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04/03/2014

Robe de marié Pierre Lemaitre

Robe de marié, Pierre Lemaitre, romans, romans français, polarsEnchantée par la lecture de « Au revoir là-haut », où, comme le dit Céline dans un des commentaires sur cette note , on en arrive à aimer le cynisme et et la mauvaise foi crapule, je résiste peu à enchaîner les  titres du même auteur ( quand j’étais petite, et que je finissais un livre que j’avais particulièrement aimé, je lisais et relisais la liste « Du même auteur », souvent située à la fin, comme autant de sucettes à l’anis à venir, là c’est un peu pareil ...). Donc, du polar, ce qui tombe bien, j’avais envie de polars bien polars, de ceux qui ne révolutionnent pas le genre et laissent mes neurones peinards dans leurs charentaises, mais suffisamment polar pour vous plomber délicieusement une après-midi pluvieuse, ou une soirée pluvieuse, voire, une matinée ... « Robe de marié » est juste ce qu’il me fallait.

Face A : Sophie est baby sitter, une drôle de baby sitter quand même, toujours disponible, sans affect, mais avec une béance à l’intérieur. Sophie est folle, à lier, c’est ce qu’elle dit. Elle ne maîtrise pas ses pulsions, se laisse submerger, sans savoir par quoi, ni comment, ni quand ... Et Léo commence à exaspérer Sophie. On comprend qu’avant d’être gardienne d’enfant, Sophie a été autre chose, quoi que ce fût, cette vie là lui a échappé, elle est happée par ses oublis. Sophie oublie tout, même le pire de ses actes. Elle est hantée de fantômes qui passent et trépassent.

De baby sitter, Sophie devient rapidement tueuse en série et s’embarque dans une cavale où il vaut mieux ne pas la croiser, même du regard, et pas non plus la contrarier. On est uniquement dans sa tête lors de cette course folle et tendue d’une folle qui cogite, par contre, très lucidement sa cavale et ses conditions de survie. On ne peut être si raisonnablement taré, ce qui fait que rapidement, le lecteur, en bon lecteur de polar bien ficelé, comprend qu’il y a une face B, le revers joué autrement.

Face A et face B jouent donc la même chanson, on retourne en arrière, avec un autre angle de vue, où les clefs sont données. Les deux faces s’imbriquent évidemment parfaitement, et même si les rouages sont trop bien huilés pour être crédibles, je m’en suis moquée totalement, embringuée dans le jeu de Lemaître, un jeu avec les codes, on sait qu’il sait, il sait qu’on sait ( j’aime bien les cache cache ...).

Bon, la face C perd un peu en force, soit, le jeu perd en mystère ce qu’il gagne en construction. On dirait un rubiks cube. Pas grave. Normalement, je ne finis jamais un rubicks cube. Mais, là, j’en redemande un autre.

22/02/2014

Banquises Valentine Goby

banquise.jpgJe vais faire dans le facile. Disons que ces « Banquises » m’ont laissée quelque peu de glace ... Malgré de bien belles fulgurances de temps en temps, j’ai eu un trop plein de chiens ...

Lisa est la narratrice par intermittences de son histoire et de celle de sa sœur, Sarah qui, il y a 27 ans, est partie pour le Groenland, sans trop de raisons, et n’en est jamais revenue, sans aucune raison. Elle a disparu. Elle avait 22 ans et, mélomane avertie et passionnée, parcourait jusque là plutôt le monde des salles de concert. Elle en analysait les particularités acoustiques, les sons chauds et froids, cherchait les salles qui sonnaient juste. 27 ans après, c’est toujours le silence et le vide. Les parents sont restés dans le deuil et n’ont jamais déclaré officiellement Sarah morte. La mère surtout, se débat encore avec cette absence si pesante qu’elle a tout absorbé dans l’ombre de Sarah, même Lisa. Surtout Lisa, celle des deux qui était là, et pour sa mère, celle qui n’était plus présente.

La maladie du père force le deuil à enfin se clore. 27 ans après, Sarah est enfin morte. Et c’est alors que Lisa peut partir sur ses traces. Elle veut retrouver le même endroit, l’ombre faite sur une photo rescapée, une montagne, elle veut en retrouver l’angle de vue. Et c’est loin.

Le récit alterne les deux moments, la plongée dans la disparition, la recherche des traces de l’ombre. C’est dans le premier récit, celui qui revient sur le passé que j’ai trouvé les fulgurances : la mère qui attend, la lente attente, la bataille contre le souffle du répondeur, ces amis qui appellent sans laisser de message, comment savoir si ce n’est pas elle ? ne plus sortir, ne plus vivre pour attendre celle qui n’est plus, ne plus pouvoir redresser une dernière fois l’écharpe qui pendouille au cou de sa fille. Le père lui, petit à petit va s’autoriser quelques moments de joies, furtives, et Lisa, qui va fuir Sarah pour pouvoir exister.

C’est dans sa quête de l’ombre que je n’ai pas suivi Lisa. Au Groenland, elle a vu beaucoup trop de chiens pour moi. Elle a vu la banquise aussi, mais moins, d’abord parce qu’elle est en train de fondre et ensuite parce qu’il a plein de chiens dessus. Enfin, je trouve ... Ils sont partout dans le village, ils aboient, mangent salement le poisson, se sont abattre quand ils ne sont plus nécessaires (la pêche n’est plus possible à cause de la neige qui fond, donc plus de traîneaux et plus de chien de traîneaux). Bêtement, je me suis focalisée sur les chiens : pourquoi en parler autant ? Y’a peut-être une symbolique qui m’a complètement échappée, j’avoue ( bon, je dois avouer encore, je ne suis pas forte en symbolique de chiens, à vrai dire, les chiens m’indiffèrent, mais ce n’est pas le propos, le propos est que Sarah en avait la phobie, donc pourquoi la photo avec des traces de chien...) Là aussi j’avoue, la question m’a laissée de marbre, bêtement toujours, j’ai laissé Lisa se débrouiller avec la réponse et suis partie voir ailleurs ... J’ai quand même fini le bouquin, hein., histoire de voir ...

Donc bien moins emballée que par Kinderzimmer de la même auteure.

19/02/2014

Le roi n'a pas sommeil Cécile Coulon

Le roi n'a pas sommeil, Cécile Coulon, famille je vous hais, romans, romans françaisUne histoire dont le format est juste ce qu’il faut pour ne rien lâcher du fil tordu qui est celui qui conduit l’histoire de Thomas. Tordu mais tendu.

On commence par la fin : Puppa voit Mary hurler, en déchirant l’air d’une petite ville de sa douleur. Alors, c’est sûr Thomas est mort. Sauf que l’on ne sait qui est Puppa, Thomas, ni même Mary. Mais on sait la fin comme dans une tragédie, le temps est resserré aussi, le lieu quasi unique, celui d’une petite ville, et surtout le domaine de l’enfant roi, où tout mène et ramène, une véranda où l’on attend que le soleil se couche, il pourrait même y avoir des odeurs de confitures maison, mais c’est un faux paradis, avec un serpent dedans ; à côté, une scierie, un bar sordide, une école, un ami qui trahit, un père qui est parti avant même d’en être un, un médecin qui aime les enfants innocents, et l’enfant roi, Thomas et sa façade d’enfant sage, et sa courte histoire qui est déjà en marche.

L’histoire du fils de Mary commence avec celle de son père, dont le fils bouclera la boucle, comme une corde avec laquelle on se pend. Simple tâcheron, le père, William Hogan, n’a vraiment voulu qu’une chose, sa maison et ce qu’il appelle le domaine, une étendue boisée, la maison avec la véranda, rien de bien précis n’est dit. C’est le domaine qu’il défriche, la femme qu’il épouse, l’enfant qui naît. William suinte la violence, il frappe parfois Mary, boit comme en passant, serré sur sa peur. Il a peur des fiches vertes et des photos qu’il y voit. Ce sont celles des criminels recherchés par la police et qu’il doit classer. C’est son boulot subsidiaire.

Naît Thomas, un enfant qui ne lui parait pas à la hauteur. Thomas va à l’école, enfant docile et solitaire, mange les tartes de Mary, dort dans les draps qu’elle a tiré à quatre épingles ... Et Thomas a dérivé ... Des images le lézardes et les lézardes creusent une béance. C’est quoi sa peur ? Thomas en vit le flux, ne sait quoi en faire, elle prend le pas de l’intérieur, creuse sa haine, celle de soi, celle de l’autre, de l’ami, qui lui se relève pendant que l’enfant roi chute et se dilue.

Aucun discours clinique, aucun mot de trop, un texte aux ciseaux.

