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01/08/2013

La liseuse Paul Fournel

la liseuse,paul fournel,romans,romans françaisSi on s'en tenait au titre, l'héroïne de ce roman ( ou plutôt de cet essai sous forme de fiction) serait la tablette noire, froide, insensible, inodore, trop petite ou trop grande qui échoit à monsieur Dubois, liseur de manuscrits professionnel travaillant dans l'édition depuis bien longtemps. Il aurait pu s'en faire une ennemie, à priori le numérique, c'est pour les jeunes, les branchés, les non lecteurs quasi.

Comme on la lui impose, comme une épreuve de modernité imposée, il finit par l'apprivoiser, non sans la soumettre à une série d'expériences, destinées à l'humaniser, traces de doigts du boucher, traces de crème patissière ... Elle lui tombe sur le coin du nez, il la trimballe dans toutes les positions possibles, tente de l'aveugler dans la lumière, et puis non, la liseuse n'étant pas soluble dans le Brouill, il finit par l'adopter, sans la vénérer, il en voit les limites, mais puisqu'elle est là, cette machine sans bruit, sans poids, sans odeurs, autant lui faire une place à côté d'une belle assiette de cervelle meunière. Voire lui imaginer une fonction littéraire.

Ce qui fait que finalement,  l'héroïne de ce roman-essai est la lecture, ou plutôt la passion pour la chose écrite et à éditer, numérique ou papier, ce qui fait que je parle d'essai vu que, si je me trompe, l'auteur, Paul Fournel est lui même de la partie, et est aussi oulipien (il fait même appel à ce que Pérec aurait fait de ce nouveau joujou en terme de potentiel de création, ce qui évidemment ne peut que me réjouir vertement). Il construit donc son personnage, monsieur Dubois, comme un éditeur à "l'ancienne", attaché à la chose écrite, à la qualité de ce qui est marqué dedans mais aussi rompu aux tactiques mercantiles nécessaires et non réfractaire à ces fameuses "nouvelles technologies". On échappe donc au :  "ça va nous tuer le livre, ma bonne dame" ... Et monsieur Dubois confie à une bande de stagiaires, avec la complicité de ses écrivains maison, et dans le dos de son grand patron, Meunier, qui le prend pour un "has been" un peu couillon, l'exploration du potentiel numérique comme potentiel littéraire de qualité s'il vous plait et cette mignonne jeunesse mijote aux petits oignons une série d'applications dont on aimerait qu'elle existent vraiment, regroupées "Au coin du bois" pour faire la nique à son grand chef et à pas mal d'idées reçues.

Délicieux pied de nez à la soit disant "révolution numérique", puisque l'auteur considère que la révolution est l'état normal de l'édition, d' autant plus délicieux même qu'il s'accompagne d'un tableau du monde de l'édition à croquer : la scène du show des auteurs devant les représentants de commerce qui vont sillonner les routes de France pour vendre leurs livres aux libraires surbookés est aux petits oignons, de même que le portrait des auteurs maison, à la fois fidèles, prêts à trahir, appâtés par le gain et tourmentés quand même par la qualité. Ce qui est réjouissant, est la position du personnage qui échappe aux hypocrisies avec légéreté : oui l'édition est affaire de rentabilité et de chiffres, oui l'édition est goût de la lecture et non, ce n'est pas incompatible avec les plateaux T.V. et les salons du livre à aligner. Ce qui n'empêche une certaine lassitude face à l'uniformité des textes à lire, en cela le numérique ne changera rien.

La fin, un peu tristounette, ne m'a pas gâché un délicieux moment de lecture avec clins d'oeil fournis en prime à l' ancêtre "Apostrophe", sans nostalgies inutiles.

28/07/2013

Nouilles froides à Pyongyang Jean-Luc Coatalem

 

nouilles froides à pyongyang,jean luc coatalem,récits de voyages,corée du nord,récits autobiographiquesNote inachevée de mon homme :

"J'ai acheté ce bouquin au rayon "culturel" du Super U de mon quartier. J'aurais pu prendre le bus pour aller dans une librairie du centre-ville pour avoir meilleure conscience, mais je ne l'ai pas fait alors, lapidez moi. C'est quoi un circuit court en littérature ? ça n'existe problablement pas.

"Nouilles Froides à Pyongyang" se présente comme un récit de voyage, genre qui me fait imédiatemment craindre le pire: j'en ai rien à secouer des descriptions interminables et des émotions ressenties devant Petra, la route de la soif ou l'étang de Loudéac (22). Bref, Coatalem decide d'aller en Corée du Nord en se faisant passer pour un repésentant d'une agence de tourisme, accompagné d'un ami qui n'a jamais quitté l'hexagone. Ils sont pris en charge par par des Kims (tout le monde s'appelle Kim) et découvrent un pays ou la vacuité se bat avec l'ennui et la misère. On sait tous que la Corée du Nord est une dictature épouvantable mais ce que Coatalem nous apporte, c'est la vision d'un voyageur où il n'y a plus de voyage. On est au-delà du récit de voyage, on se rapproche du théâtre de l'absurde. Certes, l'analyse géopolitique ne dépasse pas souvent l'anecdotique mais, comme un photographe, Coatelem nous envoie des polaroids qui permettent au lecteur d'en savoir un peu plus."

Comme mon homme n'a jamais fini sa note, restée à l'état de brouillon pré-enregistré, ( au lieu de conclure par écrit, il m'a juste dit à l'oral, "C'est très bien" et est passé à autre chose, c'est-à-dire la lecture d'un roman que j'avais déjà lu et que j'avais aimé, pratique courante chez lui et énervante pour moi ...) Me voilà donc obligée de lire le bouquin pour pouvoir terminer sa prose (malgré un à-priori très négatif de ma copine A.M. sur la parole de l'auteur qu'elle a entendue à "Etonnants voyageurs") . Coincée entre les deux, j'ai donc plongé le nez dans ces "Nouilles froides".

Sans répéter ce qu'a écrit mon homme mais pour compléter quelque peu sa prose : ce voyage est un anti voyage. Dans un voyage, on visite, on traîne, on rencontre, on découvre. Là, non. L'auteur et son comparse, le dandy de salon Clorinde, sont sérieusement encadrés par les Kim : Kim 1, 2 et 3 sont leur trois guides qui s'encadrent eux mêmes en même temps, et le pays tout entier est encadré à son tour par les deux autres, le mort, Kim Jong-il, "le cher leader", " le cerveau parfait" et son fils, en activité dictatoriale, Kim Jong, "le grand successeur". La propagande, la délation et la peur ont rendu les paysages muets et les habitants sourds. Le périple avait été prévu d'avance et bouclé mais à l'arrivée, rien de ce qui était prévu n'est possible, fermé, en rénovation, ou juste pas possible. Mais tout est bouclé quand même, en pire : hommages obligatoires à la statue du dirigeant, achats obligatoires de bouquets de fleurs pour rendre hommage à ..., J.L. Coatalem ne visitera donc pas grand chose, un village de carton pâte qui se voudrait idéal, mais dont tous les enfants censés être visités dans l'école modèle ont disparu, une station balnéaire désertée par ses habitants ( et cadre d'une unique vision un peu lumineuse et qui en parait artificielle du coup ..), le tombeau fermé d'un empereur depuis longtemps défunt, les longues avenues désertes ... On a donc droit à un long défilé de chambres d'hôtel à l'hygiène douteuse et au confort déficient ( il est fait mention à chaque fois des toilettes qui ne fonctionnent jamais) où les deux comparses sont calfeutrés sans autre dépaysement que les livres apportés avec eux, ou la lecture des propectus de propagande récoltés par l'auteur dans la journée (et là, je couine ... l'auteur discute avec ses guides en français mais lit le nord coréen ? ou les prospectus sont traduits en français ?).

Leurs lectures finissent d'ailleurs par remplacer les paysages qui défilent derrière les vitres des portières qu'ils ne peuvent ouvrir selon leur gré, même pour les pauses pipi ( ce que l'auteur rappelle plusieurs fois, aussi, à croire que ce détail devrait faire spécialement sens ....), et même par alterner avec ce récit du non-voyage, J.L Coatalem nous résumant en partie "Mardi" de Melville, la seule évasion exotique qui lui reste, finalement.

