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28/11/2012

Vice et vicissitudes à Versailles Alain Baraton

Vice et vicissitudes à versailles, Alain Baranton, Mon vice, mis à part d'autres non mentionnables, c'est le XVIIème siècle, les fastes Louis quatorziens, pas sa politique, ses guerres, ses famines. Non, un vice qui se nourrit de pacotilles et de bruissements courtisans, les coulisses, les intrigues, les amours .... des grands,  des maitresses prêtes à tout, des courtisans réduits à la plus vile flatterie. Mes peoples à moi, c'est la pauvre La Valière, la triomphante Montespan, la jolie et éphémère Fontange (La dernière, la belle veuve Scarron, la Maintenon, je suis moins fan !). Je suis quasi incollable en messes basses, mesquineries, jalousies, complots et poisons des amours du roi soleil, dont les alcoves sont bien plus drôles que n'importe quel article de "Gala" (en plus, "Gala", ça sent le soin dentaire, beurk !)

C'est à cause d'"Angélique marquise des anges", je suis tombée dans la guimauve quand j'étais petite et depuis, je bave encore un peu. Aussi n'ai-je pu que battre de mes deux paupières délicatement fardées lorsque mon ami historien préféré m'a offert ce livre. Le sous-titre ne pouvait qu'aggraver mon état " Crimes, trahisons et autres emprisonnements au palais du Roi-Soleil". Voilà qui ne pouvait que me faire m'agiter de l'éventail.

Soit, ce n'est pas de la "littérature", point n'est le propos d'ailleurs, le style se veut fluide, c'est tout, un peu facile dans l'analyse politique, mais point n'est le propos d'ailleurs non plus, ce qui n'empêche au passage quelques remises au point sur la morale élémentaire et quelques fantômes tragiques passent, dont ceux des insurgés de la Commune, relégués dans l'Orangerie en attendant que les orangers n'y reprennent leur place ( les pauvres, ils allaient geler dehors) et que les hommes ne partent pour leur exil lointain..

Celui que j'ai préféré de fantôme, c'est le taquin, celui de Marie Antoinette, qui se sort de sa grotte à dates fixes, et que certains amoureux attendent, dont l'auteur, Alain Baraton, amoureux du lieu et qui vous y promène, aussi légèrement sans doute que les belles à mouches ne couraient entre jardin et fontaines, du plus vite qu'elles le pouvaient vers leurs plaisirs éphèmères. Le peuple, Alain Baraton lui fait une place, malgré tout, en tout cas plus que les belles qui se pâmaient au parfum trop fort des tubéreuses.

Une lecture à réserver aux amateurs (trices) d'anecdotes historico-paysagères, le livre d'un amateur passionné d'un lieu passionnant. Si j'ai bien compris, l'auteur est jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles. Si j'ai bien compris, toujours, il habite dans le domaine, une maison où aurait séjourné Molière, et le soir, il promène son chien dans les allées ... Moi, dès qu'il fait rebeau, je mets une laisse à mon chat et Lully à fond pour arpenter mon allée de gravillon, je sens que mon rosier va se pâmer ...

Athalie

21/11/2012

Dictionnaire des idées reçues Flaubert

220px-Gustave_flaubert.jpgUne note de Ingannmic sur "A rebours" de Huymans, m'a menée de fils en aiguilles pas logiques à relire le "Dictionnaire des idées reçues" de Flaubert, pas logiques mais presque, ces deux-là, pouvant être reliés par la même détestation de leur époque mesquine et embourgoisée, engoncées dans des certitudes petites bourgeoises haïssables. Huymans en a fait un catalogue des fuites esthétiques possibles, dont le systématisme peut lasser la lecture. Flaubert dans son dictionnaire, qui fait souvent suite à sa mise en oeuvre "romanesque", "Bouvard et Pécuchet" dans les éditions actuelles, liste dans une sorte de "manuel de savoir-vivre" les attitudes et paroles à avoir dans le monde petit bourgeois sur lequel il tire à vue.

Contre le romantisme : "Lac : avoir une femme près de soi quand on se promène dessus"

Pour les voyageurs : " Oasis : auberge dans le désert"

Pour les musiciens : " Fait penser à un tas de choses. Adoucit les moeurs. Ex : La Marseillaise"

Contre les climats : " Indolence : résultat des pays chauds", mais l'humidité est "cause de toutes les maladies ", on ne saurait mieux dire ...

Pour la santé : "Pruneaux : tiennent le ventre libre"

Pour les oreilles des jeunes filles : "Pucelle : ne s'emploie que pour jeanne d'Arc, et avec "d'Orléans". Ces dites jeunes filles qui sont "Toutes pâles et frêles, toujours pures. Eviter pour elles toute espèce de livres, les visites dans les musées, les théâtres et surtout le jardin des plantes, côté singe". Par contre le "Jeune homme" est "Toujours farceur. Il doit l'être. S'étonner quand il ne l'est pas", sans compter que "Introduction : Mot obsène".

Etc, etc, etc ...

Moi, ça me fait rire ...

 

Athalie

 

15/11/2012

La fille des Louganis Mertin Arditi

greece-cyclades-tickets-heraklia-travel-agent-aigaio.jpgPeste, peste rage !!!! Surtout ne pas lire la quatrième de couv'. D'accord, ce n'est pas un roman à suspens, mais ce n'est quand même pas une raison pour donner toutes les infos avant, de grâce ...

Bon, ma lecture n'en a point été trop gâchée parce que l'écriture est tournée au poil de raz de marée près, de vaguelettes, même. Mais du coup, je tente une note sans aucune info, ce qui n'est pas ma tasse d'eau de mer.

Prenez le livre en confiance sur la pile, ne le retournez pas et ne commencez votre lecture qu'avec l'explosion initiale. En quelques mots vous plongerez dans le drame lumineux et sombre de ce qui est une tragédie-tendre. La tragédie c'est au début, la tendresse c'est après. Sea, sexe and sun, tout aurait pu y être, au départ, sauf que c'est autre chose, en fait.

Donc, il y a une explosion meurtrière, et après, il y a une jeune ado devant sa glace qui se mire et aimerait être convoitée par qui ne la convoite pas. Sa robe et son corps lui sied, mais IL ne les voit pas, IL aime ailleurs, pas pareil. Pourtant, moi, je l'ai tout de suite trouvée belle, Pavlina, fille de pêcheurs et de taiseuses, dans la beauté sèche et solaire de son île grecque. Elle aime nager, pêcher, elle l'aime surtout Lui, son beau cousin Aris, d'un amour sensuel et total, plein, elle prend tout, même ce qu'il ne lui donne pas : ses regards, son corps, ses désirs. Elle le dévore et le protège. Une histoire inassouvie, ou presque.

Lorsque Pavlina devra quitter son île, ce sera avec le souvenir de lui, et un autre secret aussi, plus pesant que ceux qui lui ont volé sa vie, loin du ponton en bois d'où elle se laissait tomber dans la grande bleue. Elle ne vivra pas ce qui aurait pu être, et pourtant son histoire est belle, dure et tendre même quand elle devient plus grise, à Athènes, puis à Genève, parce que son exil croisera, loin de son île bleue, celui d'autres exilées, pas de belles et jeunes sirènes, mais des femmes avec des plis et de l'histoire autour. Chrissoula et Myrtho mangent des tartiflettes quand il ne peut plus être question de moussaka. sans regret, car "Nous sommes nos souvenirs" et dès fois cela suffit.

