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06/10/2011

Seul dans Berlin Hans Fallada

Curieuse lecture, un entre deux pas confortable, faut dire aussi que comme au départ c'était pour le boulot, ça m'engageait moins.

L'histoire se passe à Berlin, dans les deux premières années de la seconde guerre mondiale, plus ou moins, et met en scène des petits personnages,  petits et obscurs, les sans pouvoir, les qui subissent ou qui profitent, comme ils peuvent, du troisième reich millénaire, ceux, plus rares, qui tentent de petitement résister à la puissance de la peur nazie, insidieuse et couvercle invisible mais nauséabond, par en-dessous.

les bas fonds.jpgOn entre dans un immeuble-microcosme où se concentrent les facettes des insectes : les Persicke, SS alcooliques de père en fils, glauques, brutaux, ridicules, prétentieux sans envergure véritable, des cloportes, qui songent rapines mesquines; madame Rosenthal, vieille juive du dessus, le mari a déjà disparu, elle l'attend, terrée dans l'appartement, une cible à portée des mains envieuses, notamment de l'autre minable, celui du milieu de la cour, Borkhaussen, pas de marques politiques ni autres, juste celle de la débrouille ratée, de toutes les arnaques qui passent, ratées, un faible malsain qui fait entrer dans la danse macabre Enno Kluge, pas mieux, triste figure de lâche s'empêtrant dans ses lâchetés, lâché à la dérive, et sa femme, Eva, une sorte de mini mère courage de la lutte quotidienne, la seule qui arrivera, plus ou moins, à choisir un chemin plus solaire, dans l'ombre. Il reste les héros, si l'on peut dire, un menuisier taciturne, radin et tétu, sa femme, souris grise. A la nouvelle de la mort de leur fils au front, ils vont se sentir tigres de papier, et écrire sans relâche et avec application des cartes postales dénonciatrices, accusatrices, lyriques, le dimanche, pour les déposer, au hasard dans des cages d'immeubles, vite, au rythme de leurs peurs. Ils pensent vraiment que leurs mots vont changer les choses, au moins un peu, au moins y croire, penser que leurs mots volent de mains en mains, font parler d'autres mots ... au moins.

Et puis de dominos en dominos, la cascade va se casser la figure, les erreurs vont entrainer des fautes, les fautes, des faux coupables, les vrais étant de l'autre côté de la pile de jeu, les mécanismes et les rouages nazis se déroulent, le défi des deux humbles prend des allures de sacrifice, un chemin de croix sans utilité, mais avec quelque grandiose trace d'humains normaux.

C'est ce qui m' a gêné dans cette histoire parce qu'ils sont où, dans ce Berlin là, les gens normaux ? Il n'y avait quand même pas que des SS ivrognes, des voleurs, aventuriers du minable burlesque, des asociaux, des protituées ... Les autres, les moyens, les transparents, les qui se vautraient pas dans la frange en aimant çà, les tout propres en façades, ils étaient bien là aussi ? Ou non, ce qui excuserait, ce qui me gêne, que ça excuse. Hitler élu par les bas fonds, ça me gêne aux entournures. Mais ce n'est pas la faute du bouquin.

Athalie

27/09/2011

Antoine et Isabelle Vincent Borel

ROBERT~1.JPG" Il n'y a jamais eu de chambre à gaz à Mauthausen, affirma posément Florian.", la première phrase de ce roman  m'interloqua à plusieurs titres dont celui de sa place dans une histoire qui devait se dérouler, logiquement, vu le quatrième, en Espagne, avant la guerre civile. Je ne vois pas non plus ce que fait là un premier chapitre incongru, en Jamaïque, au milieu d'une fête décadante d'une sorte de boboïude médiatique problématique, sauf à brouiller les références, le dernier non plus, dans l'avion qui part ou qui revient où l'on fait pipi sur le monde, on ne sait pas. Entre les deux, c'est plus cohérent, c'est croisé touffu des fois, quelque peu didactique. 

