Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01/02/2015

Les poissons ne ferment pas les yeux Erri De Luca

les poissons ne ferment pas les yeux,romans,romans italieUn garçon de dix ans passe un été sur une île italienne. Autrement, il habite Naples, ses bruits, ses mouvements, qui parfois lui font monter les larmes aux yeux.  Sur l'île, tout est différent, à sa mesure, un peu décalée, de petit garçon qui aime la lecture et la pêche, ou même, seulement, regarder les pêcheurs et les poissons ramenés dans les filets, sur la plage. Dès fois, la nuit, il part avec l'un d'entre eux, un vieux, voir les lumières des étoiles.

Ce narrateur nous plonge dans le temps suspendu qui est celui de son île, dont on devine la familiarité, le temps des baignades et des rébus qu'il solutionne, assis près de sa mère, sur le sable. C'est l'île de ses vacances, sauf que cet été-là, il a dix ans. Sa sœur est chez des amis, le père est absent, lui aussi ; rêveur d'Amérique, il y est parti en reconnaissance, pour peut-être y établir la famille. De temps à autre, ses lettres ponctuent le rythme quasi immuable du fils et de la mère, les horaires de la plage, la lecture du roman d'aventure.

Dix ans et l'envie de grandir, sans le mode d'emploi de son corps, ni celui du verbe "aimer" ... une petite fille plus tard, le jeune garçon, un peu lunaire, un peu solaire, va se heurter aux poings jaloux de d'autres de son âge, pour qui le verbe "aimer" a plutôt le goût de la jalousie que celui des sucettes glacées léchées sur les marches en bois, à deux, au rythme des conversations animalières de la belle. La belle qui rétablira une sorte de justice, à sa juste mesure ...

Erri De lucca ne nous donne pas le parfum des sucettes, ni le nom du petit garçon, ne même celui de la petite fille dont le narrateur dit ne pas se souvenir. Mais ce n'est pas ce qui m'a gêné (quoique, pour écrire une note en évitant les répétitions, c'est plus pratique ...). Le texte est très beau, tout en nuances retenues et vaguelettes de l'âme enfantine et de l'enfance de l'amour.

Sauf que, le narrateur adulte s'en mêle sans cesse, avec la distance du vieux monsieur solitaire qu'il est devenu (un peu aigri et pontifiant, pour moi, hein, parce que je n'aime pas que l'on me dise comment lire les personnages), il m'a quelque gâché le récit ("Tiens, le revoilà, celui-là" ...). L'adulte met la tête sous l'eau à l'enfant qu'il était, il lui enlève ses ailes. Et, j''avoue, j'aurais préféré qu'il nous laisse en tête à tête avec ses dix ans, entre sable et soleil et son drame d'amour taillé à sa juste mesure à lui aussi.

Comme j'avais déjà eu un souci similaire avec du même auteur, "Le tort du soldat", je commence à me demander si Erri De Luca me cause vraiment, finalement, à moi ...

 

28/01/2015

Les neuf cercles R.J Ellory

63779074.jpgUn policier, ex-engagé dans la guerre du Vietnam qui tourne en rond dans l'enfer de ses souvenirs, quoi de neuf sous la plume de la littérature américaine? Pas grand chose. Vraiment pas grand chose. Mais, ça peut être bon quand même, c'est le dernier Ellory. Malgré quelques déceptions, c'est du solide, Ellory, avec en plus un parfum du sud, un rien de "Seul le silence", un article de Dominique. Et je m'y colle aux neuf cercles.

John Gaines, après l'enfer du Vietnam, a passé le concours pour devenir policier, et est revenu auprès de sa mère, qui a son enfer à elle, un cancer auquel elle résiste depuis des années, peut-être attendant que son fils aime à nouveau, peut-être plus encore, grâce à ses incantations quasi-vaudoues anti Nixon.

Dans la petite ville du Mississipi, on tourne en rond, pantouflarde et tranquille, elle ronronne, et John Gaines aussi, dans un cycle pépère de contraventions civiles et routinières, d'une banalité reposante pour son traumatisme guerrier. 

Mais, surgit l'invraisemblable par les hasards d'une pluie battante : le corps  d'une jeune fille, toujours belle comme le jour, Nancy Denton, disparue depuis vingt ans, sort de la boue. Le corps a été préservé intact, donc (sic), comme son étrange blessure, une mutilation qui sent le bayou et ses sortilèges ... Dans le livre, surgit alors une autre voix, que l'on comprendra par la suite, être celle de Maryanne, la meilleure amie de Nancy, et avec elle, les souvenirs d'une radieuse journée d'été, le groupe des amis inséparables, elle, Nancy, le tendre et fort Mickaël, et les deux frères Wade. De la famille Wade, de la puissante famille Wade. L'un est lunatique, un peu à part, l'autre, un brin jaloux. Ce jour-là, Nancy avait une jolie robe, un pique-nique en forêt, une baignade, un air de tourne disque, une danse, les amoureux, Nancy et Mickaël, Mickaël et Nancy, tournent et s'aiment. Tout le monde s'aime. Et puis, plus rien. Nancy a disparu.

