Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/02/2016

Les impliqués, Zygmunt Miloszewski

les impliqués,romans,romans policiers,romans pologneVarsovie, 2005, et c'est presque un autre monde qui s'ouvre avec ce polar où c'est un procureur qui mène l'enquête. Ce procureur , Teodore Szacki, a bien des soucis. Sa vie l'ennuie. Incolore, elle tend à se confondre avec la banalité déteinte des tee-shirt que porte sa femme, Wéronica, quand il rentre le soir dans son appartement étriqué où elle a déjà couché sa fille, Héla, alors que lui, il a encore oublié d'acheter le beurre, ou autre bouquet de fleurs qui pourrait ranimer un peu la flamme. En lassitude, il se concentre sur l'écran de son jeu vidéo. Ce qui, évidemment, en terme de réanimation, ne fait pas progresser les élans affectueux. Bref, Szacki a besoin de changement.

Henry Telak aussi, sans doute, voulait changer quelque chose dans sa vie, sortir d'une dépression que l'on apprendra être chronique, ce pourquoi il s'était inscrit à un séminaire en vase clos de cinq patients du docteur Rudzki, spécialiste d'une nouvelle méthode de psychothérapie de groupe, "la constellation familiale". La singularité de cette immersion est de permettre de mettre en place un système de jeu de rôle où les patients, à tour de rôle, incarnent une figure de de l'histoire personnelle de chacun. ça secoue l’inconscient et Henryk a été le premier à passer à la moulinette. Au matin, ses partenaires le retrouvent embroché de l’œil droit par une incontestable broche à rôtir.

L'arme du crime est d'ailleurs a peu près le seul élément incontestable de l'enquête. Un huis clos parfait, aucun lien ne semble exister entre les différents patients, Barbara Jarcky, Kwiatkowska, Kaim, mis à part leur nom imprononçables en français, mais cela ne compte pas pour un procureur polonais. Szacki fouille dans leur passé, tire des fils un peu dans tous les sens;  le fil du passé trouble, puis, le passé politico économique, l'arrière fond du Varsovie de 2005 qui transpire toujours un peu du dessous, enfin, le fil plus intime d'une famille marquée par les pertes et une infinie tristesse du manque d'amour ... L'enquête balbutie en butte aux méandres d'une administration qui n'en finit pas de lanterner et de compliquer les tâches policières les plus simples.

Pendant que les pistes s'étiolent et que sont décrits longuement les conséquences et présupposés de la "constellation familiale" , notre procureur tergiverse, englué dans les affres du désir d'un renouveau amoureux. Cèdera-t-il, ou pas, aux sirènes érotiques de la jeune et séduisante journaliste, Monika, qui lui fait sacrément envie, une sorte de chou à la crème versus la tarte du quotidien.

Des inserts informatifs s'intercalent dans la narration, énumérant les actualités banales du pays; défaites de l'équipe de foot, activités culturelles, manifestations diverses, qui sont censées faire contrepoids et ramener à la surface une forme de déni politique du passé, là aussi, refoulé et mis sous cape, comme l'inconscient des patients de la "constellation familiale", mais à la dimension de la constellation du pays. En prime, on a droit au bulletin météo du jour.

Une lecture qui m'a un peu perdue en route, malgré mon intérêt croissant pour la libido du procureur. Mais je pense que ce n'était pas le but ....

 

 

08/02/2016

Yeruldelgger, Ian manook

yeruldegger,ian maook,romans,romans policiers,roman mongolie,déceptions,pavésLes traditions des nomades mongols se perdent, seules quelques femmes continuent à jeter du lait aux quatre points cardinaux pour souhaiter bon voyage à celui qui s'en va, les yourtes se réduisent à peau de chagrin dans la grisaille des banlieues sordides. Les séries américaines y résonnent et même dans les grands espaces encore vierges, les vieux nomades savent préserver une scène de crime.

Les Coréens ravagent les réserves nationales à grands coups de quads surpuissants et assassins, et pas seulement pour la faune et la flore, gare aux petites filles blondes qui font du tricycle sur leur terrain de jeux ... Ils violent en picolant, et pas que les grands espaces non plus.

L'ultra nationalisme se prend des airs de troisième Reich de pacotille, et se donne des allures de vengeur masqué en coupant les couilles des chinois : missions commandées déguisées en scènes crapuleuses ... Dans les égouts des villes abandonnées par l'ex-ère communiste, grouillent les damnés de la misère, dont il sort parfois, miracle de la bonne nature humaine, malgré tout,  un gentil garçon à l'humour attendrissant ...

Les Chinois rachètent les terres rares, aux minéraux affriolants et pillent ce qui restait de l'âme fière des ancêtres. Tous se prostituent, la police est corrompue, toutes et tous, non ....

Un nouveau Gengis Khan brandit la croix de la résistance, Yeruldelgger. Il a l'âme pure de ceux qui ont beaucoup souffert et n'ont plus rien à perdre. Sa femme est devenue folle après l'assassinat de leur petite fille, Kim, sûre de sa culpabilité à lui. Son autre fille, Saraa, se vautre dans la pire des fanges pour le lui faire payer.

Ce qui n'empêche nullement l'âme droite et fière, (mais blessée), de Yeruldelgger de se dresser seule contre tous. Il mène toutes les enquêtes (la petite fille dans le désert et les chinois émasculés) de front, aidé quand même par quelques moines ressurgis de son enfance, et deux fidèles qu'il lance à la chasse de la justice, (tel "Charlie et ses drôles de dames") ; Solongo, la médecin légiste aux doigts de fée qui attend son heure d'amour, et Oyan, l'inspectrice toujours fidèle, walkyrie violée, amazone ressuscitée ....

