Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/10/2016

14 juillet, Eric Vuillard

Monet-montorgueil.JPGLe 14 juillet, tout le monde connait, ou, du moins, tout le monde reconnait les quelques traits que l'histoire en a gardé en esquisse, un peu comme un chromo que l'on ne regarde plus parce qu'il a été trop souvent vu sous le même angle ; la colère du petit peuple parisien, la prison royale comme un défi au cœur de l'enceinte de la capitale, Camille Desmoulin au Palais Royal , Versailles au loin qui n'y comprend rien ... etc ....

Or, dans ce très court récit, Eric Vuillard change la focale et se met à la hauteur des hommes qui y étaient, du moins, du peu que l'on sait de ces anonymes qui ont fait la multitude de ce jour singulier, dans sa chaleur et leur sueur. Il dit aussi l'oubli, le tri de l'oubli, et que finalement, on achoppe avec la reconstitution d'une vérité vraie.

Quelques jours auparavant, une foule disparate, menée par la misère a découvert l'ultime luxe de la Folie Triton. En ces temps où elle crevait de faim, monsieur le propriétaire de la manufacture et ses dames s'y roulaient dans la soie. Ce jour de la Folie, la foule semble avoir découvert la vengeance, comme un excès de trop à crever, quitte à crever. Les morts de ce jour n'étaient pas des voleurs, et ne deviendront pas des martyrs, ils resteront les anonymes qui ont contribué, peut-être, à mettre le feu aux poudres du 14.

Le texte de Vuillard ne tente pas de reconstituer, mais livre le hasard comme moteur de l'histoire. Hasard qui a réuni les hommes sur la place, devant cette Bastille qui les narguait; commerçants, artisans, vagabonds, laissés pour compte du royaume, dont le point commun fut la misère, la colère, la rage et la faim. L'auteur joue de ce hasard en listant les noms, dont on ne sait pas vraiment grand chose, parfois juste rien, le métier, l'origine provinciale, pour trois ou quatre, on connait les circonstance de leur mort, pour trois ou quatre, un bout de passé ou d'avenir révolutionnaire. Si l'histoire est écrite par les vainqueurs, ceux de la Bastille n'auront pas cet honneur.

L'auteur donne à cette litanie d'anonymes un souffle quasi épique. En quelques scènes, sporadiques et confuses, comme le furent sûrement les décisions de ce jour, il montre les bouts de ficelles et les improvisations ; bouts de ficelle des armes prises la veille dans la garde meuble de la couronne, lances des preux chevaliers du temps de Philippe Auguste, canons de parade offerts par le roi de Siam, armes de pacotilles ; bouclier de Dardanus, flambeau de Zoroastre, pillés dans les théâtres.

Cette image de la révolte est haletante, elle laisse le souffle court, mais ardent.

 

27/10/2016

Les réponses, Elizabeth Little

les réponses,elizabeth little,romans,romans policiers,romans américains,famille je vous haisJanie Jenkins est une sale gosse de riche, une it-girl genre Paris Hilton, elle n'a pas eu le temps de devenir aussi célèbre pour ses frasques sexuelles et alcooliques, mais elle a sans nul doute les mêmes marques dans sa garde robe. Janie commençait en effet tout juste sa carrière dans les tabloïds quand elle fut arrêtée pour le meurtre de sa propre mère, la richissime philanthrope mondaine et snobissisme Marion Elsinger. La fille y gagna la couverture de Vogue et dix ans de prison. Le mobile : la haine de l'autre, haine réciproque, il faut dire que dans le genre garces, la mère et la fille sont des pros. Sans doute une histoire de bottes Prada ....

Lorsque Jane sort de prison, à la faveur de la découverte d'erreurs dans les prélèvements du laboratoire scientifique, elle n'est pas blanchie pour autant, mais par contre, poursuivie par toute la presse à scandale, et principalement par Traque, un blog qui a mis sa tête à prix, dont le rédacteur est persuadé de sa culpabilité. Ben, oui, malgré toutes les preuves qui l'accablent, Janie clame son innocence, le problème est qu'elle ne se souvient de rien, elle était juste ivre morte quand elle a découvert le cadavre. De ce fait, elle part à la recherche de la vérité sur la base d'un indice tiré par les cheveux, qu'elle a épais, le dernier mot qu'elle a entendu dans la bouche de sa mère "Adeline", se révèle être le nom d'un trou du cul du monde, dans le Dakota du sud.

Et c'est ainsi que Jane, traquée par la haine de certains et la curiosité de tous, atterrit genre météorite people travestie en passionnée d'histoire, en plein festival des journées "poussières d'or", organisé dans une petite communauté totalement old fashion, et qui garde bien secret le mystère.