Dans l'Espagne misérable de la fin de la monarchie, en un temps lointain, mais pas tant, deux familles vont tenter de s'arracher de la misère rurale. Une du sud, et l'autre du nord, elles convergent vers Barcelone. La misère devient urbaine. L'injustice demeure, plus celle des latifondias andalouses, celle des petites ruelles sombres, de la promiscuité des bruits, des corps, des maladies, de l'entraindre de rien, une lutte pas grandiose, juste pour le lendemain garder une tête hors de l'eau. Deux figures émergent, deux dont sait (vu le titre) qu'ils vont bien finir par se rejoindre, le Antonio et la Isabel. Ceux qui ne rejoindront pas cette histoire, c'est les Gillet, grande famille bourgeoise aux valeurs sûres, patriacat bien pensant et profit bien pensé, dont l'histoire s'entremêle à celle des pauvres, sans jamais les toucher, ni les voir. La guerre civile arrive, d'un côté, la seconde guerre et la collaboration de l'autre, inévitablement.

L'auteur veut nous caser de l'histoire, pour qu'on comprenne. C'est louable, mais du coup, on en perd les personnages de vue, on les retrouve, après, mais on a perdu le fil des sentiments. Il finissent par faire un peu de la figuration, supports papier de la grande Histoire, pour dire la petite. Petite ou grande, touchante, étonnante, mal calibrée, déséquilibrée, avec des scènes bien léchées, parfois, ce qui rattrape.

On finit par comprendre pourquoi Mauthensen, au départ, mais pas la Jamaïque.

Athalie

09/09/2011

Du domaine des murmures Carole Martinez

dame.jpgComme un long rêve qui s'étire dans un Moyen Age chimérique et brutal, ou un air de madrigal couvert, par interminence ,du fracas des armes et des hennissements des coursiers fabuleux, des épées qui tranchent et transpercent les nouveaux nés.

Ne pas s'arrêter, surtout pas, au quatrième de couverture, peu engageant. (Qui a pu écrire ce truc-là ???). Qu'attendre de cette histoire qui commence par enfermer son héroïne entre quatre murs, seule avec son dieu et sa foi vibrante, dévorante, après qu'elle se soit mutilée pour échapper à un mariage contraint, soit, il avait pas l'air terrible, terrible le mari ... mais quand même ... Foi délirante qui lui fait choisir, vouloir, ne vouloir que cloitrer ses quinze ans entre des murailles de pierre sans porte et deux grilles, dont la plus grande s'ouvre sur l'obscurité d'une église ?

Escarmonde, le prénom dit l'inverse de ces ténèbres là, de la foi qui asservit et la condition subie de fille et femme à marier, à prendre : éclats de la lumière des feuilles et des simples, du vent et des tissus qui glissent sur les peaux ou flottent dans le soleil des croisades perdues, monde qu'elle a refusé et l'empreigne, la mord et la tord, monde qui emporte la recluse loin du huis clos que l'on pouvait craindre.

Les mots de Carole Martinez, c'est une boîte à musique ou une lanterne magique. De ce domaine des murmures, s'échappe une voix qui dessine des légendes, vend des reliques gargantuesques, peint des fées qui aiment tellement l'amour qu'elles peuvent en changer de couleur, colorie des belles dames du temps jadis, enfermée dans la ronde d'un chateau de brume, qu'un Desdichado a aimé et qu'il pleure encore, le luth dans les étoiles.

Moi, quand la dernière page s'est tournée, j'ai bien vu qu'il y avait une  licorne qui s'était planquée vite fait derrière le rosier grimpant, au fond du jardin.

Athalie

PS : désolée, A. B. j'ai fini par faire la note avant toi, à force de dire du bien de ce bouquin, j'ai eu peur de friser l'overdose de superlatifs. Et évidemment pour les retardatrices Coeur cousu

05/09/2011

L'origine de la violence Fabrice Humbert

Entre Un secret de Grimbert et hhHh de Binet, c'est-à-dire à la fois une romanesque histoire d'un amour impossible, jusque là bien enterré, et une tentative d'écrire l'histoire hideuse avec les points d'interrogation qui vont avec et la trame qui transparait. Ce n'est pourtant pas aussi systématique que dans hhHh et moins fleur bleuette que dans Un secret (y'a pas Cécile de France, non plus, faut dire).

