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18/08/2014

Dans l'ombre des Tudors, le conseiller, Hilary Mantel

Après un premier chapitre qui laisse présager un bon gros roman historique plein de sang, de sueur et de larmes ( je rejoins Sandrine sur ce point), je dois l’avouer, j’ai bien failli laisser tomber ce pavé.

Cromwell, cette ombre du pouvoir plutôt méconnue ( de moi, en tout cas …), obscur fils d’un simple forgeron aux accès de violence incontrôlables, on le prend au départ de son ascension (  et l’ascension est longue). Après sa fuite de sa ville natale et ses périples en Europe qui ont fait de lui, simple soldat mercenaire à la solde française, un fin connaisseur de la finance et des banquiers italiens, et aussi de l’art de la politique à la Machiavel, Cromwell est petit à petit devenu le conseiller favori du conseiller favori du roi Henri VIII, le cardinal Wolsey.

Un cardinal qui fait office de premier ministre et tire les ficelles, espionne , manigance, dilapide et remplit les caisses du royaume. On est bien dans l’ombre, dans les coulisses, dans les souterrains du suzerain, déjà quelque peu atrabilaire … Et là dedans, c’est plein de traquenards et d’ennemis qui n’attendent qu’un faux pas pour vous achever, les ragots acérés font souvent mouche.

Le déclin du cardinal s’amorce quand il échoue à faire se réaliser la suprême volonté royale ( à croire qu’il n’a que cela à faire, le Henri VIII) : obtenir l’annulation de son mariage d’avec Cathrine d’Aragon, après 18 années de bons et loyaux accouchements, elle n’a pas donné de fils, et qu’il puisse enfin convoler avec Anne Boleyn, vierge douteuse, mais devant laquelle le roi tire une langue genre « loup de Tex Avery ». Le pape Clément se fait lui très longuement tiré la sienne pour accorder la permission  qui fera que Anne se retrouve enceinte en étant reine et non catin du roi. Le cardinal va échouer mais Cromwell y réussira (enfin, à sa façon …)

Le portrait des temps et des hommes gagne peu à peu en intensité et en intérêt, on croise des mœurs et des personnages qui épaississent l’attente du consentement papal et le récit biographique. Thomas More, par exemple, se révèle moins humaniste qu’obtus, le grand ami d’Erasme et son utopie prennent un bon coup dans l’aile. Anne Boylen est assez épaisse aussi, portraitisée en perfide harpie à laquelle on se met à préférer sa sœur Mary, dont la cuisse légère fut la première dans le lit du roi, et qui lui sert de remplaçante autorisée lors de la première grossesse de celle qui est enfin devenue reine … Mœurs exotiques …

 

Les longueurs, il y en a, mais elles se dépassent finalement. Et comme ce tome se termine avant la chute d’Anne, et que Cromwell résiste encore à trois mariages royaux, si mes souvenirs sont exacts, il reste donc quelques exécutions et  quelques tractations amoureuses à venir, et comme les deux s’accélèrent, on peut supposer que par la suite (il reste deux tome aussi pavés que celui-ci), le rythme se fasse un peu plus trépidant.

12/08/2014

Avec vue sur l'Arno E.M. Forster

Ce livre est bien sûr celui qui a inspiré le sublime « Chambre avec vue » de James Ivory et tout le charme des images du film se trouve dans les mots du livre.

Tout commence à la pension de Florence, pension pleine de touristes anglais et où viennent d’arriver la jeune Lucy et son insupportable cousine chaperon, toute de reconnaissance éperdue ( c’est la mère de Lucy qui finance le chaperonnage), elle se donne pour rôle de tenir les rênes de la bienséance. Vieille fille et parente pauvre, elle s’érige en championne de ce qui ce fait et de ce qui ne se fait pas, corsetée dans sa morale victorienne. Lucy veut bien faire, elle aussi, mais elle a juste un peu « trop de Beethoven » dans la tête et dans le cœur. Parfois, le trop déborde un peu du corset. Mais pas trop.

Dans la pension, Forster fait s’agiter le microcosme touristique : les deux femmes doivent-elles, ou non, accepter l’échange proposé par un autre couple, atypique et moins victorien, les Emerson père et fils ? Eux ont ces chambres avec vue que l’on avait promis aux deux femmes. Le portrait de groupe touristique est drôle et grinçant à souhait : un clergyman aux idées plutôt larges, une excentrique écrivaine qui se la joue bohème dans le pur style des snobs qui cherchent « l’authentique couleur locale », aussi authentique que les clichés d’une anglaise sur le retour d’âge peuvent l’être, et les deux inévitables sœurs vieilles filles, aux dentelles fanées et la conservation aussi plate qu’une bouteille de San Pellegrino sans bulle. Le débat est feutré,  puis la question réglée, les deux femmes peuvent, tout en respectant les convenances, accepter la proposition, au départ indécente, autant que peut l’être la simple mention d’un homme prenant un bain dans une baignoire.

De là, part le trouble de Lucy, de là, et aussi de la visite de Santa Croce, que la jeune fille devra faire sans guide. Une jeune fille perdue, sans l’habitude de penser par elle-même et qui ne sait qu’y admirer : où sont les merveilles attendues ? n’est-elle pas en train d’admirer ce qui n’est pas admirable ? Une œuvre mineure, indigne ? De là, Lucy commence à se heurter à la véracité de l’expression des sentiments en acceptant d’entendre le discours d’Emerson père,  puis, sur la place, où le sang d’un crime va éclabousser les cartes postales, et enfin dans un champ de violettes où la recherche de la vue sur l’Arno va s’égarer dans un baiser volé. Lucy fuit celui qui fait s’échapper d’elle ce "trop plein de Beethoven" en elle.

De retour en Angleterre, dans son home protégé de l’expansion de ces dangereuses ardeurs, Lucy va mettre beaucoup d’énergie dans la fuite d’elle-même et de ses sentiments véritables, de fiancé coincé en pare-feu de vieilles filles. Lucy se leurre et se masque et l’on s’amuse à voir le papillon refuser de sortir de sa chrysalide …

Un régal de comédie satirique où chaque personnage est solidement campé dans ses positions, portraitisé à grands traits bien solides mais sans caricature, les scènes au jardin sont fraiches et ensoleillées comme des tableaux impressionnistes, le ton enlevé comme les notes du piano de Lucy, on entendrait presque la voix pétrie de pédantisme de Cécil ( le fiancé coincé) lire les pages du roman qui forcera la jeune fille à prendre l’envol redouté.  Une bien agréable lecture, avec tout ce qu’il faut de « trop de Beethoven » et une bonne vieille crème anglaise !

Et une pensée pour Ingannmic qui doit y flâner encore, peut-être, sur les bords de l'Arno ....

 

 

07/08/2014

Le rocher aux corbeaux Peter Robinson

Où l'on retrouve l'inspecteur Banks,  pépère mais plus beau gosse que Maigret du "Voyeur du Yorshire", toujours marié, intègre, et content de son sort en ce beau pays où il est venu pour fuir la violence londonienne ( sauf qu'il est un peu moins obsédé par l'opéra que dans le premier et que sa descente de pintes de bières prend de la vitesse ...)

Dans un petit village touristique, dans la douce et paisible vallée de Swainsdale, vivait un homme paisible et doux, Harry Steadman, un historien passionné d'archéologie industrielle depuis les Romains jusqu'à nos jours, en gros ... Il avait trouvé en cette vallée sa terre d'élection et travaillait son sujet, financièrement libre, et ayant laissé de côté toute ambition de carrière, passionné par sa recherche intellectuelle et par la pertinence de sa science nouvelle. Harry, c'est simple, tout le monde l'aimait, un historien sans aucune histoire, même pas drôle (le type, il devait être ennuyeux comme une chemises à petits carreaux bleus et blancs, avec des manches courtes, le col fermé jusqu'en haut, le genre "chemisette pour hommes" de chez Damartd vous voyez le truc ? la poussière, elle est déjà grise avant de se déposer dessus.) Comment un type pareil, dans un endroit a-t-il bien pu se retrouver la tête fracassée, le corps abandonné en pleine nuit et en pleine lande ? Diantre de mazette ....

L'inspecteur, de son pas toujours pépère, piétine. Aucun suspect en vue, même en rase campagne. La femme hérite, aussi terne qu'un fond de tapisserie à petites fleurs, mais elle a un alibi solide. Les copains du pub, non, mais aucun mobile, une vague histoire de dispute pour un bout de terrain avec des ruines romaines ... Pas de quoi bouter hors du domaine des vivants un historien placide. Il y a bien la belle Penny, ex-chanteuse de folk du terroir à succès, elle a tout plaqué pour couler ses jours dans son village. Il y a bien un été dix ans avant ...