Bon, pas sûre de ne pas avoir laissé filtrer quelques pistes, mais moins quand même. 

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/13/loin-de...

 

 

07/11/2012

Le rapport de Brodeck Philippe Claudel

le rapport de brodeck,philippe claudel,romans,romans françaisNon, je n'ai pas lu le dernier Claudel, ni même l'avant dernier, je suis restée coincée entre Les âmes grises et Le rapport de Brodeck, deux anciennes lectures. Ce qui m' a fait revenir sur celle-ci est un article de Dominique à propos d' un livre qui porte le titre de "L'antisémitisme en Pologne après A".

J'aime parfois me dire que l'homme est bon pour l'homme, j'aime parfois me bercer d'illusions ....

Donc, j'ai repris Le rapport de Brodeck, parce que les illusions, c'est bien joli, mais c'est même pas vrai. Je relis, entre les lignes romanesques, l'histoire d'un homme à qui l'humanité normale ( pas des bourreaux anonymes, ce serait trop facile, des voisins, pour reprendre le titre de Dominique) a fait tant de misères crasses qu'il aurait dû tomber par terre, mais non Brodeck s'est fourré encore plus bas pour que le malheur ne l'attrape plus.

Brodeck  est un tout petit homme, d'un petit village. Il y est arrivé il y a longtemps, dans la charette de la vieille Fédorine, première guerre et premier exil. Il y a grandi, il a même été enfant de choeur. Aidé par son instutiteur, il est parti faire des études à la Capitale, où les "comme lui", c'est-à-dire les "pas comme les autres" ont commencé à s'en prendre plein la figure, sérieusement. Ni vraiment lache, ni vraiment courageux, avec sa belle fiancée Emélia, il est revenu auprès des siens. La guerre arrive dans le village et avec elle, les soldats de l'armée qui demandent que la Purification soit faite. Alors, parce que la communauté des hommes "comme les autres" est ce qu'elle est, il va être donné. Dans le camp, il sera "le chien Brodeck" mais il survit et revient retrouver Emélia, une autre Emelia, mais son amour quand même. Dans son silence, il se tisse son bout de vie. Jusqu'à ce qu'un autre arrive, à son tour, troubler l'ordre de ce qui se fait, l'Anderer, une sorte de magicien, ou de peintre, un drôle de bonhomme qui regarde la noirceur des hommes et la leur renvoit, même sans rien dire. Le village, cette fois, n'aura pas besoin d'une idéologie de la terreur pour faire disparaître celui qui doit être sacrifié au bonheur de brouter en rond.

La trame narrative est bien plus complexe que mon petit résumé. Comme Brodeck, le livre s'emmêle, tourne et retourne les grandes questions : la culpabilité, ça finit où ? et l'innocence, c'est son contraire ou son double ? Peu seront sauvés par l'écriture à la fois poisseuse et ample de Claudel. Pas même Brodeck. 

J'avais adoré la force de ce roman dont on peut lire parfois qu'il semble plus apologue que romanesque, parfois empli d'un symbolisme un peu trop manichéiste et sombre, soit. Mais il a le mérite de s'empoigner avec les marécages, qui eux aussi ont une histoire, et comme dans "Certaines n'avaient jamais vu la mer", de laisser trace de voix, réelles, historiques, qui sans le roman pourraient s'effacer.

 

Athalie

PS : je rajoute une note de eeguab, parce que je suis "trop" d'accord avec lui :

http://eeguab.canalblog.com/archives/2008/02/27/7955563.h...

 

 

 

17/10/2012

Jérôme Lindon Echenoz

jérôme lindon,echenoz,romans,romans françaisComme je n'avais eu que très peu mon compte avec 14, je me suis dit que j'allais en reprendre une petite dose d'Echenoz, ma lecture TGV m'ayant fait arriver à la gare avant même d'avoir pris le train. Donc, une petite relecture, mais seulement d'un petit, parce que déjà que je n'avance pas avec ma Jeannette qui ne peut être heureuse parce qu'elle n'est pas normale, si je recommence avec Echenoz, elle va rester sur le quai, la pauvre.

Donc "Jérôme Lindon", un tout petit opus que j'avais lu il y a longtemps comme l'hommage d'un écrivain à son éditeur ( publié après la mort du mythique fondateur des éditions de minuit), ce qu'il est, mais à la relecture, je me suis rendue compte que c'était aussi le portrait en creux de l'écrivain lui même. Un écrivain qui évidemment ne réèlee rien d'intime sur le microcosme éditorial parisien et ses écrivains porno strar ( Oui, je sais, je fais une fixette sur Angot, mais je vais arrêter, parce qu'elle a quand même fini par se tasser sur la scène du théâtre médiatique de la rentrée littéraire et que donc, ce n'est plus la peine de se faire du mal)

Le texte se réduit à un minimum, lui et lui et quelques rencontres, seule l'écriture recrée une intime connivence, une admiration peut-être réciproque mais non-dite, dans les interlignes. des années pendant lesquelles ces deux vont se parler, se téléphoner, déjeuner, marcher ensemble avec des blancs discrets que l'on devine essentiels à l'écrivain qui a perdu son éditeur. Depuis la première rencontre, le premier manuscrit accepté dans l'étonnement d'un Echenoz de voir son futur livre publié avec la blanche couverture et l'étoile bleue de "Minuit". Lindon, lui refuse le deuxième, le rabroue, il est trop lent, il ne fait plus partie des éditions ( Diantre, cela vaudrait-il dire qu'Echenoz aurait des oeuvres cachées dans ses tiroirs ...). C'est presque l'histoire d'un pas de deux, entre un mentor qui n'en est pas vraiment un et un écrivain qui est un train de devenir un auteur reconnu. Parce que Lindon refuse aussi qu'il publie ailleurs que chez lui, lui déconseille plus qu'il ne conseille, tente de lui faire changer certains titres, même son prénom, le ouspille comme un gamin lorsqu'il porte des jeans troués aux genoux. Et pourtant une relation rare est évoquée, d'égalité malgré tout entre le mythique éditeur du Nouveau Roman et un écrivain tendu, mais sûr de lui. Persuadé qu'Echenoz descendant de Robbe-Grillet, alors que non, merci, vous pouvez passer le plat au voisin. Et aussi ce savoureux malentendu avec Beckett ... Bon évidemment, une savoureuse rencontre avec Beckett qui prend dix lignes de récit, n'est pas forcément vendeur ...

Un texte peut-être anecdotique du point de vue "littéraire", mais d'une rare discrétion de déclaration d'amitié. Pour les fans, les curieux, au détour d'une plume.

Moi, du coup, je me relirai bien "Des éclairs" et "Ravel", voire "Je m'en vais", mais il y a Jeannette qui m'attend. 

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

 http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/10/11/14-eche...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir-...