Le narrateur est prof (lycée franco allemand en plein centre de Paris, mais il a conscience de son privilège et il a fait un peu de ZEP avant, d'ailleurs il a trouvé la ZEP plus difficile, le finaud, mais quand même la ZEP, ça le rend plus "normal"....) Lors d'une visite de Buchenwald, il voit (hasard, hasard ...) une photo : un médecin nazi repertorié et un détenu inconnu. Détenu qui a la particularité de porter un étrange regard sur son tortionnaire mais surtout celle de ressembler fortement à son propre père, figure d'ailleurs peu paternelle, une sorte de proue dans le brouillard, à part des autres composants d'une famille grande bourgoise, le genre terres et traditions. ( comme les voisins de A.O., mais en pire parce qu'avec de plus grandes maisons, et donc plus d'enfants et toujours sans game boy, ce qui n'est pas le sujet du roman, du tout, mais c'est juste un aparté pour la A. qui ne savoure pas à leur juste titre mes digressions sans qui pourtant ... )

Le statut de ce père fantomatique, plus la photo, vont conduire le narrateur à détricoter le fil : un fil, pas toujours blanc, mais cousu plutôt solidement, même si c'est parfois à gros points. Celui qui m'a le plus gênée aux entournures, c'est celui fait entre une violence intime et personnelle, celle que le le narrateur ne peut que laisser sortir parfois ( peu quand même, cause bonne éducation et par conséquent retenue de rigueur, coincée et de bon ton, ( et non, je ne ferai pas une autre digression sur les voisins de A.O. Il n'y avait qu'à être là quand "Tout ce qu'il peut y avoir à voler est dans la voiture" ou "Tu sais,papillons-autres-animaux-knokke-belgique-1737024189-588304.jpg ma soeur, je crois qu'elle a un problème d'infériorité vis-à-vis de moi, je ne sais pas pourquoi...") et pourtant, ça me démange) et la violence que l'histoire humaine a faite à l'humain interné.

La violence des bourreaux serait transmissible à la descendance des victimes ? ça fait un peu mélange des genres, le lien entre Shoah et "Un jour j'ai cassé la figure à un type qui m'a embêté en voiture"

Mais bon, je tatillosine sûrement.

Athalie

PS : l'illustration c'est pour papilloniser

 

30/08/2011

Belibaste Henri Gougaud

book_cover_belibaste_460_250_400.jpgUne lecture en forme de devoir de vacances … l’année dernière à Banon, j’avais lu deux trois  Magnan que je ne connaissais pas ( dont l’excellent Les charbonniers de la mort, de mémoire). Donc, cette année, étant en pays cathare, je me suis dit « je vais lire un Gougaud », vu que la  A. banlieusarde m’avait signalé la qualité du régionaliste de l’étape annuelle. Renseignement repris auprès d’elle, vu que j’avais oublié le titre conseillé, me voilà à la recherche dans les libraires plus ou moins locales de L’homme à la vie inexplicable. Epuisé, fut le verdict du fort aimable libraire de Castelnaudary (faudra que je fasse une note sur cette librairie là, même si rien à voir avec Banon et les bleuets redoutables et fourmillants, il faut quand même avoir la foi pour tenir une bonne librairie dans une ville aussi tristounette, en gardant le sourire. C’est là qu’un client m’a affirmé que les cathares étaient un mythe. Mais comme je suis une bonne élève, j’ai quand même acheté Les cathares  en Découvertes Flammarion, après m’être assurée auprès du libraire que je ne risquais pas le délire mystique. Faut dire que mon historien de référence m’a lâchement laissée tomber sur ce coup là ! ).

Bref, je me retrouve en possession, malgré tous les vents cathares contraires de Bélibaste. Achat par défaut, qui se présente comme un bon vieux roman à la couenne historique et à la plume conteuse : pas d’état d’âme de l’auteur narrateur qui nous dit combien il peine à transcrire une vérité qui sans nul doute n’est pas vraie, à la hHhh par exemple.  Une lecture chausson, c’est bien.

