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05/08/2012

Lettre du bout du monde José Manuel Fajardo

imagesCAIYVDEV.jpgJ'adore José Manuel Fajardo, pour des raisons littéraires, mais pas que ... J'avais été bluffée par "Les imposteurs", parce à priori, les romans d'aventures au temps des conquistadors, mouais, pas pour moi, pas pour moi non plus le monologue d'un otage de l'ETA en mal d'introspection, dans "Les démons à ma porte", et pourtant (Farjardo aurait un puissant charme ?), à chaque fois, j'ai marché (un peu moins pour "L'eau à la bouche", mais tant pis). Et puis, plus de Fajardo à l'horizon, j'avais dû perdre mes jumelles puisque visiblement, j'en ai loupé un ("Mon nom est Jamaïca"), quand babord /tribord toute, à la proue et à la poupe, à l'abordage de "Lettre du bout du monde" où la plume revient à l'oie et à la bouteille d'encre à la mer, dans la veine des "Imposteurs". Je ne sais pas comment il fait ce type, (je veux dire le charmant José Manuel Fajardo), mais on croirait entendre leur voix, dans ces mots apprêtés d'une épopée où les paysans espagnols partaient chercher fortune dans un Nouveau Monde qui ne leur avait rien demandé. C'est beau comme une vague de mots échoués par hasard dans un monde auquel ils ne comprennent rien : " Nous sommes trente neuf hommes que le destin, l'ambition et la volonté de dieu (tu parles ...) ont décidé d'échouer sur cette plage où nous édifions une défense précaire en utilisant les épaves d'un bâteau naufragé". Ou alors, parfois, c'est rythmé de noms qui sonnent comme des pas de flamenco égaré : "Moi, je lui parle des marées de la ria de Mundaca, dans les rochers de la plage de Laga, je lui parle des anciennes guerres des seigneurs de Berméo, au temps où le seigneur de Burton avait expulsé de la ville don Pedro de Abendano et don Pedro Roy de Arteaga", en plus long, cela me fait le même effet jubilatoire que "C'était à Mégara, faubourg de Catharge, dans les jardins d'Hamilcar", je m'enfle l'imagination, portée par les a et les r, secs et rocailleux comme ces terres espagnoles qui n'ont pas pu nourrir les égarés navigateurs de pauvre fortune, déposés par Christophe Colomb sur le rivage de l'île d'Hispaniola, pour construire la ville de La Navidad. (on arrive à l'histoire racontée par le livre, là)

Nous en sommes à la première expédition, l'Amiral vient de repartir vers ses mécènes royaux (je vous passe les détails, déjà que je suis en train de battre mon propre record de longueur de note, mais c'est  José Manuel Fajardo, et là, je ne compte pas) pour ramener de la nouvelle chair, des munitions et de l'argent frais. Il n'a pas encore d'or, mais les hommes qu'il laisse croient en sentir le parfum dans l'arrière-pays des "Indiens".

Du narrateur, l'index dit : " Il pourrait être Domingo Pérez, un marin biscayen, tonnelier de son état, qui était sur la nef Santa Maria". "Pourrait", entre réalité et fiction s'établit cette longue lettre du narrateur à son frère, resté au pays, dont il fait son confident de ses aventures, amour et états d'âme. ( Je sais, le procédé ne tient pas. A moins d'être particulièrement crédule, un écritoire du XV ème siècle ne se balade pas comme un dictaphone, mais c'est Fajardo, et moi, je suis de parti-pris pour).

Domingo Perez va faire parti du deuxième groupe de traîtres à sa patrie, son roi, son dieu, qui laissant là les ambitions civilisatrices et les règles de conduite confiées pour assurer la réussite de tous,  vont remonter le fleuve jusqu'à la lie pour mettre la main sur le trésor supposé du dieu "blanc" des Indiens en n'épargnant ni sa honte ni ce qui lui reste de foi.

Certes, on n'échappe pas à quelques clichés sur les bons sauvages, la générosité de leurs moeurs, la beauté de leurs femmes, mais c'est sous une plume brillante que moi, je fonds comme une fraise tagada sous le ciel d'un autre siècle.