Mais le mystère de quoi ? C'est tellement alambiqué que j'ai rapidement renoncé à comprendre le pourquoi du comment du rapport entre l'avocat au sourire fluoré, les copines lesbiennes, les clefs de la penderie, le code du journal intime, les opossums, l'autre sale gosse, le méchant frère qui ne dit pas un mot, les gâteaux de l'organisatrice, le bal masqué, le coffre à la banque, et j'en passe ... L'intrigue est non seulement foutraque, mais les personnages sont aussi peu crédibles, l'intrigue se calque sur celle de Barbie et Kent (sous les traits d'un flic local)  au pays des ploucs. Et même si le rythme est assez enlevé par moments pour faire oublier les virages étranges du scénario, c'est un livre qui donne sans arrêt l'impression d'avoir loupé le début. ce qui est assez frustrant.

24/10/2016

La reine Margot, Alexandre Dumas

la reine margot,alexandre dumas,romans,romans français,famille,je vous hais,romans historiques,guerres de religionAlexandre Dumas en roman historique ne reconstruit pas la grande histoire, il en fait une autre, avec les mêmes ingrédients que la vraie, bien obligé, mais en plus hot, et c'est plutôt réjouissant ! Il nous tord les personnages vers Machiaviel, étoffe les personnages à son goût, pour plus d'épices. Il cuisine une histoire un peu plus relevée .... Ce qui n'est pas gênant, quand on admet le parti pris du Ah, qu'est-ce qu'elle bien méchante, la reine Catherine ...

Dans ce titre, Dumas reprend la trame des guerres de religion dans sa partie la plus connue, et la plus spectaculaire, ce qui est logique vu le projet de cape et d'épée. On commence au mariage de la fille de Catherine de Médicis, Marguerite de Valois, la seule fille de toute sa bande de frères futurs rois. L'ainé est déjà mort, et à laissé sa place au second, Charles VII, qui règne. Enfin, régner est un bien grand mot .... Il a bien du mal le pauvre à rester sur son trône ... Un roi à l'esprit retors, amateur de chasse aux sensations fortes, si pusillanime qu'au lendemain du mariage de sa sœur avec Henri de Navarre, union censée scellée une forme de paix entre catholiques et protestants, il décide de livrer son ami, son père, comme il le dit, l'amiral de Coligny, à la colère des chefs catholiques, et avec lui, tout ce que Paris compte de réformés, d'un coup d'un seul, et c'est, bien sûr, la Saint Barthélémy.

Avec Dumas, foin d'explications sociologiques, politiques, voire religieuses (ben oui, dans l'affaire, ça a dû jouer un rôle quand même ...), non, tout est affaire d'humeurs royales, de stratégies de pouvoir au sein de la famille, d'amours ou de désamours fiévreux, de luttes d'ambitions au sein des Valois, mère, frères, sœur, famille de fiel et de serpent dont la pire des vipères est la Catherine, de Médicis à souhait.

Dans l'histoire selon dumas, les poisons se cachent dans les savons parfumés, les poignards se plantent dans le dos, les grands écoutent aux portes des chambres secrètes, les chausses trappes du Louvre obligent à passer par les fenêtres, les manteaux écarlates s'échangent entre deux corridors obscurs ... La reine Margot y gagne si sa mère y perd. Dumas lui donne une place de choix. Erudite, sagace, elle fait une alliance de raison avec son mari et y reste fidèle, libertine juste assez pour succomber quand même aux charmes romantiques de De la môle, un petit gentilhomme éperdu d'amour pour la reine, mais aussi de fidélité au futur roi ... Henri est conforme à ce que l'on attend de lui, puant l'ail, courant le jupon, mais avec assez de roueries politiques pour se faire aimer du roi et sauver sa peau. Et pourtant la Catherine, elle en usera des stratagèmes pour le faire tomber dans les oubliettes ! Mais Dumas ne pouvant pas céder le romanesque à la dictature de l'histoire, il le protège d'un horoscope à toute épreuve à défaut d'une réelle intelligence politique.

Oui, c'est écrit à la louche, on sent bien que le Dumas tire à la ligne, pour une scène de cape et d'épée en plus, un sombre complot échoué en supplément, mais finalement beaucoup réjouissant que ce à quoi je m'attendais.

21/10/2016

Mudwoman, Joyce Carol Oates

mudwoman,joyce carol oates,romans,romans américains,famille je vous haisParfois, la magie noire de Oates opère, névrotique et anguleuse, elle pointe son scalpel sur les failles de l'individu, dans la nasse de ses mouvements confus, que le social fait à l'âme. Et parfois, elle n'opère pas du tout, et parfois, moins. Pour Mudwoman, c'est moins.