Sauf que … j’ai pas dû bien comprendre l’intérêt d’écrire sur les cathares sans les cathares et après les cathares, mais je pense que ma lecture a été faussée parce que je cherchais de l'historique "documentaire" et qu’il ne s’agit pas de cela. Du coup,  ça m’a donné l’impression de lire un faux. Belibaste se retrouve Parfait à défaut lui aussi. Sa famille est suffisamment habile pour avoir échapper jusque là aux persécutions, elle est prospère, il est marié, il a un fils, n’est pas spécialement croyant, et un soir, tue, presque par hasard un espèce de vagabond berger même pas du coin mais qui menaçait de les dénoncer comme hérétiques. Pour échapper à la justice, il est embarqué par un Parfait, un vrai lui, un des derniers vrais, qui passait par là, pour devenir Parfait à son tour, même si imparfaitement. Là, je me suis dit que pour échapper à la justice, devenir le représentant d’une religion martyrisée, pourchassée et moribonde,  ce n’était pas une bonne idée. Ce en quoi, je n’avais pas tout à fait tort, parce que le pauvre Bélibaste, malgré quelques moments de répit, ben il n’y arrive pas vraiment   Il tord les dogmes, s’arrange de ses pêchés, se les excuse tout seul, en commet d’autres, est  immonde avec à peu près tout le monde, devient un espèce de mythe sans n'avoir rien fait d'autre que fuir et sans cesser de réclamer à son dieu qu’il se manifeste ou qu'il lui foute la paix.

Finalement, Il ne fait ni l’un l’autre.

Athalie

PS : mais cette petite déception ne m'empêchera pas de lire celui conseillé par la A. conseillère.

 

25/07/2011

HHhH Laurent Binet

9782253157342.jpgPour ce livre là je me suis dis, "je crois que je vais déléguer",non pas qu'il ne soit pas bon, mais le sujet m'est par trop sensible. Finalement, je tente quelque chose.

"Pour que quoique ce soit pénètre dans la mémoire, il faut d'abord le transformer en littérature. C'est moche mais c'est comme ça". Y'a mon historien de prédilection qui n'aimerait pas ça. Et pourtant, je trouve cette phrase de Laurent Binet profondement juste, c'est la fiction qui fait voir la réalité du monde, plus que les reconstitutions historiques qui se veulent être parfois d'une telle précision qu'on se perd dans les détails. (Bon, je sais, c'est pontifiant et sûrement faux, mais tant pis, j'assume mon manque de logique, moins le côté donneuse de leçon moraliste sur comment on écrit un livre sur le nazisme, un nazi, une résistance).

Laurent Binet retrace un épisode historique : l'attentat qui causa la mort d'un SS particulièrement efficace et redoutable, Reinhard Heydrich, surnommé "le boureau de Prague", entre autre, perpétré par deux résistants tchèques, parachutés de Londres pour accomplir cette mission "suicide". Et l'auteur se bat aussi contre l'histoire, la tentation de romancer, d'inventer, de combler les incertitudes avec des certitudes fictionelles. Le livre alterne donc, entre reconstitutions et commentaires. c'est pas mal fait du tout et on se laisse prendre aux deux.

Je ne connaissais pas du tout cet épisode de la seconde guerre  mondiale, je ne connaissais pas non plus Heydrich, "le cerveau d'Himmler s'appele Heydrich", d'où le titre, et puis depuis La mort est mon métier et Les bienveillantes, rentrer dans le cerveau de ces gens-là me répugne quelque peu. Mais qu'est-ce qu'une répugnance individuelle quand quelqu'un veut dire ce qui ne peut être dit, n'aurait pas de mots si quelqu'un ne s'y lançait pas finalement.

L'auteur est peut-être trop présent, dès fois, dans ses interrogations sur comment dire cette histoire, dans ses commentaires sur ceux qui l'ont écrite avant lui, dans ses commentaires sur ses propres commentaires, dans ses doutes : il dit ne pas vouloir céder au lyrisme, et y cède, même si on le comprend, cela gêne parfois. Après on se rue sur internet pour voir si cela a vraiment existé, si ils sont vraiment morts, Gabck et et Kubis, parce que on aimerait bien que non. Mais si.  Le roman avait raison.

Athalie

PS : http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/03/02/le-prix-...

18/07/2011

Jours d'Alexandrie Dimitris Stéfanakis

51zdLjYfnzL__SS500_.jpgUn des inconnus ramenés de la pêche au gros sur les rives malouines. Bonne  pioche !