Tel le phénix de ses dames, Yeruldelgger ressurgit toujours de ses cendres, infaillible, insubmersible, étanche aux balles, coups, flèches (mince, j'avais confondu avec Jolly Jumper), missiles (James Bond, sors de ce corps !) et vous balance des serpents dans la fosse du méchant en leur chatouillant d'un doigt habile le nombril, étrangle à mains nues des hydres post nucléaires (non, là j'anticipe, c'est dans le deuxième numéro ...). Et évidemment, il vous débusque d'un coup de baguette magique grosse comme une ficelle plombée (même moi, j'avais deviné !), le grand méchant manipulateur à l'âme vile et noire comme les entrailles du profit capitaliste ... (Beurk !!!! C'est pas bien le capitalisme !!!), tout en dégustant des marmottes cuites de l'intérieur, et en ramenant la morale dans un village corrompu aux côtés d'une prostituée au grand cœur.

La Mongolie en mode post apocalyptique même en mode deuxième degré, c'est pas passé. Mon seuil de tolérance a saturé.

19/01/2016

Séraphine, Françoise Cloarec

medium_SERAPHINE_DE_SENLIS_02_SEPIA.jpgVoilà un titre qui m'a déçu, non pas qu'il soit décevant, c'est juste que je l'avais pris pour un roman, et que c'est un essai, enfin, une monographie, un biopic, un hommage ? En tout cas, pas ce que je pensais qu'il était, c'est-à-dire une biographie romancée de l'histoire singulière de Séraphine de Senlis, bonne à tout faire et peintre. J'attendais une sorte de reconstitution, un récit qui aurait bouché mes trous, et que je suis restée avec mes trous. Moins quand même, parce que je partais avec un trou de taille, j'ignorais absolument tout de l'histoire de Séraphine, je ne savais même pas qu'elle avait existé en vrai ( je sais, il y a un film avec Yolande Moreau, mais non seulement je ne l'ai pas vu, mais en plus, je ne savais pas que ça parlait de la même). Pour combler le tout, mes connaissances sur l'art brut se limitent à quelques tableaux du Douanier Rousseau. Je sais que l'on dit aussi art naïf, ou art des primitifs modernes, et voilà. Maigre bagage.

La première interrogation posée dans le livre ( qui en pose plus qu'il n'y répond, mais ça, je ne le savais pas au départ, évidemment) est de savoir si Séraphine porte un prénom prédestiné. Le coup de la prédestination des prénoms, pour une psychologue ( ce qu'est l'auteure), je me suis dit que cela ne faisait pas très sérieux, et moi, ça me hérisse le poil, le côté toc du mysticisme ; séraphine, séraphin, donc des anges, sauf que Séraphine peint des fleurs. je me suis dit que l'auteur avait abusé du Lacan, mais non finalement, la prédestination, elle l'écarte. Ouf.

Françoise Cloarec s'attache donc au mystère Joséphine par d'autres angles. Comment une femme inculte, solitaire, sans doute un peu limitée aussi dans sa croyance immodérée dans les pouvoirs de la saint Vierge a-t-elle pu se mettre à peindre ces étranges et sublimes tableaux ? A rependre sans filet et sans connaissances ces fleurs et feuilles colorées sur tous les supports passant à la portée de ses pinceaux enduits de ripolin ? A rester une bonne à tout faire le jour, et se sublimer en peintre la nuit ?

On peut prendre l'hypothèse mystique. Séraphine a entendu la voix d'un ange lui dire de se mettre à peindre, et elle aurait obéi. L'auteure la rejette rapidement. C'est la raison donnée par Séraphine, mais elle n'est pas recevable, ouf. Vient l'hypothèse d'un don spontané. Là encore, l'auteure l'écarte et rappelle à plusieurs reprises que Séraphine a inventé sa technique, qu'elle a commencé par de petits formats, des nature mortes maladroites, puis a évolué. C'est donc qu' il y a eu travail, même en autodidacte. Le talent, le génie (les deux mots sont d'ailleurs soigneusement évités) ne lui sont pas tombés tout droit sur la palette. Reste l'hypothèse de la folie créatrice. Facilité que l'auteure évite encore. La folie ne crée pas, elle détruit. D'ailleurs, elle fait remarquer que la peinture a cessé quand la folie a envahi la peintre, comme Camille Claudel a cessé de sculpter une fois enfermée à l'asile, les deux femmes sont d'ailleurs contemporaines, même si leur enfermement n'a pas les mêmes causes ( fichu Paul, quand même ...).

Ce qui fait que, finalement, il n'y a pas d'explications à l'explosion de couleurs sur les tableaux de Séraphine, à leur composition en vitraux du Moyen Age, aux fleurs exubérantes qui ressemblent à des plumes de paon couvrant l'espace de ces toiles, remplissant le vide de l'espace d'une hypertrophie de formes enchevêtrées.

Alors quoi ? Reste une domestique un peu fantasque, prise d'une crise de peinture comme d'une atypique logorrhée, remarquée par un amateur d'art allemand, Wilhem Uhde, qui l'encouragea, lui permis d'accéder à une certaine notoriété, puis, la chute, l'internement, la mort et la fosse commune.

L'auteure l'aime bien sa Séraphine, elle la connait très bien, mais ne nous en donne que des morceaux. Elle nous la fait voir, cheveux teints aux henné, jupes noires poussiéreuse, arpentant les rues de Senlis, mais, et c'est sans doute la limite de l'essai sur le roman, elle m'est restée une silhouette, sans vibrations.

