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26/02/2017

Numéro 11, Jonathan Coe

numéro 11,jonathan coe,romans,romans angleterre,satire,burlesque,au jour d'aujourd'huiC'est un roman melting-pot pot où l'auteur semble si à l'aise avec son oeuvre, qu'il emmêle les pinceaux et construit, avec une  communicative jubilation, un tableau final, hétéroclite et super malin. Il balade son lecteur dans différents sous sols, lecteur qui se retrouve sans cesse à se demander ce qu'il est en train de lire, motivant une attitude distanciée qui sert parfaitement le propos, si tant est qu'il n'y en ai qu'un ...

La tonalité dominante serait sans doute finalement, après méditation avec moi même, le roman social, mais un social modelé fantastique ou fantasque dont toutes les occurrences se rattachent à un seul personnage, Rachel. Ce qui fait un social échevelé (du coup, je crée la catégorie, mais elle ne va pas être vite remplie, parce que des comme cela, il n'y en a pas beaucoup quand même ...)

Dans la campagne anglaise, mais une campagne de pavillons et de petits jardins clos, (on oublie Austen),  Rachel, en vacances avec son frère chez ses grands parents, est une petite fille qui fait connaissance avec le mensonge, la peur et rencontre pour la première fois, la folle à l'oiseau. L'envers du décor ne lui en sera révélé que bien plus tard.

On la laisse pour suivre, plus ou moins, son amie d'adolescence, Alison, perdue de vue par Rachel, à cause d'une lettre manquante dans un message sur un réseau social éphémère. Et c'est à partir d'Alison, et de la mère de celle ci surtout, Val, qu'est permis une virée au vitriol dans l'univers de la télé réalité, en un épisode caricatural de l'attrape cœur de la célébrité qui mange les âmes, même de bonne volonté. Val y perdra les quelques illusions que sa vie d'ex chanteuse d'un succès, lui avait encore laissé dans son pavillon que la crise refroidit sans pitié.

Alison fait une autre cible de choix à la force destructrice du nouvel ordre social à l'anglaise. Handicapée, de couleur et homosexuelle, ( ben oui, il y en a qui abusent quand même ... ), elle ne voit pas fondre sur elle le bec et les ongles vernis de la fille d'Hilary Winshak (oui les affreux Winshak du Testament à l'anglaise), Joséphine, qui, pour conquérir sa marque de fabrique journalistique : "la crise c'est la faute des pauvres qui profitent des allocs", n'hésite devant aucune vilenie. Digne fille de sa mère, de son père, de sa caste de privilégiés cloîtrés dans un monde douillet qui plane, menaçant et invisible. 

Dans ce monde des riches, Rachel s'y retrouve coincée, par hasard. Elle est est la préceptrice des enfants Gunn ; un jeune homme, deux petites filles, un père ultra mondialiste, une mère bâtisseuse d'une étrange extension en sous sol de leur demeure ultra sécurisée de Goulcester Road, près de Hyde Park où Livia, réfugiée albanaise, exerce avec une sagesse toute orientale, le métier de promeneuse de chiens, chiens dont elle ne voit jamais les richissimes propriétaires, comme Rachel voit peu les parents Gunn, de l'autre côté des portes à codes de la maison. Mais dans les sous sols grouillent des invisibles ....

Même si certains personnages sont les descendants des méchants du fabuleux "Testament à l'anglaise", ce roman n'en est pas la suite, il est parfaitement autonome, même si dans la même veine, à la fois satirique et drolatique. Il extirpe du réel les mêmes saloperies de l'exploitation, la même indifférence de la richesse envers ce qui grouille à ses pieds ; le monde des petits boys, prêts à même devenir des menus-potiches vivantes lors d'un banquet surréaliste où un inspecteur, Nathan, digne de son but humanitaire, fait, quand même avancer un peu de justice et pousser la romance.