Pourtant, ça démarrait poussif, trop de wagons, et puis, comme dans les romans russes, plein de personnages avec des noms pas pareils à chaque fois, occupés à leur grande affaire : signer un accord entre politiques et industriels pour une histoire très confuse de commerce de cigarettes en Egypte, mais avec des Grecs et des Anglais là dedans,  avec plein de références et de trous dans la narration, moi, je me disais, fumeux,  cachochyme, cacophonique, ce truc....

Et puis, finalement, de pages en pages, on entrevoit des trous dans le brouillard, ça s'éclaircit et ça se laisse lire jusque la destination, prévisible, car vu que comme c'est annoncé dans le quatrième, c'est une fresque familiale et historique. Donc, on reprend les bagages, comme Dans la main du diable et on entasse les secrets, les revirements, les trahisons, les espoirs déçus, les engagements divers dans une époque troublée qui mêle les destins d'exception, sans y croire vraiment, mais avec le plaisir d'une bonne histoire qui va quelque part, et que c'est déjà pas si mal, vu le départ genre bison futé un samedi de juillet.

Bien sûr, on part du père, Anthonis Haramis, fondateur de l'usine de cigarettes, travailleur impénitent et membre éminent et jalousé de la communauté grecque d'Egypte, de sa femme Daphné. Elle, d'abord petite figure secondaire, va prendre de la voile (j'ai adoré les textes des cartes postales dans sa période "voyage en Europe"), décalée, peu crédible mais elle s'accroche à la fiction, romanesque à souhait. Encore plus romanesques et encore moins crédibles, Yvette, la petite française au charme d'espionne de la Belle époque, tenancière de bordel pour le compte d' une figure encore plus  hollywood de carton pâte si possible, Elias Khouri, dit le libanais ( et là tout est dit...), truqueur et dandy des coulisses, sur lequel tous les drames glissent. Les deux fils, ensuite, fils conducteurs qui permettent de sortir du microcosme de cette "bonne" société, afin de mieux y revenir accomplir deux destins là encore empruns d'exemplarité historique, accrochant au passage une juive hollandaise qui n'a rien d'une Anne Franck.

Du mythe cosmopolite d'une Babel qui aurait quelque chose de l'Eden, mais dont les dieux aristocratiques auraient quelque peu oublié les arabes, quand même ...  

Athalie

PS : peut-être à conseiller particulièrement aux amatrices de " Sissi l'impératrice" et de "Angélique marquise des anges", finalement .... 

10/07/2011

Dans la main du diable Anne Marie Garat

montreux_bateau.jpgUne rencontre sur un plateau littéraire à Saint Malo, je suis avec la copine A.O., je ne sais plus pourquoi on avait décidé de voir ce plateau-là, pour garder nos bonnes places pour le suivant ? comme souvent ? parce que l'on était interessées par un des auteurs ? autre que Anne Marie Garat, puisque elle, et là j'en suis sûre, on ne connaissait pas, niet, nada ... qui  n'a d'ailleurs pas vraiment parlé de son livre, plutôt de l'acte d'écrire, en général, comme habitée par ça, allumée de l'intérieur par ça ... Une drôle de bonne femme, s'est-on dit (A.O. dira).

Après, passage au salon du livre, juste pour un dernier tour, il est tard, on va partir, et puis Anne Marie Garat est aussi entourée de ses lectrices, admiratrices, ferventes, elles aussi. Elles parlent, mais parlent vraiment, comme je ne savais pas qu'un auteur pouvait parler à ses lectrices, l'auteure est dans son oeuvre et parle de ses personnages, elle semble là encore les habiter, comme si ils étaient vivants, elle cause sans arrêt, ne les vend pas, elle les retrouve. Impressionnant.