Bref, un meurtre au pays des bisounours ... un huis-clos champêtre, juste un peu troublé par une adolescente qui croyait en savoir bien plus qu'elle n'aurait dû le croire.

Sur ce deuxième tome, l'action commence quand même un peu trop tardivement pour que l'on aie pas auparavant épuisé d'épuisements vains toutes les possibilités de solutions ... Une légère déception par rapport au premier, il est cependant fort probable que je retrouve un jour le goût (pépère) de cette série, qui a son charme tranquille.

Encore merci V. ! ( et donne-moi des nouvelles d'Angustus, quand tu en auras ...)

04/08/2014

Le voyeur du Yorkshire Peter Robinson

le rocher aux corbeaux,peter robinson,romans,romans angleterre,séries policièresUn livre idéal pour le mal dont j'ai souffert tout début juillet, le manque total, complet, radical, abyssal, même, de connexions neuronales. Vous savez, quand à l'intérieur de la tête, ça fait juste splasch-splasch quand on la tourne, le bruit des neurones qui flottent dans le vide .... Un grand merci, donc, à V. qui avait dû anticiper mon état et m'avait délicatement prêté les deux premiers tomes de la série des enquêtes de l'inspecteur Banks. Elle avait vu le coup venir ... Que l'on se rassure, cette série est une drogue douce ( alors que moi, sans scrupules, je lui ai refilé du lourd, de la dure, "Longsome Dove", avec Angustus dedans ...)

L'inspecteur Banks est un inspecteur pépère : ni alcoolique, ni dépressif, ni paria de la police. l'inspecteur Banks est un type qui fait son boulot. Pépère, j'ai dit, mais quand même plus beau gosse que Maigret. Marié, à une belle femme gentille comme tout, deux enfants, du genre qui vont se coucher quand on le leur dit. Pépère. Consciencieux, honnête, scrupuleuux sans obsessions particulière, reposant .... Un bonheur pour les neurones en état d'affaissement.

L'inspecteur a quitté Londres et ses violences urbaines excessives pour être muté dans le doux comté du Yorshire ( enfin, je dis doux, je n'en sais rien, n'ayant jamais mis ne serait-ce qu'un demi doigt de pieds en ces paysages dit idylliques dans le bouquin). Evidemment, vu qu'il est inspecteur de police, le paysage a beau être doux, il y a quand même crime, même si, au départ, c'est un crime relativement ... pépère ... Un voyeur sévit dans la petite ville, un voyeur pas trop méchant, qui s'enfuit dès que se victime l'a vue. Pas méchant, mais le voyeurisme est quand même un délit, peut-être un premier pas vers des violences plus grandes. Craignant donc la contagion et pour éviter les rumeurs d'incompétences et de négligences voire de je-m'en foutisme pas féministe du tout, la police s'adjoint les services d'une psychologue, Jenny Fuller,  une psy super canon ... Du côté de l'inspecteur, un trouble s'installe et côté enquête, on va doucement, du coup. Pourtant, dès le départ, il y avait d'autres signes que le voyeurisme, il y avait quelque chose de pourri dans la ville idyllique : deux adolescents dont les limites sont très, très perturbées, une vieille dame, poussée, et retrouvée morte, une série de cambriolages, un papa mère-poule aveuglé jusqu'au cou, un photographe amateur qui a un peu perdu le bouton stop ... sans que rien ne relie les morceaux du puzzle.

On va doucement, on penche à droite à gauche, dans la tête, ça me fait toujours splash-splash, mais on est peinard. l'accélération se fait au final, l'inspecteur se met à caracoler tout d'un coup, attrape tous les indices qui traînaient dans ses petits bras musclés et sprinte vers la résolution finale.

Même pas peur, classique et parfait en prescription pour état léthargique persistant ... D'ailleurs, j'ai enchaîné sur le deuxième ...

 

 

21/07/2014

Rebecca Daphné du Maurier

rebecca,daphné du maurier,romans,romans angleterre,pépites,a cup of tea timeUne relecture délectable ... Dès la première phrase, tout le suc romanesque vous remonte aux effluves de la mémoire : "J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley" suffit à pour remonter l'allée sombre et hantée vers le château du prince charmant renfrogné et de la vampire à double visage. Puis, quelques lignes après, (je transforme juste un peu) : "Je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des (lectrices) et je glissais à travers les (pages) comme un fantôme."

Que dire de cette relecture délicieuse si ce n'est le plaisir de retrouver tout à la même place : l'affreuse snob de Mrs Van Hopper, fort judicieusement clouée au lit dans son angine, les premières promenades de la fébrile narratrice et de l'ombrageux Max, la naïveté maladroite de la jeune épousée qui croit marcher sur les bonheurs intouchables d'une première union idyllique, et se leurre dans les filets du silence. Le petit ange de porcelaine se casse toujours à la même page, le R de Rebecca se dresse toujours comme une griffe pour hanter l'amour éperdu de la narratrice, le vieux chien dresse toujours l'oreille à l'écoute d'un pas qui ne vient plus, le brouillard tombe toujours sur la baie, d'où surgit, encore une fois, la cabane des plaisirs de la morte, et un naufrage, toujours, fait remonter le cadavre de celle qui fut l'infâme ensorceleuse ...

Quel plaisir de retrouver là, l'affreuse madame Danvers, toujours aussi perverse, elle aussi, malgré le temps qui a passé depuis que je ne l'avais revue, silhouette noire qui savoure sa vengeance dans l'ombre du grand escalier, jubilant de voir sa trop docile proie descendre en robe blanche vers les regards horrifiés des invités du bal. 

Le cousin maître-chanteur est toujours là, lui aussi. Il n'a pas pris une ride et campe toujours ses fesses dans le canapé du petit salon, croyant tenir en même temps que son verre de whisky, Max, dans sa main. Et se déroule alors le canevas des peurs et des soulagements attendus.

Tout est là, immuable. Le charme se déroule jusqu'aux dernières phrases aussi pleines que les premières de ce goût nostalgique et sucré de ces phrases si souvent lues et relues : "Il n'y avait pas de lune. Le ciel au-dessus de nos têtes était d'un noir d'encre. mais le ciel à l'horizon n'était pas noir du tout. Il était éclaboussé de pourpre, comme tâché de sang. Et des cendres volaient à notre rencontre avec le vent salé de la mer."

28/06/2014

Le manoir de Tyneford Natacha Solomons

Tyneham 2012 054.JPGC'est un livre qui a un goût de "Rebecca" (celle Hitchcock, parce que celle de Daphné, je ne l'ai pas encore relue, mais c'est prévu pour cet été), et c'est un fort bon goût, un peu sucré, mais genre caramel salé, avec un peu d'embruns fourrés dedans.

La narratrice est Elise Landeau, une jeune fille gâtée par le sort social, à priori, et culturel, aussi, tant qu'à faire. Elle est la petite dernière d'une famille d'artistes viennois, un peu fin de siècle décadent, libres d'esprit, mais pas trop, avec des principes et des valeurs morales. La mère, Anna, est une Diva d'opéra, le père, un écrivain à l'originalité reconnue, la soeur, une musicienne douée de naissance. Tous les trois sont, beaux, intelligents, doués, admirés, admirables, raffinés, aimés, aimants ... Même la bonne est parfaite. Trop beau pour être vrai et crédible ? Ben ouiiiiiais un peu quand même, mais pas trop ...

Dans cette famille de papier glacé verso people intellos, Elise est, soit, l'enfant gâtée, mais aussi un peu, le vilain petit canard ( enfin, un vilain petit canard tout relatif quand même ...), pas particulièrement douée pour la musique, pas particulièrement belle (moins que sa soeur, et surtout moins que sa mère, son parangon de l'excellence, la si aimée, si sublimée Anna)

Bon, évidemment, pas de petites histoires sans la grande, surtout quand on est une famille d'artistes, oui, mais d'artistes juifs même pas pratiquants, à Vienne juste après l'Anchluss. Le doux et précieux cocon d'Elise doit se déchirer, les tableaux commencent à disparaître des murs de l'appartement jusque là si douillet, les bijoux tendent à intégrer les doublures plutôt qu'orner les cous, et les robes de soie sont portées pour la dernière fois. Les temps pressent et Elise doit partir la première. Elle est poussée hors du nid pour être mise en sécurité, et doit joindre l'Angleterre pour être embauchée comme domestique dans un domaine dont elle ne sait rien. En attendant que l'horizon soit un peu plus ouvert et qu'elle puisse rejoindre sa famille, pour l'instant en attente des visas salvateurs pour les USA. 