Hétéroclite, soit, mais pas foutraque, on y retrouve sans problème le Coe à la plume de vitriol, et ses dérapages contrôlés vers le burlesque qui décape.

Dois-je vraiment rajouter que j'ai adoré ?

 

22/02/2017

L'orangerie, Larry Tremblay

l'orangeraie,larry tremblay,romans,romans quebec,terrorismeL'histoire se déroule dans un pays en guerre. Ce pourrait être n'importe quel pays divisé par la frontière de la haine communautaire, n'importe quelle communauté, n'importe quelle haine, du moment qu'il y a haine, qu'il y a les autres et nous.

Dans le livre, nous, c'est la famille de Amed et Aziz, deux jumeaux de neuf ans, leur mère Tamara, soumise à la loi du père Zahed, soumis aux lois de la vengeance. Les autres sont de l'autre côté de la montagne, les ennemis, les voleurs de terres , sans doute, ce n'est pas dit, mais on devine, que ce sont les mêmes depuis des générations, invisibles et tapis dans la même haine de nous, que nous d'eux. Un jour, une des bombes des autres tombe sur la maison des grands parents de nous, et il n'en reste plus rien, que du seuil et de la colère, plus de colère que de deuil, presque.

Alors, quand arrive la jeep de Soulayed, avec les mitraillettes et la parole qui tue, accompagné du futur martyr, Halim, le père des jumeaux n'est pas contre l'honneur qui leur est fait, aux nous contre les autres : qu'un de ses fils, comme Halim, se fasse exploser chez les autres. Tamara pleure, mais ne remet pas le principe en cause, le seul souci est pour elle que le père choisisse le bon des deux frères.

Pour les jumeaux, la ceinture d'explosif laissée par Soulayed dans la remise, en attendant le jour du bon choix, est à la fois un objet de curiosité et de convoitise : aller rejoindre Halim, le martyr au paradis, est aussi logique pour eux que faire planer un cerf volant dans le même ciel que ses propres morceaux.

Le récit retrace donc le chemin qui mènera au choix du père, en dehors de toute contestation et contextualisation, jusqu'au dévoilement du mensonge qui n'est pas plus horrible que le chemin qui y mène. Ce qui fait la force de ce récit, mais aussi pour moi, sa limite : jamais ne sont posés qu'en termes abstraits, ce qui fait qu'un père, qu'une mère, des enfants, en arrivent à ne plus voir l'explosion de l'un des leurs que comme un honneur. La troisième partie du livre, plus théâtrale et extérieure au drame, termine le parcours linéaire d'un engrenage logique dans l'horreur. Mais on y reste confiné, à hauteur de vue des nous. 

Je n'ai bien évidemment aucune début ni bride de réponse aux questions que je me suis posées en lisant ce très court texte, qui vaut par son sujet de toute façon, lecture, mais j'avais aussi dans l'esprit le souvenir de la force taraudante  d'"Incendie", et de la représentation de ce qu'un enfant peut faire quand la guerre l'a modelé, quand on la lui a fait prendre pour un jeu, et quand il en devient aussi coupable que victime.

 

 

19/02/2017

Mrs Bridge, Evan S. Connel

mrs bridge,evan s.connel,romans,romans américains,vintageMrs Bridge est une femme américaine d'une banalité à faire pleurer de rire jaune. Parce que Mrs Bridge n'est pas que banale, du moins à l'intérieur, elle sent parfois comme un frémissement d’ailleurs qui palpite.

Mrs Bridge est mariée depuis longtemps à Mr Bridge. Très occupé par son travail, il assure à la famille une posture sociale de premier plan dans leur petite ville. Mrs Bridge fait partie des happy few. Mr Bridge semble toutefois n'ouvrir les yeux sur elle qu'une fois par an, à l'occasion de son anniversaire, il lui offre alors des cadeaux somptueux, dont elle n'a guère envie et qui l’embarrassent. Mrs Bridge n'aime guère que les regards se portent sur elle et s'efforce avec constance à n'avoir que la même opinion que tout le monde. Mrs Bridge aime disparaître dans la conformité de son milieu social.

