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07/08/2014

Le rocher aux corbeaux Peter Robinson

Où l'on retrouve l'inspecteur Banks,  pépère mais plus beau gosse que Maigret du "Voyeur du Yorshire", toujours marié, intègre, et content de son sort en ce beau pays où il est venu pour fuir la violence londonienne ( sauf qu'il est un peu moins obsédé par l'opéra que dans le premier et que sa descente de pintes de bières prend de la vitesse ...)

Dans un petit village touristique, dans la douce et paisible vallée de Swainsdale, vivait un homme paisible et doux, Harry Steadman, un historien passionné d'archéologie industrielle depuis les Romains jusqu'à nos jours, en gros ... Il avait trouvé en cette vallée sa terre d'élection et travaillait son sujet, financièrement libre, et ayant laissé de côté toute ambition de carrière, passionné par sa recherche intellectuelle et par la pertinence de sa science nouvelle. Harry, c'est simple, tout le monde l'aimait, un historien sans aucune histoire, même pas drôle (le type, il devait être ennuyeux comme une chemises à petits carreaux bleus et blancs, avec des manches courtes, le col fermé jusqu'en haut, le genre "chemisette pour hommes" de chez Damartd vous voyez le truc ? la poussière, elle est déjà grise avant de se déposer dessus.) Comment un type pareil, dans un endroit a-t-il bien pu se retrouver la tête fracassée, le corps abandonné en pleine nuit et en pleine lande ? Diantre de mazette ....

L'inspecteur, de son pas toujours pépère, piétine. Aucun suspect en vue, même en rase campagne. La femme hérite, aussi terne qu'un fond de tapisserie à petites fleurs, mais elle a un alibi solide. Les copains du pub, non, mais aucun mobile, une vague histoire de dispute pour un bout de terrain avec des ruines romaines ... Pas de quoi bouter hors du domaine des vivants un historien placide. Il y a bien la belle Penny, ex-chanteuse de folk du terroir à succès, elle a tout plaqué pour couler ses jours dans son village. Il y a bien un été dix ans avant ...

Bref, un meurtre au pays des bisounours ... un huis-clos champêtre, juste un peu troublé par une adolescente qui croyait en savoir bien plus qu'elle n'aurait dû le croire.

Sur ce deuxième tome, l'action commence quand même un peu trop tardivement pour que l'on aie pas auparavant épuisé d'épuisements vains toutes les possibilités de solutions ... Une légère déception par rapport au premier, il est cependant fort probable que je retrouve un jour le goût (pépère) de cette série, qui a son charme tranquille.

Encore merci V. ! ( et donne-moi des nouvelles d'Angustus, quand tu en auras ...)

04/08/2014

Le voyeur du Yorkshire Peter Robinson

le rocher aux corbeaux,peter robinson,romans,romans angleterre,séries policièresUn livre idéal pour le mal dont j'ai souffert tout début juillet, le manque total, complet, radical, abyssal, même, de connexions neuronales. Vous savez, quand à l'intérieur de la tête, ça fait juste splasch-splasch quand on la tourne, le bruit des neurones qui flottent dans le vide .... Un grand merci, donc, à V. qui avait dû anticiper mon état et m'avait délicatement prêté les deux premiers tomes de la série des enquêtes de l'inspecteur Banks. Elle avait vu le coup venir ... Que l'on se rassure, cette série est une drogue douce ( alors que moi, sans scrupules, je lui ai refilé du lourd, de la dure, "Longsome Dove", avec Angustus dedans ...)

L'inspecteur Banks est un inspecteur pépère : ni alcoolique, ni dépressif, ni paria de la police. l'inspecteur Banks est un type qui fait son boulot. Pépère, j'ai dit, mais quand même plus beau gosse que Maigret. Marié, à une belle femme gentille comme tout, deux enfants, du genre qui vont se coucher quand on le leur dit. Pépère. Consciencieux, honnête, scrupuleuux sans obsessions particulière, reposant .... Un bonheur pour les neurones en état d'affaissement.

L'inspecteur a quitté Londres et ses violences urbaines excessives pour être muté dans le doux comté du Yorshire ( enfin, je dis doux, je n'en sais rien, n'ayant jamais mis ne serait-ce qu'un demi doigt de pieds en ces paysages dit idylliques dans le bouquin). Evidemment, vu qu'il est inspecteur de police, le paysage a beau être doux, il y a quand même crime, même si, au départ, c'est un crime relativement ... pépère ... Un voyeur sévit dans la petite ville, un voyeur pas trop méchant, qui s'enfuit dès que se victime l'a vue. Pas méchant, mais le voyeurisme est quand même un délit, peut-être un premier pas vers des violences plus grandes. Craignant donc la contagion et pour éviter les rumeurs d'incompétences et de négligences voire de je-m'en foutisme pas féministe du tout, la police s'adjoint les services d'une psychologue, Jenny Fuller,  une psy super canon ... Du côté de l'inspecteur, un trouble s'installe et côté enquête, on va doucement, du coup. Pourtant, dès le départ, il y avait d'autres signes que le voyeurisme, il y avait quelque chose de pourri dans la ville idyllique : deux adolescents dont les limites sont très, très perturbées, une vieille dame, poussée, et retrouvée morte, une série de cambriolages, un papa mère-poule aveuglé jusqu'au cou, un photographe amateur qui a un peu perdu le bouton stop ... sans que rien ne relie les morceaux du puzzle.

On va doucement, on penche à droite à gauche, dans la tête, ça me fait toujours splash-splash, mais on est peinard. l'accélération se fait au final, l'inspecteur se met à caracoler tout d'un coup, attrape tous les indices qui traînaient dans ses petits bras musclés et sprinte vers la résolution finale.

Même pas peur, classique et parfait en prescription pour état léthargique persistant ... D'ailleurs, j'ai enchaîné sur le deuxième ...

 

 

13/07/2014

Cadres noirs Pierre Lemaitre

th.jpgUne lecture peut être phagocytée par la pratique de Candy Crush. La preuve. Comme j'étais bloquée de puis un certain temps au niveau 113, je m'agaçais  .... Et comme il faisait beau dans le fond du jardin, je m'échinais à lire ce livre et à jouer ( pas en même temps, quand même, mais réciproquement, j'ai encore des bonbons qui passent devant les yeux en écrivant cette note ...). Un niveau avec des bombes qui explosent sans prévenir, un peu comme dans ce thriller, d'ailleurs. Ce qui fait que je risque de mélanger. Pas sûre d'avoir passé le niveau pour ce livre-là ... Un thriller psycho ( un peu), socio, beaucoup.

Le héros est un homme ordinaire, ou presque, c'est un courageux, un valeureux du chômage. Un homme bien honnête, aimant sa femme et ses filles. Il aimait son travail, sa vie pépère, il était cadre, stratège du mercating et de ses rouages. Il n'est plus rien. depuis quatre ans, il pointe. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a mis du sien pour rester dans dans la course à l'emploi. Trop vieux, c'est tout. Il a accepté tous les petits boulots, le sourire compatissant du jeune de Pôle emploi, il est un pro du C.V. refusé. Presque sa dignité à lui, rester dans la course. De dignité, il lui en reste peu, mais encore un petit bout de quelque chose qui va lui faire refuser de se faire botter les fesses (au sens propre ...) par un petit chef dans l'entreprise où il emboîte des boîtes de médicaments dans les fins de nuits glauques que partagent avec lui un clochard céleste et un futur traître acquis au patronat. Un salaire de misère, mais un semblant d'être encore, un peu embauché. Ce sera le coup de fesses de trop.

Et puis l'annonce, une annonce inespérée, un poste à sa valeur, à ses compétences, presque promis. Alain se conditionne, Alain en est capable, il peut y arriver, l'avoir, il se prend à rêver, prêt à tout pour revenir à sa vraie place, celle de celui qui gagne, juste, gagne sa vie. Sauf que pour l'avoir ce poste, il va devoir renier tous ses principes, d'abord parce qu'il n'en a plus, et ensuite, parce que le principes moraux ce n'est pas ce qui arrête les meneurs, les vrais. Ceux qui  ont les cartes en mains, alors qu'il n'a que son désespoir. 

Un thriller de l'emploi qui brûle ses arrières, se moque de la cohérence et pointe avec autant d'exagérations que de justesse, ce que cela fait le mépris de soi. Alain marchera sur tout, sa femme ses filles, ses amis, au nom du saint emploi à retrouver. 

Sauf que moi, j'avais un niveau à passer dans la course aux bonbons ; du coup à force de courir deux lièvres, j'en ai loupé un. Il faut donc lire ce livre sans jouer à Candy Crush. Morale du soir.