Un titre qui m'a beaucoup plus convaincue que le premier de cette auteure que j'ai lu "Méfiez- vous des enfants sages"

05/02/2014

La claire fontaine David Bosc

romans, romans français, la claire fontaine, david Bosc, pépitesJe n’aurais qu’une critique sur ce titre, son titre, justement. Pour moi « La claire fontaine », ça fait Ingres, ça fait pas Courbet. Mais je ne suis pas, loin de là, une connaisseuse de l’œuvre de Courbet. Je dirai même que « L’enterrement à Ornans », je ne trouve pas ça beau. Je sais que c’est fait exprès, mais quand même ... C’est une révolution picturale. Il fallait le faire, soit, mais bon, je regarde, je lève mon chapeau et passe, l’œil sec. Donc, quand j’ai lu la note de Jérôme conseillant ce livre, je n’ai pas lu Courbet, j’ai lu Ingres. Du coup, l’esprit embrumé par mon inculture et mon attention flottante, je me suis dis « Tiens un livre sur Ingres en Suisse qui peint des fontaines », voilà qui est pour moi, je ne connais pas. Et pour cause, Ingres n’a jamais fichu les pieds en Suisse. Courbet oui, mais il n’a pas peint de fontaine ( du moins pas dans ce livre). Ce qui fait que je reste avec ma question : pourquoi « La claire fontaine » ?

Courbet en Suisse, c’est le Courbet fini, celui d’après la fulgurance de la Commune, celui d’après ses morceaux de bravoure, le Courbet poursuivi par le pouvoir réactionnaire, celui qui doit payer la colonne de Vendôme. De cette période d’exil, brève de quatre ans et finale pour le peintre, il semblerait que l’on ne sache pas grand-chose, ce qui fait sans doute que l’auteur l’a choisie, il a devant lui un vide qu’il remplit de mots et il y brosse des traits fins comme le peintre balayait les toiles de ses natures mortes de sa taloche. Le narrateur observe son sujet puis lui dresse un hommage bien senti.

Pas amer, juste revenu de toutes ambitions, on y trouve un Courbet montré comme un rustaud du couteau à peindre, grand buveur, hâbleur, fêtard jusqu’à plus soif, se levant tard, il peint à tour de bras les paysages, sans théories, projets et sans vergogne, toujours un peu les mêmes ; il se finit en beauté. Rien de suicidaire, on reste sur les bords, on le regarde. Le récit tient en peu de choses : Courbet peint, mange, boit, le tout en grande quantité, en désordre et en même temps. Courbet baigne, parfois à pas d’heures, un corps adipeux, amplifié par ses excès, dans les eaux froides. Parfois une scène, son père en visite, la lumière qui dessine son profil en un dernier tableau, ses amis, ses aides qui le quitte, le temps présent qui l’ignore. Il lui en reste peu, il le gaspille. Quelques souvenirs des œuvres maîtresses, le portrait de Baudelaire, « L’enterrement, « L’origine du monde ». Tout est derrière lui, sans nostalgie, une liaison avec une servante, à peine esquissé à pleine mains, des gueuletons à pleine gueule, les derniers fidèles qui le lâchent et la mort, pitoyable, une fin de baudruche qui enfle, pas pitoyable, pourtant.

C’est un hommage qui ne le dit pas comme un « c’est beau », l’auteur les décrit seulement, ces natures mortes animalières que Courbet a aligné du temps de sa splendeur de bouffeur de pots de peinture. Les corps des cerfs et des chiens sont disséqués, exposés comme le peintre le faisait, et l’on comprend la technique, le pas beau voulu. Ces descriptions sont elles mêmes comme des natures mortes, saisies au vif, sans recours à l’âme, ce sont des touches bien encadrées pour une peinture comme attachée au rendu de la matière. Le texte passe par le toucher, l’odorat, joue des sens gras et fins des mots et tournures, pas si familières qu’il ne le semble au premier coup d’œil, pour faire voir l’épaisseur que le peintre cherchait.

Jusqu’au dernier tableau de mots, un tableau jamais peint par Courbet mais si juste, qu’on souhaiterait qu’il existe : «  un homme dans l’eau jusqu’à la taille, immergeant un poupon rieur en le tenant sous les bras. Une belle gosse, douze ou treize ans, avec une bouche de je-vous-aime-, plongea sans perdre d’élan. Sa chemise et ses cheveux firent sous l’eau comme une bouche qui s’ouvre. Des fillettes et leur mère achevaient de goûter. Les petites avaient posé sur un plancher mouillé les noyaux de pêche qu’elles avaient sucés. On y voyait quelques filaments jaunes réunis en pointe »

Des passages comme celui, je les ai lus et relus, le livre est court, on peut prendre son temps et y revenir, j’ai savouré les mots sur la peinture de Courbet, vu que moi, la peinture de Courbet, c’est pas mon truc. Les cerfs morts tout foncés et verdâtres, ça ne me parle pas. Les poissons posés sur la table, la truite bouche ouverte, le peu que j’en connais ... C’est juste personnel, quoi. J’ai dû voir trop de reproductions bas de gamme sur les boîtes de chocolat de Noël, un peu comme « La balançoire », « Le déjeuner sur l’herbe » et autres chefs d’œuvre qu’il faudrait voir avec l’oeil neuf du naïf. En tout cas, maintenant, j’y regarderai quand même à deux fois sous les écailles des poissons (en peinture, je veux dire).

18/01/2014

Au revoir là-haut Pierre Lemaître

pierre lemaître,romans,romans français,romans historiques,dans le chaos du mondeQui pourrait croire qu’un roman sur la guerre 14-18 puisse être jubilatoire ? Pas moi en tout cas. Enfin, pas moi jusqu’à la lecture de ce roman là. Pas jubilatoire tout de suite, hein, avant de rigoler, il y a la guerre. Enfin, les derniers jours de la guerre. On n’y rigolait pas plus qu’au début. Sauf que là, les poilus survivants savent que c’est la fin. Sur le front, tous attendent en se faisant le plus petit possible l’armistice officiel. Tous, sauf un , le lieutenant Pardelle. Aucun poilu ne peut le blairer celui-là. Un officier dans le genre froid et hautain, il est là pour gagner des galons. C’est l’occasion de se redorer le blason. Il en a glané un peu, des honneurs et du grade, mais pas encore assez pour lui, et pas de bol, la guerre se termine ... l’occasion qui allait lui passer sous le nez, pas de problème, il va se la créer et envoyer les poilus conquérir la côte 113, dans un ultime coup de bluff, à leur perte et à son profit.

Dans les poilus à ses ordres, il y a Albert et Edouard. Ils se connaissaient peu mais ce jour-là, c’est l’un derrière l’autre qu’ils sortent de la tranchée pour leur dernière bouchée de boches. Ce jour-là scellera leur alliance pour le pire, et un peu de meilleur, surtout pour nous, lecteurs, parce qu’après c’est aussi décapant que drôle.

Imaginez deux pieds nickelés, mal assortis, lâchés dans l’après-guerre, l’après guerre qui voudrait bien les oublier, ou du moins les voir le moins possible, vu qu’ils ne sont, justement, pas beaux à voir ( enfin, surtout un ...)

Dans le rôle du petit un peu boursouflé, Albert, un brave gars un peu sensible et pas très adroit, un peu lent, comme sa mère ne se prive pas de le rappeler, un peu benêt, mais fort attachant, voire collant. Il était comptable et rêvait de la belle Cécile. Au retour, l’amour et la banque le fuit. A moins que ce ne soit lui, finalement, qui ne s’y retrouve plus vraiment.

Dans le rôle du grand échalas, Edouard, fils de très bonne famille, renié par son père parce que plus doué pour le dessin et les blagues potaches que décidé à se carrer dans la voix de son maître.

Un duo bancal, brisé, tout cassé qui va se lancer, un pied devant, un pied derrière, dans la plus mordante et iconoclaste entreprise de foutage de tronche du patriotisme obligatoire ambiant. Mais eux le font presque pour rire, alors que d’autres non ...

Une peinture de l’immédiate après-guerre comme on ne l’avait jamais vue ( enfin, pas moi). Sans pathos, ni pitié, ni argumentation surfaite, à coup de griffes bien placées, l’auteur, que j’imagine en Raminagrobis qui se marre, jette ses personnages dans l’eau sale du profit fait sur l’héroïsme de ceux qui n’avaient rien demandé et tout perdu. Les poilus, gênent, en de compte, il y en a trop, on ne sait qu’en faire. Les oublier ( les vrais, ceux qui restent), les glorifier (les vrais, ceux qui sont morts), mais il y a que les vraiment morts qui rapportent vraiment ... Dirait le beau Pradelle qui rôde toujours, on arrête pas un arriviste avec un monument aux morts ...

Du bien bel ouvrage, monsieur Lemaître, du grand art de mener son lecteur par le bout du nez. Lu en deux jours, je ricanais de plaisir en attendant de pouvoir tourner assez vite la page suivante. 