 

11/10/2012

14 Jean Echenoz

imagesCAZG7F59.jpgJe tiens à être claire, cette note est parfaitement subjective, encore pire que d'habitude, si possible ... Parce que moi, quand j'entends : "Il y a un nouvel Echenoz qui va sortir en octobre", je commence à m'impatienter le 30 septembre, à songer à poster un appel à témoins le 31, à envoyer un mail rageur à l'éditeur le 1er ... Sauf que là, j'ai été doublée, il m'est arrivé en cadeau. Je voulais me laisser saliver, tourner autour, me laisser séduire, lui laisser le temps de jaunir un peu, de se poser, entre les autres "pas encore lu", lui trouver un temps. Loupé. Je l'ai ouvert et une heure après, je l'ai refermé. Fini. Je l'ai reposé à côté de moi, tout blanc encore dans sa couverture de minuit immaculée, sans même une page cornée. Fini. Sans aucune trace d'avoir déjà été lu. Bon, j'aurais pu le relire, mais même en étant de parfaite foi, ce n'est pas un "grand" Echenoz. Mais c'est un Echenoz bien, donc j'en dirai du bien. C'est çà que je voulais dire, en voulant être claire ...

14, évidemment, c'est la première année de la première guerre. Et des romans sur la première guerre, il y en a quand même un paquet, et des gros, et des longs, et des épais, des suintants de rages, de douleurs, d'indignations légitimes et légitimées par nous, qui ne pouvons qu'entrevoir. Sauf que là, le roman, il est tout petit et vu l'écriture "blanche" du père Echenoz, on se demande comment il va la faire suinter sa guerre. En fait, évidemment, on part de loin, tout en distance, à vélo, sur une colline, un livre tombe, il ne sera jamais lu parce que le toscin sonne et que Antelme va partir à la guerre. Echenoz fait partir cinq hommes et rester une femme, Blanche, qui a sûrement une histoire avec soit Charles, le sous directeur de l'usine de chaussures de son papa, soit le Antelme, le comptable de l'usine de chaussures de son papa. On ne sait pas trop, mais les deux partent sous son regard. Distance. Blanche.

Tout est conforme à ce que l'on sait, d'ailleurs Echenoz le souligne, pas la peine de trop s'étendre sur les scènes obligées ( du coup, on se demande un peu pourquoi il les évoque quand même, mais bon, laissons de côté cette remarque par trop objective pour être honnête) : les vivats du départ, l'optimisme généralisé, la préparation inexistante, le choc du premier combat, la plongée dans les tranchées, les corps hachés par les obus, la désorganisation fatale aux hommes, la chair à canon mangée de poux et de rats. On n'y apprend rien. La guerre écrite par Echenoz, elle est au raz de marée de l'homme, c'est une guerre de côté, biaisée. Tout y est, mais comme rattrapé par le dernier mot de la phrase, celui que l'on attendait pas là. J'ai eu l'impression qu'il se débarassait d'elle, en fait, pour aller vers la deuxième partie, le contrepoint du retour à une vie après la fureur. Alors que l'orage guerrier se déchaîne encore, en ses grandes largeurs même, on n'en perçoit plus que les échos, en arrière-plan des petites vies, loin du front, qui reprennent, avec quelques absences, quand même ... un histoire de landeau, de brodequins, puis de mocassins, (faut quand même que l'usine de chaussures fonctionne), de deux portes qui s'ouvrent dans un hôtel. Et c'est fini. Et vu que le prochain, ce ne sera pas tout de suite, me voilà bien marrie devant mon livre fermé.

Merci ma dealeuse !!!!

Athalie

Du même auteur sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir

 

05/10/2012

Pour seul cortège Laurent Gaudé

pour seul cortège,laurent gaudé,romans,romans françaisQuand Gaudé fait du Gaudé, ce n'est plus du souffle épique qui tournoie les pages, c'est de la marche forcée de la lectrice essouflée quelque peu, vers le sublime grandiose, ou le grandiose sublime, de la destinée brisée par l'histoire.

Je ne peux pas dire si j'ai aimé ce livre ou pas en fait, toujours pas, ce qui me contrarie. En plus, tout le monde, ou presque, connaît l'histoire, sait que Gaudé a une fois de plus, prit l'Histoire Antique à bras le corps des mots pour étreindre rien de moins que la figure d'Alexandre Le Grand et lui trousser sa chemise romanesque à sa sauce Gaudé. Pimentée ou pas ? Je ne sais toujours pas.

Aux premières pages, Le Conquérant danse le pas de deux avec sa Douleur, dans la flambloyance de sa Gloire en son Palais. Puis Le Conquérant tombe, se meurt doucement, puis définitivement. Mais avant le dépeçage des héritiers guerriers autour de la dépouille, le texte convoque : en un, l'âme chevauchante d'un de ses anciens fidèles, toujours fidèle, qui vient lui dire sa conquête et sa Gloire pour le ramener vers la vie dare-dare, en deux, une princesse oubliée. Enfin, qui voudrait bien être oubliée, parce que le Sublime et le Grandiose, elle a déjà eu sa dose. Enfermée volontaire loin de l'Empire, l'Empire va venir la tirer par les pieds hors de son monastère où les moines l'allégeaient du poids du monde en suivant son corps des mains et en balançant du safran en l'air. ça a l'air simple, comme ça, mais en fait, ça ne marche pas vraiment.

La princesse qui voudrait bien que le Grandiose Sublime lui fiche un peu la paix, c'est Drytéis, fille de Darius, le vaincu d'Alexandre, elle a déjà vu une civilisation se casser la figure et elle n'a pas envie de recommencer, en plus, elle a eu un fils, et de la Malédiction du Pouvoir, elle ne veut plus, surtout pas pour lui, l'enfant. Et pourtant, le seul cortège vrai d'Alexandre, ce sera Elle, Elle, et les chevaliers du Gandhara, exilés volontaires et fantômatiques, déserteurs des combats fratricides que les héritiers du Grand Empire ne pouvaient que se livrer pour que le monde soit monde.

La quête du Pouvoir, la soif de Gloire, l'Humilité d'une femme et d'une Mère, le Sacrifice de Soi pour un grain d'Humanité planté quelque part, ou quelque chose comme ça ... c'est parfois beau comme un chromo, parfois essouflant comme une écriture tellement flambloyante que j'en devenais sourde. Un parfum de relu jusqu'à plus soif, et pourtant ....

Ai-je aimé, je crois que oui, mais je n'en suis pas sûre. Ce qui M'énerve, maintenant.

 

Athalie

Un autre commentaire en demi-teinte : http://jemelivre.blogspot.fr/2012/09/pour-seul-cortege-la...

Et sur ce même blog du même auteur : Le soleil des Scorta, un must pour moi, avec La mort du roi Tsongor et aussi Eldorado (moins mais quand même ...)

