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12/02/2017

La petite femelle, Philippe Jaenada

pauline-dubuisson-press.jpgLecteur de bonne foi, passe ton chemin, car "la petite femelle", ce n'est même plus vraiment un roman, mais une entreprise résolue, convaincue ( et même de mauvaise foi, ce qui fait que j'adore) de réhabilitation de Pauline Dubuisson, et roman ou pas, c'est juste excellent.

Pauline Dubuisson, Philippe Jaenada la vit, l'impulse, lui souffle l'âme qu'elle avait perdue quelque part dans le crime de fait divers qui a fait sa chute de presque ange déchu, et aussi sa célébrité, pour que son malheur soit vraiment total.

L'auteur reprend la vie de cette jeune fille élevée à la sauce nietzschéenne par son père qui n'en avait retenue que la ligne du plus fort. Homme d'affaire installé à Saint Malo les bains, bourgade proche de Dunkerque, André Dubuisson est un homme de caste, plus que de convictions. La mère de Pauline existe à peine, dans une sorte d'ombre neurasthénique. Les deux frères sont plus âgés et lorsqu'arrive la guerre et les troupes d'occupation, la collaboration , il n'y a plus que Pauline dans cette sinistre famille. Son père instrumentalise son jouet consentant et à partir de ses treize et jusque la fin de la guerre, Pauline passe dans les bras de plusieurs amants allemands (deux seulement avérés selon l'auteur). La rumeur lui en prêtera bien davantage, alors Jaenada rétablit les comptes, comme plus tard, pour ses amours "libres" à Lyon où elle poursuivra contre sa destinée perdue d'avance des études de médecine.

De cette adolescence déséquilibrée, l'auteur fait le tremplin de ce qui mènera Pauline vers le crime de droit commun, une triste héroïne d'un fait divers qui aurait pu être banal, somme toute, le meurtre d'un amant qui l'avait éconduite.

Mais Pauline est hors normes, et surtout en dehors des normes. Belle, intelligente, déterminée, elle est vraiment cette petite femelle qui se débat contre elle même, et veut une route peu comprise. A coups d'arguments détaillés et convaincus, l'auteur livre son plaidoyer. Il décortique et explique le moindre de ses faux pas, tripatouille le moindre rapport établi à charge, dissèque les à priori et les failles du procès, remet à l'heure les enquêtes déficientes, déficientes car toujours basées sur la faille initiale, la liberté qu'elle a eu de son corps, jusqu'à en oublier une fameuse petite culotte et des protections intimes derrière elle, au pied des lits allemands.

Pour l'auteur, aucun doute, c'est bien la société bien pensante et corseté de l'après guerre qui a fait de Pauline une coupable, forcement coupable, dirait Marguerite, si elle était encore là.

Ce long plaidoyer n'est pas une sage biographie, l'auteur investit le texte, ne se prive pas de commenter à la première personne, d'intervenir, de juger coupable, de distribuer les mauvais points, d'insérer une anecdote en apparence peu pertinente, mais qui retombe finalement sur ses deux pieds. Il y a du plaisir dans l'écriture, de l'intensité, des vibratos féministes plein la plume. Il y a autant de goût à lire cette réhabilitation en règle. Jamais il ne la lâche sa Pauline, jusqu'au bout, jusque dans la tombe que le sable aurait dû effacer, il lui tient la main et lui relève la tête.

Commentaires

Tout à fait d'accord avec toi, quelle passionnante et passionnée biographie, et quel style ce Jaenada !

Écrit par : Sandrine | 12/02/2017

Tout dans ce livre m'a bluffée ! Et quand même, je ne pas me lasser des commentaires de l'auteur, au contraire, alors que pendant les quinze premières pages, je n'y croyais vraiment pas, je pensais qu'ils allaient m'agacer !

Écrit par : athalie | 13/02/2017

J'ai lu ton billet en diagonale (j'ai juste retenu que tu avais apprécié) car il m'attend sur mes étagères. Après la légère déception qu'avait été Sulak, j'espère beaucoup de ce titre !! Et comme tu parles de mauvaise foi, cela me semble bien parti, parce que j'adore celle de Jaenada..
Dommage que nous n'ayons pas eu l'occasion d'en faire une lecture commune.

Écrit par : Ingannmic | 12/02/2017

Je n'avais jamais accroché à un ouvrage précédent de cet auteur, bon, je n'avais tenté qu'une seule fois, faut dire, avec "Le chameau sauvage". Je ne dis pas que je ne retenterai pas, mais je crois que le sujet a beaucoup joué dans ma lecture passionnée ...
Pour une lecture commune, oui, ce serait sympa d'en trouver une nouvelle, je vais aller voir ta liste, la mienne n'est pas du tout à jour !

Écrit par : athalie | 13/02/2017

Il me tente depuis sa sortie celui-ci et j'avais aimé le film tiré de l'histoire mais 700 pages quand même !!

Écrit par : manU | 12/02/2017

Le film, c'est celui de Clouzot ? Il en est question dans le livre, après la sortie de prison de Pauline, car sa transformation en Bardot ne lui a pas vraiment rendu service ! J'ai voulu le revoir d'ailleurs, mais difficile à trouver sur la toile. Et les 700 pages, tu ne les voies même pas passer, je te le jure !

Écrit par : athalie | 13/02/2017

Forcement, tu ravives mon envie de le lire ! Son côté pavé me freine mais à part ça je sens qu'il est fait pour moi ce roman !

Écrit par : Noukette | 12/02/2017

La lecture est sans cesse dynamisée, c'est même assez étonnant. Parfois, je me disais, "bon, ben j'en assez sur Pauline, là, j'ai compris ...", mais non, le livre tient parfaitement jusqu'au bout, avec une fin très sobre et d'autant plus poignante. Alors, le côté pavé, même pas peur !

Écrit par : athalie | 13/02/2017

Ta dernière phrase est très belle et rend bien compte de la démarche de l'auteur, que j'ai tout comme toi appréciée.

Écrit par : Brize | 13/02/2017

C'est vraiment l'impression que j'ai eu, que l'auteur, après l'avoir sortie de sa gangue de mauvaise fille, de son image de femme fatale et insensible, la tirait jusqu'au bout, même si évidemment, il ne peut lui éviter la dernière chute. Un regard littéralement humain et prégnant, les dernières pages sont un coup au coeur (et qu'elle est belle la photo d'Andrée !).

Écrit par : athalie | 13/02/2017

Je connais et aime Jaenada, lire ce roman est prévu, j'en ai un autre avant (dédicacé par l'auteur)
Beau billet!

Écrit par : keisha | 13/02/2017

Je n'ai jamais eu l'occasion de rencontrer l'auteur, je ne crois pas l'avoir vu programmé au seul festival littéraire que je fréquente d'ailleurs. Mais si il est autant de mauvaise foi à l'oral qu'à l'écrit, ce doit être un régal ! Bonnes lectures alors, en attendant de te lire et peut-être tu réussiras à me convaincre de tenter une aventure avec Jaenada romancier !?

Écrit par : athalie | 13/02/2017

J'aime bien la mauvaise foi en littérature.
J'avais lu le roman de Seigle sur le même sujet, il n'avait pas su me convaincre.

Écrit par : Valérie | 23/02/2017

Je ne le lirai pas cet autre roman parce que de toute façon, selon Jaenada, tout ce qui a été écrit sur Pauline avant lui est insuffisant, partial, incomplet ... Et j'ai adoré ce parti pris de mauvaise foi !

Écrit par : athalie | 24/02/2017

Les commentaires sont fermés.