 

PS ; j'ai passé le niveau, avec moins de dégâts que le héros, pas même un boster d'utiliser, alors que lui, il en sème partout !!!

 

REPS : quelqu'un saurait pourquoi on ne gagne jamais le jack pot sur la roue du jour ? j'ai un stock de rouleaux cocos à échanger ...

19/06/2014

Sale temps pour le pays Mickaël Mention

51823_leeds_leeds_en_angleterre.jpgSur fond de grisaille de villes industrielles anglaises et de turbulences politiques de fin de règne , se détache un sérial killeur et un enquêteur : tous les deux sont hors norme. Alors que les instances policières sont secouées par des relents de corruption et que Thatcher grogne à la porte du pouvoir, le très compétent Georges Knox enquête. Ou plutôt, il tente d'enquêter, il tente de faire avancer l'enquête, mais l'enquête n'avance pas, un pas en avant et deux en arrière. La faute à un peu tout et un peu tout le monde .... Le tueur reprend, s'arrête, change de lieu, et presque de victimes, le plus souvent quand même des prostituées occasionnelles, il fait évoluer son mode opératoire, s'améliore, presque ... Il y a d'abord un lieu, Leeds, puis deux, puis, il revient, s'efface, ne laisse pas de traces, ou si peu que quand on les croise, le portrait robot ne donne rien non plus ... Des fausses pistes, des riens qui ne se mettent pas bout à bout, qui glissent à côté, ne se mettent pas dans le puzzle.

D'où vient un roman policier qui piétine nous fasse si bien marcher ? Peut-être à cause de l'enquêteur qui a tout et rien du super héros solitaire (surtout les Ray ban, en fait), il s'englue et s'obsède, méprisant les flics plus ordinaires, même celui qui aurait pu être son allié, Mark, plus jeune et moins aguerri, bloqué à l'heure du ska ...

Peut-être cette atmosphère, de l'impuissance face au sordide et aux contingences de l'histoire, qui n'est pas tant celle du sérial killer, mais du moment et du pays qui a permis ce sérial killer.

Peut-être des trouvailles d'écriture, l'insertion des bruits d'une machines à écrire, des sonneries des téléphones, du silence de ces fax qui ne marchent que sur un pied ... Comme on est souvent pris par surprise, ces discordances fonctionnent pas mal du tout, on sursauterait presque !

Peut-être du rythme, car si l'enquête n'avance pas, il n'y a pas de temps morts pour les phrases, sèches et efficaces, sans empathie, qui donnent à voir les personnages et pas les victimes ( et pourtant il y en a un certain nombre ...). Les fins de chapitres claquent et ferment des portes.

Et puis me voilà sans autre hypothèses, mais j'ai fini un sacré bon bon bouquin, dans le genre ...

A lire, l'avis de Sandrine, par qui ce titre arriva chez moi . Un grand merci !

 

08/05/2014

Des noeuds d'acier Sandrine Collette

des noeuds d'acier,sandrine collette,romans,romans français,romans policiersLe noir dans les livres, (seulement, hein ...) J'aime bien, peu me chaut le chaos du monde, je ne déteste point m'y plonger du fin fond de mon canapé.

Et bien là, dubitative et refroidie, je suis, les pieds dans le plaid, je me demande de quoi ça cause, ce que je viens de lire ... Ce que je sais, c'est que je n'y ai point cru à cette histoire qui s'annonçait des plus barbares. 

Un préambule parle de "l'affaire Théo Béranger" en précisant que ce que l'on va ensuite lire est le journal de Théo, écrit après "L'affaire" qui aurait fait la une des journaux, une affaire suante d'horrible. Du coup, j'ai cru que c'était Théo, le tueur, faut dire qu'il en a l'air ... Il s'annonce comme un gros, gros, gros méchant sans remords aucun et encore plein de hargne après 18 mois de prison. Il en sort sans repentir, 18 mois enfermé avec des gros, gros durs, bien pires que lui, qui lui ont cherché des noises, et surtout un qui l'a attaqué à coups de tronçonneuse. Ben oui, Théo faisait partie d'une équipe chargée d'entretenir des espaces verts (je passe ma dubitative moue face à la possibilité que l'administration carcérale confie des tronçonneuses à des condamnés pour leur réhabilitation, d'ailleurs, il le dit lui-même, que c'est une drôle d'idée, (passons, c'est un roman, pas un traité de formation des matons dans les prisons françaises ...). Théo sort de l'enfer.

Il y a survécu, et il est bien décidé à ne rien lâcher. Sa première envie est d'aller rendre visite à sa victime qui s'avère être son propre frère qu'il a balancé par jalousie, par accident, et qui n'est plus qu'un légume bavant que Théo va lorgner et terroriser avec plaisir. Mais la vengeance tourne court et l'ex-taulard doit s'enfuir dans une cavale qui le mène à une fermette qui fait chambre d'hôte et une hôtesse à bigoudis et potager qui lui fait des grosses tartines pour ses casse croûtes de randonneur. Marcher pour tenter de retrouver un nouveau souffle. Soit. J'attends toujours le drame .... qui arrive sous la forme inattendue d'un pépé tout cassé et de son frère pas mieux, qui vont réussir à séquestrer le Théo dans leur cave pour en faire leur chien, leur esclave à tout faire dans la ferme, par ailleurs fort délabrée.

Le chien d'avant, Luc, est toujours enfermé dans la cave, dans un sale état faut dire, il a l'os du tibia qui lui sort du tibia.Huit ans qu'il est réduit à satisfaire les vieux pour survivre et il donne le mode d'emploi à Théo ; il faut obéir, travailler, sans espoir, plaire aux tortionnaires. Soit. Cela aurait pu être un huis clos fébrile et tendu, mais, voilà, je n'y ai pas cru. C'est bête cette rengaine prosaïque qui nuisait à mon adhésion : comment deux vieux pas en forme peuvent arriver à tenir en laisse un homme depuis huit ans sans que rien ne se voit, puis un autre, arrivé là dans la pleine force de l'âge ( sans compter la métamorphose de l’hôtesse en bigoudis en Messaline incestueuse ...)? Bon, d'accord, Luc et Théo ont des chaines aux pieds et les vieux pointent un fusil ... Mais c'est quoi le but ? d'enchaîner les sévices et les explications de l'impuissance ? A force répéter que la situation est incroyable, le récit pointe le mal du doigt, si même le narrateur peine à croire à la crédibilité de sa situation fictive, comment moi, pauvre lectrice, puis je y adhérer ?

Un nouveau genre annonce le quatrième de couverture, le "captivity thriller", pas convaincue par ce cauchemar  ...

14/04/2014

Les liens du sang Thomas H. Cook

les liens du sang, Thomas H. Cook, romans, romans policiers, romans américainsTout ce que l’on sait au départ, c’est qu’un certain David est en prison. Et que ce David, ma foi, a l’air, un peu comme tout le monde, normal et donc angoissé de se retrouver là. Mais si lui sait pourquoi, pas nous. Ce que l’on sait aussi, c’est que le sang a coulé ; lequel ? De qui ? Si lui le sait, il ne le dit pas (évidemment). Et ce que l’on sait enfin, c’est que le sang a déjà coulé et qui cela commence à faire beaucoup. La structure est donc classique pour un polar, il y a un passif, plus  un crime, et on va nous donner les éléments au fur et à mesure et en alternance ; la confession de David à l’inspecteur Pétrie, assis devant lui, genre Bouddha qui prend des notes, et ce qui est confessé, en partant du départ et en louvoyant quand même un peu pour qu’on ne devine pas trop vite ( Moi, je n’ai rien deviné, mais je ne suis pas un critère, dans les polars, ce que j’aime, c’est l’attente, pas la solution.)

On découvre quand même rapidement l’arrière plan du drame non-dit. David est un petit avocat d’une petite ville de province, sans ambition, marié, une fille bien sous tout rapport, une sœur, Diana, celle par qui le drame arrive. Non seulement David n’a rien d’extraordinaire, mais en plus, il en est profondément convaincu. . Il faut dire que lorsque les dernières paroles que vous avez entendues de la bouche de votre père ont été ; « Tu n’es que poussière pour moi », on peut comprendre que l’estime de soi en prenne un coup. Surtout qu’avant celles-là, ce n’est pas d’affection que David a été nourri mais de livres et de folie. Le Vieux, le père, n’était que haine, il dressait des listes des noms de ses ennemis, les tapait à la machine, les hurlait dans la maison, voire au dehors, passait des coups de fils rageurs, vociférant sa paranoïa à coup de citations livresques. Ambiance de peu d’enfance.

