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23/11/2016

Cent ans, Herborg Wassmo

jardin.jpgEntre 1868 et 1870, le pasteur Fredrick Jensen a peint un retable représentant Jésus dans le jardin des oliviers, mais le véritable sujet en est l'ange auquel Jésus confie son angoisse d'avant la chute. Et cet ange a les traits de Sara Suzanne Krog, née Binglind, le 19 janvier 1842 à Kjopsvik dans le Nordland. Et Suzanne est l'arrière grand mère de la narratrice et la grand mère d'Elida, et celle de sa soeur, celle qui n'a pas eu d'enfants, et Elida est la mère de Hjordis, et alors la narratrice, on comprend à la dernière ligne du roman qu'elle n'est autre que l'auteure, Herborg, qui repart en arrière pour dire le destin de ces femmes du Nordland, entre neige ordinaire, froid et naufrage, pêche et maternité, fermes à tenir et mari à vivre, autant que faire ce peut.

Sara Suzanne est la sixième enfant. Elle a les cheveux roux. A la mort de son père, elle a six ans. Elle aurait bien voulu faire quelques études, mais ce n'est pas le genre de la famille. Elle tâte un peu de la carrière de gouvernante d'enfants à la ville, puis se voit guider fermement vers le droit chemin ordinaire et se marie avec un des frères Krog, le jeune Johannes, pêcheur de son état, dur à la tache et aimant. La demande en mariage fut un peu longue car le fiancé bégaye si douloureusement qu'il préfère se taire. Il a de l'ambition, des projets, des rêves. Et Suzanne les adopte car dans ce Nordland là, ce n'est pas dans le cœur des femmes de faire un vrai mariage d'amour. Elle sera bonne épouse et bonne mère, comme elle a été bonne fille. Il y a bien ce pasteur, Frédrick Jensen, de l'autre côté de la baie, qui l'a choisie pour être le modèle de l'ange. Un homme si triste, qui ne la touchera que du bout de son pinceau, en lui torturant l'âme d'une flamme inconnue et impossible.

Cent ans plus tard, l'auteure reprend à partir de ce pinceau, sa propre histoire, qui alterne avec celle d'Elida, la fille de Suzanna, celle de ses enfants et de sa soeur. Elida en a dix, des enfants. Elle a épousé Fredick ( non, ce n'est pas le même ...) et elle aussi, à son tour, les rêves de son homme, qui lui est si fragile, qu'elle devra laisser partir certains de ses enfants, dont une sera élevée par sa propre soeur, et Elida d'accepter de devenir celle qui les a abandonnés. 

Les souvenirs personnels de la narratrice commencent à la fin de la seconde guerre mondiale, chez sa grand-mère, et aussi sa tante et en même temps qu'elle dit son histoire, elle reconstruit la leur. Le récit n'est donc pas chronologique et l'alternance des époques permet de planter la prégnance des lieux et des caractères qui, si ils se succèdent, se répondent et s'unissent : femmes à l'amour solide, dans les frimas et les aléas des bonnes années, dans les fissures de la misère. Toutes portent leurs hommes comme elles ont porté leurs enfants, comme elles portent un fardeau, bien calé sur leurs hanches qu'on devine larges, comme on porte un panier de linge ou comme on touille une confiture.

Ces femmes sont parfois trop grandes pour les hommes qu'elles accompagnent, qui peinent à les comprendre, quand ils y pensent ... ce sont elles pourtant qui poussent pour que la roue tourne, toujours ou presque, du bon côté de la vie, celui où les coqs trépassent, mais où l'on continue à écraser les myrtilles sur les tartines. De femmes en femmes, la modernité avance pourtant, mais à très petits pas, sans vraiment troubler l'ordre immuable de l'univers. 

La dernière phrase donc, révèle que cette très belle fresque sociale et intime est aussi un hommage à ces déterminations vigoureuses qui ont coulé jusqu'à elle, Herborg Wassmo.

 

Commentaires

De cet auteur je n'ai lu que Ces instants-là mais je n'avais pas été séduite par cette écriture de la lenteur. Celui ci me plairait davantage je pense...

Écrit par : Noukette | 23/11/2016

Je ne connais pas ce titre d'elle, mais je l'avais découverte avec sa trilogie "l'histoire de Dina", des romans cultes pour moi, que je recommande à tours de bras. Ce n'est ni lent, ni rapide, juste grand !

Écrit par : athalie | 27/11/2016

Je l'ai dans ma PAL celui-ci mais te dire qu'il me fait peur serait un euphémisme. On arrive à suivre quand même? Tous ces personnages, les époques? On ne s'ennuie pas?

Écrit par : monpetitchapitre | 24/11/2016

Dès fois, je me suis oerdue, un peu, mais je pense que comme c'est un long roman quand même, je l'avais pris sur mon étagère à un moment où je pensais avoir de longues pages de lecture devant moi, et finalement, cela n'a pas été le cas. Il ne mérite pas une lecture par à coups, mais, tu vois, il m'embarqué quand même, elles sont trop fortes ces femmes ! Alors, tu peux te lancer, elles le méritent ...

Écrit par : athalie | 27/11/2016

Tu en parles très bien, et si je ne l'avais pas déjà lu, tu me ferais envie ! ;-)

Écrit par : Kathel | 24/11/2016

Merci, venant de toi, ce compliment me fait vraiment plaisir ! D'autant plus que c'est chez toi que je l'avais noté ... Il y a un an ou deux ^-^ ?

Écrit par : athalie | 27/11/2016

déjà repéré ! Mais je n'arrive plus à lire autant que je le voudrais... Ca attendra

Écrit par : maggie | 26/11/2016

Je suis moi aussi dans un espace temps où la lecture a du mal à se faire de la place dans un espace temps grignoté par d'autres contingences, plus pragmatiques et urgentes ... Mais dès que je le peux je replonge !

Écrit par : athalie | 27/11/2016

OH là là moi qui en ce moment renâcle au trop long roman , tu m'impressionnes , je ne sais pas si je vais suivre.

Écrit par : luocine | 26/11/2016

Je suis contente de l'avoir lu avant qu'une longue période de travaux ne commence chez moi : trois chambres à refaire, repensées redécorées ... Alors maintenant, priorité au romans courts ! Mais tu pourrais aimer cette auteure, elle a aussi écrit du court dont la trilogie de Dina, que je te recommande vivement si tu ne l'as déjà lue ...

Écrit par : athalie | 27/11/2016

Ouiii, je suis du fan-club de Dina moi aussi !!! Extra top génial portrait de femme , et de la vie qu'elle invente, investit, recrée à tout instant. Quel tourbillon, cette lecture, quelle envolée splendide et marquante dans le grand Nord... Euh, 100 ans, à côté, m'a paru un peu fade , je ne le cacherai pas( un peu/beaucoup triste aussi, non? si j'ai bonne mémoire)
Pour ceux et celles qui aiment les sagas/la Scandinavie, je recommande extrêmement chaudement "Le Roman de Bergen" de Gunnar Staalesen, chez Gaïa et en Points, une fresque sur ...cent ans dans la ville de Bergen,plusieurs familles que l'on suit de 1900 à 2000,c'est passionnant!!!Les tomes s'avalent sans y penser, c'est une lecture addictive, parfait pour passer l'hiver

Écrit par : Mior | 21/12/2016

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