Elise part, la valise lestée d'un violon alto contenant le dernier roman de son père, de quelques perles et d'une robe d'Anna, d'un livre de cuisine confié comme un sésame pour sa nouvelle vie et le coeur gros comme un chocolat viennois version Big Mac. 

Pour la petite viennoise sucrée à la praline, le choc de la domesticité est rude, son anglais rudimentaire enchaîne les gaffes, sa connaissance du service se limitant à celui que sa bonne lui prodiguait. Sauf que, elle n'est pas tombée dans n'importe quel domaine et pas dans les papattes de n'importe quel(s) maître(s) ....

La suite est assez prévisible, mais pas que .... On croise aussi de beaux paysages, une contrée presque elfique, des personnages rigides et friables à la fois, sans tomber dans la caricature sentimentale, un peu eau de rose, mais un plus soutenu et un délicieux moment de lecture, si on en accepte les codes, évidemment.

Merci à Galéa, sans son avis enthousiaste, je n'aurais jamais mis les doigts de ce pot de confiture ...

22/06/2014

La petite boutique des rêves Roopa Farooki

la petite boutique des rêves,roopa farooki,romans,romans angleterre,pépitesLucky, Delphine, Zaki, Jinan, père mère, grand-père-fils, fils-père, des parentés et des vies dans le désordre, dont les trajectoires en biais s'organisent au gré d'un trait d'esprit d'Oscar Wilde ; " Dans ce monde, il n'y a que deux tragédies. La première est de ne pas obtenir ce que l'on veut, et la seconde est de l'obtenir".

L'histoire est celle d'une famille, plutôt recomposée et assez mal assortie. A l'origine, il y a un coup de foudre en Inde pour une belle lavandière d'un jeune homme qui ne voulait qu'une chose, ne pas être commerçant comme papa. Son rêve est ailleurs, à Paris, dans une vie de bohème ... Par un drame du hasard, il est en Angleterre et tient une boutique aux horaires variables, c'est le grand-père, Zaki, bel homme, joueur, excentrique et père aussi, beau père ... Son rêve, il ne sait plus trop où il l'a rangé, il a oublié de le chercher, depuis le temps.

Lucky, le petit fils, matiné franco-paki ( ce qui a son importance) rêve de football, son père, Jinan, de liste de courses et de tâches à faire, et aussi de garder sa femme, la belle Delphine. Football, maternité, carrière, amour, amour surtout, amour de sa femme, de son fils (ou pas ...), de sa belle belle fille, les quatre personnages courent dans ce désordre comme les chats tournent après leur queue. Le ton est est mi joyeux, mi tristounet, mi grave, mi ritournelle. On ne change point d'amours dans ce roman, on change de point de vue, on l'attaque sous un autre angle ... Les personnages changent à peine de partenaire, ils changent de rêves, courent après l'ancien, le cache ou le retrouve, en attrape un autre au vol, en espérant que cette fois-ci, ce soit le bon ...

Delphine, entre autre, incarne ce mouvement d'oscillation perpétuelle. Pour son rêve de carrière, elle a tout fait. En détestation de son coin bourbeux des landes, elle est montée à paris, montée à Londres, montée en grade hiérarchique, et est montée en taxi, en une soirée d'averse ... Elle avait pourtant tout planifié ...

Même son beau mari, plus jeune qu'elle, en adoration devant elle, bel appartement, bel gueule, belle situation, mais voilà delphine tourne en rond dans son bocal, elle a beau se vernir les ongles des pieds avec application, il lui manque quelque chose ... Un autre rêve ? 

Son fils, Lucky rêve d'un but, un but ultime, celui qui fera gagner la coupe du monde à l'Angleterre, un rêve qui l'obsède car il s'arrête avant le tir et ne dit pas si le ballon rentre, ou pas, dans les filets ... Avant de le savoir, d'autres rêves le croisent, il tombe en amour et son grand-père, Zaki, dans la Tamise.

Si la première partie est si trépidante et attachante qu'on en a le cœur qui bat, la deuxième est un peu plus ronronnante, mais bon, maintenir le rythme aurait peut-être aussi gâché l'ensemble, qui fonctionne très bien, entre coup de baguette magique, coup de hasards, coups de cœurs, coups du sort. sans que on en lâche le leitmotiv d'Oscar Wilde, comme le refrain d'une fantaisie dramatique. 

Merci à Keisha, sans son avis positif, je serai passée à côté de ce beau moment de lecture.

 

22/05/2014

Northanguer Abbey Jane Austen

th.jpgOh !!! la belle gourmandise que voilà : un chou à la crème avec plusieurs couches de crèmes : la caustique, la quasi flaubertienne sur les mœurs de province, la caustique, encore, sur l’héroïsme romanesque, la caustique, sur les jeunes filles à l'imagination gothique, et la caustique, sur sa propre écriture. Caustique, donc mais tellement léger que vous plongez les doigts délicieusement nacrés rose bonbon dedans, avec les ongles un petit peu pointus, pointus ... et Jane Austen s'amuse à nous taper sur les ongles, lectrices prises en flagrants délits de gourmandise les ongles pointus dans le pot.

Son héroïne, Catherine, est tarte à n'en plus pouvoir. Elle n'a rien d'une héroïne, et peu d'une héroïne austéienne (ça existe comme mot ? Pas grave) , ce qui fait que l'auteure nous prévient tout de suite, avant d'en faire quelque chose, elle a du boulot. Elle nous explique sa fadeur, peu prometteuse, sa normalité décourageante, avant de la plonger dans des situations romanesques convenues dans ce monde qui est le sien (en gros comment trouver un mari sans en avoir l'air). Sauf que Catherine, elle ne sait vraiment pas se débrouiller toute seule, et sans cesse l'auteure lui donne-t-elle une petite claque sur la crinoline, et c'est drôle ...

La jeune fille n'est pas d'une grande beauté, pas d'une grande richesse, pas d'une grande famille ( enfin, si, mais uniquement par le nombre), pas d'une grande intelligence, ni d'elle même, ni des rapports sociaux dans lequel elle se trouve plongée par le miracle d'un séjour à Bath, ville d'eau snobissisme et anglaise avec toutes les vieilles dentelles qui froufroutent et les jeunes dentelles qui tentent leur chance dans la valse aux maris. A peine parrainée par sa marraine dont le seul souci est la couleur des chapeaux, et qui passe son temps à déplorer leur absence de connaissances mondaines, Catherine paraît bien mal lotie pour trouver un cavalier pour le bal rituel.

La Catherine, naïve, cruche et gauche comme une potiche chinoise posée sur un buffet post-modernisme, ne tarde pourtant pas se faire une grande amie pour la vie, la Isabelle Thorpe, aussi sincère qu'un thé à la crème aromatisée ciguë. Il faut dire que la Isabelle a un oeil sur le frère de Catherine, James, qu'elle tiendrait bien à mettre dans ses filet à provision au cas où elle ne trouverait rien de mieux. Sans compter qu'elle a aussi un frère à caser, le Thorpe, animal aussi sympathique qu'un sabot de cheval, n'imbu que de lui-même et que de parvenir à ses fins, vaniteux, bavard, un repoussoir que Catherine peine à repousser dans sa bonne volonté de bien faire. En effet, pour être convenable, il faut que le duo ( James et Isabelle) devienne quatuor, ( Catherine et le Thorpe), une amie pour la vie servant surtout à mettre la main dans la sienne lors de promenades en formes de préliminaires. Une jeune fille convenable ne pouvant pas la mettre dans la culotte du convoité, enfin, pas directement.

Cependant, la Catherine devient petit à petit héroïne et dans sa nunucherie tente de résister à la poussée collective des trois autres. Il faut dire qu'elle a croisé le regard du bel Henry Tilney, qui ne demande pas mieux que de se faire attraper, encore faudrait-il que Catherine s'en rende compte ...

Le manège des jeunes gens qui jouent à chat dans la limite des places disponibles est juste délicieusement méchant, orchestré comme une valse où Catherine joue, toujours, innocemment, le contre temps. Sans cesse, elle se trompe, de sentiers, de promenades, de regards, de tactiques pour changer de cavalier. Avec comme seul manuel de survie, les romans gothiques, remplis de soupirs énamourés qui bruissent de tiroirs secrets, et de secrétaires enflammés oubliés aux manuscrits décevants, de secrets de famille tapis dans l'ombre.