Mudwoman est l'un des noms-surnoms donnés à l'héroïne, seule référence de la narration durant tout le livre. Depuis sa naissance, elle s'est tapée tellement d'identités qu'elle ne sait plus laquelle est vraiment la sienne. Cette confusion, elle mettra quarante ans à s'en apercevoir, et entre temps, elle se sera perdue.

La première identité est celle de la toute petite fille, l'une des deux de Marit Kraeck ; une femme perdue en un dieu de colère qui les traine de taudis en taudis, avec parfois un homme qui a les cheveux ébouriffés. Marit croit aux signes spéciaux de dieu, qu'elle accroche sur les murs d'une cabane. Puis, en errance, en démence, elle abandonne sa fille et sa poupée au milieu d'un marais. Mudwoman sera sauvée de la boue par un trappeur simple d'esprit. Elle deviendra alors Jewell, le nom de sa grande sœur, qui, elle, n'a pas été retrouvée. De toute façon, les dates de naissance des filles ne sont pas vraiment connues, alors qu'importe qu'elle devienne l'ainée ?

Jewell vit un temps dans une famille d'accueil, dans une maison bruyante, sur un terrain vague où l'on ne va pas jouer. Les Skeed vivent près de Star Lake, où coule la Blake Snake, la rivière des marécages où la petite avait été abandonnée. Elle n'est pas encore bien loin du point de départ des cauchemars. L'ambiance est rude, les attentions rares, même si Jewell est la benjamine des huit ou dix enfants qui vivent là, dortoir des garçons et dortoir des filles.

Puis, adoptée par Agatha et Konrad, Jewell devient leur fille unique et chérie sous le nom de Meredith Neukirchen. Les parents sont quakers mais juste en morale, pas en pratiquants, ils ont quelque chose des agneaux qui viennent de naitre. Mérédith apprend à les nommer papa et maman et à lire, réfléchir, apprendre.

Elle commence sa carrière de petite fille douée et sage, enfouissant les identités précédentes dans le cocon surprotégé que lui assurent ses parents si aimants, si admiratifs de ses qualités, que Meredith intègre les codes de la perfection de cet amour et de cet équilibre. Elle réussit un parcours scolaire parfait, pour se retrouver au début du roman au sommet d'une carrière universitaire, sous les initiales de MR.

Première présidente femme et progressiste, même si il faut qu'elle s'en cache quelque peu dans le contexte de la propagande menée par l'administration Bush pour convaincre les USA du bien fondé de la guerre en Irak, elle s'en tire plutôt pas mal. Ce jour là, elle doit présider un congrès, dans une ville près des marécages, le discours est prêt, elle est en avance sur la réservation de l'hôtel, toujours en avance MR, toujours prête; et, cependant, MR s'en va, bifurque, prend la tangente de la petite route qui longe les marécages, sans prévenir. Les premiers remous commencent à l'atteindre.

Lieux déserts qui s'animent, silhouettes confuses qui bruissent, s'agitent quelques brides, quelques résurgences vagues d'une histoire de corbeau noir qui la ramène vers les rives de la folie qui fut celle de sa mère.

Le récit suit le mouvement descendant d'une descente incontrôlée en elle-même qui prend la forme de l'auto destruction de sa réussite, en apparence si flatteuse, si ce n'est l'oubli de son corps, sa négation dans un amour insensé pour un astronome si absent que l'on en vient à douter de son existence. On navigue dans des profondeurs troubles, où toujours plane un hydre, où les confusions entre fantasmes et réalité et si l’héroïne y perd pied, je dois avouer que moi aussi, saturant de cette psychanalyse littéraire d'un personnage auquel je n'ai pas réussi à croire.

18/10/2016

La septième fonction du langage, Laurent Binet

la septième fonction du langage,laurent binet,romans,romans français,déceptionsCe livre, je me disais qu'il était pour moi, un sucre d'orge du structuralisme revisité à l'aune du post modernisme, un ressussé sucré salé de ce que j'ai tant aimé, sur les bancs de l'amphi. Et oui, il fut un temps où je lisais le Barthes dans le texte, sans sous titrages, où "Mythologies" m'ouvrait des yeux comme des soucoupes, où le "Sur Racine" me révélait le dieu caché, où "le discours amoureux" me fragmentait le cœur, où, enfin, 'la chambre claire' me montrait que l'abime du noir et blanc fixait un instant de l'éternité éphémère.

