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06/05/2017

Caché dans la maison des fous, Didier Daeninckx

caché dans la maison des fous,didier daeninckx,romans,romans français,romans historiques,déceptionsL'histoire se situe à Saint Alban, dans son hôpital psychiatrique planqué en pleine Lozère. Et quand on connait la Lozère, on sait ce que planqué veut dire, la cache mérite son nom. C'est même un coin où la cache est idéale, voire côtoie l'oubli.

En 1943, cet asile pour les fous, mais aussi pour les psychiatres finalement, est devenu le refuge de quelques résistants. Et pas des moindres en littérature, puisque Paul Eluard y séjourna en compagnie de Nush. Dans ce livre, ils passent dans l'histoire d'une autre célébrité, même si elle est bien oubliée aujourd'hui, Denise Glaser. J'ai dû rechercher un peu dans ma mémoire des temps anciens que je n'ai pas vécus, pour retrouver trace de cette dame qui anima une mythique émission "Discorama" ( que nous connaissons en général pour les extraits montrant Brel, Ferré, Brassens ...). Ce fut bien après cette rencontre à Saint Alban, évidemment, où Denise n'est encore qu'une jeune résistante, mise à l'écart de son réseau actif, pour un moment de pause.

 Pendant son séjour à l’hôpital, Denise s'occupe comme elle le peut, elle regarde, écoute, range les livres éparpillés de la bibliothèque, tente un recensement. Elle entrevoit  quelques silhouettes d'internés, ombres qui passent derrière des murs qu'elle ne franchit que par des bribes de récits des soignants, ou gardiens. 

A Saint Alban, on accueille d'autant plus volontiers les résistants que l’hôpital est aux mains de médecins novateurs qui tente de pratiquer autrement que par la seule rétention, le soin des déviants de la raison.

Le directeur en est Lucien Bonnafé, résistant politique et médical. Il tenait un discours iconoclaste pour l'époque, pensant que la pratique artistique pouvait aider les esprits fêlés. il respectait, voire encourageait, leur libre expression. A ses côtés, œuvrait un autre médecin, François Tosquelles : républicain, marxiste et libertaire, condamné à mort par Franco. Voilà pour le côté médecins.

Côté littérature, Eluard et Nush apparaissent soudés l'un à l'autre, sur un coin de table ou au coin d'un lit. Denise ne s'en approche qu'à pas feutrés, si feutrés qu'on les entend à peine. De même pour les médecins, un dialogue ou deux autour d'un repas, pour organiser la disette de ces temps d'occupation alors que l’hôpital se doit de continuer à fonctionner et à nourrir les corps malades.

Avec tous ces personnages, l'histoire de saint Alban, si singulière, le roman, même court, aurait pu être foisonnant. Il est court, mais surtout elliptique. On garde l'impression d'être passé à côté d'un terrain tellement riche que les échos qui nous en sont donnés à travers le seul regard (très partiel en plus) de Denise, nous le rendent d'autant plus frustrant.

Daeninckx est pourtant souvent très tatillon et rigoureux dans ses reconstructions historiques, c'est donc étonnant d'en découvrir davantage par les annexes de la fin que dans le fil d'un bien mince récit ...

 

 

Commentaires

Denise Glaser, et ses émissions mythiques en noir et blanc...

Écrit par : keisha | 06/05/2017

Oui, je n'ai pas connu son émission, mais du coup, j'ai regardé quelques extraits, et j'ai réalisé combien elle était novatrice. J'ai appris aussi qu'elle avait été censurée ... Mais rien de tout cela n’apparaît dans le livre, bien sûr, elle est encore "seulement" résistante. Un destin étonnant quand même !

Écrit par : athalie | 07/05/2017

Daeninckx écrit toujours des romans trop courts et je me suis interrogée là-dessus. Je pense tout simplement qu'il n'a pas une écriture documentaire : en sortant d'un de ses livres, on ne se dit pas "j'ai appris plein de choses". Il ne donne pas l'histoire de l'établissement, le passé des gens et une foultitudes d'autres détails que le roman américain réaliste exige (je schématise).
On peut en ressortir frustré mais satisfait (comme on sort rassasié et satisfait d'un roman à l'américaine) : il effleure les êtres et les choses, les suggère et fait confiance à notre imaginaire. Suite à cette lecture, je suis allée chercher des renseignements sur les protagonistes et ce lieu en effet incroyable, mais tout ça est factuel et ne fait pas partie de la littérature telle que l'entend Daeninckx, je crois.

Écrit par : Sandrine | 06/05/2017

Il est clair que c'est un parti pris de l'auteur, on ne peux soupçonner Daeninckx de légèreté ... Je le lis moins souvent qu'avant ( je veux dire qu'un moment, je dévorais "Meurtre pour mémoire", "Le facteur fatal" ...), justement parce que l'aspect documentaire s'effaçait un peu alors que l'allusion gagnait du terrain, comme si l'auteur se détournait de ce qu'il avait si bien fait. Mais je ne regrette cependant pas cette lecture, que j'avais piochée chez toi, parce qu'elle m'a fait connaître ce lieu et les hommes qui l'ont fait exister. Une histoire incroyable effectivement, sur laquelle j'aimerais bien en savoir encore un peu plus !

Écrit par : athalie | 07/05/2017

Daeninckx, je l'aimais quand j'avais 20 ans de moins. Aujourd'hui, il ne m'attire plus, à part lors de ses incursions en littérature jeunesse.

Écrit par : Jerome | 07/05/2017

Oui, j'ai beaucoup aimé aussi la grande époque de ses policiers sociaux et historiques, celui-ci a moins cette épaisseur documentaire que j'appréciais.

Écrit par : athalie | 07/05/2017

Dommage, j'aime beaucoup tous ses récits. Mais je n'ai pas tout lu de cet auteur et je pense que je trouverais bien d'autres titres à lire que celui-là

Écrit par : maggie | 07/05/2017

Oui, il y en a des bien plus "étoffés", il écrit beaucoup. J'avoue que je reste une inconditionnelle des premiers, peut-être même plus le "Facteur fatal" que "meurtres pour mémoires" ...

Écrit par : athalie | 08/05/2017

Moi aussi je l'ai lu et suis aussi restée assez frustrée par la longueur du récit, même si c'est bien sûr un choix de l'auteur...

Écrit par : cathe | 07/05/2017

Il aurait pu être court mais plus dense, il est juste court ... Et la scène ou Denise pénètre par hasard dans la chambre d'Eluard et Nush, franchement ! Ce n'aurait pas été Daeninckx, je me serais gaussée !

Écrit par : athalie | 08/05/2017

dommage car ce lieu et la vie des gens qui y ont vécu , aussi bien les médecins, les gens cachés et même les patients méritaient sans doute un plus grand livre.

Écrit par : luocine | 07/05/2017

Voilà ! un petit livre pour une grande histoire possible ... Ce qui est passionnant quand même, c'est que ce livre m'a permis de la découvrir. Maintenant, il y a peut-être d'autres romanciers qui s'y sont penchés ? Pour l'instant, je n'ai pas cherché.

Écrit par : athalie | 08/05/2017

Les commentaires sont fermés.