Athalie

PS : dans les remerciements, Fajardo précise que l'idée de ce roman lui est venue sur un rivage malouin nocturne, en compagnie d'Izzo, après une soirée de tango.

06/07/2012

Bleu catacombes Gilda Piersanti

bleu catacombes,gilda piersanti,romans,romans policiersUn petit polar bien énervant et frustrant.

J'aurais dû m'en douter parce que cela a commencé dès le moment du choix devant les rayonnages. Je savais qu'il s'agissait d'une série de quatre romans, formant un cycle saisonnier ( "Les saisons meurtrières"), mais je voulais le premier, or pas moyen de savoir lequel l'était. Chaque titre comportant une couleur, je me suis dit bêtement que la couleur était symbolique de la saison. Donc, j'ai procédé logiquement (pour moi) : "Rouge abattoir" ? le rouge, c'est l'été, donc pas le premier. " Vert Palatino", le vert, c'est le printemps, donc pas le premier. Que je sache, l'année débute par l'hiver, même si on apprend à réciter les saisons à partir du printemps à l'école, ce qui n'est pas logique. (mais bon, c'est peut-être parce l'année scolaire commence en automne qu'après, c'est tout chamboulé, allez savoir ...). Le "Jaune ..." n'était pas là, mais je me suis dit que c'est n'était sûrement pas le premier, parce jaune, c'est proche de l'orange, et que donc, c'est l'automne. Donc, j'ai pris "Bleu catacombes", un peu par déduction, comme je viens de l'expliquer quelque peu longuement, et aussi parce que les catacombes, c'est la mort, le bleu celui des glaciers (très logique avec les catacombes), et donc l'hiver et donc le premier et enfin parce qu'il fallait bien que je me décide. Ben non, c'est le troisième de la série et c'est le printemps. (le bleu du ciel, sans doute ?)

Rome, le printemps, des têtes coupées en série, une escapade à Venise, un fond d'histoire de l'art (Judith et Holopherne, Arthémisia ...), un soupçon d'histoire romaine, le tout shaké bien malsain, il y avait tout pour me plaire.

Sauf que :

  • On connait les coupables dès le premier chapitre et les coupables sont des femmes fatales au charme envoutant.
  • Le récit s'attarde sur la description détaillée des sous-vêtements de l'enquêtrice avant leur lavage. Vu qu'elle ne veut pas les laver chez son nouvel amant qu'elle aime et qui l'aime ...
  • Que le commissaire a une otite et que son fils a disparu depuis longtemps (en Inde, je crois), que sa femme est malade depuis et que l'enquêtrice, c'est comme sa deuxième famille, parce que la première, elle n'est pas terrible.
  • Le petit copain de l'enquêtrice, il est historien d'art et sa collaboratrice lesbienne, ce qui ne change rien à leurs rapports ni à l'absence d'enquête (mais pas à l'absence d'enquêtrice, on ne voit qu'elle !)
  • Les concierges raisonnent en flic et les flics en concierge.
  • Les victimes sont aussi transparentes qu'un glacis sur une fresque du quatrocento ( ce qui ne veut rien dire, mais c'est exprès)

Pour conclure, des ingrédients savoureux noyés dans une sauce insipide.

Athalie

La note que j'aurais dû lire avant :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/04/bleu-catacomb...

03/05/2012

Le coeur glacé Almudena Grandes

le coeur glacé,almudena grandes,romans espagne,romans historiquesAh ! une bonne tranche de pavé de roman historique comme on les aime.... Cela faisait longtemps que le coeur m'en disait, il pèse son poids mais son poids en vaut la peine, sans peine, on entre dans cette histoire-là. On ouvre la porte de l'appartement parisien de la famille Fernandez, ( au jeu des sept familles, je voudrais les grands parents : républicains exilés), en se laissant guider par la petite main de Raquel, la petite fille, mi-française, mi-espagnole, le jour de la mort de Franco ( en fait le roman ne commence pas vraiment comme cela, mais, c'est parce que j'ai adoré ce moment, une sorte de fête triste, comme si le mort détesté était mort trop tard pour que ce moment soit vraiment une délivrance, voire un soulagement ...), et l'on sent les odeurs d'aubergines grillées et d'ail. Les Fernandez vivent à Paris, comme d'autres espagnols, une petite communauté, parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, ces anciens combattants de leur guerre et de leur Espagne perdue, solidement accrochée au coeur et non à la raison. parce que le grand père l'a dit et redit qu'il ne retournera jamais dans son pays qui n'est plus son pays, dans son Madrid qui n'est plus son Madrid, pays de fascistes, Madrid de fascistes. Mais voilà Franco est mort ... La route n'est pas libre, mais le retour est possible. Grands parents, parents, et Raquel y retournent donc.