 

 

Et toc ! et de trois pour ma participation au non challenge des pépites organisé par Galéa 

15/01/2014

Sauver Mozart Raphaël Jérusalmy

sauver mozart,raphaêl jérusalmy,romans,romans français,dans le chaos du mondeUn homme survit dans un mouroir à Salzbourg. Il se nomme Otto J. Steiner. Il tient son journal et y consigne les menus de sa vie quotidienne, lui, oublié là. Dans sa vie quotidienne où il ne se passe pas grand-chose, le vendredi, c’est cabillaud bouilli avec des pommes de terre. C’est dire.

Otto aurait pu être juif, mais son père en a décidé autrement, ce qui fait que en 1939, il est juste un homme malade, en fin de vie, et solitaire. Son fils est parti, sans doute en Palestine, sa sœur, son mari, ses enfants ont disparu. Sa femme, on ne sait pas. Morte, sûrement.

L’armée nazie n’a pas encore envahi la Pologne, l’Anchluss, c’est fait. Mais son grand truc à Otto, ce n’est pas la politique, c’est la musique. Reclus, méprisant l’engeance des autres malades, il dispose d’un revenu modeste et suffisant pour se terrer dans sa chambre, individuelle, et écouter sa musique, du moins tant qu’il lui restera des disques. Otto ne semble n’avoir vécu que cela, avant la maladie aussi, les concerts, et surtout l’apothéose, le moment sacré, le Festspiele, qu’il conçoit comme l’ode à Mozart, le pur, l’unique, l’éthéré Mozart.

Il lui reste quand même un ami,à Otto : un certain Hans, dont on comprend qu’il exerce certaines responsabilités dans l’organisation du festival qui arrive et les célébrations mozartiennes doivent prendre un tour plus martial, vu le public qui va y assister, public un tant soit peu plus rigide que musicien. Le danger rôde de faire une gaffe définitive, alors Hans délègue une partie de ses responsabilités à Otto, qui ne demande pas mieux.

Evidemment, rien n’est à la hauteur de Mozart vu par Otto, et l’homme rumine de la dégradation idéologique qu’infligent les vainqueurs à son festival sacré et méprise hautement leurs coups de cymbales tonitruantes ( on pourrait penser que les coups de cymbales relèvent d’une certaine futilité dans le contexte, mais, pas de mauvaise foi, Athalie, le journal d’un homme malade n’est pas le lieu d’un roman historique ...)

Petit grain de l’Histoire impuissant à n’y rien changer, même pas une note de musique, Otto tentera quand même de s’élever dans la gamme, et puisqu’il ne peut tuer Hitler ( dans un pied de nez narratif assez amusant et bien fait), il tentera malgré tout de sauver Mozart, ou plutôt de sauver l’honneur des hommes qui aime Mozart et sont impuissants.

Un petit volume plaisant dont les deux pirouettes qui se jouent de l’histoire font sourire, un moment vite passé avec un petit bonhomme dont, je l’avoue, les bornes affectives quelque peu centrées sur lui-même, et les bornes romanesques du journal intime m’ont un peu gênée, des limites formelles soit, mais pas que, un petit bout de lorgnette, un zoom sur un grain de sable ...

Humaniste, lit-on partout, soit encore, je suis sur ce coup là d’assez bon aloi, mais pas vraiment convaincue.

07/01/2014

La grâce des brigands Véronique Ovaldé

La grâce des brigands, Véronique Ovaldé, romans, romans français, famille je vous haisMais à quoi tient le goût de ce livre ? Un truc salé sucré, un goût acidulé de citron au vinaigre avec un zeste de Joël Dicker et d'autres amuse bouches de littérature de fille qui rêverait de voir sa jupe voler mais qui va se la prendre en pleine figure après un très bref envol.

Maria Christine Väätonen est l'héroïne que a ce goût de mélangé. Rien que le nom qui ne va pas avec le prénom. Elle est née d'un doublé exotique, un croisement entre le père (le nom), silencieux, analphabète et imprimeur ... la mère (le prénom), folle de religion et de principes hygiénistes et castrateurs. Mais cela on le saura après.

D'abord, on la découvre, auteure à succès encore jeune et belle mais si seule après un grand amour raté d'avec un grand écrivain raté, à Santa Monica. Il y fait chaud et plutôt bon vivre. C'est là que Maria Christina reçoit un appel de sa mère, après plus de dix ans d'un silence vengeur. Rien de moins qu'une demande urgente : sa soeur a un enfant et il faut qu'elle vienne le chercher, là maintenant tout de suite.

Retour donc vers les origines, à Laperouse, dans la maison rose-cul où personne ne parlait vraiment ; personne ne rentrait, personne ne s'aimait. A Laperouse, il n'y avait rien que la brume, le froid, que des obstacles, la mère en tête, rien de possible pour une fille qui veut écrire, rien que des péchés, selon la mère qui voit les péchés, comme les noirs, le chinois et les microbes pulluler grave. Maria Christina ne rêvait que d'en partir, ce qu'elle a fait, avec des déchirures quand même. C'est pour cela qu'elle ne meurt pas d'envie d'y retourner. C'est le moins que l'on puisse dire.

Elle pourrait se dire libérée. Libérée ? Elle l'a tenté depuis dix ans, y est presque arrivée. Elle est devenue ce qu'elle voulait être, une auteure à succès avec son roman autobiographique "La mauvaise soeur", en partie grâce-à-cause d'un mentor à double face, Claramont, dont le nom sonne comme Paramount, l'écrivain qu'elle admire et qui l'a embauchée comme bonne à tout faire, même un roman. Amoureuse du clinquant du talent, elle s'est donnée à lui, la jeunette, avant de s'en retourner vivre auprès de sa copine Jeanne, hippie de charmes plus aguerris (elle accouche seule d'un enfant sans père et revient à l'appartement avec des lunettes roses en forme de coeur sur le nez, j'adore ...).

C'est plein de trucs sordides et pas drôles du tout, voire de violences quelque peu inutiles ... et pourtant, une allégria du style truffé de clins d'oeil littéraires et d'attendus amusés de clichés de la maison bleue sur la colline m'a emporté dans les rêves de Maria. Presque primesautier, comme une ballade de Jimmy par Souchon, un Billy qui aurait fini par trouver son rêve d'infirmière avant de tomber dans la mer, tomber par terre ...

Philisine y a vu d'autres voix que la sienne.

Un petit régal, en passant.

Des vies d'oiseaux

La salle de bain du Titanic

09/12/2013

Comment j'ai vu 1900 Pauline de Pange

IMG_2445.jpgComme son nom ne l'indique pas, Pauline de Panges est l'arrière petite fille de Madame de Staël, petite fille d'Albert de Broglie ( ex président du conseil d'une troisème république scandaleuse, un truc autour des Orléanistes, pas tout compris), petite fille aussi d'un autre de Broglie illustre ( inconnu de mon inculture en Troisième République, moi, mon truc, c'est Versailles, après ça se brouille ...), soeur de Louis de Broglie ( celui-là, son prix Nobel me disait vaguement plus. Une branche de ce conséquent arbre généalogique penche aussi du côté de la comtesse de Ségur. Pas du côté de la méchante Sophie, mais plutôt de celui des petites filles modèles.

Et même si je me suis un peu perdue dans les ramifications ascendantes illustres, ( superbes frondaisons auraient pu dire le José Maria de Hérédia qui fut le premier amour littéraire de la Pauline, lors de la cérémonie d'hommage au grand père dans l'enceinte de l'Académie française, ben, ouais, on est dans la haute ...), cela n'a aucune importance pour apprécier ce petit livre, ce qui fut mon cas.

Petit dans beaucoup de sens de ce terme : lecteur, lectrice, n'attendez point ici de grandiloquence, ni d'exploits autobiographiques, ni de fresques historiques. La modestie est revendiquée par l'auteure et bien lui en sied. De sa naissance à 1900, elle semble vaquer à elle même dans cette grande famille qui est la sienne, au gré des déménagements liés aux occupations sociales et politiques de son père et de sa mère. Elle promène, sans ressentiment aucun, ses jupons en laine, tricotés par la nurse de son frère dans les couloirs de ses demeures successives. On l'habille mieux pour sortir, mais elle sort bien peu et toujours dans son monde, dans les deux sens du terme cette fois.

D'éducation, elle aura un vernis, d'occupations point non plus, regarder la mer à Deauville, la nature dans la demeure angevine, la bibliothèque et les tableaux de ses ancêtres dans le château familial, celui de Normandie, le fief. A Paris, c'est le parc de Bagatelle, les conversations avec sa grand-mère, son moment préféré, une heure, le soir. Celle qui lui apprend à lire dans un évangile en lui parlant comme à une jeune fille de vingt ans quand elle en a six ou sept, ne sait pas poster une lettre ( ce dont elle se contrefiche évidemment). Antédéluvienne, elle passe dans la famille pour la plus libérale, elle aurait même émis un léger doute quant à l'évidente culpabilité de Dreyfus, c'est dire la modernité de l'aïeule. Les parents sont pires.

