Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/02/2012

Les lieux sombres G. Flynn

diable_dop.jpgDes lieux sombres comme des boites de carton entassés où grouillent des souvenirs ensanglantés. Libby Day ne veut pas les ouvrir. Dedans, il a les petits bouts de la mémoire de sa famille : sa mère , ses deux soeurs, massacrées par son grand frère Ben, une nuit, dans leur ferme. Elle a couru et a survécu, juste deux trois orteils en moins et un béant en plus. Avant, la fuite, elle a vu son frère tuer. Enfin, presque. Et ce presque, elle ne veut pas l'ouvrir non plus. Fait assez noir dans cette histoire ça.

Autre lieu sombre, c'est sur son témoignage de petite fille de six ans que repose l'accusation contre Ben, en  prison depuis vingt ans. Enfin, presque uniquement. Ne pas ouvrir non plus l'album de famille : le grand frère qui s'était mis à la dérive du bateau famillial dèjà pas mal cahoté, disputant "les filles", se mettant à l'écart, se disputant avec sa mère, se teignant les cheveux en noir, révoltes dérisoires puis les massacrant à coups de fusil et  de hache.

Des lieux sombres comme ceux où Ben trainait, amoureux fou lamentable, jouet des autres, plus beaux, plus riches, plus défoncés.

Seulement voilà, Libby Day a besoin d'argent. Depuis "le drame", "l'affaire", elle vit de la curiosité publique, de l'argent qu'elle procure. Elle a tout fait, tout monnayé ou presque, mais d'autres histoires sordides prennent la place de la sienne, prennent le devant de la scène. Les fonds baissent. Il y a des souvenirs à vendre dans les boites et des gens pour les acheter (Ben oui, c'est sordide, c'est pour cela que c'est bien !). Pas le choix, faut racler les fonds de tiroirs, et draguer la clientèle, en l'occurence un "fan club" organisé en comité de soutien, que des femmes (mais mon dieu d'où sort ce troupeau caricatural, ça existe ça  ? ...) persuadée de l'innocence de Ben, le doux, le gentil Ben.

Et Libby va accepter de refaire le chemin, de revoir son frère, de retrouver les protagonistes et le fil de l'histoire, l'histoire de cette journée où Ben a tué, rouages cassés et parfois grinçants d'une traque et d'un piège.

C'est parfois ( souvent) trop, ça tient debout par un pilotis de guingois, on se raccroche aux cordes (parfois même aux grosses ficelles) d'une narration qui joue des coups de trompettes et des coups de théâtre, mais parfois aussi en solo et sourdine. Le diable surgit de la boite toutes grimaces dehors, grand guignol satanique aux effets faciles, puis les souvenirs de Libby s'attardent dans la ferme familliale, clopin-clopant, sur un album d'autocollant, des hambergers ramasse-miettes, un lapin orne la cuvette des toilettes, une mère courage qui ne le savait même pas.

Plein de hauts et de bas, mais quand on se laisse prendre, ça propulse dans l'abysse.

Athalie

29/12/2011

Sur ma peau Gillian Flynn

imagesCABCQI27.jpgPolar noir, noir plutôt que polar, d'ailleurs,  pas vraiment convenu, pas complètement, et vaut le temps de deux trois soirées pluvieuses, ou de fins d'après-midi feignantes.

Un personnage se construit petit à petit,  celui d'une ville, Wind Gap, bourgade contrainte et scérosée du Missouri, où l'ennui conduit les adolescentes à établir un impitoyable système de valeurs : les belles et riches dirigent ce monde en écartant toutes variantes. Elles sont les modèles et les bourreaux, même sans tuer. Le code n'est pas écrit, il se reproduit.

Camille a été une belle dirigeante, admirée et copiée par les plus jeunes, mais aussi une victime consentante, une spectatrice du malsain. Et puis, elle est partie et est devenue journaliste, même pas excellente, dans un journal même pas trop lu, mais soutenue par Curry, son chef, elle survit, boit trop, solitaire qui s'est massacrée le corps à coups de scarifications éloquentes. Les mots brûlent encore, mais surtout les violences des non-dit.

