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05/10/2012

Pour seul cortège Laurent Gaudé

pour seul cortège,laurent gaudé,romans,romans françaisQuand Gaudé fait du Gaudé, ce n'est plus du souffle épique qui tournoie les pages, c'est de la marche forcée de la lectrice essouflée quelque peu, vers le sublime grandiose, ou le grandiose sublime, de la destinée brisée par l'histoire.

Je ne peux pas dire si j'ai aimé ce livre ou pas en fait, toujours pas, ce qui me contrarie. En plus, tout le monde, ou presque, connaît l'histoire, sait que Gaudé a une fois de plus, prit l'Histoire Antique à bras le corps des mots pour étreindre rien de moins que la figure d'Alexandre Le Grand et lui trousser sa chemise romanesque à sa sauce Gaudé. Pimentée ou pas ? Je ne sais toujours pas.

Aux premières pages, Le Conquérant danse le pas de deux avec sa Douleur, dans la flambloyance de sa Gloire en son Palais. Puis Le Conquérant tombe, se meurt doucement, puis définitivement. Mais avant le dépeçage des héritiers guerriers autour de la dépouille, le texte convoque : en un, l'âme chevauchante d'un de ses anciens fidèles, toujours fidèle, qui vient lui dire sa conquête et sa Gloire pour le ramener vers la vie dare-dare, en deux, une princesse oubliée. Enfin, qui voudrait bien être oubliée, parce que le Sublime et le Grandiose, elle a déjà eu sa dose. Enfermée volontaire loin de l'Empire, l'Empire va venir la tirer par les pieds hors de son monastère où les moines l'allégeaient du poids du monde en suivant son corps des mains et en balançant du safran en l'air. ça a l'air simple, comme ça, mais en fait, ça ne marche pas vraiment.

La princesse qui voudrait bien que le Grandiose Sublime lui fiche un peu la paix, c'est Drytéis, fille de Darius, le vaincu d'Alexandre, elle a déjà vu une civilisation se casser la figure et elle n'a pas envie de recommencer, en plus, elle a eu un fils, et de la Malédiction du Pouvoir, elle ne veut plus, surtout pas pour lui, l'enfant. Et pourtant, le seul cortège vrai d'Alexandre, ce sera Elle, Elle, et les chevaliers du Gandhara, exilés volontaires et fantômatiques, déserteurs des combats fratricides que les héritiers du Grand Empire ne pouvaient que se livrer pour que le monde soit monde.

La quête du Pouvoir, la soif de Gloire, l'Humilité d'une femme et d'une Mère, le Sacrifice de Soi pour un grain d'Humanité planté quelque part, ou quelque chose comme ça ... c'est parfois beau comme un chromo, parfois essouflant comme une écriture tellement flambloyante que j'en devenais sourde. Un parfum de relu jusqu'à plus soif, et pourtant ....

Ai-je aimé, je crois que oui, mais je n'en suis pas sûre. Ce qui M'énerve, maintenant.

 

Athalie

Un autre commentaire en demi-teinte : http://jemelivre.blogspot.fr/2012/09/pour-seul-cortege-la...

Et sur ce même blog du même auteur : Le soleil des Scorta, un must pour moi, avec La mort du roi Tsongor et aussi Eldorado (moins mais quand même ...)

30/08/2012

Black Mamba Boy Nadifa Mohamed

black mamba boy,nadifa mohamed,romans,romans anglais,yémenVoilà un livre dont j'aurais voulu qu'il soit un vrai grand coup de coeur, un sans conditions et sans restrictions. A cause de l'histoire et de l'homme qui l'a vécue, le père de l'auteure dont elle dit se faire le griot, un homme qu'elle présente de sagesse contenue avant de se lancer sur ses traces de petit gamin des rues d'Aden, au Yémen, en commençant presque au début, en 1935. Jama est alors encore le fils d'Ambaro, la courageuse, à peine tolérée sous le toit des autres, elle trime pour quelques sous dans la grande ville, elle peine à trouver la force de s'occuper de lui, Jama, tout en os et en faim. Accolytes d'infortunes plus ou moins fiables, mendicité, débrouillardises, les gamins rêvent d'ailleurs, de sacs d'or et de grosses voitures au milieu des ordures. Mais Ambaro le lui répète, pour lui, Jama, ce sera différent, il est né sous une bonne étoile, elle le sait parce qu'un énorme serpent, le Blak Mamba, lui passé sous le ventre alors qu'elle état enceinte et et il est reparti, sans piquer. Elle y croit, son fils moins, surtout lorsqu'elle meurt. Commence sa quête au gamin, la recherche de son père qui est parti depuis longtemps, lui, le fantasque joueur de luth, derrière une frontière, chercher fortune. Par petits bouts de rencontres et à sacrés coups de volonté, Jama avance vers les déserts instables et la guerre que mène les Italiens contre les anglais pour le contrôle d'un empire fascite qui vu de là-bas, se délite déjà. L'armée enrôle et utilise avec dédain pour ses fanfaronades criminelles et cruelles les hommes de ce pays-là pour leur pitoyable défaite. Jamba ne se perd pas, se décourage, fait des détours mais ne perd pas de vue le destin que lui a donné sa mère. Et pourtant, l'odyssée est long d'être terminée avec qu'il n'écoute la voix de sa Pénélope pour revenir, peut-être à un apaisement.

L'histoire de Jamba est exemplaire, presque hagiographique, une farouche résistance tranquille aux mépris, aux humiliations, pas après pas, murs après murs, frontières après frontières, Jamba va son pas. Un héros admirable, donc, mais pourtant un roman qui ne m'a pas emportée avec lui. Il m'a manqué un souffle plus fort, un ouragan plus stylistique et plus romanesque pour être vraiment soulevée. Mais j'ai trouvé plein d'excuses : la force de l'histoire vécue, en vrai, par son propre père ne doit pas être facile à s'apprioprier, et puis, c'est un premier roman. Enfin, je dis ça, mais je ne suis pas écrivain pour un sous, moi, c'est juste que quand un bonhomme a vécu un truc comme ça, ben, chapeau bas.

Athalie

23/08/2012

Jésus et Tito Vélibor Colic

jésus et tito,vélibor colic,romans,romans autobiographiques,romans croatesVélibor Colic ( désolée, Vélibor si tu passes par ici, mais je ne peux pas mettre sur ton nom les accents qui y sont normalement), on l'a entendu au festival malouin, l'année de la "littérature des Balkans" ou quelque chose comme ça ...Enfin, entendu n'est pas vraiment le mot. ce type, une espèce de musclor efflanqué écorché vif à l'accent râpeux, revenait de la guerre "de Yougoslavie", celle que nous on avait vue à la T.V. en la trouvant absurde, étrange, lointaine, une guerre d'un autre âge, celui des guerres de religion, une sorte de Moyen Age à nos portes. Sauf que lui, il avait été dedans et que nos culpabilités de nantis, c'était pas son truc. Il crachait ses mots comme on crache des balles. J'ai acheté son livre "Mother fucker" et n'en est pas gardé un souvenir impérissable, l'impression d'un truc tout foutraque et tout en sueur, la rage, plutôt qu'une écriture.