Mrs Bridge a des amies comme elle. Femmes au foyer, elles sont occupées de ces mille et une choses qu'elles réalisent par devoir : comme disposer à chaque réception les serviettes pour invités dans les commodités, serviettes spéciales de taille et de forme, dont l'usage social veut qu'elles restent immaculées après le départ des dits invités. Il serait cependant inconcevable de ne pas les proposer, au moins à la vue, sinon à l'usage ... Parfois, Mrs Bridge se sent une envie d'apprendre, l'espagnol, du vocabulaire, un peu de musique ... Après achat des cassettes de conversation ou du manuel de leçons progressives, Mrs Bridge abandonne, par ennui ou parce que son emploi du temps finit par l'envahir : les déjeuners au country club, les réunions de parents d'élèves, la préparation des partys. La lecture assidue du Tattler, le journal mondain de Kansas City lui indique ce qu'elle a à faire : lecture publique d'une poétesse de passage, pièce de théâtre à voir, buffets et réjouissances organisés à la gloire d'une célébrité locale. Mrs Bridge meuble le vide sans voir qu'il est vide, ou alors un court instant, et cela lui fait si peur que pour un peu, elle se mettrait à faire le ménage elle même.

Mrs Bridge vieillit, et avec le temps le regard de ses enfants sur elle se fait de plus en plus distant et cruel. Elle ne comprend pas en quoi ses usages sont des carcans, elle se heurte sans cesse à ce "comment faire ?" qui finit par l’envahir, toujours les gants blancs cramponnés au volant de sa trop grande voiture qui la domine, mais qu'elle se doit de manœuvrer à l'aveugle. Tout Mrs Bridge est là, dans ce corset d'obligations qu'elle prend pour une route à tenir. Assaillie par les chocs et séismes que consistent pour elle toute nouveauté, Mrs Bridge est finalement touchante.

Un portrait ironique et finement croqué, dont je lirai le pendant masculin, celui de Mr Bridge. 

15/02/2017

Histoire de l'amour, Nicole Krauss

histoire de l'amour,nicole krauss,romans,romans américains,pépiteJe ne sais pas si on peut faire un titre plus nunuche que celui-là, pour torpiller un bouquin, il est juste parfait, mais alors que l'on s’attend à du suintant et du dégoulinant du sentiment, on trouve du touchant et du tranchant en même temps et une délicate mise en abîme dont les facettes prennent tour à tour vie. Il faut donc suivre un parcours sinueux à la poursuite d'un livre qui a pour titre "Histoire de l'amour", dont l'auteur n'a tiré aucune gloire mais la jeune fille qui porte le prénom de celle pour qui il a été écrit, Alma, raconte l'histoire d'Alma.

Alma bis raconte son histoire, celle de son frère Bird, celle de sa mère qui pourrait se nommer Pénélope. Au départ, il n'est pas question du livre, mais du père, solaire, aventurier, qui est mort et qui pèse lourd. Son ombre gère leur quotidien et la première quête d'Alma est celle d'une autre histoire pour sa mère. Il s'agit de la tirer de son engourdissement sentimental, car toujours amoureuse, elle se cantonne dans le fantasque dépressif. Pour Alma, la tâche est rude, trouver un amoureux pour une traductrice d'écrivains exclusivement morts, et qui reste en pyjama toute la journée, n'étant pas chose facile, quand on a quatorze ans, de la peine au coeur, sans compter un frère qui s'est pris pour un oiseau avant de se consacrer à une carrière exclusive d'élu du dieu juif. Alma complote des rendez-vous voués à l'échec mais qui vont la mettre sur la piste du livre qui parle de l'amour pour l'autre Alma.

