouve enquêteur muni des pleins pouvoirs, traitement exceptionnel qui permet à l'enquête de s'étoffer rapidement. Et elle est en fait plutôt touffue, d'autant plus que le cadre historique, le Paris du XVIII ème siècle, est reconstitué avec force détails, visuels et olfactifs. On se plait à suivre l'apprenti dans les différents milieux sociaux que son enquête l'amène à côtoyer ; de la maison bourgeoise à la maison de plaisir, en passant par la gueuserie des indicateurs ou des témoins, en flirtant avec le monde du jeu et de la corruption.

les personnages secondaires permettent aussi de pénétrer un peu plus l'esprit du temps ; on sent l'esprit philosophique qui s'incarne dans certains et se mêle aux fragrances du bon goût qui permettent de goûter, par procuration livresque, à un certain art de vivre, et de cuisiner ...

En effet Nicolas est fine gueule, en plus d'être fin d'esprit. Il débusque, avec quelques encombres quand même, la vérité derrière les cadavres qui s'accumulent .. mais seulement ceux des méchants, même des méchants innocents, ce qui assure une lecture fluide et sans à-coups dérangeants pour les cœurs sensibles. Il y a bien quelques autopsies et flatulences mortifères et macabres, mais rien de bien sordide finalement. Et à la fin, tout s'éclaire dans le meilleur des mondes possibles ...

Intrigue bien pensante, enquêteur de bonne foi, documentation de bon aloi, époque puissante en possibles rebondissements divers, variétés des plaisirs ... De bons ingrédients mitonnés par une plume classique et efficace, sans fioritures, soit, mais pourquoi ne pas suivre les routes bien tracées ?

09/07/2016

Bérézina, Sylvain Tesson

bérézina,sylvain tesson,récits de voyage,autobiographiessUne lecture dont j'ai adoré le côté sale gosse. J'adore les sales gosses, faut dire, les pieds de nez et le foutraque. Je ne dis pas que l'auteur est un sale gosse foutraque, je n'en sais fichtre rien et m'en contre fichtre. Mais ce bouquin là m' accroché comme cela, par quelques formules à l'emporte pièce, des généralités gratuites à deux balles : "Il y a comme cela des napoléons du minuscule ; en général, ils finissent sur les bateaux, le seul endroit endroit où ils peuvent régner sur des empires.", "La vodka est tellement plus efficace que l'espérance. Et tellement moins vulgaire." ou encore " En Russie, l'art du toast a permis de s'épargner la psychanalyse", d'autres qui frôlent le politiquement pas correct : " Nous étions fiers comme des tractoristes de la brigade numéro 12 décorés de la médaille du travail". Des formules de sale gosse d'occident, gâté par l'aventure et la construisant au besoin ... une forme de provocation snobissime, jusque chanter les louanges de l'Oural, la moto emblématique du savoir faire stalinien, qui devient ici le symbole de la résistance à la modernité et à la marche de la Russie vers le capitalisme le plus décomplexé. Décomplexé, l'auteur l'est aussi, son projet est de raconter le périple sur la fameuse Oural et son side car, conduite par lui-même, accompagné de deux acolytes français et de deux autres russes, périple qui suit les étapes (en gros) de la retraite de Russie, la der des ders de Napoléon.

On sort des sentiers battus de l'histoire pour accomplir un devoir de mémoire d'arrière garde. Voilà qui me plait. Sylvain Tesson, un ami à lui et son photographe se lancent donc sur les traces de Napoléon et des ombres de l'armée qui trouva, de Moscou à Paris, la triste fin de sa gloire. Tombe d'un règne auréolé aujourd'hui plutôt de sa légende noire que de sa légende dorée, la plume de Tesson tente une résurrection tardive au rythme brinquebalant d'une Oural et de son side car, dépassés sur les autoroutes par la modernité des camions multitonnes qui les noyent sous la neige fondue et crade des à-côtés de l'histoire officielle.

Un voyage sans gloriole, aux étapes rythmées par la vodka et les gueules de bois, les quelques souvenirs de ce qui fut la grande armée, surgissent au coin d'un bois ; pancartes dégradées par l'oubli, au bord d'un fleuve, monuments à une défaite qui fut, aussi, la victoire des vaincus, l'armée du Tzar. Ce qui explique, selon Tesson, le goût des Russes pour Napoléon ...

Le voyage se nourrit aussi de lectures historiques, qui sont assez peu développées, l'auteur balisant juste les principaux repaires pour que le lecteur s'y retrouve. De même, de temps en temps, il place une fresque de la débâcle, esquisse les silhouettes des moribonds en errance, la faim qui les fait dévorer les chevaux, le froid qui les consume.

