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22/09/2013

Chroniques birmanes Guy Delisle

myanmar.jpgAyant été complétement convaincue par l'apparente simplicité du propos des "Chroniques de Jérusalem" et la profonde complexité que révèlent sous leur aspect anecdotique, ces petites planches semblant crayonnées seulement, c'est d'un oeil confiant que j'attaquais la même sobriété graphique du même auteur en Birmanie, comme le titre l'indique.

Le principe est le même, sûrement autobiographie, ce "roman graphique" retrace le départ, la vie quotidienne, puis le retour de l'auteur-accompagneur de sa femme, en mission humanitaire, quant à elle. Lui se retrouve père au foyer en proie à la gestion du quotidien dans un pays où il est loin d'être évident, le quotidien, le sien, bien sûr, mais bien sûr aussi, et surtout, celui des Birmans. Toujours sobre et détaché, l'auteur ne prétend pas faire un cours de géo-politique, et c'est ça qui est bien : la chaleur, et comment la gérer dans un pays où les coupures d'électricité n'ont d'égal que la fréquence et la violence des averses durant l'autre saison, comment trouver une maison, une piscine, une occupation ...

Evidemment, ces petites chroniques de la banalité tracassière et absurde, se doublent de leurs causes : la dictature, la corruption généralisée, la fermeture du pays à toute langue que celle de bois, la paranoïa militaire contagieuse qui assure la fermeté du régime. Tout ce qui fait que les journaux ont des trous, les sites internet des absences de communication intempestives, les DVD de drôles de titres, que les bouteilles d'encre apparaissent ou disparaissent sans autre logique que celle, absurde toujours, du système politique obscur qui rode partout de ses mille pattes, les visibles mais aussi les invisibles. A quelques pâtés de maison du dessinateur, pourtant, la demeure de la Prix Nobel, Suu Kyi, enfermée volontaire, sans qu'il soit possible de s'en approcher, sans qu'un bruit de révolte ne puisse en sortir. Sans jugement aucun, l'auteur montre à quel point la parole et même la pensée est cadenassée. Reste aux Birmans la méditation, le bétel et leur amour immense pour les enfants.

Un regard tendre, amusé et amusant, qui ne pas néglige de pointer au passage l'incohrence de l'attitude des Grandes Nations et des politiques économiques complices. Et entre autre, les conséquences sur l'action humanitaire. Ce sera juste mon petit bémol : les épisodes qui se focalisent sur les ONG, leur rôle contrarié, leur mission impossible, leur choix déontologiques, c'est interessant, soit, mais un peu didactique quand même ... Je chipote, hein, c'est un petit bémol de rien du tout ... Un "reportage" de derrière les barbelés qui touche plus qu'il ne moralise ni n'assomme, c'est à lire.

30/07/2013

Peter Pan 1. Londres Loisel

peter pan,loisel,bandes dessinées,pépitesUn passage chez ManU, où je vois une note sur cette série. J'avais adoré, je ne m'en souviens plus du tout ( juste que ça parle de Peter Pan et que ce n'est pas pour les enfants). Tiens, à relire. Le hic, étant que j'avais lu cette série au temps béni où je fréquentais les bibliothèques et où j'y empreintais des livres, enfin, surtout des BD, en fait. Les romans, je n'ai jamais pu, ou alors des que je ne lisais pas pas, ce qui n'était pas très productif. Et puis, j'ai arrêté les BD. Et ma carte d'abonnement n'a plus servi qu'à alourdir la liste d'emprunts de mes enfants.

Un passage dans une librairie avec mes dits enfants. Je leur annonce  en y rentrant : "Evidemment, je ne prends rien pour moi, j'ai assez, c'est juste pour vous, pour les vacances, là où l'on va cette année, il n'y a pas de librairie, enfin si, mais pas en français." En fait, je tentais juste de leur refiler ma principale trouille ne pas en avoir ( des livres) assez d'avance, ce qui a assez bien marché, vu la somme retirée par ma carte bleue.

Par hasard, je traine au rayon BD, juste histoire de les empêcher d'en acheter, vu que les BD, ils vont me les lire en une heure à peine, et que des heures, on en a plusieurs à tenir, voire des semaines. Mes affreux lecteurs lisant dans la voiture, en plus, comme moi, d'ailleurs, il faut assurer la logistique livresque avec fermeté. ( Quand ils me liront, j'entends déjà les sourires en coin  ....)

Par hasard toujours, je tombe sur Loisel. Non, j'ai " Le Turquetto" en route, qui a l'air drôlement bien et trente deux livres dans ma valise, ni virtuelle ni numérique, de vrais livres que je ( dit mon homme) vais porter de mes petites mains jusque dans ma future villégiature pour trois semaines ...

Evidemment, ce qui devait être, fut ...

Des dessins, je ne dirai rien. Je pourrais dire que Loisel dessine super bien, avec plein de détails, que la fée Clochette est super jolie, mais elle rougit facilement, et moi aussi ( de honte pour la qualité de ce commentaire, en ce qui me concerne).

Loisel réécrit Peter Pan et c'est beau et triste comme un conte de Noël de Dickens ( Je n'ai jamais lu Dickens, mais c'est comme cela que je l'imagine). On découvre un Peter Pan transposé dans le monde d'Oliver Twist ( j'ai vu le film, ça ressemble). Les bas fonds londoniens au temps de la violence victorienne, les sales trognes des miséreux, la cruauté faite aux enfants, les tavernes, la neige qui tombe à si gros flocons qu'elle " habille les pauvres" , les putains salopes et vicelardes, pas une seule au grand coeur qui prendrait la pauvre Peter sous son aile, au contraire ... Peter se réinvente une vie meilleure en se faisant conteur pour une bande d'orphelins qui boivent ses mots chauds, doux et tendres au travers de la porte du " Children hospice". Il leur mime les gestes de la comédie de la vraie maman des rêves d'enfants, celle qui sent la vanille en le bordant dans les draps du soir ...