Je savais bien que le Binet, il allait me le désacraliser le barthounet chéri, qu'il allait jeter un œil de jeune sur les ridicules de l’intelligentsia parisienne jusqu'au bout des nuits blanches de quelques substances apocryphes ...  Ce petit monde qui se croyait si grand, des Foucault et cie, que Barthes côtoyait au collège de France et dans les salons des must be, un Barthes, comme un phare clignotant, dans cette époque de remise en cause généralisée des poussiéreux aux lorgnons qui avaient pondu leur bible, le Lagarde et Michard.

Je me régalais d'avance de ce règlement de compte d'avec les tenants de la critique pontifiante et moraliste qui tenait l'utopie de l'université de Vincennes pour un zoo pour gauchistes pervers vautrés dans des pratiques masturbatoires, et m'apprêtait à rire autant de leur barbe que des travers gauchistes et excessifs de cette nouvelle critique qui se prenait pour une autre parole d'évangile.

Sauf qu'en fait, je n'ai pas rigolé beaucoup, un peu un début, et puis rapidement, je me suis lassée du tableau déjanté que l'auteur nous propose de Foucault et cie. Binet se moque des deux camps, soit, mais en reprenant les poncifs de cette vieille critique dont il semble prendre le contre pied ; il nous plante le Barthes à sa maman, l'intello homo refoulé qui tient par la main son dossier de sémiologie pour aller s'éclater avec un gigolo en douce, parce qu'il a peur de descendre dans les backs rooms tout seul.

Mis à part cela, Barthes n'est pas seulement mort, il a été assassiné, le commissaire chargé de l'enquête est poursuivi par une DS, et Giscard en fait une affaire de secret défense d'état. Pourquoi, et par qui, et bien je ne le saurais jamais parce que j'ai planté le bouquin au moment où Eco se mettait à faire des blagues au niveau du comptoir, ou du stade anal, je ne sais ...

Non, vraiment, ce tableau au vitriol ne me faisait pas rire, et Foucault en maître à penser grotesque et pontifiant, se faisant faire une belle fellation par un gigolo qui en a plein la bouche, c'est peut-être vrai, mais je m'en fiche complétement. Comme de Sollers et de ses rapports avec une Kristeva lesbienne au foyer, comme de BHL, le faux cul parfait dans le rôle de l'admirateur pervers. Même si ces deux là sont déjà de si parfaites caricatures que Binet n'a pas à forcer le trait. Sauf que, encore une fois, je m'en fiche un peu de leur tripotages d'en dessous de la ceinture et de dessous la table où trône la parole tronquée, quand même, de quelque types qui, pour être ridicules dans leur excès gauchistes, ne s'en envoyaient pas que de la cocaïne derrière la cravate.

Foucault, Eco, on peut supposer qu'ils pensaient, quand même, un peu ...  et pas qu'à la gaudriole ou à se faire mousser .... Sarabande sans queue ni tête, saillies pour entre soi, je me demande quel public visait Binet ? La désacralisation des maîtres, il faut bien y passer, mais au profit de quoi ? de nos idéologues actuels ? Car même si BHL n'ose plus la chemise blanche mais a gardé la langue de bois, il reste des toutous de ses maitres qui ne leur arrivent pas à la cheville, aux Barthes et Foucault,  si enflée qu'elle fut, leur cheville.

15/10/2016

Confiteor, Jaume Cabré

C'est une note qui, beaucoup plus que toutes les autres, pose le problème du point de départ de l’écheveau, parce des fils à dérouler dans ce livre, il y en a autant que de ramifications du mal à travers les âges, c'est dire si le choix est infini ! Alors, comme fil, entre Barcelone, le monastère de San Pere del Burgal, entre les tombes dumodest-urgell-appel-priere.jpg cimetière juif de Tubingen, les pignes, les graines de sapin et d'érable, le petit tableau d'Urgell, celui qui était dans la salle à manger, où depuis, sa disparition a laissé une ombre, entre toutes ses ombres, que l'auteur convoque sur la scène du monde occidental de l'Allemagne nazie à l'Italie de la Renaissance en passant par l'Espagne de l'inquisition et celle du fascisme, je choisis l'ombre du violon.

Ce violon a été fabriqué en Italie par Storioni, avec le bois que Joachiam de Parda avait emporté dans sa fuite, à la poursuite d'un rêve. Comme le roman, ce violon a une sonorité exceptionnelle, atypique, un son et des mots qui brassent l'art de la fugue avec des tonalités d'universel. L'archet est grave et l'amplitude de la gamme conséquente ; des persécutions de l'Inquisition au génocide perpétué à Auschwitz Birkenau ; l'humanité, en gros, celle de l'amour aussi, de l'amour de l'art, de l'amitié encore, à la maladie d’Alzheimer qui efface la mémoire, de l'amour et du mal solubles dans rien, même pas dans l'oubli.