14/01/2016

Un vent de cendres, Sandrine Collette

un vent de cendres,sandine collette,romans,romans français,romans policiers,déceptionsMalo et Camille sont frère et sœur, jeunes et beaux. Ils ont aussi un sale caractère, ce qui est dit, soit, mais n'est pas en soi une singularité suffisante pour faire d'un personnage de papier un personnage de papier suffisant. Ils ont décidé, sur les conseils de leur ami Henri d'aller vivre un sacré moment, une semaine de vendanges en Champagne. Sacré moment, soit encore ... Ils arrivent dans un village, frappé de désertification rurale, et sont installés dans un domaine quelque peu à part.

Le chapitre d'avant, c'est le prologue. On nous y raconte l'accident de Laure, d'Andréas et d'Octave, jeunes et beaux, eux aussi. Andéas aime laure qui glisse son petit corps par le toit ouvrant de la voiture, dans la tièdeur de l'air. Le vent souffle dans ses cheveux avant qu'un gros camion ne la décapite. Octave aimait sans doute aussi Laure. Fin du prologue, où il est aussi glissé qu'Andréas possède des vignes, ce qui fait que le lecteur, pas bête, réalise que Octave + Andréas + Camille, on avoir du reveal dans les cépages.

Ce qui devait être sera. Rapidement, les cadences imposées par l'affreux contremaître provoquent coups de gueules, tensions et courbatures. Rapidement, entre le frère et la sœur, des incompréhensions se tissent. Camille possède une beauté étrange, elle a les cheveux si blonds qu'il en paraissent blancs. Cette frêle blancheur attire Octave, rescapé de l'accident, balafré et boiteux. Dans les corridors sombres du domaine, Andréas se terre. La balafre attire la belle Camille, la belle frôle la bête et la charogne attire le papillon. Malo, le frère au sale caractère en profite pour en faire preuve, se fâche tout rouge et disparaît, laissant sa sœur dans le bouillon.

Une blonde attirée par un balafré, un frère mal embouché, un amour momifié, donnent un polar très efficace, sans âme, mais très efficace. La mécanique fonctionne parfaitement, on court après Camille, Camille cherchant son frère, Octave poursuivant Camille, le tout à l'intérieur d'un huis-clos de regards, de frôlements, de désirs malsains à souhait. Mais quoi ? les rouages manquent de couinements et de grincements. Y'a trop d'huile, ça glisse sur les personnages, qui nous glissent entre les doigts, trop fin du papier ... y'a rien sous le malsain, pas de densité grouillante avec des vrais monstres dedans. Il faut juste courir plus vite que le monstre qui est caché derrière la porte avec un gros couteau à trancher les petites blondes ....

Même si ce deuxième titre m'a quand même plus convaincue que le premier, "Les noeuds d'acier", où j'avais dû me pincer pour me convaincre d'avoir peur, car ici, la situation est quand même plus crédible et plus cohérente, je reste dubitative ....

(Mon exemplaire me permettant de jeter un œil sur le début du troisième " Six fourmis blanches", j'y découvre un Mathias, gardien de chèvres qui se prend pour un sacrificateur, et une innocente Lou, qui a tout de la chèvre de monsieur Seguin. Je crois que je vais prendre la tangente !)

16/12/2015

La condition pavillonaire, Sophie Divry, ou le livre qu'il ne faut pas lire si vous avez des bouffées de chaleur, mais j'avais prévenu.

la condition pavillionaire,sophie divry,romans,romans françaisEn plus, de tout ce que j'ai dit précédemment, j'avoue que j'ai sursauté lorsque j'ai lu la première scène : une vieille femme dans sa cuisine, se tient les mains posées sur une nappe cirée et écoute le ronronnement de son frigidaire. Le regard s'y promène sur les magnets moches qui tiennent des cartes postales ringardes. Du coup, j'ai regardé mon frigidaire, à moi, avec mes magnets nulles, à moi. Coup de bol, il n'y a pas de cartes postales. En plus, l'auteure me tutoyant, je me suis sentie coupable de crime de banalité. Après un sursaut de fierté, je me suis résignée, d'abord, je n'ai pas de toile cirée, ensuite mes magnets, ce sont des œuvres d'art du kitsch ... C'est EXPRES qu'ils sont moches !

Deuxième sursaut, la vieille dame est désignée par deux initiales, M.A. Me dire que j'allais voir mon  Emma que j'aime d'amour pour toujours, reconvertie en une sorte de Marie Laure, j'en ai fermé le bouquin. Les magnets passent encore, mais qu'on me vautre Emma dans une cuisine en formica, pas question.

Et puis, j'y suis revenue. Et l'ai entamé ( et terminé !) le récit de cette vie plate comme les discussions de Charles et les trottoirs de Flaubert. Le récit d'un circuit ordinaire d'une vie qui commence entre papa, garagiste, et maman, qui met une blouse pour équeuter les haricots. C'est dire le côté bandant du truc. M.A. est leur espoir, ils la dorlotent, ils n'en ont fait qu'une ( c'est dire aussi le côté bandant du truc, Jérôme, tu arrêtes les "mardi c'est permis" avec ce bouquin, je te le jure, ou alors faut être pervers .... ) pour pouvoir lui "donner de quoi", de quoi faire des études, de quoi monter un peu plus haut qu'eux.. M.A. les aime, puis adolescente, se rebelle,  tout en suivant le chemin tracé et en rêvant d'un avenir moins confiné, en cinémascope, avec prince charmant et cocotiers. M.A a des rêves en kit préfabriqué dans le pavillon étroit de sa condition.