Pas très loin de chez Alma, à Chinatown, vit Léo, vieux célibataire, bourru et asocial. Autrefois, dans un autre temps, celui d'avant l'extermination, et dans un autre lieu, la Pologne, il a été l'amoureux éperdu de la fille la plus aimée du monde. maintenant, il cohabite plus ou moins pacifiquement avec son voisin, Bruno, couple bancal dont le lointain passé est devenu flou.  Léo fut serrurier, il sait crocheter les secrets, même si le sien est enfoui depuis longtemps à l'intérieur d'un cœur fichu. Il tape une histoire sur une vieille machine et une fois par jour, il s'arrange pour que son vieux corps délabré soit vu, au moins une fois, être regardé. Ce qui n'est pas toujours du meilleur goût pour ses victimes, d'ailleurs ...

 Plus loin, beaucoup plus loin, un autre exilé, Zvi Litvinoff, cache un manuscrit, dont le voyage est peut-être achevé, alors qu'un autre écrivain est mort, tout près d'Alma, qui ne sait toujours pas ce qu'elle cherche, mais qui aurait pu le trouver. Du coup, le livre aurait été un conte de fées, mais finalement, c'est juste un poil trop tard pour tout le monde, même si c'est très bien comme cela, finalement.

Un livre qui raconte des rendez vous manqués en réussissant à être drôle, ce n'est pas courant. Rechercher des amours manqués à tâtons demandent un peu d'attention au lecteur, c'est sûr, mais la drôle de gravité des personnages mérite de les suivre dans leur quête un rien déjantée. Leurs histoires reconstruit un puzzle magique, auquel, comme tout puzzle normalement travaillé, il manquera finalement, une seule pièce.

 

 

 

12/02/2017

La petite femelle, Philippe Jaenada

pauline-dubuisson-press.jpgLecteur de bonne foi, passe ton chemin, car "la petite femelle", ce n'est même plus vraiment un roman, mais une entreprise résolue, convaincue ( et même de mauvaise foi, ce qui fait que j'adore) de réhabilitation de Pauline Dubuisson, et roman ou pas, c'est juste excellent.

Pauline Dubuisson, Philippe Jaenada la vit, l'impulse, lui souffle l'âme qu'elle avait perdue quelque part dans le crime de fait divers qui a fait sa chute de presque ange déchu, et aussi sa célébrité, pour que son malheur soit vraiment total.

L'auteur reprend la vie de cette jeune fille élevée à la sauce nietzschéenne par son père qui n'en avait retenue que la ligne du plus fort. Homme d'affaire installé à Saint Malo les bains, bourgade proche de Dunkerque, André Dubuisson est un homme de caste, plus que de convictions. La mère de Pauline existe à peine, dans une sorte d'ombre neurasthénique. Les deux frères sont plus âgés et lorsqu'arrive la guerre et les troupes d'occupation, la collaboration , il n'y a plus que Pauline dans cette sinistre famille. Son père instrumentalise son jouet consentant et à partir de ses treize et jusque la fin de la guerre, Pauline passe dans les bras de plusieurs amants allemands (deux seulement avérés selon l'auteur). La rumeur lui en prêtera bien davantage, alors Jaenada rétablit les comptes, comme plus tard, pour ses amours "libres" à Lyon où elle poursuivra contre sa destinée perdue d'avance des études de médecine.

De cette adolescence déséquilibrée, l'auteur fait le tremplin de ce qui mènera Pauline vers le crime de droit commun, une triste héroïne d'un fait divers qui aurait pu être banal, somme toute, le meurtre d'un amant qui l'avait éconduite.

Mais Pauline est hors normes, et surtout en dehors des normes. Belle, intelligente, déterminée, elle est vraiment cette petite femelle qui se débat contre elle même, et veut une route peu comprise. A coups d'arguments détaillés et convaincus, l'auteur livre son plaidoyer. Il décortique et explique le moindre de ses faux pas, tripatouille le moindre rapport établi à charge, dissèque les à priori et les failles du procès, remet à l'heure les enquêtes déficientes, déficientes car toujours basées sur la faille initiale, la liberté qu'elle a eu de son corps, jusqu'à en oublier une fameuse petite culotte et des protections intimes derrière elle, au pied des lits allemands.