C'est un drôle de monde richissime, et complétement clos sur lui même, fermé à ce qu'il ne connait pas, et ce qu'il ne connait pas est "moderne", comme le téléphone , installé finalement quand même, mais auquel personne ne répond, il a les domestiques pour cela.  D'ailleurs des domestiques, il y en a partout, tout le temps. Ils grouillent. Comme les ancêtres dans le Bottin Mondain, au passage j'ai appris que dans cette famille de Broglie, Duc est au-dessus de Prince, ce qui m'a laissé perplexe. Doucement perplexe quand même, il ne faut point trop se gaver de sucreries de ce genre ...

Donc, un délicieux objet de curiosités, comme un cabinet de, mais dont il faut pas hésiter à secouer la poussière ou à souffler dessus, pour que se révèle un bibelot délicieusement surrané.

Un grand merci à Luocine qui m'a fait découvrir cette petite chose à croquer !

 

24/11/2013

L'échange des princesses Chantal Thomas

l'échange des princesses,romans,romans français,romans historiques,pépitesEst- ce à cause de l'homonymie d'avec la fameuse créatrice de dessous si chics que ce roman me faisait froufrouter d'avance ? Point nenni, pas besoin, je suis tombée dans les crinolines kithchissimes de Sissi quand j'avais encore l'âge de jouer aux Barbies. Les histoires de gentilles princesses qui ont les ailes rognées par les méchantes cours des Grands, j'adore. Il n'a pas longtemps, j'ai même tenté Saint Simon ( en extraits, hein, pas maso quand même, mais, il n'y avait pas assez de marquise des anges pour moi)

D'ailleurs, Saint Simon, il est aussi dans ce livre-là, en un peu moins glorieux qu'il ne veut bien le dire quand c'est lui qui cause. Le bonhomme voulant être grand d'Espagne, il se fait ambassadeur du Régent en cours de Madrid. En profite pour découvrir l'huile d'olive, mais ce n'est pas là le sujet, évidemment (même si le Saint Simon en proie aux doutes dans les couloirs odorants mais obscurs du palais madrilène, en grand costume d'apparat à la française, je suis assez fan). Revenons à sa mission de départ, l'organisation de l'échange marital diplomatique entre les deux grandes puissances européennes de ce début du XVIIIème siècle, qui se faisaient la guerre depuis un certain temps, la France du décadent régent, Philippe d'Orléans, l'Espagne du mystique chaud de la cuisse, Philippe V. Il s'agit d'échanger deux princesses de la plus haute importance, que l'une aille se faire française au nord et l'autre espagnole au sud. La toute toute petite infante de quatre ans, Anna Maria Victoria pour le futur Louis XV ( haut de onze ans), et mademoiselle de Montpensier, douze ans d'abandon familial sur les épaules à coller avec le futur roi d'Espagne, prince des Asturies pour l'instant et pas vraiment fini non plus. Un poil obsédé par l'idée de prendre femme (sans trop savoir ce que cela veut dire d'ailleurs, ce qui ne l'aidera pas par la suite quand l'idée devra prendre corps).

La plume est allègre pour retracer ses deux longs itinéraires  de poupées marionettes du pouvoir, pas seulement du nord vers le sud, mais de la gloire au désespoir, de l'intérêt à l'abandon. L'une, la plus petite, se conforme, fait la joie de tous, fait les gestes qu'il faut, et même des bons mots, séduit tout le monde ( même la vieille Palatine), sauf son beau prince. Elle combat ses peurs à coups de poupées, classées, rangées, rejetées, comme le futur roi avec ses courtisans, et plus tard avec elle. L'autre Louise Elisabeth se heurte à ses murs et à ceux de l'Escurial. Elle déçoit, ne joue pas le jeu des espoirs du couple régnant en attente de la princesse conforme. Mais la poupée française ne peut pas, elle est déjà toute cassée.

Aucun suspens, l'histoire est écrite depuis bien longtemps pour ces deux là, juste le suspens du comment, comment elles vont disparaître de la scène du théâtre. L'une sauvera les meubles, malgré tout, l'autre sera poussée encore un peu plus loin. Un coup de balai et un coup de pelle, le tour est joué, la poussière est sous le tapis.

L'auteure ne cherche pas à nous faire pleurer sur leur sort, cela ne marcherait pas, je pense, du misérabilisme dans les chaumières royales. Moi, j'ai sautillé de malheurs en malheurs, mais je pense qu'un historien aurait à redire, pas tant sur les faits (on sent bien que c'est du fiable et vérifié) mais sur la psychologie supposée, même si elle n'est pas developpée outre mesure (pour ne pas laisser trop de place aux critiques, je suppose), il est clair que pour faire du romanesque, il faut faire du lien avec nous, femmes modernes, à la condition libérées et qui, au grand jamais, ne tomberait dans ces histoires de labyrinthes du paratre.

C'est une vision proposée, un peu de notre temps qui se drape dans les rideaux véridiques de l'histoire pour en écarter les rideaux et montrer des dessous, pas si chics !

20/11/2013

Kinderzimmer Valentine Goby

Ce livre n'est pas un livre de plus sur la déportation, sur les camps de concentration et sur l'horreur, toujours là, toujours indicible, toujours dite. En même si, d'ailleurs, un livre de plus ne peut ici être un livre de trop, je crois, je crois aussi que ce qu'il aurait de toute façon le plus à craindre, c'est qu'il n'y ait plus assez de lecteurs pour ce sujet ...

Comme "Le rapport de Brodeck" ( un Claudel qui fleure l'excellente littérature sur la pourriture de l'âme humaine, et elle fleure sévère), "Kinderzimmer" raconte les faits, en sortant du témoignage "brut", pour s'interroger dessus, ou plutôt sur le comment dire le brut maintenant qu'il s'éloigne, que les témoignages directs, se feront, pour cause naturelle, de plus en plus rares. Et sans pathétique. Pour moi, je trouve que c'est important le non-pathétique. C'est une de mes amies qui me l'a appris, elle dit que si tu cherches à faire pleurer dans les chaumières avec ta crasse et ton malheur, ce n'est pas la compréhension que tu obtiendras, ni même des larmes. Elle ne dit pas "crasse", vu qu'elle l'a assez vécue ( c'est une ancienne déportée, juive hongroise, elle est passée par la tente de Ravensbrück, pour ceux qui ont lu le livre, cela en dira assez, je pense.)

Il y a un récit dans "Kinderzimmer", l'histoire de Suzanne à Ravensbrück et des fragments qu'elle a pu connaître de celle des femmes du même coin de son block, des françaises, déportées politiques, comme elle. Suzanne est jeune, très jeune. Dans la résistance, elle codait des messages avec des notes de musique. Un soir, elle est restée coincée avec un messager inconnu dans un réduit du magasin. De cette nuit là, elle est enceinte. Trois mois plus tard, elle est arrêtée, quelques jours plus tard, elle est à Ravensbrück. Rien ne peut laisser présager ce lieu ni ce qu'il peut y arriver, une grossesse y est une anomalie dans un monde inconnu.

L'histoire de Suzanne est peut être vraie, et sans doute pas, pas vraiment, sûrement inspirée du témoignage de Marie Josée Chambart de Lauw ( résistante déportée et affectée à la zindezimmer, elle est remerciée à la fin du livre par l'auteure). Elle sonne juste. De l'horreur de tomber pendant les appels, de la terreur de se lever, de celle de ne plus y arriver, de la terreur et de l'envie de survivre, de la tentation de se laisser glisser, de s'en remettre à la fatigue et à la saleté, de s'en remettre au chien pour arrêter, de s'en remettre au hasard, finalement, de croire en la survie possible d'un bébé ; dans la Kinderzimmer, elle est de trois pour des bébés vieillards.

Avant, pendant et autour de la naissance de James, il y a d'autres femmes, des soutiens ou des ombres dangereuses, plus de soutiens quand même, même si, Suzanne le comprend, l'amour dans les camps peut faire mourir. Elle aime, soutient dans la mesure où c'est juste possible. Un récit en grande retenue.

Cependant, ce qui m'a aussi vraiment touchée, ce sont les reflexions initiales sur les mots et le dire. Suzanne devenue témoin de l'horreur, devant une classe, achoppe sur une phrase, qu'elle a pourtant si souvent prononcée : "Nous marchions jusqu'à Ravensbruck", parce qu'elle réalise que ce n'est pas possible à dire ça, que dans l'ignorance du lieu et de ses "règles", de ses mots singuliers, les mots d'après n'ont pas de sens. Ils reconstruisent ce qui n'était qu'inconnu. Ils ne peuvent être partagés, pas même au retour. Les mots de Ravensbrück désignent une réalité à jamais étrangère.