Depuis vingt ans, la mère de Nancy attend, Maryanne flotte entre deux temps, et l'amoureux, Mickaël est devenu une épave. Mis à part eux, toute la petite ville avait oublié,plus ou moins, un drame laissé entrouvert.

Une enquête à handicaps, donc, pour John Gaines, quelque peu inexpérimenté sur ce terrain là, ne disposant pas vraiment d'une logistique à toute épreuve, sans témoins, et avec comme seul suspect, un clochard halluciné, l'ex-amoureux de la disparue ... On se dit qu'il a intérêt à se sortir fissa de ses neuf cercles et d'avoir du ressort. 

Comment dire, même si le personnage tient la route, finalement, que certains coups d'accélérateur m'ont fait parfois y croire, l'intrigue est quand même peu haletante, marque des pauses, cohérentes, vu le contexte, mais les fameux ressorts sont un peu rouillés. Les portes du mystères s'ouvrent une à une avec des grincements poussiéreux, attendus depuis trop longtemps.

Un Ellory moyen, moyen, moyen moins, même. 

25/01/2015

La grande course de Flanagan Tom McNab

la grande course de flanagan,tom mcnab,romans,romans américainsSi vous avez envie d'un bon vieux pavé plein d'humanisme plein ficelé, prenez le départ de ce titre. Sans surprise, mais efforts notables ni essoufflement, vous arriverez au bout de la course.

Flanagan est l'organisateur d'une course à pieds historique, du jamais vu, rien de moins que la traversée en USA en courant en une gigantesque caravane, avec en tête un cirque ambulant .. Il va jeter sur les routes cabossées, des pros, des tocards, des femmes, en un itinéraire fluctuant au gré des gains qui qui lui ont été promis par les villes traversées. Au départ, c'est aussi une histoire de gros bénéfices possibles.

Flanagan est une sorte de Zébulon sportif qui a tiré cette idée de son chapeau de mirliton sportif comme un cow-boy jetterait son dernier carré d'as sur la table d'un saloon ... Et comme la grande crise de 1929 commence à faire des ravages, elle lui a assuré un trop plein de candidats hétéroclites et mal préparés. Les récompenses promises aux vainqueurs font hurler les journalistes. Les critiques fusent : du sport ou du cirque ? La noblesse de l'exploit gratuit, ou l'appât du gain ?

Même si au départ, Flangan veut en tirer un maximum de ces candidats aux bras cassés, par la solitude, la misère, la solitude ou les échecs, il est sans cynisme. Durant cette course épique, on le suivra, lui et surtout un petit groupe de coureurs : Mike Morgan ( taciturne, boxeur à ses heures), Alexander Cole, dit "Doc, (le sage), Hugh Mc Phil (le spri,ter écossais), Peter Thurleigh (l'aristo qui va s'en manger plein les pieds), et Kate Sheridan (la femme, parce qu'il en faut bien une ...).
Concurrents solidaires, soudés par les épreuves qui s'accumulent, ils vont devenir des "Trans américains", une sorte de communauté soudée autour de Flanagan qui peine à garder le cap de son projet pharaonique à peu près droit, miné par les intrigues politicos-sportives. Certains haut placés voudraient bien voir la Transamarica mordre la poussière en se prenant les pieds dans le tapis.

Même si les étapes sont parfois un peu répétitives (une étape = un obstacle = une porte de sortie provisoire ...), le roman porte jusqu'au bout ses promesses d'épopée à hauteur de coureurs attachants.

Merci à Galéa de m'avoir donné envie de lire ce titre (mais pas de courir, ça c'est juste pas possible !)

21/01/2015

Annabel Kathleen Winter

annabel,kathleen winter,romans,romans américainsUne note sur l'effet subliminal dans l'esprit d'une lectrice basique produit par une éruption d'illustration de couverture vue partout, blogs, devantures, livres à lire, coup de cœur ... Ce livre-là, je ne pensais plus le lire, (trop de couvertures tue l'envie de lire l'intérieur). Et ce qui est certain, c'est que je ne l'aurais jamais mise au Labrador, l'action.

Cause que joli petit corps dénudé androgyne dans la neige des rudes trappeurs que j'imagine virils et poilus (inutile de préciser que je n'ai jamais vu le corps dénudé d'un viril trappeur poilu du Ladrador, même pas en rêve ..), j'en tremble, rétrospectivement, de froid et de peur pour lui et j'en tremblait du misérabilisme à seaux et à tempêtes, le genre à vous faire prendre la pancarte "laissez les vivre" (les = les androgynes au Labrador ou ailleurs, d'ailleurs, mais heureusement (pour eux) ils sont peu, alors le risque d'être androgyne au Labrador, je ne vous dis pas, sauf que là si ...)