C'est un livre qui parle de cette parole là, celle de deux générations, celle des grands parents et celle des petits enfants, entre les deux, on touche pas trop. Mais le grand père Fernandez va donner quelques clefs à Raquel, la seule qui veut bien savoir, voudrait savoir plus, mais trop de non dits et trop de volontés d'oublis éludent ses questions, et les réponses, aussi.

A Madrid, il y a, il y avait, les Fernandez, mais il y a, il y avait les Carrion, la famille fasciste, les vainqueurs, les salauds, évidemment entre les deux, on s'est croisé, on va se recroiser et règler des comptes, forcément. Va et vient passé, présent, va et vient méchants, gentils, double régal pour la lectrice amoureuse de destins croisés et surtout d'Espagne.

Première couche de plaisir : la guerre d'espagne côté républicain, les coeurs généreux et fiers. Deuxième couche : le retour d'exil, les balades dans les rues du vieux Madrid que le grand père Fernandez fait goûter à Raquel, friandises de souvenirs, petits déjeuner dans les cafés, tapas et petits verres à l'ombre des ruelles tortueuses et des souvenirs qui ont gardé vie.Troisième couche : l'Espagne aujourd'hui, quand Raphaël Carrion, descendant du beau, du fringant, du puissant, du solaire, du mystérieux, du pas clair du tout, Julio Carrion, croise et entrecroise son passé et se le prend dans la figure. D'où vient ce père, d'où vient sa grand-mère à lui, de quel village, de quelles compromissions, de quelles trahisons a été  faite la fortune familliale ?

Il y a deux tomes, et ce n'est que le premier, et pour l'instant, du côté des républicains, c'est un sans faute (Ouf !!!). Bon, bref, j'ai adoré, tous les ingrédients de la saga historique bien menée (malgré quelques longueurs quand ... tombe amoureux de .... et que il va découvrir que .... sauf que nous ça fait un moment que l'on a compris que ....), plus un bon gros doigt bien pointé sur l'accueil que la France (républicaine ...) a fait à ses combattants que l'exil avait rendu pathétiques dans les camps de la frontière, gardés et parqués comme des coupables.

Ben ouais, en plus, c'est humaniste comme livre !

Athalie

Source de l'illustration : Camp provisoire près d'Amélie-les-Bains. Source : Collection Rodriguez (fonds Chauvin). Juan, Album souvenirs de l'exil républicain espagnol en France, p.97

Amélie-les-Bains
Centre de rassemblement puis centre d'accueil pour Espagnols et membres des Brigades internationales, ouvert en février 1939.

25/03/2012

La comtesse de Ricotta Milena Agus

9782867465956.jpgLa ricotta, c'est un fromage mou, qui tremblote sous les coups de fourchette, selon wikipédia, il doit s'égoutter, se laisser aller, sinon il se répand, c'est pour cela qu'il est dans un petit panier, qui le tient.

La comtesse, une des trois femmes de ce roman est donc "de ricotta", non de provenance de , elle n'a jamais bougé de Cagliari, de substance de. Elle tremblote de la vie, de l'intérieur, ne sait rien faire sauf aimer "ceux qui ne la mérite pas".

La comtesse a donc deux soeurs, et un fils, Carlito. Celui-là, on ne sait trop d'où il lui est venu. D'un homme qui ne l'a pas reconnu, lui non plus, à la faveur d'un hasard, d'une mollesse. Le petit apprend à jouer du piano, deux heures par semaine avec son papa fantôme. Le reste du temps, il cherche à s'échapper, rêve de papa dragon sur la plage. Il n'est même pas beau, semble quelque peu idiot, du moins, autre, ce qui fait que les autres, eux, l'évitent.