C'est donc sans prévenir et sans du tout le vouloir, qu'elle revient dans la grande et belle demeure familiale, où règne sa mère, Adora, où traine le fantôme de sa demi-soeur morte et sévit une poupée Barbie qui n'a rien de candide, son autre demi soeur, Amma, ( Il y a aussi le beau-père, mais bon, il ne compte pas vraiment celui-là, quoiqu'il arrive à être répugnant rien qu'en mangeant une sardine, une de mes scènes préférées ... ), puisque deux jeunes filles ont été tuées, édentées et étranglées, et que Camille est du cru. Du cru, oui.

Ce n'est pas que l'enquête soit vraiment haletante, des scènes maldororantes se dessinent plutôt : la belle et respectée Adora à l'enterrement de sa protégée, ses amies fardées, qui trainent leur ennui dans le club local et suintent leurs ragots comme les rides se creusent malgré les liftings, les  anciennes amies de Camille, devenues ce qu'elles devaient devenir : 4-4 et maison pseudo-victorienne, bronzage entretenu, ou, serveuse de bar, enfants plus ou moins désirés et rancoeur. Univers factice, ou, univers sordide. Un non woman's land où les femmes se déchirent, dans le chuintement des apparences.

Soit, le souci, c'est qu'on oublie peu à peu les victimes, enfin, celles qui ont vraiment été tuées, édentées, étranglées, soit, des éléments convenus trainaillent (la méfiance de l'étranger dans les petites villes, l'enquête qui piètine quand tout à coup, y'en a un qui savait tout ...), mais comme  les Perséphones, c'est quand même plus rigolo que les douces agnelles, en littérature, s'entend, bonnes soirées pluvieuses à vous ...

Athalie

23/12/2011

Traquer les ombres John Harvey

imagesCAS788FS.jpgIl y a tout ce que l'on peut apprécier (ou pas ..) d'un bon vieux polar à atmosphère comme on peut les aimer (ou pas ...) dans ce John Harvey-là. Soit on aime et on se coule dedans comme on enfile des chaussons, les deux pieds biens à plats, tranquilles .... soit on n'aime pas et alors on reprend ses talons aiguilles pour faire de la haute voltige en parachute. Ce qui fait que moi, j'aime bien les chaussons.

Deux enquêteurs dans une ville moyenne, plutôt bourgeoise, en Angleterre ... avant l'ère de la clef USB, sinon, il y aurait deux trois trucs qui ne tiendraient pas dans l'intrigue (il y en a d'autres d'ailleurs, pas mal, mais ce n'est pas très grave, les chaussons peuvent être troués, il n'en restent pas moins confortables). Les deux enquêteurs, confrontés à un meurtre violent, pratiquement sans indices et sans mobile, évidemment, vont dérouler la pelote en faisant un pas en avant et un pas en arrière. Lui, Will, est un jeune père de famille, quelque peu débordé et légèrement rétrograde, mais sympathique ; elle, Helen, femme seule et pas dérangée de l'être, l'alter égo efficace mais point sans vie personnelle quelque peu complexe, ce qui nous fait  "couple littéraire" gentillement formaté. La victime est Stephen, jeune universitaire fondu de cinéma, retrouvé assassiné dans sa douche au milieu d'une maison dévastée. Seulement voilà, il est homosexuel et il avait un amant. Lisses comme des sous neufs, les gars : unis depuis trois ans, intégrés, sans bavures.  Il y a juste que Stephen tentait de faire la biographie d'une ancienne star du cinéma, Stella Léonard, et qu'il venait d'éconduire l'amant, qui avait du mal à s'en remettre. Le lien entre les deux ? Ben, comme dit, ça se tricote. Ou pas.

Du coup, si je n'avais pas d'autres propositions alléchantes à me mettre sous les lunettes, je serais bien retournée faire un tour du côté du bon vieux "cycle de Charles Resnick" (l'enquêteur de Coeurs solitaires, Scalpel, Lumière froide, Proie facile etc et dans le désordre), histoire de retrouver tranquillement un terrain connu et balisé ...