30/08/2012

Black Mamba Boy Nadifa Mohamed

black mamba boy,nadifa mohamed,romans,romans anglais,yémenVoilà un livre dont j'aurais voulu qu'il soit un vrai grand coup de coeur, un sans conditions et sans restrictions. A cause de l'histoire et de l'homme qui l'a vécue, le père de l'auteure dont elle dit se faire le griot, un homme qu'elle présente de sagesse contenue avant de se lancer sur ses traces de petit gamin des rues d'Aden, au Yémen, en commençant presque au début, en 1935. Jama est alors encore le fils d'Ambaro, la courageuse, à peine tolérée sous le toit des autres, elle trime pour quelques sous dans la grande ville, elle peine à trouver la force de s'occuper de lui, Jama, tout en os et en faim. Accolytes d'infortunes plus ou moins fiables, mendicité, débrouillardises, les gamins rêvent d'ailleurs, de sacs d'or et de grosses voitures au milieu des ordures. Mais Ambaro le lui répète, pour lui, Jama, ce sera différent, il est né sous une bonne étoile, elle le sait parce qu'un énorme serpent, le Blak Mamba, lui passé sous le ventre alors qu'elle état enceinte et et il est reparti, sans piquer. Elle y croit, son fils moins, surtout lorsqu'elle meurt. Commence sa quête au gamin, la recherche de son père qui est parti depuis longtemps, lui, le fantasque joueur de luth, derrière une frontière, chercher fortune. Par petits bouts de rencontres et à sacrés coups de volonté, Jama avance vers les déserts instables et la guerre que mène les Italiens contre les anglais pour le contrôle d'un empire fascite qui vu de là-bas, se délite déjà. L'armée enrôle et utilise avec dédain pour ses fanfaronades criminelles et cruelles les hommes de ce pays-là pour leur pitoyable défaite. Jamba ne se perd pas, se décourage, fait des détours mais ne perd pas de vue le destin que lui a donné sa mère. Et pourtant, l'odyssée est long d'être terminée avec qu'il n'écoute la voix de sa Pénélope pour revenir, peut-être à un apaisement.

L'histoire de Jamba est exemplaire, presque hagiographique, une farouche résistance tranquille aux mépris, aux humiliations, pas après pas, murs après murs, frontières après frontières, Jamba va son pas. Un héros admirable, donc, mais pourtant un roman qui ne m'a pas emportée avec lui. Il m'a manqué un souffle plus fort, un ouragan plus stylistique et plus romanesque pour être vraiment soulevée. Mais j'ai trouvé plein d'excuses : la force de l'histoire vécue, en vrai, par son propre père ne doit pas être facile à s'apprioprier, et puis, c'est un premier roman. Enfin, je dis ça, mais je ne suis pas écrivain pour un sous, moi, c'est juste que quand un bonhomme a vécu un truc comme ça, ben, chapeau bas.

Athalie

23/08/2012

Jésus et Tito Vélibor Colic

jésus et tito,vélibor colic,romans,romans autobiographiques,romans croatesVélibor Colic ( désolée, Vélibor si tu passes par ici, mais je ne peux pas mettre sur ton nom les accents qui y sont normalement), on l'a entendu au festival malouin, l'année de la "littérature des Balkans" ou quelque chose comme ça ...Enfin, entendu n'est pas vraiment le mot. ce type, une espèce de musclor efflanqué écorché vif à l'accent râpeux, revenait de la guerre "de Yougoslavie", celle que nous on avait vue à la T.V. en la trouvant absurde, étrange, lointaine, une guerre d'un autre âge, celui des guerres de religion, une sorte de Moyen Age à nos portes. Sauf que lui, il avait été dedans et que nos culpabilités de nantis, c'était pas son truc. Il crachait ses mots comme on crache des balles. J'ai acheté son livre "Mother fucker" et n'en est pas gardé un souvenir impérissable, l'impression d'un truc tout foutraque et tout en sueur, la rage, plutôt qu'une écriture.

Du coup, "Jésus et Tito", bof, pas trop envie .... Alors A.M.L. me l'a prêté (un bon dealer anticipe les futures envies de sa cliente). Sur la quatrième de couverture " à la croisée d'"Amarcord" de Fellini et de "Je me souviens" de Georges Perec".Va falloir tenir les références, je me dis, je repose pour plus tard.

Plus tard : j'ai complétement, totalement, adoré ce livre, Fellini, Perec, pas besoin, il écrit drôlement bien tout seul, Vélibor. Des polaroïds se succèdent, fanés, enjolivés, l'auteur le revendique, la mémoire se réécrit : "Une seule évidence, la mémoire est aussi Histoire. Sauf qu'on ne la vérifie pas". Comme on ne peut dire son projet mieux que lui, passage citation : " Relativement tôt, à vingt-huit ans, je me suis rendu compte que tous mes souvenirs, mon enfance, toute ma vie d'avant, appartenaient au Jurassic park communiste, disparu et enterré en même temps que l'idée de la Yougoslavie, pays des Slaves du Sud. Notre histoire se déroule entre 1970 et 1985, durant les quinze années qui ont annoncé la fin d'un monde qui nous paraissait pourtant sûr et éternel, le monde du socialisme à la yougoslave"

 De ses rêves d'enfant, il dit : "Je m'imagine de superbes batailles. L'armée allemande d'un côté, avec des canons, des tanks et tout ça, et de l'autre côté, le maréchal Tito, Tarzan et Pelé. De sacrées bagarres, il faut dire. (....) Toute notre patrie à feu et à sang. Et à la fin - la victoire". De sa vision politique, il dit : " Quand on mange bien, c'est du catholicisme. Et si on n'a rien à manger, mais qu'on chante et qu'on danse, c'est du communisme".

Il fait défiler les habitants de son village ; le voisin flic qui bat sa femme, comme tout le monde, le pope, le curé, l'imam ; sa bande de copains, gamins aux miettes de soleil dans les cheveux, pas encore serbes, croates ou musulmans, juste les forts qui cognent sur les faibles ; ses rêves , devenir un footballeur noir brésilien ; l'école, l'instituteur qui carbure au raki ... Puis l'adolescence fait surgir des filles à la peau dorée sur les rivages de la Baltique, puis, les rêves changent, Vélibor se veut poète, punk et maudit. Tito est mort et dans son fantôme se dissout l'illusion de l'unité yougoslave. Les souvenirs s'arrêtent juste avant que la guerre ne commence. D'elle, l'auteur ne dit rien et pourtant, depuis le début, elle est là, elle structure l'amour pour un temps qui ne sera plus,on le sait, pour des lieux qui seront ceux des destructions et des massacres. "La belle ville de Mostar sent déjà la figue et le romarin, le miel d'acacia et le sucre bien caché dans la glace à la vanille". On entend le bruit des bombes par en-dessous les mots.

Athalie

29/07/2012

Ce crétin de Stendhal Jean Bernard Pouy

gare.jpgJ'adore Jean Bernard Pouy pour plein de raisons plus ou moins valables et pas vraiment littéraires et surtout pas objectives. D'abord, il dit qu'il aurait voulu être Pérec à la place de Pérec, ensuite, il a écrit "La Belle de Fontenay", un de mes polars français néo-polar préférés ( que je continue à conseiller sans jamais vouloir le relire, de peur d'être déçue, je préfère rester dans le flou de mes souvenirs de mon panthéon mythique), et "Larchmütz 5632" : un homme qui donne un pouvoir télépathique à une vache ne peut pas être foncièrement écolo-puriste, troisièmement, il a une maison en Bretagne et parle de cette région avec un regard qui sélectionne les instantanés décalés du tourisme, les papis mamies dans  des cafés en formica, les mamies derrière le comptoir, les papis devant, avec la mer en toile d'horizon, celle qui sert à pêcher des palourdes et des tourteaux, celle du lisier et des algues vertes. Il retourne la carte postale en restant dedans, et ça c'est fort. Et enfin, enfin, je ne sais pas, elle me touche, cette grande gueule des combats perdus, du temps où j'avais pris le néo polar français pour mes bibles, où  je découvrais Oppel avec "Brocéliande sur Marne", Daeninckx avec "Meurtres pour mémoire", "Le bourreau et son double", Dessaint et ses escargots dans la télé, Benaquista et ses madonnes-maldonnes .... et tous les autres, je vibrais aux social-traitres, et Jonquet balançait "Les orpailleurs" (soupirs et nostalgies ..... smileys à imaginer)