La grande sœur de David, Diana, était meilleure que lui en citations, elle en connaissait des pages et des pages et c’était elle qui calmait le vieux, à coup de récitations, jusque la nuit de sa mort ... Après la mort du vieux fou, Diana s’est mariée à un jeune chercheur très scientifique et très prometteur et Diana a mis Jason au monde. Sauf que Jason n’était pas vraiment un enfant comme les autres, la folie du Vieux avait coulé dans ses veines, version pacifiste, mais quand même ... Et Jason est mort. Un accident dit le tribunal ( pas d’inquiétude, je suis toujours sur le premier chapitre ...), mais pas Diana.

Et Diana dérape ... ou pas ? Elle cherche des pistes, trouve rapidement un coupable, dirige ses foudres vers lui et Diana sait y faire, question foudre. Elle fouille dans des meurtres ancestraux, se trouve une alliée dans la gentille fille-fille de David. David dérape, qui protéger ? Quels liens du sang coulent dans les veines ? Qui sait de qui la folie guette-elle la raison ?

C’est marqué thriller. C’en est un. De bonne facture, de ceux dont ne peut rien, rien dire, ce qui fait ma foi, une note courte pour une fois !!!

08/04/2014

Le braconnier du lac perdu Peter May

le braconnier du lac perdu, peter may, romans, romans angleterre, séries policièresComme j’ai lu les deux premières enquêtes ("L'île des chasseurs d'oiseaux" et "L'homme de Lewis" ) de Fin Macleod et que j’ai bien aimé me trouver engoncée dans l’atmosphère brumeuse et venteuse à souhait de l’île écossaise (pléonasme par rapport à brumeuse et venteuse), embarquée par un enquêteur tourmenté, mais pas alcoolique et presque pas dépressif, je ne pouvais pas ne pas lire le dernier opus de la trilogie. Dont on se doute qu’elle n’aura pas de suite, vu la densité démographique du lieu et sa superficie, pas facile d’imaginer quinze morts mystérieuses au kilomètre carré.

Une trilogie peut-elle aller en se bonifiant ? là, j’ai trouvé que oui. Comme dans les deux précédents, les ficelles de l’intrigue sont un peu tordues, surtout vers la fin, et ici aussi, on retourne les têtes des personnages vers l’arrière pour gonfler un peu le temps présent de l’enquête insulaire, qui, sinon, serait bien mince, limitée à l’atavisme insulaire, donc toujours. Cependant, ce coup là, j’ai trouvé que l’articulation entre les deux était plus riche et les personnages secondaires plus denses, surtout celui du braconnier, Whistler, un ami de Fin, depuis la tendre enfance, deux enfances qui n’eurent, évidemment, rien de tendre. (où l’on découvre la tante adoptive de Fin sous un autre angle que celui de la tristesse, d’ailleurs)

La découverte d’un avion et d’un corps disparus depuis quinze ans donne le point de départ. Fin et Whistler, menés dans la lande par une course poursuite dont on ne saura la cause que plus tard, tombent sur l’épave, découverte hors du lac où elle était censée rester, mais bon, la tourbière a encore glissé et l’épave est sortie de l’oubli. Ils y découvrent le corps de Roddy dans un drôle d’état, un état décomposé du genre bizarre quand même. Whistler s’enfuit à toutes jambes, Fin s’interroge. Tous deux connaissait Roddy, ( qui ne se connaît pas sur cette île ?), d’autant plus qu’ils faisaient partie du même groupe de musique, celui qui prit pour nom Solas, après une autre histoire de course poursuite. D’abord insulaire, le groupe a pris son envol interplanétaire, et même la disparition du beau et talentueux Roddy, ne lui a pas brisé les ailes. Fin en était le roady, et Whistler, le flûtiste, plus ou moins intermittent. Et tous les deux, comme les autres, sont encore hantés par le beau visage de la chanteuse, Mairead, celle qui enchaîna les cœurs, et déchaîna les jalousies en son temps de jeunesse, et maintenant encore. Les deux moments se superposent, et les récits se succèdent, montrant ce qui reste des amours et ambitions perdues et revenues. Fin est dévoilé, ami fidèle, amant infidèle, en des choix qui lui ont échappé et des regrets, aussi, de continuer à les voir disparaître. Il a « fini » flic, et maintenant, garde forestier ... Chasseurs de trafiquants invibles, et de souvenirs. Whistler, lui, n’a pas suivi le succès du groupe, il a choisi de rester sur l’île et se bat maintenant avec son silence pour regagner l’amour de sa fille, à sa façon. Donald, le pasteur, ex-manager du groupe, ex-fêtard, ex-beau cœur volage, doit se justifier à son tour d’avoir tué pour sauver des vies (avoir le volume précédent en tête pour ce personnage-là, pour les autres aussi d’ailleurs ...) Marsaili est toujours là, elle aussi, toujours belle, elle accroche le linge en attendant que Fin lui revienne vraiment, à elle, et elle à lui. Si possible.

L’enquête ? si, si, il y en a une ...  surtout à la fin, en fait, et bon, ce n’est pas ce que le roman fait de mieux, la fin, mais avant, c’est bien, et nostalgique à croquer, voire un peu crépusculaire, May ne laisse pas les fantômes repartirent indemnes des linceuls de la mémoire.

Un polar de facture atmosphérique, non trépidant, pour amateurs (trices) des deux premiers uniquement.

16/03/2014

Le duel Arnaldur Indridason

Arnaldur indridason, le duel, romans, romans policiers, série policière, roman islandeJe commence à me demander pourquoi, je persiste, moi … un brin de masochisme, un soupçon de nostalgie pour un auteur beaucoup apprécié ? mais de moins en moins convaincue. Le dernier paru, "Le livre du roi", m’avait déçue, l’avant dernier, bof, celui d’avant pas mieux. Bref, je crois que depuis "Betty", ma  foi, je manque d’enthousiasme pour Indridason.

Le duel ne m’a donc pas plus palpitée que cela. On sait que le rythme est peu trépidant chez Indridason, c’est le type polar du froid qui prend son temps, aime partir d’un rien, juste un meurtre genre fait divers, et construire autour un puzzle au goût d’inachevé parfois. On sait aussi, que depuis un moment, l’auteur s’amuse à faire apparaître-disparaître, son personnage récurent, l’inspecteur déprimé Erlendur. Après les descendants, ses adjoints, la fine cuisinière  Elinborg et Sigurdur Oli ( dans « La muraille de lave »), Elinbrog toute seule dans « La rivière noire », voici l’ascendante, sa mentore à lui, que l’on connaissait jusqu’ici, vieillissante, à la retraite, et bien malade (je me demande même si l’auteur ne l’a fait mourir quelque part …), Marion Brien. On passe de l’après Erlendur ( quoique, un retour s’esquisse dans « Etranges rivages ») à l’avant Erlendur  ( qui apparaît quand même dans les dernières lignes, un messager à la déjà triste figure)

La première pièce du puzzle est, cette fois encore,  une figure anonyme attachante, un jeune homme, Ragnar, un peu naïf et totalement inoffensif, un fondu de cinéma, si fondu qu’il enregistre les bandes son des films sur son magnétophone à cassette ( on est dans les années 70.) Ragnar est retrouvé poignardé dans une salle obscure, à la fin d’une séance. Le cartable a disparu avec le magnéto et personne n’a rien vu, lors de cette banale séance de 5.00 à la salle à moitié vide. Personne, enfin si, en fait, quasiment  chacun a vu un bout de quelque chose ; une belle femme et son amant, un clochard aviné, une bouteille de rhum … Marion va relier les bouts de mégots et les demi mensonges en se jouant des ragots médiatiques pour arriver à tout remettre à la bonne place.

Ce qui m’avait motivée pour ce dernier né de la série (même à l’envers, ça fait une série …) était l’arrière plan du duel, le championnat du monde d’échec entre les deux balèzes du jeu, venu chacun de son côté du rideau de fer, sur la terre d’Islande comme point stratégique de la géo-politique en pleine guerre froide et enjeux économique de la pêche aux harengs (ou à la morue, je ne sais plus …). J’aimais bien l’idée que l’histoire glaciaire fasse frotti-frotta  avec un polar du nord.  Ma curiosité a été émoussée. En réalité, le duel reste en arrière plan, on se demande même ce qu’il fait là, finalement (mis à part pour faire un quota d’étrangers présents en Islande, et donc autant de suspects potentiels …), comme un jeu de pions accessoire. Bon, c’est relié quand même, l’auteur sait y faire …

Autre fil de dessous, l’histoire de l’enfance de Marion, qui a eu la tuberculose et a été soignée, et, dans un sanatorium, elle a fait la rencontre de sa vie …  Liée à une grande famille qui ne voulait pas d’elle, c’est le chauffeur, Athanasius, qui l’a prise sous son aile, et voilà que, sans rapport aucun, la belle histoire d’amour connaît ici une fin … ça fait comme un cheveu dans une soupe au vermicelle. Une lecture bien tiède, donc.