La magie des histoires a été donnée à Peter par Mr Kundal, un veil homme qui s'est fait son protecteur. En plus de la soupe, il lui a appris à lire, à compter et à croire en la force de l'imaginaire ( il vaut mieux, vu que la réalité de Peter, ce n'est pas vraiment très féérique, on s'en doute, avant même de voir la harpie qui lui sert de famille unique). Cette nuit là, Mr Kundal va lui raconter une partie de son histoire, celle de son père, marin disparu, et lui confiera un livre, d'autres histoires dont celle d'un autre marin, Ulysse. Et Peter de commencer sa propre Odyssée grâce à la sirène Clochette, drôlement jolie donc.

On est très loin de Walt Disney, et moi je préfère ( même si je n'ai jamais vu l'adaptation de Walt Disney) et mes enfants aussi ( ils n'ont jamais vu l'adaptation non plus, donc je suis assez sûre de moi sur ce coup là !)

N'empêche qu'on a à peine temps le temps de faire connaissance avec le monde du Capitaine Crochet à la recherche du trésor que l'on sait et gardé par le gardien que l'on sait, que c'est fini. Même en regardant tous les détails des super beaux dessins, je n'ai pas mis plus d'une demi heure à le lire cette super BD. En plus, frustrée, parce que je n'avais pas la suite, là maintenant tout de suite ! C'est rageant, du coup, je l' ai refilée à mon fils aussitôt, histoire de rentabiliser le temps de lecture.

Au fait, on ne sait jamais, si d'aventure les lectures de mon fiston vous passionneraient ( ce dont je ne doute pas, bien sûr ...), son bébé blog, c'est ici et pour les fautes d'orthographe, je denie toute ingérence dans son éducation !

 

 

 

26/07/2013

Nous n'irons pas voir Auschwitz Jérémie Dres

dt_common_streams_StreamServer.jpgC'est par un long périple que l'on arrive à un livre comme celui-ci, roman graphique, comme on dit en noir et blanc, au graphisme minimaliste ( enfin, que je dis moi, n'y connaissant rien en graphisme même a minima), pour l'auteur mais aussi, parfois pour le lecteur. Pour Jérémie Dres, c'est la recherche de son histoire familiale, pour moi, une histoire de rencontres qui m'amena un moment à marcher dans ce même pays que lui, à savoir la Pologne, sur d'autres traces que les siennes, mais assez proches pour qu' elles soient en écho ( notamment concernant l'attitude des autorités polonaises vis-à-vis de la conservation de la mémoire juive).

Le titre de cette bande dessinée pourrait paraître provocateur, mais tel n'est pas le but de cette histoire, ne pas aller à Auschwitz n'est pas nier Auschwitz, mais vouloir voir à côté de la "Catastrophe" en plus de voir la "Catastrophe". Cette démarche est le choix des deux frères, les deux protagonistes, Jérémie, l'auteur, donc, et Martin, plus "accompagnateur".

Unis par le souvenir de leur grand-mère, ils ont planifié leur séjour : Varsovie, puis Cracovie, pour un festival de la culture juive polonaise. Le hasard les mènera aussi dans la campagne, à Zolechow, une sorte de berceau en milieu hostile. Car on n'a cessé de les prévenir, les Polonais ne voient pas les gens comme eux d'un bon oeil, ne voient pas leur retour, ou leur recherche, comme un retour ou une recherche mais comme un acte d'intrusion, voire d'accusation.

Leur grand-mère n'a d'ailleurs pas cessé de leur répéter : "pas une Polonaise, ni une Allemande". Donc, acte, même si eux, ni pratiquants ni militants, semblent tout d'abord là en simples observateurs, tout étonnés de découvrir qu'ils ne sont pas les seuls chercheurs.

A Varsovie, ils cherchent les traces de leur famille polonaise, à partir de la seule personne qu'ils en ont connue, Téma Dres née Barah, à Varsovie et exilée à Paris dès 1921 et des seuls souvenirs qu'elle leur a racontés : sa mère, la chapelière, son père, l'entrepreneur de maison, quelques brides d'une histoire individuelle, l'histoire d'une maison à six étages qui n'en a plus que trois par la grâce d'une reconstruction " à l'identique" de la vieille ville de Varsovie .... De ce passé, ils retrouveront quelques pierres, mais surtout, ce qui est décrit, est la conservation problématique de l'histoire juive en Pologne, pendant la Shoah et avant la Shoah. L'auteur se place de maintenant : ce n'est pas ces "cinq années d'anéantissement" qui font de la Pologne le territoire du cimetière génocidaire qui est son point de mire, mais "le reste", c'est-à-dire " plus de mille ans de vie et d'histoire du peuple juif" en ce pays.

Ce que les frères constatent est qu'il en reste bien peu de choses de cette pourtant longue histoire, beaucoup de cimetières oubliés et d'oublis enterrés. Ils cheminent entre ce passé fantômatique et le présent en focalisant sur les tentatives de restauration de l'identité juive, ils rencontrent des rabbins ( dont un américain qui parle à peine polonais ...), des ex-exilés de 1968 ( rien à voir avec le 1968 que l'on connait), des juifs "nouveaux" qui se découvrent juifs et ne savent qu'en faire, d'autres, jeunes et branchés, ou encore des vieux militants d'une pléthore d'associations de pléthore d'obédiences, conservatrices, orthodoxes, réformées ... Ils apprennent et nous avec, de l'auteur de "La fin de l'innocence", Jean Yves Potel, comment les Polonais ont tenté de se blanchir, d'effacer le souvenir de la présence juive avant, de faire oublier leur rôle pendant, de masquer un antisémitisme prégnant encore après, sous couverture d'antisionisme, voire de méfiance anti communiste.  