Du coup, "Jésus et Tito", bof, pas trop envie .... Alors A.M.L. me l'a prêté (un bon dealer anticipe les futures envies de sa cliente). Sur la quatrième de couverture " à la croisée d'"Amarcord" de Fellini et de "Je me souviens" de Georges Perec".Va falloir tenir les références, je me dis, je repose pour plus tard.

Plus tard : j'ai complétement, totalement, adoré ce livre, Fellini, Perec, pas besoin, il écrit drôlement bien tout seul, Vélibor. Des polaroïds se succèdent, fanés, enjolivés, l'auteur le revendique, la mémoire se réécrit : "Une seule évidence, la mémoire est aussi Histoire. Sauf qu'on ne la vérifie pas". Comme on ne peut dire son projet mieux que lui, passage citation : " Relativement tôt, à vingt-huit ans, je me suis rendu compte que tous mes souvenirs, mon enfance, toute ma vie d'avant, appartenaient au Jurassic park communiste, disparu et enterré en même temps que l'idée de la Yougoslavie, pays des Slaves du Sud. Notre histoire se déroule entre 1970 et 1985, durant les quinze années qui ont annoncé la fin d'un monde qui nous paraissait pourtant sûr et éternel, le monde du socialisme à la yougoslave"

 De ses rêves d'enfant, il dit : "Je m'imagine de superbes batailles. L'armée allemande d'un côté, avec des canons, des tanks et tout ça, et de l'autre côté, le maréchal Tito, Tarzan et Pelé. De sacrées bagarres, il faut dire. (....) Toute notre patrie à feu et à sang. Et à la fin - la victoire". De sa vision politique, il dit : " Quand on mange bien, c'est du catholicisme. Et si on n'a rien à manger, mais qu'on chante et qu'on danse, c'est du communisme".

Il fait défiler les habitants de son village ; le voisin flic qui bat sa femme, comme tout le monde, le pope, le curé, l'imam ; sa bande de copains, gamins aux miettes de soleil dans les cheveux, pas encore serbes, croates ou musulmans, juste les forts qui cognent sur les faibles ; ses rêves , devenir un footballeur noir brésilien ; l'école, l'instituteur qui carbure au raki ... Puis l'adolescence fait surgir des filles à la peau dorée sur les rivages de la Baltique, puis, les rêves changent, Vélibor se veut poète, punk et maudit. Tito est mort et dans son fantôme se dissout l'illusion de l'unité yougoslave. Les souvenirs s'arrêtent juste avant que la guerre ne commence. D'elle, l'auteur ne dit rien et pourtant, depuis le début, elle est là, elle structure l'amour pour un temps qui ne sera plus,on le sait, pour des lieux qui seront ceux des destructions et des massacres. "La belle ville de Mostar sent déjà la figue et le romarin, le miel d'acacia et le sucre bien caché dans la glace à la vanille". On entend le bruit des bombes par en-dessous les mots.

Athalie

19/08/2012

Vivre Yu Hua

vivre,yu hua,romans,romans chineOù l'on retrouve le monde de "Brothers", la campagne chinoise, à l'écart des centres des pouvoirs, l'ancien, puis le nouveau qui se met en place à coup de révolution, la guerrière, puis la culturelle, ses habitants, la pauvreté, comment s'en sortir, ou pas ... les conséquences du séïsme politique, ses répliques en vaguelettes miniatures vues d'en haut (mais le haut regarde-t-il le bas en ces temps de révolution?), mais ici, on les voit d'en bas, et les vagues sont bien plus grandes.

La construction romanesque est assez classique, centrée autour de la vie d'un personnage principal et de sa famille, contrairement à l'(excellent) pavé déjà cité du même auteur, la tonalité est aussi plus réaliste et le burlesque n'affleure que dans la première partie, très courte, qui campe la jeunesse inconséquente du héros, Fuiji. Alors fils d'un riche propriétaire terrien, il dilapide à la ville, très rapidement, un patrimoine déjà largement écorné par son propre père. Joueur, jouisseur, égoïste, provocateur de fort mauvais goût, il fait fie de tous ses devoirs jusqu'à la ruine complète, totale, définitive et honteuse. Cela fait, sa vie, la vraie, commence.

Perdues au jeu, ses terres sont passées entre d'autres mains, et Fuiji se retrouve paysan comme devant, incompétent mais doté de bonnes intentions.  Qu'à cela ne tienne, une bagarre et un hasard plus tard, il se retrouve Candide à la guerre, enrôlé de force dans une armée déjà décimée. De retour auprès des siens, tout reste à reconstruire avec ce qui reste, sa femme, qui ne méritait pas son sort mais valeureuse, fait face, son fils, qui ne le reconnait pas, et sa fille, sa fidèle et silencieuse fille ...

Quelques épisodes cocasses découlent encore des décisions absurdes du pouvoir ; la cantine collective qui qui s'épuise aussi rapidement que la collectivité du travail et des terres, la fonte des poêles domestiques dans un fondoir à eau qui demandera autant d'efforts qu'un résultat dérisoire. Mais, dans l'ensemble, c'est Fuiji qui est au centre, lui, sa famille, ses drames personnels, qu'ils soient liés à la grande Histoire ou au destin qui, vraiment, s'acharne. Il s'acharne tellement que ce sera mon seul bémol pour cette lecture, comme si on avait un condensé de malheurs possibles pour un hymne, finalement, à la beauté de la vie malgré tout, une acceptation des malheurs, causés par soi-même ou subis. Les dernières phrases ont sonné, pour moi, comme un glas à la Millet ; " Immense, la terre s'étendait nue et musclée devant moi. Il me semble entendre son appel, pareil à celui des femmes cherchant leurs enfants. La terre annonçait la nuit."

Le titre a, peut-être, son point d'exclamation en trop.

Athalie

08/08/2012

Le serpent du destin Igor Stiks

icones_00140.pngQuand à trop vouloir tirer sur la pépite de l'auteur inconnu, on tombe sur un os qui sonne creux.

Richard Richter est un écrivain reconnu, la cinquantaine, plus ou moins coincé dans son marasme intellectuel, après avoir été un jeune homme en colère et un écrivain engagé. Séparation, crise identitaire, il décide de retourner se ressourcer dans l'appartement natif, celui qu'occupe toujours sa tante, à Vienne. Tante Ingrid l'a élevé et lui a servi de mère, vu que la sienne, elle est morte juste après sa naissance, pendant la seconde guerre mondiale, et son père, juste après aussi, en revenant du front de l'Est. Un écrivain bavard qui traîne sa peine, et moi aussi. Vu que ce n'est que le début, c'est inquiétant. A Vienne, Richard décide de faire des travaux dans l'appartement de sa tante, histoire de passer le temps, sans doute. Donc, la tante s'en va faire un tour et il commence à abattre les murs, enfin, un seul, ce qui suffira ( d'ailleurs, il n'est jamais dit ce qu'il advint des gravats, ni comment la tante va virer la poussière, ce qui est un sujet qui peut, parfois, m'intéresser). Et là ! qu'estce qu'il trouve caché dans le mur ? Non, pas le coup du coffret et de la lettre secrète ? Ben si ! Un carnet bleu, la vérité sur sa naissance, sa conception plutôt, rédigée de la main de sa mère alors qu'il gigotait encore dans son bidon. Son père n'est pas son père, sa mère l'a épousé pour éviter de se retrouver dans la mouise, et le vrai était juif d'origine yougoslave, et communiste, et a disparu, dénoncé par on se sait qui. Sauf qu'on se doute quand même un peu ... mais on n'a la confirmation à la fin, seulement, ce qui laisse encore pas mal de pages à lire.