04/03/2014

Robe de marié Pierre Lemaitre

Robe de marié, Pierre Lemaitre, romans, romans français, polarsEnchantée par la lecture de « Au revoir là-haut », où, comme le dit Céline dans un des commentaires sur cette note , on en arrive à aimer le cynisme et et la mauvaise foi crapule, je résiste peu à enchaîner les  titres du même auteur ( quand j’étais petite, et que je finissais un livre que j’avais particulièrement aimé, je lisais et relisais la liste « Du même auteur », souvent située à la fin, comme autant de sucettes à l’anis à venir, là c’est un peu pareil ...). Donc, du polar, ce qui tombe bien, j’avais envie de polars bien polars, de ceux qui ne révolutionnent pas le genre et laissent mes neurones peinards dans leurs charentaises, mais suffisamment polar pour vous plomber délicieusement une après-midi pluvieuse, ou une soirée pluvieuse, voire, une matinée ... « Robe de marié » est juste ce qu’il me fallait.

Face A : Sophie est baby sitter, une drôle de baby sitter quand même, toujours disponible, sans affect, mais avec une béance à l’intérieur. Sophie est folle, à lier, c’est ce qu’elle dit. Elle ne maîtrise pas ses pulsions, se laisse submerger, sans savoir par quoi, ni comment, ni quand ... Et Léo commence à exaspérer Sophie. On comprend qu’avant d’être gardienne d’enfant, Sophie a été autre chose, quoi que ce fût, cette vie là lui a échappé, elle est happée par ses oublis. Sophie oublie tout, même le pire de ses actes. Elle est hantée de fantômes qui passent et trépassent.

De baby sitter, Sophie devient rapidement tueuse en série et s’embarque dans une cavale où il vaut mieux ne pas la croiser, même du regard, et pas non plus la contrarier. On est uniquement dans sa tête lors de cette course folle et tendue d’une folle qui cogite, par contre, très lucidement sa cavale et ses conditions de survie. On ne peut être si raisonnablement taré, ce qui fait que rapidement, le lecteur, en bon lecteur de polar bien ficelé, comprend qu’il y a une face B, le revers joué autrement.

Face A et face B jouent donc la même chanson, on retourne en arrière, avec un autre angle de vue, où les clefs sont données. Les deux faces s’imbriquent évidemment parfaitement, et même si les rouages sont trop bien huilés pour être crédibles, je m’en suis moquée totalement, embringuée dans le jeu de Lemaître, un jeu avec les codes, on sait qu’il sait, il sait qu’on sait ( j’aime bien les cache cache ...).

Bon, la face C perd un peu en force, soit, le jeu perd en mystère ce qu’il gagne en construction. On dirait un rubiks cube. Pas grave. Normalement, je ne finis jamais un rubicks cube. Mais, là, j’en redemande un autre.

11/02/2014

Au lieu dit du Noir Etang H. Cook

au lieu dit du noir etang,henry cook,romans,romans policiers,pépitesLa petite ville de Chatham en Nouvelle Angleterre a été secouée il y a des années par un sombre drame, un procès, celui d’une trop belle jeune femme venue d’ailleurs et sans doute mal taillée pour la vie restreinte qui lui a été offerte là. Melle Channing a été jugée sous les cris de haine, coupable, mais de quoi ? On ne sait trop ce qui est vraiment arrivé, ce qu’il leur est arrivé à elle, à monsieur Reed, à sa femme, sa fille. Qui a tué qui ? Qui est mort ? Ce que l’on sait, c’est que le narrateur, Henry, alors adolescent au début des années cinquante, rêvant d’ailleurs, et maintenant retraité solitaire installé là, dans les mêmes rues quasi immobiles, n’y est pas pour rien. Mais pour quelque chose jusqu’où ?

Le roman est tout entier construit et tendu sur cette incertitude balancée tristement entre deux temps. Il nous mène en bateau jusqu’au bout. Qui était vraiment Melle Channing ? une tueuse au sang froid, une amoureuse passionnée, une artiste de l’âme torturée, une victime d’un mensonge, d’un songe ? Et puis comment elle, si solaire, si attirante, pour l’Henry adolescent a-t-elle pu si follement aimer le triste monsieur Need ? Deux solitudes se sont croisées, deux âmes pantelantes se sont reconnues et ont croisé leur bras sans qu’on ne le voit.

Melle Channig vient d’Afrique. Elle a bourlingué dans l’Europe des hauts lieux culturels, elle connaît des choses que Chatham ne soupçonne même pas. Libre penseur, son père l’a élevée dans ses principes, très, trop ? libres. Sans argent après sa mort, une vague connaissance l’envoie dans la petite ville, mal taillée pour la recevoir. Elle tente de s’y fondre en acceptant le poste, spécialement créé pour elle à l’école de Milton, de professeur d’arts plastiques. Une innovation révolutionnaire pour cette école de garçon où les principes vertueux sont l’œuvre du père d’Henry, sa création, sa raison de vivre. Un homme tranquille qui avait un rêve à sa mesure. L’objet amoureux, monsieur Need est le professeur de littérature de cette même école, des mêmes garçons. A l’étroit comme elle dans cette peau de chagrin de la vie. Sauf qu’avant elle, il ne semblait pas le savoir, pas vraiment. Quelle révélation de lui a-t-elle faite ? peut-être dans l’entre deux rives de l’étang qui sépare leur deux maisons, lui d’un côté avec femme et enfant, et elle de l’autre, avec ses dessins d’ailleurs.

Henry doit sa connaissance des faits à son intimité avec elle. D’abord forcé par son si respectable père que l’ado l’en méprise, puis comme par une étoile noire attiré.

Ce que l’on sait, aussi, c’est que le procès fut la fin du rêve de Henry père et peut-être de Henry fils. Pour le reste, on ne peut rien en dire, il faut lire ce va-et-vient entre le temps qui fut et celui qui a fui. Petit à petit, se soulève une partie du mystère, et pourtant tout dit est depuis le début, l’opacité est au cœur de ce roman, pas policier, vraiment, et où le « noir du crime » prend des accents romantiques et sensuels quasi à la Jane Eyre ( j’en rajoute un peu quand même ...).

Une vraie bonne lecture, une découverte pour moi d’un auteur à suivre, rencontré chez Margotte

04/12/2013

Les apparences Gillian Flynn

les apparences,gillian flynn,romans,romans policiers,romans américains,pépitesJe ne sais pas si vous avez vu, mais la robe, sur la couverture, révèle à la lumière d'une lampe de chevet, la nuit, un reflet argenté du plus bel effet, en apparence ...

En apparence aussi, Nick est très méchant et Amy est très gentille. Ammy est parfaite dans sa quête du mari parfait, indulgente et magnanime, alors que Nick s'emmêle les pattes dans ses petits mensonges qui deviendront grand et pouraient l'avaler tout cru si ... Il faut dire qu'ils ne sont pas dans le même espace temps. Les chapitres alternent le journal d'Amy, qui commence le 8 janvier 2005. Transportée d'amour, elle y annonce : "J'ai rencontré un garçon !" Amy est riche, née unique de parents prents qui s'aiment toujours d'amour tendre, des parents qui ont écrit pour elle ( contre elle ?) une série à succès mettant en scène une petite fille modèle qui résout tous les problèmes de sa vie parfaite avec un parfait bon sens moral. Bre, son double, en mieux. Ammy "la vraie" est une new-yorkaise pourrie gâtée mais qui le sait, et cela ne gêne pas. Tout le monde connait la Amy de papier, mais celle de chair est évidemment, plus, complexe, disons.

 Nick vient de la middle-middle classe, voire sous middle, ses parents ne sont pas parfait, mais il a un double lui aussi, sa soeur. Qui ne résout pas tous les problèmes avec un solide bon sens, lui non plus d'ailleurs. Nick semble être un brave petit gars, qui est tombé dans les bras de la parfaite Amy "en vrai" et tout roule.