Ce pourrait être drôle, mais il faut croire que je n'avais pas envie de sourire avec nos deux intellos en vadrouille dans une dictature. Bien sûr, l'auteur rappelle les atrocités du régime, cherche à nous les montrer mais c'est comme en passant, pour nous dire qu'il n'est pas dupe des apparences, de la corruption, qu'il est conscient de la misère, sans vraiment s'engager dans une documentation qui donnerait du souffle au récit, pour moi trop centré sur lui, son ennui, sa "turbulence" ( auto-portrait de l'auteur en visiteur désobéissant, mais pas trop), ses clairvoyances ( le genre on voit qu'il voit que c'est une dictature ...). Pour finir, je me suis interrogée sur l'utilité du comparse, le dandy dans le rôle se cantonne à lire du Paul Valéry dans la Pléïade, le pauvre !!! ( Ah, non, il a aussi aîmé ses chaussures en daim, je crois, lors d'une expédition dans la montagne, où tenez vous bien, il n'y avait même pas d'auberge accueillante en haut, il a fallu redescendre en bas pour que les deux touristes puissent manger, ce qui est un comble dans un pays où la population meure de faim). Ou alors, il est là pour faire contraste ? Comme un contre poids à l'indigence vestimentaire de ces masses terrorisées et condamnées à porter tous les mêmes fibres synthétiques qui doivent gratter sous les bras ?

Le pire, c'est mon homme : "Tu lis "Nouilles froides à Pyongyang" ? Finalement, avec le recul, c'est moins bien que je le pensais". Tout ça pour ça ...

 

 

 

 

26/07/2013

Nous n'irons pas voir Auschwitz Jérémie Dres

dt_common_streams_StreamServer.jpgC'est par un long périple que l'on arrive à un livre comme celui-ci, roman graphique, comme on dit en noir et blanc, au graphisme minimaliste ( enfin, que je dis moi, n'y connaissant rien en graphisme même a minima), pour l'auteur mais aussi, parfois pour le lecteur. Pour Jérémie Dres, c'est la recherche de son histoire familiale, pour moi, une histoire de rencontres qui m'amena un moment à marcher dans ce même pays que lui, à savoir la Pologne, sur d'autres traces que les siennes, mais assez proches pour qu' elles soient en écho ( notamment concernant l'attitude des autorités polonaises vis-à-vis de la conservation de la mémoire juive).

Le titre de cette bande dessinée pourrait paraître provocateur, mais tel n'est pas le but de cette histoire, ne pas aller à Auschwitz n'est pas nier Auschwitz, mais vouloir voir à côté de la "Catastrophe" en plus de voir la "Catastrophe". Cette démarche est le choix des deux frères, les deux protagonistes, Jérémie, l'auteur, donc, et Martin, plus "accompagnateur".

Unis par le souvenir de leur grand-mère, ils ont planifié leur séjour : Varsovie, puis Cracovie, pour un festival de la culture juive polonaise. Le hasard les mènera aussi dans la campagne, à Zolechow, une sorte de berceau en milieu hostile. Car on n'a cessé de les prévenir, les Polonais ne voient pas les gens comme eux d'un bon oeil, ne voient pas leur retour, ou leur recherche, comme un retour ou une recherche mais comme un acte d'intrusion, voire d'accusation.

Leur grand-mère n'a d'ailleurs pas cessé de leur répéter : "pas une Polonaise, ni une Allemande". Donc, acte, même si eux, ni pratiquants ni militants, semblent tout d'abord là en simples observateurs, tout étonnés de découvrir qu'ils ne sont pas les seuls chercheurs.

A Varsovie, ils cherchent les traces de leur famille polonaise, à partir de la seule personne qu'ils en ont connue, Téma Dres née Barah, à Varsovie et exilée à Paris dès 1921 et des seuls souvenirs qu'elle leur a racontés : sa mère, la chapelière, son père, l'entrepreneur de maison, quelques brides d'une histoire individuelle, l'histoire d'une maison à six étages qui n'en a plus que trois par la grâce d'une reconstruction " à l'identique" de la vieille ville de Varsovie .... De ce passé, ils retrouveront quelques pierres, mais surtout, ce qui est décrit, est la conservation problématique de l'histoire juive en Pologne, pendant la Shoah et avant la Shoah. L'auteur se place de maintenant : ce n'est pas ces "cinq années d'anéantissement" qui font de la Pologne le territoire du cimetière génocidaire qui est son point de mire, mais "le reste", c'est-à-dire " plus de mille ans de vie et d'histoire du peuple juif" en ce pays.

Ce que les frères constatent est qu'il en reste bien peu de choses de cette pourtant longue histoire, beaucoup de cimetières oubliés et d'oublis enterrés. Ils cheminent entre ce passé fantômatique et le présent en focalisant sur les tentatives de restauration de l'identité juive, ils rencontrent des rabbins ( dont un américain qui parle à peine polonais ...), des ex-exilés de 1968 ( rien à voir avec le 1968 que l'on connait), des juifs "nouveaux" qui se découvrent juifs et ne savent qu'en faire, d'autres, jeunes et branchés, ou encore des vieux militants d'une pléthore d'associations de pléthore d'obédiences, conservatrices, orthodoxes, réformées ... Ils apprennent et nous avec, de l'auteur de "La fin de l'innocence", Jean Yves Potel, comment les Polonais ont tenté de se blanchir, d'effacer le souvenir de la présence juive avant, de faire oublier leur rôle pendant, de masquer un antisémitisme prégnant encore après, sous couverture d'antisionisme, voire de méfiance anti communiste.  

Une bande dessinée documentée et documentaire qui alterne avec le parcours plus intimiste des deux frères. Un texte très personnel de Martin Dres clôt d'ailleurs les dessins de son frère, suivi de la reproduction de quelques photos de la famille et des résultats de leurs recherches. Ces ajouts ouvrent l'enquête sur le passé pour conclure cette histoire du présent. Bien vu.

On peut aussi compléter en allant voir le site officiel du livre qui présente le cheminement sous forme d'archives phographiques du voyage initiatique avec résumé et articles de presse. Et j'en profite aussi pour rajouter deux liens : le premier vers une note de Dominique qui présentait un livre ( que je n'ai pas encore lu) qui semble passionnant pour qui le sujet intéresserait : "La peur" de Jan Gross et un autre vers une présentation de celui de Jean Yves Potel, "La fin de l'innocence" ( que je n'ai pas encore lu non plus, nom d'une pipe !).

 

L'illustration choisie est celle de l'opération "I can stell see their faces" lancée en 1994 par Golda Tencer, ce sont des affiches immenses accrochées aux façades des maisons de la rue Prozna à Varsovie, réalisées à partir de photos de famille conservées par les survivants. Selon l'auteur, Jérémie Dres, ces façades sont délabrées et peu entretenues, (vouées à l'oubli ?).

 

 

 

12/07/2013

Le sanglot de l'homme noir Alain Mabanckou

le sanglot de l'homme noir,alain mabanckou,essais,négritudeQuitte à paraître obtue, il est très rare que je lise autre chose que des romans en soutenant que "L' histoire est l'enfant de la littérature ( Stéfanakis) ou que "L"histoire n'est pas la vérité du monde, la vérité, c'est le roman" (Robles). En fait, je collectionne les citations d'écrivains qui sont d'accord avec moi, en toute mauvaise foi, comme le savent les historiens de ma connaissance que je saoule régulièrement et qui le mérite de me laisser dégoiser ....

"Le sanglot de l'homme noir" n'est pas un roman, ni un roman historique, mais un recueil de quelques articles, essais ... très faciles et passionnants à lire. Mabanckou y propose des réflexions sur la représentation de l'identité "noire", "la conscience d'être noir". Il dit qu'elle est "une démonstration" fondée sur une idée reconstruite : la misère africaine serait de la faute des blancs, des colonisateurs qui auraient détruit une situation pré-coloniale idyllique : une Afrique du passé, fantasmée, unie dans sa diversité, riche de sa culture orale, de ses traditions millénaires et donc vues comme forcément bonnes. A cette vision qu'il récuse, il oppose d'autres constats : le rôle actif des tribus dans la vente des esclaves aux blancs, l'absence de littérature écrite, de langues aptes à la création littéraire, pour des raisons qu'il developpe, bien sûr, il ne dit pas évidemment que le français est supérieur à ces langues ...

Cela peut sembler assez provocateur mais le propos a le mérite de poser les questions autrement : il ne s'agit pas de flanquer le concept de "négritude" en bas de son piedestal, mais de le secouer un peu, de le dépasser en cessant de limiter l'identité africaine à celle d'un avant utopique et donc de regarder devant, sans toujours souhaiter un "retour" à une intégrité culturelle et linguistique "pure" que seuls les blancs auraient fait disparaître. Pour lui, l'histoire n'est pas si simple et s'est faite à deux. Pour avancer, les sanglots sont vains, le regret doit céder la place aux constats et à une bascule de la pensée plus dynamique. Et moi, je cède la place à l'auteur : " Il ne suffit plus de se dire nègre, de le hurler sur une place publique pour que dans la mémoire de l'autre défile quatre siècles d'humiliations. Il ne suffit plus de se dire originaire du sud pour exiger du nord le devoir d'assistance. Car l'assistance n'est que le prolongement subreptice de l'asservissement".