Étudiante, elle "profite" de cette parenthèse, l'aboutissement de ses rêves, se donne à un amant espagnol, puis, tombe amoureuse d'un comme elle, finalement, et se marie avec lui, ils vont réaliser leurs ambitions, faire des enfants et les élever dans une maison à eux, lassitude, routine, les repas entre amis, le mari qui rentre de son travail, tard, fatigué ...M.A. prend un amant, tente le yoga à la place quand il l'a laissée tomber pour sa femme et son plan de carrière, se tape une dépression puis vieillie, abandonne, et la voilà dans sa cuisine, avec sa toile cirée et son frigidaire. Toujours sa vie aura eu le goût du vécu par avance, toujours un passage pour un après qui serait meilleur que le présent, et puis, l'après, ben c'est pareil et puis après, y'en a plus d'après. C'est trop tard.

Déprimant ? oui, un peu quand même si on se laisse prendre au je du "Tu" et de l'identification qu'il permet, Caricatural ? oui, un peu quand même, tant est droite cette ligne droite qui se mord la queue en un cycle final. M.A. est un poil trop lisse, un poil trop programmée pour une démonstration critique taillée à sa mesure. Les scènes se succèdent comme le temps passe, à la vitesse des appareils électro ménager qui se substituent les uns aux autres, de la première T.V. couleur à l'écran plasma plat.

Un roman fort bien écrit par ailleurs, que j'ai eu fort peu de plaisir à lire, il colle un peu au fond de la casserole et peut même coller le bourdon.

PS : Jérôme ? T'es toujours là ?

 

09/12/2015

Les adieux à la reine, Chantal Thomas

les adieux à la reine,chantal thomas,romans,romans françaisDans une Vienne d'exilés, Agathe-Sidonie Laborde fête ses 65 ans, en 1810. Elle réside en Autriche depuis les débuts de la révolution française, en cette petite communauté vieillissante d'aristos qui ont connu leur heure de gloire sous l'ancien régime. Pour la narratrice, ce fut une toute petite heure de gloire , et en cette soirée languissante, elle revient sur ses souvenirs de sa petite fonction à la cour, elle y fut lectrice adjointe de la reine, la Marie Antoinette. "Une toute petite fonction", précise-t-elle, " rendue encore mince par le peu de goût de la reine pour la lecture". Agathe Sidonie, petite souris grise invisible, a résidé onze ans à Versailles; dans "ce pays-ci", disait-on, dont on ne voyait pas qu'il était séparé de l'autre, le vrai, par le luxe, les caprices et la lenteur du temps était découpé en tranches de visites, essayages, bavardages et protocolaires attitudes. Elle passera donc onze ans à attendre, dans sa petite chambre jaune, loin des grandes affaires du monde, que la reine daigne avoir envie de lire. Ce fut pour elle quelques moments fugaces d'éblouissement pour cette femme qui la fascine, d'emblée, sans que l'on ne sache trop pourquoi d'ailleurs, car le portrait qui en est fait, s'il est admiratif, ne dépeint pas une Marie Antoinette brillant particulièrement par l'éclat de son savoir ou de son intelligence, ce serait même plutôt l'inverse ... Futile, sentimentale, capricieuse, orgueilleuse, elle s'aime beaucoup, presque qu'autant qu'elle aime  Gabrielle Polignac, l'amie tant détestée hors du petit cercle de la cour.

Lorsque les derniers jours de la révolution commencent à se faire entendre au palais, c'est d'abord l'aveuglement politique qui domine. Ainsi, Marie Antoinette pense qu'un changement de  régime est impossible, car raisonne-t-elle, comment le peuple pourrait-il obéir à un roi qu'il n'aurait pas connu tout petit ? Soit, la vision est de courte vue, mais logique, dans la logique du personnage, en tout cas ... Les scènes les plus réussies dans ce roman sont celles ou les courtisans commençant à comprendre qu'il va falloir arrêter de courtisaner, et sont secoués d'une panique qui les pousse à la fuite. Au moment de sauter vers un inconnu qui les foudroie, l'un presse dans ses bras une horloge incrustée de saphirs, l'autre abandonne dans un soupir le porte parapluie en porcelaine de Sèvres ... Va falloir y aller avant que les murs ne s'effondreent, et c'est sauve qui peut sa peau !

Agathe Sidonie, rentrée par la petite porte, en sortira de même, un peu quand même frappée par une grâce indirecte et à jamais nostalgique de celle qui, jamais, ne lui jeta un vrai regard.

Le charme de ce roman, où l'on apprend guère d'éléments nouveaux ni sur le personnage de la reine, ni sur le politique qui se met en marche, est de rester dans les limites de ce regard d'une obscure à la cour, pas de fresque, ni de reconstitution, mais des à-côtés, un amoureux de la reine, un écrivaillon, quelques bruissements de robes et ces quelques premiers moments où la révolution pointe son nez pas poudré dans le luxueux poulailler des privilégiés ...

A picoler en flânant ! Et à l'occasion, j'ai découvert ce blog ! je n'ai pas encore tout exploré, mais il y a des trucs qui me font rire ...

 

06/12/2015

Le livre des Baltimore , Joël Dicker. Episode 2 : Drame, secret de famille et etc ...

Baltimore_IH_Fireworks.jpg

A la fin de l'épisode 1, le suspens était ( à son comble ...) amoureux, mais pour être honnête, ce n'est pas exactement dans cet ordre que le livre est construit. En effet, pour résoudre le malentendu avec la princesse Alexandra (je rappelle que le chien, c'est Luke, pour les étourdies qui se perdent en route), le Marcus doit repartir en enfance, dans la sienne, celle d'Alexandra et celle du clan Goldman, c'est là que gisent les origines du Drame ... La dimension sociale du roman (on pouffe !) est binaire, d'un côté les riches Goldman, de l'autre, les autres Goldman qui portent beaucoup moins bien leur nom de famille, lui et ses parents.