Et c'est comme cela que je me suis retrouvée avec un gros pavé écrit tout petit entre les mains, énorme paquet de mots. Pas livre, mais un navire, un paquebot, un transaltantique de la Belle époque avec des femmes en voilettes qui passent dans la brume. L'équipage, les personnages sont chacun bien à leur place, à leur poste : au premier plan, l'héroïne, Gabrielle, orpheline d'origine hongroise, recueillie par sa tante et la servante, amoureuse transie du beau cousin aventurier ténébreux qui a disparu ..., par grand amour desespéré, elle se fait passer pour une institutrice et s'introduit espionne, galvanisée par un mystérieux "ami", aux motivations d'emblée énigmatiques, dans une famille fortunée pourvandeuses de gâteaux en sachets. Il y a aussi la petite fille oubliée par son "papa" mais qui va retrouver goût à la vie ;  la vieille grande bourgeoise, chef de famille tyrannique et égoîste, fidèle fiffille de son père tutélaire, qui ne quitte pas du coeur un vieux bol de café, mais ses enfants, si ;  le fils médecin, bel homme sensuel qui s'ignore, rongé par un mal secret, mais fidèle à la parole donnée ; l'autre fils, enfiévré de cinématographe, pionnier insouciant à la recherche de sa muse ; les deux filles, l'hystérique amoureuse de son fils, et l'autre, la délaissée genre Madame Bovary des temps post modernes ... Ne pas oublier la grande amie fidèle, pianiste aux tendances saphiques, le jeune anarchiste aux yeux de biche, le commissaire débonnaire mais dont il faut se méfier, son parapluie est "piégeux" dirait Vargas et plein d'autres, les bonnes, les gouvernantes, le père grand voyageur collectionneur aristrocratiquement détaché de ce monde, le jeune patron d'industrie juif, dont on se doute que ... au prochain tome .... (parce qu'il en a trois comme ça)bi3ba3qv.jpg

C'est gros, donc, ça foisonne, parfois de clichés,47980324.jpg comme un bon gros roman noir populaire à la Eugène Sue, les bas fonds, les crimes impénitents, un petit tour à Venise qui se berce au Lido, croisement de "Mort à Venise" et de dévociatons (j'assume ce néologisme incongru) révolutionnaires . Parfois, des longueurs, des répétitions, mais aussi des gourmandises, des trouvailles de rythme, des tournures, pas seulement de robes, mais aussi de mots, les dernières pages : descriptions de photos, une analyse du rapport au temps et aux souvenirs qui bruissent d'un temps qui était aussi celui de Proust.

Une jolie lecture, mais pour s'embarquer là dedans, beaucoup de temps devant soi, pas grand chose à faire, juste tourner les pages, et il y en a beaucoup.

Athalie

 

23/06/2011

Mardochée Kébir-Mustapha Ammi

220px-Rabbi_Mordechai_1870s.jpgJe vais faire une note plus claire que d'habitude avec un plan en deux parties : résumé puis opinion. Pas d'intro, ni de conclusion, du simple.

Résumé : Mardochée est un pauvre juif marocain, de vieille souche juive et marocaine, qui a connu de belles aventures (mais il ne nous les raconte pas, c'est bête ...). A la place il raconte ses difficultés à faire vivre sa famille, son départ pour Alger et ses difficultés pour y faire vivre sa famille (je me répète parce que lui aussi, c'est un résumé, alors, je suis l'ordre). C'est cependant un homme érudit, et aussi un homme aux abois. C'est pour ces deux raisons que le bibliothécaire de la ville, le recommande comme guide à Charles de Foucauld, qui veut explorer le Maroc pour faire connaître ce pays aux Français et donc ainsi préparer la colonisation. Mardochée raconte ce périple jusqu'à leur retour, un an plus tard, à Alger. (C'est un résumé, alors c'est court, normal, et on peut raconter la fin parce que que on sait dès le départ qu'il va revenir, et que c'est historique, on peut vérifier sur Wikipédia)