Et de montrer aussi comment la posture " du nègre en sanglot" fait le lien avec les idées d'extrême droite sur l'immigration en positionnant le "noir" comme autre, justement, en expliquant que tous les "noirs" ne sont justement pas frères de sang, qu'écrire en français n'est pas, selon lui, une collaboration avec l'ennemi mais une appropriation à faire, plutôt qu'à subir.

Son remontage de bretelles n'exclut pas et n'efface pas la responsibilité des "blancs", disons que cette simple opposition ne semble pas suffire. Mabanckou passe par l'exemple, le récit d'anecdotes, il se met en scène et met en scène ses remarques, les textes sont brefs, vivants et parfois aussi drôles ...

" Le sanglot de l'homme noir" visiblement n'a pas toujours plu, on peut le comprendre, il a le mérite, du moins pour moi, d'avoir un peu tordu le cou à certaines idées reçues et m'a fait regarder les choses un peu en biais. Ce qui ne peut jamais faire de mal.

05/07/2013

Debout sur la terre Nahal Tajadon

debout sur la terre nahal tajadon,romans,romans français,romans historiques,dans le chaos du mondeCe roman se situe en Iran, à peu près à la même époque que le génialissime "Persépolis" de Sajtrapi, le moment où le pays va basculer du règne du pétro-dollar du Shah à la révolution du tchador. Ce pourrait être une sage historique, mais non, pas vraiment. L'évolution du pays est suivie par celle de quelques personnages, un peu comme un cercle vicieux qui se referme sur lui même. Il y a des riches et des pauvres et pas grand chose au milieu et pas grand chose qui les lie. La frontière entre les deux mondes est ainsi bien marquée, et montrée.

Du côté des riches, il y a les pas intellos, en arrière plan, et les intellos, au premier plan, encore plus décalés du réel des pauvres que les premiers. Les riches pas intellos sont ridiculisés, profiteurs sans aucun scrupules, consommateurs disproportionnés de week-end à Paris pour une coupe de cheveux à la mode ou un nouveau sac Hermès de plus. Les riches intellos aussi sont ridicules, mais moins quand même au fur et à mesure, une pitié s'installe pour ces aveugles qui n'ont pas vu le mur s'écrouler sur leur monde de privilègiés.

Monsieur V. biographe de Victor Hugo, a soutenu toutes les réformes, tous les régimes, soigné jusqu'au bout de ses chaussettes rouges, il se gargarise de son statut d'homme qui a été pris en photo avec Néru, c'est un fantôche qui va être balotté et mis en touche par la déferlante. Ferreydoun est le "jeune heureux" réalisateur du feuilleton à succès de la TV iranienne, lui non plus ne verra rien venir. C'est un séducteur, jouisseur et chevalier servant de la belle et singulière Ensiyeh, richissisme héritière des terres de son père. Dans le roman, ce personnage porte aussi l'héritage de l'Iran des mille et une nuits. C'est par elle que l'histoire s'ouvre sur le passé des Khan, ces chefs de tribus ex-guerriers glorieux qui vont se voir forcés d'oublier leur splendeur pour devenir des gardiens de troupeaux de cultivateurs. Mais ces temps sont finis. Petit à petit, les réformes vont imposer la modernité, interdire le voile, permettre au luxe de s'étaler, indécent. Pendant que ceux-là s'arrosent du fameux "Habit rouge", les autres triment.

Les autres, dans le roman, sont résumés en quasi un seul personnage, Massoud, l'électricien. Au début, il en pince pour la modernité glamour des films d'amour qui passent au Chrystal Palace et pour la vendeuse du Monoprix en mini jupe qui fait des bulles avec son chewing-gum, et puis la parole révolutionnaire va le prendre et le porter en haut de la vague qui va balayer les premiers, ceux qui se sont abreuvés sans avoir vu la source se tarir.

Les riches sont balayés, certes, mais le roman n'est pas si tranché et leur laisse le droit à la nostalgie et un naufrage à la Titanic, avec un peu de classe, quoi ... tandis qu'ils doivent laisser la place à un autre monde dont les perversités se mettent aussi en place.

J'ai manqué un peu quand même d'arrière plan plus historique, les épisodes s'égarant parfois dans le burlesque, puis dans le pathétique ... Il n'en reste pas moins un roman de bonne facture, bien charpenté et documenté, même si cela ne se voit pas ( le côté documenté, je veux dire ...)

 

30/06/2013

Paulina 1880 Pierre Jean Jouve

imagesCAYLNC3U.jpgCe livre résonne d'échos littéraires d'un autre temps, il en devient un écrin exotique pour une histoire baroque, courte, exaltée et tragique, un destin de femme hors du commun et de tout naturalisme.

Paulina est la quatrième enfant d'une famille d'aristocrates italiens. La mère ne compte pas, elle s'est retirée en religion. Le père et un des trois frères veillent sur la jeune fille. Passionnée, excessive, elle brûle d'un romantisme noir, adore les images pieuses conmme d'autres les sacrifices païens et sanglants.

Riche et belle descendante, elle grandit, vouée au mariage, elle est convoitée, et donc surveillée et (bien) gardée. C'est un trésor que l'on enferme le soir à clef au fond du vieux palais où plus personne ne frissonne. Sauf que, le désir va venir gratter à la porte interdite en la personne de Michelle Cantarini, un comte ami de la famille de Paulina, de vingt ans son aîné, marié. Et Paulina va ouvrir la porte et trahir son père, et trahir son dieu. Amoureuse et sensuelle, la passion interdite des corps se heurte à la passion de la foi et cela fait des étincelles ...

Le texte se met au diapason de cette fiévreuse descente de l'âme dans les tourments de la culpabilité : étau mystique entre Lui et Lui, Paulina se hante elle-même. Les très courts chapitres alternent la voix exaltée et tendue de la jeune fille, au rythme frénétique, grave et comme possédé, très fin de siècle diabolique, et celle d'un narrateur extérieur qui reprend en écho la lutte entre aimer la chair et aimer le sang du christ. Les phrases courtes, le rythme saccadé qui souffle sur les braises ardentes de la tragédie, donnent un ton vraiment singulier à cette histoire à la thématique d'un autre temps mais j'ai vraiment apprécié cette impression surannée.

Paulina rejoint les grandes figures de ses femmes, "dandyes de la passion" que l'on peut retrouver dans "Les chroniques italiennes" de Stendhal, notamment, qui s'engouffrent dans le malheur d'un fait divers tragique comme d'autres se délectent d'un verre de lave fondue. Très décadent .....

Une lecture commune avec eeguab, grâce à qui je me suis enfin lancée dans ce roman noté depuis longtemps chez Ingannmic

24/06/2013

La liste de mes envies Grégoire Delacourt

la liste de mes envies,g. delacourt,romans,romans français,cup of tea timeEt justement, celui-là, il n'en faisait pas parti de mes envies (facile...) Trop entendu parler de lui, trop loué ... La libraire en me le prenant des mains qui ajoute, "Mérite pas tant", avec l'air de lui en vouloir personellement au bouquin. Je m'apprêtais à ne pas aimer du tout, donc, ce qui fut fait. Pourquoi lire ce livre alors ? Ben, parce que ce jour là j'avais des bus à prendre et beaucoup de temps à attendre entre les bus et que j'avais oublié "Tout ce que j'aimais" chez moi ( le titre que j'avais commencé la veille) et que un livre court et qu'on ne va pas aimer est tout simplement un choix logique quand on va prendre le bus et que l'on passe devant une librairie qui le vend en poche.

Qui plus est, il se trouva être parfaitement adapté à mon moyen de transport. Comme il a été beaucoup lu, encensé, etc ... il m'a donné droit à un ou deux sourires, à un ou deux regards sous-entendus, un coup à vous transformer le bus urbain en blog de lecture de fans de "La liste de mes envies". Enfin, toutes proportions gardées, la plupart des passagers normaux continuant quand même à lire leurs textos et à téléphoner pour dire à quelle station ils en étaient de leur trajet .... Faut pas rêver de tant de bonheur ni d'idéalisme naïf.

Or d'idéalisme naïf, ce livre ne s'en montre pas avare. Et ron et ron, il était une mercière, et ron et ron, il était un petit patachon qu' était contente d'être une mercière patachon. Une mercière qui ne gagne pas un rond, qui est sur le retour d'âge, dont le corps se laisse aller, dont le mari, son Rudolf Valentino à elle, s'enfile des Tourtel devant son téléviseur Radiola, après lui avoir craché sa colère à la figure et lui avoir fait toucher le fond à sa moitié, cause que ce serait sa faute à elle si le dernier bébé était mort né. Mais la mercière cache des beautés secrètes, notamment un coeur pur, dirait l'ermite de Manu, et un blog de tricot qui remonte le moral à des tas de petites vieilles,  et deux super copines coiffeuses, jumelles en quête d'homme (s) pour toujours, à la cuisse légère, qui lui font des manucures gratos, vu qu'elles n'ont pas beaucoup de clientes non plus et un peu pitié d'elle aussi. Mon dieu ... Pour un peu, j'en serais devenue pro capitaliste, par esprit de contradiction...