Oui, vraiment touchée, parce que moi, face aux mots que disent ceux qui sont revenus, j'en finis par comprendre que le poids de leur véracité, l'écho qu'ils me renvoient, je le comprends, oui, je le comprends, et je ne comprends rien à ce que sont réllément ces mots là, cette réalité là.

 

Un livre que je joins à la proposition de non challenge de Galéa.

 

16/11/2013

Rêves oubliés Léonor de Récondo

rêves oubliés,léonor de récondo,romans,romans français,les tombés à côtéAu centre  de ce petit roman, les exilés de la guerre d'Espagne.

Aïta aime Anna, sa femme ,mais sa femme n'est pas là pour le moment. Elle est à Irun chez les granps parents et les oncles, en vacances, avec les enfants, les trois garçons. Deux énervés dans un bar voit en ce tranquille patron d'une fabrique de céramiques en patron à abattre et Aïta se retrouve à fuir avec pour seule protection un oiseau en cage et un costume ridicule. Se faire voir pour ne pas se faire tuer et rejoindre sa famille. Tenter de sauver au moins ça.

Du côté d'Anna, ce n'est pas mieux. Le temps n'est plus des anniversaires doux et tendres fêtés en famille autour du gâteau de riz onctueux. Le temps est à la fuite aussi précipitée mais sans oiseau en cage, quelques bijoux cachés à la place, et la frontière à passer, comme pour aller finir une promenade, savourer un pique-nique. Mais cette frontière, c'est la dernière fois que la famille la franchit, sans qu'aucun d'entre eux ne le sachent encore.

On comprend que les oncles ont une acivité politique du côté des rouges, mais c'est tout. La reconstition historique n'est pas le coeur du livre, mais la douleur de l'exil, puis son acceptation, quitter l'attente du retour. Les vies ont basculé et c'est pas le tout, il faut l'accepter, le coeur resté de l'autre côté. Le côté d'avant, le pays à côté fermé, le leur pourtant. Le "chez nous" laissé en plan, laisser les odeurs d'avant, les musiques d'avant, la vie d'avant, les mains d'Anna avant, si lisses, avant les mains qui s'abiment dans les travaux de la ferme, lorsque la préocupation principale d'Anna était de choisir, le matin, les bijoux du jour.

Les matins en France sont tout froids de l'absence des autres, une petite solitude s'installe, ensemble, ils sont ensemble mais entre eux. Ils s'occupent alors que les coeurs tremblent et Anna l'écrit dans un petit cahier où l'expression de sa solitude à elle vient compléter l'évocation de celles des autres : un jardin à bêcher en échange de l'hospitalité, des montres à réparer qui font passer l'ennui, des tricots à tricoter pour les mains fatiguées d'attendre de faire autre chose. Les enfants aussi font le deuil des enfants d'avant, les livres, la musique.

C'est très joliment écrit, cet adieu à l'espoir d'un retour de l'exilé (bon, la fin, on aurait pu penser à autre chose, mais bon, c'est l'auteur qui a toujours raison, de toute façon, nous, lecteurs, on n'a pas le choix des armes), mais il faut le dire, je n'y ai pas vraiment trouver mon compte, c'est très joli, poétique même ( non, je n'ai pas dit "trop" joli, mauvais esprit sarcastique, sors de ce corps avec Rantanplan et Zébulon). C'est joli comme une chanson triste, une petite mélodie des flamencos perdus. C'est juste mon côté basique, moi, j'aime bien qu'on m'explique clairement les choses. ( enfin, dès fois, ça dépend) mais un peu quand même. Bref, c'est joli. ( Arrête de ricaner sous la cape Athalie, on t'a vu lire bien plus sirupeux) Oui, (comme c'est moi qui fait ce faux dialogue, je suis forcément en accord avec ma fausse voix intérieure qui dit la vérité) soit, mais le sirupeux qui s'assume, voire qui colle aux doigts. Là, ça ne m'a pas collé.

 

11/11/2013

Faillir être flingué, Céline Minard

18685914.jpgUn simili western complétement réjouissant, il vous ballade (A.B. les deux "l", c'est une faute exprès, pour faire musical) vous amène, de violoncelle de bastringue en voleurs de chevaux, de baignoires en fumoir. C'est le monde de Lucky Luke, sans Rantanplan, et un roman ficelé pour vous attraper, sans les plumes ni le goudron, en douceur drôlatique.

Au départ, on commence doucement : un chariot est en route vers l'ouest, dedans, la grand mère mourante, autour, deux frères, un neveu, une petite fille qui les suit, attachée à leur pas en cours de la route. L'un rêve de ferme et de terre, l'autre ne sait pas encore de quoi, le neveu s'égare parfois, et la petite les protège. Une tribu et quelques d'indiens plus tard, le désert commence à grouiller sérieusement de solitudes qui se croisent et se contournent, parfois dans l'obscurité des nuits orageuses. Certains se pourchassent un peu au hasard, semble-t-il, d'un cheval volé, perdu, regagné, revolé, d'un archet de violoncelle, d'une paire de bottes ... Des objets passent de mains en mains qui s'ignorent encore, sous l'oeil des Indiens placides qui attendent leur tour de rentrer en scène. Plutôt goguenards, d'ailleurs.

Dans cette première partie du roman, les personnages sont de plus en plus nombreux, au risque de s'y perdre, on suit leur trace, ils sortent de derrière les broussailles et les ornières du désert de l'Ouest mythique comme autant de lapins à dépiauter. Et finalement, tous convergent vers une ville de poussière, quelques tentes à louer pour cow-boys soulards autour de l'inévitable bordel (je vous conseille particulièrement la tenancière, elle est à croquer .... ), un barbier, un armurier, un éleveur de moutons élitiste, en complètent l'horizon culturel. On ne le sait pas encore mais ici gît l'Eldorado où les errances solitaires vont venir prendre une sorte de sens temporaire.

C'est le coup du roman puzzle ( j'allais dire giratoire) qui se fait en douce, doucement le petit ruisseau de chaque personnage va venir nourrir la grande flaque, le coup de l'utopie à la mesure d'un trot de cheval, d'une partie de cartes truquée, évidemment, d'un pari d'une nuit d'amour contre un lot de baignoires. Le microcosme de la cité idéale de bric et de broc. Juste génial comme une BD en vrai roman. Les personnages sont à la fois des stéréotypes du genre, des clins d'oeil, et des rêves de braves types et de femmes gaillardes. Et les dons de certaines nourrissent aussi des amours tendres, avec un goût de "Coeur cousu" ... Et je ne vous parle pas de Zébulon ...  Pour le rejoindre, moi, je veux bien être le blanchisseur chinois qui fume le calumet de la paix avec le grand sachem ( je vous conseille aussi le grand sachem, il est à croquer avec les plumes, mais moins que Zébulon, quand même ...)

Je vous rassure, il y a aussi fusillades, chasseur de prime, crimes et châtiments, mais à la mesure de l'univers de cette fraternité illusoire qui fait un bien fou à son lecteur. Au point qu'on en arriverait à rêver d'une suite. Moi, j'ai eu du mal à les laisser en plan, surtout Zébulon (je ne vous dit pas la fin, j'étais en sueur de peur d'être en larmes, veuve virtuelle d'un superbe truqueur ...).

Bref, j'adore ma copine qui m'a offert ce bouquin, j'adore ce bouquin, j'adore toutes les notes qui en disent du bien, les autres, je ne les lis pas, pas touche à Zébulon, sinon, je mords. ("Rantanplan, sors de mon corps, s'il-te-plait")

Une lecture pour qui s'y colle au non challenge des pétites de Sous les galets, la première pour moi.

09/11/2013

Le dernier lapon Olivier Truc

le dernier lapon,olivier truc,romans,romans policiers,romans français,les tombés à plat.Un polar ethno, ethno du bout du monde, froid, le bout du monde, je n'ai rien contre, le côté, découverte d'une civilisation minoritaire et en danger de disparation pour cause de politique identitaire limite fasciste et de gros méchants loups économiques qui veulent manger la dite civilisation, à priori, je suis pour. Surtout si on me promet tout cela sur rythme trépidant d'une enquête policière menée par un homme et une femme, lui moins jeune et un peu usé par la vie, mais pas trop et surtout pas alcoolique (ouf, ça nous change ...), et elle, jeune émoulue de l'école. Il pourrait y avoir du frottis-frotta sous une tente laponne ....

