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29/04/2017

Manderley for ever, Tatiana de Rosnay

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Suite à mon  enthousiasme pour La petite femelle, je me suis laissée dériver vers une autre biographie. Comme j'aime les livres de Daphné Du Maurier, d'un amour sans faille depuis qu'Ingannmick m'a relancée dans Rebecca, je suis passée outre la renommée grand public un peu facile d'effets de l'auteure de la dite biographie, en me disant que Daphné allait tout emporter, forcément.

Bon non, en fait, pas vraiment tout, car la passion tant littéraire qu'amoureuse qui fait que Daphné est une auteure bien plus sulfureuse qu'à l'eau de rose, retombe ici dans des plis bien repassés.  Tatiana de Rosnay suit son sujet pas à pas, et c'est sans doute ce qui m'a coincée, après les dérapages de Jeanada. Ici, tout dans le bon ordre : l'enfance, la fille chérie de papa, adoratrice de ce comédien à la mode, un poil égocentrique. Daphné est déjà solitaire, mélancolique, à part, et poursuivie par sa vie intérieure de garçon. Après, ben le fil est tiré tout droit jusqu'à la fin. Daphné grandit et avec elle son goût pour la lecture, l'écriture dans le carnet noir du journal intime. Le sentiment de sa différence aussi, elle joue toujours les rôles de garçon .... Le goût pour la France, lié bien sûr à ses origines, le goût pour le passé trouble des familles et les secrets, vu que dans la sienne, il y a en avait pas mal. La pension, la première aventure "vénitienne" dans les bras d'une pétillante professeure, leurs escapades, mi cachées mi relookées en stage scolaire, sont rendues ici aussi lisses qu'une permanente pour caniche de la bonne société.

738_maxpeoplefr184742.jpgDaphné en femme forte mais fragile a été effectivement couchée "for ever" sur le papier. Le livre est sûrement fidèle à la chronologie (je n'en sais rien, je n'ai même pas lu la notice de Wikipédia). On y trouve les intérêts de la dame ; la mer, la Cornouailles, les grandes demeures qui l'inspirèrent, dont "Mana", modèle de Manderley. L'auteure, en ne croisant pas les perspectives, s'en tient, sans apologie, quand même, à des analyses de surface. Le mécanisme d'écriture de l'auteure est démontré, à chaque fois de même : une "patère" dans la vie réelle (une maison, une femme ou un homme aimé, un fantôme du passé ...) donne la "route" de la fiction à la romancière qui s'enferme et file jusqu'au bout. Publication, Daphné gagne (Rebecca) ou perd (les derniers romans). Entre temps, elle a un mari qui part à la guerre et trois enfants.

De la sulfure, point n'en a été gratté le cul de la marmite. De la passion exclusive, par exemple, de la romancière pour son fils ... Même lorsque devenu grand et cinéaste ( de peu de renom visiblement), la romancière, si avare de ses apparitions médiatiques, consent à donner une interview en échange du passage d'un film sur les ondes. Moi, je veux bien, mais je me dis qu'il y avait du poil à gratter, là ... Mais bon, comme on n'a rien voulu m'en dire, et que j'aime bien le poil à gratter, je m'en vais aller lire du Du Maurier, sans autre filtre que ses fictions à elle : potions magiques et poisons ... 

26/04/2017

Dans une coque de noix, Ian Mc Ewan

dans une coque de noix,ian mc ewan,romans,romans angleterreLe dernier roman d'un des auteurs anglais préférés est super intelligent, voire trop, voire seulement intelligent et brillant comme le fœtus qui en est le héros. Tout est, en effet, raconté de la voix de l'in utéro.

Le fœtus est à l'étroit dans sa bulle. Il ne peut quasiment plus bouger et il a la tête bien en bas, ce qui l'oblige à assister en première ligne aux ébats érotiques de sa mère, Trady, avec un certain Claude, pour la bêtise du quel il est d'une lucidité sans faille. Ses sentiments pour sa mère sont plus mitigés. Il admire sa beauté blonde aux yeux verts (il en a eu connaissance par un poème lu à sa louange par son père, John). Mais elle lui semble quand même, la plupart du temps, faire assez peu de cas de lui. Ce qui inquiète notre fœtus. D'autant plus que Trady fait preuve également d'une assez souplesse morale dans les égards qui lui sont dus, en tant que futur à naître, tant dans son rôle de mère que dans celui d'épouse. Elle a évincé John, le père donc,  de son champ d'action. John, sa poésie, son lyrisme amoureux, son admiration ébahie (enfin, c'est ce que l'on pourrait croire ... ) au profit de Claude, une sorte de superlatif du mauvais gout, agent immobilier, riche, avide, stupide et très porté sur l'aspect sexuel de Trady. Qui elle même n'y rechigne pas, comme elle goûte fort facilement les bons crus viticoles qui initient le fœtus aux goûts différents de l'ivresse ...