Opinion :  C'est là où ça se corse ...parce que je n'ai pas tout compris ... Quand j'ai entendu l'auteur expliquer ce qu'il avait voulu faire, j'ai trouvé l'idée pas mal du tout (évidemment, sinon, je ne l'aurais pas acheté, le livre), l'idée de raconter le périple de Foucault mais du point de vue de son guide, homme oublié de l'histoire, alors que l'autre, il a été canonisé, quand même, ( ce qui donne quand même envie de le voir se faire désinguer), donner une voix à l'anonyme, ça me plaisait bien. Donc, Mardochée est le narrateur, un narrateur qui se dit rongé par le remords d'avoir aidé à la destruction de son peuple, en ne comprenant pas tout de suite le véritable but du voyage. On peut le comprendre. Seulement, il nous le dit dès le départ, alors après, évidemment, il se répète, et vu qu'il nous dit aussi tout de suite qu'il n'a compris qu'après, nous on le sait tout de suite et du coup, on s'ennuie un peu ....Vu que les péripéties s'enchainent, mais que c'est toujours un peu les mêmes ; les brigands, les espions, et comment ils s'en sortent, les trahisons, les dénonciations et comment ils s'en sortent ... c'est fou le nombre de trucs qui servent à rien dans ce bouquin, parfois deux embuscades et deux sauvetages en deux pages, pour recommencer la page suivante, ça finit par lasser son lecteur qui reste en rade dans une oasis, parce que si c'est pour recommencer la même chose à l'oasis suivante, autant rester dans la première. Pas sans intérêt,mais décevant, pour résumer. 

25/02/2011

Terre des oublis Duong Thu Huong

Terre des oublis une petite bonne femme, une petite parole, l'histoire, la grande, qui déborde.Picture in Fichier bribes (3).jpg
L'histoire, la petite,c'est une femme qui n'aime plus un homme qui l'aime et qui aime un autre homme qui l'aime, aussi (la femme du départ). Le premier est porté disparu depuis des lustres, il a fait la guerre, est mort, sûrement, quelque part dans les marécages coloniaux. Elle, elle s'est remariée, a fait un enfant, elle, elle aime à nouveau, pour la première fois. Le deuxième, celui qu'elle aime pour la première fois, donc, lui a bâti le truc dont on rêve toutes. Le truc magique ; genre Sissi l'impératrice mais sans la méchante belle-mère. Ou "Autant en emporte le vent" mais avec Butler qui reste.
Et puis voilà, le premier va revenir, (c'est les trois premières pages) le combattant, qui n'a rien d'héroïque, le soldat perdu mais que le pays, le village, les voisins, la famille, disent vainqueur...
L'histoire de cette lecture, c'est de vouloir manger la même chose qu'elle, sentir les odeurs de ce jardin qu'elle va quitter, vouloir prendre ce bain, avec les mêmes herbes, la même eau, la même peau ...Mais, c'est bête, moi j'ai une baignoire et que du bain moussant. Même au magnolia en rajoutant des sels de bains, ça fait pas pareil. Mon homme il y a bâti un super truc, mais bon, il est pas dans le livre.
C'est juste pour rêver les livres, on le sait. Celui-là, il fait sacrément rêver.

Athalie

01/09/2009

La batarde d'Istambul d'Elif Shafak

 

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Les loukoums et le génocide ....La batarde d'Istambul d'Elif Shafak mêle les deux, aussi étonnant que cela puisse paraître ; l'excessive douceur d'une famille de femmes comme livrées à elles-même dans le navire de la maison familliale aux façades douceureuses et trompeuses, parce que à la fin, ça croque sous la dent, comme une amande que l'on avait oubliée être au milieu d'un loukoum. Elles ne semblent jamais sortir, sauf une, la révoltée .... Sinon, les tantes, les soeurs, elles sont comme des berniques, des bigorneaux, bien acrochées au même rocher, sans, semble-t-il, d'autres liens que ce rocher commun.
Le génocide arménien, ces femmes en sont la trace, sans même le savoir d'ailleurs jusqu'à ce l'arrivée d'une exilée qui veut reprendre sa place dans l'histroire familliale et l'Histoire, change la donne.
Doucement, le roman va aller vers sa fin, comme une construction où les morceaux de la pyramide (de loukoums, toujours ....) vont trouver leur place.
Pas de la grande littérature, mais un livre qui se dévoile solide petit à petit. La violence est douce, pire peut-être que si elle éclatait vraiment. Un livre de traitres douceurs.