La mercière, elle va gagner une fortune au loto, mais elle ne va rien dire, non, non .... au lieu de grimper aux rideaux du luxe et de la facilité, elle va choisir de garder son petit coin à elle de tapis en classe éco. Elle qui rêvait d'être l'Ariane de Solal et qui n'a eu droit qu'aux bruits de la chasse d'eau de l'amour et au camping avec attractions en plastique, ben finalement, elle se rend compte que c'est ce qu'elle préfère, et d'égrener la liste de ses envies, à elle, bien modestes, de ses envies à lui, de pacotilles. Elle veut garder ce qu'elle a et continuer à aimer ce peu là, avec juste des petits trucs en plus, mais qui ne dérangeraient pas son ronron pataton.

On comprend alors le goût pour ce livre, si à contre courant des "choses modernes" : il égrène quelques jolies images de l'enfance de Jo (la mercière), de sa mère artiste, de son père qui l'aimait, mais on se croirait dans les années 50 côté condition féminine et vision du couple, Jo sort d'une sorte de roman photo à l'envers ; finalement, hein, contentons-nous de ce la vie nous donne, et puis ma bonne dame, l'argent ne fait pas le bonheur, il ferait même le malheur, le saligaud, si on le laissait faire...

Honneur donc à la mercière qui fait de la résistance à l'appât du gain et à la consommation de luxe facile... une nouvelle femme libérée va enfin naître ! Vive Moulinex et à bas la libération sexuelle ! ( j'exagère un peu parce qu'à la fin, on a quand même droit au coup du prince charmant et à la crapaude qui renait de ses cendres ...)

17/06/2013

Notre-Dame du Nil Scholastique Mukasonga

apparitions_kibeho.jpgCe n'est pas une histoire qui se déroule lors du génocide des Tutsi par les Hutus, comme je le croyais, c'est une histoire de l'avant, de l'entre-deux, de la préparation de la chute du décor dans le fracas des armes blanches. Moboutou est encore au pouvoir, la révolution sociale a imposé la pratique des quotas et fixé le nombre de Tsusi autorisés à travailler ou à étudier. Le lycée de jeunes filles de Notre-dame du Nil semble loin des remous alors qu'il en bruisse.

"Il n'y a pas de meilleur lycée que le lycée de Notre-dame du Nil. Il n'y en a pas de plus haut non plus (...). on est si prêt du ciel", dit la mère supérieure en joignant les mains". et pas loin de l'enfer non plus, ce qu'elle se garde bien de voir.

Dans ce lycée, donc, il doit être formé l'élite féminine du Nouveau Rwanda, des femmes lettrées pouvant être actives, et aptes à l'emploi, efficaces, modernes ... Mais sous la direction des soeurs chrétiennes, cela fait comme une drôle de dichotomie ... Elles, elles sont  garantes du respect des bonnes moeurs de la civilisation blanche coloniale. Les jeunes filles portent l'uniforme, et la confection des bandes hygiéniques reste un art du non-dit.

Ce monde est clos ; les soeurs veillent à la garantie morale et virginale des jeunes filles, du moins, en apparence, l'aumonier à leur pratique de la charité ( même celle à son égard) et chaque année l'intendante distribue le même nombre égal de boites de Fanta lors du pélerinage annuel au pied de la vierge qui surplomble la source mythique du Nil. C'est une vierge de Lourdes dont le visage a été repeint en noir pour faire local. Du coup, elle a le nez droit des Tutsi.

Le roman commence dans cette ambiance surannée où deux idéologies se superposent, le temps semble s'être arrêté avant la ruée au meurtre. Les professeurs sont des belges compassés que les élèves cotoient de loin, ou de jeunes français en rupture de ban après 68 qui portent guitare, cheveux longs et lisent "Salut les copains", objets de scandale et de curiosité ... Les jeunes filles sont majoritairement hutus. Filles de ministres, de haut fonctionnaires, leurs études haut de gamme ne sont que le prétexte donné à la "modernité" du nouveau régime. Bien loin d'être actives ou efficaces, elles seront données comme vitrine à celui que choisira leur père, pour la fierté de la famille et du clan. Elles le savent et jouent le jeu.

Gloriosa est la jeune fille la plus puissante du lycée,  convaincue  des méthodes politiques qu'elle a vu pratiquer : on règne par la peur et le mensonge, on les orchestre et on lâche les chiens. Elle est Hutue, bien sûr. Véronica et Virginia sont Tusti, elles sont là par le biais du quota, elles ont réussi la sélection du concours national. Ells sont là pour être les meilleures du lycée avant d'être exclues des postes, vu que le diplôme n'est rien sans la carte d'identité.

Véronica rêve d'être actrice, peut-être en Europe, peut-être grâce au vieux fou blanc, l'ancien planteur de café qui voit en elle la réincarnation d'Isis, la reine des Tutsis, venus d'Egypte dans le temps sacré d'avant. Virginia est la gloire de sa mère qui croit malgré tout que le diplôme gagnera sur la carte d'identité.

C'est une histoire de jeunes filles prises entre plein de feux différents, naïves ou manipulatrices. Elles naviguent entre la fascination pour la grosse moto d'un petit ami, les cheveux blonds d'un prof, le chapeau de la reine Victoria, les légendes de leurs mères, la cuisine de leurs champs, les boites de corneed beaf, les fantas à l'orange, les pouvoirs des guérisseurs, en attendant les crocs des chiens lâchés.

J'ai donc adoré ce titre tout comme Manou

 

 

 

14/06/2013

Etoiles Simonetta Greggio

cldubonheur.jpg"Etoiles": de chef étoilé et de Stella,  princesse au petit pois ...  

C'est cousu de fil blanc, c'est une harlequinade, mais une qui en fait exprès, se coule dans le moule d'un croustillant de tomates bien mûres qui fondent dans la bouche, sans se soucier des morceaux de chataignes qui flottent dedans (ma comparaison peut semble tirer sur le roussi, mais c'est un des plats qui se concoctent dans le livre, et les tomates et les chataignes, j'aurais pas cru que ça passait ensemble, du coup j'ai retenu. Ceci dit, je ne vois pas comment on fait pour faire tenir de la chataigne dans un croustillant de tomates. Ceci dit, je ne sais pas non plus comment on fait tenir de la tomate dans un croustillant. Pour finir, je ne sais pas ce qu'est un croustillant, non plus).

De toute façon, il nous en passe sous le nez plein d'autres de saveurs goûtues dans cette histoire. Normal, le héros est un grand chef, le futur successeur de Bocuse, se murmure-t-il dans la planète des reconnaissances culinaires. Il s'est élevé de ses petits doigts au Panthéon, puis bousté par sa belle femme blonde et son "coach", a atteint le firmament, tout en ayant cure des bien-être matériels qui le cotoyent ( c'est elle qui a voulu, lui, c'est les valeurs simples du terroir).

Mais voilà, Gaspard va prendre un gros coup sur sa tête de chef aux trois étoiles, claquer deux portes de sa vie et jeter la clef aux orties, partir sans savoir où, au volant de son beau 4X4, celui que la belle blonde aux calculs affutés lui avait mis entre les mains. Gaspard fuit, et dans sa fuite, s'égrène sa carte bleue en Gold, Gaspard n'a plus rien. Sauf que la baguette magique de sa vie le guide vers son royaume à lui, "Chez tonton j'ai faim", une guinguette de guingois perdue dans la garigue de Pagnol au parfum de retour aux sources. Sans cuisine high tech, mais avec des graines magiques qui poussent de son patoger à la vitesse des U.V provençaux, il va se remonter les bretelles, retrouver le goût de l'amour en même temps que celui des produits simples revisités quand même par l'huile d'olive de chez sa voisine qui la pile avec les doigts.

C'est articiel et rafraichissant comme du rosé pamplemousse, où l'on assiste à la transformation de de feuilles de Basilic géantes en feuilles cristallisées saupoudrées d'une miette de poutrarque ( des oeufs de mulet fumés, simple et du terroir, on a dit ...) et à celle de la belle Stella aux longues jambes croisées en kidnappeuse du passé de Gaspard, dont elle ne fera qu'une bouchée ...

Merci à jardin buissonnier. (pour le rosé pamplemousse, c'est quand tu veux ...)

28/04/2013

Une collection particulière Bernard Quiriny

une collection particulière,bernard quiriny,nouvelles,nouvelles belgique,incongru mais bienUn recueil de nouvelles, disons, pour ne pas faire dans l'originalité, particulier, d'une composition, particulière et d'un fantastique particulier aussi (tant qu'à manquer d'adjectifs, autant l'avouer tout de suite ...). Quiriny s'inspire de Borges, d'ailleurs c'est lui qui le dit, de Calvino ( celui des "Villes invisibles") et il y a du Huysmans de "A rebours" dans le personnage qui lie certaines de ces nouvelles entre elles, le dandy collectionneur, Pierre Goulde. Elles ont un début et une fin, soit, mais surtout se déploient entre elles en trois séries conjointes.