Pas un roman historique, pas un essai non plus, un vagabondage, j'ai bien aimé ce côté feu-follet, franc-tireur et quasi jean foutiste des convenances.

 

 

06/07/2016

Américan darling, Russel Banks

américain darling,russel banks,romans,romans américains,dans le chaos du mondeHannah Musgrave n'est pas un personnage à-priori très chaleureux, ni très simple, et c'est bien cette complexité qui fait de son parcours atypique un sacré bon bouquin qui balaie les conventions au pied de sa porte et à la lettre.

Hannah commence le récit de sa vie à rebours. Elle a la cinquantaine tassée, mais pas blasée, elle dirige une ferme bio au milieu des monts Adirondacks, en compagnie de deux chiens et de ses employées, atypiques, elles aussi. Une nuit, elle rêve d'Afrique, de sa vie au Libéria, quand elle avait une maison à Monkoria, un mari, trois fils, un ainé et deux jumeaux, mi américains, mi libériens, surtout libériens en fait. Elle y dirigeait un sanctuaire pour chimpinzées, et avait encore, quelques convictions politiques. Même si c'était pour de mauvaises raisons, c'était le temps qui s'arrêtera avec les guerres civiles, les massacres et les peurs, les lâchetés et les abandons.

Hanna raconte les circonvolutions de ce qui se voulait être un parcours vers un monde plus juste et qui trouvera sa chute dans l'errance d'une série d'erreurs.

Fille d'un pédiatre réputé et d'un mère bon chic bon genre, plutôt "libéraux", fille gâtée et unique, elle était de la génération de la guerre du Vietnam et de l'égalité tout azimut. Ses engagements radicaux ontfait une proscrite et une clandestine en son pays. De cette première vie là, elle garde une paranoïa qui trouvera son alter égo au Libéria. Même si ce n'est pas en ligne droite, elle y tentera une deuxième vie. De femme indépendante, elle devient femme de ministre foyer, de femme à hommes et à femmes , elle devient soumise à des désirs qui ne sont pas les siens. Elle exploite cette nouvelle identité en étrangère à elle même, ne parvient pas à se sentir mère, lit dans les regards des chimpanzés, mais pas dans ceux de ses fils. Mariée à un libérien, elle n'arrive pas à y croire vraiment, la militante de l'égalité ne peut se fondre dans une identité noire qui lui échappe. Le Libéria, pourtant, lui convient, république singulière à la botte des américains, il est le cadre de ses facettes, et l'histoire du pays se tricote avec la sienne.

Le mécanisme de la violence politique, la corruption, la misère, sont les conséquences d'une colonisation cachée et hypocrite. Les ficelles sont tirées de bien plus loin que les hommes qui s'acharnent au pouvoir, un dictateur chassant l'autre au nom d'un nouvel ordre tout aussi sanglant. Hannah changera bien des fois d'identités, sans jamais en trouver une qui l'apaiserait et lui donnerait une cohérence. Comme le Libéria, finalement, elle est une petite volonté qui vacille quand l'histoire des "grands hommes" s'en mêle, à commencer par son père.

Un livre profond et grave, sans compromission, ni pour le personnage, ni pour le lecteur, un regard très clair sur l'impossible prise en main des "colonies" sur leur destin.

 

03/07/2016

Les gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin, Alex Beaupin

les gens dans l'enveloppe,isabelle monnin,alex beaupain,romans,romans français,pépitesUne lecture à cœur, de cœur, trois coups de cœurs pour une seule enveloppe.

Isabelle Monnin a acheté à un brocanteur sur internet 250 photos, elle en fera un roman, puis retrouvera les vrais gens qui étaient dans l'enveloppe, Alex Beaupain en fera des chansons. C'est le projet en trois temps.

Les photos sont anonymes, sans noms, sans prénoms, sans dates, sans lieux. Elles ne sont ni belles, ni bien prises. Elles montrent des gens ordinaires et des moments infra ordinaires, de ces photos qui ne veulent rien dire de bien important, sauf, peut-être, pour ceux qui les ont regardées, avant de les jeter. On y voit un jardin, un champ, une cour avec des plates bandes en béton, les en arrondie qui devaient faire joli dans les rangées, bien rangées d'un potager, la tapisserie d'une salle à manger, celle à gros festons dorés et déjà fanés. Les mêmes personnes reviennent, mal cadrées ; une grand-mère, un homme plus jeune, qui porte une petite fille, la même qui tient d'une main un grand-père et de l'autre un vélo, elle doit l'avoir reçu en cadeau, elle ne le tient pas bien, une autre photo, cette année là, elle a reçu une guitare. Un portrait se détache, la petite fille porte un gros pull à rayures orange, la laine peluche déjà un peu. Elle a les dents un peu écartées et regarde ailleurs. Une autre photo montre le portrait peint de la petite fille au-dessus du cadre d'une cheminée, le regard affirmé. Et pourtant, c'est le même.