Depuis un moment cependant, je ne lis plus les polars de Pouy, souvent seuls les titres m'amusent et ses intrigues, trop farfelues et répétitives m'ont lassée. Ce qui n'enlève rien au goût que l'on peut avoir pour le bonhomme et ses idées rocailleuses, ses trouvailles tirées par le goût du jeu de mots. "Ce crétin de Stendhal" est donc arrivé par un chemin de traverse. "Le monde" a lancé pour cet été une série de publications de "petits polars" le jeudi, et A.L.M. lit le "Monde", donc en passant par le jardin, elle me l'a laissé. Evidemment, Stendhal n'a rien à faire dans cette histoire de vengeance improbable. L'intrigue ne vaut pas le début de la ficelle pour la nouer, je passe donc à l'essentiel de l'intérêt, pour moi, de cette nouvelle anecdotique : Pouy y décrit comme personne l'arrivée d'un train dans dans la gare de Rosporden. Et ça, c'est pas dans beaucoup de romans qu'on le trouve, il faut le dire. Juste une phrase pour le clin d'oeil : "Seuls quelques rares TGV s'y arrêtent, comme à contrecoeur, pour déverser des touristes qui ont décidé d'aller, coûte que coûte, se faire piéger dans la ville close de Concarneau." Effet facile, mais ça me fait rire, je visualise ...

A suivre, peut-être, dans la série des " petits polars du monde" : Caryl Ferey, le chouchou du moment, parce que j'arriverai peut-être enfin à lire un de ses textes jusqu'au bout, et Michel Quint pour retrouver, peut-être, le charme de "Cake walk".

Athalie

 

 

19/07/2012

Allmen et les libellules Martin Suter

imagesCAE6C2MW.jpgIl n'y a pas que les pavés compassés, il n'y a pas que les histoires glauques menées à un train d'enfer, il y a aussi les plans plan-plan, légers et courts, catégorie à laquel appartient ce policier atypique ( dans mes lectures à moi, mais pas que ...). Dans ce premier tome de ce qui commence à être une série (le second vient de sortir), on passe plus de temps à découvrir le décor, suisse, et les caractériques du personnage, suisse aussi, Allmen donc, qu'à suivre son enquête. D'ailleurs, d'enquête, on ne peut pas dire qu'il y en ai vraiment une, c'est plutôt une suite de tuiles, qui mises bout à bout font un bien agréable passe-temps.

Allmen a été riche, collectionneur de bon goût, voyageur de curiosités, dandy. Allmen est ruiné mais garde de son faste beaucoup de séduisants vestiges.

Allmen n'a pas d'argent, mais il fait (très bien) semblant d'en avoir beaucoup. Ce qu'il a en trop, c'est des dettes. Pour y échapper, il n'ouvre pas son courrier, ce qui est une tactique qui a ses limites.

Allmen a beaucoup, beaucoup, beaucoup de chance, trop pour être honnête, ce qu'il n'est donc pas.

Allmen n'est pourtant pas érotique. La seule conqûete qu'il va subir n'est pas vraiment à la hauteur de ses goûts raffinés.

Allmen vit dans la maison du gardien de ce qui fut sa propriété. La serre y est devenue son salon, il peut y jouer du piano ou contempler ses rayonnages. Allmen est un grand lecteur.

Allmen est un homme d'habitudes : il fait une sieste tous les après-midi, et quand il se résoud à voler quelque chose, c'est toujours la même chose.

Allmen est protégé par un domestique, Carlos, clandestin et bénévole, sans conteste le meilleur cireur de chaussures du monde mais très, très cachotier et très peu loquace.

Et l'intrigue ? Une histoire de libellules pas en toc dont Allmen et Carlos se sortent très bien, en attendant leur prochaine aventure.

Athalie

PS : friandise qui a sauté dans mon escarcelle grâce à

http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2011/06/une-enquetre...

 

30/06/2012

Les demeurées Jeanne Benameur

786048158.jpg"La Varienne" est simple d'esprit, l'idiote, l'attardée du village, elle est bonniche dans la "grande maison", elle vit à l'écart, cloisonnée, avec sa fille, Luce, née par un hasard d'un soir. La Varienne ne sait pas rêver, contempler, penser, La Varienne est vide, un corps qui se déplace sous le regard de sa fille. Les deux s'aiment même si l'une n' a pas la conscience que cet amour-là la remplit, la fait se lever, la conduit, et que c'est l'autre, l'absence de l'autre, qui va petit à petit faire surgir la force de ses étreintes simples.

La Varienne n' a pas de mots d'amour pour sa fille, elle le dit dans le bol posé, dans la soupe servie, dans les creux du matelas partagé. Et puis un jour, Luce doit aller à l'école, parce que c'est obligatoire et que l'institutrice, qui croit au savoir partagé, veut que même la fille de l'idiote y ait droit. La premier jour, La Varienne va suivre Luce jusqu'à la porte de cet autre univers, et rester là, en dehors de ce monde des mots, celui de mademoiselle Solange, qui lui est étranger et plus encore. Puis, elle va s'en retourner, demeurée.

Ce que Luce va comprendre, c'est que elle non plus, elle ne peut pas passer de l'autre côté, car alors ce serait seule, sans La varienne, se serait la trahir et l'abandonner, ce que Mademoiselle Solange, l'institutrice, avant de vaciller à son tour, ne peut admettre. Ne pas connaître, s'enfuir, se détourner, pour rester deux, ensemble et se protéger.

C'est une belle histoire de mots, et pleine de mots, justement. Normalement, je déteste ce genre d'écriture ( mais bon, ma prêteuse est de qualité et m'avait dit "Il faut que tu lises ça, c'est génial" ....), le genre phrases courtes qui sonnent comme du présent de vérité général, tournures poétiques, mots sussurés avec une sorte d'emphase lyrique qui se veut signifiante. Mais, là, ben, j'ai vraiment aimé, j'ai trouvé que ça collait bien avec la peur des mots qui est celle des personnages, de l'univers qu'ils ouvrent, ce parler travaillé, les détours et contours qui éloignent du réalisme. Ma préteuse avait bien raison ....

Athalie

09/06/2012

Ce qu'il advint du sauvage blanc François Garde

robinson-crusoe-6-.jpgFrançois Garde a mis en garde (facile ...), il en a assez que l'on compare son livre à Robinson Crusoé, roman, selon lui, qui est un véritable hymne à la supériorité de la race blanche, débrouillarde et inventive, et caution de l'expansion du modèle des colonisateurs ( ce ne sont pas ses mots exacts, ce pourquoi je ne mets pas de guillemêts, mais ce que j'en ai retenu, en gros). D'ailleurs, après lecture, force est de constater qu'il n'a pas tort, son récit s'inscrirait plutôt dans l'anti robinsonnade, l'anti hymne à la supériorité de quiconque sur quiconque.