Un roman qui vous laisse agrippé à trois personnages principaux, les plus contemporains, dont l'histoire fait la trame ; Adria et son amour fou pour Sara, et Bernat, l'ami, celui qui a un peu raté sa vie quand même ; celui à qui il confiera sa mémoire, le socle finalement friable d'Adria. Adria est le point de départ du roman, celui à partir duquel toutes les notes se déploient. Jeune garçon surdoué pour les langues, par atavisme mais aussi par goût, il aurait aussi pu être un violoniste virtuose, si sa mère ne l'y avait point obligé. Dans l'obscur appartement de Barcelone, Adria enfant solitaire, joue le rôle de l'enfant sage qu'il est, invisible aux yeux de ses parents, qui ne s'aiment pas plus qu'ils ne l'aiment. Il grandit, prenant conseil de ses deux figurines en plastique, l'indien et le cow boy, les dupont et dupond de sa conscience enfantine.

Puis, viendra Bernat, puis Sara. En même temps, tous les autres destins qui tissent la mémoire du mal éternel, toujours le même, quelque soit sa forme, ironique ou sarcastique. Pour Adria, la vie se terminera en boucle, dans ce même appartement sombre, entouré des mêmes fantômes. Il est, à la fin, rempli des silences honteux de son enfance, même si il a tenté de tromper le mal de son héritage, de tricher avec, le violon mal acquis par son père, antiquaire sans scrupules, mafieux de l'art, enrichi de magouilles, trafiquant de biens juifs spoliés par les nazis, et rachetant à ces mêmes nazis en fuite leur rapine artistique.

Confiteor, c'est une prière, un appel à la confession, pour tous les crimes commis au nom du dieu et des pères, le père de tous les crimes. La narration est singulière, les voix se mêlent et se glissent les unes dans les autres. Parfois, comme l'histoire des crimes, elles bégaient. Elle contribue grandement à cet effet de brassage continu des personnages, des lieux et des époques, où se croisent les mêmes fils, ceux de la malignité des gains, quand les violons deviennent tueurs, car laissés aux mains des hommes dont la partition est si étroite. Même celle de Sara et d'Adria aurait pu être jouée autrement si les avatars du mal, n'étaient pas d'abord en soi.

Un roman somme, à la fois fleuve et creuset, un roman rare.

11/10/2016

Agnès Grey, Anne Bronte

agnès grey,anne brontê,romans,romans anglais,déceptionsLes côtes casées, ça vous incite à faire dans le léger, côté poids du livre. Donc, ma liseuse a (re)pris du service. Elle était pleine à craquer de titres classiques que je n'étais mis de côté, au cas où ... du Dumas, du Austen, des vieux trucs dont j'avais oublié les titres ... Du bout des doigts, j'ai parcouru la liste des pas lus, indiqués par un 0 °/°. il n'y avait que cela et des 1 °/°, quand j'avais cliqué sur la couverture. Du coup, j'ai aussi découvert les KO. En langage liseuse, c'est pour dire court ou long, du moins, c'est ce que j'ai compris. Alors, j'ai pris 0 °/° à 400 KO epub, et c'est comme cela que j'ai découvert Agnès Grey.

L'histoire sent l'autobiographie, même si j'espère que la Anne fut moins cruche que la Agnès ... Fille d'un membre du clergé anglican, Agnès a été élevée en vase clos avec sa sœur dans un presbytère, loin du monde et sans famille extérieure, vu que sa mère a choisi le mariage d'amour plutôt que la fortune. Le père, un peu fantasque et vaguement dépressif, perd le reste de leurs espérances dans une opération commerciale hasardeuse, et voilà Agnès qui décide, pour le bien commun de devenir gouvernante, au grand dam de sa famille, qui bien qu'aimante, a cependant bien conscience qu'elle ne sait quand même pas faire grand chose.

Qu'a cela ne tienne, Agnès se lance dans une première famille. Bien sombre, la famille, la mère est idiote, le père violent, le fils torture les oiseaux et la fille se tord par terre en crises d'hystérie pour rester ignorante. Chouette, du gothique, à la Brontë !!!! Ben non, finalement, Agnès, au lieu de tomber amoureuse du père violent, voire de la mère idiote, ou de se compromettre définitivement en des affres de culpabilité morbides face à son incompétence et à l'incurie de son sort, ben non, elle se contente de jeter l'éponge et d'aller voir ailleurs si le diable y est. Enfin, c'est plutôt le bon dieu de la morale qui guide ses pas, à elle. Et c'est bien dommage, parce que le diable, c'est plus rigolo.