Une bande dessinée documentée et documentaire qui alterne avec le parcours plus intimiste des deux frères. Un texte très personnel de Martin Dres clôt d'ailleurs les dessins de son frère, suivi de la reproduction de quelques photos de la famille et des résultats de leurs recherches. Ces ajouts ouvrent l'enquête sur le passé pour conclure cette histoire du présent. Bien vu.

On peut aussi compléter en allant voir le site officiel du livre qui présente le cheminement sous forme d'archives phographiques du voyage initiatique avec résumé et articles de presse. Et j'en profite aussi pour rajouter deux liens : le premier vers une note de Dominique qui présentait un livre ( que je n'ai pas encore lu) qui semble passionnant pour qui le sujet intéresserait : "La peur" de Jan Gross et un autre vers une présentation de celui de Jean Yves Potel, "La fin de l'innocence" ( que je n'ai pas encore lu non plus, nom d'une pipe !).

 

L'illustration choisie est celle de l'opération "I can stell see their faces" lancée en 1994 par Golda Tencer, ce sont des affiches immenses accrochées aux façades des maisons de la rue Prozna à Varsovie, réalisées à partir de photos de famille conservées par les survivants. Selon l'auteur, Jérémie Dres, ces façades sont délabrées et peu entretenues, (vouées à l'oubli ?).

 

 

 

09/06/2013

Le retour à la terre 5. Les révolutions, Jean Yves Ferri, Manu Larcenet

Deux révolutions à mener pour ce dernier tome :

Côté vie intime : Manu doit s'autogérer. Mariette a repriLe retour à la terre, les révolutions, Manu Larcenet, Jean Yves Ferris la fac, Mariette a sa vie à elle, Mariette travaille, Mariette laisse Manu à la merci de ses affres intérieurs ... Manu fabrique une chatière, une qui s'ouvre des deux côtés pour l'émancipation de Speed, et la sienne. Manu en est fier, même si la chatière finalement a quelque chose en commun avec une boite à Pandore inter Atlantes, que Speed peine à en accepter l'ingérence dans son libre arbitre, la révolution, il s'en méfie. Pas Capucine, qui s'en sort pas mal d'avec son libre arbitre et tient des conversations sybillines avec madame Mortemont, toujours là, à veiller à un futur grain possible. Petit à petit, Manu reprend du poil de la bestiole, fer à repasser bien en main et nouveau look de la Redoute un poil vintage fromage de chèvre sur le dos.

Côté village : la campagne municipale bat son plein d'escarmouches ; tracts, pétitions, intimidations, dénonciations et chantages, intérêts personnels. On dirait presque une vraie, à la mesure du microcosme entre rond-point des champs et supermarché des prés. Larcenet et Ferri s'amusent comme des petits fous à flirter avec ce qui pourrait presque être une forme de bande dessinée engagée. Manu s'entraîne à la résistance, Capucine accrochée à la manche du bras, celui qui ne tient pas le crayon ou le fer à repasser. Manu s'apaise, quelques Atlantes farfouillent encore dans le frigidaire, la nuit, mais elles font moins de bruit, les tensions se font plus discrètes  ...

Et la série se termine dans une fête à la Astérix, un joyeux tintamare de réconciliation avec soi et les autres. L'air de rien ...

Cinquième et dernier épisode de la relecture de la série avec Hélène. Il ne me reste plus qu'à retourner voir ailleurs, en résistant à l'envie, pour le moment de relire l' autre série géniale du même auteur "Le combat ordinaire".

08/06/2013

Le retour à la terre 4. Le déluge, Jean Yves Ferri, Manu Larcenet

Le-retour-a-la-terre-tome-4.jpgL'intégration à la campagne, on peut dire que c'est quasiment acquis, celle à la mise en abîme du retour à la terre aussi, reste celle à la paternité et là Manu rame un peu. Les Atlantes lui envahissent le peu de sommeil que lui laisse Capucine. Le monde bloguesque qui s'ouvre lui offre une relecture plus rose de son quotidien, quelques nostalgiques visions d'une fiancée exotique d'un temps d'avant et Mariette veut retourner à la fac.

Chez Dargaud, on s'inquiète ... Et c'est qui m' a valu mon moment préféré dans ce tome, le voyage en avion de Manu avec Madame Mortemont, on est rêvait, Larcenet l'a fait : le choc des titans : madame Mortemont contre le reste du monde, où l'on apprend que Capucine (la vieille, celle au foulard, pas la neuve, celle au papillon) aurait des "vues" de reconversion et que son défunt mari avait le sperme clair, entre autres petites choses ... Un Manu reconcilié avec la prophétesse rurale.

Mais un Manu qui craque, une Mariette qui s'émancipe et prend les choses à coeur, les canards qui s'en mêlent, et monsieur Henri aussi, empoignant l'accordéon au son d'une singulière poèsie où l'on apprend, mais seulement que, non seulement "le lombric est un loustic" mais aussi que "son pantalon est élastique". On ne peut que ne pas regretter la non parution de ses oeuvres complètes, on se demande si monsieur Henri n'aurait pas lui aussi quelque vues pertinentes sur les Atlantes, côté alambic et eau de feu, vue l'effet que le lombic fait à Manu ( l'alambic et l'eau de feu y sont aussi pour quelque chose.)