Narcisse Pelletier est un fringant marin, embarqué sur la goêlette Saint Paul pour voir du pays. Il aime parader, la boucle à l'oreille, dans les ports et se frotter aux prostituées du Cap. La poisse s'acharne sur son navire, en errance dans les mers du Sud, le capitaine s'engage dans une rade naturelle d'une île inconnue. Narcisse est envoyé chercher de l'eau douce mais il s'écarte des autres et se retrouve seul, hébété, sur le rivage, navire parti. Certain qu'on va revenir le chercher, il laisse des signes sur la plage, se pelotonne au frais et commence à mourir de faim, de soif, de doutes, de peurs. Nulle ressource naturelle à exploiter, nulle construction à la Robinson, nul Vendredi à dompter, mais une petite vieille laide et noireaude qui sait chasser le lézard et va le laisser venir jusque sa tribu, des aborigènes nomades. C'est donc à travers les yeux désespérés et pleins de préjugés de Narcisse, jeune homme simple, à peine alphabétisé, que l'on découvre les sauvages, leurs moeurs, pour lui évidemment incompréhensibles et détestables. Personne ne viendra le chercher, il  le comprend petit à petit et va survivre en devenant un sauvage à son tour, mis à nu, tatoué, toujours hébété, sans langage.

Très vite, le récit de Narcisse est entrecoupé des lettres qu'Octave de Vallombrun a envoyé pendant des années à son mentor, silencieux pendant tout le roman, M. le Président d'une société anthropologique telle qu'il pouvait en exister avant que le darwinisme ne vienne " éclairer" quelque peu l'idée de la création divine figée dans sa perfection d'homme blanc. Octave est un jeune homme fortuné, aristocrate, amateur de découvertes géographiques et de Terra incognitae à étudier. Sauf qu'il n'y en a plus beaucoup, qu'il est un peu déçu et s'apprête à renoncer à son devenir de grand découvreur, quand, un peu par hasard, il se voit confier le sort de Narcisse, retrouvé par hasard aussi, sur la plage de l'île où il n'attendait plus personne, dix-sept ans après son abandon, et embarqué jusque Sydney où l'on sait trop quoi faire de celui qui est devenu "Le sauvage blanc", ayant pris leur apparence, ne parlant plus sa langue "civilisée", ne connaissant plus son nom d'avant.

Octave y voit un sujet d'étude intéressant et un moyen de faire progresser la science. Et c'est là que les récits se croisent, comment le blanc a été gobé par les sauvages et comment le blanc savant tente de le faire se reciviliser. Les dix-sept années de Narcisse sur l'île ne seront pas racontées mais le récit mène l'évolution de l'un et l'autre cheminement. Muni de de ses certitudes civilisatrices, Octave pense d'abord faire oeuvre, trouver la lumière mettant en mots l'obscurité, puis se met à douter, face à un Narcisse silencieux, heureux ? On ne le sait. Mais du coup, le roman évite l'écueil de la grande leçon de morale humaniste à coup de fraternisation entre le pygmalion raté et sa créature échappée.

Il reste que, et si Robinson faisait moins le malin sous le cagnard et sans biafine ? Et si Vendredi lui mettait un bon coup la pâtée à la course de pirogue ? On peut rêver.

Athalie

PS : relire Les derniers géants de François Place, sans pleurer cette fois, vu qu'on connait la fin.

Le commentaire par où cette lecture est venue : http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/03/choc-des-civ...

31/05/2012

Pierre feuille ciseaux Maylis de Kérangal

pierre feuille ciseaux maylis de kérangal,romans,romans français,nouvellesOn peut passer à côté de ce petit texte ciselé ( surtout que la couverture est vraiment très moche, mais vraiment si moche que si Maylis de Kérangal, la belle, charmeuse, pertinente, Maylis de Kérangal n'avait pas été assise derrière la pile à "Etonnants Voyageurs", jamais je n'aurais pensé à prendre en mains ce truc verdâtre et en plus à donner de l'argent pour que cette mocheté se retrouve dans mes étagères), et pourtant, c'est une petite pépite avec une âme dedans, voire plusieurs.

Trois lieux sont décrits, trois lieux de Saint Denis, si j'ai bien compris, comme des territoires distincts et circonscrits, avec leurs habitants dedans qui se cognent aux frontières invisibles, qui tournent en rond dedans, se cognent aux choix architecturaux, ou plutôt aux aléas de ces choix, qu'ils vivent, eux, de l'intérieur, les subissent sans même le savoir. Ce que l'espace où ils vivent fait aux gens qui tentent d'y vivre ...

Chaque description de lieu suit le fil du jeu : pierre, feuille, ciseaux, ce qui plombe, ce qui tranche, ce qui s'envole quand même, et chacun est la toile d'une mémoire. La première est celle de la jeune fille de la cité-jardin, elle y a vécu une certaine solidarité, entre des pavillons ouvriers, des baisers furtifs effleurés dans les contre allées, chef de bande dans les potagers où on chapardait des pommes, elle a sillonné les rues en jouant, puis en scotter, pour en sortir, puis elle y est revenue, dans la  petite maison des années 50, en parpaings à la gloire des années des trente glorieuses. Sauf qu'elle ne s'y sent plus vraiment chez elle, méfiante devant les rideaux de fer fermés des épiceries d'antan, remplacés par les vitrines "halal" exotiques, illisibles, inquiétantes. A ce quartier, s'adosse, l'autre, le dangereux, l'ensemble des "grands papillons", jamais fini, mais qui s'est clos sur lui même, des barres d'immeubles où sont arrivés les immigrés au temps où la France avait besoin d'eux. Ils se pensaient conquérants de leur dignité mais leurs fils y tournent en cage invisible, le seul territoire qu'ils peuvent maitriser, le seul où ils ont le pouvoir. La troisième mémoire est encore toute petite, le texte restreint le quartier aux dimensions d'une boîte à chaussures qu'une petite fille explore pour pour se souvenir de sa place dans le monde, y mettre des fils qui l'ancreront quelque part.

Maylis de Kérangal vous nostalgise et vous ouvre les papilles du coeur, elle retaille l'espace à coups de mots et de rythmes qui font bang dans la tête, elle refait le patron de la banlieue en marquant les coutures à coup de craies biseautées.

Athalie

PS : pour les curieuses qui meurent d'impatience ( si, si, si ...je suis harcelée de mails !) pour savoir ce que Maylis de Kérangal ( la belle, la charmeuse, la sublime ...) à répondu à ma question parfaitement pertinente (mais si, mais si, mais si ...) : la réponse est "oui"

28/04/2012

Bifteck Martin Provost

bifteck,martin provost,romans françaisIl était une fois un bébé boucher, baptisé platement André. Il n'a pas ni chateau, ni coursier blanc mais des parents, propriétaires d'une boucherie, à Plomeur, en Bretagne, Bretagne  qui semble profonde. Prédestiné successeur de ce royaume étriqué, son premier mot sera "Bifteck", ses lectures du soir se contenteront d'un os à moelle à ronger, son alphabet à la liste des noms des morceaux d'animaux tranchés et découpés, qui en deviennent parfois poétiques. Il n'est même pas beau, cheveux gras et corps adipeux, quand il est content, il se tâte les entrecôtes. La bidoche comme passion, ça sent pas le prince charmant. Et pourtant ... L'acorte Jeannine Le Meur, comme un aimant attiré, va être la première à profiter et à gouter de ses talents jusque là ignorés  : il fait " chanter la viande" et vibrer d'extase celle de sa conquête involontaire. La langue de Jeanine ne va pas en rester là et soucieuse du bien être de ses congénères, dont les maris sont partis à la guerre, elle répand la nouvelle merveille. c'est alors que la queue se fait devant la boutique pour tâter de la bestiole sous couvert de ravitaillement ( j'ai oublié de dire que cela se passe pendant la première guerre mondiale ...) : il y en a tellement que l'élue sait qu'elle est l'élue lorsque le morceau de choix, l'araignée, lui échoit.