En fait de diable, elle en trouve quand même un petit, dans la jeune personne dont elle se voit confier la charge. Vous devrez vous passer du prénom, parce que ma liseuse n'a pas l'option retour arrière rapide. En gros, la jeune, fille n'est pas un parangon de vertu aux yeux d'Agnès, elle qui s'évertue sans succès aucun à lui montrer le bon chemin. Car malgré son inclination pudique et effacée pour un clergyman aussi froid qu'un hareng saur et aussi démonstratif qu'un poisson plat, notre nonne de l'éducation ne se permet aucune mauvaise pensée, aucune initiative, pas un regard plus haut que l'autre, même quand l'autre reste sur la Bible ... Pas comme l'autre, la mauvaise élève qui papillonne autant qu'elle le peut et tente de briser tous les cœurs possibles à sa portée, même si le cercle restreint du village ne lui permet quand même pas faire les conquêtes qu'elle pense mériter. Une fois mariée à qui elle devait être mariée, le sort se chargera de lui faire regretter sa condition, alors que la souris grise d'Agnès, coulera des jours heureux, ternes, mais moralement ternes.

Bref, un Brontë aussi plat qu'une limande sans citron.

09/10/2016

Misery, Stephen King

misery,stenphen king,romans,romans américains,polarsQuand on attaque son premier Stephen King à mon âge, on prend un risque. Soit on devient addict et alors adieu veaux, vaches, cochons  de la rentrée littéraire, veaux, vaches, cochons et pots de lait des nouveautés à découvrir, on plante là la Pile à lire, pourtant amoureusement élevée au rang de gratte ciel depuis les années que je blogue et que je note des titres, la production pléthorique du sieur auteur défiant les années à venir. Soit c'est bof, pas si King que cela le gars, et on passe pour une vieille nouille ringarde ( et accessoirement, en ce qui concerne mon cas particulier, je perds aussi toute crédibilité auprès de fiston pour lui faire lire Zola, et auprès de fifille pour lui dire que si, la littérature jeunesse, c'est drôlement bien, cause que eux, ils lisent le King depuis plus longtemps que moi)

Cette première incursion à haut risque je l'ai donc gérée en choisissant un titre dont je connaissais déjà l'intrigue, "Misery" ayant été adapté au cinéma, et que le film, je l'ai revu il y a peu.  Cette connaissance à priori me paraissant être le gage d'un esprit critique. Je ne courrerais pas vers la fin comme un lapin, je pourrais garder l'esprit lucide pour voir les éventuelles recettes et bouts de grosses ficelles que je soupçonnais. Ben que nenni, en réalité, cette avance m'a juste permis de savourer la dilatation de l'intrigue, ses chausse trappes, et ma foi, c'est rudement bien fait.

Stephen King part en en effet de peu : un huis clos, une chambre, deux personnes, l'écrivain, Paul Sheldon et son admiratrice number one, Annie. Complétement frapadingue. Misery est le nom que Paul Sheldon a donné à son héroïne, une sorte d'aventurière victorienne un peu gothique et tombeuse sur les bords. La série a fait son succès, sa notoriété, mais à présent, il l'a liquidée pour passer à ce qu'il considère être sa véritable oeuvre, plus sérieuse et dramatique, ancrée dans le réel. Il vient de terminer "Fast car", l'épopée prolétarienne d'un jeune malfrat. Dans sa chambre du du Boulderado hotel, il sacrifie à son rituel post dernière page, boit quelques coupes, un peu trop, et décide d'aller faire une escapade vers le grand ouest plutôt que de rentrer chez lui, à New York. Il n’entend pas vraiment l'avis de tempête, et ne voit rien venir avant de se retrouver cloué dans un lit et une chambre inconnue, les jambes plus brisées que son pare brise et avec une infirmière dont malgré le brouillard qui l'engouffre, il perçoit rapidement la dangerosité. Qui s’avère d'autant plus exponentielle qu'Annie est une admiratrice inconditionnelle de Miséry.

