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07/01/2017

Petit pays, Gaël Faye

petit pays,gaël faye,romans,romans français,rwandaBon, mon deuxième livre de la rentrée littéraire de septembre, on ne pourra pas dire que je ne fais pas des efforts en publiant des notes sur des livres que tout le monde a lu avant moi !

En vrai, j'avais une copine qui l'avait sous le bras, je n'ai donc eu qu'à tendre une main curieuse ...

 Mais autant le dire tout de suite, je ne partage pas l’enthousiasme général et ce n'est même pas par simple mauvaise foi ni pour exercer mon éternel esprit de contradiction, je le jure ! Bien sûr, c'est un bon roman, bon juste comme on les aime, court comme il faut, tragique comme il faut aussi, assez drôle, qui plus est, pour faire passer l'amertume de l'exil, très bien dite par dans le passage en italique qui suit le drolatique prologue, mais le côté "le petit Nicolas vous raconte un génocide", c'est pas passé.

Quand l'histoire commence, tout va encore à peu près bien. Michel, le père du narrateur, Gabriel est un colonial qui fait des affaires au Burundi, la mère est une exilée rwandaise. Un couple mixte qui ne se parle plus trop, même si Michel est loin du colonialiste raciste de base ( Jacques, l'ami de la famille, tient très bien ce rôle). Le mariage semble avoir usé son exotisme, de part et d'autre, et la guerre civile du Rwanda commence à bouger les frontières du paradis enfantin.

Gabriel a 10 ans, sa sœur, Ana, sept. Il a une correspondante française, Laure, qui lui écrit d'Orléans et dont il boit les lettres formatées comme si les bisous qui les signent étaient de véritables marques d'un intérêt sincère pour le petit noir qu'il est. Gabriel est donc bien naïf ...

Il a une bande de copains, Prothé, Donatien, Innocent, qui vivent comme lui dans l'impasse où poussent des mangues qu'ils kidnappent à leurs propriétaires légitimes et dont ils vont se gaver, du sucre collant plein les menottes, dans leur repaire, cachés des adultes et du monde qui s'agite. 

Les élections "démocratiques" au Burundi creuseront le premier pas vers le tombeau de l'enfance préservée, et le bruit des mitraillettes se rapproche de la ruelle de Gabriel, même si il ferme très fort les yeux pour ne pas les entendre. Tandis que le couple des parents se distancie de plus en plus, le Rwanda happant la douleur de sa mère, Gabriel assiste, sans trop en mesurer la portée, aux départ de ses oncles pour la guerre :  Alphonse, la fierté de la famille maternelle, puis le plus jeune au prénom de si bon augure, pourtant, Pacifique. Gabriel, lui, ce qui le tracasse, est qu'un intrus se faufile dans sa bande, un plus grand, qui a des relents de vrai dur.

Dans une forme de culture enfantine héritée des trois mousquetaires, Gabriel entrevoit la montée d'autres adolescences, plus violentes, celles qui attirent par la fascination des armes et transforme les bandes de voleurs de mangues en gangs d'enfants presque soldats, les nouveaux rois de la rue.

Les graines de la tragédie sont plantées mais on les suit pas jusqu'au bout, elles s'agitent puis passent comme des voiles qu'on écarte au profit d'un théâtre bien plus gentil, le petit garçon est figé dans sa gangue d'innocence, mais alors, pourquoi lui attribuer, comme en passant, la responsabilité de deux choix qui ne sont pourtant pas jolis jolis, et sont aussitôt évacués, d'un revers d'oubli ; la mère chassée, le fusil armé ?

C'est ce non écrit, ce non dit qui aurait pu faire sortir le Gabriel de la bergerie, avec des vrais dents littéraires qui mordent là où ça fait mal (je n'ai pas dit que le roman est mal écrit, hein ?) et prendre le sujet de face, celui de la culpabilité, plus que celui de l'exil, me semble-t-il ....