Un tome peut-être un plus disparate que les autres, mais tout aussi excellent mélant ( et il faut être balèze), le sarcasme tendre, quelques jolies choses sur l'amour tout bête et le quotidien qui s'en dépêtre comme il peut, avec une pudeur de l'intime. Je vais devenir aussi attendrie qu'un accordéon qui couine, moi ...

Quatrième épisode d'une relecture toujours aussi savoureuse avec Hélène

06/06/2013

Le retour à la terre, 3. Le vaste monde Manu Larcenet, Jean Yves Ferri

Le-retour-a-la-terre-tome-3.jpg" Croise une chenille, tu auras une fille", "Papillon orange, deux garçons en lange", " Feuilles à tes trousses, fille blonde ou rousse". Autant de dictons ne peuvent tromper le lecteur assidu, madame Mortemont est toujours là, foulard au vent, et Manu va être papa. Ou plutôt "Mariette a commencé". Manu, lui se déstresse à l'avance de sa future paternité à coup de "J'attends un enfant" de Pernoud dont il a une lecture très personnelle, il va sans dire, quelque peu nombriliste pour le moindre . Pour se protéger de l'angoisse de "la mort subite du père du nourrisson", Mariette l'envoie au festival de Bande dessinée de "Chateau Moignon, rire et pognon".

La peinture des tribulations alcoolisées de Manu, vue du côté de la salle polyvalente, se croise avec celle du desespoir retenu mais quand même des parents de Mariette, dubitatifs peu avertis de la chose créatrice de leur beau-fils. Au salon, quelles pointes qui sentent le crayon papier vécu, tant du côté auteurs, que lecteurs et éditeurs ... Mine de rien du tout, se lit une vision croquignole de ceux qui se veulent artistes et de ceux qui les lisent, ou qui les vendent. D'autant plus drôle que traitée avec le dérisoire décalé qui sied au vainqueur du festival, Manu, évidemment ( ayons une pensée émue pour Sfarr qui ne repartira pas lui, avec une gueule de bois de quelques kilos de plomb et le trophée, une gomme en fonte, qui a vraiment l'allure d'un chauffe-plat, ou d'une marche-pied, c'est selon les visions, entre celle de madame Mortemont et celle de  Mariette ...)

Deuxième partie : fini de rire sans entraves, foin du triomphe de Manu, Mariette prend tranquillement la place et met au monde Capucine (le prénom de madame Mortemont, c'est dire si l'intégration progresse ...). La dame au foulard et la dent proéminente amorce d'ailleurs sa transformation humaniste. La petite Capucine fait d'ailleurs son apparition la nuit de la fuite du sanglier aux grandes dents et aux yeux de feu : " Le sang lié", quoi, dixit l'ermite, le fantôme du père, pour ceux qui auraient naïvement cru que cette bande dessinée n'était que du Mickey ... Et Manu et Ferri acouchent du premier tome du "Retour à la terre". Si ce n'est pas du psy, ça, je mange madame Mortemont (oui, je sais, je fais une fixation sur ce personnage. Je vais donc clore ce tome pour aller voir mon ermite du fond de mon jardin.)

"Tro de tchoc Fa mon chou", comme on dit là-bas.

Troisième épisode d'une relecture commune avec Hélène

05/06/2013

Le retour à la terre 2. Les projets, Jean Yves Ferri, Manu Larcenet

le-retour-a-la-terre-tome-2-_-les-projets-1957.jpgLes projets, il y en a deux, un potager et un bébé. Deux projets, cela fait beaucoup pour Manu qui se mélange un peu les pieds dedans avec sa dépression qui traîne les pieds dans la barbe de l'ermite. Madame Mortemont se rapproche dangereusement d'un pronostique vital pour le futur bébé en instance de discussion entre un Manu terrorisé et une Mariette dont le paillon virevoltant commence à voir rouge , et monsieur Henri au potager modèle veille en silence sur Manu qui se débat avec les limaces et les promotions de bulbes de tulipe. ( c'est juste qu'il faut les planter les tulipes).

D'autres petites bêtes s'incrustent : un lézard géant et sûrement cannibale, un gamin au chien à son tonton, le chien aura quand même le mérite notable de sortir Speed de sa léthargie cartonnesque, un cochon de lait vivant dont on ne sait encore si il est vraiment propre.

Côté intégration, Manu progresse quand même, à petits pas vers de grands autres projets : l'affiche pour la fête du cochon, ce pourquoi il lui faut de nouvelles gommes, des blanches parce que les roses elles trouent le papier. l'épicerie de Loupiot révèle à cette occasion ses réserves de dialogues surréalistes et Manu une capacité d'adaptation à l'esthétique du grand méchant loup dont on le savait pas encore capable ... Se révèle aussi la mise en abyme, Ferri c'est le double qui se cache derrière Manu pour faire croire que Manu n'est pas Manu ...Ce qui fait que le retour à la terre est en train de s'écrire.

Pour reprendre mes esprits avant le troisième tome, je sens que je vais aller faire un tour au garage Picaud, vous savez, le multi servive sur la route de Calvayre, il parait qu'ils ont des recharges de vis platinées pour projet de bébé qui patinent dans la peur de devenir grand.

Une relecture toujours aussi savoureuse ...

 

Deuxième étape d'une relecture commune avec Hélène

 

 

Le retour à la terre 1. La vraie vie Manu Larcenet, Jean Yves Ferri

retour-a-la-terre_la-vraie-vie.jpgFerri, c'est celui qui fait les scénarios, Manu Larcenet, c'est celui qui dessine les scénarios, qui les inspire aussi. Ils doivent être bien potes tout les deux pour tenir ce va-et-vient sans faute drôlissime, et cocasse et tendre.