D'idole , il est devenu otage, et se doit d'être un otage très diplomate, s'il veut boire, manger et survivre. De s'échapper, il ne peut être question. Annie a ses caprices, et tient son écrivain préféré sous sa main de fer. Le piège monte d'un cran lorsqu' Annie se procure le dernier titre paru des aventures de Misery, dont elle ne sait encore qu'à la fin, Paul enterre son héroïne d'une fin de non recevoir. Misery est morte et Annie crève de rage, et comme elle a le responsable sous la main, elle compte bien le lui faire payer. Et lui compte bien y survivre.On pourrait se dire que l'acmé est atteint mais vu le nombre de pages qui reste après, il est évident que non.Le jeu du gros chat qui va faire souffrir la souris avant de la manger, peut enfin commencer et donner libre cours à des va et vient sadiques et pervers.

Bref, un régal jusque la fin, bien plus complexe que dans le film où le rapport entre la victime et le bourreau étaient bien moins ambiguës et tarabiscoté d'avec l'alliance dans l'écriture. Où on voit qu'écrire peut vraiment être une question de survie .... Au sens propre.

07/10/2016

La fille du train, Paula Hawkins

la fille du train,paula hawkins,romans,romans anglais,polarsVoici un polar qui porte vraiment bien son titre, attention lecture exprès, lecture TGV ... Avant d'en entamer la lecture, assurez vous que avez le temps de la terminer dans la foulée, lecture en aller simple, prévoir le manger et le boire sans descente dans le frigidaire, pas le temps d'aller au wagon bar, la pause pipi s'avère dangereuse, pensez à baliser le trajet pour l'effectuer livre en main ...

La fille, c'est Rachel et elle est dans un bien piteux état dans son train. Elle a perdu mari, amour, maison, rêve et tout éclat. Rachel boit, consciencieusement. Rachel est devenue laide. Rachel le sait, Rachel s'en fout. Rachel n'a plus de raisons, ni de raison, ni de maison. Elle tente juste de se maintenir dans un flot qui l'entraine vers des trous noirs de sa mémoire. Quand elle boit trop, elle ne souvient plus toujours bien des horreurs qu'elle a commises, des hontes qu'elle doit gérer au réveil. Et elle boit bien souvent trop.

Tous les matins, elle se remet à la place qui lui reste, dans le train qui va à Londres, pour faire comme si ...Tous les jours, le train s'arrête, quelques courts instants, travaux sur la voie obligent, devant son ancien quartier, celui où dans sa maison vivent son ex mari, sa nouvelle femme et leur petite fille. Ce n'est cependant pas sa maison qu'elle voit, mais celle d'un autre couple, arrivé après son départ, sa bérézina à elle. Elle ne les connait pas, mais ils ont l'air si heureux, si lumineux, sans faille, pas comme elle. Rachel fantasme, elle nomme la femme Jess, et l'homme Jason, leur invente un métier, des projets, un passé.... Un matin, pourtant, ce n'est pas Jason qui se tient derrière Jess sur la terrasse ...

C'est marrant comme polar, parce que Rachel, plus elle coule, plus elle entraine l'empathie, même quand elle fait tourner bourrique ce méchant Tom, pourtant si patient avec elle, ce mari qui l'a laissée, lassé de ces crises et de sa tristesse, et sa nouvelle femme, cette grue plate d'Anna ... Même quand ses trous noirs la laissent pantelante et grotesque, Rachel, on ne peut pas la croire méchante, pas vraiment, pas comme les autres, la vraie Jess, le vrai Jason ... Mais plus l'histoire des vrais et des faux se met à vaciller, plus le doute se mêle de tout ce que vous lisez, la vision se trouble, jusqu'à plus soif !

04/10/2016

Warlock, Oakley Hall

warlock,oakley hall,romans,romans américains,western et cieC'est un roman, un pavé, qui prend pied dans les origines du western, quand l'Ouest, jusque là sans aucune foi ni aucune loi, que celle de tirer plus vite que celui d'en face, a commencé à prendre du plomb dans l'aile, quand le chaos des cow-boys qui ne redoutaient aucune représailles, a commencé à se heurter à la volonté de quelques citoyens de vivre en paix et donc, de prospérer. c'est le début de la fin, le crépuscule des héros de la gâchette facile. Pourtant, la liste des noms des shérifs de la ville continuent à s'allonger sur le mur de la prison, parce que cette nouvelle règle du jeu n'a pas encore de code, et qu'il est encore bien difficile pour ceux qui tentent d'y croire de garder fermées les portes de la prison, aussi bien pour y faire rentrer les criminels, que pour éviter leur lynchage ...