Mais de mois en mois, Nick devient trouble, Nick ment, Nick s'échappe, Nick reproche, Nick par çi, Nick par là. Là commence le récit de Nick, le jour de leur cinquième anniversaire de mariage et le jour où Amy a disparu de la nouvelle maison, pas celle le nid d'amour de New-York, non, l'autre, la moche, celle de leur nouvelle vie d'anciens tourtereaux. En cinq ans, la façade de la perfection s'est sacrément lézardée. Nick a perdu son travail, Amy aussi, et une grande partie de sa richesse. Les parents de Nick mal en point et les voilà se coinçant dans le Misssouri, dans la ville natale de Nick, en fin de vie économique, la ville, et en pleine décomposition, comme ce couple. Tout est laid et sordide, tout couve dans la marmitte. Mais qui dit vrai ? Qui est la vraie Amy, celle d'Amy ou celle de Nick ? Qui est le vrai Nick ? La brave gars un peu paumé ou le salaud qui ne veut pas faire mususe avec sa gentille femme ? ( qu'est-ce qu'elle m'a énervée la Amy avec sa chasse au trésor rituelle pour chaque anniversaire de mariage et homard à la clef. Heureusement, mon homme est comme moi, il ne les compte pas, ça fait vieillir, ceci dit, je n'aurais rien contre un homard, à bon lecteur de mes notes par dessus mon épaule, salut ...)

Pas moyen donc de ne pas dévorer à toute vitesse ces vraies-fausses et fausses vraies confidences, ces sous entendu de demi vérités qui peuvent se retourner dans l'autre sens comme toute bonne claque qui ne se perd pas. Car ceci n'est qu'un aperçu de la première partie ... Et il y en a deux. Evidemment. A chacun sa chance : Nick ou Amy ?  La petite fille modèle ou la méchante Sophie ?

A lire aussi de la même auteure : "Les lieux sombres", j'ai aussi lu ( mais un peu moins apprécié) : "Sur ma peau"

09/11/2013

Le dernier lapon Olivier Truc

le dernier lapon,olivier truc,romans,romans policiers,romans français,les tombés à plat.Un polar ethno, ethno du bout du monde, froid, le bout du monde, je n'ai rien contre, le côté, découverte d'une civilisation minoritaire et en danger de disparation pour cause de politique identitaire limite fasciste et de gros méchants loups économiques qui veulent manger la dite civilisation, à priori, je suis pour. Surtout si on me promet tout cela sur rythme trépidant d'une enquête policière menée par un homme et une femme, lui moins jeune et un peu usé par la vie, mais pas trop et surtout pas alcoolique (ouf, ça nous change ...), et elle, jeune émoulue de l'école. Il pourrait y avoir du frottis-frotta sous une tente laponne ....

Sauf que, je ne sais pas ce qui m'est arrivé, j'ai dépassé ma limite de neige autorisée, je me suis vautrée dans les congères de l'intrigue, je me suis gourée d'aurore boréale, j'ai planté le scooter des neiges dans une hutte à lapon, bref, je ne sais pas, mais je me suis bloquée sur un détail à la noix .... la répétition du temps d'ensoleillement, enfin, du temps de jour, au début de chaque chapitre. Bon, faut dire que je m'ennuyais un peu aussi ... A chaque début de chapitre, du coup, je me disais "Bon, ça fait un peu plus, mais c'est pas beaucoup quand même". Reflexion idiote dans un polar, où normalement on recherche le nom de l'assassin. Ben, pas moi. Bloquée sur mon truc idiot. En plus, cela n'a aucune incidence sur le déroulement de l'enquête, à croire que rechercher la vérité avec ou sans jour, c'est pareil. Ce que je veux bien croire, mais alors, pour quoi le temps de jour, il est indiqué ? (j'ai prévenu, c'est complétement idiot comme fixette ...)

Je me suis donc égarée dans le grand nord et attendu que l'expédition, les rennes, les lapons, les explorateurs sans scrupules, les éléveurs à l'ancienne, à la moderne, les tambours, les grands sachem, le méchant enquêteur et le gentil, tout le monde se calme et descendent de scooter pour faire pareil. Par contre ( et c'est toujours aussi idiot), mais si quelqu'un peut me dire à quoi correspond le premier chapitre, je suis preneuse. Pas réussi à resituer cette histoire de lapon poursuivi et de bucher dans l'histoire du tambour, moi ... Ce ne peut pas être Mattis ( il n'a pas été brulé, ou alors je n'ai rien compris), ni le père de Klemmet (? si ? mais pourquoi il n'en dirait rien alors ?) celui d' Aslak, là, je suis sûre de moi. Celui de Mattis alors ... J'ai sûrement loupé un truc, parce que ce n'est pas la faute du bouquin, il se lit même plutôt bien, c'est de l'honnête polar ethno.

Ce n'est pas très grave comme problème ceci dit, le livre peut commencer au deuxième chapitre, finalement, mais alors pourquoi Olivier truc a écrit le premier, l'est pas idiot l'auteur, c'est donc moi ! Je n'aime pas me sentir comme un renne égaré. Même si moi, j'ai gardé mes deux oreilles de chaque côté de ma tête, ce qui est déjà pas mal vu les moeurs locales.

21/07/2013

L'indien blanc Craig Johnson

l'indien blanc,craig johnson,romans,séries policières,romans policiers,romans américainsTroisième tome des aventures de Walt Longmire, le shériff préféré d'un certain nombre de lectrices, dont moi, il s'annonçait moins nature writing, centré sur un drame se déroulant en dehors du petit comté d'Absoraka, Wyoming, où sévit d'habitude le super héros, souvent cabossé, et sa bande de bras cassés. Après deux scènes loufoques et décalées, Walt commençant sa campagne de réélection par une séance de lecture calamiteuse auprès d' enfants que "La belle au bois dormant" laissent parfaitement de marbre, puis une intervention de Walt, toujours, en pompier d'un couple en plein duel au soleil, il part pour Philadelphie, rendre visite à sa fille, Cody, "la plus grande juriste de tous les temps".

Henry conduit le shériff à destination avec le chien, toujours sans nom et sans laisse. L'indien blanc, ce n'est pas lui, lui, il est toujours indien-indien et va installer son expo de photos, celles qui ont été triées dans l'épisode précédent, comme quoi, mine de rien, les choses avancent dans cette série.

Walt en papa pépère en vacances, pourquoi pas ... Papa poule inquiet pour sa grande fifille qui semble s' être fiancée avec un certain Davon, ce qui ne lui plait guère d'office, par principe, et en plus d'être le fiancé potentiel de sa Cody d'amour, le Davon est allergique aux chiens. La rencontre s'annonce mal. Et moi, le Davon, tout de suite, je ne l'ai pas senti non plus, mais évidemment, pas pour les mêmes raisons, c'est juste que Davon, je l'ai associé à une savonette à cause d'une certaine marque de cosmétique. Impossible de me défaire de l'image d'un truc blanc qui mousse et glisse sous la douche. Il s'avérera d'ailleurs que je n'avais pas tout à fait tort.

Evidemment, rien ne se passera comme prévu. Walt va bien retrouver sa fille mais directement à l'hôpital, sans passer par la case retrouvailles, elle est dans le coma justement à cause du gars Davon, qui lavait bien des trucs, mais des trucs pas clairs. Evidemment, le papa shériff va se lancer à la poursuite dudit gars, puis de d'autres, responsables collatéraux. Il aura évidemment toujours, son compte de gnons, donnés et recus, plutôt reçus d'ailleurs, de pansements, d'entorses en tout genre, de courses poursuites, à pieds, en voitures et à cheval ( au sens propre !), avant de finir, lessivé mais vainqueur, à bout des méchants. 

Côté coeur, c'est aussi la course entre la mère de Vic ( ben oui, elle habite à Philadelphie ...), un piège à embrouilles, et Vic elle même, un autre piège à embrouilles, mais cela, on le savait déjà : une rivalité entre deux sourires de louves et Walt, cette fois-ci, ne s'enfuira pas tout à fait assez vite des appâts tendus.

L'histoire policière, heu ... un jeune intello qui a viré indien, un jeu de piste dans la ville, un truc comme cela, je crois .... finalement, l'intrigue amoureuse est la moins tordue. C'est dire. Comment Walt arrive au bout de l'écheveau tout en veillant sa fille chérie ? ben, c'est à cela qu'on reconnait les super héros ! ( Henry fait homme médecine, il faut le dire, et panneau conducteur aussi)

Un tome un peu en dessous des deux premiers, j'ai trouvé, l'enquête ne tenant que peu la route, mais pas question d'abandonner Walt Longmire pour un embouteillage narratif subsidiaire ...

 

22/06/2013

La patrouille de l'aube Don Winslow

windan-sunset.jpgAprès la baffe énorme de  " La griffe du chien"j'avais bien envie de retâter des biceps de cet auteur, et puis un bon petit polar ne fait jamais de mal à sa bergère revenue (ravie) du marathon de la relecture "Retour à la terre" ...