Notre fœtus, s'il n'a pas de regard, a des oreilles subtiles et un raisonnement solidement formé par les émissions culturelles qu'écoute sa mère. Il en sait donc très long sur notre monde. Bien conscient qu'il est destiné à naître du bon côté du monde, dans l'Angleterre imparfaite mais civilisée et en paix du XXI ème siècle. Même s'il en mesure les limites, il voudrait bien pouvoir profiter de cette vie et de ses avantages éducatifs, alors que les agissements troubles de Trady et de Claude, le menacent du pire ; le placement en famille d'accueil et sa suite de déplaisirs ; TV à fond, déficiences sociales et privations de ses droits à un avenir meilleur ... 

Seulement voilà, notre fœtus, qui veut échapper à cette déchéance prévisible, est complètement impuissant à faire échouer le sombre complot qui se forme ex-utéro ... Pendant que s'affine sa culture en cépages viticoles, la tragi comédie déroule ses inévitables circonvolutions.

L'écriture jubile, le Mc Ewan est en pleine forme, il distille des leçons morales pertinentes, fines, sur la détermination sociale et autres vérités climatiques ... Notre monde va quand même bien de traviole ... L'auteur jubile peut-être, mais moi, moins, je l'avoue. Parce que ce que j'aime dans le Mc Ewan, c'est la tension singulière, intime et ou sociale, qu'il balance en virtuose du récit. Alors que notre fœtus ici, je l'ai trouvé doctorant, pontifiant, même si parfois drôle quand même ... 

L'univers évoqué, d'ordures, de brics et de brocs moraux, file un certain cafard ; le foetus, moi, je me dis qu'à sa place j'aurais pas voulu sortir pour voir la suite (ça sent la famille d'accueil à plein nez ) !

 

 

23/04/2017

Marcher droit, tourner en rond, Emmanuel Venet

asperger.jpgOui, je sais, ce n'est pas le jour, mais avant d'arrêter de se marrer (si tant est que l'on se marrait avant d'ailleurs !), prenez dans ce livre un bol d'air d'amour ...

Le narrateur de ce court roman jubilatoire est un autiste Alzperger, ce qui réduit considérablement son champ de sociabilité. Le récit se limite donc à son champ d'analyse familial, mais il y a de quoi faire, et de quoi dire. Le temps de l'enterrement de son grand mère marguerite, il en tire le portrait de tous les membres qui la compose, incluant trois membres déjà morts, deux absents et ceux qui l'ont fui. Le narrateur voit et dit la vérité droite que lui permet son angle de vue de côté. 

 Sa passion du scrabble et des catastrophes aériennes, doublés d'une redoutable efficacité au jeu du petit bac, l'éloigne du commun de sa famille. Mais pas que ... Grand mère, tantes, cousines, cousins sont loin de lui qui voit clair sous leur masque et les mensonges débités à la gloire de la morte. La singularité de sa voix et de son regard lui fait croquer des portraits moraux qui se révèlent pitoyables de bêtise et d'égoïsmes, derrière les discours de façade de l'enterrement de la grand mère.

Son grand sujet à notre narrateur, c'est la vérité, mais aussi l'amour. Pas ceux que vivent ses proches : amours matérialistes et mesquins, qui intègrent dès le départ l'idée de leur fin, l'idée de la dissolution inévitable des sentiments dans le quotidien, ses amours toujours sexués d'un sexe triste que les siens évoquent en des termes vulgaires et crus, ces amours qui peuvent se succéder en mariages ratés et enfants enfantés. Non. Le sien est pur, éternel et à sens unique, aussi ... Son objet s'incarne en Sophie Sylvestre, sa star du lycée, intouchée et désormais inapprochable pour lui (il faut dire qu'il a un sens de la communication qui peut-être quelque peu radical). Elle est son idéal et si Sophie, qui se voulait comédienne, n'a pas fait une bien grande carrière, les traces de ses figurations, ses quelques secondes de présence en arrière plan sur la pellicule, font le bonheur du narrateur. Alors il s'en régale. Et aussi, il la rêve. Il rêve leur vie à deux, une vie où Sophie aimerait le scrabble et le jeu du bac ... une vie aussi puérilement sentimentale que les amours familiales sont minablement réelles.

Drôle et triste, Emmanuel Venet a une plume juste et singulière, un regard affûté des petits riens de la bêtise sociale, des vues basses et lasses, à la visée courte, autant que son narrateur, qui pense droit, même si c'est pour lui aussi, tourner en rond ... 