Athalie

28/08/2011

La route de tous les dangers Kris Nelscott

43389.jpgY’a des airs du « Port de l’angoisse », sauf que cela n’a rien à voir, peut-être un peu de « Chinatown », ou alors une résurgence de ces anciennes couvertures des nouvelles de Goodis, comme un  remake du roman policier américain classique depuis Marlowe, le moment ou l’on voit le nom du détective privé affiché en transparence sur la porte vitrée du bureau sordide et une main gantée de noir qui tourne la poignée …. sauf que là, le détective privé est noir et que la femme fatale, n’a au départ, ni même après, rien de la brune pulpeuse qui s’adosse, provocante, au chambranle d’une porte qui n’en avait demandé pas tant. D’abord, elle est blonde, n’a pas de long fume cigarette ni une voix rauque à se faire damner les doubleuses, ne boit que du coca, et  le détective aussi (mais il a quand même un grand cœur derrière son bureau bourru), ce qui peut les rendre suspects de non conformisme au genre. Les premières scènes sonnent pourtant comme cela, avec le poil d’agressivité qui convient au polar noir des années cinquante et encore plus à la situation, car la jeune blonde pas pulpeuse vient demander des comptes au détective inconnu auquel sa mère vient de léguer une coquette somme d’argent, sans que l’on puisse savoir pourquoi, du moins elle. Le problème, c’est que lui non plus, il n’en sait rien, n’a rien demandé et ne connait rien de cette histoire qui lui tombe dessus, de la sienne non plus. Des zones d’ombres qui vont prendre petit à petit sens dans les ombres l’une de l’autre, les vides vont  être remplis, les douleurs vont surgir, et pourtant, ça se lit sans heurt, comme un remake bien fait, un vieux film en noir et blanc au scénario bien huilé.

La toile de fond n’est pas non plus sans rappeler des imagesd’archives, la lutte des noirs pour leur liberté à Memphis, quelques jours avant l’assassinat de Martin Luther King, l’opposition des Blacks Panthers, ces mômes paumés qui commencent à toucher à des trafics qui vont noyer leur cause dans d’autres détresses, plus intimes, la difficulté de se situer dans un camp, la manipulation du FBI,  . Il y a parfois quelque chose de surfait, la blonde bourgeoise pas raciste pour un sous, mais qui a juste un peu peur quand même quand dans les émeutes, parce qu’elle se fait insulter, elle croyait quoi ? que les noirs en lutte, c’était des bambis ? … quelque chose de convenu, « la vérité révélée sur la mort de «  docteur king » seule connue par un gamin du coup pourchassé …. Mais bon, moi, les Bogart, noir ou blanc, ça m’a toujours fait fondre et j’ai toujours rêvé de pouvoir sussurer en ensemble vichy super moulant « If you know how to whistle, put you lips together and blow ». Ce qui n’a rien à voir non plus.

Athalie

11/08/2011

L'affaire Jane Eyre Jasper Fforde

dim11.jpgDeux FF comme totalement déjanté, complètement foutraque et fortement plaisant !!!! A réserver pour un trou entre pavés nostalgiques (ou pas) ; "saga familliale et lourds secrets" et pavés " le monde comme il devrait être et nature humaine comme elle n'est pas".

Ici l'Angleterre des années 1980 prend des airs de science fiction et de monde parallèle, mais parallèle à quoi, c'est pas clair ... sauf que la littérature y est la valeur suprême, que les vaisseaux spatiaux sont des dirigeables, y'a pas de martiens, mais les héros de fiction peuvent se matérialiser, mais dans quel espace ??? Pas clair non plus. Mais il y a des bons et des méchants. Le bon, c'est Thursday Next, jeune enquêtrice, sorte de détective littéraire appartenant au corps de police qui doit préserver les manuscrits et histoires originelles en débusquant les tentatives de faux et les trafiquants de versions non conformes aux chef d'oeuvres littéraires, une sorte de répression des fraudes pour objets de grande valeur à la marque déposée que sont les Dickens et autre Wordsworth (sorte de Chanel ou de Vuitton, en quelque sorte, par chez nous). Le méchant, c'est Achéron Hadès. Il a volé soit disant le manuscrit d'un Dickens, mais en fait, c'est pour mieux trafiquer la fin de Jane Eyre. Le Brontë est en danger, à moins qu'une énorme rançon ne soit versée ... Auquel cas, il laisserait (peut-être) tranquilles Jane et Rochester. Faut dire que dans ce monde là, le lecteur (bien ou mal intentionné) peut (sous certaines conditions quand même) rentrer dans les intervales de la fiction, dans les moments pas racontés par l'auteur entre deux scènes et changer deux ou trois petits trucs qui vont faire se détricoter les mailles prévues à l'envers à l'endroit. Ou l'inverse. En plus, si l'original est modifié, c'est toutes les éditions qui se modifient en même temps, et définitivement si l'original est détruit ... D'où l'urgence, évidemment ! (je ne sais pas si je n'ai pas perdu deux troix A. en cours de lecture moi, par contre).

