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28/05/2017

L'ombre de nos nuits, Gaëlle Josse

l'ombre de nos nuits,gaëlle josse,romans,romans français,déceptionsUn très court roman à trois voix distinctes, un duo accordé et un solo dissonant.

La première est celle de George de La Tour. Retiré en son atelier, il peint un Saint Sébastien dans l'ombre. (forcément, le clair obscur ...). Autour de lui, dans son ombre à lui, du grand homme, gravite sa famille, organisée pour être au service du maître, et bénéficiant d'une certaine opulence : suffisamment à l'écart des guerres et de la peste qui ravagent la Lorraine pour n'en connaître que des échos assourdis. Un de ses échos fut la présence d'un capitaine dans la demeure. Mais depuis qu'il est parti, il en reste trace dans l'intensité du regard de Claude, la fille du peintre. Et c'est Claude que de La Tour a choisi pour servir de modèle à Irène, celle qui dans la Bible, retire la flèche de la cuisse du martyr, à la lueur de la lanterne tenue par la servante au regard détourné. Ce tableau là aura un destin exceptionnel, le peintre ayant décidé qu'il l’emmènera à Paris pour le montrer au roi de France.

L'autre voix est celle de l'apprenti du peintre, c'est lui qui nous dit tout ce que le peintre ne voit pas ; la densité restée dans le regard de sa fille, et la flèche plantée dans son propre cœur à lui, plantée là sans que Claude ne songe à l'en retirer. Il fait le portrait du peintre, commente le Saint Sébastien, raconte Paris. Puis, son envie d'aller voir vers d'autres motifs, moins d'obscur, plus de clair ...

Très loin de cette Lorraine ravagée et ces temps refermés, une femme entre dans dans le musée de Rouen. Une histoire de train à attendre et de jour pluvieux. Du visage de Claude, Irène du tableau qui la happe, dans ce temps vide, elle endosse le malheur de l'amour donné et non partagé. Un amour qu'elle avait presque oublié, un homme qui avait pris d'elle tout ce qu'elle avait à donner, et qu'elle a fini par quitter pour ne plus être la femme qui console celui qui ne voulait pas vraiment être consolé.

La voix discordante pour moi, fut cette contemporaine qui ne m'a pas sonné juste à l'oreille. Elle trouble l'unisson des deux autres qui s'harmonisent temporellement et forment un tableau complet et suffisant. Sa fêlure d'amour radicale éloigne du visage de Claude, d'un amour qui aurait pu être mais s'est perdu en des temps de guerre. Du corps de Saint Sébastien, posé sur le sol, comme un corps déposé d'une croix, je n'ai pas réussir à rapprocher celui de l'amant ; un homme d'affaire, pendu à son portable, blessé d'un amour perdu, tout en fréquentant chambre d'hôtes en Normandie et bars de nuit parisien.

Le choc de l'ancien et du moderne ...

24/05/2017

Trois jours et une vie, Pierre Lemaître

Antoine a onze ans et va vivre trois jours dont il ne reviendra pas. 

Il habite Beauval. Beauval, c'est un peu comme une mini société archaïque où le temps s'est figé depuis tellement de temps qu'on le sent peser. Une sorte de cadre géographique entre zone pavillonnaire, l'usine de jouets en bois, qui menace toujours de licencier, commerces dits de proximité, autant de rideaux qui se soulèvent seulement lorsque qu'il se passe de l’inhabituel, quand les gendarmes arrivent, quand les battues s'organisent, quand l'étang est survolé par les pales de l'hélico qui tourne à la recherche du corps d'un enfant disparu. Les rumeurs courent d'un coupable, étranger au village, on a vu une voiture renverser Ulysse, le petit chien des Desmedt et la voiture ne s'est pas arrêtée. On a revu cette voiture, du moins, on le dit ...