La première série est celle nommée "Une collection particulière" : Pierre Goulde, fin collectionneur de raretés littéraires, présente au narrateur les différentes pièces où il amasse des ouvrages classés par lui selon leur spécialités, extraordinaires, d'exception, Goulde en possède des centaines. Il y a les livres qui ont tué leurs auteurs, ou leurs lecteurs, ceux qui ont sauvé des vies, ceux qui sont rongés par l'ennui, ceux qui se refusent à la lecture si le lecteur n'est pas en "tenue correcte exigée" ... La section que j'ai préférée sont les "en quête de perfection" : après la mort de leur auteur, les livres s'auto-améliorent, se réécrivent tout seul, en cachette, ils se retranchent des adjectifs, des phrases, se tournurent autrement, bref, se rétrécissent (ou s'enrichissent, mais c'est plus rare, à croire que la perfection serait dans l'épure).

 La seconde série pourrait être de science fiction, mais ce n'est pas tout à fait cela non plus. Quiriny la nomme "Notre époque" et y pose un postulat à chaque fois différent, postulat qui génére des situations à minima cocasses, savoureuses, malicieuses, labyrinthiques, insondables comme des rameaux de pieuvres logiques. "Notre époque numéro 1" explore les conséquences d'un monde où les hommes se sont vus octroyer une résurrection systématique, ce qui n'est pas sans changer toutes les donnes religieuses, économiques, sociales, voire littéraires ... Avoir deux vies, en effet, ne donne plus la même valeur à la première, puisque l'on dispose d'une session de rattrapage : la lecture de Proust s'en trouve retardée, la mère ne tremble plus pour son enfant, et quid de l'abonnement au gaz ?

La troisième série est plus descriptive. Quiriny invente des villes, chacune possédant une géographie problématique ; la ville où l'on ne vit qu'un jour sur deux, la ville qui entraîne dans son autodestruction tout espace qui lui est conjoint aussitôt, et aussitôt contaminé, la ville où les souvenirs ne peuvent s'effacer, la ville qui construit sa double de l'autre côté de la rive  ...

Un livre fantaisiste, jubilatoire, incongru, surprenant et drôle, érudit, nourri de références en forme de clins d'oeil, qui génére lui aussi son double, un reflet de la fantaisie plutôt torve car l'amusement jongle avec l'ennui dévastateur, la destruction, la mutilation, la disparition, l'engloutissement : moi, je me suis dit que cela pourrait faire le même effet que, si en secouant une boule de neige avec du connu dedans ( genre la Tour Eiffel), le connu se mettrait à faire "Meuh" : une tour eiffel qui se trompe de jouet, quoi.

A lire avec délectation, en tout cas.

 

Athalie

 

16/04/2013

Méfiez vous des enfants sages Cécile Coulon

Araign%E9e%20g%E9ante.jpgD'abord, un livre très très bien écrit, un vrai style, genre ... je ne sais pas en fait ... travaillé ? pas ampoulé mais riche ? stylistiquement artistique ? Un style qu'on lit bien quoi, qu'on reconnait, pas qu'on a déjà lu, je ne veux pas dire cela, mais plutôt le genre dont on se dit qu'on le reconnaitra, quand on lira un autre livre de Cécile Coulon.

L'enfant sage, c'est Lua, qui va avoir une araignée dans la tête à cause de son père qui a fait une fois des heures sup d'étude d'insecte dans son bureau de la maison et qui a oublié de fermer la boite. Mais l'histoire commence par celle de la mère de l'enfant sage, Kérie, enfant sage elle-même, puis étudiante, qui plaque sa petite ville et son pas grand chose d'expériences sages pour aller en trouver d'autres à Saint Frisco, qui se révéleront quasi aussi sages, d'ailleurs.

C'est très bien écrit, c'est écrit pas sage, avec plein de sensations qui affleurent la peau comme des rayons de soleil couchant sage sur un fond de Beach Boy. Très réussi.

Le père de Lua apparaît au coin d'un retour dans la petite ville, au détour de la gare des autobus. Réglé comme un métronome suisse, bien que d'origine suédoise (je ne suis pas sûre que les métronomes suédois soient bien côtés, ce pourquoi, je précise, même si cela n'a aucune importance dans l'histoire) et avec lui, c'est toujours la même musique. Sauf pour le coup de l'araignée dans la tête à laquelle il ne va rien comprendre.

Parce qu'entre temps Kerrie et lui ont eu Lua. Et Lua n'est pas pas vraiment sage ( à mon avis, et sans vouloir psychanalyser à outrance un point romanesque, mais les rideaux rouges accrochés dans la chambre d'enfant et qui font des reflets sanglants sur les murs, ce n'était peut-être pas la meilleure idée qui soit, moi, j'ai mis des roses, mais moi, c'est en vrai, donc ça ne compte pas)

Et puis, en face, dans la maison toute pourrie, il y a Eddy, une sorte de clochard céleste qui joue du rock and roll en faux avec un manche à balai et boit des bières en solitaire. Eddy devient le vrai grand copain de Lua, le complice, voire l'instigateur de ses premières turpidudes, ses arnaques de réglisse qu'elle revend aux ignares paysans lors de tournées dominicales à vélo ( et là, moi, je me dis mais que font les parents de l'enfant sage ? Comme c'est toujours aussi bien écrit, je me sens totalement stupide de me laisser effleurer par ce cartisianisme de mauvais aloi qui n'a pas lieu d'être, et me dis "concentre-toi, Athalie, concentre-toi", le style, rien que le style savoure et ferme ta boite à araignées à toi, d'abord avant de t'occuper de celle des autres)

Sur l'araignée, quand même, il y a des pages scotchantes sur l'irrationnel parfaitement rationnel des terreurs enfantines. et sur l'enfance solitaire qui cache les secrets de sa vraie terreur à des parents trop lisses pour en être vraiment. Le père a lâché l'araignée, et la mère n'a jamais arrêté le chocolat noir, je me répète, ça doit être psychanalytique cette histoire, et c'est très bien écrit pour un truc de psychanalyse romanesque.

 

Athalie

 

23/03/2013

Une longue nuit d'absence Yahia Belaskri

yahia belaskri,une longue nuit d'absence,romans,romans français,guerre d'algérie,guerre d'espagneUn auteur plein d'allant et le verbe haut et en couleur, une sorte d'énergie tendue, et me voilà curieuse de découvrir sa prose à ce monsieur que ne je connaissais pas, croisé dans un festival du livre pas loin de chez moi, pas snobinard, un peu encore bricolé mais bien sympa (le festival, pas le monsieur).

Me voilà donc avec Une longue nuit d'absence dans le sac, longue nuit très courte, il se lit en une tranquille après-midi ... ce qui m'a tenté est l'arrière-plan historique dont je n'avais jamais entendu parler (mais bon, je ne suis pas un critère en connaissances historiques, si ça se trouve, c'est super connu comme arrière-plan historique) : l'exil des républicains espagnols vaincus sur la terre algérienne. Dans les camps français, près de la frontière, je savais mais pas que certains avaient cru que la liberté pouvait les attendre de l'autre côté de la Méditéranée, sur que cet autre côté là, à l'époque, il est français aussi, et donc, que ce sont les camps de l'administration coloniale qui vont les accueillir.

L'écriture est sèche et ne dit que l'essentiel en suivant le personnage principal , un beau personnage héroique, Paco, pour rassembler tous les autres autour de lui, d'autres exilés de cette guerre là et puis d'autres plus anciennes ou plus lointaines, dans la ville d'Oran.

Avant d'être Paco, combattant communiste contre Franco, espion sur sa terre gangrénée par le fascisme, puis embauché par les Américains après leur débarquement pour  les aider à faire semblant de vouloir libérer l'Espagne, Paco était Paquito, jeune gamin des terres andalouses, destiné comme tant d'autres à la pauvreté de leur parents. Il est devenu carabinier de la nouvelle république, pour s'échapper de son destin et va donc choisir le sien, avec conviction, la lutte pour la liberté, rien que cela.

La fuite désordonnée de l'Espagne, où il laisse amis, villages et femme, les camps d'internements, l'histoire va vite les brosser en quelques traits; la survie clandestine à Oran, les rencontres d'autres comme lui, bâtis comme des humanistes ordinaires dans un temps qui est peu clément à la tolérance : Shalmo, le vieux juif, Duong, le vietnamien débarqué là parce qu'on n'avait plus besoin de cette main d'oeuvre jaune dans le Sud de la France, Domingo El Nero, Cubain d'Afrique noire, Néhari, le musulman invisible du quartier arabe A Oran, les différentes communautés peuvent se côtoyer, mais ne se regardent pas. Un bref moment, à Oran, pourtant, la communauté espagnole se croira presque dans le monde des tapas et des corridas. Le noms des rues de la ville défilent derrière le vélo de Paco, comme autant de dominos parfumés, avant que l'explosion de l'indépendance ne trouent les vitrines et ne jongent les trottoirs de victimes et de coupables qui n'y comprennent plus rien. Et Paco, non plus, lui qui y avait presque cru ...