Pour l'auteur, aucun doute, c'est bien la société bien pensante et corseté de l'après guerre qui a fait de Pauline une coupable, forcement coupable, dirait Marguerite, si elle était encore là.

Ce long plaidoyer n'est pas une sage biographie, l'auteur investit le texte, ne se prive pas de commenter à la première personne, d'intervenir, de juger coupable, de distribuer les mauvais points, d'insérer une anecdote en apparence peu pertinente, mais qui retombe finalement sur ses deux pieds. Il y a du plaisir dans l'écriture, de l'intensité, des vibratos féministes plein la plume. Il y a autant de goût à lire cette réhabilitation en règle. Jamais il ne la lâche sa Pauline, jusqu'au bout, jusque dans la tombe que le sable aurait dû effacer, il lui tient la main et lui relève la tête.

05/02/2017

Le chant des plaines, Kent Haruf

éolienne col.jpgBon, ce "chant des plaines",  ce n'est pas un chant choral non plus ( ce qui tombe bien, parce que les romans à chants chorals, je ne sais pas vous, mais moi, je sature un peu), celui qui sort de ces plaines , très plaines, n'est pas un chant symphonique avec harmonica et hululement de chouettes autour d'un feu de camp, on est dans une tonalité chuchotée, à peine triste, ni vraiment joyeuse, non plus une musique ordinaire sans être d’ascenseur, c'est ordinaire, pas formaté. Ce sont plutôt des champs, en fait.

Un monde ordinaire dans un coin paumé des USA, rarement lu aussi paumé, ou alors peut être chez Pollock, mais chez Pollock, ils sont tous dingos les ordinaires, alors que là on a des ordinaires normaux. Ça repose et ça se lit au rythme d'une balançoire au fond d'un jardin d'enfants dans le Colorado, à Holt, exactement là. Comme le centre d'un petit monde à lui tout seul.

Tom Guthrie est un simple professeur dans le lycée du coin, il connait quand même quelques soucis ; sa femme est dépressive, ne semble ne plus vouloir sortir de son lit ; voir le monde, même paumé, c'est quand même un monde, mais non ... et aussi avec les Beckman, fils, père et mère, tous unis contre lui dans la même connerie ignare. Ben oui, il fait juste son boulot en refusant de valider une note pour que le fils puisse quitter le lycée et que l'on en parle plus.

Par contre, ses deux fistons à lui, Ike et Bonny sont juste adorables, ils livrent les journaux avant d'aller à l'école et s'inquiètent pour maman. Leur innocence est ainsi teintée d'une tristesse latente qui ne les exempt pas d'une curiosité de bon aloi, avec un goût prononcé pour une vieille dame solitaire et en mauvais état.

Dans cette même petite ville, Victoria, jeune lycéenne, se découvre enceinte, ou plutôt, la mère de Victoria découvre que sa fille est enceinte. Ce qui fait qu'elle la jette à la rue sans délais ni recours. Victoria n'est pas une fanatique de la gaudriole, une lycéenne sage jusque là qui a un peu rêvé. Il y a eu juste l'été, un garçon qui passait par là, il n'était pas du coin paumé, il avait une voiture et un air de pas comme les autres.

Pour lier ces personnages, il y a Maggie Jones qui chercherait bien à consoler Tom, mais qui, en attendant, va se pencher sur le cas Victoria, et confier, faute de mieux, sa détresse de très jeune fille qui veut garder son bébé,  à deux vieux gars d'une ferme du coin, encore plus paumée que le coin lui même, les Mcpheron.