Pour simplifier, car ce roman fourmille de personnages, disons qu'il retrace la lutte entre la bande de Mc Quow, des cow-boys voleurs, tireurs, massacreurs, qui n'obéissent qu'à l'absence de lois, si ce n'est les leurs, et les habitants de la ville de Warlock, qui tentent de s'en défendre et d'établir leur nouvel ordre des choses. La lutte se fait à coup de règlements de compte au revolver, de duels dans les rues poussiéreuses, de traquenards de diligences, mais la lutte est surtout morale, une lutte entre la lâcheté et les glorioles inutiles, et un ordre plus stable et relativement digne, l'idée qu'il aurait un devoir de civilisation à remplir, avant de remplir les verres. Cette idée, incarnée par Gannon, le shériff presque malgré lui, mettra le temps du roman à avancer. Et encore, c'est pas gagné non plus, à la fin.

De tous les personnages qui grouillent dans Warlock, c'est celui que j'ai trouvé le plus fouillé, le plus convainquant. Il a fait ses premières armes, à côté de son frère, du côté de la bande des cow-boys, après un massacre de trop, il a décidé de changer son colt d'épaule et de passer du "bon" côté, celui de la loi en train de se faire. Il est donc pour les uns, un renégat, et pour les autres un sujet de défiance. Les "bons" citoyens se cachant souvent derrière les murs, il doit, seul ou presque, se forger la conscience de ce doit être fait. Dans cette juridiction qui n'existe pas encore, les autorités se croient en effet encore au temps de la lutte contre les indiens.

A côté du droit chemin, il y a Morgan, qui se gausse de toute morale, joueur, tricheur, menteur, le riche tenancier du bar joue sa partie en solitaire et garde en mains toutes les cartes. Même au détriment de son éternel complice, le tueur Blaisedell, reconverti pour l'occasion en marshal, rétribué par la frileuse communauté des "bons" citoyens de Warlock, pour établir son ordre à elle. Mais on ne passe pas impunément les frontières du bien et du mal, surtout quand elles changent sans arrêt. Comment se battre contre ceux qui n'ont pas de lois quand on ne connait soi même que celles de la gâchette ?

En arrière fond de ces trois personnages, les misérables mineurs, incapables de se discipliner en un syndicat cohérent, une femme au grand cœur complétement secouée, un docteur moraliste mais impuissant, un juge alcoolique dont la morale apocalyptique contient pourtant une certaine logique ... Ils complètent ce tableau, sombre, âpre et rude d'une ville qui de poussière redeviendra poussière, un moment de l'histoire où la rédemption n'avait sans doute pas sa place.

J'espère qu'il n'est pas trop tard pour participer au challenge de Brize!

 

02/10/2016

Lecture commune, escalier et peaux de bananes

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgIl y a quelques jours, Ingannmic et moi même avons décidé de reprendre une activité commune. Après le succès planétaire de la relecture de Mauriac, nous avions en effet, pris un temps de repos nécessaire suite à l'avalanche de commentaires suscités par cette initiative qui se solda d'ailleurs, par une lecture solitaire de la part de ma fidèle partenaire ....

Cette fois çi, il s'agit de rien de moins qu'une nouvelle lecture commune, mais pas des moindres, puisque notre choix s'est porté, presque naturellement, sur la suite du chef d’œuvre toute catégorie des pavés qui font mal dans la tronche de la lectrice, la suite donc, de "La griffe du chien" de Don Winslow, sobrement intitulée "Cartel", tout un programme.

En pleine nuit suivante, j'ai eu une illumination, je savais, oui, je savais, comment rendre cette nouvelle aventure si passionnante que les blogs amis en tireraient les langues d'impatience. Sauf qu'il était une heure trente du matin, pas une heure décente pour secouer le conjoint endormi pour lui communiquer une idée, même de génie, et même si c'est lui qui m'a offert le bouquin. Je dors rarement avec un papier et un crayon dans le lit, encore moins avec mon ordi, il est trop gros.

N'écoutant que l'appel du blog, je me suis précipitée vers le lieu idoine pour garder trace de ma fulgurance, Mais, c'était sans compter sur les machiavéliques machinations des dits cartels, qui ayant dû nous repérer, avaient pris soin de tapisser mon escalier de peaux de bananes.... Surfant sur les marches, telle une sublime sirène des patrouilles de l'aube, j'ai cependant succombé sous le nombre et c'est pour cela que toutes les notes que vous allez lire dans les prochaines semaines seront publiées depuis mon lit, sauf si bien sûr la tablette de fifille est maraboutée ou le portable de fiston sous écoute. Mon ordu, je le répète, il est trop gros.

PS : évidemment, cette vision de ma chute est quelque peu sublimée .... J'allais chercher de l'eau. Mon pied a loupé sa cible terrestre. Bilan: trois côtes cassées.Ce qui ne remet évidemment pas en cause la lecture commune, prévue pour le 5 novembre, si le cartel nous prête vie ....