Sauf que, je ne sais pas ce qui m'est arrivé, j'ai dépassé ma limite de neige autorisée, je me suis vautrée dans les congères de l'intrigue, je me suis gourée d'aurore boréale, j'ai planté le scooter des neiges dans une hutte à lapon, bref, je ne sais pas, mais je me suis bloquée sur un détail à la noix .... la répétition du temps d'ensoleillement, enfin, du temps de jour, au début de chaque chapitre. Bon, faut dire que je m'ennuyais un peu aussi ... A chaque début de chapitre, du coup, je me disais "Bon, ça fait un peu plus, mais c'est pas beaucoup quand même". Reflexion idiote dans un polar, où normalement on recherche le nom de l'assassin. Ben, pas moi. Bloquée sur mon truc idiot. En plus, cela n'a aucune incidence sur le déroulement de l'enquête, à croire que rechercher la vérité avec ou sans jour, c'est pareil. Ce que je veux bien croire, mais alors, pour quoi le temps de jour, il est indiqué ? (j'ai prévenu, c'est complétement idiot comme fixette ...)

Je me suis donc égarée dans le grand nord et attendu que l'expédition, les rennes, les lapons, les explorateurs sans scrupules, les éléveurs à l'ancienne, à la moderne, les tambours, les grands sachem, le méchant enquêteur et le gentil, tout le monde se calme et descendent de scooter pour faire pareil. Par contre ( et c'est toujours aussi idiot), mais si quelqu'un peut me dire à quoi correspond le premier chapitre, je suis preneuse. Pas réussi à resituer cette histoire de lapon poursuivi et de bucher dans l'histoire du tambour, moi ... Ce ne peut pas être Mattis ( il n'a pas été brulé, ou alors je n'ai rien compris), ni le père de Klemmet (? si ? mais pourquoi il n'en dirait rien alors ?) celui d' Aslak, là, je suis sûre de moi. Celui de Mattis alors ... J'ai sûrement loupé un truc, parce que ce n'est pas la faute du bouquin, il se lit même plutôt bien, c'est de l'honnête polar ethno.

Ce n'est pas très grave comme problème ceci dit, le livre peut commencer au deuxième chapitre, finalement, mais alors pourquoi Olivier truc a écrit le premier, l'est pas idiot l'auteur, c'est donc moi ! Je n'aime pas me sentir comme un renne égaré. Même si moi, j'ai gardé mes deux oreilles de chaque côté de ma tête, ce qui est déjà pas mal vu les moeurs locales.

30/10/2013

La saison de l'ombre Léonora Miano

55.pngLe parti pris est risqué, passionnant dans l'idée, justifié par la démarche, la marche même de l'histoire, si tant est que celle-ci marche sur deux pieds. En ce qui concerne l'histoire de la traite négrière, elle n'a qu'un pied, celui des blancs ; journaux de bord, témoignages, registres, fourmillent. Du côté des déportés, le silence. Forcément, sans écrits, pas de paroles.

L'auteure prend dans "La saison de l'ombre" le parti pris d'en reconstruire une, de parole. Elle part d'un clan, celui des Mulongo, en Afrique subsaharienne, qui vit loin des "côtiers" qui eux connaissent "les pieds de poule" depuis longtemps et avec lesquels le traffic des hommes est en train de se mettre en place. Ce dont les Mulongo ignorent tout. Une nuit, celle du grand incendie, va bouleverser l'équilibre du clan : cette nuit-là, sans que l'on sache pourquoi, des maisons ont flambé, les villageois se sont enfuis, éparpillés dans la forêt. Au matin , manquent douze hommes, dix jeunes, juste initiés, et deux adultes dont le "médecin" du village. Le clan n'a pas de repères pour comprendre. Le clan cherche des solutions, des clefs.

Dix femmes sont mises à part dans une case commune : ce sont "les mères des fils qui n'ont pas été retrouvés". Une tentative pour maitriser la situation suggérée par l'Ancienne, l'accoucheuse du village. Ainsi, le malheur pourra se dire entre elles, et le village se recontruire, sans être contaminé par leurs pleurs. Après, elle reviendront. Et eux, ben, on ne sait pas, c'est cela le problème, que faire avec une situation grave, et surtout, inconnue ...

L'imaginaire du clan est un imaginaire collectif et lié à une lecture magique du monde, un imaginaire taillé à la mesure de ce qui est connu du clan, nourri de ce qui a été fait avant et conduit par les règles connues. Le clan vivant en quasi autarcie, toute chose nouvelle ne peut être conçue que par l'étrangeté. Un des défis de ce livre, est de reconstituer ce qui n'a jamais été constitué par ceux qui vivaient là, comme une culture, une façon de vivre, confrontable à des choix, des comparaisons. Les Malongos ne connaissent que leur coutumes ... Il y a bien les Bewle, avec lesquels ils ont commerce parfois, et qui ont d'autres façons de faire, mais peu le savent.

Dans la case commune, pendant que le chef du clan tourne en rond et que son frère tente une récupération du pouvoir à son profit, toutes les femmes ne pleurent pas pareil : elles rêvent, entendent leurs fils aînés, et presque toutes se soumettent, jusqu'à ce que l'une d'elles ne s'écarte du rang et aille chercher un bout de connaissance.

 Evidemment, il faut bien que le roman se fasse et pour cela qu'à l'ignorance du clan succède la connaissance même incomplète et lacunaire de la traite négrière, il faut que le lecteur s'avance lui aussi dans l'histoire non dite, vue par ceux qui ont disparu, c'est là où le parti pris est risqué. Il fonctionne parce que rien n'est trop dit, trop appuyé et que l'écriture est limpide, se limite dans ses effets, se cantonne à des personnages à la parole possible.

Le paradoxe de cette posture est d'ailleurs souligné par l'auteure dans sa postface. Entre autres documentations ( que l'on devine abondante, mais qui ne sent pas du tout dans le roman), Léonora Miano cite un rapport " La mémoire de la capture", sans lequel, dit-elle, "La saison de l'ombre" n'aurait pas vu le jour sous cette forme" mais dont le titre pose l'ambiguité de cette "mémoire", puisque justement, elle n'existe pas ; "Quelle mémoire avons-nous, en effet, de la capture ?" d'un clan d'hommes oubliés, dispersés, déportés, disparus, silencieux ....

18/09/2013

Ni fleurs ni couronnes Maylis de Kérangal

ni fleurs ni couronnes, maylis de Kérangal, Deux textes courts qui se répondent en écho, alors que les deux histoires n'ont à priori presque rien à voir l'une avec l'autre, elles sont pourtant indissociables comme deux soeurs jumelles en miroir. "Ni fleurs ni couronnes" est une histoire glacée, "Sous la cendre" est une histoire brûlante.

Dans la seconde, deux jeunes hommes, Pierre et Clovis,deux amis rencontrent une jeune fille avant de prendre le bâteau qui les mènera à Stromboli. Antonia, une longue branche pas vraiment belle pour l'un, et pour l'autre délicieusement charnelle. D'elle, on sait aussi peu de choses : juste qu'elle aimerait vivre en cette île sombre et lumineuse. Cette nuit-là, ils vont gravir le Stromboli, par jeu, défi, en jouant du moins un drôle de jeu de corps et de désirs.

Dans la première, un jeune homme seulement et une jeune fille, aussi, un naufrage, celui du Lusitana. La jeune fille n'est pas du village, Finbar, si mais, il allait en partir pour aller chercher, comme ses frères avant lui, fortune ailleurs. Elle, elle est  venue là pour chercher un cadavre dans l'eau noire, un amant, un amour, sans doute ... La mer ne rend pas les cadavres que l'on cherche, pas forcément. Et arrive le temps des primes données pour les morts retrouvés, et les plus riches morts sont les plus fortement dotés. Alors, sans trop de mots, ces choses-là sont dites entre eux ...

Dans une histoire, on plonge dans l'eau glacée des hauts-fonds du trouble du désir, dans l'autre, dans la moite ascencion de son mystère. L'une et l'autre sont d'une force d'écriture assez singulière. Denses, rondes, tendues, les phrases sont moins maniérées que dans "Corniche Kennedy" ou "La naissance d'un pont" (maniérées au sens baroque du terme, je veux dire alambiquées exprès pour faire joli, mais pas joli bêtement). Le style est plus classique, en fait, mais prenant à coup sûr les accents de contre points des textes ultérieurs de cette auteure. (Bon, je sais, je ne devrais pas essayer de parler style, je me prends toujours les pieds dans mes phrases, moi, sur ce coup là). Cette plume a en tout cas et la manière de prendre le mot rare au filet. Comme dans "Corniche Kennedy", le corps est central et dynamique ( de dynamite, à conjuguer comme un verbe) les regards où tout se joue, sans douceur et peut-être même sans amour, mais dans une grande beauté, inutile, et donc d'autant plus nécessaire.

Un petit bijou, avais-je dis de "Pierre, feuille, ciseaux", mais alors je ne connaissais pas encore cette perle rare, irrégulière et acérée.

Le seul problème, c'est que maintenant, je crois bien que j'ai tout lu de la Maylis, et rien d'elle ne se pointe en cette rentrée littéraire ...