Marcus a divinisé les Goldman de Baltimore ; son oncle Saul, avocat d'affaire invaincu, sa femme, Anita, si belle et si généreuse, son cousin, Hillel, futur prix Nobel, même si, avant l'arrivée de son alter égo, Woody, Hillel fait plutôt piètre figure dans le rôle de l' incompris-insoumis ( comprendre : trop intelligent pour ces andouilles de profs standardisés). Woody, au départ, est un futur délinquant en puissance, mais recueilli par la baguette magique des Goldman, il se métamorphose en grenouille ( non, là c'est pour rire ...). Woody, c'est les jambes et les muscles, Hillel le cerveau ( comme on a les riches et les pauvres, le chien et la princesse) et Marcus fait la troisième roue du clan Baltimore, les trois cousins soudés à la vie à la mort. Marcus ne peut vivre sans eux, leur bonheur, leur richesse, leur voiture, leur grande maison, la principale et les secondaires, leurs piscines, leurs milices privées ( c'est moi qui rajoute là, parce que les Baltimore n'ont même pas besoin de milices privées, leur bonheur les protège de toute réalité dégradante ...)

Sauf que, il y a le Drame, celui qui a fait que l'oncle Saul est devenu vendeur dans une supérette (mais est resté digne, même s'il ne porte plus de cravates, ce qui n'est pas sans chagriner Marcus, devenu adulte et riche, mais toujours aussi affectueux avec son tonton), et que Tante Anita, Hillel et Woody se sont volatilisés dans la stratosphère. C'est le côté anti Walt Disney du roman.

Comme l'auteur n'est pas bête, et le lecteur non plus, ils sont d'accord tous les deux sur le fait que le Drame ne sera dévoilé qu'à la fin, sinon, on ne se taperait pas tout le roman, les tableaux familiaux, les épopées enfantines, les premiers émois amoureux ... Il a d'ailleurs des moments assez drôles, dans le genre burlesque, le tout baignant quand même dans un sirop de bons sentiments rose bonbon. Les dialogues sont toujours aussi naïfs et niais que dans La vérité sur l'affaire ... Mais, la bonne idée est qu'ils sont rares. D'ailleurs, la bonne idée est que, bien que communiquant des heures par téléphone dans leur période amoureuse, Marcus et Alexandra y restent le plus souvent silencieux, ce qui nous en évite pas mal, déjà. (on peut d'ailleurs soupçonner l'auteur, du coup, d'avoir tenu compte des critiques émises sur L'Affaire, ce qui nous laisse présager que le prochain sera muet ?). pour le côté triller, comment dire ... ? Mou de l'intrigue  ? Il y a bien quelques palpitations finales, mais dans l'ensemble, les clichés dramatiques et les grosses ficelles n'emportent guère le lecteur hors de ses chaussons. Le mot Drame, sans cesse écrit avec une majuscule, n'ajoute pas une once de frissons, et en plus, on ne sait même pas ce que devient le chien ....

 

03/12/2015

Le livre des Baltimore , Joël Dicker. Episode 1 : amour, gloire, etc

le livre des baltimore,joël dicker,romans,romans français

Quand mon homme m'a offert ce titre, j'ai dit: "Tiens, c'est une bonne idée !" Et franchement, je le pensais. Une bonne idée dans le sens, où, jamais, de ma propre initiative, je n'aurais acheté ce second titre de Joël Dicker, même si j'avais adoré me faire promener par la vérité sur l'affaire que l'on sait .... (je sais, vous pouvez me jeter des boules de Noël ...) mais ce n'est pas une raison pour insister , quand même ...

Après lecture, je n'ai pas changé d'avis. Jamais je n'aurais acheté ce titre. D'ailleurs, à vrai dire, je ne sais même pas trop ce que j'ai lu ; une parodie de roman à l'eau de rose ? Un roman des origines familiales qui aurait mal tourné à la sauce fraternité qui se termine en eau de boudin ? parce que n'est quand même pas vraiment possible que l'auteur se prenne vraiment au sérieux (si ? Alors, Ok, balancez les boules de Noël ...)

 Côté eau de rose, on est dans le sirupeux people. On entend même les violons de "Amour, gloire et beauté" (je suis certaine qu'il y en a, j'ai vu un extrait du feuilleton dans "Asphalte" ...). Le bel et jeune et riche écrivain à succès, Marcus Goldman (plus ou moins le même que celui de l'Affaire, sauf qu'il a changé de mère, ce qui est un tort, la première était beaucoup plus drôle que celle qu'il a maintenant), retrouve par le hasard d'un achat d'une villa en Floride, et d'un chien fugueur et tenace (genre Lassie chien fidèle qui se serait mélangé les pinceaux entre Belle et Sébastien, l'andouille. En plus, il s’appelle Luke, du coup, j'ai pensé à Rantanplan, c'est vous dire le bazar ...), retrouve donc, son amour de jeunesse, Alexandra (on ne pouffe pas, dans Walt Disney, c'est presque pareil, sauf qu'il y a une grenouille en plus !). Il l'avait plaquée à cause du Drame (celui avec un D, dont je parlerai dans le deuxième épisode de ma note), et que depuis, elle est devenue l'idôle de la chanson américaine. Entre souvenirs torrides, regrets et rancœurs, silences éloquents, floutés glamour et flash-back, ces deux tourtereaux sauront-ils se retrouver et s'apaiser ?

Fin du premier épisode. ça vous apprendra à rigoler des amours enfantines ....