Antoine habite un pavillon avec sa mère, madame Courtin, à côté de celui des Desmedt et à côté aussi de celui des Mouchotte. Dans ce triangle, il est au milieu, de l'autre côté, il y a Rémi, et de l'autre côté encore, Pauline. Ce que ne sait pas Antoine, c'est que ces deux là l'empêcheront d'avoir une vie à lui.

Pour l'instant, ça va être Noël, et Antoine, enfant unique, en attend assez peu de nouveautés, à la fois surprotégé par sa mère aux principes moraux rigides, la tristesse chevillée au corps, et abandonné par son père, réfugié de cette vie étriquée dans une autre, en Allemagne. Antoine est un garçon sage, renfermé et insatisfait de son sort, mais sans révolte, ni rancunes. Juste que son père lui envoie, pour une fois, la bonne version de la lettre au Père Noël ...

Il rêve cependant de faire admirer la cabane dans les arbres qu'il a construite par dépit, à ses copains de collège, quand ils seront lassés de découvrir les joies de la playstation. Ce plaisir là se faisant languir, seul Ulysse et Rémi l'y accompagnent parfois. Pauline est venue aussi, mais la pimbêche n'y ayant pas trouvé d'un pelotage un peu sexué qu'elle attendait, s'en est retournée faire de son mieux ailleurs, laissant sur place un Antoine fort frustré.

Et puis après, Ulyse est mort, le père Desmedt a fourré le cadavre dans un sac, et puis Rémi a disparu. Et puis, Antoine a tenté de s'en sortir, des deux morts et de sa vie prévue à Beauval. La tragédie, toujours, le fait retomber dans les ornières de la médiocrité. La journée où il a détruit la cabane, celle où Rémi a disparu, est le noeud piégé qui le ficelle aux bois de Beauval et à ses zones d'ombres.

 Evidemment, on n'est pas dans la grande histoire de Au revoir là-haut. Ici, c'est de l'histoire à la dimension de Beauval, le fracas de la disparition d'un petit garçon à l'échelle d'une petite ville. Pas de gueules cassées, mais une petite vie fracassée par un moment de trop de colère. Si on ne compare pas les deux, on n'est pas déçu ( une réserve, le dernier chapitre qui ne rajoute rien à la trajectoire loupée d'Antoine, qui n'avait nul besoin d'être alambiquée d'un virage supplémentaire).

20/05/2017

Américanah, Chimamanda Ngozi Adichie

9b16d91c0a06e0adadf811f53d558148.jpgQui pourrait avoir comme sous titre : " Comment une nigériane voit l'Amérique des blancs et des afro américains", c'est-à-dire, comment une nigériane devient une femme noire, vu qu'avant, elle était seulement nigériane, habitant Lagos, fille d'un petit fonctionnaire un peu snob et d'une mère excitée des églises. Cette jeune fille, parmi tant d'autres comme elle, avait aussi une tante, presque deuxième épouse, et pour qui le marché sexe argent était égalitaire.

Ifemelu, l'héroïne, donc, avait surtout un petit ami, un grand amour, Ohinze, qui lui rêvait d'Amérique. Elle ne partageait pas son admiration, et pourtant, c'est bien elle qui y partira en premier, dans les USA de cocagne. Et il ne l'y rejoindra pas. 

Ifemelu, arrivée étudiante désargentée et complètement paumée, s'y tracera un chemin ascendant, de baby sitter à reine des blogueuses et maîtresse exotique d'un play boy argenté qui avait vraiment tout pour plaire, beau, riche, gentil, amoureux et vraiment pas contrariant ... 

Je résume, hein, parce qu'évidemment, l'exil, la solitude, le regard des autres, le poids de soi, c'est quand même pas facile, facile, pour elle, faut pas croire ... Lui suffira pas d'être noire et d'avoir de jolis seins pour réussir à avoir tout cela, Ifemelu devra avaler quelques couleuvres, y pas de raisons. mais moins que le Obinze. Lui, c'est l'Angleterre qu'il va tenter, finalement, (pas bien compris pourquoi, mais sûrement pour construire une opposition ?). Il ne va rien y réussir du tout, coincé dans sa bulle de misère de migrant sans papiers.