Evidemment, cela lui fait un choc à l'écrivain, surtout que la tante ne veut rien dire de plus. Qu'à cela ne tienne, l'écrivain va partir à la recherche de son géniteur, dans Sarajevo assiégé, muni de sa seule aura d'intellectuel ex-engagé.  Après maints bavardages et considérations verbeuses sur le rôle du journalisme en temps de guerre, et de l'évolution de ses états d'âme, grâce à une succession de hasards, à des rôles figés ( l'ami fidèle, Ivor, la femme séduisante , Alma, mais mariée et doublement piégée, Simon, le sage mystérieux qui a les clefs mais les donne quand il veut, en plus, il a des faux airs de l'ermite dans "Le retour à la terre", ce qui ne m'a pas aidée), Richard arrivera à la réécrire sa tragédie oedipienne et moi à finir le livre.

Même si je me suis globalement ennuyée à cause de la sempiternelle parole de cet écrivain plein de mots, annonciateur de son propre malheur, l'évocation de Sarajevo, abandonnée de tous, des dérisoires humanités de ses habitants, m'a souvent rattrapée de justesse, comme on fait de la varape en fait (du moins j'imagine ...). Il est aussi beaucoup question d'un texte que je ne connaissais absolument pas "Homo Faber" de Frisch, un auteur suisse allemand qui, semble-t-il , est un un classique, et que j'ai fichtrement envie de lire maintenant. Un classique suisse découvert dans un roman serbe, ça vaut la boîte secrète dans le mur, mais c'est tout.

Athalie

03/08/2012

Les affligés Chris Womersley

lucioleprolfixeclair1.jpgQui sont les affligés dans cette histoire ? Un des rares reproches que je ferai à ce roman, c'est ce titre, je tourne et retourne les sens du mot dans ma tête, et je ne vois pas. De l'affliction, il y en a, c'est sûr, mais le mot ne suffit pas. "Bereft", est le titre original, et rajoute,"endeuillés, démunis", c'est mieux, je trouve, au moins on voit de qui il s'agit, et puis, c'est plus complet, "démunis dans le deuil", oui ce serait quelque chose comme cela, comme sentiment général. Autant vous dire que ce n'est pas gai. Mais pas malsain, juste entre tendresse et rédemption, plongée dans le passé et découverte peut-être de soi, d'un autre soi. Les thèmes sont convenus, certes, mais l'écriture, comme l'indique le titre anglais, très littéraire, permet à cette histoire de se lire presque comme une aventure intérieure. La couverture est d'ailleurs, je trouve, un résumé à elle toute seule de ce qui fait le charme prenant de cette histoire. ( ce qui fait que je pourrais me contenter de l'insérer ici, et de passer à autre chose, mais comme je suis bavarde, je ne peux pas.) .Des arrêts, des accélérations, quelques gros plans, des scènes arrêtées, comme au cinéma, des poses, sur un visage, un geste, il y a une grande douceur dans cette histoire tragique. (Et surtout pas de description des grands espaces "nature writing", je fais une overdose en ce moment) Même si l'action se déroule en Australie, c'est une Australie très ressérée. Rien ne semble y bouger, juste trois quatre personnages, quelques moribonds et trépassés, quelques silhouettes de maisons du bourg de Flint, les bois autour.

Quin Walter s'est enfui de son village dix ans auparavant, après avoir été accusé du viol et du meurtre de sa soeur. Il faut dire qu'on l'a retrouvé hagard, ensanglanté, le couteau à la main, et que ces deux-là s'aimaient tellement ( il l'aimait tellement en tout cas) que des rumeurs couraient dans la famille, dans le village. Et pourtant, ce n'est pas lui. Pourquoi revient-il, de retour de la grande guerre, poumons brûlés, gueule à moitié cassée ? Il ne le sait pas trop, entre pardon et vengeance, il erre dans les bois, autour de sa maison, autour de la chambre de sa mère, qui s'y meurt de cette épidémie qui ravage le pays que l'on dit être la peste espagnole, mais que certains dans le village disent "La Peste". Puis, Quin s'approche, parle, ne dit pas toute la vérité, mais quête les mots qui pourraient lui refaire une innocence.

Dans les bois rôde aussi son oncle, celui qui, avec son père, a juré de l'abattre si il revenait un jour. Le jeune frère de sa mère, chasseur, prédateur et chargé de faire respecter la loi dans le bourg, ce qui est fait un encore plus redoutable traqueur d'innocence. Quin tourne, s'échoue, quelques scènes racontent son enfance, d'autres son errance, sa guerre, ses violences et ses leurres : le courage sur les champs de bataille, c'est quoi quand on a laissé tuer sa soeur ? sa lumière viendra d'une drôle de luciole, Sadie, fille d'une présumée sorcière, morte il y a peu. Elle aussi rôde dans les bois, fourrée dans une cabane abandonnée comme dans un terrier. Elle attend que son frère revienne, lui aussi, de la guerre de l'Europe. C'est une belle figure romanesque, enfantile et lucide, elle est la lampe de poche de Quin, mais la proie de certaines ombres ....

Thèmes convenus, soit, mais atmosphère d'aquarium, étouffante, saturée de la moiteur des non-dits, qui englue sa lectrice dans une lecture diablement prenante, tant il y a quelque part une corde tendue. Donc, attention ! se lit d'une traite, à ne pas commencr au début de la nuit sous peine de cernes sous les yeux le lendemain !

Athalie

Un avis plus concis et moins foutraque ...

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/06/les-afflige...

09/06/2012

Ce qu'il advint du sauvage blanc François Garde

robinson-crusoe-6-.jpgFrançois Garde a mis en garde (facile ...), il en a assez que l'on compare son livre à Robinson Crusoé, roman, selon lui, qui est un véritable hymne à la supériorité de la race blanche, débrouillarde et inventive, et caution de l'expansion du modèle des colonisateurs ( ce ne sont pas ses mots exacts, ce pourquoi je ne mets pas de guillemêts, mais ce que j'en ai retenu, en gros). D'ailleurs, après lecture, force est de constater qu'il n'a pas tort, son récit s'inscrirait plutôt dans l'anti robinsonnade, l'anti hymne à la supériorité de quiconque sur quiconque.

Narcisse Pelletier est un fringant marin, embarqué sur la goêlette Saint Paul pour voir du pays. Il aime parader, la boucle à l'oreille, dans les ports et se frotter aux prostituées du Cap. La poisse s'acharne sur son navire, en errance dans les mers du Sud, le capitaine s'engage dans une rade naturelle d'une île inconnue. Narcisse est envoyé chercher de l'eau douce mais il s'écarte des autres et se retrouve seul, hébété, sur le rivage, navire parti. Certain qu'on va revenir le chercher, il laisse des signes sur la plage, se pelotonne au frais et commence à mourir de faim, de soif, de doutes, de peurs. Nulle ressource naturelle à exploiter, nulle construction à la Robinson, nul Vendredi à dompter, mais une petite vieille laide et noireaude qui sait chasser le lézard et va le laisser venir jusque sa tribu, des aborigènes nomades. C'est donc à travers les yeux désespérés et pleins de préjugés de Narcisse, jeune homme simple, à peine alphabétisé, que l'on découvre les sauvages, leurs moeurs, pour lui évidemment incompréhensibles et détestables. Personne ne viendra le chercher, il  le comprend petit à petit et va survivre en devenant un sauvage à son tour, mis à nu, tatoué, toujours hébété, sans langage.