30/11/2015

Les anges noirs, Mauriac

4412968_Fotor.jpgQuel drôle de titre, vraiment .... car dans cette triste histoire, tous les personnages sont plus noirs que anges, sauf peut-être un jeune curé solitaire qui va se retrouver à sauver une âme, que ma foi, il n'avait pas vraiment cherchée ....

Le roman commence par une confession, écrite dans un cahier par Gabriel, la cinquantaine désabusée et malsaine d'un homme qui a trop vécu de son charme, et à destination du  jeune curé, justement, celui du village où Gabriel a passé une partie de ses vacances, enfant, puis adolescent, dans le domaine de Liogeats, au milieu du pin des Landes. Gabriel a failli devenir séminariste, lui, le fils d'un paysan inculte et violent, il avait si belle figure d'ange, qu'il a séduit les dame Du Buch, qui l'ont pris leurs ailes innocentes, et bourgeoises, de celles qui ont du bien, des terres. Mais la gueule d'ange cache une âme vicelarde et lucidement, il enrobe de son charme les deux cousines, la grosse, laide et pieuse Adila, et la plus volatile, Mathilde. c'est Adila qui succombera, aura un enfant, Andrès, et l'épousera, autant par haine que par repentir, des années plus tard .... Gabriel, lui, prend les maîtresses qui lui fournissent de quoi vivre, après Adila, ce fut Aline, mais celle-ci devient trop exigeante, alors, Mathilde, Adeline, l'une et l'autre ferait l'affaire ....

Au moment de la confession, le Gabriel, si la face reste juvénile, en quand même pris un coup dans l'aile. La confession, est, c'est le moins que l'on puisse dire, à charge.  Il a spolié son propre fils, Andrès, élevé par Mathilde sur le domaine de Liogeats, et alors que celui-ci s'apprête à voir se conclure le mariage arrangé de longue date entre lui, le demi paysan un peu frustre, materné par sa tante, et sa cousine à la triste figure, il va aller se mêler de ces arrangements à huis-clos.

Car huis-clos il y a dans, dans le château où se bruissent les intérêts financiers, les rancœurs passées, les arrangements et chasse trappe en sous-main. Les cinq personnages vont former deux clans, nichés dans leur tanière aux relents de conflits intérieurs et d'intérêts mêlés. Cinq, car le père Desbats, mari de Mathilde, père de Catherine, tisse pour Andrès une toute autre toile que celle entendue de longue date.

Les personnages sont chaotiques, tiraillés, contradictoires, ils se heurtent à leurs propres mensonges, se disent des vérités à demi-mots, qui sont autant mensonges que coup de dagues.  Et si l'intrigue est linéaire, elle manque de fluidité, comme les personnages, elle semble se heurter à ses propres frontières et déborde vers des rebondissements improbables et confus.

Un équilibre instable, quelque peu baroque, un rien de plus et Mauriac se lâchait la bride et nous faisait du drame à la Dumas sauce Simenon .... Paradoxalement, c'est qui fait l'étrange charme de ce roman, comme on peut aimer, finalement, dans un champ de vignes géométriquement alignées, le vieux ceps tordu qui a poussé de travers, les racines se dressant vers un ciel obscur.

Une lecture commune avec ma complice en pays mauriacien, Ingannmic une de plus pour la sagouine entreprise, mais lirons-nous un jour "Le sagouin" ?

19/11/2015

Le fils, Philipp Meyer

texas_longhorn_with_rose_1.jpgLes critiques sur ce titre ont été dithyrambiques, dythyrambissimes même, oserai-je. Rien que sur la couverture. Même pas besoin de retourner le livre pour apprendre que "Ce grand roman américain" est "d'une envergure et d'une ambition exceptionnelle" (pour l'envergure du poids, je suis d'accord, pour l'ambition aussi, d'ailleurs), et si vous retournez quand même le bouquin, pour être sûre ( pas du poids, mais de la qualité du poids), il vous est annoncé "une exploration fascinante de la part d'ombre du rêve américain". Moi, j'aime bien les parts d'ombre, sauf que là franchement, c'est beaucoup de poids pour une ombre, surtout une ombre de rêve.

D'abord, point de surprise, la part des ombres se divise en un roman choral (je sais pas ce qu'il y a avec les romans chorals (choraux?) en ce moment, mais je sens qu'une lassitude me guette). Et en plus, là, je n'en ai pas vu l'utilité. Le romancier aurait mis son histoire dans l'ordre que cela ne lui en aurait point nuit, me semble-t-il. Normalement, toujours me semble-t-il, le croisement des points de vue a pour but que les dits points de vue soient divergents, du moins, un temps soit peu, et que du coup, nous, le lecteur privilégié qui a les trois, se retrouve à découvrir des trucs que l'un ou l'autre n'aurait point vu ou dit. Sauf que là, les trois sont convergents et juste chronologiques.

On commence par le premier, le plus ancien. Le colonel Eli MacCullough, est le fondateur de la dynastie d'où sortiront les points de vue suivants. il retrace sa propre épopée (le vieux n'est pas modeste ...). Fils de fermier, il a été enlevé par une tribu de Comanches. Pour survivre et quasiment devenir le meilleur d'entre eux, il a fait corps avec leurs valeurs et leurs coutumes. Est fort celui qui le plus de scalps. Et quand il sera rendu quasi de force à la vie blanche, épris de liberté et de revanche, il fera fortune en ayant le plus de vaches, le plus de terres pour les faire paître, et le moins de scrupules aussi. Je ne veux pas dire, mais c'est plutôt une rêve américain qui a réussi. J'ai pas vu l'ombre d'un doute chez l'ancêtre.