Découvert par ici et j'en profite pour dire qu'une autre pépite dénichée chez keisha est sortie en poche, "Une plage au pôle nord" ; c'est ici pour elle et là pour moi !

 Des antidotes dont on va peut-être avoir besoin !

20/04/2017

Le cas Malaussène, Daniel Pennac

480_17479_vignette_Photo-Pennac-2.jpgJe l'avais un peu perdu de vue le Benjamin, après mes lectures ennamourées du bouc émissaire le plus célèbre de la littérature française, un peu lassée, et c'est un comble, des ficelles qui m'avaient tant plu. Lecteur, lectrice, nous parfois bien pusillanimes et bien ingrats ... de rechigner à jubiler, encore et encore .....

Benjamin est de retour, un peu vieilli, un peu plus esseulé. La nouvelle génération a pris le large, loin du Vercors, l'enclave protectrice des remous du monde. Benjamin y est presque en vacances, entre deux skyppe avec ses rejetons partis faire œuvres humanitaires aux quatre coins du monde. Presque, parce que la Reine Zabo lui a confié la mission d'y planquer son nouvel auteur vedette de la nouvelle ligne éditoriale qu'elle impose à la maison ; la vévé, la vérité vraie. Pas le réalisme, mais la confession du pire vécu sans filtre. Alceste, l'auteur phare, est poursuivi par les membres de sa propre famille pour avoir dévoilé les supercheries de leurs parents (supercheries cruelles mais à la sauce Pennac, de la supercherie littéraire ...) dans un premier best seller "Ils m'ont menti". Alceste est donc forcément, l'ennemi de Benjamin, tenant de la fiction à tout crin, et de la fiction, il y en a ...

Un de ses fils conducteurs est l'enlèvement d'un racheteur d'entreprises en faillitte, parti toucher le chèque de son parachute doré en short et canne à pêche. Fort en gueule, cynique, il a résisté à Verdun, c'est dire qu'il a de la couenne, le bougre. Ben oui, Verdun est là, toujours aussi droite que la justice, et Julia, aussi, et la troisième version de Julius le chien, toujours aussi conforme à la première, il y a tous les anciens, ceux qui ont survécus, et même les disparus dont les mânes planent, protectrices, sur l'agitation échevelée d'une tribu en constante progression numérique, mais en parfaite continuité chimérique d'avec les valeurs tribales. Et les nouveaux venus se raccrochent comme ils le peuvent à la machine à histoire lancée par Pennac à toute allure, chamboulant en rigolant, sûrement, les frontières de la fiction.

Car, c'est bien du rôle de la fiction dont on nous parle ici, et l'auteur, particulièrement joueur, construit un puzzle rétrospectif et prospectif, point du tout nostalgique, ( j'ai particulièrement souri à la réutilisation du succès de la trilogie d'origine comme trompe l'oeil, effet "vache qui rit" garanti !) : un jeu de miroirs et de passe passe littéraire, dont les rides sourient, aussi pétillantes et malicieuses qu'un clin d'oeil. Une fiction qui dit une vérité sur un certain fonctionnement du monde, et du bien contre le mal, les Malaussène contre le reste du monde, en gros !

16/04/2017

Souviens toi de moi comme ça, Bret Anthony Johnston

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Dans les trois premières pages, un personnage saute d'un pont, un beau pont, un arc de cordes en acier, et vous allez passer le reste du roman à ne pas vouloir que ce soit un des Campbell.

Les Campbell sont quatre. Ils étaient quatre, puis trois et maintenant, ils sont à nouveau quatre. Cela aurait pu être des retrouvailles, mais l'auteur vous raconte une autre histoire. A onze ans, Justin Campbell a disparu. Un après-midi, il est parti faire du skate, juste comme d'habitude un peu énervé par son petit frère, une histoire pas grave, un truc de frère ainé et de petit frère. Et Justin n'est pas revenu. Quatre ans après, il est retrouvé, par le plus grand des hasards, parce qu'on ne le recherchait presque plus, à force de messages lancés sur les ondes, de battues en terre et en mer, de fausses pistes en erreurs, en fausses joies et fausses reconnaissances. Et Justin est retrouvé sur un marché, juste de l'autre côté du pont de Harbor Bridge, de l'autre côté de la ville où pendant quatre ans, il avait disparu. Un Justin presque pareil, avec un serpent et quatre ans en plus.