Je vous rassure, on apprend le gros du parcours dès le début, vu qu'Ifemelu a décidé de tout planquer pour rentrer chez elle, près de quinze années après en être partie, redevenir nigériane, ne plus être définie par la question de la race noire, métisse, afro ou pas ... et que l'on a fait connaissance avec un Obinze, déjà revenu et devenu richissime. 

Il ne reste plus dans le reste du roman (et le reste est conséquent quand même ...) qu'à combler les trous d'Obinze et les pleins d'Ifemelu pour arriver au point de départ du retour. 

Les trous sont pour lui les affres de l'état de travailleur clandestin. Et comme son éducation cultivée et attentive ne lui a pas permis de devenir escroc, il sera donc victime. Les pleins sont pour elle, les amants successifs, un blanc (le play boy) et un afro américain, universitaire et converti au bio. Elle passera aussi de l'état de défrisage à celui de militante des cheveux naturels. De temps en temps, on peut réfléchir aussi en lisant les articles de son blog, où le défrisage en prend un coup, entre autres considérations sur l'hypocrisie américaine concernant le racisme, et autre peu reluisantes considérations sur une forme singulière de bien pensance ...

Une comparaison entre elle et sa tante  (exilée avant elle pour cause de remue ménage politique avec son général) est aussi possible par la construction narrative et permet de conclure que le pire, pour une nigériane cultivée, exilée aux USA, est de tomber sur un afro américain inculte. 

Vous l'aurez compris, les personnages ne m'ont pas convaincue. Le tableau des USA, si, il est croquant à souhait et juste assez détaché et pas correct pour me faire sourire. Mais eux, le couple du grand amour, non, rien à faire ... A chaque fois que je les laissais, et je les laissais souvent, faut dire, je me disais qu'avec un peu bol, ils auraient avancé le bouquin en mon absence, ils pourraient me faire un petit résumé vite fait au retour, et ça irait bien comme cela. Voire même qu'ils prennent de l'avance, je leur dis que j'arrive, on s'arrange comme ça ?

Ben non, à croire que les personnages de roman, parfois sont aussi têtus que peu autonomes ...

A lire l'avis d'Inganmick, j'espère que sa lecture du même roman lui fut plus trépidante !

18/05/2017

Quand sort la recluse, Fred Vargas

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Résumer une intrigue de Fred Vargas, quand son intrigue, dite policière, ne tient parfois qu'à un fil de la toile tissée bien large par les soubresauts capricieux des brumes d'Adamsberg est déjà une lourde tâche, mais quand les fils qui se croisent, croisent les intrigues du deuxième plan qui se superposent à celle du premier ... Pfff, j'abandonne ...

Quelques repères quand même : au début, Adamsberg est toujours en Islande et Danglard, devenu un peu moins con, le fait revenir pour cause de meurtre à sa mesure. Après, cela ne s'arrange pas pour Danglard, qui devient encore plus con qu'avant, par paliers successifs. Pour Adamsberg, on peine à le reconnaître, contrairement à d'habitude, il a la déambulation efficace, voire fébrile.

On n'arrive pas à le suivre, vous me direz c'est comme d'habitude, alors, mais non ! parce que normalement, on le perd dans la lenteur, alors que là il brûle les étapes, il va presque trop vite. Rien qu'en trois chapitres, il vous boucle un meurtre crapuleux, déjoue les plans d'un violeur voyeur qui espionnait l'intimité de la salle de bain de Froissy ( l'adjointe de la brigade qui cache dans son armoire les réserves en cas d'urgence et en cas de naissance de merles), et s'agrippe à vision de l'araignée recluse, la tueuse qui ne peut pas tuer.