La plus âgée des deux soeurs, Noémie, est justement trop âgée pour se marier, se maquiller, s'habiller, séduire. Elle ne tremblote pas, elle a l'analyse de la situation cruelle. Son seul souci : racheter les appartements vendus de l'hotel particulier où elles habitent encore, et qui fut entièrement le leur, du temps d'une splendeur d'antan, quand la famille avait offert au roi de Sardaigne un service à vaisselle digne de sa table. Pour l'instant, elle doit se contenter d'une restauration de la façade, ce qui va lui coûter bien plus cher qu'un simple ravalement, finalement.

La troisième a un mari, elle, mais pas d'enfant. Seulement un chat qui fait office de, en attendant. Magdalena aime son beau mari et Salvadore, le beau mari, aime sa femme, les seins splendides et le cul voluptueux de sa femme. Ils s'en donnent à coeur joie tous les deux ( il y a quelques pages qui sentent bon La cucina), mais l'enfant tarde. Et le neveu ne remplace pas, trop décevant, vaut mieux encore le chat.

Il a aussi un voisin qui remet et retire son alliance, sans que l'on ne sache trop pourquoi, ce qui fait aussi trembloter. Et une gouvernante, qui a connu les temps où la mére des trois soeurs était presque là et le père aussi. Elle a su faire les tartes à la ricotta, puis a oublié, mais là, on sait pourquoi.

La ricotta donc, c'est blanc, et mou. Il paraît même que le blanc peut-être laiteux voire lumineux. Ce qui n'est pas le cas de ce roman : plutôt tourné vers l'intérieur, l'intérieur du palais qui s'effrite, intérieurs des trois seours qui s'agrippent, un rêve d'amour qui se tient dans une légère brise de l'écriture, si lente et douce qu'on ne dirait pas la Sardaigne ardente de Mal de pierre. Les mots ne se répandent pas malgré quelques redites, quelques échos de Mon voisin ( que j'avais trouvé trop douceâtre) ou de Quand le requin dort, mais trop atténués.

Le roman manque d'apreté, tant pis,  la prochaine fois, j'en reprendrai quand même encore "du même auteure"

En plus, les couvertures des romans de Milena Agus sont souvent géniales, ce qui fait que je ne vais pas me fouler pour l'illustration, vaut mieux ça qu'une image de ricotta qui se répand.

Athalie 

12/02/2012

Mistero doloroso Anna Maria Ortese

Botticcelli_Zephora-2.jpgDans ce livre, les mots ont une odeur de pois de senteur : vagues mais entêtants, fleurs qui s'égrainent sur une liane têtue, impossible bouquet à faire, trop fragiles et tendres, une tenace fugacité.

Je n'ai jamais autant regretté de ne pas connaître l'italien, en italien ces mots là doivent être odeurs de rose et d'égouts et musique aussi, un truc un peu baroque, sans trop, un vieux concerto de Vivaldi, mais en vinyl, pour les grincements. L'histoire ne tient que dans cette musique sacrée et populaire, une histoire de regards croisés entre un prince et une petite poucette simplette de la catégorie de ceux qui sont au service de, que l'on ne regarde pas.

A Naples, à la fin du XVIII ème, une petite fille, fille d'une couturière, va lever les yeux vers son éblouissement, un charmant, mais triste charmant, désabusé de l'être avant même d'avoir existé. Dans une silencieuse incantation en quelques rencontres, elle, Flori se remplit de sentiments vagues, mais bruissants, pour l'image rêvée de Cirillo, le prince. Mais un prince peut briser, sans même vouloir y toucher, la lumière des petites filles pauvres. Pourtant, lui, il avait le choix entre deux prétendantes, deux comme lui, aussi lumineuses qu'un lustre de pacotille, l'une et l'autre de soie et de brocart vêtues. Qu'avait à regarder de simples pieds nus et une couronne de romarin ? L'amour semble naître en même temps que sa triste et douloureuse révélation, entre un ange sorti d'un tableau du quattrocento et un trop nostalgique prince. Le livre conclut : "Et le reste n'est qu'un profond ennui".