Donc, armée de lunettes de soleil fictives, je suis partie pour la Californie, San Diego, spots de rêve, Beach Boy, sea sex and sun, avec l'enthousiasme de la néophite. Le surf pas en bandouillère quand même, j'ai horreur des combi qui collent. J'ai aussi horreur des lexiques, or là, il y en a un au début, un lexique des termes de surf + des termes hawaÏens de surf et autres. J'ai horreur des lexiques, tant à la fin qu'au début d'ailleurs, j'ai horreur d'avoir à consulter dix fois le sens du même mot pour le confondre avec un autre de toute façon dix lignes après. Ainsi, sans vouloir savoir ce qu'est un guns ni un pachero, je me suis lancée à l'assaut de la marée montante.

A vrai dire, je suis descendue très vite de la vague et failli jeter le wax à la baille.

La patrouille de l'aube est constituée d'une bande d'amis soudés à la vie à la mort et dont le passe temps favori est d'être assis sur une planche dans l'eau en clapautant des banalités de la vie, à savoir si l'ordre des priorités de l'existence est de manger un taco ou de mater une Betty. Sans compter que le narrateur nous les présente un à un ( un par chapitre), genre défilé de mode à la sauce club des cinqs ...

Sunny : la seule fille, blonde étincelante, surdouée en surf mais condamnée à attendre la vague de sa vie pour devenir autre chose que serveuse dans un rade de surfeurs machos (pléonasme ?)

Dave : le sauveteur de la plage, grand et bronzé, surnommé " le dieu de l'amour", parce qu'il est beau et qu'il drague toutes les Betty de la plage ( ben ouais !)

Jonny : le flic honnête de service, surnommé "Bonzaï", d'origine japonaise ( ben ouais, "bonzaï", ça vient de "bonze", non ?)

Et le héros, Boone, meurtri par la vie, ex-meilleur petit ami de Sunny, détective privé à l'apparence nonchalante mais à l'efficacité aussi tranchante qu' attachante ( forcément) ...

Comme la patrouille est amie pour la vie, je passe les autres, ce sont tous des bras droits du héros, il n'y a pas de pieds gauches.

Boone, for ever, est fils de surfeurs, donc surfeur, for ever. Boone ne connait que la plage, for ever aussi, tant qu' à faire, la plage, le poisson qu'on grille dessus à la fraîche, dans la lueur du soleil couchant ( non, l'histoire ne dit pas ce que l'on fait des combis collantes de sable qui grattent par en-dessous). Mais, attention, Boone n'est que cela, non non non, ce serait trop facile ... Ex flic, lourdé pour une faute qu'il n'avait pas commise, rongé par le remords d'une petite fille morte et le fantôme d'un pédophile, il est devenu détective privé, super, super, super efficace sous sa couche de bronzage nonchalant. Faut pas croire, Boone cache super bien son jeu, il lit aussi !

Arrive Petra, (non, ce n'est pas la fin, c'est juste le début de l'histoire, après les présentations des personnages et je fais super long parce qu'il n'y a pas de raison) une avocate arriviste, brune et pâle, une sorte de vampire froid et aveugle aux  mérites de Boone, qui les lui cache super bien ( mais bon, on sait comment ça se termine le coup de la belle vamp dégoûtée par le balourd de la plage ...). Petra embauche Boone pour retrouver ( tenez vous bien, la phrase va être super longue) une streap-tiseuse qui doit témoigner lors d'un procès à charge contre son ex-petit ami qui aurait monté une arnaque à l'assurance, le problème étant que le procès est le lendemain et que la stripteause a disparu, mais le lendemain, c'est aussi le jour de l'arrivée d'une houle historique sur la côte, et du triomphe annoncé de super Sunny.

Une super journée pour tout faire : l'intrigue ne tient pas debout, même pas sur un pied, et encore moins un pied lesté d'une planche de surf. Mais c'est drôlement bien, d'abord parce que cela va à toute vitesse et que l'on a peine le temps de se rendre compte que c'est n'importe quoi, ensuite parce que c'est n'importe quoi très bien fait, ( mine de rien on apprend plein de trucs sur l'urbanisme de San Diego, à priori, je m'en fiche de l'urbanisme de san Diego, ben, là, non ...) enfin, parce que les super héros, c'est drôlement bien en technicolor, que, mine de rien les super copains, c'est super chouette, et que les super méchants vicelards et fourbes, j'adore.

 

 

 

30/04/2013

La griffe du chien Don Winslow

Le pavé est rude à avaler, 827 pages de réalités socio-politiques sans concession, une plongée en apnée dans les doubles jeux des USA et les narcotrafiquants sud-américains. A priori, pas vraiment pour moi, à la limite du docu-fiction, me disais-je, lestée par le poids du dit-pavé, plombée dès le premier chapitre par un bain de sang hyper réaliste, le coeur presque déjà au bord de l'écoeurement.

Le héros, si tant est qu'il puisse ainsi être dénommé, est Art. Ancien du Vietnam, il a déjà envoyé des hommes à la mort, les mains sales des opérations de nettoyage, il connaît. Métis, moitié américain, moitié mexicain, il pensait être du bon côté en s'engageant dans la lutte contre les narcos. Il pensait avoir un certain pouvoir, il va commencer par se faire rouler dans la farine. Il appartient à la DEA ( une sorte d'administration officielle chargé de s'occuper des méchants mexicains qui inondent les gentils USA de la "boue mexicaine"), et trouve sa hiérarchie bien peu efficace et timorée dans cette guerre larvée. Ce pourquoi il conclut en douce une sorte d'alliance avec Tio Barrera, membre éminent de la police mexicaine en façade, aussi vérolé qu'un canon à poudre en réalité. Croyant mettre fin à la culture du pavot, Art collabore à une gigantesque opération de destruction massive des champs cultivés (et aussi des personnes qui cultivaient, mais bon, là, c'est accessoire pour tout le monde ...) et croyant ainsi berner ses supérieurs qu'il trouve trop lymphatiques et hypocrites ( officiellement, il a été décrété que la "boue mexicaine" n'existe pas, que la police mexicaine s'en occupe de toute façon, et que donc, il n'y a pas de traffic, ni de "narcos"), Art ne fait rien que moins que de contribuer à la naissance d'un cartel, " La fédération", machine à inonder le marché de la drogue, encore plus puissante, efficace et redoutable que la précédente.

Les territoires de production vont être définis, famille Barrera en tête, Tio, El patron, Raul l'exécuteur, Adam, le comptable. Art va devenir seul contre tous, "le seigneur de la frontière" et mener sa propre guerre, sa vengeance, les deux ayant les mêmes visages, visages multiples et identiques du côté du Bien et du côté du Mal, ceux des mécanismes sanglants des pouvoirs politiques aux commandes. Plus rien d'humain là dedans.

La lecture est insoutenable et impossible à lâcher : c'est un roman excessif pour une réalité excessive qui vous saute à la gorge, explose par l'intensité de ce qui est démontré, l'Amérique Centrale comme un vaste terrain pour cynismes sans limites : les narcos vivent dans de vastes demeures, roulent dans les belles voitures, à ciel ouvert, tout est bon pour garder le pouvoir d'un côté, pour se voiler la face de l'autre. C'est un jeu de massacres où le Bien et le Mal ont les mêmes armes, où ils se combinent et s'entrelacent. C'est un jeu de poursuites sans aucune morale et d'intérêts où qui perd est mort et qui a gagné est mort aussi.

Art seul contre tous, cela est un peu gros, soit, d'autres figures passent et tiennent le romanesque : Nora, la call-girl au presque grand coeur, Callan, le tueur au sang froid mais yeux de biche, un prêtre humaniste, des exécuteurs qui avalent des pêches .... mais toujours le fil est sa guerre, sans répits. Et quand vous pensez en avoir assez lu, assez vu, assez compris, assez d'assister à des exécutions, des tirs en rafale qui laissent flotter les corps comme des objets de pacotille, et bien, ça recommence ... pour que la drogue se répande dans les veines rouillées des acros, et l'argent dans les poches de ceux qui se les remplissent.

Ce roman grouillant, pesant, tonitruant, je l'ai avalé, écoeurée, vidée, dégoûtée, révoltée, j'ai avalé jusqu'à la moindre balle tirée, jusqu'au moindre crâne éclaté, la moindre gorge tranchée, corps découpés. Je ne sais pas si je regarderai un reportage sur ce même sujet avec le même oeil écarquillé d'horreur, tant je me suis dit qu'il n'y avait que la littérature pour vous exposer à la figure la vérité avec une telle puissance de frappe.