Le bestiaire vargassien se remplit à la même vitesse qu'un nid de tarentules, ce qui n'exclue pas les pensionnaires fidèles, même si le pigeon joue les filles de l'air, le chat,  est toujours roulé en boule sur la photocopieuse, toujours nourri par Violette Retancourt, selon un rituel désormais immuable. Les araignées recluses font donc une entrée remarquée par le biais d'une tête de murène qui se liquéfiait dans le bureau de Voisenet. Le  point commun, me direz vous ? les deux se cachent dans des trous.

Les protopensées, ou bulles d'Adamsberg se mettent à bouillonner, ou plutôt, à cause de son nouveau rythme, à se télescoper en rafales. Les victimes des araignées pas tueuses, mais timides, sont des octogénaires, groupés autour de Nîmes, et dans leur enfance, orphelins dans le même pensionnat de la Miséricorde, où ils n'avaient rien d'enfants du bon dieu. 

Adamsberg se prend pour Magellan et guide la brigade, sauf Danglard, qui continue à devenir con dans son coin, dans des criques cul de sac en cherchant le détroit de la sortie ... Vargas, a du lire "Du domaine des murmures" et une recluse en appelant une autre, l'araignée télescope les souvenirs d'un pigeonnier qui avait frappé le commissaire, dans un coin de champ, près de Lourdes. Depuis, sa recluse lui pèse sur la nuque, quand il y pense, et il pense beaucoup dans ce volume. Il pense par mots interposés, il nous fait du Lacan en coup du coup de la chèvre de monsieur Seguin.

Et pendant que les merles se nourrissent de framboises et de cakes, Veyrenc va finir par se noyer dans la garbure avant de trouver le détroit socratique.

Bref, tout le monde est là, à sa place, ou presque, parce qu'il faudrait recadrer le Danglard quand même, sinon, dans le prochain, on va finir par le perdre. Et calmer aussi un peu les bulles d'Adamsberg parce que quand même, elle débordent un peu ...

 

 

13/05/2017

Le miniaturiste, Jessie Burton

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Un livre qui a le parfum décevant de ceux qui avaient tout pour plaire : Amsterdam prospère et hypocrite, argent et bombance replètement replié sous les costumes protestants, et les fraises empesées des guildes ( vous saviez que les gâteaux en pain d'épice représentant une figure humaine pouvaient être interdits ?), un riche marchand mystérieux, iconoclaste et insolent, la réussite flamboyante accrochée à la guirlande du vent, et quelques pains de sucre qui moisissent dans des entrepôts ...

Le roman commence par un enterrement, une histoire sûrement bien sombre,car l'enterré est bien solitaire, entouré d'une communauté aussi curieuse que clairsemée, et très affairée à observer une femme ravagée, soutenue par sa servante dans le même état. Un passereau passe par là, aussi inutile qu'éphémère, une minuscule maison de poupée et cinq figurines anonymes en guise de fleurs et de couronnes.

Début allégeant, mais le riche marchand, Johannes se fait encore un peu attendre, (mais est-ce lui le futur mort, rien ne l'indique). Ce qui est d'autant plus singulier que Johannes vient de se marier, et que sa jeune, très jeune et très innocente épouse, arrive dans son opulente demeure. Nella, dix huit ans se trouve face à Marin, sœur de son mari, femme fort peu avenante et très mystérieuse, aussi comme le frère, le mari, absent pour affaires ... mystérieuses, évidemment.

Nella n'a pas eu le choix, son aristocratique famille n'avait plus un sous, et mari et richesses l'avait choisie, enfin, on pourrait le penser. Sauf que le mystère s'épaissit. Étrange maisonnée que celle de Johannes où Nella dort seule sous des édredons brodés trop lourds, que les bouteilles de parfums se brisent sous le lit, alors qu'en bas bruissent les sonorités des altercations entre le frère et la sœur, et que les deux domestiques, Cordélia et Otto, semblent ourdir des relations maîtres valets quelque peu décalées. Secrets de la maisonnée que tous gardent bien fermés à Nella, qui n'y comprend goutte à ce drôle de mari, à sa sœur bien fière, à ce domestique bien noir (au sens propre, il a été racheté au Dahomey par le maître), à cette servante qui écoute aux portes et gardant sa langue bien pendue dans le fond de sa poche.. Pendant ce temps, une silhouette scrute Nella, une femme blonde aux yeux clairs.