Pendant ses quatre ans, les trois campbell ont survécu, à la fois soudés par le même manque, puis séparés par ce même manque. La mère, Laura, fait dans l'humanitaire pour dauphin en danger, fuyant ainsi un foyer en rupture, Griff, le jeune frère aurait pu tomber amoureux de la fantasque Fiona, mais on ne tombe pas amoureux normalement quand on a un frère disparu. Il fait du skate dans une vieille piscine, à corps perdu, comme d'autres surnagent. et le père, Eric a tenté une relation adultère des plus moroses et vaine.

Mais le roman ne raconte pas cette histoire de l'attente, mais celle du retour de Justin, de ce même et autre Justin. Car le silence de l'attente ne se répare pas d'un coup de baguette magique, et Justin a quatre ans d' autre histoire que la leur. Alors quand elle se dessine, cette histoire, remords, hontes, vengeances, taraudent et les soupapes se tendent. Justin est revenu, mais c'est alors que chacun aurait pu avoir envie de sauter du pont. 

Dérangeant, haletant, à dévorer.

 

14/04/2017

Comment gérer sa frustration ...

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgJe ne sais si cela vous est déjà arrivé de vous installer en fin de journée, dans les rayons printaniers qui dorent et réchauffent ... dans un nouveau fauteuil de lecture ... savourant à l'avance le plaisir de prendre le temps ... Vous avez soigneusement sélectionné le livre qu'il vous fallait, un gardé exprès pour les vacances, une valeur sûre ... Moi, ce fut "Le pique-nique des orphelins" de Louise Erdrich.

Ce fut, car après deux pages, l'évidence me tomba dessus ... Je l'avais déjà lu. Et même pas chroniqué en ses pages, alors qu'il est super bien. J'ai dû traversé un autre espace temps, à un moment, mais lequel, impossible de me souvenir des circonstances de cette lecture, alors que d'habitude, tout me revient ! En attendant me voilà avec une frustration à gérer et j'ai horreur de la frustration. 

C'est alors que j'ai furieusement pris la direction d'une librairie, en compagnie de fiston qui n'avait rien de frustré mais qui apprend à conduire, et que cela amuse de servir de conducteur à sa mère ...

J'ai empoigné de mes petites mains avides le dernier McEwan, sans même lire le quatrième, c'est le dernier Mc Ewan, cela me suffit comme argument d'achat. Puis, "Americanah" de Ngozi Adichie, depuis le temps que je me dis qu'il faut que je le lise. J'ai tracé au rayon polar, toujours au pas de course (la librairie allait fermer), et toc, un Pierre Lemaitre "Trois jours et une vie" dont on ne dit pas franchement du bien, mais j'ai envie de voir par moi même quand Lemaitre est moins bon que dans les bons, Thomas H Cook, faut toujours avoir un Thomas H. Cook sous la main, moi je dis, "L'innocence pervertie", et "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" de Céleste NG, parce que je n'en ai jamais entendu parler et que le bouquin est lauréat du prix Relay 2016 (non, là je blague, je n'ai aucune idée de ce qu'est le prix Relay ...). Et temps que j'y étais dans les jamais entendus parler, j'ai rajouté sur la pile "Sirena Selena" de Mayra Santos Febres et "La porte" de Magda Szabo. Deux noms imprononçables, en plus ... Ce qui est une excellente raison, en soit.

Les vieilles anglaises me manquant aussi depuis un moment, j'ai alpagué "Persuasion" de Jane Austen et "La crique du français" de Daphné du Maurier. J'y vais doucement avec les vieilles anglaises parce que j'ai bientôt tout lu, là, juste deux petites bouchées pour boucher un coin de frustration presque plus impatiente. J'ai fourré le tout dans les bras de fiston, qui fait un très bon porte livres,  en murmurant, "mais il y en a encore plein d'autres ..." ce à quoi fiston, pas stupide, m'a répondu "On est dans une librairie, maman, tu ne les liras jamais tous", et il a rajouté, " Tu peux en prendre encore un, et c'est tout, parce la caisse est en train de fermer et que la jeune fille, elle nous attend pour fermer." Ce fut Gaëlle Josse, "L'ombre de nos nuits". (Il faut préciser que fiston est très à cheval sur les conventions sociales, et puis aussi qu'il avait déjà fait son propre marché ...).

Opération anti frustration terminée, je me suis souvenue que j'avais un osso bucco en route et que pour entamer la pile, c'était donc mort pour tout de suite, là maintenant. 

Pas grave, vous savez ce que je vais faire, ces lignes tapées ... me coincer dans le nouveau fauteuil de lecture avec le Mc Ewan, la pile bien au chaud au pied du plaid ( bien oui, la météo a changé ....). 

 PS : et puis j'ai toujours pas fait mes réponses au tag, alors faut bien que je me trouve une bonne raison de remettre à demain ...