 

 

05/09/2013

L'attentat Yasmina Khadra

plage-Tel-Aviv-1-.jpgLongtemps j'ai cru que Yasmina Khadra était une fille. Ce qui n'a strictement aucune incidence, ni sur son oeuvre ( je le suppose, du moins ...), ni sur ma lecture, évidemment, c'est juste pour dire que je connais très mal cet auteur, que je n'ai pas lu les fameuses "hirondelles de Kaboul", que ma copine A.B. m'a si chaudement recommandé, avant de se lasser, et moi, d'entamer le bifteck par un autre bout, du coup. J'ai pris "L'attentat".

Le narrateur est le docteur Amine. Le docteur n'a rien d'anodin, il cumule : il vit à Tel Aviv, il est un chirurgien renommé, il est marié et heureux de l'être avec cette femme-là (il aurait pu une autre, il aurait tout pu, mais non), il habite une belle maison dans un quartier qui montre sa réussite, il est respecté par ses collègues, surtout par une, il a des amis solides. Il est un modèle de l'intégration. Amine est d'origine bédouine, pauvre, musulman, palestinien, quoi ... Et il a choisi la nationalité israélite et la réussite, pas par opportunisme, mais parce qu'il voulait être médecin, et qu'il y croit. Un social traitre innocent, en quelque sorte.

Un jour, le ciel lui tombe sur la tête, pas que sur sa tête à lui, d'ailleurs, mais on dirait que si, pourtant. Tel Aviv, un attentat kamikase, dans un restaurant, une femme a fait exploser un groupe d'enfants, et il se trouve que cette femme, c'est celle d'Amine, sa douce moitié, croyait-il, si discrète modeste, si belle, si heureuse, croyait-il. Dire qu'il en tombe des nues est peu de chose. Le sol s'ouvre devant ses yeux et il peine à comprendre, ce que l'on peut comprendre. Il n'a rien vu, rien entendu, rien compris, il cherche à voir, à revoir à postériori ( ben oui, forcément ...), ce qu'il n'a pas vu, le signe qui disait que, le moment où il aurait pu voir, peut-être empêcher ... Il cherche des traces, à qui la faute, met ses pas dans ses pas à elle, qui l'a entrainée, à qui la faute, pas la sienne, celle des autres, de quels autres, des autres terroristes, futurs kamikases, eux aussi. Il retourne sur ses pas à lui aussi, une quête vers l'impossible réconciliation du petit arabe et du médecin israélien, de papiers officiels, du moins.

Autant le dire tout de go, Amine ne m'a pas entraînée dans sa quête. Trop centré sur lui même, sur ses racines à lui, ses motivations à elle. Le sujet, le terrorisme ( ce qui n'est quand même pas évident), m'a paru trop superficiellement traité. Je sais, ce n'est pas un documentaire, ce n'est pas un reportage, mais pour moi, normalement la fiction apporte une force à la réalité, surtout l'incompréhensible, mais là, pour moi, elle est à courte vue. Un homme aime une femme et s'aperçoit qu'il ne la connaissait pas, qu'il ne connaissait son pays, qu'il n'avait pas vu le mur, la pauvreté, la haine ...

Une lecture qui m'a génée par la restriction de l'angle d'attaque, qui m'a semblé réducteur.

31/08/2013

Au plaisir de dieu Jean D'Ormesson (2)

2-_Paul_Poiret_-_robes-e6d96.jpg"Au plaisir de dieu" est la devise de la vieille famille d'aristocrates qui se dilue dans l'histoire. C'est dilution, ses causes, ses frémissements qui font le sujet de ce livre. Moi, bêtement, j'ai cru que c'était l'histoire de la famille DOrmesson, vu que le narrateur dit "je", enfon "nous", surtout parce qu'il se fond dans cette entité, celle de la famille, ce qui ne correspondait pas à l'image que j'avais de Jean D'Ormesson, plutôt peu versé selon mes préjugés, dont j'ai déjà causé, dans la modestie. Il semblerait que ce ne soit pas complètement autobiographique malgré tout.

Le "Nous" majuscule se constitue du grand -père, des ascendants orgueilleux depuis toujours, simples à leur façon particulière, paternalistes sans le savoir, attachés aux valeurs de la terre, la leur, hein, pas la France, mais leurs champs, leur chateau, leur domaine qui inclut aussi leurs gens, comme on dit ( enfin, comme ils disaient). Dans les valeurs, il y a aussi la religion, comprenant les premiers rangs à l'église dans les fauteils rouges, et le repas avec le curé qui aime les pets de nonne.

Et puis, ce dont il ne manque pas ce "nous", c'est de la conscience de sa représentation et de légitimité, à être "Nous", en attendant que le roi revienne, le légitime. Le roi, la famille, dieu, c'est un peu la même chose pour ces gens-là. Ils ne sont d'ailleurs pas si désagréables que cela, la tante Gabrielle, l'oncle Paul, l'oncle Pierre, la tante allemande psycho-rigide, les cousins Pierre, Paul, Jacques, mais ils sont peu incarnés et ils se dissolvent dans le temps, la modernité, qui les rattrape, les submerge, leur fait des croche-pattes par derrière. La modernité est en marche, le temps s'accélère et n'est plus le leur, ce temps moderne qui est celui de l'argent, l'argent qu'ils avaient et du coup, qui n'avait pas beaucoup d'importance, l'argent qu'ils ont de moins en moins vu qu'ils ne savent pas en faire, eux les ancrés dans l'histoire, dans le passé immobile, et du coup, l'argent qui fuit et la famille qui se disperse.

On passe avec eux un moment, puis ils disparaissent.

J'ai été interressée par cette (longue quand même) présentation de, et réflexion sur, ce monde surrané, et j'ai  un scoop, j'ai un point commun avec D'Ormesson, comment la grande Histoire fait faire des bulles à la petite, me passionne. Cependant, la petite histoire, je la préfère plus incarnée dans des gens, plus décrits, plus anecdotiques, moins vagues, moins esquissés. On voit bien que c'est volontaire, pour faire photo de groupe de fantômes, mais quand même, une coiffure par si, une robe de chez Poiret, décrites en plus ne m'auraient point gêné. Une évation d'un temps perdu plutôt agréable à lire, D'Ormesson écrit bien, c'est un fait (M'enfin, n'est pas Proust, juste proustien ...)

 

17/08/2013

Mélo Frédéric Ciriez

mélo,frédéric ciriez,romans,romans françaisOn suit trois personnages, un par partie, reliés par peu de chose, le lieu unique où ils évoluent, Paris, deux objets, un portable et des SMS, un briquet rouge à lèvres qui a pour principale fonction de projeter quasi grandeur nature des images de femmes nues où on le souhaite, les murs, sa peau, le creux de sa main, le long de sa cuisse. Des femmes en vrai mais pas vraies, pour tous les goûts, de toutes les races, de toutes les couleurs, de peaux ou de cheveux, comme dans le fond des petits verres de saké.

Chaque personnage est marqué par l’obsession, sous différentes formes, de soi.

Le premier personnage est tout ce qu’il a de fade. Syndicaliste de bureau, solitaire et dépressif ( il n’a même pas le droit au substitut sexuel du briquet lumineux, lui, pourtant, c’est peut-être lui qui en aurait eu le plus besoin …), il est mort dans sa voiture, une Xantia blanche, ce qui semble avoir une importance à cause du nom de la voiture. Avant, il a eu une vague enfance, de vagues heures d’étudiants, il vaque à une fête, et surtout, il conduit sa voiture sur le périphérique en écoutant la radio raconter une histoire de légende urbaine. De lui, on ne sait pas grand-chose de plus, ce qui fait qu’on ne regrette pas vraiment de l’avoir connu vivant, ( d’ailleurs, l’a-t-il vraiment été ?).

Le second personnage est relié au premier par la connaissance en vrai, ce sont juste donc des connaissances, le second envoie au premier  des SMS sans savoir qu’il est déjà mort pour que le syndicaliste vienne assister au triomphe du deuxième, un sapeur congolais qui se nomme de lui-même Parfait.  Parfait, il se veut, Parfait il se fait, pour cette nuit là qui va être celle de son triomphe. Avant, dans la vraie vie, il est conducteur de camions poubelles, dans le dixième arrondissement de Paris. Il se parfume à Anteus de Chanel  pour tenir le rythme. Puis, il se sape et se prend pour le roi, cette nuit là doit être celle de son apothéose.

Le troisième personnage est une jeune fille, Barbara, son obsession à elle, c’est la vente directe, dans les rues de Paris qu’elle sillonne en rollers, à titre expérimental et individuel  pour l’instant mais son rêve est d’inonder les trottoirs de jeunes vendeuses à tee-shirts  et à roulettes, paniers sur l’épaule. Son panier, elle l’appelle  « Gloryfier », les briquets à femmes nues, c’est elle qui les vend (elle les utilise aussi un peu, mais pas autant que Parfait qui s’en sert en miroir ….), au milieu du fatras de camelote qu’elle refourgue avec bénéfices aux touristes : brumisateurs, parasols de tête,  qu’elle tient d’une main de maître sur ses épaules qu’on imagine frêles, même si la jeune fille est de tête de jambes solides, et un peu de courses folles, aussi.