Le propos est clair, la vie exemplaire, le héros est droit, le trait doux amer évoque un homme qui devra boire l'histoire jusqu'à plus soif. Un roman qui donne l'impression d'être un hommage. En fait, je ne suis pas allée farfouiller sur le net dans la vie de monsieur Belaskri, mais je ne serais point étonnée qu'il y eut un grand-père caché derrière ce Paco là.

 

Athalie

 

16/03/2013

Paris-Brest Tanguy Viel

imprEcranZoomPlan.jpgDepuis que A.M. a confié que Tanguy Viel était son nouvel Echenoz, il fallait que j'en ai le coeur net : avais-je oui ou non lu "L'absolue perfection du crime" ? Le fait que ce livre se trouve depuis des mois sur mon étagère des "pas encore lus" n'étant pas un critère fiable, vu que que je sais bien qu'avant il était dans les "déjà lus", mais que je l'ai déménagé parce que je n'en avais aucun, mais alors, aucun souvenir ... finalement, j'ai laissé tomber la résolution de l'énigme et j'ai pris "Paris Brest" parce que là j'étais sûre.

Résultat : c'est pas mal Tanguy Viel, un peu posé-poseur, et quelque chose d'Echenoz dans l'écriture qui finit par cerner l'histoire, minimale, l'histoire, en surface du moins, parce que en dessous l'inconscient grouille grave .

A neuf ans, le narrateur voulait être footballeur ou écrivain. Du jour où il a compris que le F de son équipe de poussins était un classement par le bas, il a décidé que ce serait écrivain. Son frère, lui, est footballeur mais, autre rêve brisé, il ne le sera jamais dans l'équipe de ses rêves, celle de Brest. Brest, c'est là où vivait la famille avant que le père, vice-président du club de football, n'égare par mégarde quatorze millions des caisses pendant que la mère jouait au bridge chez la femme du procureur.

La mère est un femme de grande convenance. Le père ne peut plus se montrer (même pas comme père, d'ailleurs ...). Toute honte dehors, la famille (sauf le narrateur) doit alors s'exiler dans le Languedoc Roussillon, exil honni au pays des vachettes ( ce n'est pas moi qui le dit, c'est le narrateur ...). La mère y vend, en rongeant son serre-tête, des cartes postales et des briquets "Palavas" avec un P qui fait parasol. (Le briquet a son importance dans l'histoire, le serre-tête, moins, mais quand même). Elle ourdit sa trame toute tissée de mesquineries : comment revenir avec les honneurs dans la ville d'où l'on est parti la tête basse ? Surtout qu'un héritage est en jeu, celui de la grand-mère, ex-gouvernante d'un amiral apocryphe, qui mangeait lui aussi dans la salle vitrée des conventions maritimes brestoises. La mère a bien  laissé le narrateur en éclaireur, dans l'appartement du dessous de la vieille richissime, mais il est peu fiable comme poisson pilote télécommandé à distance. Et rôde la femme de ménage, et rôde le fils de la femme de ménage  ...

Une relation au vitriol de relations mères-fils-père et une écriture distanciée (j'ai adoré les descriptions de lieux, Brest et sa reconstruction au cordeau, la maison finale face à la mer avec les hortensias au vent des tempêtes), du coup, pourquoi pas lire (ou relire ?) "L'absolue perfection du crime" ?

 

Athalie

 

 

11/03/2013

La place du mort Pascal Garnier

t-boite_a_meu1.jpgIl fut un temps où je ne jurais que par le polar, le polar français, qui plus est, du bien noir et du bien suintant de misères sociales et de laissés pour compte de la société et de la vie en général, un temps où Pouy, Raynal et tous les autres venaient en joyeux fêtards gauchistes jusque qu'au bout des santiags de Pascal  Dessaint, trinquer derrière leurs piles de bouquins à "Etonnants voyageurs" ( oui, cela fait un peu arrière-garde, mais j'assume ...)

Je n'y ai jamais vu Pascal Garnier, mais sans doute faisait-il partie de la confrérie, en tout cas, ce qu'il écrivait peut le laisser penser, car j'ai retrouvé avec plaisir cettte "joyeuse banboula de la mortitude des choses" dans "La place du mort", un petit polar bien sous tous rapports pour qui aime le genre.

Un accident de voiture dans la nuit, une voiture au phare borgne et que seul un renard entend percuter avant de retourner à ses occupations, finir d'éventrer son lapin. Nous sommes près de Dijon (mais on ne le saura qu'après)

Puis, le bruit de l'horloge franc-comtoise, celui de la maison du père de Fabien, notre héros, père solitaire et rabougri du coeur qui avait besoin d'un coup de main pour un vidage de grenier. Nous sommes en Normandie.

Fabien, le héros, rentre dans son appartement parisien, besogne faite. Sa femme Sylvie, avec qui il vivote depuis un temps certain, n'est pas là. La quarantaine sans enfants, un arrangement entre amis. Il écoute ses messages sur répondeur, il y a en a trois. Le dernier vient de l'hopital de Dijon : il dit que Sylvie est morte.  A Dijon, donc, dans un accident de voiture, Sylvie et son amant, un certain Martial, sur la route qui menait à leur coin d'amour " Le petit chez soi". Après un aller-retour : Fabien est fort marri et revient à Paris se morfonde. Lui qui aimait la solitude "mais accompagné", le voilà réduit à se demander si il va devoir se nourrir d'oeufs au chorizo fort jusqu'à la fin de sa vie, vu qu'il aime le chorizo fort et que Sylvie ne l'aimait pas, mais quand même, ce n'est pas une raison ...

Recueilli par son copain Gilles, sorte de père d'enfant en mal d'amour de sa Fanchon, les deux compères vont régresser, se font des parties des légos, plus ou moins licites, les légos, et Fabien s'endort au milieu des peluches. Lorsqu'une idée de vengeance se tarbistouille dans la tête du Fabien : il va "prendre la place du mort", séduire la veuve de l'amant, Martine. Il a son adresse, facile, et puis ...

Sauf que la Martine se révèle avoir le sex appeal d'une huitre, à se demander pourquoi elle est si bien gardée par par sa "meilleure" amie, Madeleine ... Le piège à crabe se referme, mais pas forcément par celui qui croyait prendre, évidemment !!!

 Si l'intrigue n'est pas la force majeure de ce noir, le plaisir vient de cette écriture qui marque l'infinie tristesse drôlatique d'une existence vide où l'amour n'a pris la place de personne, un rêve innaccessible d'immobilisme : " De son lit, les reins calés par un gros oreiller, Fabien pouvait voir par la fenêtre un grand pan de ciel bleu marbré de rose, l'ébauche d'une forêt rousse et un triangle de pré vert où paissaient quelques vaches. Le paradis à portée de main et pourtant innacessible. Etre une bonne grose vache, manger toute la journée, donner son lait aux petits enfants, dormir dans une étable bien chaude, bien serrée contre les autres, et recommencer le lendemain pour toujours."

Et bien, même cela lui sera refusé.

 

Athalie

08/02/2013

La ballade de Sean Hopper Marine Pourchain

34nqh_480x270_1a1e58.jpgBud, le héros, doit avoir quelque chose comme 13 ans, une mère épisodique qui est partie chercher la gloire ailleurs que dans son bled paumé, quelque part entre rien et pas grand chose, un bar à paumés, une supérette sans anti-vol. Bud va de temps en temps à l'école, mais pas souvent quand même. Bud vit avec sa grand mère, une vieille indienne qui lui a appris des choses de la nature, des trucs d'indiens, d'oiseaux, de cailloux et de nuages, avant de se taire.

Comme Bud a peu de choses à faire, finalement, et peu de compagnie, il passe beaucoup de temps à observer son voisinage immédiat, qui se limite à la maison de Sean Hopper, ce qui n'est pas très reluisant non plus.

Dans la maison de Sean Hopper, vit Sean Hopper, sa gentille compagne Bonnie, gentille mais qui ne va pas tardé à se faire la malle, ce qui fait qu'il ne restera plus à Bud que la vague compagnie de Dad, le père de Sean, qui vit au fond du cabanon et ne reconnait plus personne, mais défend ses tablettes de chocolat avec la même obstination qu'il met à fuguer.