Le deuxième point de vue est celui de son fils, Peter, c'est celui dont Eli est le moins fier. Il n'a pas le goût de la gagne. par contre, il a celui des vaches, et celui des remords. Hanté par le meurtre de la famille Garcia, trucidée par la famille MacCullough, en une nuit de règlement de compte, il prend racine dans un nostalgique passé texan, celui, justement, que son père méprise.

Peter apparaît donc comme une figure intermédiaire, un moment de faiblesse, avant le troisième point de vue, celui de la dernière rejetonne d'une dynastie qui s'étiole, Jeannie. Quand on la découvre, elle est allongée, vieillissante, sur le tapis de la grande demeure familiale qui s'étiole aussi. Et il faudrait attendre un petit moment pour comprendre ce qu'elle fait là. (en général attendre, ne me chaut pas trop, mais, j'ai trouvé le temps un poil longuet ...). Jeannie, fut à l'égal d'Eli, une self made woman qui a reconstruit l'héritage en multipliant les champs de pétrole au lieu de multiplier les vaches (je résume, hein ...). Qui a pu lui faire mordre la poussière finale ? Le suspens est quasi languissant.

Donc, je résume toujours, le fils est indigne de son père, les texans avaient des vaches et ont eu beaucoup de pétrole. Être une femme chez les pétroliers, ce n'est pas qu'une seule paire de manche, et d'ailleurs la richesse ne fait pas le bonheur. C'est peu dur comme jugement, je le concède fort volontiers, mais j'avais pas ma part d'ombre, pas ma part de teinte crépusculaire, un peu trop de Dallas et de son univers impitoyable.

 

 

 

04/12/2009

La reine des lectrices, A. Bennet

0052-0241_du-nain-francisco_lezcano.jpgUne pause après les grandes fresques et autres coletages avec l' histoire tragique du monde comme il va. Une idée drôle et une écriture légère. La reine d'Angleterre devient, par hasard, une lectrice assidue et de plus en plus pertinente. Quelques désordres s'en suivent, plutôt amusants mais anecdotiques. Une fable sur la culture et le pouvoir aussi. Quelques coups de griffes sur les mondanités royales et littéraires au passage. Court et drôle.
Par contre, ce livre ne semble pas être une ode à la lecture, ni une illustration du pouvoir subversif des livres, contrairement à ce qu'annonce le quatrième. Il me semble qu'il va plutôt vers l'inquiétude que la lecture crée. Cette impression qu'on est dans un monde infini, qu'on ne pourra jamais épuiser. Les livres se multiplient, sans compter tout ceux déjà écrits, ce n'est pas un ensemble fini, que l'on peut compter, dénombrer et clore. Il me semble qu'au delà de l'humour, le livre parle aussi de cela.
D'où ce goût que l'on peut avoir en tant que lecteur, de l'organisation de sa bibliothèque (c'est un ensemble classifiable, lui), de constituer des listes de lectures à venir (j'en ai fait des séries régulièrement mises à jour pendant des années, titres barrés une fois lus, titres plusieurs fois recopiés sur de nouvelles listes parce que toujours pas lus...) et du soin de tenir son blog de lectrice à jour .....
Dans La reine des lectrices, l'impuissance de pouvoir tout lire mène le personnage à l'écriture, plus active .... je ne sais si cette théorie serait validée par les illustres critiques structuralistes qui m'ont fait adepte de "l'écriture en tant que machine à analyser", mais le pied de nez final du personnage à son entourage renvoie finalement au rapport de l'écriture au pouvoir. Et c'est plutôt finement joué ....

11/11/2009

Y'a des demi teintes

c317.jpg

Ce sont des lectures dont on ne sait quoi dire, d'où l'idée masochiste d'essayer d'écrire sur ces livres là, d'ailleurs.Ces livres qui plaisent pour une idée, un personnage, un souvenir, le lieu où on les a lu, la fin, le début ... Tous ces livres pour lesquels on peut regretter ne pas avoir attendu qu'ils sortent en poche, qui rempliront encore un peu les étagères, sur la tranche desquels on passera le doigt rapidement, lorsqu'une amie demandera "Si par hasard, t'aurais lu quelque chose de pas trop mal c'est temps-ci ?", et le doigt hésitera, une demi seconde "Oui, celui-là, il est pas mal, mais bon ..." On ne sait pas, on a peut-être encore un dernier coup de coeur que l'amie n'aurait pas lu, un de ces coups au coeur qui passera après entre toutes les mains, dont on causera en disant seulement le titre, comme un code secret entre nous "Ah ! Terre des oublis ....", "Ah ! Le prince des marées". Et puis, si on ne trouve rien d'autre, on reviendra vers eux.  
" C'est pas génial, mais ça ce lit bien, pour les vacances, c'est pas mal". Toute lectrice qui se dit grande a sa fierté dans ses prêts.  
Baguettes chinoises Xinran : pour le sourire de l'auteur et le côté fleur bleue exotique.
Contre enquête sur la mort d'Emma Bovary Philippe Doumenc : pour le jeu intellectuel et le goût de Flaubert.
Hamilton Stark Russel Banks ; pour le côté fourre tout, le rappel de Nabokov, ses autres livres même si je n'ai encore lu que De beaux lendemains.
La femme changée en renard David Garnett : pour le côté en dehors du temps et parce que je l'ai vu entre les mains de Chloé, et qu'elle l'avait aimé.