 C'est dire que lorsqu'elle arrive à bon port, la Catherine, on est content pour elle et grandement épris du tournoiement ironique que la Jane Austen lui a infligée.

 

 

 

04/05/2014

Le miroir brisé Jonathan Coe

lemiroirbriseinterieur2.jpgEn temps ordinaire, fifille ne lit pas du Jonathan Coe, en temps ordinaire, je ne lis pas les mêmes livres que fifille, fifille et moi, on n'a pas le même âge, et ce qui la fait rêver rejoint souvent ce qui me fait sourire, bêtement, je l'avoue, de la voir rêver. Sauf que là, c'est l'exception, j'ai rêvé autant qu'elle ...

Fifille a l'âge de croire à un monde qui serait meilleur, plus coloré, plus plein, plus rond, plus doux que ses propres rêves, et moi, ben, j'aimerais bien qu'elle y croit encore un peu. Ce livre est là pour cela. je soupçonne Coe d'avoir des fifilles, lui aussi.

L'histoire est belle, vous l'aurez compris, et ce n'est pas celle d'une princesse, mais celle de Claire, petite fille ordinaire d'un monde ordinaire, pas très beau et pas très coloré. Ses parents sont tristes et mornes, pas méchants, juste mornes, comme on peut être mornes quand on a une vie ordinaire avec un peu plus d'ennuis qu'on ne le voudrait. Elle habite une maison triste et morne, dans une ville triste et morne. Claire ne l'est pas, triste et morne, elle voit juste que c'est comme cela autour d'elle. Dans une décharge, elle découvre un morceau de miroir brisé, pas beau, terne, grisâtre, mais elle regarde malgré tout dedans. Y surgit alors le château de sable qu'elle a bâti avec une amie, le dernier jour des vacances sur la plage du pays de Galles où elles allaient se quitter. Mais le château de sable, c'est le même mais en mieux, en plus grand, en pierres, en vitraux, portes et fenêtres à ogives, balcon et ciel turquoise. Les coquillages y sont restés accrochés. Tout est transformé, ses parents sont le roi à fourchette-trident et la reine à bigoudis en couronne, les murs de sa chambre se recouvrent de dauphins et de sirènes et sa veille peluche lui cligne de l’œil comme un félin de compagnie, à poils doux et longs, mais où elle ne peut pas plonger les mains. La métamorphose s'arrête au miroir, la réalité reste triste et morne.

Claire grandit et le miroir ne perd pas son pouvoir pour autant, juste il s'adapte, les licornes imaginaires s'éteignent et laissent la place à un univers moins enfantin, au temps des boutons, des kilos en trop, des injustices et des parents qui ne s'aiment plus ....

Le miroir est-il une mémoire de ce qui aurait pu être ou une vision de ce qui pourrait être ? Ni vraiment l'un et ni vraiment l'autre, se voile, se rétrécit, des reflets d'un espoir pour petite fille qui voit des reflets de contes de fées dans notre monde d'en bas ...

Les illustrations de Chira Coccorese sont juste dans le même ton, (je n'en déplore que la rareté), elles sont elles aussi entre deux mondes, entre dessins et photos, flouté et précision du rêve.

(J'ai mis ma préférée en illustration, elle a un air de Magasin Zinzin)

L'avis de Jérôme qui a commenté ce petit bijou en avant première

20/04/2014

Opération Sweet Tooth Ian Mac Ewan

Ian Mac Ewan, , romans, romans angleterre, Séréna a été élevée à l’ombre d’une cathédrale protestante, dans une petite ville anglaise. Elle et sa sœur appelaient leur père "l’évêque". Il a toujours semblé de ne pas les voir. La mère est une sorte de dame des bonnes œuvres. Séréna grandit là, elle est belle et bonne en maths. Sauf que sa passion depuis  toujours, est de lire, le tout venant si possible de la littérature sentimentale à l’eau de rose (donc, pas Jane Austen, la pauvre, mais elle y viendra, quand même ... ). Séréna veut s’identifier. Curieusement, elle ne cherche pas vraiment, dans la vraie vie, le prince charmant. Alors qu’elle pensait faire des études classiques de littérature, sa mère, dans un élan de féminisme, lui imposera les maths. Et si elle s’émancipe peu des principes de son éducation rigoriste ( c’est sa sœur qui prendra en charge les dérives « peace and love », pas elle, pas tentée), elle collectionne quand même les amants.  De l’étudiant au professeur, la voilà embauchée au M12, une branche bureaucratique du contre espionnage anglais. Séréna est au bas de l’échelle mais, elle y croit, elle est une patriote, véritablement convaincue de la justesse de la guerre froide et de la lutte à mener contre le communisme. Sauf que, Séréna n’a pas que des lectures de cœur d’artichaut, elle est un cœur d’artichaut.

Il faut dire aussi qu’elle est sexy, le genre de beauté qui attire les hommes et les ennuis, assez sexy pour qu’il soit confié à cette lectrice une opération d’infiltrage assez hallucinante, dans l’intimité des auteurs dont le romanesque pourrait servir la bonne cause. On ne peut guère en dire plus sous peine de ruiner l’édifice construit par Mac Ewan et qui se met en place, doucement, tout doucement, voire très doucement ...

Doucement n’est pas ennuyeux, le lisse personnage de Séréna permet de camper les traits d’un monde nébuleux, comme scotché dans la poussière idéologique, dans une autre logique que celle du réel qui va vers la chute du mur, sans que ces ombres qui manipulent Séréna ne voient que leur combat est d’arrière garde, que les forces du mauvais côté sont déjà bien ravinées, et que celles du bon côté ne vont pas tellement mieux. Séréna, se croit du côté de la liberté, sans en remarquer la déliquescence aussi,  plongée dans le double mensonge de l’espionnage et de l’écriture.

D’ailleurs, les rapports entre l’écriture et la lecture sont plus le sujet du livre que la lutte contre la guerre froide, en fait, le rapport entre la lectrice, le livre, le livre et l’écrivain en chair et os, voire plus si affinités. Et il y a de l’affinité ... Mac Ewan marque à la culotte les limites et les déformations de la lecture empathique, biographiste, lire n’est pas dans la recherche pointilliste du vécu, écrire non plus. Mais où alors ? pas de réponse, évidemment. Le livre se joue des pirouettes et des enchâssements, des histoires dans l’histoire, des strates possibles de la lecture du sens sur le sens, justement de la création littéraire, tout en ayant pas l'air d'en causer ...

Si Séréna est la lectrice qui s’identifie, on ne peut justement s’identifier à elle, conservatrice, voire réactionnaire, admiratrice et muse à la courte vue. On a envie de lui gratter le poil, et que la couche de vernis s’écaille. Ce qui finit par arriver, mais un peu en pied de nez fabriqué, j’ai trouvé. Bref, pas un grand Mac Ewan pour moi, il manque un peu du rouleau compresseur de « Délire d’amour », ou de la dissection au scalpel de ces mouvements de l’âme qui sont si troublants dans « Samedi » ou « Expiation », et surtout dans "Sur la plage de Chesnil", mais juste un bon bouquin.

16/04/2014

Lady Susan Jane Austen

Jane Austen, Lady Susan, nouvelles, a cup of tea timeVoulez-vous croquer un peu de Jane Austen, en passant, juste une gorgée ... Humer un peu de ce vitriol si suavement distillé qu’on en reprendrait bien une petite goutte ? Alors, posez le pavé au poivre du jour, pour une petite tranche de toast au chorizo à l’anglaise.

Une très courte nouvelle épistolaire fait se croiser la correspondance de Lady Susan et de ses ennemis, hôtes et parents, les femmes d’un Sir respectable et d’un riche banquier, où l’hypocrisie est de mise, et celle d’avec son amie, aussi perfide et sincèrement vôtre que la Lady au cœur de pierre.

Lady Susan est juste veuve, dix mois à peine que son mari lui a débarrassé le plancher, et Lady Susan cherche un autre toit, fortuné, si possible, et avec agréments sociaux en bonus. Ce qui n’est pas si facile vu la réputation qu’elle porte dans ses jupons ... Lady Susan est perfide, dangereuse et vengeresse, mais ça, c’est en dessous. En dessus, Lady Susan est belle, intelligente, charmante et charmeuse. Lady Susan a sûrement dans les trente cinq ans, mais elle en paraît dix de moins. Lady Susan est un vrai piège à mouche que l’on prend avec du vinaigre. Elle attrape les cœurs masculins comme un aimant de mauvaise foi.