Un grand merci à Ingannmic, qui a eu l'initiative de cette lecture commune, (et à Jean Marc qui en est à l'origine), lecture d'un indispensable coup de poing à côté de laquelle, du coup, la vision d'Ellory dans Les anonymes ou Vendetta, parait presque angélique ....

Gridou rejoint le choeur des louanges, à qui le tour ?

20/03/2013

Le camp des morts Craig Johnson

le camp des morts,craig johnson,romans,romans policiers,romans américains,wyomingAprès être tombée sous le charme du shérif le plus chéri des lectrices de Craig Johnson, Walt Longmire, cet été dernier, après donc ma première rencontre avec lui dans Little bird, il me tardait de retrouver sa mélancholie latente, son charme pataud, son flegme torride et sa compagnie d'avec son double indien, Henry Beard, un peu plus "grand loup solitaire" au charme ténébreux mais tant pis.

Ils sont donc bien là, sans surprise, même si Henry est un peu plus en retrait que dans le premier tome, (mais toujours là au bon moment pour son copain quand même), sauf que Walt, en plus est drôle. Pas à se tordre, mais le voilà qui fait dans la légèreté caustique, voire la légereté tout court. Par moments, seulement, car il sait raison garder et ne perd point de vue son but de gentil redresseur de la justice, faut pas dévier le personnage, ce serait dommage de l'abimer dès le second tome. Quoique, il s' en prend de sacrés torgnioles le père Walt, ce coup ci encore ...

Côté coeur, le calme reste plat, malgré l'intrusion d'une sulfureuse et sémillante contrôleuse gouvernementale chargée des ouvertures de coffres en banque oubliés dont mon petit doigt de lectrice me dit qu'elle reviendra faire un tour dans ce coin paumé du Wyoming. A la décharge du Walt, son enquête ( ben oui, il y en a une ...) lui laisse peu le temps de rentrer dans son lit et il fréquente plus sa cellule de sa prison pour dormir que sa maison livrée aux courants d'air. En plus , le poêle à bois n'a pas encore été livré. Ce qui est gênant pour le côté torride (pour la peau de bête devant le poêle, je n'ai pas d'indices ...).

Côté mystique, Walt a bien encore quelques hallucinations de temps en temps : une histoire de revenants qui lui causent et le protègent des gros, gros dangers, mais, le plus souvent, c'est de lui même qu'il se fourre dans les congères qui passent par là et dans la gueule du loup ( loup solitaire comme Henry, mais beaucoup plus tueur que charmeur et ténébreux au sens infernal du terme, cette fois)

Donc, il neige, beaucoup visiblement, même pour le Wyoming. Le shérif Walt,  qui est un homme fidèle en amitié va malgré tout passer sa soirée habituelle dans la maison de retraite où le vieux shérif unijambiste et soiffard, Julian, sévit. Entre lui et lui, c'est une longue histoire. C'est le vieux qui l' a embauché, engueulé et qui lui donne sa claque aux échecs toute les semaines.  Le vieux shérif a fini par raccrocher l'insigne, mais pas ni la bouteille ni la gueule de bois. Il reste quelque imprévisible ... et peu tolérant à d'autres opinions que la sienne. Et là, quand Walt arrive, la vieux Julian a fichu le un chambard total dans sa maison de retraite. Mari Baroja, la petite vieille qui mangeait des gâteaux à quelques pas de la sienne n'est pas morte naturellement. Sans compter que comme le vieux Julian n'a l'ombre ni d'une preuve, ni d'un suspect et encore moins d'un mobile, donc, c'est sûr, il a raison.

C'est le départ de l'enquête enneigée de Walt où les victimes se succèdent comme des mouches et le shérif zigzague dans ses hypothèses. On se régale ... d'autant plus que d'autres joyeux lurons sont recrutés dans l'urgence : un doux basque qui passait par là ( et qui va bien servir, n'en déplaise à la cohérence logique de la propable utilité d'un basque au Wyoming ...), et le Double Touch, un géant pour l'instant plutôt pacifique .

L'épilogue, par contre, fait craindre le pire pour nous, pauvres lectrices impuissantes face au charme quelque peu direct de la Vic, l'adjointe, devenue célibataire de choc ...

 

Athalie

11/03/2013

La place du mort Pascal Garnier

t-boite_a_meu1.jpgIl fut un temps où je ne jurais que par le polar, le polar français, qui plus est, du bien noir et du bien suintant de misères sociales et de laissés pour compte de la société et de la vie en général, un temps où Pouy, Raynal et tous les autres venaient en joyeux fêtards gauchistes jusque qu'au bout des santiags de Pascal  Dessaint, trinquer derrière leurs piles de bouquins à "Etonnants voyageurs" ( oui, cela fait un peu arrière-garde, mais j'assume ...)

Je n'y ai jamais vu Pascal Garnier, mais sans doute faisait-il partie de la confrérie, en tout cas, ce qu'il écrivait peut le laisser penser, car j'ai retrouvé avec plaisir cettte "joyeuse banboula de la mortitude des choses" dans "La place du mort", un petit polar bien sous tous rapports pour qui aime le genre.

Un accident de voiture dans la nuit, une voiture au phare borgne et que seul un renard entend percuter avant de retourner à ses occupations, finir d'éventrer son lapin. Nous sommes près de Dijon (mais on ne le saura qu'après)

Puis, le bruit de l'horloge franc-comtoise, celui de la maison du père de Fabien, notre héros, père solitaire et rabougri du coeur qui avait besoin d'un coup de main pour un vidage de grenier. Nous sommes en Normandie.

Fabien, le héros, rentre dans son appartement parisien, besogne faite. Sa femme Sylvie, avec qui il vivote depuis un temps certain, n'est pas là. La quarantaine sans enfants, un arrangement entre amis. Il écoute ses messages sur répondeur, il y a en a trois. Le dernier vient de l'hopital de Dijon : il dit que Sylvie est morte.  A Dijon, donc, dans un accident de voiture, Sylvie et son amant, un certain Martial, sur la route qui menait à leur coin d'amour " Le petit chez soi". Après un aller-retour : Fabien est fort marri et revient à Paris se morfonde. Lui qui aimait la solitude "mais accompagné", le voilà réduit à se demander si il va devoir se nourrir d'oeufs au chorizo fort jusqu'à la fin de sa vie, vu qu'il aime le chorizo fort et que Sylvie ne l'aimait pas, mais quand même, ce n'est pas une raison ...

Recueilli par son copain Gilles, sorte de père d'enfant en mal d'amour de sa Fanchon, les deux compères vont régresser, se font des parties des légos, plus ou moins licites, les légos, et Fabien s'endort au milieu des peluches. Lorsqu'une idée de vengeance se tarbistouille dans la tête du Fabien : il va "prendre la place du mort", séduire la veuve de l'amant, Martine. Il a son adresse, facile, et puis ...

Sauf que la Martine se révèle avoir le sex appeal d'une huitre, à se demander pourquoi elle est si bien gardée par par sa "meilleure" amie, Madeleine ... Le piège à crabe se referme, mais pas forcément par celui qui croyait prendre, évidemment !!!

 Si l'intrigue n'est pas la force majeure de ce noir, le plaisir vient de cette écriture qui marque l'infinie tristesse drôlatique d'une existence vide où l'amour n'a pris la place de personne, un rêve innaccessible d'immobilisme : " De son lit, les reins calés par un gros oreiller, Fabien pouvait voir par la fenêtre un grand pan de ciel bleu marbré de rose, l'ébauche d'une forêt rousse et un triangle de pré vert où paissaient quelques vaches. Le paradis à portée de main et pourtant innacessible. Etre une bonne grose vache, manger toute la journée, donner son lait aux petits enfants, dormir dans une étable bien chaude, bien serrée contre les autres, et recommencer le lendemain pour toujours."

Et bien, même cela lui sera refusé.

 

Athalie

06/03/2013

Etranges rivages Arnaldur Indridasson

etranges rivages,arnaldur idridasson,romans policiers,roman islandeLe bandeau annonce " Erlendur est revenu", soit, il est bien là, dans le livre, je veux dire, mais il est quand même resté coincé dans les replis de sa mémoire, en plus, il se met à voir des fantômes, ce qui n'est pas bon signe ...

Dans son fjord d'enfance, il s'est installé dans les ruines de la maison, la maison où il vivait quand son frère y vivait aussi encore, sa mère, qui aimait rire avant, son père dépressif mais qui jouait du violon de temps en temps, et lui était un grand frère, un peu jaloux d'une petite voiture rouge. Il y dort dans un campement approximatif, à ciel quasi ouvert, se réchauffe dans sa voiture, se douche à la piscine municipale ( détail qui n'est révélé qu'à la moitié du livre, alors que moi, son hygiène corporelle me turlupinait depuis le début, mais bon, c'est dire ma trivialité parfois quand je lis un livre qui m'endort quelque peu). Pourquoi il est là, il ne sait pas trop en fait, toujours son frère disparu qui le coince, je suppose.