Sean Hopper, c'est un vrai méchant. Il est tueur aux abattoirs du coin. Avec d'autres, pas mieux que lui, mais lui, c'est le vrai méchant, à la sale réputation, à la réalité de tueur de vaches convaincu, pas sadique mais froid, il aime ça. Et puis, il boit aussi, trop, évidemment, frappe. Sean Hopper, il s'en fout, de tout ... De lui, de la gentille Bonny, de son père, des autres, il conduit, ivre mort. Et puis un jour, un accident, et Sean Hopper va voir la vie vraiment autrement ....

Un roman qui partait avec un lourd handicap, pour moi : il est estampillé "jeunesse" ( je sais, il y a de très bons livres "jeunesse", dont celui-là fait sûrement parti). C'est l'estampille qui me file de l'urticaire. J'ai fait une overdose, il y a quelques années, pour cause d'injections massives, et là, j'étais en pose jeûne. En plus, la narration, prise en charge par un jeune garçon gentil et naïf, je me suis dit, ça craint le pathos : le jeune en mal d'affection et le méchant paumé, il y a de la rédemption dans l'air, ça sent les ficelles.

Et puis, non, j'ai bien aimé cette ballade du côté de Sean, Bud et Bonnie, sans prétention et bien ficelée, une certaine distance ironique sur les poncifs ( évités, du coup), et puis, il y a quelque chose de "La ballade de Jimmy" de Souchon, alors forcément ...

 

Athalie

 

PS : A.B, tu n'aurais pas des romans jeunesse sous le coude, par hasard ?

 

05/02/2013

La petite cloche au son grêle Paul Vacca

quartierParcGuermantes.jpgLa petite cloche qui a un son grêle, là, c'est moi. J'ai la sonorité vasouillarde pour parler de ce petit bouquin qui m'a laissé sur sa rive et sur mon envie de madeleine.

Le narrateur est un garçon de treize ans, il a des soucis à l'école, des trucs de reconnaissance de soi, avec les filles et tout. Il a une maman, une belle maman, qui aime les fleurs et son fils, son mari aussi, mais surtout son fils, parce qu'ils sont complices et tout. Le papa, il est gentil aussi, il aime le foot et ses clients dans son café au bord de la nationale, mais cela n'empêche pas. (Foin des préjugés !)

Donc, ils vivent tous les trois dans le café, genre formica et habitués qui picolent (mais pas le papa, ni la maman), qui picolent gentillement quand même et la porte quand elle s'ouvre, ça fait tinter la petite cloche, d'où le titre.

Cafetiers dans le nord de la France, ça fait pas cultivé. Mais la maman, elle est persuadée que son fils va devenir écrivain, alors elle lui lit des livres et conspue la maitresse qui lui descend les rédactions de la progéniture sans aucun ménagement ( elle m'a fait froid dans le dos, la salopitude !).

Et puis un jour, une belle actrice lyrique qui sent l'iris va oublier dans l'herbe de son jardin le livre, celui qui va tout remettre en ordre, " Du côté de chez Swan". Le jeune garçon s'en empare,  hume, puis lit.  C'était donc cela la littérature ! une révélation ! ? la mère attendrie, y voit la confirmation. Tous les deux sont pris alors d'une fringale d'échanges littéraires et de madeleines de Proust à leur sauce à vous en faire retourner la béarnaise. (non, cela n'a rien à voir). Ils vont relire leur village à l'aune du salon des Verdurin. Le papa va s'y mettre, il n'y a pas de raison, sauf que ce qui l'inquiète lui, c'est que le Proust ne déteigne pas sur son fils. Comprendre qu'il ne devienne pas homo, "de la jaquette", quoi. Entre deux tonneaux dans sa cave, il s'interroge en lisant l'abécédaire de Proust.

L'épidémie va ensuite contaminer tout le village, surtout après une mémorable soirée lecture de Pierre Arditi dans le café converti en salon de lecture high-tech pour l'occasion. Et oui, "Longtemps, je me suis couché de bonheur", ça emballe sec.

Y'a des coups de baguettes magiques qui se perdent dans l'eau. Malgré de belles pages ( si, si, il y a un truc), j'ai attendu la sonnerie de la récré.

 

Athalie

01/02/2013

Sur un lit de fleurs blanches Patricia Parry

Les-enfants-du-paradis_portrait_w858.jpgIl faisait longtemps que lecture ne m'avait autant réjouie, une lecture de couette, forcément, vu le titre. Eviter quand même d'étendre sous la dite couette, des branches de lilas blancs, même si l'odeur doit en être envoutante, au départ, je vous dit pas le boulot quand c'est fané, et puis le brave docteur Victor Dupuy, le héros, y est allergique. Le lilas lui provoque des crises terribles, et des crises terribles d'héroïsme sous la couette, c'est pervers.

Sans compter que vous en aurez votre compte des pervers dans le romans, ils fourmillent, voire grouillent, s'auto-tamponnent. Le théâtre s'ouvre, les rideaux sanglants laissent voir le décor, Paris, XIX, les cafés, les bouges, les hopitaux, les cimetières ... Tremble, boulevard du crime, ils sont tous là ....

Une prostituée de luxe au caractère trempé et presque au grand coeur, au charme presque angélique et à toutes épreuves.

Un médecin, métis ( ce qui n'est pas sans conséquences ...), brillant, orphelin, affligé d'un grand-père héroïque, d'un lourd secret de famille et d'un sérieux penchant de tendresse pour la belle courtisane ci-dessus.

 Un professeur de médecine, pas machavélique pour une goutte, mais qui a quand même quelque peu tendance à se tromper dans ses doses.

Un journaliste homosexuel, fort évidemment pas déclaré, mais malgré tout alcolique à ses heures, nègre d'un grand écrivain syphilitique, alors qu'il n'est même pas noir.

Un comte, à la peau trop bleue pour être véridique.

Une mère religieuse aux airs peu catholique.

Des comparses torves, criminels dans le sang, aux complots nébuleux et profitables, du moins pour eux.

Et les victimes : de jeunes orphelins perdus dans les bas-fonds de la misère parisienne, petits mitrons à la gouaille enfarinée, retrouvés égorgés et vidés de leur sang, quelques messes noires plus tard, couchés sur des tombes du père Lachaise, sur des lits de branches de lilas blancs .... et que la police, elle s'en bat le coquillard comme de son premier Dumas venu !

Vous secouez, mélangez, mettez à la sauce secret de famille et tatonnements scientifiques, un brin d'Eugène Sue, une effluve de Balzac ( celui qui écrit comme un cochon "La femme de trente ans" en se gourant dans les chapitres) et vous avez un succulent roman labyrintho-historique où les personnages se perdent dans une intrigue à ne pas tenir debout, meme un mort pas vidé de son sang, un régal de roman feuilleton revisité par une plume qui sait où elle va et où sont ses références (même si moi par moments, je ne savais plus trop qui était qui, où allait où, et pourquoi ...)

Bon appétit !

 

Athalie 

 

Par où cette lecture est venue :

http://ray-pedoussaut.fr/?p=2933

29/01/2013

A l'angle du renard Fabienne Juhel

deco-enfant-mobile-un-reve-de-petit-marin--1336472-il-570xn-3063288652-325eb_big.jpgMis à part qu'il y a un peu trop de renards dans cette histoire ( je n'ai rien contre les renards, mais je n'ai pas toujours vu leur apport narratif, sauf évidemment qu'ils sont plutôt symboliques, traces d'une sauvagerie et d'une ruse rousse et des légendes à la longue queue retroussée sur des babines acérées ...)

J'ai adoré Arsène, le héros, enfin, le personnage principal, parce que c'est un peu un héros torve, pour un héros. Arsène Le Rigoleur. Absolument pas rigolo comme type, le genre à manger du renard tout cru sous une mine chafouine et à bricoler son tracteur en machine à broyer les petites filles. Arsène vit seul, il a bien un copain, mais c'est tout. Il est resté dans la ferme familliale, par choix ; la terre, il aime ça. La solitude aussi. Pour les besoins du bas ventre, il a son nécessaire, à dates fixes et n'en abuse pas. Le père est mort, la mère est à la maison de retraite. C'est pas qu'elle était si vieille que ça, c'est juste que c'est mieux comme ça. Il a bien fait un tour à Brest, une fois, mais c'était pour un enterrement, alors je ne sais pas si ça compte, comme distraction. Il a bien une soeur aussi, mais elle ne vient pas souvent, alors, elle ne le dérange pas trop. Il avait bien un frère, un plus jeune, François, mais il lui est arrivé des bricoles, et à sa tante aussi. Et puis à d'autres, aussi.

Arsène, c'est un taiseux, un bouseux, un rusé matois aux airs de Raminagrobis, planqué derrière ses rideaux et attablé à sa toile cirée, derrière son verre de cidre. Un peu à part de son village breton de l'intérieur, celui pour lequel la mer est loin, même quand elle est au bout du champ, où les auges en granit se transforment petit à petit en jardinières pour géraniums. Arsène en perd ses repères.