Très vite, le récit de Narcisse est entrecoupé des lettres qu'Octave de Vallombrun a envoyé pendant des années à son mentor, silencieux pendant tout le roman, M. le Président d'une société anthropologique telle qu'il pouvait en exister avant que le darwinisme ne vienne " éclairer" quelque peu l'idée de la création divine figée dans sa perfection d'homme blanc. Octave est un jeune homme fortuné, aristocrate, amateur de découvertes géographiques et de Terra incognitae à étudier. Sauf qu'il n'y en a plus beaucoup, qu'il est un peu déçu et s'apprête à renoncer à son devenir de grand découvreur, quand, un peu par hasard, il se voit confier le sort de Narcisse, retrouvé par hasard aussi, sur la plage de l'île où il n'attendait plus personne, dix-sept ans après son abandon, et embarqué jusque Sydney où l'on sait trop quoi faire de celui qui est devenu "Le sauvage blanc", ayant pris leur apparence, ne parlant plus sa langue "civilisée", ne connaissant plus son nom d'avant.

Octave y voit un sujet d'étude intéressant et un moyen de faire progresser la science. Et c'est là que les récits se croisent, comment le blanc a été gobé par les sauvages et comment le blanc savant tente de le faire se reciviliser. Les dix-sept années de Narcisse sur l'île ne seront pas racontées mais le récit mène l'évolution de l'un et l'autre cheminement. Muni de de ses certitudes civilisatrices, Octave pense d'abord faire oeuvre, trouver la lumière mettant en mots l'obscurité, puis se met à douter, face à un Narcisse silencieux, heureux ? On ne le sait. Mais du coup, le roman évite l'écueil de la grande leçon de morale humaniste à coup de fraternisation entre le pygmalion raté et sa créature échappée.

Il reste que, et si Robinson faisait moins le malin sous le cagnard et sans biafine ? Et si Vendredi lui mettait un bon coup la pâtée à la course de pirogue ? On peut rêver.

Athalie

PS : relire Les derniers géants de François Place, sans pleurer cette fois, vu qu'on connait la fin.

Le commentaire par où cette lecture est venue : http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/03/choc-des-civ...

23/02/2012

La religion Tim Willock : bilan

bene-tim-willocks.jpgUn roman fleuve qui a mérité une note fleuve ;

Parfois, il y a, justement, un peu trop de fleuves, de sang, d'entrailles, de vicières, de vomis, de merdes et de toutes autres substances que les organismes peuvent  lâcher et laisser dégouliner, parfois trop de ces substances collent aux armures quand le sexe s'en mêle. Parfois, au contraire ou en même temps, un peu trop de glamour prévisible, mais qui repose du sadisme ordinaire de l'âme guerrière. Mais, comme je l'ai dit et fait, on peut passer quelques paragraphes, survoler quelques coups d'arquebuses et de fléchettes, quelques assauts épiques pour se laisser porter par cet héroïsme d'un autre âge, par cette  grandiloquente fresque, pleine de mots et de fureurs. Quand les clichés se font archétypes à ce point, il n'y a qu'à lire. Bravo l'artiste.

Athalie

 

22/02/2012

La religion Tim Willocks ( 3, 4 et 5)

bene-tim-willocks.jpgTroisième jour de lecture :

Carla vient de se faire enlever par un sale prêtre qui pue l'oignon, aux ordres de l'affreux inquisiteur qui pue l'onction de la chair brûlée. Quelques coups de traquenards et crucifixion de juif vendeur de poivre plus tard ; la petite bande part pour Malte : Carla, Tannhauser, Amporo, Bors, l'inquisiteur, lui, il est à Rome, mais s'en méfier comme de la peste turque ou pontificale.

Je nage un plein roman romesquitisme quand mon homme préféré me rappelle que l'on a une cuisine à acheter et des copains à venir manger. Je laisse donc la bande vaquer à ses occupations habituelles. On n'a évidemment pas acheté de cuisine et les copains avaient déjà lu La religion. Je les ai sommés de ne pas m'en dire un mot. Ce qui fait qu'on a parlé cuisine.

Quatrième jour de lecture :

Je décide de tenir un journal de lecture, sinon, à la fin, je ne vais plus m'y retrouver. A Malte, ça barde de tous les côtés, je ne suis pas sûre de retrouver la petite bande vivante demain. Je m'acharne,  j'ai les yeux qui pleurent et l'estomac qui crie famine. En plus, voilà Carla qui devient mystique ... Tannhauseur se perd entre deux amours, Bors est sauvé pour l'instant, c'est déjà ça. Et le fils inconnu, on ne peut rien en dire, sinon, c'est trop.

Cinquième jour de lecture :

Pendant la nuit, à Malte, le fort de Saint Elme est tombé .... et Tannhauser s'est évanoui dans la boucherie pendant qu' Amparo et Clara jouent dans la nuit des décombres, toute sensualité dehors. Et revoilà l'inquisiteur ...

Je faiblis, ne résiste plus à la tentation ( moi non plus ...) de passer quelques paragraphes de sang coagulé, de récits d'assauts sans fin et sans but que la seule gloire de deux dieux que seuls les hommes opposent. Je me mets à aimer Tannhauser, son immoralité, les chausse trappe de la fiction me font sourire. Quand c'est trop, je me réfugie dans la vérification des sous-titres : on est à Malte pour combien de temps encore ?  Je m'étiole, va voir sur internet qui était La Valette, comment s'est finie cette guerre. Je sature. Les héros aussi. ça va, je suis encore avec eux. Pas question de lâcher.

Athalie

21/02/2012

La religion Tim Willocks (1 et 2)

bene-tim-willocks.jpgPremier jour de lecture :

Hésitations : j'attaque au pas ? Il est énorme. Je suis en vacances. Il n'était pas sur la liste prévue. J'ai envie de le lire. A quoi ça sert de faire une liste si on ne la tient pas ? Soit. Mais à quoi ça sert de faire une liste si on n'en devie pas ? La liste, c'est pour le plaisir de la liste, en dévier c'est aussi se faire plaisir. ( voir Pérec, qui en sait beaucoup sur le sujet, et comme je suis d'accord avec lui ....)

Donc La religion, c'est décidé. Templiers, Malte, 1565, je pars. Premières pages. Ben, c'est quoi ce truc ? On n'est pas à Malte et ça crache le sang tout de suite, on me tue l'angélique petite soeur dès les 10 premières pages. Même pas eu le temps de voir le truc venir. Mathieu dans la forge, une chanson et hop, le déchainement. Moi, je croyais entrer dans un roman historique, saga genre Les piliers de la terre, ( j'ai une dent contre Le scandale Modigliani, mais bon, Les piliers de la terre, j'avais aimé en tourner les pages) on a le temps de voir les alentours, le cadre, le dessous des cartes ... Là, non, le Mathieu gentil fils de forgeron, devient tueur sans état d'âme en moins de temps qu'il n'en faut à d'autres pour trousser une chemise. Style lyrique, épique, échevelant, tout mélangé. Je pose le pavé sur le côté, à l'envers comme d'hab et vais faire un tour dans le jardin (même si il n'y a pas grand chose à y faire à cette époque) juste histoire d'éviter de prendre un objet plus identifiable dans la pile correspondant à la liste prévue.