Evidemment, toutes ses copulations mirifiques ( et derrière la cathédrale) ne sont pas sans conséquences ... Et comme les six mains et une princesse au petit pois, arrive l'élément perturbateur. Les maris au front reviennent du front et l'amant va devenir papa-bifteck et entrainer ses petits dans une étrange odyssée,bien loin de la boucherie et des femmes à la chair blanche.

Un conte, une fable, une affabulation, un Rosa Candida mais à la sauce bien mineure, pas sanguine, mais moins lumineuse, sans roseraie mais avec île. Ce n'est pas le même étrange charme mais pourtant le même fil de ce que l'amour paternel fait aux grands enfants. C'est drôle et distancié au début, et puis on finit  on finit par s'égarer dans une sorte de remake de Vendredi ou les limbes du pacifique, plutôt pas appétissant et dans le pied de nez final, j'avais perdu l'entrain.

Athalie 

25/04/2012

La salle de bain du Titanic Véronique Ovaldé

titanix.jpg"Tous ceux qui n'ont pas de nombril sont des martiens". Deux enfants sur une plage en été scrutent les ventres des vacanciers : Jules, neuf ans et Vienna, six. Quelques étés plus tard, sur la même plage, elle, elle, ne quitte plus sa serviette, assise près de sa mère qu'un cancer oblige à porter perruque, et Jules,lui,  n'a plus de consistance. Parce que cet été-là, elle n'a pas trouvé de martiens, non, mais deux orques se sont échouées sur la plage et qu'un matin de cet été -là, la petite fille blonde, blonde sable, dont le père s'est assoupi un moment, va aller un peu trop loin et pas toute seule dans les dunes.

J'ai échoué sur ce livre-là, entre autre, mais principalement parce que la petite fille blonde qui est allé trop loin dans les dunes toute seule, et qui ne va rien dire à son papa assoupi,  aurait mérité un traitement littéraire moins par dessus la jambe. J'ai échoué parce qu'après le premier chapitre, je n'ai plus vu l'intérêt du second, ni du troisième (encore moins du troisième en fait, mais comme il n'y en a que trois, ça fait quand même deux en trop, enfin, à mon petit avis).

Selon A.B., qui avait mis son veto sur cette lecture, Véronique Ovaldé s'est égarée dans la pub pour Citroën, ( Renault, Twingo ... pas retenu le nom du truc qui roule et qui ne vogue pas, ça c'est sûr). Le Titanic s'est échoué aussi, ce qui n'est pas une raison pour surfer sur la vague de la commémoration. Je ne sais pas si cela a un rapport, ni cela vaut vraiment la peine de se poser la question, tellement le charme, volatile, de cette lecture anecdotique ne passe pas les premières pages. Passons donc notre chemin et voguons vers d'autres moyens de locomotion littéraires.

Athalie

Du même auteur sur le même blog : Des vies d'oiseaux

PS : ce qui ne remet pas en cause, le beau principe de l'échange des A. Je finis de digérer Bifteck (offert par A.B). 

REPS : A.B. avait raison

Im-renault.jpg

21/04/2012

Avenue des géants Marc Dugain

avenue des géants,marc dugain,romans français "Etre, c'est être coincé" nous annonce Dugain en citant Cioran avant de commencer son histoire. Pour sûr, Al Kenner, le narrateur de cette histoire est coincé de toutes parts : coincé entre ses divers aieux déglinglés, mère, pére, grand-mère... coincé entre son corps et son mental. Le pauvre gars mesure 2m20 et a un QI exceptionnel, ce qui semble toujours être un paradoxe. Mais aussi coincé dans son époque (les années 60 au USA) qu'il ne comprend pas parce qu'elles ne lui ressemblent pas. Al n'est pas le monstre du Dr Frankenstein, ni  George de Steinbeck pas plus qu'il n'est Ignatus de "La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Tooole. Et pourtant on ne peut s'empêcher de penser à ces géants prisonniers de leur corps luttant contre un monde qui n'est pas à leur mesure. La différence, c'est que Dugain ne rend jamais Al un tantinet sympathique. Pas de sympathie donc, ni même d'empathie, terme que le narrateur finit par employer lui-même vers la fin du récit. Ce qui transporte le lecteur, c'est le regard mauvais que jette Al sur ces années qui souvent nous fascinent. Les hippies:"On n'avait jamais vu une humanité si loqueteuse, peinturlurée des pieds à la tête (...). Ce parti pris de l'enlaidissement devait bien correspondre à quelque chose". Al ne comprend pas et Dugain ne livre que peu d'indices pour remettre le phénomène hippie dans son contexte social et politique.  Ce n'est probablement pas son sujet et c'est un peu là le problème de ce roman: les passages psychologisants du début cèdent la place à une sorte de road movie mais on va où? Difficile à dire, mais il reste un rythme, des passages en couleurs dans un roman en noir et blanc, des passages qui tentent de brosser un tableau abstrait de l'innocence et de la culpabilité.

Sur cette avenue, Al semble être le seul géant, et çà, c'est insoutenable.

Anonymous

Du même auteur sur le même blog : L'insomnie des étoiles

15/04/2012

La noce d'Anna Nathacha Appanah

Elle m'a bien énervée, celle-là, la narratrice, la mère d'Anna, Sonia, qui en ce jour, marieimagesCA5E1FTT.jpg sa fille. Depuis quand les mères qui marient leur fille se mettent à être plus jeunes que moi, qui fais toujours des couettes à la mienne. ça m'a fichu un coup de vieux ! presque un coup de cafard. En plus, ce mariage la déprime, la contraint, l'afflige et lui nuit. Je me suis dit que j'étais bien partie là pour poser le bouquin. J'avais craqué sur la couverture, elle m'avait fait penser à Coeur cousu, un beau tissu moiré et de fines mains qui brodent ...

Que nenni ! Que nous en sommes aux antipodes de la mère courage hispanique et féérique. Nous sommes dans l'ici et le maintenant. Mais, elle a aussi son courage à elle, cette mère qui marie sa fille, finir la journée sans faire honte à Anna, c'est son chemin de croix à elle.  

