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21/10/2016

Mudwoman, Joyce Carol Oates

mudwoman,joyce carol oates,romans,romans américains,famille je vous haisParfois, la magie noire de Oates opère, névrotique et anguleuse, elle pointe son scalpel sur les failles de l'individu, dans la nasse de ses mouvements confus, que le social fait à l'âme. Et parfois, elle n'opère pas du tout, et parfois, moins. Pour Mudwoman, c'est moins.

Mudwoman est l'un des noms-surnoms donnés à l'héroïne, seule référence de la narration durant tout le livre. Depuis sa naissance, elle s'est tapée tellement d'identités qu'elle ne sait plus laquelle est vraiment la sienne. Cette confusion, elle mettra quarante ans à s'en apercevoir, et entre temps, elle se sera perdue.

La première identité est celle de la toute petite fille, l'une des deux de Marit Kraeck ; une femme perdue en un dieu de colère qui les traine de taudis en taudis, avec parfois un homme qui a les cheveux ébouriffés. Marit croit aux signes spéciaux de dieu, qu'elle accroche sur les murs d'une cabane. Puis, en errance, en démence, elle abandonne sa fille et sa poupée au milieu d'un marais. Mudwoman sera sauvée de la boue par un trappeur simple d'esprit. Elle deviendra alors Jewell, le nom de sa grande sœur, qui, elle, n'a pas été retrouvée. De toute façon, les dates de naissance des filles ne sont pas vraiment connues, alors qu'importe qu'elle devienne l'ainée ?

Jewell vit un temps dans une famille d'accueil, dans une maison bruyante, sur un terrain vague où l'on ne va pas jouer. Les Skeed vivent près de Star Lake, où coule la Blake Snake, la rivière des marécages où la petite avait été abandonnée. Elle n'est pas encore bien loin du point de départ des cauchemars. L'ambiance est rude, les attentions rares, même si Jewell est la benjamine des huit ou dix enfants qui vivent là, dortoir des garçons et dortoir des filles.

Puis, adoptée par Agatha et Konrad, Jewell devient leur fille unique et chérie sous le nom de Meredith Neukirchen. Les parents sont quakers mais juste en morale, pas en pratiquants, ils ont quelque chose des agneaux qui viennent de naitre. Mérédith apprend à les nommer papa et maman et à lire, réfléchir, apprendre.

Elle commence sa carrière de petite fille douée et sage, enfouissant les identités précédentes dans le cocon surprotégé que lui assurent ses parents si aimants, si admiratifs de ses qualités, que Meredith intègre les codes de la perfection de cet amour et de cet équilibre. Elle réussit un parcours scolaire parfait, pour se retrouver au début du roman au sommet d'une carrière universitaire, sous les initiales de MR.

Première présidente femme et progressiste, même si il faut qu'elle s'en cache quelque peu dans le contexte de la propagande menée par l'administration Bush pour convaincre les USA du bien fondé de la guerre en Irak, elle s'en tire plutôt pas mal. Ce jour là, elle doit présider un congrès, dans une ville près des marécages, le discours est prêt, elle est en avance sur la réservation de l'hôtel, toujours en avance MR, toujours prête; et, cependant, MR s'en va, bifurque, prend la tangente de la petite route qui longe les marécages, sans prévenir. Les premiers remous commencent à l'atteindre.

Lieux déserts qui s'animent, silhouettes confuses qui bruissent, s'agitent quelques brides, quelques résurgences vagues d'une histoire de corbeau noir qui la ramène vers les rives de la folie qui fut celle de sa mère.

Le récit suit le mouvement descendant d'une descente incontrôlée en elle-même qui prend la forme de l'auto destruction de sa réussite, en apparence si flatteuse, si ce n'est l'oubli de son corps, sa négation dans un amour insensé pour un astronome si absent que l'on en vient à douter de son existence. On navigue dans des profondeurs troubles, où toujours plane un hydre, où les confusions entre fantasmes et réalité et si l’héroïne y perd pied, je dois avouer que moi aussi, saturant de cette psychanalyse littéraire d'un personnage auquel je n'ai pas réussi à croire.

Commentaires

Mouais je l'ai lu, mais les manies narratives de JCO m'ont soulée

Écrit par : keisha | 22/10/2016

Entre les manies de Oates et celles du personnage, je ne sais ce qui m'a lassée le plus ....

Écrit par : Athalie | 22/10/2016

Une fois de plus nous sommes complètement d'accord. Et comme Keisha, j'ai trouvé que le style de l'auteur desservait son propos (le terme de "manies" est très juste, Oates dose mal ses effets, qui finissent par devenir caricaturaux). Dommage, le synopsis était alléchant..

Écrit par : Ingannmic | 22/10/2016

Complètement d'accord, effectivement ! Les plongées dans l'inconscient du personnage sont systématiques et prennent la pas sur l'action, on étouffe, on n'a pas de recul, on se lasse ....

Écrit par : athalie | 24/10/2016

je vais laisser le personnage et ce roman voguer entre marécages et folie ..pas pour moi en ce moment.

Écrit par : luocine | 22/10/2016

Il y a des titres bien plus prenants chez cette auteure, ici, on patauge un peu trop !

Écrit par : athalie | 24/10/2016

Les romans de JC Oates ne "marchent" pas à tous les coups, c'est vrai... Je n'ai pas lu celui-ci, mais il y en a un qui m'est tombé des mains (Petit oiseau du ciel)

Écrit par : Kathel | 23/10/2016

J'espace la lecture de ses titres, pourtant pour avoir à chaque fois un oeil à peu près neuf, et je ne tenterais pas le titre que tu évoques, du coup. Keisha dit du bien de son dernier paru en poche, à voir ?

Écrit par : athalie | 24/10/2016

J'ai aimé tous les JCO que j'ai lu mais celui- là, je comprends qu'il plaise moins. Rien que l'histoire, ça ne mente pas beaucoup...

Écrit par : maggie | 23/10/2016

Il y a des titres que j'ai tellement aimés que j'y retourne chez Oates, en sachant que dès fois, ben, je ne la suivrais pas .... En fait, le souci dans celle-ci est qu'il n'y a pas vraiment d'histoire, juste une longue chute intérieure et des réminiscences qui l'éclairent, un peu ....

Écrit par : athalie | 24/10/2016

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