On joue avec les codes du conte, d'une douce mais si douce cruauté que les mots cisèlent le meurtre d'un rêve en bleu et or. Quelque chose du Magasin zinzin, voire Du domaine des murmures

Athalie

29/01/2012

Le mal de pierres Milena Agus

mur-de-pierre-dscf9911.jpgC'était un soir, très soir, un soir d'hiver, très hiver, un soir d'hiver breton, très soir d'hiver breton, un soir où l'on rentre tard, pas très tard, mais trop tard, d'une journée de boulot ,très boulot. Un soir d'hiver, en Bretagne, il faut dire que les essuie-glaces chuintent, (les miens en tout cas), le bitume chouine, et les lumières des lampadaires blafardent. Le moral grince. Heureusement, le bouton de l'auto radio tourne ( et oui, il fut un temps où dans les voitures, les miennes en tout cas, on tournait un bouton pour entendre la radio). Je tourne donc, j'entends la fin d'un truc avec mal et pierre dedans et une voix qui disait des mots de Sardaigne, mais sans soleil dedans. Clap de fin. La voix parle d'autre chose et ma voiture s'arrête devant ma porte, ce qui fait que je l'ouvre. Ou comment rater sa première rencontre avec un livre.

Plus tard, au détour d'un autre hasard, je l'ai quand même retrouvée cette drôle de grand mère au "mal de pierres". Je m'attendais, allez savoir pourquoi, à une vieille courbée, ratatinée, le cliché "Sardaigne ancestrale". Ben, en fait, elle n'est du tout cela. Au début du récit, elle n'a même pas 30 ans. Belle, ardente, trop ardente, ça lui brûle de l'intérieur, elle fait fuir les prétendants, une rumeur la dit coupable de dire son désir. Le récit ne dit rien lui, et la marie plutôt, sans désir, du coup. Un drôle de mariage, où le lit n'est pas vraiment un point de chute. Au contraire. 

Le récit voile son histoire, on croit tirer un rideau mais il y en a un autre derrière ; le Rescapé, le mari pas amant mais aimant, pas tout de suite, le fils vénéré et oublieux, au son d'un violon,   sa petite fille, la narratrice qui la retrouve et l'invente. Ou peut-être pas. Se contournent alors les lignes de faille : la femme méprisée, la folle, celle qui a pris "tous les désordres sur elle" pour rétablir l'équilibre, héroïne tremblante d'une vie en décalage.

On n'aura jamais la vérité sur cette belle, si belle amoureuse, si aimante, si tremblante d'amour. C'est quoi le mal de pierres, comme le mal de Phèdre ? mais en rentré dedans, parce que le récit, court, en phrases courtes, en phrases simples, résonne d'une douceur tendre et comme mélancolique.

Athalie

 

15/11/2011

Cinq mille kilomètres par seconde Manuele Fior

Première note sur une B.D....,enfin presque pas une B.D., en fait

 

Je l'ai déjà lue trois fois en quatre jours. Pas pour réviser, je n'en suis pas à ce point, mais la première fois pour l'histoire, la deuxième pour regarder les images, parce que comme je voulais vite connaître la fin, la première fois, je n'avais pas trop regarder les dessins, je m'étais juste dit qu'ils étaient beaux, mais c'est une B.D. quand même, donc j'ai repris mon temps pour mieux regarder. En fait, je me suis gourée, ils sont superbes, poétiques et pourtant ciselés. Mais je n'y connais rien, au point d'avoir été vérifier si c'était de l'aquarelle. Bingo, c'en est. Et la troisième, juste pour le plaisir. Pourtant, c'est de la beauté pas gaie, nostalgique, voire poignante, comme un corps qui a grossi, un temps qui est devenu gris.

Au départ il y a une ado, Lucie, piquante comme une ado italienne et les deux ados-super copains qui lui tournent autour quand ils ne roulent pas en vespa ; Piero, le plus doué à l'école, Nicola, le promis à la reprise du magasin de son père, un peu plus balourd. Lucy va jouer un peu, très peu, puis choisir, comme un jeu dans une palette de couleurs qui disent la lumière resplendissante de l'Italie, d'un début de vie et des corps épanouis, une légereté allègre. Puis, ellipse. On retrouve Lucy, sans les deux autres, ailleurs, dans d'autres couleurs, un peu plus bleues et froides. Puis ellipse. Piero, à son tour, ailleurs et  un peu plus tard ... Et, l'un et l'autre, ellipse, retrouvailles d'absences, ellipse, faux happy-end, ellipse.