Pensez ! Elle est ultra normée, Anna, et sa mère est trop originale pour elle. Pensez ! Anna ne boit pas, ne fume pas, a fait des études scientifiques, se marie en blanc ivoire, des petites fleurs discrètes dans les cheveux, a fait l'emploi du temps chronométré de la journée de sa mère, surtout, pour que cette dernière ne fasse pas un pas de travers. C'est vrai que moi, ça me ferait un peu peur une fille pareille. En plus, elle se marie avec un notaire, un jeune, qui semble aussi lisse qu'une page blanche. On espère juste qu'ils ont un peu consommé avant, quand même, ces extra terrestres.

Sonia fait tâche parce qu'elle est originale. Pensez ! elle écrit des livres, aime les vieux bouquins qu'elle stocke dans des caisses, fume des cigarettes et aime parfois marcher pieds nus ( comprendre qu'elle a une fois enlevé ses chaussures pour se poser dans l'herbe, et elle a même une photo de son pied, avec tatouage, prise par un inconnu qui flashait par là. C'est dire la classe). Le livre raconte donc ses efforts pour se contenir dans les marques posées par sa fille, car c'est son jour à elle, son grand jour, et Sonia se contient. Un flash-back nous explique sa solitude, le mal-être ne date pas d'Anna, mais d'avant, de son départ d'origine, celui de son île paradisiaque d'enfance, de ses parents jamais revus, de son silence à la fin de l'histoire avec Marc, le père inconnu d'Anna, un père au corps constellé d'étoiles filantes et qui a filé, sans savoir qu'il était père. Jamais elle ne l'a recherché et jamais elle n'a connu sentiment aussi entier et serein que cet amour-là. Mis à part cette nostalgie qui la tient, cette mère finit par toucher juste dans cette pudeur impuissante des mots, cette voix qui ne peut dire son amour à sa fille, sa si aimée et si différente fille, qu'elle voit partir, qu'elle a toujours vu partir en fait, qui l'a toujours retenue aux bords des paroles. Dans cette relation mère fille si fragile que finalement, tout bien compté, l'époque des couettes, je veux bien qu'elle dure plus longtemps.

Athalie

06/04/2012

Corps Fabienne Jacob

épilateur.jpgDès la première page, je me suis dit : "Mince (en pire), ça sent le Angot, ce truc ! ". Angot, je peux pas, j'ai lu deux pages il y a très longtemps mais je n'ai jamais oublié le goût qui me grince : les phrases courtes, le verbe comme comme un glas, le JE qui tonitrue l'intime glauque du JE, dressé comme un étendard phallique. Je peux pas.

Là, j'ai pu parce qu'il y a des moments pas trop Angot, mais d'autres si quand même.

La narratrice adulte (le "Je indéfini qui nous parle de nul part" ....) est esthéticienne : elle cotoie, malaxe, les corps des femmes qui ont pris rendez-vous pour (ce qui me fait froid dans le dos, moi aussi, je me fais épiler les gambettes par une spécialiste du poil, la prochaine fois, je vais la regarder autrement, me méfier, c'est un coup à retourner à l'usage du rasoir, je vous le dis les A. !). Elle n'a pas que du beau et jeune corps bien ferme qui défile sur la table ( d'opération ? de dissection ...), les flasques, les tout maigres, les gélatineux, les fripés aussi. Et quelques spécimens nous sont ainsi livrés : la bouchère, Adèle, Ludmilla, Grâce.... Elles passent par ses mains et son regard, scalpel silencieux et sentencieux qui sort des vérités premières à la vitesse à laquelle mon épilatrice à moi arrache les bandes de cire : "La perception des corps que j'ai est la mienne", " Je sais moi quand elles sont belles. Les femmes, c'est mon métier, elles sont belles quand elles sont dans leur vérité" ( J'en frissonne encore). Sans compter les classements péremptoires, les femmes qui ressortent de là tartinées de crème stigmatisante : quoi ? Il y en a qui regrettent leur peau lisse, n'acceptent pas leurs rides, ni leur cellulite, ni le flasque de dessous des bras. Honte à elles ! 

Elle se prend pour qui l'esthéticienne-philosophe ? j'en ai le poil qui se durcit.

 Et la bouchère, la pauvre bouchère, la potiche derrière le comptoir qui a perdu ses rêves d'enfants, tas de chair blanche, molle et frigorifiée, le boucher, lui ,évidemment et rustaud et rougeaud. Ben oui. Forcément. La bouchère littéraire devrait quand même se décider à faire une pétition pour avoir un mari bronzé, svelte et fan de Proust.

Pourtant, quand on sort de l'institut ( pas épilées mais bien rasées de près), il y a des moments qui font de la douceur : les deux soeurs ( la narratrice adulte et Else), en grande extase interrogative devant les bas de soie de leur mère, soigneusement étalés sur le couvre lit bien tiré du domaine conjugal, cherchant le mystère des draps froissés, le grand mystère de ce que font les parents la nuit ; la cinématographique Grâce, la grâce d'une route blanche et les deux yeux d'un phoque, la tristesse de Ludmilla, de ses caleçons moulants et du gloss juvénile, qu'elle ne devrait pas, soit, mais pour qui on a envie de demander grâce, pitié pour nous, pauvres corps livrés au sadisme de l'âge !

Si en plus, les esthéticiennes s'y mettent, je renonce à ma carte de fidélité et aux échantillons gratuits de crème anti-rides.

Athalie

04/04/2012

Lourdes, lentes Hardellet

imagesCAHOT9RM.jpgD'où qu'il me ressort des tréfonds de mes étagères celui-là ? Une réminiscence de Crébillon fils et des Bijoux indiscrets, et voilà Hardellet qui pointe sa curieuse plume, et sa belle été.

Je le ressors des tréfonds. Ben, lui aussi il a vieilli ... Couverture d'un jaune-cigarettes, il a dû en sentir plus d'une griller ... tâche de café sur le dessus, normal, le café va avec. Il a dû prendre l'eau aussi à un moment (dans un carton, dans mon sac ?) Il est un peu frippé du dos, courbé de la hanche, corné de la tranche.

Comme je l'ai souvent rouvert aux mêmes pages, il y va tout seul posé sur le bureau, prêt à être noté, consentant. C'est beau la fidélité, quand même, je relis les mêmes paragraphes, me relaisse prendre par le portrait en pied de Germaine dont je ne cite que les moins ... affriolantes parties ... " Son ventre. Bombé, large. Un ventre pour des enfants. Un foc fendu par le vent. Un ventre de pleine mer au calme. Ses cuisses. Le colosse de Rhôdes, l'été."

Lourdes, lentes, un titre que j'ai toujours eu envie de mettre au singulier, tant c'est Germaine, la première amoureuse du narrateur, Steve, qui chavire ces pages. Germaine, c'est la bonne de ses parents, dans leur maison de campagne, elle l'attire, le désire, il a douze ans et elle, vers vingt. Elle est plantureuse comme un Maillol des champs. Il pêche la truite et découvre le bon pain de ses rondeurs accueillantes, large comme une péniche dit-il. C'est rond. Très doux avec des "mots sales" qui ne le sont plus tant le goût de l'été et de son corps fondent comme une brioche.

Après, il y aura d'autres amoureuses et d'autres corps, aussi ronds peut-être, mais moins pleins, moins été et odeurs de pâtés de lièvre, plus cuirassées comme des avions, plus moderne, et le charme s'effrite.

Germaine et l'érotisme à l'état pur en charentaises aux bouts retournés et en porte jarretelles, sinon rien.

Athalie