Un jour, et toujours sans savoir trop pourquoi, Erlendur suit un vieux chasseur de renard qui va lui raconter une autre histoire de disparition, aussi lointaine ou presque que celle de son frère et sans rapport avec elle. Evidemment, comme c'est une histoire de disparition, elle va lui raisonner dans l'oreille. D'autant plus qu'elle bien tassée au fond du fjord.

Un soir d'une autre tempête, une jeune femme, Mattildur, est partie de son foyer pour aller rejoindre celui de sa mère et n'y est jamais parvenue. Elle est restée coincée quelque part, elle aussi, dans les replis des mémoires des vieux du village, de sa vieille soeur qui s'en souvient à peine, d'un vieux pêcheur, Ezra, qui tabasse les poissons fumés, et de bien d'autres ancêtres aux souvenirs troués, que notre enquêteur va aller interroger, toujours sans trop savoir pourquoi, juste pour savoir.

 Il faut dire quand même que la nuit de la tempête durant laquelle Mattildur a disparu, une patrouille de soldats anglais s'est aussi égarée, sur le même chemin qu'elle, mais dans le sens inverse. Alors que les recherches ont permis de retrouver tous les soldats, vivants ou morts (sauf un corps, mais c'est pour le suspens), elle, personne ne l'a jamais vue.

Il faut dire aussi que Mattildur, elle était un peu mal mariée, et que des légendes ont couru dans le fjord après sa mort, des histoires de vengeance post-mortem et de corps qui faisait du bruit dans le cercueil ...

Erlendur vaque, de maisons en maisons, pour reconstruire l'histoire, retrouvant en passant quelques éléments sur la sienne. Sans vraiment d'ennui, ni vraiment d'intérêt d'ailleurs, j'ai suivi Erlendur sur sa lande ( après tout, j'étais venue pour le retrouver !), quand même, je me demande toujours pourquoi il n'a pas mangé le poisson fumé d'Ezra. Suite au prochain épisode ?

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Betty

La muraille de lave

La rivière noire

Athalie

 

28/02/2013

L'homme de Lewis Peter May

l'homme de lewis,peter may,romans policiers,romans historiques,écosse,romans angleterreDans ce deuxième tome, ça y est, Fin Macleod a définitivement largué les amarres. Son divorce d'avec sa femme-amie, est prononcé, sa démission donnée, il n'est plus policier et peut s'installer sur son île, Lewis, et y retrouver tranquille ses fantômes : ses parents morts il y a longtemps dans un accident, son amour de jeunesse, Marsailis, en cours d'exhumation, et son fils , Fionnlag, exhumé au premier tome,  et jeune père peu reconnu depuis peu, à peine esquissé dans  "L'île des chasseurs d'oiseaux". Fin emmène quand même avec lui dans sa nouvelle vie, un autre fantôme, son autre fils, tué  il y a peu aussi, par un chauffard, impuni ( du moins jusqu'ici ...). Sa nouvelle vie se limite ( du moins en théorie) à un seul projet, restaurer la maison qui fut celle de son enfance perdue, quand son père repeignait tout en violet, il s'installe dans sa tente, battue par les vents et les pluies.

Seulement voilà, Fin ne va pas avoir vraiment le temps de n'y poser ne serait ce qu'une poutre sur la charpente de sa maison en ruines, tant sur Lewis se bousculent les affaires à régler, tant privées, qu'intimes ou publiques, en plus, elles se mélangent. Un corps momifié a été retrouvé par hasard dans la tourbière et va réveiller pas mal de souvenirs morts-vivant. Ce pourrait être une découverte historique, et on ne parlerait alors que de " La découverte de l'homme de Lewis", sauf que Néenderthal n'avait pas de tatouage d'Elvis Presley sur le bras. Ce qui complique. Sans compter que ces souvenirs enfouis,  ils sont cachés dans le crâne d'un narrateur qui, chose incongrue, est atteint de la maladie d'Alzeimer. (Qu'à cela ne tienne, une fois qu'on a admis le principe romanesque .... ) C'est donc du fond de la mémoire cassée de Tumord Mac Donald, le père de Marsailis, le grand-père de Fionnlag, le quasi ex-futur beau père de Fin, en fait, que l'histoire va se dessiner, suivie de près par Fin qui sait décoder les signes et anticiper même les restes d'un destin si fragile.

La mémoire intérieure de Tumord fait  surgir une histoire sombre et enfouie sous les varechs et dans la mémoire des landes, avant de l'être dans la tourbe, une histoire de misères et d'orphelins, son histoire et celle de son frère et aussi un peu celle d'une autre petit fille guerrière, une histoire d'orphelinat pas catholique, de défis et d'enfants qui s'aimaient, de fidélité à cet amour et à celui de la mère, une histoire de protection et de fuites. Les silhouettes qui les accompagnent sont peu rassurantes, une histoire d'enfants turbulents que les prêtres en noir et les soeurs silencieuses plaçaient, pour ne pas s'en souvenir, aux bons soins de ceux qui voulaient bien d'eux, sur une île encore plus petite que Lewis, plus fruste, plus encore battue par les vents, où les enfants vont tenter une survie précaire. La délivrance ne sera bien sûr pas celle de la rédemption, mais d'un calvaire enfoui que l'homme de Lewis a fait ressurgir. Et on finira, par maints chemins tortueux par boucler les boucles.

Parce que on met du temps à revenir au point de départ, que c'est bancal et parfois un peu frustant (perso, j'aurais bien aimé avoir un éclairage plus large sur cette histoire de traffic d'enfants), mais c'est une ballade écossaise qui mérite son détour et une halte.

 

Athalie

 

 

01/02/2013

Sur un lit de fleurs blanches Patricia Parry

Les-enfants-du-paradis_portrait_w858.jpgIl faisait longtemps que lecture ne m'avait autant réjouie, une lecture de couette, forcément, vu le titre. Eviter quand même d'étendre sous la dite couette, des branches de lilas blancs, même si l'odeur doit en être envoutante, au départ, je vous dit pas le boulot quand c'est fané, et puis le brave docteur Victor Dupuy, le héros, y est allergique. Le lilas lui provoque des crises terribles, et des crises terribles d'héroïsme sous la couette, c'est pervers.

Sans compter que vous en aurez votre compte des pervers dans le romans, ils fourmillent, voire grouillent, s'auto-tamponnent. Le théâtre s'ouvre, les rideaux sanglants laissent voir le décor, Paris, XIX, les cafés, les bouges, les hopitaux, les cimetières ... Tremble, boulevard du crime, ils sont tous là ....

Une prostituée de luxe au caractère trempé et presque au grand coeur, au charme presque angélique et à toutes épreuves.

Un médecin, métis ( ce qui n'est pas sans conséquences ...), brillant, orphelin, affligé d'un grand-père héroïque, d'un lourd secret de famille et d'un sérieux penchant de tendresse pour la belle courtisane ci-dessus.

 Un professeur de médecine, pas machavélique pour une goutte, mais qui a quand même quelque peu tendance à se tromper dans ses doses.

Un journaliste homosexuel, fort évidemment pas déclaré, mais malgré tout alcolique à ses heures, nègre d'un grand écrivain syphilitique, alors qu'il n'est même pas noir.

Un comte, à la peau trop bleue pour être véridique.

Une mère religieuse aux airs peu catholique.

Des comparses torves, criminels dans le sang, aux complots nébuleux et profitables, du moins pour eux.

Et les victimes : de jeunes orphelins perdus dans les bas-fonds de la misère parisienne, petits mitrons à la gouaille enfarinée, retrouvés égorgés et vidés de leur sang, quelques messes noires plus tard, couchés sur des tombes du père Lachaise, sur des lits de branches de lilas blancs .... et que la police, elle s'en bat le coquillard comme de son premier Dumas venu !

Vous secouez, mélangez, mettez à la sauce secret de famille et tatonnements scientifiques, un brin d'Eugène Sue, une effluve de Balzac ( celui qui écrit comme un cochon "La femme de trente ans" en se gourant dans les chapitres) et vous avez un succulent roman labyrintho-historique où les personnages se perdent dans une intrigue à ne pas tenir debout, meme un mort pas vidé de son sang, un régal de roman feuilleton revisité par une plume qui sait où elle va et où sont ses références (même si moi par moments, je ne savais plus trop qui était qui, où allait où, et pourquoi ...)

Bon appétit !

 

Athalie 

 

Par où cette lecture est venue :

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