En bref, Lady Susan est une (adorable, pour nous, lecteurs(trices) de la plume acerbe de Jane Austen) vraie salope. Dans la société victorienne, elle joue la mouche du coche. Elle connaît les codes de la respectabilité et des bienséances, s’en gausse et s’en joue. Car Lady Susan, sans fortune et sans mari, doit tirer la toile de la séduction à elle. Lequel de ces jeunes lords si gauches, si naïfs, si jeunes lords à la noix, si fortunés aussi, va-t-elle réussir à berner jusqu’au mariage qui lui faut ? Sa réputation est telle que sa simple approche fait trembler les voilettes des sœurs et des mères et résonner la voix de stentor du père,  affolés les uns et les autres à l’idée que l’araignée pourrait tomber dans l’escarcelle de leur dignité. Ou alors, peut-être va-t-elle réussir à gagner le gros lot, le monsieur Mauwaring, le vrai élu de son cœur, mais marié à la pauvre madame Mauwaring, si laide et si maigre ? Lady Susan est passée par chez eux et depuis le torchon de dentelles brûle. Pour la dernière touche du tableau, mère indigne, elle a déjà massacré sa fille, sa douce et belle victime, si conforme, elle, qu’on en rigole.

Lady Susan est une vraie salope, mais les autres sont de fieffés hypocrites ...

Un régal, pour une cup of tea time.

08/04/2014

Le braconnier du lac perdu Peter May

le braconnier du lac perdu, peter may, romans, romans angleterre, séries policièresComme j’ai lu les deux premières enquêtes ("L'île des chasseurs d'oiseaux" et "L'homme de Lewis" ) de Fin Macleod et que j’ai bien aimé me trouver engoncée dans l’atmosphère brumeuse et venteuse à souhait de l’île écossaise (pléonasme par rapport à brumeuse et venteuse), embarquée par un enquêteur tourmenté, mais pas alcoolique et presque pas dépressif, je ne pouvais pas ne pas lire le dernier opus de la trilogie. Dont on se doute qu’elle n’aura pas de suite, vu la densité démographique du lieu et sa superficie, pas facile d’imaginer quinze morts mystérieuses au kilomètre carré.

Une trilogie peut-elle aller en se bonifiant ? là, j’ai trouvé que oui. Comme dans les deux précédents, les ficelles de l’intrigue sont un peu tordues, surtout vers la fin, et ici aussi, on retourne les têtes des personnages vers l’arrière pour gonfler un peu le temps présent de l’enquête insulaire, qui, sinon, serait bien mince, limitée à l’atavisme insulaire, donc toujours. Cependant, ce coup là, j’ai trouvé que l’articulation entre les deux était plus riche et les personnages secondaires plus denses, surtout celui du braconnier, Whistler, un ami de Fin, depuis la tendre enfance, deux enfances qui n’eurent, évidemment, rien de tendre. (où l’on découvre la tante adoptive de Fin sous un autre angle que celui de la tristesse, d’ailleurs)

La découverte d’un avion et d’un corps disparus depuis quinze ans donne le point de départ. Fin et Whistler, menés dans la lande par une course poursuite dont on ne saura la cause que plus tard, tombent sur l’épave, découverte hors du lac où elle était censée rester, mais bon, la tourbière a encore glissé et l’épave est sortie de l’oubli. Ils y découvrent le corps de Roddy dans un drôle d’état, un état décomposé du genre bizarre quand même. Whistler s’enfuit à toutes jambes, Fin s’interroge. Tous deux connaissait Roddy, ( qui ne se connaît pas sur cette île ?), d’autant plus qu’ils faisaient partie du même groupe de musique, celui qui prit pour nom Solas, après une autre histoire de course poursuite. D’abord insulaire, le groupe a pris son envol interplanétaire, et même la disparition du beau et talentueux Roddy, ne lui a pas brisé les ailes. Fin en était le roady, et Whistler, le flûtiste, plus ou moins intermittent. Et tous les deux, comme les autres, sont encore hantés par le beau visage de la chanteuse, Mairead, celle qui enchaîna les cœurs, et déchaîna les jalousies en son temps de jeunesse, et maintenant encore. Les deux moments se superposent, et les récits se succèdent, montrant ce qui reste des amours et ambitions perdues et revenues. Fin est dévoilé, ami fidèle, amant infidèle, en des choix qui lui ont échappé et des regrets, aussi, de continuer à les voir disparaître. Il a « fini » flic, et maintenant, garde forestier ... Chasseurs de trafiquants invibles, et de souvenirs. Whistler, lui, n’a pas suivi le succès du groupe, il a choisi de rester sur l’île et se bat maintenant avec son silence pour regagner l’amour de sa fille, à sa façon. Donald, le pasteur, ex-manager du groupe, ex-fêtard, ex-beau cœur volage, doit se justifier à son tour d’avoir tué pour sauver des vies (avoir le volume précédent en tête pour ce personnage-là, pour les autres aussi d’ailleurs ...) Marsaili est toujours là, elle aussi, toujours belle, elle accroche le linge en attendant que Fin lui revienne vraiment, à elle, et elle à lui. Si possible.

L’enquête ? si, si, il y en a une ...  surtout à la fin, en fait, et bon, ce n’est pas ce que le roman fait de mieux, la fin, mais avant, c’est bien, et nostalgique à croquer, voire un peu crépusculaire, May ne laisse pas les fantômes repartirent indemnes des linceuls de la mémoire.

Un polar de facture atmosphérique, non trépidant, pour amateurs (trices) des deux premiers uniquement.

20/03/2014

Expo 58 Jonathan Coe

Jonatan Coe, expo 58, romans, romans angleterre, a cup of tea timeLa couverture du livre (qui n'est pas l'illustration que j'ai choisie, mais la vraie couverture, tout le monde peut la voir partout, et "les amants" de Magritte ça a quand même un rapport) dit tout, délicieusement acidulée, rétro et enjouée, couleurs vives de comédie en cinémascope, personnages aux dos tournés, qui vont s’animer dès que le bouton de la télé en noir et blanc va s’allumer, un scopitone plastique.

Comme dans certains films d’espionnage de cette guerre qui  se disait froide, l’auteur a fabriqué un anti héros, une caricature du petit fonctionnaire à la courte vue, et tiré, un peu aussi, à la courte paille, pour une mission inattendue. Thomas Foley, physiquement est un croisement entre Dirk Bogarde et Gary Cooper. Moralement, il est anglais, comme Coe sait faire les anglais, tout britannique et de retenue convenue et frais sorti de l’œuf, ou du moule.  Tout juste marié à une parfaite ménagère d’un fade pastel, et juste père, il est juste fabriqué aux petits oignons pour être mangé tout cru  dans cette comédie sentimentale qui se croise de roman d’espionnage en carton pâte.

Le décor choisi par l’auteur pour remonter la clef de son héros est dans la même tonalité du vrai faux, faux et vrai. Il ne s’agit de rien de moins que de la comédie que se jouent les nations à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958. Officiellement,  l’expo a pour but de célébrer l’amitié entre les peuples, retrouvée après le chaos de haine de la deuxième guerre mondiale. En réalité,  la célébration est un brin surréaliste, comme il se doit au pays de Magritte. Et officieusement, il s’agit d’une autre histoire …

Notre héros, donc, se voit confier la mission de superviser la bonne marche du maillon fort du pavillon britannique, le Britannia, un faux vrai pub anglais, entre modernisme et respect de la tradition, comme il se doit. La bière est vraie, par contre, visiblement. Thomas doit donc quitter femme et enfant, mère et pas son père (il est mort mais a quand même avant donné un fort mauvais exemple), pavillon de banlieue et voisin qui a des cors aux pieds pour se retrouver immergé dans la comédie du bonheur et des illusions de la concorde, et pas seulement politique, mais aussi, à la Lubitsch, un poil sentimentale qui va le gratter aux entournures dès l’apparition de la fraîche Anneke, hôtesse sur l’exposition.  Le duo va devenir quatuor, une belle américaine et un autre missionné comme Thomas, mais estampillé séducteur patenté, puis un soviétique bellâtre, puis … rentrent à leur tour dans la danse des sentiments. Vrais ou faux ? Le bal des séductions joue la partition de la tentation dans le cadre du faux concert des nations … notre héros se laissera-t-il tourner la tête alors que Dupont et Dupond, déguisés en espions tout britanniques aussi, lui confieront une seconde mission, de charme patriotique vêtue ?