Premier volume : "La vraie vie". Manu est dessinateur, Manu a toujours vécu à Juvisy. Manu aime : le bruit de la ville, l'agitation de la ville, la musique forte, l'ordinateur, la fausse vie de la pas nature. Manu aime Mariette, ce pourquoi, Manu émigre aux Ravenelles avec sa trouille de la campagne et d'un peu plein d'autres choses, son ordinateur, et leur chat, Speed.

Les Ravenelles, c'est une maison au milieu des champs, pas loin d'un petit village, la campagne en plein bien paumée, à l'écart de toute la civilisation selon Manu, la jungle, sa terrae incognita à lui, une civilisation avec des fleurs mortelles qui poussent en vrai dedans, une vraie boulangerie avec du vrai pain et une vraie boulangère. C'est si grand, si vrai et si silencieux bourré de silences dedans que Manu stresse. Le chat déprime. Les cartons servent de refuge quand la vraie vie se fait trop vraie.

Pour eux, l'adaptation en milieu naturel n'est pas simple, alors que Mariette vit sa vie de Mariette, son petit papillon flottant tranquillement au-dessus de sa tête. De son décor de cartons vides où seuls ont poussé un ordinateur, un téléphone, une télévision, un canapé et un lit, Manu multiplie les tentatives d'intégration en milieu rural, craignant quand même la contamination par l'eau de vie de monsieur Henri, l' imprégnation de Francis Cabrel, les parties de coupes de bois avec les gars du coin et ceux qui n'en reviennent peut-être pas de l'aventure ....

La transformation de Manu vers la ruralité n'est pas simple. Aux Ravenelles, l'hiver est rude dit-on et il y a une histoire d'anglais dont on ne sait trop ce qu'ils sont devenus. C'est Madame Mortemart qui l'a dit, elle fait un peu peur quand même, celle-là à apparaître derrière la vitre de la fenêtre sans crier gare, la communication passe mal parfois ... et dans les bois rôde, monsieur Lachingue, le chasseur de Pivert, un truc un peu comme dans "Shining", quoi, mais en plus drôle. Tip-Top, le frère de Manu, qui passait par là n'y restera pas, trop dur les vrais bruits, les vrais gens, et la déprime s'installerait entre les cartons si une mystérieuse rencontre dans les bois ne rendait au "coeur pur" de Manu, un peu de psychanalyse à sa mesure : c'est l'ancien maire, devenu ermite chevelu en haut d'un arbre après un (mystérieux) contrôle fiscal.

Le premier tome de cinq délicieuses tranches de pain beurre-cornichon-saucisson sec, caustique des deux côtés.

Première étape d'une relecture commune avec Hélène

26/05/2013

Jeu de piste à Volubilis Max Ducos

jeu de piste à volubilis,max ducos,albums jeunesseQuand je cause de ma liste d'achats de livres à Etonnants voyageurs, je me garde bien d'ajouter ceux que j'ai achetés pour mes enfants (non, ils ne viennent pas avec moi, il y a assez d'une acheteuse compulsive lâchée dans les stands par famille ... et le budget d'achats d'étagères n'est pas extensible non plus...).

Par tradition, je ne leur en ramène qu'un par édition de festival et par personne, et je cherche souvent des trucs vers lesquels ils n'iraient pas forcément, des trucs un peu surprises ...Alors me voilà devant le stand des éditions Sarbacane, où une dame libraire, fort aimable et compétente, d'ailleurs, le genre à connaître parfaitement ses bouquins, me pointe immédiatement du doigt cet album de Max Ducos après que la mére qui sommeille en moi ait tenté de faire un portrait de ma fille en lectrice.

Elle a ouvert cet album et m'a raconté l'histoire en tournant les pages et j'ai plongé dedans ... Une petite fille toute mignonne vit dans une grande maison moderne qui la gêne parce qu'elle n'est pas comme les autres. Elle est grande, très grande, moderne, très moderne, un peu imposante, elle n'est pas à sa taille, elle est perdue dedans et peut-être un peu en elle même avec tout ce grand beau autour ... C'est son père architecte qui l'a construit. Pour la rassurer (mais est-ce vraiment cela ?), il lui a confié que cette maison avait un secret.

Un jour, parce qu'elle n'arrive pas à apprendre sa poésie, la petite fille se met en quête du secret. De pièces en pièces, elle suit un jeu de piste ; retrouve la place d'un carreau de faïence, suit le trajet d'une bille, tourne un robinet à fil rouge, traverse le jardin si doux aux pieds pour rejoindre le fond des hautes herbes qui lui font si peur. Elle découvre le secret. A son retour, elle saura, et pourra apprendre sa poésie.

 Une histoire qui n'a l'air de rien, une enquête en douceur, un texte léger comme une plume qui ouvre toutes les portes, des dessins superbes, aussi grands que tendres, où se nichent de minuscules trouvailles, un tapis à la Mondrian, un ou deux poissons rouges de Matisse, une colombe de Picasso, un esthétique si simple, si épuré, qu'il fait mouche sans pédanterie.

Pendant que je nageais dans les images, la sympathique libraire me disait que j'allais voir, que ma fille elle allait tout comprendre les symboles : les ronds, l'absence, le poids, le plan de la maison, le secret, le sens caché, quoi... Tout en faisant oui de la tête, ( elle en avait l'air si sûre que je ne voulais pas commencer à la faire douter ...) je me disais que si ma fille ne voyait rien, je n'aurai plus qu'à me ruiner en cours de rattrapage de symbolique pour enfant primaire, sans deuxième degré développé.