La course contre la montre est trépidante, surréaliste, insuivable, drôle, sans compter que d'autres trucs s'emmêlent sans arrêt : Shakespeare a des troubles identitaires, un père fantôme déboule quand ça lui chante, le dodo est calineur mais un peu encombrant, les amoureux aussi, ou pas, ça dépend lesquels ... On perd le fil, on en retrouve un autre, en fait, coup de bol, c'était le même. A la fin, je me suis retrouvée sur mes pattes mais Rochester avait pris un coup de chaud et Jane s'était un peu cramé la jupette. La fiction se dédouble encore, vrai jeu de miroir où apparaissent et disparaissent des pions-personnages, à en donner le tournis au lapin d'Alice.

Du coup, j'ai lu Jane Eyre, le vrai, enfin, logiquement. Ben, c'est drôlement bien aussi.

Athalie

02/08/2011

Un pied au paradis Ron Rash

Bien prenant comme un polar qu'il n'est pas vraiment, bien troussé en cinq parties que l'on enchaîne, malgré quelques répétitions, un coup d'accélérateur sur la fin, et même si quelques ficelles trainent, on ne culbute quand même pas trop dans le total mélo.

Il fait chaud dans ce livre, une chaleur moite qui colle aux mains calleuses des paysans qui s'acharnent à tirer quelques plants de tabac d'une terre aride, perdus dans une vallée bien paumée du sud des Etats Unis, ancien territoire indien où trainent encore quelques ombres. Ils triment pour ne pas faire pousser grand chose, et surtout pas des enfants ... Une grande ombre aussi plane en arrière-plan, celle d'une grande entreprise qui se moque pas mal d'eux et du passé, c'est dit, les terres anciennes et ce qui va avec doit être noyé sous l'eau de la retenue necessaire à la centrale électrique.

WorkShoesS.jpgCe livre a un goût de poussière, un son de pendule qui sonne les coups du sort pour les personnages qui peinent en dessous. Il y a d'abord la voix du shérif, parti à la recherche du corps d'un ancien combattant tourné pas grand chose. Sa mère a donné une piste : les voisins, et surtout la voisine, seulement voilà, pas de cadavre, pas de crime, alors, il cherche. C'est rèche et tendu, c'est lourd. Le shérif traine la jambe, mais aussi sa propre histoire, un mariage raté, un père et un frère qui, eux, sont restés à la ferme, un parcours clopin clopant qui garde une part d'ombre ... Puis la voix de la voisine, relais qui dévoile un peu, on croit savoir, on devine, on met d'autres pierres dans le sac, puis le mari, puis leur fils, et lorsqu'arrive le tour de l'adjoint, c'est juste pour le fardeau final, les pierres tombales disparaissent sous l'eau du barrage, les pick-up déglingués ne se cabosseront plus aux routes pas carossées.

Ce n'est pas si dense ni si puissant que du Harisson ( celui de Dalva), il y a comme un écho de déjà lu, mais du déjà lu qui fonctionne pas mal.

Athalie

28/07/2011

Meurtres entre soeurs W. Marsh

cds50.jpgUne autre lecture quelque peu anodine, mais point sans un certain charme à l'anglaise, un certain suranné, un côté mug de thé avec des roses roses dessus, un thé de Noël, un peu épicé et bien sucré, avec des buches dans le feu et un chat persan sur les genoux ( ce me change des cochons). Mais ce n'est pas la saison, enfin, normalement ...

J'attendais quelque chose du type Le divin secret des petites yaya (bouquin que j'avais adoré mais lu il y trop longtemps pour que j'en retrouve la saveur, même tenace, et qui était plutôt celle du gin amer que du thé sucré ) Quoique du gin, il y en a aussi dans Meutres entre soeurs, mais il fait plutôt sourire. En fait ce serait peut-être plus une flagrance d' "Arsenic et vieilles dentelles".

