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15/01/2017

Dans le silence du vent, Louise Erdrich

dans le silence du vent,louise erdrich,romans,romans américains,amerindiensBon, après mon incursion dans la rentrée littéraire de septembre avec seulement deux titres, et en plus deux titres qui ne m'ont pas vraiment convaincue, je suis retournée vers ma valeur sûre, ma révoltée, ma creuseuse de tragédie que j'aime ...

Dans la postface de ce roman, Louise Erdrich indique que l'enchevêtrement des lois dans les réserves indiennes est tel qu'il fait obstacle aux poursuites pour viol, et que dans ces mêmes réserves, une femme sur trois sera violée au cours de sa vie, et enfin que 86 % des coupables sont des non amérindiens. L'auteure précise que si son histoire s'inspire de ces faits réels, elle est, elle aussi, l’enchevêtrement de tellement d'histoires, de témoignages, que le résultat n'est que pure fiction. Et moi, j'ajouterai juste que même si les faits se déroulent dans une réserve, même si il est bien question d'un viol, et même si la culture indienne imprègne les personnages, leur cadre, comme leur caractère, il s'en dégage une force qui dépasse, et cet espace et ce temps d'un seul été. 

Cette force vient du personnage de Joe que cet été va faire basculer du temps de l'innocence et des jeux, même s'ils n'étaient pas si innocents que cela, à celui d'une certaine forme de culpabilité collective et personnelle, dont il ne peut se dépêtrer.

En 1998, un dimanche après-midi, dans une famille indienne, sur une réserve indienne, le quotidien de Joe, dit Oups, parce qu'il est arrivé sans trop prévenir, devient tragédie. Sa mère était partie rechercher un de ses dossiers au bureau, elle travaille pour les services sociaux des "affaires indiennes". Son père est juriste des affaires indiennes aussi. Jusque là, tout va bien. C'est une famille où l'on s'arrange plutôt bien de la loi et de l'ordre des blancs.

Ce dimanche là, la mère de Joe va être agressée, violée, brûlée par un inconnu auquel elle a pu échapper sans le reconnaître. Joe et son père l'entourent, la tiennent par la main, mais elle, elle n'arrive pas à revenir avec eux, pas même à faire semblant. Elle coule, à la dérive derrière la porte de sa chambre qui ne s'ouvre plus, retranchée dans l'univers médicamenté qui la coupe du traumatisme de l'agression mais aussi de son fils et de son mari. Impuissants. Alors que le père s'accroche toujours à l'idée que la justice sera rendue, Joe décroche, ses repères ne suffisent plus à contenir la colère et les doutes, les failles s'étendent à ceux dont il tenait sa force ; son grand père Mashum qui prétend avoir 112 ans, boit son whisky planqué dans son thé glacé, sa tante Clémence qui tente d'arrêter le manège pendant que son mari fredonne des hymnes funéraires.

Joe voudrait arrêter le temps, revenir à celui d'avant le basculement, revenir à des jeux plus innocents que ceux vers lesquels il va finalement avoir recours pour échapper au couvercle de la tragédie.

La fin m'a clouée, ce livre m'a cloué, je suis toujours, sans réserves, une définitive adepte de ma valeur sûre ... c'est comme Miano, dont Ingamnnic parle si bien ici, c'est de la grande bonne femme ! (je n'en pas encore lu ce titre, mais ce n'est pas grave, je crois Ingannmic sur parole, vu que Miano, c'est la bonne femme que j'aurais rêvé d'être, si j'avais été noire, et Erdrich aussi, si j'avais été amérindienne, et écrivain aussi, quoique, lectrice, c'est quand même super bien aussi, et ça demande moins de boulot, en plus)

Bon, pour la rentrée littéraire, c'est pas vraiment fini en fait, je viens de craquer pour le dernier Gaudé et le Pennac, le retour !

 

 

 

Commentaires

De fait, Erdrich, c'est de la «grande bonne femme». C'est par ce roman que j'ai goûté à son oeuvre. Un claque. Depuis, je veux tout lire.

Écrit par : Marie-Claude | 15/01/2017

Je n'ai pas encore tout lu, même si elle n'écrit pas tant que cela, mais elle a commencé depuis un moment ! Donc je cours après elle ... Je me demande si celui-ci n'est pas justement un de ceux qui m'ont le plus touchée au coeur, avant, j'aurais dit "La chorale des maîtres bouchers", dont la dernière phrase est si longue est si belle qu'elle sonne comme un hymne ... La dernière partie de cette longue phrase est ... "dans un monde où les bouchers chantent comme des anges". Et oui, faut être une sacrée bonne femme pour porter la vie et la littérature comme elle, même lorsqu'elle parle de bouchers !

Écrit par : athalie | 15/01/2017

Je viens de terminer La chorale des maîtres bouchers, que j'avais noté lors de la publication de ton TOP 100. Je suis encore toute imprégnée de la force de ses héroïnes, de grandes bonnes femmes aussi... et je reviendrais, c'est certain, vers Louise Erdrich.

Écrit par : Ingannmic | 15/01/2017

Je suis super contente que tu aimes ! En plus, on est en même temps sur le blog ... C'est rigolo, je suis allée chercher mon exemplaire tout vieux et tout usé de la "Chorale pour relire cette fameuse dernière phrase, qui je m'en souviens, m'avait tiré des larmes lorsque son éditeur l'avait lue en public lors du festival de saint Malo où elle devait être présente, pour répondre à Marie Claude. Du coup, me voilà à relire le début, je lève le nez et ton commentaire apparaît ... Un coup du grand Sachem ?
Et, les deux, ce sont des grandes et bonnes femmes.

Écrit par : athalie | 15/01/2017

Oui, je me dis parfois que nous sommes sans doute liées par une forme d'inconsciente et livresque télépathie... !

Écrit par : Ingannmic | 15/01/2017

Punaise ! les chiffres concernant le viols font froid dans le dos :-(

Écrit par : Margotte | 15/01/2017

Effectivement, mais dans le livre, c'est aussi les conséquences qui font froid dans le dos, sur la mère, mais surtout sur son fils, cet angle de vue reste pourtant pudique. C'est très fort, très littéraire, très maîtrisé.

Écrit par : athalie | 17/01/2017

Pas lu, j'ai un peu laissé l'auteur de côté, dommage (je l'ai vue en vrai au festival america 2014!)

Écrit par : keisha | 16/01/2017

Oui, c'est l'année où elle est passée par chez nous avant d'aller au festival, la seule fois où j'ai pu l'entendre cette écrivaine rare sur les plateaux, et pour cause. Et à vrai dire, je me souviens plus de mon impatience que du contenu, pas sa faute, la mienne sûrement. Mais moi aussi, je la mets dès fois de côté, des titres moins touchants, des nouveautés à aller découvrir ... Mais j'y reviens, valeur sûre quand tu nous tiens !

Écrit par : athalie | 17/01/2017

Vivent les valeurs sûres ! Louise Erdrich en est une assurément, et ce roman est vraiment frappant !

Écrit par : Kathel | 17/01/2017

Ho que oui, même si, comme pour toutes mes valeurs sures, j'attaque toujours un nouveau titre en me demandant si cette fois çi encore, ça va marcher ... Mon petit cœur bat ! je suis en train de lire le dernier Coe, et cela me fait exactement cet effet là ...

Écrit par : athalie | 17/01/2017

Les commentaires sont fermés.