Tout ce que je puis dire, finalement, c'est que ça n'a pas marché que pour moi, les ronds, la douceur, la fine délicatesse des sentiments non-dits que voilà ... C'est pour huit-neuf ans, normalement.

 

22/04/2013

Kiki de Montparnasse Catel et Boquet

220px-Gwozdecki_-_Kiki_de_Montparnasse,_1920.jpgMoi qui lis si peu de bande dessinées, je ne me suis pas égarée pour cette nouvelle expérience en des pages inconnues, ni d'avant garde, que nenni, ni colorées, couleurs dont je ne saurais que dire ( elles sont jolies ou elles vont bien ensemble  ???). Tu es ignare, je me dis, procède pas à pas et retourne vers les valeurs dites sûres ; sujet, verbe complément ; tu verras après pour les fioritures, si tu arrives. Retour donc vers un pavé biographique en noir et blanc, bien dessiné avec des lignes claires, sans flouté, après la belle Olympe donc, la sulfureuse Kiki.

Kiki, donc, évidemment Man Ray, "Le violon d'ingres", la princesse grecque statufiée de "Blanche et noire", dont on se doute bien que la pureté d'icône s'est payée de coup de coco dans les narines après le gros rouge qui tâche des débuts, s'est fendue de quelques écarts peu artistiques en son temps de surréalisme bohème et peu guindé, la Kiki, la Bohéme, ce fut dans le sang, et la gnôle au berceau.

Le récit est très classique : enfance, milieu, fin, normal quoi pour une biographie.

Kiki est d'abord une fillette pouilleuse, déjà provocatrice, de père inconnu et abandonnée par une mère mal aimante à sa grand-mère, qui l'élève avec ses autres "batards", figure bienveillante aux frasques de l'artiste en herbe et en jupons sales : elle  fait déjà valser les les conventions des vieilles biques respectables et de l' institutrice peu réceptive à l'originalité de ses "récitations". A Chatillon sur Seine, entre deux vols de cerises, elle pousse à coup d'eau de vie du parrain et danse déjà sur les tables.

Paris, ensuite, elle rejoint sa mère, bien obligée, fardeau que l'on pousse, cette fois, à gagner des sous. Douze ans, pas de place pour elle, fleur de boulange autant que de future  mauvaise herbe de pavé, c'est par hasard qu'elle devient modèle. La cendrillon y prend goût, et s'enracine dans le quartiers des artistes. La belle n'est pas farouche, misère la nuit, misère le jour, les chopines, le précaire devient son royaume. La belle ne rechigne point à l'ouvrage et touche à tout et à tous, Modigliani, Kisling, Foujita, et Man Ray, bien sûr, Man Ray dans les bras duquel elle s'attarde un peu, ou serait-ce lui ?

La reine du quartier est montrée tour à tour frivole, ayant pour seul souci le toit et de quoi boire, vénale et de peu de poids avec pour crédo de tirer la langue aux bourgeois et la fête aux artistes, puis, à l'inverse, consciente de son rôle, artiste elle-même à ses heures, ne touchant pas que des sous vite dépensés de ses heures de pause, cotoyant des génies et le sachant, en en tirant une sorte de leçon vite oubliée cependant, dans le tourbillon suivant. Le récit va jusque la déchéance, l'oubli, les excès qui la laissent pantomine d'une gloire à laquelle elle ne semble pas pouvoir accès pour elle même.

De celle qui fit les beaux jours d'un quartier dont elle finit par porter le nom, finalement, j'ai trouvé qu'on n'en savait pas beaucoup plus que la surface attendue : femme objet ? Femme libre ? On ne sait vraiment, mais sans doute est-ce pour autre chose que l'histoire de Kiki que cette bande dessinée est vraiment très bien ; la peinture d'une belle époque que l'on aime penser "folle", alors qu'elle est d'entre deux guerres, une galerie de portraits d'artistes d'un temps bouillonnant.

 

Athalie

 

 

10/04/2013

Chroniques de Jérusalem Guy Delisle

chroniques de jérusalem,guy delisle,bandes dessinée,dans le chaos du mondeChroniques : de chroniquer, dire des petites choses du jour le jour, des riens qui transpirent le vrai.

Chroniquer : de regarder le monde comme il ne va pas, le regarder tourner en rond.

Chroniques : de faire des croquis d'un conflit, un rien en biais d'un mur en dur, d'un monde en fer, en fer et en béton armé de tous les deux côtés du mur (enfin, il y a un côté plus armé que l'autre, quand même).

Le fond est autobiographique ; Guy Demisle se montre, lui dessinateur, formateur, père de famille à la quête d'un peu de tranquilité quand même pour dessiner, sa femme, dans l'administration à MSF, débordée, on l'aperçoit sur quelques vignettes, et ses deux enfants. La famille arrive à Jérusalem, appartement de fonction, pour un an. Ils sont installés dans le quartier de Beit Hamina, appartement de fonction dans un immeuble plantés avec d'autres au milieu de se qui ressemble quand même plus à des dépotoirs qu'à des jardins bibliques. D'ailleurs, dans les jardins bibliques, il n'y a pas de jeux pour enfants, ce qui fait quand même un point commun parce qu'à Beit Hamina, il n'y en a pas non plus.

Le quartier détermine la population, et les codes qui vont avec, les magasins et se que l'on peut trouver dedans, plus les temps de transports et donc d'embouteillages, de contrôles et de check-point. Donc, la première leçon pour Guy Delisle, c'est de comprendre où il est, ce qui donne que la famille se trouve dans "la partie est de Jérusalem, un village arabe annexé" ce qui fait que " Pour le gouvernement israélien, on est à Jérusalem" mais pour les autres, c'est la Cisjordanie, la future Palestine, quand elle sera là ( ce qui ne semble pas être pour tout de suite, donc en attendant, on annexe, voire on colonise, on spolie et on trace une ligne au milieu d'une rue en pleine ville : un côté pour les colons, un côté pour les musulmans, pour les arabes chrétiens, c'est pas prévu, mais là, on en à Hébron, pas à Jérusalem, qui n'est pas loin mais c'est une autre division ...)