L'histoire commence dans les années d'après deuxième guerre mondiale, d'abord un veuf et une veuve, qui s'unissent, chacun solitaire avec une fille chacun, puis qui deviennent Mo et Pa, figures fantôches, dont les deux petites capricieuses tirent les ficelles, très facilement. Puis arrive Rosie, la seule commune de Mo et Pa, leur princesse, la aussitôt détestée des demi, qui vont s'unir pour l'empêcher de vivre. Sauf que la vraie nuisance, c'est la petite, qui dès le berceau va s'arranger pour la leur pourrir leur vie, et en grandissant, elle va sacrément bien y arriver, n'hésitant devant aucune trahison, aucune vengeance, plus pourrie et cynique comme soeur, y'a pas, même en demi, celles de Cendrillon, à côté, c'est des  mollasses... Pourtant, tout cela reste si léger qu' on n'y croit pas deux secondes, faut dire qu'il n'y a pas idée d'être aussi naïves que les deux anciennes stratéges de la manipulation qui se laissent avoir comme deux godiches télécommandées par une sorte de poupée mécanique aux plans clairs comme de l'eau du puits.

ça se laisse lire, parce qu'il y a, en plus de l'odeur de thé, celle des petites tartelettes qu'on peut manger avec. Sauf que la tartelette peut être fourbe ...

Athalie

 

17/07/2011

Tonton Clarinette Nick Stone

Edouard_Manet_018.jpgBon, alors le titre ... ma douce  a eu un petit sourire moqueur quand je l'ai acheté surtout que le bandeau rouge qui barrait la couverture indiquait "Grand Prix SNCF"... bon ben j'ai pris quand même. J'avais vu et écouté l'auteur dans un salon feutré de l'hôtel Chateaubriand le matin même: Nick Stone, beau métis d'une quarantaine d'année (çà, c'est pour les A, elles vont m'en vouloir à mort de donner ce genre de précision) et surtout possédant une connaissance impressionnante des milieux criminels de Miami, Haïti et d'ailleurs.

-une A: "Bon allez, çà va, çà vaut le coup ou pas?"

Un peu ma nièce (faut qu'je féminise...): on rentre tout de suite dans un polar d'une noirceur totale et dans la vie, évidemment cabossée, d'un privé, Max Mingus employé par un certain Carver (les noms, fallait oser mais ça passe) pour retrouver un môme à Haïti, je n'en dirais pas plus sur l'intrigue. Nick Stone nous prépare le terrain dans les bars de Miami à la façon noire des années quarante avant de nous balancer sans bouée ni parachute dans l'enfer de l'île -ça fait un peu cliché mais il n'y a pas d'autre mot- victime de toute la rapacité humaine, indigène ou autre. Malgré des scènes de violences inouies et des tableaux faisant passer Jérome Bosh pour Walt Disney, on suit Mingus de Port au Prince à Piétonville jusqu'à la frontière Dominicaine sans jamais vouloir s'arrêter. Tonton Clarinette nous mouille, nous rend tout crasseux, un peu plus lucide? Je ne sais pas.

Anonymus

Je vais mourir cette nuit Fernando Marias

piege-souris.jpgJe vais revenir sur une vieille lecture, vu que, en réalité,  je revitrifie des planchers à tours de ponceuses hurlantes, les narines pleines de poussière de bois et que je repeins, des autres mains, un ou deux radiateurs, et quatre ou cinq murs, et que donc, je n'ai pas trop le temps de me prélasser pour lire sur les plages "ensoleillées" de ce début "d'été".

Je vais mourir cette nuit est une délicieuse petite lecture ( de plage, éventuellement, mais attention alors de ne pas se laisser pièger par la marée montante), un piège noir très bien huilé, une histoire de vengeance sourdie avec grand art, et écrite au quart de poil, un poil pas dans l'engrenage dont on se dit qu'il ne peut être si bien huilé ... Ben si ... C'est l'histoire d'un homme, Corman, arrêté par un commissaire, Delman, qui n'a fait que son boulot de brave commissaire, vu que le brigand n'avait rien d'un ange. Dès la première page, le méchant annonce son suicide, il est en prison et livre son "journal intime" à celui qui, seize ans après cette première page et donc cette mort, va comprendre comment sa vie a été pilotée et orchestrée par celui-là même .... et que le texte que l'on est en train de lire est lui-même une sorte de grenade dégouillée à retardement, vachement efficace. Je sais, m'en rends compte, c'est nébuleux, tortueux comme note, mais pas autant que ce petit bouquin qui est à la fois jouissif et glaçant. Se lit en une après-midi, par contre, se méfier du rapport prix / temps, par conséquent, pire que Le homard.