 

Commentaires

Un avis différent , en effet. je n'ai pas lu le roman, j'attends tout simplement d'en avoir un peu envie, et que l'oubli soit retombé.

Écrit par : keisha | 08/01/2017

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C'est quand même un bon roman, il y a des pages superbes sur l'évocation des sensations, des descriptions de paysages très sensibles. Seulement le parti pris systématique de rester dans la naïveté, tout en donnant des pistes qui soulèvent le masque, j'ai trouvé que, du coup, il y avait quelque chose d'inabouti. Ton avis auras sans doute plus de distance.

Écrit par : athalie | 08/01/2017

Quelques avis négatifs m'ont dissuadée de tenter l'expérience ! Comme quoi, sans doute avons-nous raison de nous tenir éloignées de ces rentrées littéraires qui font beaucoup de bruit... (pour rien ?)
J'ai tout de même craqué pour certains titres, moi aussi, cette année : Le garçon de Marcus Malte, et Les parisiens d'Olivier Py sont dans ma PAL. Je viens de lire aussi Crépuscule du tourment de Léonora Miano (pas de déception cette fois, c'est vraiment un très beau roman).

Écrit par : Ingannmic | 08/01/2017

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Je n'ai pas vu d'avis négatifs sur la bloguo, bon, en même temps, je ne lis pas tout non plus, loin de là .... Et autour de moi, les avis sont plutôt positifs mais sans crier au chef d'oeuvre non plus ... C'est un premier roman, je crois, en plus, donc, à voir si l'auteur se lâche par la suite !
En tout cas, je note pour le dernier Miano, j'hésitais un peu, alors que j'ai pu être littéralement emportée par certains de ses titres, notamment "L'intérieur de la nuit", alors là, le récit de la nuit dans un petit village africain envahi par la milice, c'est sans concession ! Comme l'auteure d'ailleurs lorsqu'elle écrit ou parle de la mémoire de l'esclavage ou de la place de la littérature "post coloniale". Pas politiquement correcte la dame mais passionnante !

Écrit par : athalie | 08/01/2017

C'est d'ailleurs elle-même qui m'a donné envie de découvrir son dernier titre, lors d'une interview à la radio..

Écrit par : Ingannmic | 08/01/2017

tu le racontes très bien et tu donnes envie de le lire, alors que jusqu'à présent j'étais plutôt sur la réserve. J'ai lu un avis négatif, mais je ne sais plus chez qui!

Écrit par : luocine | 08/01/2017

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Merci Luocine ! je suis super contente de voir que cette note, même mitigée, puisse ne pas faire négliger ce roman, qui mérite largement lecture. Je vais chercher les avis négatifs du coup, même si ce n'est pas vraiment mon cas quand même ! Juste pour voir si ce qui m'a gêné est partagé ou si c'est moi qui fol aille ...

Écrit par : athalie | 08/01/2017

} ingaannmic.
Tu te souviendrais dans quelle émission ? j'adore l'entendre, et maintenant que tu m'as donné envie de lire son dernier titre ... Tu as lu "L'intérieur de la nuit" ? je me souviens encore de l'avoir commencé à 10.00 du soir, de l'avoir terminé à minuit et de l'avoir relu dans la foulée, au milieu de la nuit, donc ! Une sacrée claque ce bouquin ! Une rare ...

Écrit par : athalie | 08/01/2017

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Aïe, j'ai bien peur que non, c'était à l'occasion d'un long trajet en voiture, un dimanche...
Mais tu devrais retrouver dans d'autres interviews ce qu'elle y disait, en substance.
Ma note à son sujet est parue ce matin, et sans doute ne lui rend-elle pas assez justement honneur. C'est très difficile d'exprimer la densité de ce texte, et toutes les thématiques qu'elle y aborde. Mais pour résumer, je dirais que c'est un très beau roman sur la féminité..