Johannes offre à Nella un drôle de cadeau de noce, une luxueuse maison de poupée, reproduction parfaite de la sienne, aussi vide et obscure. Puis des figurines arrivent, entre fantasme et cauchemar, elles se mettent à raconter une autre histoire que celle que Nella voit, à tâtons. La miniaturiste reste invisible, à défaut d'être muette, elle écrit de mystérieux messages, pas de raison qu'elle soit claire, alors que personne ne l'est dans cette histoire, pas même le lecteur.

Parce que lui, entre tant de couches de mystères, il peine un peu à la tâche à attendre que ça se décoince (bon, quand ça se décoince ça peut aller vite, d'un coup, il se retrouve dans un autre roman, qui se cachait derrière le premier). Tour de passe, jeu de colin maillard, la souris verte et amstamgram, la chevillette cherra finalement, les voiles seront levés, mais entre le fantastique, le roman fleur bleu, le roman historique, c'est un confus et lourd, finalement, on digère un peu gras ... 

 

08/05/2017

La crique du Français, Daphné du Maurier

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Comme son nom l'indique, ce Du Maurier là appartient à la veine plutôt gothique romantique des romans de la grande dame. Point de tension psychologique à la Rebecca ou à la cousine Rachel, peu de noir de l'âme humaine, mais du grand amour à foison, un air de l'appel du large à larguer les amarres dans l'histoire de la belle Dona et de son pirate de Français qui lui ravira à jamais le cœur ... A l'ombre d'une crique idyllique qui a le gout des embruns interdits ...

Au départ, la très belle lady Dona Saint Colomb est une lady qui s'ennuie tellement dans son mariage et les mondanités de sa vie de grande dame, qu'elle s'évertue à créer un tourbillon de mauvaise vie  autour d'elle. Elle s'encanaille dans les bistrots de Londres. En belle compagnie quand même, dont celle de son mari, qui a tendance à rapidement crouler sous les tables, et celle du meilleur ami de celui-ci, Lord Rockingham, qui se verrait bien en amant en titre de la fantasque lady. Mais Dona ne goûte point de ces vils plaisirs. Dona aspire à être autre, elle même, donc.

Pour cela, elle prend ses deux enfants et une domestique dans une calèche et dévale les routes jusqu'au domaine de Narvon en Cornouailles, plantant la belle compagnie sans autre explication qu'une simple histoire d'oiseau qui avait une belle cage, mais qui, quand même, saisit la première occasion de s'envoler vers le grand large.

Narvon est un domaine abandonné, où, solitaire, un seul domestique a veillé à tout autre chose semble-t-il qu'à un séjour de Lady et de Lord Saint Colomb en ses murs. S'il se met au service de Dona et de ses caprices fantaisistes, ce n'est pas sans un sourire en coin, prometteur de bien des secrets. Rapidement, Grace au crayon magique de Daphné du Maurier, les pelouses se couvrent de fleurs bucoliques et Dona peut s'y rouler à loisir avec ses enfants, au mépris des conventions, dont elle ne veut plus entendre parler ! 

La rivière coule en bas du domaine, se jetant dans la mer, comme Dona dans les bras de la liberté. Et un soir, au couchant, se dessine dans un ciel flamboyant les ailes d'un voilier comme surgi des flots providentiels ...

Et voilà, vous avez tous les ingrédients, il n'y a plus qu'à laisser se dérouler le fil de l'intrigue telle qu'elle ne peut qu'être, lady emportée par la passion (mais en retenue quand même) déguisée en mousse qui n'a peur de rien , pirate droit et fier au courage audacieux et insolent, fidèles marins bretons qui œuvrent sans relâche, torses nus aux cordages, notables et aristocrates locaux volés sous leur propre barbe, le teint rougeaud et la perruque de travers, fulminant en gardiens de l'ordre ridiculisés par l'insaisissable français, et la Dona partagée entre passion et raison ...