La grand-mère porte de grosses lunettes, de plus en plus foncées. La petite fille grandit. Séance pose au camping, devant un barbecue. Sa solitude enrobe l'âme des polaroïds.

Sur aucune photo, n'apparait la mère. Isabelle Monnin construit l'histoire autour de ce manque et anime le papier glacé, la petite fille attend près d'un téléphone à touches orange, Platini lui fait chanter "allez les bleus", la coupe du monde est en Argentine, très loin de la grand-mère, devenue mamie Poulet, loin de la toile cirée de la cuisine étriquée. Là-bas, il y a celle qui a pris le virage. Isabelle Monnin nomme la petite fille Laurence, le père, Serge, et la mère, celle qui les a quittés, Michelle.

Elle leur brode une histoire de désamour, et de rêves perdus, de tristesse sans plaintes, d'infinis riens ordinaires dans une bourgade des années 70 entre ruralité et usine et raconte une histoire de virages, de ceux que l'on ne prend jamais, ceux qui sont à 90 degrés. Une histoire de barrage et d'enfance grise aux couleurs passées de polaroids qui ne veulent plus rien dire au fond d'un tiroir.

Reste à faire la seconde partie, l'enquête et retrouver les vrais gens. L'auteure traine des pieds, moi aussi. Pas envie de savoir qui ils étaient vraiment ces gens dans l'enveloppe, si cela se trouve, Michelle, Serge, mamie Poulet et Laurence, en vrai, ils étaient moches, pas si tendrement abimés que dans le roman, pas si vrais dans leur vie où la banalité n'aurait pas l'excuse du romanesque. Mais voilà, "dans l'enveloppe, il y avait des gens biens" dit Isabelle Monnin. elle mesure sa chance, et moi aussi.

Serge devient Michel, Michelle devient Suzanne et Laurence reste Laurence. L'enquête bâtit d'autres portraits en échos des premiers et noue, pourtant, la même histoire ; la faille de l'enfance, le désamour et l'abandon, même si les rôles sont redistribués et que l'Argentine rêvée se dissout dans la réalité de Clerval, ancrée dans le Doubs. Reste la fragilité de Serge qui fait chavirer, une histoire de clocher et de cœur que l'on a oublié de prendre.

En enlevant les guillemets de la fiction, le lieu et les gens prennent corps et bruissent les voix qu'Alex Beaupin va alors mettre sur le CD, troisième écho où les vrais gens content alors les deux histoires et la leur. Les trois moments résonnent des mêmes notes frêles et friables comme des larmes à sécher.

 Un autre avis, un autre coup de coeur : monpetitchapitre

 

 

 

01/07/2016

Le Louvre insolent, Cécile Baron, François Ferrier

le louvre insolent,cécile baron,françois ferrier,essais françaisJe n'ai pas résisté longtemps  à me lancer, à la suite de Dominique et de Luocine, sur les traces de ce parcours dans le décalé du Louvre. Dans ce musée à revisiter, qui nous est proposé ici, ce ne sont pas les classiques que l'on nous invite à regarder, mais les ratés, un pas de côté pour voir  les nanars de l'art. Le nom de la maison d'édition de ce petit régal signifiant "tu marches avec moi", c'est donc assez naturellement que l'on emboite le pas de cette galerie des "perdus pour la gloire", en suivant des allées un peu cachées, et d'autant plus croustillantes des croutes ...

Des tableaux ratés où les puttis se gondolent, les musculatures se gonglent de l'orgueil du savoir-faire du maitre, les drapés n'en peuvent plus du pathétique et des envolées lyriques ... Mais aussi des oeuvres qui montrent que le bon goût d'une époque est ce qui passe le moins bien le temps qui passe, que l'académisme et le conventionnel mènent au ridicule , que ce qui est sacralisé ne demande qu'un clin d'oeil de l'histoire pour se dissoudre dans le sourire.

Les reproductions des tableaux sont accompagnés de courts textes qui appuient là où ça fait mal, recadrent les perspectives historiques et picturales, mais aussi, donnent quelques clefs pour apprécier un détail, un modelé, un drapé, sauvés du désastre d'ensemble.

Ce n'est jamais pédant, ni prétentieux, car c'est bien à un public lambda et néophyte que ce livre s'adresse. Il reste à souligner la qualité des reproductions, ce qui vu le format léger de cette publication, et son prix, tout aussi léger pour ce type de publication, d'art, malgré tout, est aussi étonnant qu'un hydre de Lerne réduit à l'état de paillasson sous les pieds d'un Henri IV qui ne semble toujours pas en revenir ...