Entre comédie allègre, roman d’espionnage aux grosses ficelles qui se voient, le sérieux du propos va cependant en s’étoffant et des accents du superbe « La pluie avant qu’elle tombe » gagne Thomas, qui s’étoffe et s’affine. Le roman n’aurait pu être qu’un amusement de genres, et il aurait déjà été très bien, mais il gagne quelque chose en plus, une sourde mélancolie dans la valse des masques menée de main de maestro, britannique, évidemment.

Est-ce utile de dire que je me suis simplement délectée de cette comédie douce amère ?

 

Un roman que j'ai inscrit au "non challenge des pétites" de Galéa.

Du même auteur sur ce même blog :

"Testament à l'anglaise"

"La femme de hasard"

"La vie très privée de Mr Sim"

" Désacords imparfaits"

D'autres titres pas chroniqués ici mais juste excellents ( et chroniqués tellement par ailleurs ...) :

"Le cercle fermé"

"Bienvenu au club"

 

10/03/2014

Tokyo Mo Hayden

Tokyo, Mo Hayden, romans, romans américainsVoilà, c’était le titre de mon titre mystère. Me voilà soulagée ... D’abord parce que j’ai drôlement bien résisté à toute tentation de tricher, je suis assez fière de moi. Ensuite, j’ai détaché soigneusement et tranquillement la couverture après avoir terminé ma lecture (j’ai même lu la postface avant, c’est dire ...). Et en plus j’avais raison, ce n’est pas un auteur japonais, ni même Amélie Nothomb déguisée en Borgès. Ouf. !

Mo Hayden est une auteure que je n’avais jamais lue, j’en avais entendu parler, notamment par mon homme, mais sagement, il n’a rien deviné non plus....  Mo Hayden, je croyais que c’était du polar, en fait. Je n’avais pas tout fait vu juste, mais par contre, c’est du noir, du noir qui tâche et qui décoiffe sa bonne femme !!!

Deux histoires s’entrecroisent ; celle de Grey, la jeune fille anglaise, vingt ans et du passif derrière, une valise pleine, voire deux, à la recherche de sa pierre philosophale : un film, tourné à Nankin en 1937, un film qui montre son cauchemar, sa torture, son secret ... du moins quelque chose qui y ressemble d’assez prêt pour lui prouver qu’elle n’est pas une folle perverse, comme on le lui a répété, à cause d’un truc qu’elle a fait, qu’on ne sait pas mais que l’on devine ignoble ( et qui l’est ...). Grey est d’abord éconduite dans sa recherche auprès du vieux professeur chinois, Shi Chongming, détenteur du fameux film et reconverti en spécialiste de la médecine chinoise, soit-disant ( ben oui, ce sont des personnages à plusieurs couches, et comme il faut garder le secret, je peine à trouver un fil dans cette note, moi ...)

Elle part donc à la découverte de Tokyo, enfin si l’on veut, parce qu’elle en voit surtout les nuits de building et les monstres cachés en leur sein. Sans compter l’étrange demeure où elle échoue, un autre monstre à elle toute seule, avec des trucs tout pourris à l’intérieur, un jardin étouffant d’un passé dont on ne souhaiterait pas voir surgir la queue d’un mollusque. Et pourtant, il va en surgir pas mal des monstres des profondeurs.

Le première semble si beau et si charmant que Grey en a son cœur et son corps qui palpitent. Jason ( j’ai cherché les argonautes et je ne les ai pas trouvé, par contre, il y a du Médée, dans l’air, c’est sûr !) va permettre à Grey de devenir hôtesse de charme dans un club chic, tenu par une monstre plutôt drôle, une japonaise toute petite et aux dents cariées qui se prend pour le double de Marilyn Monroe, et s’habille comme la star tous les soirs ( Vous pensez « freaks », vous n’avez pas tord ...), il y a aussi les deux blondes russes à talons aiguilles, mais elles, elles ne font pas peur, ça va.

Par contre, le club est fréquenté par un certain nombre de mafieux surgis, eux, des profondeurs humides, dont un, en fauteuil et malade, mais pas à plaindre du tout, et sa « Nurse », une sorte d’androgyne avec des antennes de killeuse. Les deux histoires alors se croisent à nouveau, le professeur lance Grey à coup de chantage à la recherche du secret poisseux du mafieux ...

Pour ne pas allécher la chose ( y’a pas de raisons ...), on lit aussi le journal du professeur, alors qu’il était encore jeune, plein d’illusion sur la victoire de la Chine et des forces de progrès, mais que les Japonais se rapprochaient de plus en plus de Nankin, précédés de rumeurs d’atrocités commises qu’il ne voulait pas croire. Et pourtant, quand ses yeux devront s’ouvrir, il ne verra que l’innommable et le film, le fameux film, on comprendra pourquoi il ne pouvait pas être montré.

Un livre dérangeant donc, difficilement classable, pas vraiment historique, pas vraiment polar mais on peut difficilement plus noir ! On plonge dans des abysses obscurs et reptiliens, serpentins, le genre qu’on se dit que si la porte s’ouvre, il y a un « ça » tout visqueux qui vous vous sucer le sang et que ça va faire mal ...

Rajoutez à ce ça, le fait que je ne savais pas ce que j’étais en train de lire, que je ne savais pas qui m’avait proposé cette lecture, et bien, je peux dire maintenant que je ne suis pas prête d’oublier cette expérience ( amusante, mais si ...), le genre à vous faire vous ratatiner les doigts de pieds dans le lit en hurlant quand le chat laisse traîner sa moustache sur votre gros orteil qui dépassait de la couette.

Un grand merci à mon anonyme qui a si bien allié « le fond et la forme » ....

21/01/2014

L'auberge de la Jamaïque Daphnée du Maurier

romans,romans anglais,l'auberge de la jamaïque,daphnée du maurier,cup of tea timeC’est Rébecca qui aurait bu un coup de trop des hauts de Hurlevent et qui du coup, se prendrait un peu pour Jane Eyre.

L’auberge de la Jamaïque se tient au bout des landes connues. Battue par les vents et gangrenée par le mal et la poussière boueuse qui s’y traînent en une lamentation damnation des esprits : bienséance et réalisme s’abstenir !

Mary y vient contrainte par son destin. Elle vivait à Helfort, de l’autre côté de la rivière, enfin, un peu plus loin quoi. Mais c’était un autre monde où même la pluie était douce, les coteaux juste vallonnés comme il faut. La vie de la ferme, la sienne, celle d’une jeune fille pauvre mais courageuse et vaillante à la tâche, lui convenait. Elle aurait pu y couler des vies paisibles, si le destin, donc, n’y avait pas mis son coup d’arrêt fatal. Sa mère est morte, la ferme est vendue. Et le coche l’amène rejoindre sa jeune tante, la sœur de sa mère, sa seule parente, dont elle garde un souvenir frais et gai. Mais première stupéfaction, après le vide de l’auberge délabrée, et l’accueil un tant soit peu brutal de son oncle par alliance, qu’elle découvre, c’est une tante demie folle qu’elle retrouve. Tremblante, une ombre soumise à son géant de mari. Déboussolée, ( on le serait à moins vue la tête du gars) Mary se fait un trou et s’endort. Mal.

Au fil des jours, la tyrannie se précise un peu. Joss Merlyn est alcoolique en de longues crises qui lui délient la langue et des horreurs en sortent. Imprévisible, malade, violent, sa présence a transformé l’auberge en désert. Les coches ne s’y arrêtent plus et les landes bruissent de rumeurs d’un autre âge. Des hommes, la nuit, s’y cachent, s’y cognent, les poutres s’ornent de corde, les portes claquent sur la nuit qui rôde toujours. Des charrettes dans la cour brinqueballent ... Les murs qui s’effritent enterrent de drôles de silences ...

Mais Mary ne va pas se laisser faire et la lande sera le terrain de ses aventures, dignes de la jeune fille courageuse qu’elle est, un peu aveuglée quand même et pas que par la pluie. Elle ira sa route, de cahots en cahots, de rencontres en fuites éperdues. Qui est le pire ? De Joss, de son frère Jem, séduisant voleur de chevaux à l’âme vagabonde, du mystérieux pasteur, albinos qui plus est, et dont le trait cruel révèle des abîmes ? où est le piège ? Mary, prisonnière de son devoir envers sa tante, tente d’éviter le pire et pas toujours pour le meilleur .... prise dans la tourmente des âmes torves qui veulent l’entraîner dans leur tourmente fatale ( AH, AH, AH !!!! "rire sardonique de la lectrice qui connait la fin" ....).