Comme on n'est pas dans un conte de fée mais dans l’Amérique profonde, profonde, les deux frères n'ont pas la tête de l'emploi du prince charmant, mais plutôt celui d'une bonne fée bicéphale aux mains noueuses et aux bottes crottées de fumier. Remettre l'utérus d'une vache à l'intérieur de la vache, ils savent faire, mais s'occuper d'une jeune fille enceinte, ça les dépasse un peu.

Dans ce monde ordinaire, se tissent des liens peu communs, mais d'une grande simplicité, d'une droiture d'écriture qui fait des bons sentiments des sentiments normaux, de belles actions un coup de main normal, entre humains. Dans l'apaisante nuit étoilée où aucun cow-boy solitaire ne serait laissé aux abois. Les Mcpherson lui ouvriraient la porte et lui prépareraient un coin de niche au chaud. Et oui, les deux ont l'hospitalité des gens un peu gauches. Comme tous les personnages de ce roman, ils sont en train d'apprendre à s’apprivoiser.

Un livre doux comme mon plaid d'où je poste cette note, clouée en dessus par un rhume dont je ne vous dirais pas des nouvelles ... 

01/02/2017

Le testament de Marie, Colm Toibin

Michelangelo's_Pieta_5450_cropncleaned.jpgL'idée du livre est juste de celles qui me font me précipiter sur un livre, l'histoire officielle retournée comme un gant et volte face vent debout aux constructions de la pensée, on culbute les mythes et on va voir sous leurs jupes.

Et ici, les jupes sont celles de Marie, la piéta, la mère des douleurs, celle qui a attendu sous la croix que le corps de son fils lui soit rendu, dans ce geste idéal de toute maternité souffrante qu'a sculpté Michel Age, figure éternelle de la tendresse humaine.

Sauf que Colm Toibin a pris le parti pris de laisser la piéta à Michel Ange et a pris en main une Marie humaine : elle a vu partir son Jésus avec ceux qu'elle dit être des fous, des laissés pour compte. Elle l'a croisé ensuite lors de certaines noces où on a crié au miracle, alors qu'elle dit qu'elle n'a trop rien vu, qu'il y avait bien trop de monde autour de lui,  et peut-être d'autres jarres de vin derrière. En tout cas, il était bien présomptueux ce jour là, son Jésus de fils, assez pour ne pas lui adresser la parole. Elle était venue le chercher, le prévenir de se cacher, les espions romains et juifs voulant sa perte. Ses discours et ses miracles font trop de bruit, il faut qu'il arrête ses paraboles auxquelles d'ailleurs, elle ne prête pas une oreille très attentive .... C'est juste que c'est son fils, qu'elle aime, comme elle a aussi aimé son père, Joseph, quoique les disciples de son fils, mort à présent, veulent lui faire dire dans sa maison solitaire à Ephèse. Elle, elle aurait quand même tendance à penser que la mort de son fils était programmée pour en faire le fils de dieu.

Marie subversive, Marie refusant de participer à la construction de la doctrine, Marie rétive à ces paroles de sanctification d'un mystère lui prenant fils et mari, l'idée était séduisante. 

Seulement voilà, le livre me laisse mi figue mi raisin. Marie résiste mais reste une figure nimbée de mysticisme. J'aurais adoré la voir lui fiche une bonne raclée à Paul (parce que cela ne peut être que lui qui vient ainsi la voir, tentant au passage de s’asseoir sur la chaise de Joseph). Des bons coups de battoirs qui lavent les voiles plus blanc et blanchit même les martyrs ...

Mais non, Marie, même mère plus que sainte, reste éthérée, insaisissable. Le halo de la sainteté ne se laisse pas soulever comme cela, mais bien tenté monsieur Toibin, on y est presque !

PS : pourtant, je persiste, il aurait bien mérité une bonne petite remise en cause le Paul. Depuis la lecture du Royaume, il m'énerve avec ses airs de monsieur je-sais-tout, celui-là ...