Alors, quand la gentille famille Massart vient s'installer dans la ferme rénovée d'en face de chez le Arsène, quand la petite Juliette s'invite chez lui en le surnommant tonton, quand son frère (roux) s'invite dans le poulailler, il n'y a pas que la mère qui s'inquiète, il y a aussi la lectrice.

Il faut dire que le Arsène, il a la rancune tenace et la haine froide pour ceux qui gêneraient son petit univers de souvenirs. Ce n'est pas qu'ils soient bien beaux, ni bien romantiques, mais ce sont les siens. Et il ne vaut mieux pas toucher à ce qui est à Arsène.

Comme c'est lui qui raconte, il nous donne des grains, comme il donnerait à ses poules. Il dose. Il prend son temps. La plume qui reconstruit derrière est solide, bien trempée dans un concret qu'elle nous donne à voir. J' ai aimé cette écriture, les paysages étroits qu'elle construit dans la tête d'Arsène, cette ruralité pas pitoyable, juste un peu tordue. Un beau personnage, pas beau du tout.

 

Athalie

25/01/2013

Corniche Kennedy Maylis de Kérengal

8f7f8bc6-082f-4b54-b386-1a9003e278e0-pic_2-622-480.jpgOn est dans une ville du sud, Marseille sûrement, ou quelque chose comme ça. La corniche est une promenade des anglais, sûrement, ou quelque chose comme ça. En bas, il y a la mer, et entre la corniche et la mer, la Plate. Sorte de plateforme de béton, la plaque est née des travaux et a surgi par hasard des remblais pharaoniques des ambitions municipales, puis, elle a été détournée en aire de jeux et de drague par les adolescents en rupture des quartiers chics, eux sont des quartiers nord. Eux ne vont pas à la plage, ils s'écartent et prennent la tangente sociale sur ce bout de territoire, où ils se régissent de leurs lois et de leur code de l'esbrouffe. Portables, baskets, mobilette ou scooter, ils ont les accessoires de leur apparence. Sur le cap de la Plate, ils passent leur temps à plonger, ou pas, il y a aussi ceux qui restent s'embrasser, longtemps.

Pour ceux qui plongent, le terrain de jeu s'étale en trois marches : du déjà plus facile, au déjà dangereux ; du "just do it", au "Face to face". Ils sautent aux cris de " Spider man", "Zidane reviens !". La bande s'ébroue, se pousse, s'affale, une bande de jeunes chiots que leurs parents et l'école ont planté dans ce désoeuvrement hilare et stérile.

Ils s'ébrouent sous deux regards, deux paires d'yeux qui les observent. Ceux de Sylvestre Opéra se prolongent de jumelles. Il est chargé de la surveillance des côtes, donc, il scrute du haut de la loi, de son balcon, de son bureau le survol enchanté de ces corps éphémères. La bande énerve et titille son corps balourd comme un regret.Suzanne, l'adolescente de l'autre côté du cap, a maison avec piscine et vue sur la Plate. La bande, c'est son envers.

Ces trois entités vont finir par se rejoindre  : Sylvestre, parce qu'il doit leur donner la chasse à ces ados qui perturbent la vision municipale d'une ville propre, et Suzanne, parce que même de loin, le chef de la bande, Eddy, est rudement mignon avec son parfum d'interdit.

Une fois ces tableaux plantés et les décors élevés autour d'eux, ben, la trame narrative est quelque peu mince ( y'a bien Sylvestre et son amour prostitué disparu et une histoire de contrebande ... Mais bon,,ce n'est pas intensif non plus). Plutôt à lire comme une incursion dans un univers ado, dont les descriptions lumineuses des corps, jeunes, tendus dans le présent et l'instant, sont travaillées jusqu'à un presque maniérisme ( c'est la première fois que le style de cette auteure m'a presque énervée), rendant fascinante la banalité  de jeunes désoeuvrés, dans une ville qui ne veut pas les voir.

En tout cas, surtout à ne pas lire comme un roman documentaire sur la jeunesse qui glandouille, ma pauv' dame, plutôt comme une vision très personnelle ( et belle, et tendre) d'un scénario type "Roméo et Juliette" pour des héros à la visibilité réduite.

Athalie

De la même auteure sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/06/09/naissan...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/05/31/pierre-...

 http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/03/01/tangent...

 

13/01/2013

La vérité sur l'affaire Harry Quebert Joël Dicker

la vérité sur l'affaire harry quebert,joël dicker,romans,romans français,rentrée littéraire 2012,prix goncourt lycéenJe marchais dans le long couloir qui caractérise ( entre autre mais non des moindres) mon lieu de travail, et comme il est très, très, long, il laisse largement le temps de papoter bouquins (entre autre). Nous devisions  donc avec un habitué des lieux, comme moi, qui avait la poche de la veste déformée par un gros bouquin mais crapahutait sans vergogne pour rejoindre le bus qui lui permettrait, dixit, de se caler. Je m'intrigue : " C'est La vérité sur l'affaire Harry Quebert, peux plus m'arrêter, je me leste avec, au cas où j'aurais un trou." Un trou ?

Un livre qui leste et fait se caler son lecteur dans le bus, c'est pour moi. Sauf que moi, j'ai attendu l'option en vacances, fauteuil face à la mer. Sauf que la mer, je ne l'ai pas beaucoup regardée ...

Avec ma soeur, on est allée faire des courses à la superette du village de nos vacances de Noël, qui ferme à 7.00 pile et qu'après, t'as plus rien. c'est dire l'urgence pour que je sorte de mes pages, parce qu'autrement, j'aurais pas bougé de mon fauteuil, et pas à cause de la mer.

A l'aller :

" Alors tu comprends, un jeune écrivain vient de faire un succès public énorme, Marcus Goldman. Ben oui, il est juif, pourquoi ? Mais non, ça n'a rien à voir avec Mauss. Si, il y a bien sa mère qui le tanne au téléphone pour qu'il se marie, paranoïaque et complétement égocentrique, elle le prend pour un génie et elle a peur qui se loupe. Tu vois ? Non. Pas grave, elle n'a pas beaucoup d'importance dans l'histoire, en fait, mais le personnage est drôle. Non, je ne m'égare pas. La superette est toujours ouverte, tu vois bien ? Donc, depuis toujours, Marcus veut être un écrivain, un grand, écrire le live, le grand livre. Non, ce n'est pas un arriviste, il croit vraiment à sa quête, mission, oui, comme tu veux ... Des rillettes de sardine, non, je n'aime pas trop, prends plutôt au maquereau. Il nage en plein succès, en pleine euphorie, son premier livre a été un succès énorme, médias, sa tête en tête des gondoles, agent, secretaire,  starlette ... Mais après, impossible d'écrire le deuxième, panne séche, complétement vide, il tente plusieurs retraites, se cherche. Oui, c'est un peu creux en fait, mais je ne sais pas pourquoi, je te jure qu'on est happé dedans. C'est comme les craquelins ? Oui, c'est ça, avec de la compote de pommes. Alors, Marcus va se tourner vers son ex-mentor, Harry Quebert, qui gite dans un petit village tout mignon où tout le monde se connait et les connait, le grand écrivain qui a bouleversé la littérature avec son premier roman, "Les origines du mal", et lui, l'ex petit Marcus, son protégé, son poulain, son double en plus jeune, son fils par procuration. Ils se retouvent tous les deux dans La Grande Maison d'Ecrivain au bord de la mer. Ben oui, c'est cliché, complétement même, tu as l'impression de regarder une carte postale. Non, je n'ai pas dit que c'était de la grande littérature, non plus. J'ai pris le vin blanc pour les moules ? Tu es sûre ? C'est bon, on peut y aller."

Sur le chemin du retour :

" J'en étais où ? Je ne te saoule pas là, t'es sûre ? Donc, Marcus n'arrive pas à écrire là non plus, mais par contre il va trouver la  boite de Pandore, une boite qui renferme le grand secret du grand écrivain,  son amour pour une jeune fille de quinze ans, un amour impossible, évidemment, vu que Harry est beaucoup plus âgé et que cela ne se fait pas, un amour clandestin, quoi ! Ben oui, c'est poncif, et encore je ne te dis pas tout. La jeune fille a disparu depuis trente ans, un meurtre non élucidé, tu penses bien, et l'affaire Harry Quebert va pouvoir commencer et Marcus devenir grand. On peux changer le sac de côté, c'est lourd, là.  En plus, ce n'est même pas bien écrit, la jeune Nola, Nora ? non Nola, je crois, elle sonne faux, comme une Lolita ratée, tu vois ? Sauf que le bouquin, il te retourne comme une crépe, t'as plein de pistes, tu fonces dedans comme une voiture de patrouille lancée en plein galop et tu te retrouves comme une mouette happée en plein vol, je te jure, c'est efficace, mal écrit et tout ce que tu veux mais rudement bien."

Je vous passe le rangement des courses et la cuisson des moules.

 

Athalie

 

PS : merci à ma soeur !