Dans ce puzzle où les pièces ne sont pas interchangeables, ce que le narrateur ne comprend pas et nous avec,  c'est qu'on comprend tout et que tout est absurde. Les pièces du puzzle sont hérissées de barbelés, la géographie est quasi au mètre près, politique, et d'autant plus politique que religieuse, tout se mêle et construit des frontières, des murs, des horaires, des quadrillages peu hermétiques et aberrants, intangibles et d'une complexité insondable, entre communautés voisines et étrangères.

Par petites touches et historiettes en apparence anodides et anecdotiques, Guy Delisle se place en touche : faisant comme si son souci n'était que la gestion du quatidien, la force de sa dénonciation "en biais" vient de là : comment faire les courses, comment mettre ses enfants à l'école, comment amener sa femme dans Gaza ( et en revenir), comment acheter une voiture, comment, les pieds dans l'eau sur une plage de Tel Aviv, regarder passer les avions qui "frappent" Gaza, comment voir le mur, ce mur qui devient l'obsession de ses croquis, comment tout voir avant de partir, et révéler le labyrinthe des codes kafkaïens et des peurs outrageantes.

Les Palestiens, on les voit peu, mais une journée de formation à l'université arabe de Jérusalem en dit plus sur l'inégalité des deux communautés que tout autre long discours que l'auteur ne fait pas  Coincés qu'ils sont derrière le mur, Bansky ou pas, le chroniqueur arrive à faire en sorte que cette invisibilité, justement, les fassent sentir là, de l'autre côté dans toute leur impuissance, comme un gardien de chèvres que le mur a privé de ses champs.

Et en plus d'être intelligent, c'est (parfois) drôle, d'un drôle qui grinçe comme la visite en hélicoptère d'un pape en "Terre Sainte" ...

Après, poursuivre la visite sur le site de l'auteur, passionnant.

Athalie

 

03/04/2013

De Gaulle à la plage Jean Yves Ferri

Tire-bouchon-de-gaulle.jpgLe grand De Gaulle doit faire un break : " Eté 1956, lassé de l'ingratitude des français et de la médiocrité de leurs dirigeants, le libérateur de la France décide de prendre quelques vacances bien méritées". Ce préambule historique posé, Jean Yves Ferry ne s'y attarde pas et nous campe le libérateur en short militaire retroussé essayant ses premières tongs, in situ. Il lui manque cependant quelques modes d'emploi.

Escorté de son fidèle aide de camp, Le Borgnec, dont le dévouement n'a de limites que dans sa capacité poètique à suivre le grand homme, parfois quelque peu déstabilisé par sa grandeur faite subitement homme, le grand de Gaulle fait l'apprentissage pas à pas de la nature humaine du vacancier, de l'art de ne rien faire, de celui de déployer les serviettes de plage face au vent, de s'installer sous un parasol, voire de glisser un regard furtif vers des fesses humaines rudement bien balancées.

Derrière la plage, lieu principal des exploits du grand homme, on imagine l'hôtel familial en bord de mer, Bretagne sud, vue sur mer, avec la salle à manger aux nappes repassées et casier pour ronds de serviettes prévu à cet effet. Il doit avoir pour nom "Au grand large", et la pension complète propose des oeufs mimosa. C'est pas possible autrement ... (voir de la macédoine de légumes améliorée ?)

De Gaulle ne quitte donc pas son short replié, ni sa dignité militaire et présidentielle coincée au corps, ce qui produit les décalages savoureux qui font tout le régal de cet album où les "mini planches" ( je suis sûre qu'il ya un nom pour cela, mais je suis nulle en vocabulaire B.D.) enchainent les situations cocasses qui mettent le grand homme à l'échelle d'une réalité pour laquelle il est quand même peu doué ...

L'accompagne la tante Yvonne, en maillot une pièce et tricot chevillé au corps, le chien " Wehmarcht", pas encore complétement converti aux bienfaits du gaullisme, le fils, cantonné au ramassage de coquillages en attendant de passer son CAP de "sauveur de la France". Le grand homme a des vélléités d'autres vies, ne peut s'empêcher de lancer un appel de la cabine de la plage, déclenche des tempêtes, les calme, se jette, vers de Hugo à la bouche, au milieu des vagus survoltées, puis revient, tongs aux pieds quand même ( aurait-il appris quelque chose de l'humanité, pas sûr ...) vers le destin grandiose qui le rappelle. Le sien. De toute humanité désigné pour l'être.

L'homme aux si grands bras qu'il les levait tout le temps, se retrouve parfois coincé dans son geste historique, ce qui m'a fait souvenir que chez moi, quand j'étais bien petite, le tire bouchon aux bras qui se levaient et s'abaissaient, était surnommé le "Je vous ai compris", ce que bien sûr je ne comprenais pas, ce qui n'empêche que la phrase historique a toujours pour moi, le bruit d'une bouteille de vin qui fait "flop" ...

Souvenir décalé, et à peine nostalgique, comme l'humour savoureux de cet album.  