Deuxième jour de lecture :

J'avais laissé dans le nord de l'Europe un gamin tueur enlevé par un somptueux janissaire turc surgi de la gueule de l'enfer et je retrouve un Tannhauser jouisseur, propriétaire d'un coupe gorge baroque à Messine. Je m'adapte. Sans compter les turcs, enfin là ou presque, décidés à faire table rase de Naples, une troublante comtesse, une sauvageonne devineresse dans un jardin aux rossignols, où l'on apprend pourquoi certaines roses sont rouges, un inquisiteur même pas lubrique, tranchant comme un coupe-gorge, des gorges justement tranchées.... La machine à histoires est lancée, c'est génial ce truc.

Athalie

 

12/02/2012

Mistero doloroso Anna Maria Ortese

Botticcelli_Zephora-2.jpgDans ce livre, les mots ont une odeur de pois de senteur : vagues mais entêtants, fleurs qui s'égrainent sur une liane têtue, impossible bouquet à faire, trop fragiles et tendres, une tenace fugacité.

Je n'ai jamais autant regretté de ne pas connaître l'italien, en italien ces mots là doivent être odeurs de rose et d'égouts et musique aussi, un truc un peu baroque, sans trop, un vieux concerto de Vivaldi, mais en vinyl, pour les grincements. L'histoire ne tient que dans cette musique sacrée et populaire, une histoire de regards croisés entre un prince et une petite poucette simplette de la catégorie de ceux qui sont au service de, que l'on ne regarde pas.

A Naples, à la fin du XVIII ème, une petite fille, fille d'une couturière, va lever les yeux vers son éblouissement, un charmant, mais triste charmant, désabusé de l'être avant même d'avoir existé. Dans une silencieuse incantation en quelques rencontres, elle, Flori se remplit de sentiments vagues, mais bruissants, pour l'image rêvée de Cirillo, le prince. Mais un prince peut briser, sans même vouloir y toucher, la lumière des petites filles pauvres. Pourtant, lui, il avait le choix entre deux prétendantes, deux comme lui, aussi lumineuses qu'un lustre de pacotille, l'une et l'autre de soie et de brocart vêtues. Qu'avait à regarder de simples pieds nus et une couronne de romarin ? L'amour semble naître en même temps que sa triste et douloureuse révélation, entre un ange sorti d'un tableau du quattrocento et un trop nostalgique prince. Le livre conclut : "Et le reste n'est qu'un profond ennui".

On joue avec les codes du conte, d'une douce mais si douce cruauté que les mots cisèlent le meurtre d'un rêve en bleu et or. Quelque chose du Magasin zinzin, voire Du domaine des murmures

Athalie

25/12/2011

Le ciel de Bay city C. Mavrikakis

9782264052100.jpgOn finit par ne plus trop savoir de quelle couleur il est d'ailleurs ce ciel, vu que la narratrice change sans arrêt d'avis, mais ce qui est sûr, c'est qu'il n'est pas rose, mais alors pas du tout, du tout.

Amy est une adolescente quand elle commence à raconter son histoire et celle de sa famille et de ses fantômes. Elle habite une sorte de bunker en tôle surclimatisé et sur "amélioré" par des extensions diverses et variées qu'on ne peut imaginer que de guingois. Bay City est un trou dont elle veut s'échapper, sa maison un étouffoir, une boîte de conserve régulièrement balayée par les crises de propreté intensive de sa tante et vaguement habitée par son oncle, prêtre défroqué, son cousin adulé et plat comme un maillot de football américain. Elle le veut tellement qu'elle va s'accuser de les avoir fait flambler dans la maison, avec aussi le chien, sa mère et son petit frère au soir d'un barbecue qui aurait pu être filmé par Cassavettes, tellement on est dans cette tonalité tremblée d'"Une femme sous influence". C'est dire si on rigole. ( Je précise que j'adule ce film, même si j'évite de le regarder tous les jours ...)

Mais la famille, elle était cramée d'avance. La mère d'Amy la méprise et vit dans le culte de sa "grande soeur" morte née, la tante la prend pour une figure de la révélation, les deux soeurs sont des immigrées venues de France juste après la seconde guerre mondiale, imprégnées du passé, rêvant encore de croissants et de tailleur à la Chanel, inadaptées à ce ciel là. La mère ne veut plus rien savoir de l'Histoire, la tante vit dedans et y entraîne Amy. Et le passé resurgit, par les portes, les fenêtres, la cave, le réduit de la cave ... On étouffe là-dedans.

C'est une lecture cuisante, au sens où l'on y cuit, on y mitonne dans le malheur, dans la complaisance de la répétition du pire, dans le ressassement des couleurs de ce ciel qui prend sans relâche les couleurs de la Shoah. Mais à trop le dire, "Je suis une petite juive, une enfant violée de la vie, une condamnée à mort", qui n'a pas eu "la chance de mourir morte née comme sa salope de soeur", la lecture devient vite stérile. Et la narratrice en prend des allures de fabulatrice gênante, se peignant les ongles en noir et écoutant Alice Cooper en s'envoyant en l'air sur des banquettes arrière, roulant et déroulant les mêmes cauchemars vagues, les brasiers enfumés, les fosses phantasmées. Le souci, c'est que la Shoah, c'est pas un cauchemar d'adolescente tourmentée, c'est du vrai.

Le pire peut-être, la fin crépusculaire : "le ciel mauve de Bay city a gagné la guerre". Rien compris.

Athalie

18/12/2011

Mille femmes blanches Jim Fergus

mille femmes blanches,jim fergus,roman américain,roman sur les indiens américainsUn roman qui parle d'indiens sans que ce soit de Boyden (le P. de A.M.L., il ne voudrait pas nous la faire, la note sur Le chemin des âmes ?) ou de Louise Erdrich, c'est une première sur ce blog.

Un conseil reçu d'une dame inconnue dans la librairie où j'hésitais encore, le livre à la main, mais déjà bien chargée de l'autre. "C'est très bien" m'a-t-elle dit. Et moi, j'aime bien les conseils de lecture de gens que je ne connais pas et qui ose donner leur avis tout haut quand on ne leur demandait rien. D'ailleurs souvent, je brûle souvent de le faire quand je vois un de mes romans préférés reposé sur la pile par une main erronée : "Mais prenez-le allez-y!", ou "Tant pis pour vous, vous passez à côté, mais vous ne voyez donc pas ce que vous loupez ...". Non, la main ne voit rien, mais je ne dis jamais rien non plus.

Mille femmes blanches, "pas très bien" mais pas "pas mal", comme le commentait A.B. Le prologue est réjouissant : Washington 1874, une délégation d'indiens cheyennes, avec à sa tête "le chef et grand homme médecine" Little Wolf, est reçu par le président en grande pompe. Grandes pompes qui vont rapidement se transformer en coup de pieds aux fesses lorsque le chef indien propose une solution rationnelle permettant de mettre fin aux conflits récents, avec un moyen fort pacifique : mille femmes blanches. Mille femmes blanches livrées aux Indiens de sa tribu, perdue aux fins fonds hors de la civilisation, chargées de fabriquer des métis pour que les deux civilisations se fondent en une seule. Cela peut paraître logique, finalement. Surprenant, mais logique, pacifique en tout cas. Choquant pour la société américaine, vraiment. Ce qui fait que c'est en catimini que le gouvernement blanc va recruter des volontaires, dont la narratrice principale May Dodd dont les carnets retraçant son aventure ont été conservés.