Un roman très bien écrit ( trop ?), drôlement intelligent, truffés de petites trouvailles narratives originales, mais seule Barbara m’aura vraiment entraînée dans son sillage. L’originalité des situations pourtant simples et quotidiennes sont indéniables : les bureaux du syndicaliste au-dessus de l’agence de mannequins « Elite », la description de Paris vue par ses poubelles, les silhouettes de ces femmes nues venues d’ailleurs qui éclairent un moment un coin d’escalier, un studio minable relooké, un coin de peau …. Des digressions sont glissées  dans cet « infra-ordinaire » scruté à la loupe ; les noms de voitures qui portent des noms de déesses anciennes et oubliées …

Des agacements aussi, surtout lors de l’interminable logorrhée de Parfait, le sapeur imbu de lui-même au point que l’on n’en puisse plus de lui-même ( je me doute bien que c’est l’effet voulu), et au hasard de quelques tournures répétées ( c’est voulu aussi, je me doute) jusqu’au systématisme, c’est travaillé au quart de poil de mots près, (trop ?)

Cependant malgré mes quelques froideurs, ( mais ce n'est pas un roman qui se veut chaud non plus) chaudement recommandé par Manou, et par Maylis de Kérangal ( oui, je frime un peu, mais c'est juste que Manou m'en parlait et que Maylis de Kérangal était devant nous sur le stand du salon du livre de Saint Malo et était d'accord avec elle, je ne pouvais donc résister ...)

07/08/2013

L'adversaire Emmanuel Carrère

l'adversaire,emmanuel carrère,romans,romans français,dans le chaos du mondeC’est le premier roman d’ Emmanuel Carrère que je lis, et du coup, ce n’est même pas un roman, enfin, pas vraiment une fiction puis que l’auteur y retrace à la fois la trame d’un fameux fait divers tragique et quelques moments de la genèse de ce texte entre lui et Lui, L’Autre, celui que l’on ne comprend pas ( D’ailleurs, je n’ai pas non plus compris le titre, L’adversaire intérieur ? L’auteur contre le personnage ? Aucune de ces interprétations ne me paraît pourtant correspondre à la démarche de l’auteur.) Emmanuel Carrère retrace le parcours biographique de Jean Claude Romand, le mensonge fait homme, la schizophrénie incarnée, le monstre, le Diable, capable pendant dix ans de mener une double vie à la barbe de tous ses proches, ses plus intimes. Un homme double face intérieure. Côté pile : un jeune homme effacé, voire fade, peu enclin à l’aventure, studieux et ennuyeux, transparent jusqu’à l’insignifiance qui devient un chercheur brillant, bien payé, marié, deux enfants, école catholique pour eux, femme au foyer pour elle, quartier plutôt chic, amis respectables, homme respecté, une maîtresse, presque malgré elle, adulée et qui fera, par hasard chapoté le fragile échafaudage. Face sombre : un escroc de pâle figure, un arnaqueur des occasions qui se présentent, un oncle atteint du cancer, un beau-père qui tombe de l’escalier, des parents qui l’adulent, et puis le meurtrier du seul cocon qu’il s’était fabriqué par amour ? peur ? le tueur de ses enfants, de sa femme, de ses parents, l’incendie de sa maison, la tentative de meurtre de sa maîtresse, son suicide : orchestré ? véridique ? petit mystère insignifiant tant est insondable l’abîme de cette « vie » incompréhensible et que l’auteur ne cherche pas vraiment ni à comprendre, ni à nous faire comprendre. Il donne les éléments biographiques, les vérifiables, laisse les points d’interrogation où ils sont. Il s’efface, reprend les rênes de temps en temps, pour nous montrer qu’il les tient même si il ne sait pas trop où il va et l’assume sa tagente. Il prend de la distance, ne rentre ni dans l’empathie, ni dans la haine viscérale. Au bord du gouffre, il regarde patauger celui qui ne sortira pas du sien. Cette position instable, il la tient très bien. Témoin qui ne se veut pas privilégié, il écrit à Romand, reproduit sa lettre et sa réponse, les quelques prise de contact qui ont été indispensables à la réalisation du projet d’écriture. Il dit avoir été sur certains lieux, sans les hanter, les parkings où Romand attendait le moment de rouvrir la porte de sa façade. Il dit comment elle se fissure, puis s’écroule sur ceux que le tueur dit avoir tellement aimé qu’il les a tué. L’auteur hasarde : pour qu’ils continuent à toujours l’aimer lui, le encore vivant, ne pouvant faire autrement, eux morts ? Carrère fait court et efficace. Du procès dont il fut le témoin, il ne donne que quelques témoignages, évite le grandiloquent et les effets de manche des désespoirs, qu’il a dû voir, dont il ne dit rien. Reste celui d’une visiteuse de prison, qui voit en Romand l’incarnation de la Rédemption chrétienne et celui de l’institutrice de son fils qui avoue avoir lié avec lui, alors déjà meurtrier, une relation sentimentale …. Que ces deux visions de l’homme démon qui se ferait ange de douleur troublent toute réponse m’a semblé participer à la démarche de l’auteur. Il n’y a pas de réponse, pas de ce monde en tout cas, du coup peut-être dans l’autre, si on croit en l’autre, évidemment. Sinon, on reste coi. Comme moi, quoi. Merci à Ingannmic, qui m’a donné ( une fois de plus ….) envie de lire ce livre ( dont mon homme a dit : « Il est très bien »)

04/08/2013

Le turquetto Metin Arditi

romans,romans suisses,romans historiques? le turquetto,metin arditiConstantinople 1531, un lieu une date, un rêve, celui d’Elie, petit juif à face de rat de devenir peintre, et une honte. Elie a honte de son père, un vieillard encore jeune, malade et épuisé qui se pisse du sang dessus et va mourir. Le père est pourvoyeur d’esclaves, il va vendre de belles caucasiennes pour les sérails, aidée par la vieille Arsiné, qui a tendu le sein au petit Elie et a éduqué bien des jeunes femmes aux services des autres corps. Mais son temps est fini. Mais Elie est aussi une honte pour son père, sa communauté. Dans sa religion, celle du livre, du mot, on ne doit pas reproduire les figures humaines, ni évidemment celle de Dieu. Or Elie dessine tout ce qu’il peut et tout ce qu’il voit : les belles esclaves dénudées, les volutes, les fresques, même celles des églises catholiques : la vierge qui va au ciel et les anges byzantins des plafonds. La peinture, il ne connait pas, il utilise de l’encre pour les pleins, les déliés, les profondeurs, de la belle encre que fabrique l'artisan puriste de la rue des fabricants d'encre, de celle qui ne s'effacera pas ... Elie embellit les visages, les caresse de sa plume, les recréé.

Elie caresse même l’idée d’entrer dans un couvent, pas pour la gloire de Dieu, n'importe lequel, se convertir ne le gêne pas si on le laisse reproduire ce qu’il voit. Sans honte. Elie n’est pas très religieux en ces temps où pourtant, elle conditionne tous les statuts, les rangs et les droits, surtout on le sait celle des communautés juives. Et c’est en s’engouffrant dans une brèche de l’histoire qu’Elie le juif deviendra le Turquetto, peintre chrétien, à Venise.

S’engouffrer dans une brèche de l’histoire, c’est ce que Metin Arditi a fait aussi. Il est parti d’une particularité d’un tableau, « L’homme aux gants », longtemps attribué au Titien, dont il s’avère que la signature est en deux temps : un T, en gris foncé, et ignacianus, ajouté ensuite, en gris bleu. Ce qui laisse supposer que le tableau ne serait pas du grand maitre, mais d’un de ses élèves, passé à l’obscurité. C’est là où se glisse l’ombre d’un Elie oublié. L’auteur ne cherche pas à résoudre l’énigme, il brode autour, une bien belle toile surgit alors, avant de boucler la boucle et de laisser se refermer les destins : une Venise d’intrigues, de rivalités religieuses, de coups en douce et d’apogée de l’art, où les communautés s’affrontent à coup de commandes de « Cènes » et de « Vierges à l’enfant ». Ainsi s’étalait la puissance de l’église Catholique sous couvert de messes basses dans les ruelles des canaux et de coups tordus dans les ateliers des peintres et les refectoires des couvents … Une Venise de l’intolérance aussi bien qu’un objet d’art où l’on croise le Titien et une bien belle modèle rousse.

Le personnage du Turquetto se faufile entre les silhouettes rehaussées, sur cette trame bien brossée de rédemption et de toute honte bue et révolue. ( quelques bémols pour l’accession à la rédemption quand même, le chemin de croix est un peu gros, mais bon, tant pis, le reste est si bien)