Fernando Marias a aussi écrit La lumière prodigieuse, sur une idée quelque peu similaire, la reconstruction d'une biographie imaginaire, en partant de l'idée que Federico Garcia Lorca ne serait pas mort en aout 1936, mais aurait été retrouvé amnesique, sur le bord d'une route, par un jeune livreur de pain dont la vie va devenir l'ombre du poète qui lui, n'est plus l'ombre de rien. J'ai bien aimé aussi ; faut dire que je suis fan de Lorca et que "La romance de la luna négra", je suis encore capable de la relire en espagnol, tout haut, juste pour la nostalgie des mots et des sons. Il y a aussi L'enfant des colonels, un gros pavé que mon homme a trouvé génial. Et mon homme, il a souvent raison. Sauf pour la couleur des murs que je repeins, mais c'est une autre histoire.

Athalie

29/06/2011

Vendetta Ellory

gomorra3.jpgTroisième Ellory "noté" ici, à croire que j'ai des auteurs fétiches .... "Vendetta", moi, je le mettrai entre "Seul le silence", en un pour l'instant, malgré une intrigue quasi inexistante et une fin pas palpitante, un très bon bouquin ( Je sais, c'est pas logique. Mais mon homme vient de le finir et il est d'accord avec moi, comme quoi on est super raccord dans nos in-cohérences ...), et "Les anonymes" en trois.

"Vendetta", ça se lit comme un thriller et une saga sur la mafia, en alternance. Y'a un héros de chaque côté, un du côté du bien, et un, donc, du côté du mal. Pour l'alternance, c'est bien, ça équilibre le rythme de la lecture, ça rassure. Du côté du bien, un obscur agent du FBI ( il n'en est pas vraiment d'ailleurs, mais on va dire, pour simplifier, parce que autrement, il faudrait que je me lève pour aller chercher le bouquin et là, j'ai la flemme), et du côté du mal, un tueur de la "Cosa nostra", mais cubain, ce qui a son importance, que je ne dirai pas, évidemment.

Suite à un enlèvement et des concours de circonstances plus ou moins improbables (pas grave), les deux se retrouvent enfermés pendant une semaine et quelque. Le Bien doit écouter le Mal lui raconter sa vie, toute sa vie, et c'est pas agréable à entendre (mais à lire si, y a plein de pages bien sanglantes ...) mais c'est la condition pour résoudre le problème du début (l'enlèvement). Le Bien subit donc l'autobiographie du Mal, qui en profite pour retarder la révélation finale en retraçant une certaine histoire du crime et de la souterraine politique ... passionnant, en fait. Le Bien, il est aussi un peu impatient parce que amoché, violemment alcoolique, obsédé par son boulot, quitté par sa femme et sa fille qu'il aime, et que elles, elles l'aiment aussi, sauf qu'il a un tant soit peu exagéré, qu'il pourrait se faire pardonner mais qu'il faudrait pour cela que le Mal se dépêche un peu. Ce que l'autre n'a pas envie de faire et nous non plus.

Il n'y a qu'au bout d'un moment que ça a commencé à me démanger les entournures, parce que le Mal, il se met à exprimer des sentiments humains, voire nobles, on commence à le comprendre, plus ou moins ... et moi, je n'ai pas envie de sympathiser, même en fiction, avec un tueur de la mafia. La mafia, on sait bien que ce n'est pas le Parrain, la fidélité à la parole donnée, aux valeurs de la famille et tout le romantisme de Little Italie ...

Mis à pas ce petit bémol, "Vendetta" se dévore, sauf la fin qui est naze, mais bon là aussi, c'est normal dans le genre, et puis on lira le quatrième, pour voir.