C'est plein de non dit que l'on comble avec des hypothèses. Et si, et si, si, elle avait fait un autre choix ? et pourquoi celui-là, on ne nous dit pas, pas vraiment, ellipses. Les trois trajectoires  continuent à se croiser, les moments se suivent comme autant de choses qui auraient été possibles, mauvais choix ? bons choix ? ils sont faits, on dirait un peu au gré des pages et des vents, des exils intérieurs ou géographiques, finalement, ce serait un peu pareil ? et les rêves les poursuivent, amertume d'avoir loupé un truc sans voir quoi. Moi, j'ai trouvé ça super ambitieux pour une B.D., ( mais tellement beau à lire et à regarder, on dirait un roman (j'ai appris depuis qu'on dit roman graphique, ce qui convient bien effectivement) ... ( la scène de Hilde et Lucy, un pur régal, et celle, poignante d'une retrouvaille pitoyable ...)

Athalie

PS : super merci A.M.L.

01/11/2011

La cucina Lily Prior

la cucina,lilly priorUn petit régal que ce petit livre là, qui a failli me coûter un endormissement très tardif, vu que je n'arrivais pas à le lâcher, on se lèche les doigts en dévorant les pages. Cependant, ne pas se tromper dans l'ordre des activités, parce qu'on n'y suce pas que des plats et on n'y plonge pas que les lèvres, ou les yeux ...

Rosa Fiore aime faire la cuisine, réfugiée dans la fattoria de son enfance, à l'est de la Sicile où se cotoient légendes, superstitions, prêtres et mafia, où la terre engrosse les olives aussi sûrement que sa mère enfante, même en double, là où se mêlent sang et plaisir, chair et chair, pâte et meurtres : "C'est le moment de commencer à étaler la pâte. Saupoudre la table de farine et divise le pâton en huit sections égales. Une à une, aplatis-les avec le couteau à pâtisserie, en excerçant une pression vers l'avant, de manière à obtenir une forme rectangulaire. Procède ainsi jusque chaque section de pâte forme une longue bande de l'épaisseur de la lame d'un couteau. Le couteau qui a tranché la gorge de Bartoloméo. Qui est entré dans cette chair jeune et tendre comme un coltello dans du lard". C'est à la deuxième page du premier chapitre, donc c'est comme si je n'avais rien dit .... Le drame suggéré là va faire prendre au personnage un autre chemin dans une autre ville, une autre cucina, pour des plats qui soulagent de sa peine d'amour perdue.  Et quand se présente un prince des sensations fortes, les fantasmes de Rosa Fiore brûlants et dévorants, dodus comme une explosion de rondeurs débordent d'un corset trop longtemps contenu, de l'uniforme de la sage bibliotaire, s'échappent des volcans .

Y a du Fellini dans cette cuisine-là ... un Fellini qui aurait croisé un Botero.

Une tourte à la viande et quelques huitres plus tard, il reste un fumet drôle et excessif, entre burlesque et ridicule, mais aussi un soulagement, trop d'excès aurait pu tuer l'excès. A lire comme on mange des palourdes "a la vongole" avec les doigts, en faisant du bruit avec la bouche et sans renverser la sauce partout.

Athalie

17/07/2011

Je vais mourir cette nuit Fernando Marias

piege-souris.jpgJe vais revenir sur une vieille lecture, vu que, en réalité,  je revitrifie des planchers à tours de ponceuses hurlantes, les narines pleines de poussière de bois et que je repeins, des autres mains, un ou deux radiateurs, et quatre ou cinq murs, et que donc, je n'ai pas trop le temps de me prélasser pour lire sur les plages "ensoleillées" de ce début "d'été".