Bref, des échos romantiques anglais gothiques à souhait, bien ventés et pluvieux comme on les aime. Mettez vos capuchons et embarquez des kleenex, rien que pour le plaisir !

19/10/2013

Quand j'étais Jane Eyre Sheila Kohler

quand j'étais jane eyre,sheila kohler,romans,romans angleterre,a cup of tea time,déceptionsEncore une lecture en demi teinte ...

L'auteure se donne l'ambition de faire revivre Charlotte, Emily et Anne Bronté, enfin, revivre est un bien grand mot, disons qu'elles sont un peu animées sur terrain plat. De la folie mystérieuse de cette famille ( du moins ce que l'on peut en supposer), ne reste ici que des considérations que j'ai trouvées bien trop atones.

On trouve Charlotte en pleine écriture de "Jane Eyre" auprès de son père qui vient de se faire opérer pour retrouver la vue qu'il a en partie perdue. Le père si féru de morale de dieu et si aveugle du coeur qu'il ne voit pas ses filles, même avec le vue retrouvée, il ne voit que son fils perdu ... De cet abandon, de cette solitude, Charlotte fait son roman, de l'abandon affectif de son maître en littérature, de son coeur brisé, de la folie de son frère, de son humiliation sociale, de sa quête éperdue d'amour, de liberté, de l'architecture d'un chateau de son souvenir, Charlotte puise Jane. A croire qu'elle travaille par calque, en transparence, comme un puits d'inspiration. Pendant ce temps là, ou un peu avant ou après, de la solitude oppressante de la lande, Emily fait "Les hauts de Hurlevent", de la quasi même façon. Pendant ce temps là toujours, Anne fait ce qu'elle peut, et le frère boit.

De cette drôle de famille, ce livre dit les drames, l'isolement, les pertes successives, le manque qui les ronge, ces filles, le trop plein qui les brûle, en ce siècle si victorien et si prudes, ces filles, et si passionnées en même temps ( du moins leurs livres le sont, si leurs vies ne le sont guère). Le livre le dit mais reste plan-plan quand même. Je veux dire que là où l'on imagine souffles et temblements, murmures contraints et violences intimes, ben, on n'a pas grand chose pour vibrer vraiment.

Même quand Jane ( Charlotte, pardon) est publiée avant les deux autres et connait le succès que l'on sait, entre les soeurs, c'est juste un peu tendu, un moment, et on passe à autre chose. Evidemment, c'était peut-être comme cela en vrai chez les Brontë, on ne s'étripait peut-être pas plus qu'à deux coups de regards un peu griffus, soit. Mais comme ici, c'est un roman, j'aurais aimé plus de sang et de larmes ( comme disait un autre anglais à propos de tout autre chose), que ça saigne quoi ! que ça s'éborgne, que ça se chiffonne un peu plus les veilles robes défraîchies des soeurs vieilles filles.

Pour le sang, la fureur, la folie, la passion, le roman quoi, vaut donc mieux lire ou relire les originaux. Finalement, les soeurs Brontë, elles sont sûrement aussi dedans. En mieux.

08/10/2013

La mort s'invite à Pemberley P.D. James

la mort s'invite à pemberley,p.d james,romans,romans angleterre,a cup of tea timeCe livre est une erreur de lecture. Non pas qu'il ne soit pas bien ( quoique ...) mais surtout que je l'ai pris pour un autre. L'été dernier, mon homme lisait en anglais ( ce qui m'énerve parce que je suis incapable de le faire) un titre de P.D. James en exclamant à longueur de pages sa délectation ( ce qui m'énervait encore plus). J'attendais donc avec impatience la parution de ce titre en poche de la P.D James, auteure que j'ai laissé de côté depuis un certain temps, par saturation. Au cours donc ma ma lecture à moi de ce titre, je me disais que l'enthousiasme qui avait été manifesté par mon homme, me paraissait quand même quelque peu excessif. Renseignement pris auprès de l'intéressé et tout s'explique, ce n'était donc pas le bon. Le bon, c'est "Le phare". J'avais bon pour l'auteure.

Celui que je viens de lire donc, autant le dire après ce préambule inutile, est moyen, voire moyen moins, en fait il a surtout de l'intérêt en tant que jeu littérair et relecture d' "Orgueil et préjugés" de Jane Austen (livre qui serait dans mon top ten si j'arrivais à faire un top ten qui s'arrêterait à dix). Vous me direz, autant relire "Orgueil et préjugés", mais comme c'est déjà fait, et qu'il faut bien passer à autre chose ...

P.D. James donc s'amuse à reprendre les personnages là où Jane Austen les avait laissés, un peu plus tard. Elizabeth et Darcy sont établis à Pemberley, ont deux enfants déjà ( comme le temps passe vite quand on s'aime ...), et se prépare le revival du bal annuel, selon la tradition instaurée par Lady Anne. Tout doit être prêt pour le lendemain soir. Les fleurs coupées attendent les vases dans les grands pots, la domesticité s'affaire, l'argenterie se frotte, la fameuse soupe blanche se prépare et la cuisine s'encaustique ... les maitres de maison reçoivent leurs familiers, Jane, la toujours fidèle soeur et fidèle confidente, son mari, le débonnaire Mr Bingley, qui n'a pas changé non plus d'un poil depuis sa dernière visite, la fragile soeur de Darcy, Georgia, et ses deux prétendants, point encore trop déclarés, mais déjà sur les dents.

Au dîner entre intimes, pourtant, l'atmosphère se tend, la tempête gronde à l'intérieur, le coeur de Georgia (et les arrangements qui vont avec ...) sont courtisés de près et le vent souffle à l'extérieur, alors que cavalent en direction du délicat monde du château, l'affreux Wickham, l'hypocrite coureur de jupons, le traitre, et son insupportable Lydia, mégère en puissance, dont on se demande comment il fait pour la supporter encore, la bougresse. Avec eux, il y a un ami, un qui n'arrivera jamais à Pemberley ...

Pemberley est emporté dans la bourrasque d'un polar bien classique par ailleurs, sans véritable intrigue novatrice. Mais bon, ce n'est pas forcément ce qu'on lui demande et pour les fans de Darcy et Elizabeth, quel régal de retrouver les méandres de leurs rencontres et atermoiements sociaux. Revisités par ses personnages, la relecture des moment si savoureux concoctés par Jane Austen ne sent point du tout la naphtaline mais la nostalgie des circonvolutions victoriennes à crinoline comme on les aime. Il manque juste (mais là est peut-être l'essentiel), la causticité de la plume.

28/09/2013

Ma cousine Rachel Daphné du Maurier

imagesCAE4OLDM.jpgEt voilà ! Il m'a fallu attendre la toute fin des vacances ( je sais, ça date un peu, mais d'autres notes sont venues s'intercaler dans mon organisation prévue qui s'en est vue toute chamboulée, par ma propre faute, évidemment, une organisation étant faite pour ne pas être suivie), pour que je trouve MA lecture de l'été à moi, celle qui parle d'amour : dense et limpide, coulant de source et frappadingue. Pour "Ma cousine Rachel", sans recul aucun, je proclame MON coup de coeur.

Soit, ce n'est pas franchement estival, il y a bien une folle histoire d'amour et un peu d'Italie, mais pour l'essentiel, l'histoire se déroule sous la pluie, dans l'ouest de l'Angleterre. C'est là que les passions se déchainent sous couvert de soupapes et de brouillard intime. Enfin, surtout pour le narrateur, Philipp, jeune homme sans grande expérience des femmes, limite goujat, d'ailleurs. Il vit dans un domaine agricole qu'il aime passionemment, comme il aime passionnément Amboise, son oncle, son protecteur, son mentor, son modèle. Il héritera de lui le domaine, les domestiques, les fermages, la tranquille série des jours cossus, la décoration sommaire mais virile du cottage. Philipp a une vie toute tracée qui lui convient parfaitement. Toujours pas de cousine Rachel, ni de tornade amoureuse en vue ... Elle arrive, la belle, tout doucement. C'est Amboise qui va la débusquer ( ou l'inverse ...) au détour d'un de ses séjours d'été en Italie où il séjourne pour soigner ses rhumatismes en laissant les pluies boueuses aux bons soins de son neveu. Une lettre arrive d'Italie, la belle aime les jardins et les fleurs, comme Amboise, puis une autre, puis deux, puis, le ton change, le jardin s'assombrit, l'horizon se complique, puis ...