Athalie

 

 

01/06/2011

le scandale Modigliani Ken Follet

modigliani.jpgPour une fois, je vais faire une note sur un livre que je n'ai pas encore fini. Mais ce n'est pas très génant, ce pourquoi je le fais quand même. Je suis ainsi sûre, entre autre, de ne pas dévoiler le nom du coupable. De toute façon, je pense que je l'aurais oublié la dernière page tournée. Et même avant.

"Du plaisir qu'il y a parfois à lire un mauvais livre" pourrait aussi être le titre de cette note. Parce que c'est pas bon, Le scandale Modigliani, mais pas bon du tout, pas mauvais au point d'être énervant, juste pas bon. Mais, quand on le sait d'avance, ce peut être aussi des moments "à les lire", ces livres bientôt oubliés. tout le monde en a, on les garde quand même. ça délasse un livre qui ne retiendra pas votre mémoire, plein de poncifs et clichés, de fils fluo à force d'être blancs, surtout avant la perspective de quatre jours à pouvoir lire autre chose vu que c'est grand week-end, ça compte aussi le contexte de la lecture d'un mauvais livre. La Banche de Jacut, notamment, est pas mal aussi. Mais en fin d'été, parce que au début, on a hâte de pouvoir s'avaler un bon vieux pavé, acheté depuis longtemps et mis de côté exprès pour.

En plus, là, j'avais plus rien à lire, pas de conseil des A ou autres ... Le vide. Un alibi culturel, y'a Modigliani dans le titre, au pire j'apprendrai des choses sur lui. Ben non, en fait. Sur le marché de l'art ... ben non, en fait aussi ... sur l'Italie, ben, l'Italie ... non plus.

Donc, un livre sur rien et une note sur pas grand chose. Promis, je ne vous donne pas la suite demain.

Athalie

PS : pour l'illustration, je sais, c'est nul ... mais c'est pour aller avec

21/05/2011

L'armée furieuse Fred Vargas

papillons-autres-animaux-knokke-belgique-1737024189-588304.jpgJe ne vais pas au cinéma, parce que je lis le dernier Vargas ....

Où l'on se demande quelle peut être la composition chimique des crottes de pigeon, où les visions tuent mais pas les trains, où on atteint le niveau 2 en mots de croisés, mais vraiment à la fin, ne croyez pas y parvenir avant, trop facile, où la mie de pain est perfide, comme les lacets d'une paire de baskets, sans parler des costumes à rayures, où les pigeons se civilisent, ce qui peut être inquiétant, (rassurez-vous, le chat est toujours sur sa photocopieuse et Danglard aime toujours le vin blanc ), où les cloportes deviennent des araignées à moins que ce ne soient des crevettes de terre... qui sait ! Adamberg se met à jouer du portable, mais les vaches restent immobiles alors que le sanglier est courant, et le que temps se couvre à l'ouest.

Pourquoi à l'ouest, ça on ne sait pas. Ce qui est sûr, c'est que la chouette est un oiseau, ce qui est quand même rassurant.

Un excellent Vargas, dont on peut rien dire (sinon que si le nom du coupable est donné sur ce blog, ce ne sera pas par moi ...). Juste que quand la boîte à sucre se referme (avec un élastique autour), ben mince, la boîte à histoire aussi.

Athalie

08/05/2011

Les anonymes RJ Ellory

imagesCAHU691W.jpgUn Américain tout rouge sur la terrasse de "l'univers", qui ressemble à un anglais et boit comme un irlandais ???? et auteur de romans policiers : Ellory à "Etonnants voyageurs" ....

J'avais beaucoup aimé Seul le silence : thriller plutôt classique, tueur en série de petites filles (miammm ...) sur fond d'Amérique profonde, plouc, raciste et violente de stupidité comme j'adore m'imaginer les fameux bas-fonds ruraux du pays de la toute puissance moralisatrice. (on a les fantasmes qu'on veut bien avoir ...). Des petites faiblesses vers le milieu de l'intrigue et un goût de too much catasphophes, mais bon, vraiment bien.

Les anonymes, c'est autre chose, d'abord, on y comprend rien, ensuite, on ne comprend pas grand chose, puis, rapidement, on décide que ce n'est pas très grave, finalement. On a le tueur en série ( de femmes mûres, moins suintant, tant pis !), le détective brillant mais seul, qui carbure au boulot, au café mais pas clope, à l'humanité déchirée, au looser qu'il aurait pu être, et son fidèle second, image inversée de lui même : le mec normal avec enfants qui ne se prend pas trop la tête, lui, une idylle naisante avec un médecin légiste (trop top la nana des experts ...) etc, etc ... Je ne fais pas faire tous les poncifs du genre non plus.