Écrit par : Ingannmic | 11/01/2017

Le gros barbu me l'a déposé sous le sapin, je me demande dans quel "camp" je vais me situer...

Écrit par : Noukette | 08/01/2017

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Tu sais, je ne sais pas si il y a vraiment deux camps, du moins je ne me sens pas ni l'un ni dans l'autre, je crois que que tout le monde est d'accord pour dire que c'est un bon roman, bien écrit et sensible. Moi, il m'a juste semblé bancal, parce que si le narrateur est naïf, ce qui se comprend, je ne vois pas la logique de lui coller autant de culpabilité sur le dos (je n'en dis pas plus ... vu que tu ne l'as pas lu encore) et de ne rien en faire !

Écrit par : athalie | 09/01/2017

J'ai aimé sa fraîcheur pour ma part...

Écrit par : Hélène | 09/01/2017

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Beaucoup de fraîcheur, c'est juste. Trop pour un seul enfant ? Parce quand même ....

Écrit par : athalie | 09/01/2017

Trop de bruit autour de ce roman, il n'y a rien de tel pour me refroidir. Toujours pas envie de m'y coller et ce n'est pas demain la veille que les choses vont changer.

Écrit par : jerome | 09/01/2017

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C'est l'avantage des copines qui l'ont sous le coude, la curiosité l'emporte, c'est si facile de céder à la tentation du "buzz" .... Et puis franchement, s'il te passe sous la main, n'hésite pas. Ne cesserait-ce que pour qu'on lise ton avis éclairé ! Tu pourrais avoir une bonne surprise.

Écrit par : athalie | 09/01/2017

Dans la première partie du roman, j'ai aimé l'écriture de Gaël Faye, pleine de malice, et son ton, faussement naïf, à la fois drôle et nostalgique, qui nous font vivre à hauteur d'enfant la montée des tensions... La seconde partie est moins réussie à mon goût, les horreurs trop facilement "évacuées" d'un revers de main...
Une jolie lecture toutefois !

Écrit par : BlueGrey | 10/01/2017

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Voilà, tu résumes parfaitement mon ressenti, cette disproportion m'a finalement dérangée, parce que soit il est naïf jusqu'au bout, et pourquoi pas .. soit ce roman en cache un autre ... Celui du dévoilement, cela reste une lecture agréable, quand même, mais que agréable, sans poil à gratter.

Écrit par : athalie | 15/01/2017

Je serais moins sévère que toi. Même si je vois ce que tu veux dire sur le côté Petit Nicolas, qui est bien vu. Je trouve que ce parti pris se justifie par le fait que Gabriel fait partie des privilégiés au Burundi, qui pensent qu'il ne peut rien leur arriver. De ce fait, cette naïveté perdure et se trouve ébranlée par une réalité qu'il ne peut plus nier au bout d'un moment.Et c'est ce contraste que j'ai trouvé aussi intéressant.

Écrit par : monpetitchapitre | 10/01/2017

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Oui, le parti pris est justifié et qu'il continue à nier la réalité est logique, vu le personnage, mais alors pourquoi évacuer son rôle dans la chute de sa mère ? Il me semble que là, ça cloche pour un petit garçon, et la construction du roman s'en trouve mise bancale, je trouve.

Écrit par : athalie | 15/01/2017

Ton billet me fait réfléchir. C'est vrai qu'il y a un côté "culpabilité" qui aurait pu être exploité. Ceci dit, c'était suffisant pour moi hein... Je fais partie de celles qui ont aimé... mais qui en ont fait des cauchemars.

Écrit par : Karine | 15/01/2017

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C'est le moitié vide, moitié plein qui m'a gêné, le tragique et la fausse naïveté, le fil du rasoir pour un roman, mais sans aller jusqu'au cauchemar pour ma part (sans doute suis-je déformée par mes autres lectures, souvent beaucoup plus noires !

Écrit par : athalie | 15/01/2017

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