Premier truc qui m'a fait tiquer. Moi, quand me présente un roman comme vraisemblable, j'aime bien qu'il le soit. Sinon faut le dire. Deuxième truc qui cloche, la May Dodd, fille d'une famille grande bourgeoise, elle aurait choisi de son plein gré et par amour d'aller vivre aux fonds des docks pour un contremaître brutal qui va lui caser deux enfants vite faits ... Soit, puisque à cause de cette mésalliance et donc de ce qui est présenté par sa famille, non comme une grande histoire d'amour, mais comme une tendance hystérique et nymphomane, May est internée dans un hopital psychiatrique. Le seul moyen d'en sortir est d'intégrer le projet baptisé "Mille femmes blanches pour l'Amérique". Ce qui ne permet pas vraiment de se refaire une réputation. Femme forte et va sans peur, May nous raconte son périple, occasion aussi de faire connaissance avec les autres recrues, portraits plutôt disparates et amusants, femmes aux motivations curieuses, aux itinéraires focément atypiques, les rejetées, les pas méritantes, juste bonnes à satisfaire les sauvages dette Amérique là.

Elles vont finir par trouver hommes et tipis, plus ou moins à leur goût, liées finalement par choix à ce qui n'en n'était pas un. Et c'est là que ça m'a gêné, on vire à l'apologie de la vie naturelle chez les bons sauvages. Et moi les bons sauvages, j'ai comme un doute, voir la série Montaigne¨et la bonne conscience née de l'institution littéraire...)

Mais, bon, j'écouterai encore les conseils des lectrices Anonymes.

Athalie 

PS : pour d'autres lectures indiennes : Erdrich, donc, surtout La malédiction des colombes, voir aussi Love Médecine, Ce qui a dévoré nos coeurs, Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse et La chorale des maîtres bouchers (sauf que là, il n'y a pas d'indiens) et le beau et excellent Boyden Le chemin des âmes ( âpre) et Les saisons de la solitude (moins âpre)

 

08/11/2011

Courir Jean Echenoz

Avant hier matin, entre autres choses, j'ai essayé de ranger ma bibliothèque, enfin, pour être plus juste, j'ai tenté (en vain), d'y faire rentrer Sanctuaire du coeur à une place logique. Du coup, j'ai dû déplacer les E, et dans les E, il y a les Echenoz, tous les Echenoz, depuis le début, dans leur blanche combinaison de chez minuit, blottis les uns contre les autres, loin des Zola aux grandes machineries qui couinent tellement qu'on les entend venir, avec leurs couvertures toutes différentes, dépareillées et foutraques. Non, les Echenoz, ils respirent l'élégance aristocratique d'un mec qui se permet de ne publier que tous les deux trois ans ce qui fait que ce ne sera pas cette année qu'il y en aura un de plus. Lequel noter ? Parce un blog de lectrices, sans Echenoz, du coup, me paraissait boiteux, presque indigent, voire illégitime.... mais comment noter un truc qui ne tient que par le fil d'un style ? j'ai frôlé l'abandon, le découragement avant même la ligne de départ. Bon, Courir, alors, parce qu'au milieu de Ravel et Des éclairs : la trilogie biographique.

Courir raconte l'histoire de Zatopek, enfin, une histoire possible, revue par Echenoz. Emile de son petit nom, a 17 ans lorsque les Nazis envahissent la Moravie et autre chose à faire que de s'en occuper. Non qu'il s'entraine, il n'est même pas sportif, non, qu'il soit vraiment quelque chose d'ailleurs, il est apprenti dans une usine de caoutchouc et aspire vaguement à autre chose, une figure esquissée, sans grande forme, pas beau, pas laid, mais gentil, avec de grandes dents qui sourient tout le temps. Par hasard, il se met à courir, par hasard, il se met à y prendre plaisir. Et puis, le voilà militaire sous les Soviets, et puis voilà qu'il se met à gagner, une sorte de funambule aux gestes maladroits, aux sourires grimacés dans l'effort, il gagne sans aucun style par contre lui, alors que tout le récit tient dans celui d'Echenoz. A coups, comme toujours, de petites phrases courtes, d'adjectifs rares et juste là où cela dérange l'évidence, l'écrivain rythme la course de celui qui va devenir un héros national, bien que à sa foulée défendante, ou même pas, indifférente et différente, un destin qui passe. C'est drôle aussi, au détour d'une carrière qui se termine un peu comme elle avait commencé, sur des malentendus, simples serrements de coeur quand les défaites arrivent, qu'elles s'enchainent, le corps trahit, c'est logique, pas pathétique, mais toujours sur le fil tenu d'une mélancolie douce d'une légende sportive (paraît-il ...) Zatopeck semble hors du temps, la guerre froide, la réalité du réel, il la voit floue, il n'a pas l'air d'y croire vraiment. Il court dans une histoire décalée, décalquée, comme si elle n'était pas la sienne. C'est prenant comme des images d'archives en noir en blanc, d'un temps qui n'est plus celui de la course, mais juste celui d'un temps qui est passé, pas restitué, entre deux.

Le livre se termine avec une pirouette échozienne digne de toute distance parcourue : "Bon, se dit le doux Emile. Archiviste, je ne méritais pas mieux. "

Athalie

PS : mais comment on fait pour rattraper les mecs qui courent devant, avec si peu de classe ? Bon, je dirais une autrefois ma fascination pour la course à pied. C'est comme Port Royal, l'ascétisme, tout ça ...

 

05/11/2011

Une femme simple et honnête Robert Goolrick

imagesCA8GXVG8.jpgHeureusement que j'ai pris une dose de grâce divine avec Port Royal avant d'entamer cet opus de la lubricité et du mensonge, après La cucina, je fais finir damnée, même par les jésuites, qui pourtant ....

Raph Truit est richissisme, un magnat local tout puissant dans une petite ville perdue sous la neige du Wisconcin. Ce qui n'est pas une raison pour être obsédé par le désir de la femme et poursuivi par des rêves oncessants de luxure, mais lui, il l'est depuis tout petit. Pourtant, sa maman (genre mormonne gorgonne plutôt janséniste dure) l'a puni, mais ça n'a pas suffi. Du tout. Il s'est (plus ou moins joyeusement ...) vautré dans la luxure, puis amoureux, a pris belle jeune femme italienne et est rentré refaire fortune dans son petit enclos. Heureux qui comme Ulysse, disait l'autre ? Ben pas vraiment ... Vingt ans de veuvage plus tard, il a passé une petite annonce pour rompre sa solitude et surtout arrêter de luxurer tout seul en rêve, et on le trouve sur le quai de la gare, sous la morsure des regards et du froid, à attendre celle qu'il a choisi parce qu'elle avait commencé sa lettre par "Je suis une femme simple et honnête" et que sur la photo, elle en avait l'air. Le train est en retard, il attend, et on va dans le train, pendant ce temps, pour faire connaissance, avant lui, de la dulcinée destinée à éteindre "honnêtement" les désirs par les feux sacrés du mariage.