Athalie

05/08/2009

Love médecine Louise Erdrich

La suite donc du précédent ou du suivant, je comprends pas tout à l'ordre des articles sur le blog, moi ... Depuis La chorale des maîtres bouchers, j'ai lu deux autres livres de Louise Erdrich, Ce qui a dévoré nos coeurs et je viens donc de finir Love médecine, où je n'ai pas vraiment retrouvé la magie de la dernière page de La chorale, mais peut-être, sans doute même, parce que l'effet de nouveauté s'est envolé. La première fois qu'on lit certains auteurs, il faudrait arriver à se dire que c'est peut-être la dernière fois qu'on les lit avec autant de bonheur. Mais c'est une remarque aussi vaine que de vouloir retrouver le fugace et l'éphémère.
Ces deux livres-là parlent des indiens, donc, de ceux de maintenant, dans les réserves de maintenant. Ce qui a dévoré nos coeurs est cependant plus noir et revendicatif que Love médecine qui raconte plus posément, ou plus plutôt avec une plume moins taillée dans le vif, l'histoire croisées de deux familles indiennes de la même réserve, sur plusieurs générations. Mais cela n'a rien d'une saga. C'est la succession d'événements parfois vécus par plusieurs personnages qui les racontent ensuite selon leur point de vue. Pas de jugement direct, juste une suite d'amours enfuis, de maris qui boivent, d'enfants sans père, d'enfants recueillis, de tentatives de sortir de la réserve, de tentatives d'y vivre. C'est simple comme un constat, triste et doux comme des destins de gens presque ordinaires. "Presque" parce qu'ils sont indiens, et que du coup, comme une évidence qui n'est même pas remise en question, ils ne peuvent pas faire autrement que le désespoir et la tristesse.

Athalie

10/07/2009

Là où les tigres sont chez eux, Jean Marie Blas de Roblès

images.jpgLà, c'est du lourd !!! Au sens propre d' un pavé de 700 pages, au sens propre encore, parce ce que ça brasse là-dedans .... Des personnages, du sens (parfois trop), des éruditions, des lieux, des époques, de la végétation, du politique, du social, du religieux, bref y'a de tout et beaucoup. Un "livre monde" dirait cet ampoulé de Michel Le Bris .... Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie de Roblès. D'abord, ça me disait rien, en premier parce que c'était le Prix Médicis et que les prix littéraires attribués à des auteurs français en général, ça sent le nombrilisme et le post nouveau roman transformé en une fade autofiction quinze mille fois déjà lue quand c'était encore "ce qu'il fallait avoir lu" (genre du temps où Houellebec passait pour un écrivain).
Mais 700 pages pour une autofiction, ça paraissait quand même beaucoup, et puis, il avait un air d'anti roman De Roblès, et puis une fois de plus entrainée par l'ambiance d'achat de notre festival du livre préféré, j'ai fait comme les autres A. et je me suis dit que ça pouvait être pas mal.
(Là où je suis pas peu fière, c'est qu'en plus, je l'ai terminé, le pavé d'érudition multi mondes).
Il y a le monde du moine moyennageux, le XVI-XVII européen, et le monde du journaliste quelque peu blasé, aveuglé à lui-même dans le Brésil aujourd'hui.
Deux personnages qui tiennent le fil entre les deux mondes, un fil parfois tenu, d'ailleurs, mais qui tient le choc dans l'ensemble.
Autour des fils, il y a les toiles : la bêtise, la corruption, le goût du savoir inutile, l'inutilité de l'érudition, le goût des livres malgré tout, la perte du goût des combats, personnels et politiques. Comme si tout avait déjà été fait et dit, que savoir ou vouloir savoir, ou paraître savoir, paralysait en fait, du moins dans le monde actuel, celui du journaliste qui vit au brésil, entouré de morts et de drames, morts et drames dont il ne voit d'ailleurs rien. Alors qu'il pense voir et savoir. Surtout savoir. (je sais pas si je suis claire, là ...)
L'objet de son travail est le moine moyennageux, qui lui, est montré comme ficelé dans une croyance tenace et dépassée dans la possibilité de comprendre le monde selon des schémas non rationels, l'anamorphose, l'analogie.... Et pourtant, me semble-t-il, c'est des deux, le seul qui réussit à agit et à construire, même mal, même de traviole, même bancal, il lui est donné un pouvoir sur les choses.
Quelle morale ? Je n'en sais rien, je ne suis pas critique littéraire, juste une simple lectrice de pavés. Juste assez curieuse pour goûter un peu de cette interrogation. Si elle existe vraiment dans le livre, d'ailleurs ....

Bon, aussi un peu ésotérique sur ce coup là ...

Athalie