La nature se peuple de signes : d'engoulevents et de mouettes, les arbres bruissent autour des amants, comme rôdent les dangers venant des obtus lords et maris, ce monde que Dona a fui et qui, sans cesse la rattrape de ses doigts crochus ...

Une lecture qui se doit de se couler dans le modèle voulu, sinon, elle ne fonctionnera pas, elle demande une lectrice parfaitement consentante à toutes les conventions romanesques, elle ! 

 

 

06/05/2017

Caché dans la maison des fous, Didier Daeninckx

caché dans la maison des fous,didier daeninckx,romans,romans français,romans historiques,déceptionsL'histoire se situe à Saint Alban, dans son hôpital psychiatrique planqué en pleine Lozère. Et quand on connait la Lozère, on sait ce que planqué veut dire, la cache mérite son nom. C'est même un coin où la cache est idéale, voire côtoie l'oubli.

En 1943, cet asile pour les fous, mais aussi pour les psychiatres finalement, est devenu le refuge de quelques résistants. Et pas des moindres en littérature, puisque Paul Eluard y séjourna en compagnie de Nush. Dans ce livre, ils passent dans l'histoire d'une autre célébrité, même si elle est bien oubliée aujourd'hui, Denise Glaser. J'ai dû rechercher un peu dans ma mémoire des temps anciens que je n'ai pas vécus, pour retrouver trace de cette dame qui anima une mythique émission "Discorama" ( que nous connaissons en général pour les extraits montrant Brel, Ferré, Brassens ...). Ce fut bien après cette rencontre à Saint Alban, évidemment, où Denise n'est encore qu'une jeune résistante, mise à l'écart de son réseau actif, pour un moment de pause.

 Pendant son séjour à l’hôpital, Denise s'occupe comme elle le peut, elle regarde, écoute, range les livres éparpillés de la bibliothèque, tente un recensement. Elle entrevoit  quelques silhouettes d'internés, ombres qui passent derrière des murs qu'elle ne franchit que par des bribes de récits des soignants, ou gardiens. 

A Saint Alban, on accueille d'autant plus volontiers les résistants que l’hôpital est aux mains de médecins novateurs qui tente de pratiquer autrement que par la seule rétention, le soin des déviants de la raison.

Le directeur en est Lucien Bonnafé, résistant politique et médical. Il tenait un discours iconoclaste pour l'époque, pensant que la pratique artistique pouvait aider les esprits fêlés. il respectait, voire encourageait, leur libre expression. A ses côtés, œuvrait un autre médecin, François Tosquelles : républicain, marxiste et libertaire, condamné à mort par Franco. Voilà pour le côté médecins.

Côté littérature, Eluard et Nush apparaissent soudés l'un à l'autre, sur un coin de table ou au coin d'un lit. Denise ne s'en approche qu'à pas feutrés, si feutrés qu'on les entend à peine. De même pour les médecins, un dialogue ou deux autour d'un repas, pour organiser la disette de ces temps d'occupation alors que l’hôpital se doit de continuer à fonctionner et à nourrir les corps malades.

Avec tous ces personnages, l'histoire de saint Alban, si singulière, le roman, même court, aurait pu être foisonnant. Il est court, mais surtout elliptique. On garde l'impression d'être passé à côté d'un terrain tellement riche que les échos qui nous en sont donnés à travers le seul regard (très partiel en plus) de Denise, nous le rendent d'autant plus frustrant.

Daeninckx est pourtant souvent très tatillon et rigoureux dans ses reconstructions historiques, c'est donc étonnant d'en découvrir davantage par les annexes de la fin que dans le fil d'un bien mince récit ...