Je vais mourir cette nuit est une délicieuse petite lecture ( de plage, éventuellement, mais attention alors de ne pas se laisser pièger par la marée montante), un piège noir très bien huilé, une histoire de vengeance sourdie avec grand art, et écrite au quart de poil, un poil pas dans l'engrenage dont on se dit qu'il ne peut être si bien huilé ... Ben si ... C'est l'histoire d'un homme, Corman, arrêté par un commissaire, Delman, qui n'a fait que son boulot de brave commissaire, vu que le brigand n'avait rien d'un ange. Dès la première page, le méchant annonce son suicide, il est en prison et livre son "journal intime" à celui qui, seize ans après cette première page et donc cette mort, va comprendre comment sa vie a été pilotée et orchestrée par celui-là même .... et que le texte que l'on est en train de lire est lui-même une sorte de grenade dégouillée à retardement, vachement efficace. Je sais, m'en rends compte, c'est nébuleux, tortueux comme note, mais pas autant que ce petit bouquin qui est à la fois jouissif et glaçant. Se lit en une après-midi, par contre, se méfier du rapport prix / temps, par conséquent, pire que Le homard.

Fernando Marias a aussi écrit La lumière prodigieuse, sur une idée quelque peu similaire, la reconstruction d'une biographie imaginaire, en partant de l'idée que Federico Garcia Lorca ne serait pas mort en aout 1936, mais aurait été retrouvé amnesique, sur le bord d'une route, par un jeune livreur de pain dont la vie va devenir l'ombre du poète qui lui, n'est plus l'ombre de rien. J'ai bien aimé aussi ; faut dire que je suis fan de Lorca et que "La romance de la luna négra", je suis encore capable de la relire en espagnol, tout haut, juste pour la nostalgie des mots et des sons. Il y a aussi L'enfant des colonels, un gros pavé que mon homme a trouvé génial. Et mon homme, il a souvent raison. Sauf pour la couleur des murs que je repeins, mais c'est une autre histoire.

Athalie

07/05/2011

Le voyage de l'éléphant Saramango

voyageelephant.jpgUn petit livre qui n'a l'air de rien, mais alors de rien du tout. Pas le genre de truc que j'aurais acheté normalement, si il n'avait été sur la table "coups de coeur" de la librairie "Dialogue" de Brest. Oui, je sais qu'il y en a qui vont ricaner, genre, elle ne part en vacances que pour faire les librairies, celle-là ... Sait-elle qu'il y a aussi des abbayes ? Ben oui, je sais, mais pas dans le finistère nord. Ou alors ; ils les ont bien cachées. En plus, à Brest, les cisterciens, ils sont un peu mourrus ... (un r ou deux ?)

Sur cette table, il y avait plein de livres que j'avais déjà lus et aimés, donc, j'ai pris ceux que je n'avais pas encore lus. Pas tous, quand même, mon homme me surveillait du coin de ses beaux yeux, et mon fils lorgnait du coin de ses encore plus beaux yeux vers le rayon jeunesse, et ma fille, qui ne savait pas encore lire, avait quand même la ferme intention de se faire offrir quelque chose dans cette boutique ...

Handicap de départ quand même, l'auteur est un portugais (et moi, le fado ....) , deuxième handicap, il a eu le pris Nobel (et moi, le prix Nobel ...) et malgré tout cela, il a beaucoup de charme ce petit livre-ovni : c'est l'histoire d'un éléphant qui va voyager de Lisbonne à Vienne, au XVI siècle, à peu près, c'est aussi (et surtout) l'histoire de son cormac, petit bonhomme plein de sagesse qui n'a rien demandé et dans l'ombre des grands enjeux, fait son chemin de petit bonhomme qui n'avait rien, mais alors rien, à faire là. C'est plein de douces disgressions sur les pigeons voyageurs et l'art de faire des miracles, ou du commerce avec les miracles, de dire la brutalité des croyances et leur relativité, de regarder l'art de conter, un peu comme à la Diderot, en laissant le lecteur divaguer mais en sachant le reprendre au bord des gués.

Il y a plein d'histoires, qui se croisent sans y toucher, l'air de ne pas être là, celle de la reine qui aimait l'éléphant, celle du roi qui décide de l'identité des hommes, celle du militaire qui finit mieux qu'on ne pourrait le croire, celle des chars à boeuf qui ne conduisent pas forcément quelque part. C'est drôle, ironique, distancié et finalement, très plaisant ...

Athalie