01/09/2009

La batarde d'Istambul d'Elif Shafak

 

img036.jpg

Les loukoums et le génocide ....La batarde d'Istambul d'Elif Shafak mêle les deux, aussi étonnant que cela puisse paraître ; l'excessive douceur d'une famille de femmes comme livrées à elles-même dans le navire de la maison familliale aux façades douceureuses et trompeuses, parce que à la fin, ça croque sous la dent, comme une amande que l'on avait oubliée être au milieu d'un loukoum. Elles ne semblent jamais sortir, sauf une, la révoltée .... Sinon, les tantes, les soeurs, elles sont comme des berniques, des bigorneaux, bien acrochées au même rocher, sans, semble-t-il, d'autres liens que ce rocher commun.
Le génocide arménien, ces femmes en sont la trace, sans même le savoir d'ailleurs jusqu'à ce l'arrivée d'une exilée qui veut reprendre sa place dans l'histroire familliale et l'Histoire, change la donne.
Doucement, le roman va aller vers sa fin, comme une construction où les morceaux de la pyramide (de loukoums, toujours ....) vont trouver leur place.
Pas de la grande littérature, mais un livre qui se dévoile solide petit à petit. La violence est douce, pire peut-être que si elle éclatait vraiment. Un livre de traitres douceurs.

Athalie

05/08/2009

Love médecine Louise Erdrich

La suite donc du précédent ou du suivant, je comprends pas tout à l'ordre des articles sur le blog, moi ... Depuis La chorale des maîtres bouchers, j'ai lu deux autres livres de Louise Erdrich, Ce qui a dévoré nos coeurs et je viens donc de finir Love médecine, où je n'ai pas vraiment retrouvé la magie de la dernière page de La chorale, mais peut-être, sans doute même, parce que l'effet de nouveauté s'est envolé. La première fois qu'on lit certains auteurs, il faudrait arriver à se dire que c'est peut-être la dernière fois qu'on les lit avec autant de bonheur. Mais c'est une remarque aussi vaine que de vouloir retrouver le fugace et l'éphémère.
Ces deux livres-là parlent des indiens, donc, de ceux de maintenant, dans les réserves de maintenant. Ce qui a dévoré nos coeurs est cependant plus noir et revendicatif que Love médecine qui raconte plus posément, ou plus plutôt avec une plume moins taillée dans le vif, l'histoire croisées de deux familles indiennes de la même réserve, sur plusieurs générations. Mais cela n'a rien d'une saga. C'est la succession d'événements parfois vécus par plusieurs personnages qui les racontent ensuite selon leur point de vue. Pas de jugement direct, juste une suite d'amours enfuis, de maris qui boivent, d'enfants sans père, d'enfants recueillis, de tentatives de sortir de la réserve, de tentatives d'y vivre. C'est simple comme un constat, triste et doux comme des destins de gens presque ordinaires. "Presque" parce qu'ils sont indiens, et que du coup, comme une évidence qui n'est même pas remise en question, ils ne peuvent pas faire autrement que le désespoir et la tristesse.

Athalie

03/08/2009

La perfection du tir Mathias Enard

Dans cet été plutôt caractérisé par les pavés et la littérature pas française, un petit livre est sorti de ma pile prévue, un livre écrit par  un Français, et qui plus est, semble avoir le vent en poupe, puisque "Zone", sa dernière publication en date, a obtenu le Prix France Inter. Ce dernier roman, donc, qui était un pavé, je l'ai reposé sur la pile sous le nez de l'auteur (c'est toujours un geste pas terrible à faire, mais bon ...) et j'ai pris le petit d'à côté, du même auteur quand même, vu que j'étais devant lui au festival "Etonnants voyageurs", j'avais oublié de le dire.

Il faut dire que des pavés j'en avais déjà quelques uns dans le sac, dont un écrit par un Français. c'était prendre assez de risques comme ça ... ( le pavé écrit par un français qui dèjà dans le sac, c'est "Là où les tigres sont chez eux", génial, donc comme déjà dit, mais je ne le savais pas encore ...)
Entrouvert juste après ce très bon pavé, les premières pages de "La perfection du tir" m'ont fait un peu peur .... Je l'ai vite refermé pour ne pas avoir trop vite fait d'idées toutes faites (Ah ! les pauvres livres lus après un très bon, leur destinée est parfois injuste ! ). Méfiante, je suis donc repartie vers une autre de mes activités préférées de cet été, poncer et repeindre mes fenêtres.
Ce devoir à moitié accompli, (et le sentiment du devoir presque accompli, ça fait du bien et ça motive pour faire autre chose de pas terminé non plus), je m'y suis remise, au petit opus.

Bon, on est pas dans le grand, mais ça se lit. En tout cas, pas d'autofiction branle nouille comme j'en avais eu l'impression au départ. On est dans le même système de narration que dans "Les bienveillantes", c'est-à-dire dans la tête d'un tueur qui aime tuer, et même, pour qui tirer du haut d'un toit sur des inconnus est la presque unique raison de vivre. C'est un autre lieu, un autre moment que le livre de J. Littell (le conflit n'est pas vraiment situé d'ailleurs, mais la guerre de l'ex-Yougoslavie est clairement évoquée), et le narrateur est moins gênant pour le lecteur que celui de Littell. C'est un salaud, mais un salaud sans idéologie. Juste le goût de tuer. Pas celui de violer, c'est déjà ça, juste un peu celui de torturer, mais avec plus de réticence que les autres,  quand même, et cela permet de le suivre sans trop se sentir voyeur .... On suit, donc, mais sans vraiment non plus adhérer, spectateur d'horreurs qui ne concernent pas le narrateur, et du coup le lecteur, de peurs provoquées sans vraiment être menées.
L'écriture est sèche, convient au sujet, sûrement, mais bon sécheresse, point trop n'en faut ....
Il restera à lire "Zone", sans doute quand il sera en poche, parce que les pavés écrits par des Français, il ne faut pas en abuser non plus, je risquerai l'overdose. Et j'ai mes fenêtres à finir de poncer.

Athalie