Athalie

 

 

 

02/12/2012

Olympe de Gouges Catel et Bocquet

imagesCA92JN4L.jpgEt hop ! du XVIIème, je passe au XVIIIème siècle, même pas peur d'enjamber les siècles. Le XVIIIème, j'aime bien aussi, enfin, surtout le début parce qu'après, l'Histoire saigne et le romanesque rigole de moins en moins. Evidemment, c'est un temps que j'ai tendance à voir à travers le prisme réducteur, j'en suis consciente, d'un de mes films culte, l'évident "Que la fête commence" de Tavernier. Si bien qu'entre l'éternel débat entre le licencieux Voltaire et le (soit-disant) vertueux Rousseau, je penche quand même du côté du voluptueux plutôt que de celui du paranoïaque. 

Olympe, elle est un peu comme moi, (je veux dire qu'elle penche aussi, bien sûr), mais plutôt du côté Rousseau pour la "morale naturelle" et quand même du côté Voltaire pour la plume trempée dans l'injustice. ( Sauf que, sans crime de lèse Olympe aucun, je suis allée me lire quelques extraits de son théâtre et bon, l'ennui guette rapidement, c'est bien daté , peut-être autant que les tragédies voltairiennes, ce pourquoi on ne les lit pas, généralement)

Pour en arriver à l'ouvrage sur Olympe, c'est donc une bande dessinée biographique, rudement bien documentée, rudement bien rendant un certain air, accessible à nous, de l'air de ce temps-là. L'histoire suit le parcours atypique de la belle bâtarde semi-aristocratique, nourrie à la sève bucolique dans la petite ville de Montauban, vu que son papa non déclaré était un résistant à la pensée voltairienne et donc plutôt côté Bernardin de saint Pierre (mon dieu !). Pour raison raisonnable familiale et sociale, elle va être mariée au sieur Aubry, charcutier de son état qui rêve de grandeur, installer boutique à Toulouse. Elle, nourrit de Belles Lettres plutôt que de boudin blanc, se ronge le sang à demi bleu. Fort commodement, le mari meurt. La Belle peut alors, contre tout avis raisonnable, se faire maîtresse assumée d'un riche fonctionnaire ( elle lui refusera le mariage, et là fallait avoir des . ouilles) et femme de théâtre, enfin, autant que faire se peut ...

L'histoire est passionnante, le dessin agréable ( sauf que des fois, les traits se ressemblant quelque peu je me suis mélangé les pinceaux entre ses messieurs, le Cubières, le Mercier, le Valette ...). C'est une judicieuse chronique, peu romancée, si peu d'ailleurs me semble-t-il que dans la dernière partie, après la Révolution, j'ai un peu perdu le fil de la Belle, le récit se calquant trop pour moi sur un compte rendu des faits historiques, quasi en temps réel. Or, je n'avais aucune envie de revoir mon cours sur les Girondins et les Montagnards, Philippe Egalité, la Terreur. C'est un peu scolaire, mais sans être didactique, ce qui fait que j'ai pu sécher mes révisions et voguer à mon gré entre mes réminiscences et un intérêt réel pour la destinée de la Belle Olympe, l'incomprise.

 

Athalie

 

PS : un beau cadeau, merci A.O.

15/11/2011

Cinq mille kilomètres par seconde Manuele Fior

Première note sur une B.D....,enfin presque pas une B.D., en fait

 

Je l'ai déjà lue trois fois en quatre jours. Pas pour réviser, je n'en suis pas à ce point, mais la première fois pour l'histoire, la deuxième pour regarder les images, parce que comme je voulais vite connaître la fin, la première fois, je n'avais pas trop regarder les dessins, je m'étais juste dit qu'ils étaient beaux, mais c'est une B.D. quand même, donc j'ai repris mon temps pour mieux regarder. En fait, je me suis gourée, ils sont superbes, poétiques et pourtant ciselés. Mais je n'y connais rien, au point d'avoir été vérifier si c'était de l'aquarelle. Bingo, c'en est. Et la troisième, juste pour le plaisir. Pourtant, c'est de la beauté pas gaie, nostalgique, voire poignante, comme un corps qui a grossi, un temps qui est devenu gris.

Au départ il y a une ado, Lucie, piquante comme une ado italienne et les deux ados-super copains qui lui tournent autour quand ils ne roulent pas en vespa ; Piero, le plus doué à l'école, Nicola, le promis à la reprise du magasin de son père, un peu plus balourd. Lucy va jouer un peu, très peu, puis choisir, comme un jeu dans une palette de couleurs qui disent la lumière resplendissante de l'Italie, d'un début de vie et des corps épanouis, une légereté allègre. Puis, ellipse. On retrouve Lucy, sans les deux autres, ailleurs, dans d'autres couleurs, un peu plus bleues et froides. Puis ellipse. Piero, à son tour, ailleurs et  un peu plus tard ... Et, l'un et l'autre, ellipse, retrouvailles d'absences, ellipse, faux happy-end, ellipse.

C'est plein de non dit que l'on comble avec des hypothèses. Et si, et si, si, elle avait fait un autre choix ? et pourquoi celui-là, on ne nous dit pas, pas vraiment, ellipses. Les trois trajectoires  continuent à se croiser, les moments se suivent comme autant de choses qui auraient été possibles, mauvais choix ? bons choix ? ils sont faits, on dirait un peu au gré des pages et des vents, des exils intérieurs ou géographiques, finalement, ce serait un peu pareil ? et les rêves les poursuivent, amertume d'avoir loupé un truc sans voir quoi. Moi, j'ai trouvé ça super ambitieux pour une B.D., ( mais tellement beau à lire et à regarder, on dirait un roman (j'ai appris depuis qu'on dit roman graphique, ce qui convient bien effectivement) ... ( la scène de Hilde et Lucy, un pur régal, et celle, poignante d'une retrouvaille pitoyable ...)

Athalie

PS : super merci A.M.L.