Catherine Lang est en train de se déguiser en celle attendue, elle révise son rôle, repasse son objectif : l'amour et l'argent, l'amour et l'argent, l'amour et l'argent, (l'argent, on sait de qui déjà mais l'amour du même ? Cela parait improbable vu comment elle se récite une vie autre que la sienne. Evidemment la photo n'est pas la bonne, évidemment elle a une explication et puis de mensonges en mensonges, se met en place l'intrique : une chatte et une souris, plus un piège à rats et comment on élimine les rats ? et les souris ?

Il y a des trucs qui ne tiennent pas : ce qui m'a le plus génée c'est les changements de psychologie par à coups brusques et revirements à 120 degrès et les montagnes russes, ça finit par donner le tourni, à force, on ne sait plus si on monte ou si on descend : Catherine change de vérité, de facettes, de certitudes aussi vite de garde robe, Ralph pas mieux, le seul qui reste sur ses positions, c'est le rat qui grignote les cales du navire. Mais lui, il est monolythique, et monobloc, ce qui gêne aussi finalement vu que les autres font l'inverse.

Finalement, je ne suis pas descendue en route (même si j'avoue une certaine lecture en diagonale vers la fin) parce qu'il y a aussi une certaine atmosphère cotonneuse et lentement piègeante (ben oui on quand même envie de savoir comment ils vont finir, la chatte, la souris et le rat ..) Et puis aussi à cause de "La sirène du Mississpi", ce pourquoi je l'avais acheté ce livre. Du coup, j'ai appris le titre d'un de mes Truffaut préféré en italien " La mia drogua si chiama Julie". Aucune trace de palourde par contre.

Athalie

 

 

 

03/11/2011

Le désert de la grâce Claude Pujade-Renaud

Pour moi ce roman, c'est une lecture vallonnée ...le désert de la grâce,claude pujade-renaud

L'histoire du monastère est retracée par une multitude de voix féminines, qui en disent chacune un petit fragment, (d'ailleurs parfois plus au moins le même) ; la tranquilité, la douceur, la magie du vallon, l'élévation de la grâce, la grâce du lieu, celle d'une volonté d'être autre que dans le siècle, d'avoir une pensée propre face au monarque tout puissant qui irradiait là-bas, à Versailles ... Elles sont  nombreuses ; la propre fille de Racine, l'archiviste copiste, une prieure, une deuxième, une soeur converse, le fils du médecin de la communauté (quand même un homme), la soeur de Pascal ... elles prennent parole et papote de la grâce jansénistes et des persécutions suite à la bulle papale, comme les A. de leur dernier Etonnants Voyageurs quand elles auront 80 ans.

Port-Royal me fascine, soit, ce site détruit par un harcharnement hors de proportion, Louis XIV en a même fait exhumer les corps du cimetière, mais trop de Port Royal tue le Port-Royal. Tous les personnages parlent de Port-Royal, s'occupent de Port Royal, se souviennent de Port-Royal, ont été arrachées à Port Royal. A croire que toute les femmes du Paris de la fin XVIIème n'avaient que cela à faire. Il y a aussi la Duparc, maîtresse aimée de Racine, qui s'en fiche comme de son premier rôle, elle, de Port Royal, mais elle ne cause pas beaucoup.

Pourtant, ce bruissement des voix, cette répétition du souvenir, échappe à l'ennui, comme si ce lieu et cette foi, cette résistance au pouvoir, cette sorte d'épopée en sourdine que fut celle de ces religieuses, insoumises dans un siècle où le pouvoir ne pouvait tolérer un murmure contre les clairons du roi soleil, ne pouvait être éclairée qu'ainsi. Le mystère demeure, pas tant celui de savoir si cette fameuse grâce est donnée par dieu (les jansénistes)ou s'acquière par les actes (plus ou moins les autres), mais celui d'avoir pu faire entendre une volonté d'agir selon sa conscience, de lire et d'agir par soi-même, d'instruire, de transmettre.

Je ne comprends toujours pas Port-Royal et on ne sait toujours pas si Racine a, ou non, assassiné la Duparc. Zut. Mais bonne nouvelle ; Pascal n'était pas une pure pensée, il avait des brûlures d'estomac, suite à une histoire de chat qui aurait été tué à sa place quand il était petit. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me rassure.

Athalie

22/10/2011

Le roman de Bergen Gunnar Stalessen

bibliotheque_xix_eme_siecle2.jpgOu les Rougon Macquart en Norvège. Vu que Zola n'est plus disponible, c'est un autre qui s'y est collé. Pas sûre que c'était vraiment son but à notre norvégien d'auteur, mais comme j'ai du Zola sur la planche en ce moment ...

Ce livre, ça faisait un moment que je lui tournais autour, il a dû sortir au moment de du début de la vague du nord, du côté de Millénium et Indridarson, seulement, il était bien gros, il y avait plusieurs tomes, du coup, je l'ai souvent reposé, après avoir souvent lu le quatrième, et la première page qui s'annonçait engageante, un bon vieux meurtre d'un notable, genre on va sortir les affaires sordides du placard, les odeurs de renfermé et d'alcoves d'un autre siècle, des relents de cuisine de sous les dentelles et les haut de forme. Alors, comme il vient de sortir en poche, cette fois, il s'est retrouvé dans mon sac.

Le notable assassiné à la première page avait bien une sordide histoire aux fesses, une maîtresse, et cette maitresse avait bien d'autres amants, notables aussi, mariés de même , les deux policiers, lancés illico sur l'enquête, sont bien chargés de faire la lumière sans faire de vagues, l'affaire tourne bien court. Le scandale mis au panier.

Mais alors du coup, il se passe quoi, après ? Ben, qu'il faut faire rentrer les autres classes sociales dans les étagères du placard, après les notables et la courtisane libérée, place au peuple ! Seulement voilà les pauvres en Norvège avant 1914, ils ne semblent pas trop il y en avoir plusieurs sortes, alors, on a le premier paysan qui arrive en ville après l'épisode construction du chemin de fer, le deuxième paysan qui arrive en ville, puis la paysanne qui arrive aussi, et ça copule entre classe sociale, comme convenu, les maitres troussent les bonnes, les bonnes aiment les valets, les femmes des notables se voilent la face, la courtisane est toujours dans les parages, mais bon le temps passe et la saga se répète, la lectrice se lasse ... Le placard est rangé, on a les torchons et les serviettes, soit. Mais alors ? le coup de pied dans le linge propre ? ou sale, pas grave, on triera après. ça doit être pour le deuxième tome....

Au moins Zola, on s'en paye une tranche, comme dirait la Gervaise, du bon vieux gras de sous les aisselles, là, ça pue doucement, seulement.

Athalie

17/10/2011

Les âmes grises P. Claudel

jardin-evolution-belles-jour-img.jpgDes femmes fleurs et des hommes passent et vivent dans un brouillard ... La guerre tonne derrière, des soldats se soulent et meurent après, d'autres arrivent, les fleurs fanent ou sont déracinées, par des hommes, noirs.