Ce qui est super bien, c'est que ça va à toute vitesse, alors qu'il ne se passe vraiment pas grand chose en fait, tout bien considéré, mais on en a l'impression, on court après les phrases pour savoir, enfin, ce que la CIA et les "contras" du Niacaragua ont à faire là dedans, pourquoi l'inspecteur a rompu avec sa copine, pourquoi les identités des victimes sont fausses, pourquoi les étiquettes, pourquoi la lavande, qu'est-ce qui vient faire là le mec qui cause en italiques, comment les deux narrations vont se rejoindre ... Comment ça va se rabibocher tout ce fatras ???? On court, on arrive tout essouflé à la fin, la bouche ouverte (surtout que moi, c'est avec clopes !), on cherche de l'air, on tourne les dernières pages. Et hop ! c'est fini. Belle course, mais il est où le lièvre qui était devant ? Pas grave, on a dû le perdre entre deux "lignes".

Il doit en prendre un peu le Ellory pour courir aussi vite. Le problème, c'est un peu quand même de savoir vers où ....

Ainsi, Seul le silence aurait mérité une note à lui tout seul.

Athalie

12/03/2011

La rivière noire Indridason

9782864247586.jpgBon, puisque personne ne s'y colle, je m'y mets.

Il est sorti sans crier gare, celui-là.

Il fut un temps où le dernier Indridason mettait notre petit groupe de lectrices en émoi : "Il est sorti", "Oui, je sais, je suis passé le prendre à la Fnac, hier ..", "Mince, j'ai pas le temps cette semaine, j'irai samedi, de toute façon, j'aurai pas le temps de le lire cette semaine.Il est bien ?", "Je ne sais pas, j'ai pas eu le temps de le commencer, et de toute façon, je n'aurais pas le temps cette semaine non plus". Mais, bon, y'en avait une qui l'avait, c'était déjà ça.

Ca avait commencé à "Etonnants voyageurs", une fois de plus ... avec la copine A.B., on flanait dans les rayons, pas vu grand chose encore (Boyden était-il là cette année là ?), voire rien, on traîne entre les piles de livres, histoire de bien se remettre dans l'imaginaire : "tu l'as lu celui-là" "Ah, oui, génial !" et celui-là ?" "Non, connais pas", "Comment tu connais pas ? mais comment t'as fait, il est excellent ! Ben, parce que je suis la dernière bécasse à qui t'en cause ... ( Il faudra qu'on cause d'Euréka street, d'ailleurs). Bref, un libraire qui avait compris qu'on aimait le "rouge qui tâche" nous a conseillé Indridason, on est reparties avec La cité des jarres et La femme en vert, et après ça, c' était parti, on attendait le dernier et après, on a fait comme une tâche d'huile ...

Donc, je passais il y a une quinzaine et quelque dans un des super marchés de bouquins rennais, et je le vois, surprise mais pas d'hésitation, je tends le bras, je l'attrape, le cale avec les autres achetés pour le boulot et hop, passage à la caisse. Y'avait pas assez de monde pour que j'ai le temps de lire le quatrième, je l'ai lu dans le bus. Tiens, pas de Erlendur dans celui-là ... ? (je dois encore écorcher le nom, mais y'a bien quelqu'un qui me rectifiera ...) Pas grave.

Donc, vacances, donc temps de le lire. Et bien, c'est bien de se couler dans les chaussons islandais. Tout y est comme d'hab, c'est lent, l'enquête se traine, les rencontres sont improbables : ah ! la dame des ondes qui a vu un boiteux passer ... tout se trame sans que l'on sache comment on va arriver à la fin, des fois, on se demande si il va finir par en avoir une, de fin. C'est une société étrange qui se montre, d'infinies solitudes, de noirs secrets, une si petite société où l'on peut recenser les malades d'une épidémie de polio et aller les interroger un par un, puis si grande qu'il faille prendre l'avion pour vérifier une simple intuition ... c'est ça qui m'a plu en fait, une forme d'exotisme du froid.

Athalie