On ne peut guère en dire plus ... L'histoire d'amour est tendue comme une corde raide, avec des précipices de chaque côté, et un gouffre en dessus. Dès le premier chapitre, on sait que le pauvre Philipp en est sorti tout cassé, mais cassé comment ? On sait que le drame l'a engouffré, justement, a tout emporté, amour d'elle, amour de soi. Mais c'est si bien fait, que même au bord de l'implosion, celui où souffle haletant, on voudrait bien savoir si Philipp a ... ou va ... (l'andouille ! non, il ne va pas ....), si Rachel va ... ou a ..., et que l'on ne veut quand même pas lire la fin, pour ne pas casser la corde, mais que la tentation est si forte que vous relisez le premier chapitre donc, rien à faire, rien ne transpire, sauf vous.

Une histoire d'amour tissée comme une redoutable toile d'araignée, mais qui est la mouche ? Dans l'enchainement aveugle des passions, la Daphné, elle est balèse. A lire en automne, en hiver, au printemps.

15/09/2013

La poupée Daphné du Maurier

La-poupee_fiche_livre_2.jpgAvant de proposer cette lecture commune à Ingannmic, je ne savais rien du livre, ni de l'auteure, juste "Rebecca", par Hitchcok, juste que Ingannmic avait l'air de bien aimer (et comme en général, j'aime bien ce qu'elle aime) , juste aussi qu'elle m'avait précisé qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles inédites. Inédites donc doublement pour moi, ce qui fait qu'avant de lire de l'inédit d'une auteure dont je ne savais rien, je me suis offert un roman, "Ma cousine Rachel" (dont je dirai le plus grand bien quand j'aurais cinq minutes pour lui trousser sa note à la belle ténébreuse ...)

Les nouvelles, donc, sont arrivées en deuxième place dans l'ordre de lecture, même si elles sont en premier dans l'ordre de note sur ce blog,  ("La poupée" ayant un peu vécu sa vie pendant les vacances, toute seule, aux hasards de destination postales incongrues ...) "La poupée" est le titre de la seconde nouvelle, aussi, et c'est celle que j'ai presque le moins aimé, ce qui m'a fait un peu peur, mais en fait il n'y en a pas de vraiment pas bien, ni de vraiment meilleure. Il n'y a pas de fil conducteur entre les histoires, mais une solide cohérence de ton et d'univers.

La grande affaire de ces textes est l'amour des coeurs et des corps et ses frémissements d'âmes, surtout le coeur des femmes, de tous âges ou presque ; de la jeune fille candide du "Minet" qui se heurte au désamour de sa mère, elle, si jolie, elle, qui vieillit, au fantôme de la "vallée heureuse", en passant par la prostituée désabusée et même pas repentante de "Picadilly". La plume incisivement perverse de la Daphné s'attarde sur les beaux moments dévastés par le temps, les débuts d'amour, souvent, qui tournent au vinaigre sans cornichon. Les couples installés dans leur dispute aigre-douce car de " deux tempéraments contraires" ou les folies que peut faire faire un "vent d'est" qui souffle trop fort. Peu de personnages masculins mais un de taille, un pasteur dont la vilénie n'a d'égale que l'hypocrisie mondaine, soigneusement vitriolée au scalpel dans "Notre Père ...". Ces amants, ces maris aussi, qui bifurquent, le temps d'un "week-end" ou dont les "lettres se firent plus sèches", sans compter que le retour de l'un peut laisser augurer que si "le chagrin n'a qu'un temps", le temps n'est pas le même pour celle qui attend, ou celle qui souffre.

J'imaginais Daphné du Maurier comme une auteure un peu poudrée, de cette poudre de riz et de cette goutte de parfum surannée que la dame de la couverture doit venir de se mettre derrière l'oreille avant de coiffer son chapeau à voilette. Que nenni ! la dame fait dans l'autopsie, derrière les voilettes du mensonge, dans la dissimulation de femme fatale.

La dernière, "La sangsue", est pour moi quasi l'équivalent en littérature d'un de mes films cultes "All about Eve", que je me suis revu le soir même de la fin de ma lecture, une tasse de thé à la main, sans vitriol glissé dedans, du moins, je l'espère ...

Merci à Ingannmic, non seulement pour la découverte de ces nouvelles mais aussi pour celle de cette auteure que je vais suivre à la trace.

 

23/08/2013

La resquilleuse Mary Wesley

la resquilleuse,mary wesley,romans,romans angleterrePoursuivant ma quête éperdue d’une lecture légère, digne de ce l’on pourrait qualifier de lecture de vacances : un roman facile mais drôle, bien ficelé, sans prétention mais bien écrit, et après mon échec d’avec Loving Franck, je me suis tournée vers l’Angleterre, valeur sûre où grouille les vieilles dentelles au goût d’arsenic et les roses  pivoines piquantes qui laissent un arrière goût de cup of tea time (parce que les enfants enfermés dans des placards, les adolescentes vouées à l’échec, les cow-boy mourant d’un cancer du cul et j’en passe,  ce n’en pas que je m’en lasse, non, mais disons que parfois, un bol d’air hors du chaos du monde ne peut nuire.) En plus, je me délectais à l’idée de la découverte d’une nouvelle auteure. Autant le dire tout de suite, ce roman est peut-être drôle, mais moi, je n’ai pas ri, il est peut-être piquant, mais je n’ai pas été atteinte, j’ai donc sniffé mes relents d’arsenic, sans qu’ils me fassent grand effet.

Matilda est une dame dans la cinquantaine, un peu originale, comme on aime les vieilles anglaises qui vivent à la campagne,  entre travaux du jardin et petits villages de cottages au bord de la mer où tout le monde se connaît, où tout est conforme  à l’attente de sa lectrice. Matilda n’aime que les animaux, enfin, celui qui lui reste, un jars, nommé Gus, qui fiente sur sa robe quand il est content et qui une fois a vu la mer, ce qu’il a bien aimé, d’ailleurs. Autrement, il aime le maïs. Dès fois aussi, il pince. Le chat, le chien, sont morts, le mari aussi, les uns après les autres, le mari en premier. Le mari, elle l’aimait, le chat et le chien aussi. Il lui reste ses enfants, mais elle les aime peu, et ils semblent bien lui rendre cette indifférence un peu retorse. En ce jour où commence le roman, Matilda a décidé de se suicider.

En femme excentrique qui se doit à ses manies, elle a tout prévu, elle a nettoyé la maison de ses toiles d’araignées, et de toutes les traces qui pourraient donner aux enfants un souvenir d’elle, a confié le jars à un autre foyer, elle a acheté des petits pains, du fromage et du beaujolais pour son pique-nique sur son rocher plat, au bord de la mer, avant de se jeter dedans lestée de quelques barbituriques, pour aider. Evidemment, elle ne pourra mener à bien ce plan A, à cause d’un barbecue de jeunes. En tentant un plan B, elle va littéralement se jeter dans les bras de Hugh, un matricide en fuite, celui dont parle tous les journaux et dont le grand nez s’étale à la une. Qu’importe ! Matilda le tope à la vue de tous, comprenant vaguement parce qu’elle a voulu parfois faire de même quand elle était jeune ( comprendre, elle a eu envie de tuer sa mère) et donc bras dessus, bras dessous, qu’elle va te le prendre sous son aile. Ce qui quasiment lui redonner une envie de vivre.

Ben oui, c’est aussi simple de cela, la vie de Matilda, un matricide sous son toit, après un incestueux, le jars, le jars qui pince, c’est tout sur le même niveau de légèreté. Du coup, elle m’a crissé sous la langue, l’anglaise excentrique, j’avais envie de la baffer et aussi très vite envie de finir le récit de ses aventures de mère indigne et de femme encore désirable mais décalée ….  La machine, pour moi, a tourné à vide : même les saillies drôlatiques  répétées ne m’ont pas fait battre un cil : le matricide vu partout en Europe alors qu’il est sous nos yeux,  l’éternel retour de l’homme qui a mangé en ragoût le chien de sa femme, le voisin  qui détient le secret les OVNI et bien d’autres, l’ énigmatique mari disparu  protéiforme, les vieux amis snobs et méchants …

Très tarte à la crème anglaise !