La figure centrale est celle du procureur, veuf lugubre qui traine une sorte de carcasse vide, de masque solennel, glacial. Il demande la peine de mort comme d'autres un dessert qu'ils ne finiront pas. Pas un monstre, mais une machine à rendre la justice, enfin, une certaine idée de la justice, tranchante. Ce n'est pas vraiment de sa faute, mais bon, on ne le saura qu'après. Il croise la route de la première fleur, un petit bouton de Belle de jour, la fille de l'aubergiste, petit chaperon pas éclos, qui va rentrer trop tard chez elle un soir, ou trop tôt, en tout cas, pas au bon moment. Qui l'a cueillie ? C'est le fil rouge du roman, l'enquête sur ce meurtre, mais la pelote se mêle d'autres fils, celui de Véra, la belle institutrice, venue dans le petit village pour être au plus près du front, et donc de celui qu'elle aime, à qui elle écrit, patiemment, peut-être est-il là derrière la colline. Le procureur qui la croise et la regarde, l'invite, parle. Peu, mais bon, c'est un homme qui est perdu dans son silence depuis si longtemps, dans son chateau de la Belle au bois Dormant qui ne s'est pas réveillée ... Et puis les affreux, les salauds, Mierk, le juge, se délecte d'oeufs à la coque devant le cadavre de la petite, le porc satisfait de lui-même, et l'autre, le pas mieux, le militaire fanfaron sanglé dans sa ritournelle à deux balles, traquent les déserteux comme des criminels, méprisent vérité et justice. Le meurtre de Belle, finalement, il disparait dans la grande tuerie de 14-18, là-bas, donc, juste derrière la colline. Et puis le narrateur enquête, comme une ombre lui aussi, entre souvenirs et fascination, lui aussi, il a eu sa petite fleur, sa chance et son grand bonheur.

Un roman lu il y a longtemps, je sais, j'ai eu envie d'y revenir en passant, le côté comédie sociale, image des notables en place que rien ne bouge même quand tout vacille, alors que les petites gens sombrent (ah ! la scène de folie de l'instituteur, le chagrin du père de Belle, tout seul dans son café, pleurant sa peine à coups de gnôle). Un truc comme ça, et puis, c'est un vraiment bon bouquin, il manquait dans les notes.

Athalie

 

12/10/2011

Le soulèvement des âmes Smartt Bell

0tr8frwn.jpgJe continue les métaphores "moyens de transport" ... Après le train fantôme de L'extravagant voyage de TS ...., voilà le gros track de Smart Bell, le semi remorque, le convoi exceptionnel lancé en pleine descente, phares explosés, allumés dans le noir. grouillant, sanglant saignant, la grosse machine à histoires qui fouille traque, cingle, enchante, entortille son lecteur désarticulé. Comme, en plus, c'est le premier d'une trilogie, y'a intérêt à tenir les chocs et rester sur le siège passager, c'est l'auteur qui a les pédales, le volant, on ne sait pas.

Labyrinthe historique fascinant, qui repousse les limites de la fresque historique à la papa (mais ce livre a-t-il des limites ?) ou cocktail instable intello-historico-sentimentalo explosif. Explosif. Rester sur le siège passager demande donc une A. en vacances, pour en avoir le temps et éviter de se retrouver au soir d'une journée de travail, le coeur au bord des lèvres devant son dîner bien mérité.

Ce pourrait être une fresque historique : cadre général Saint Domingue, colonie française, exploitation des richesses par de riches et puissantes familles, pas vraiment compatissantes envers la population d'esclaves qu'ils dominent de leur blancheuse apparence et distinction aristocratique variable, entre brutalité sauvage et mépris même pas dit. Seulement voilà, la Révolution en France métropole parle de droits de l'homme et d'égalité, les idées et les mots se répandent dans l'île, les torches s'enflamment, la révolte gagne, puis l'orage se lâche ...

Ce pourrait être aussi, une biographie de Toussaint l'Ouverture, une analyse politique de comment la première république d'un peuple colonisé n'a pu qu'échouer. D'ailleurs, s'en est une. Sauf que moi, ces chapitres-là furent ceux que je passais le plus rapidement possible, l'image de ce Toussaint vaincu, prisonnier, solitaire, frigorifié, réflexif, je l'ai traversée en diagonale pour retrouver l'autre, celui de la fresque, où cela cogne, brûle, fume, ou nom de la liberté et de la révolution. Mais lesquelles de libertés et de révolutions ? Celles des blancs ? des petits blancs ? des marron ? des demi marron ? des commerçants ? des militaires ? de toutes les autres ?

Ou ce pourrait être encore l'idylle romancée d'un docteur venu de France, pour retrouver sa soeur mal mariée, l'humaniste, le fil plus apaisé qui guide, soigne, écoute, comprend, tente de ..., aime, finalement, qui il n'aurait pas dû aimer. Mais bon, dans tout ce bazar, il a fait comme il a pu le bougre.

Donc, à dévorer mais en évitant de mordre à côté de sa tartine de confiture de groseilles. D'ailleurs, pour le temps de la lecture, prendre plutôt une autre couleur de confiture.

Athalie

 

L'affaire Furcy M. Aïssaoui

Garreau1849.jpgOu comment retarder la lecture du Sanctuaire du coeur, en douceur. Un prétexte, une lecture entre deux, c'est bien, aussi. Un petit bouquin, à intérêt documentaire : avec des intrusions d'auteur quand même ( c'est une manie actuelle, ou c'est moi qui tombe dessus ???) : donc, moi auteur, je vous explique que je reconstitue une histoire vraie, avec de la documentation ( ben, encore heureux) mais aussi de la fiction, parce que je, auteur, suis bien obligé d'inventer pour vous interesser, vous lecteurs .... Mais bon, la quantité reste raisonnable.

L'histoire reconstituée avec des trous est celle de Furcy, esclave qui n'aurait pas dû l'être, parce que sa mère avait été affranchie, deuis bien longtemps, et qu'il était, en fait, né libre. Mais, elle ne le lui avait pas dit, ou alors, elle ne le savait pas trop elle-même, c'est un des points d'interrogation de l'auteur, ce qui est légitime. En tout cas, Furcy va mettre 27 ans à faire reconnaître cette liberté à l'administration française.

La Réunion se nomme encore l'île de Bourbon, les blancs commandent et exploitent. Sauf que dans le livre, on pourrait être en Belgique (j'exagère, évidemment ... mais peu) ce serait un peu la même chose, pas pour les personnages, bien sûr, le Belge était lui aussi du côté des colonisateurs mais sans avoir importé chez lui, comme le Français., mais pour le cadre. Je croyais que c'était exotique, moi, l'île de Bourbon, ben là, c'est plat. Il n'y a pas de couleurs, pas d'odeurs, pas de bruits ... Tant pis pour les palmiers, finalement, c'est l'histoire d'un esclave, on peut supposer que les cocotiers c'était pas son truc.

Sauf que c'est plat aussi pour le reste, peu de sensations, de plantations, le minimum pour situer. Quelques figures d'esclavagistes se dessinent puis renoncent à vraiment exister, absorbés par le plat. Même Furcy, on ne le voit pas bien, noyé dans une histoire qui n'a pas été écrite, qui n'a laissé de traces, la sienne, celle de l'esclavagisme du côté des esclaves. c'est le mérite de ce petit bouquin, il sort quand même d'une totale obscurité une petite silhouette.

Autre intérêt complètement égoïste, celui là, c'est que cette petite lecture de transition m'a donner envie de m'attaquer au troisième tome de la trilogie de Smartt Bell ( superbe premier tome Le soulèvement des âmes). Et puis, on se rapproche du Vietnam, géographiquement parlant.

Athalie