Comme je n'avais pas non plus vraiment lu les nombreuses notes qui célébraient les charmes de cette histoire d'hermaphrodite perdu dans l' univers des caribous (je ne lis pas toujours attentivement les notes quand je n'ai pas encore lu les livres, même pas chez d'Ingannmic), je fus fort surprise de m'y retrouver transportée et en encore plus de m'y immerger de mon plein gré et de m'y engourdir, attardée et ravie de l'être.

Le corps d'Annabel, il n'est pas seulement hermaphrodite, il est imprégné, façonné, de cette terre du caribou blanc, des lignes de trappe, des cordes de bois, des odeurs de l'herbe, de crêpes, d'hamburger et d'essence. Imprégné et façonnée aussi, par le silence de ses parents et l'invisible image de l'enfant qu'ils ont voulu, puis voulu avoir. De ce désir là, Annabel est double et portera le nom de Wayne à cause du désir du père de choisir ce sexe fort là.

La mère, elle, laisse couler sa peine de la petite fille perdue. Elle sait que, castrée par le père, elle ne s'en sortira pas indemne. Pourtant, elle ne dit rien. Annabel-Wayne grandit, sans rien savoir de la petite fille, qui, en lui-elle, frappe par petites touches : le goût du dessin, des arabesques, une passion pour les ballets télévisés de nage synchronisée, le rêve fou de porter un maillot de bain à paillettes. Un truc pousse en Wayne comme pousse la tragédie dans un corps qui s'ignore. 

Et Wayne grandit toujours. Dans le village, seule Thomiasina connait le secret. Elle aussi le tait, même si c'est du bout des lèvres, elle est la seule à nommer la part de Wayne qui lui est cachée. Une singuliere attirance lie le garçon que l'on nomme Wayne à cette femme et à Willy Michelin : une fille ose manger des sandwichs à la salade verte et qui rêve de devenir chanteuse d'opéra en apprenant les notes, une par une, dans une partition de Fauré d'après Racine.

Est-ce quand on a été séparé de soi-même, c'est pour toujours ? Est-ce que le silence étouffe tout remords de s'être tu ? Est-ce les ponts unissent ou séparent les deux rives ?

Ouaips ! Il se passe de drôle de trucs dans le Labrador, avec de la magie et du drame et de la tristesse et de l'amour dedans. Franchement, j'aurais pas cru trouver tant de plaisir à les lire.

Merci A.M.

 

18/01/2015

Comment les fourmis m'ont sauvé la vie Lucia Nevaï

comment les fourmis m'ont sauvé la vie,lucia nevaï,romans,romans américains,pépitesLes fourmis, au départ de cette histoire, ont des rôles fort secondaires ... C'est Crâne qui prend la parole. Foetus juste expulsé en ce monde, elle découvre son frère Little Duck, sa soeur, Jima, et vaguement l'odeur de sa mère, qui en tentant de s'en débarrasser avant de l'expulser, l'a, en plus, quelque peu déformée . En fait, Crâne a un peu trop de parents, sans en avoir aucun. Ils sont au nombre de trois, deux femmes et un homme, mais l'homme n'est pas son père, et pour son frère et sa soeur, c'est un peu pareil mais pas dans le même ordre ...

Tous les six vivent dans un cabane squattée, au milieu des champs de l'Iowa. Tit, une des mères, vit sa vie de vendeuse à la cuisse légère et fourgue des produits miracles macrobiotiques jusque dans la bouche des enfants. Ces pilules sont d'ailleurs  à peu près leur seule nourriture. Flat, l'autre mère, ne quitte pas son piano où elle tape les mélodies de cantiques hallucinés à la gloire du dieu de l'Apocalypse. Les enfants accomplissent en choeur cet autre pendant de l'amour maternel, bien obligés ... Et, pendant ce temps-là, le père, Big Duck, un ancien prédicateur déchu pour polygamie, tire le diable par la queue dans les salles de billard de la ville où les enfants n'ont jamais mis les pieds.

C'est dire si Crâne est mal barrée ... A moitié aveugle, considérée comme attardée, seule la chaleur crasseuse de la robe jaune de sa sœur l'a accueillie en ce monde. Les trois enfants grandissent, livrés à eux mêmes, le corps affamé, sans savoir ni lire, ni écrire. Ils survivent entre eux, se dorlotent d'un rien, se protègent d'un regard. Comme il n'y a personne autour d'eux, ils évitent même la compassion ... Leurs journées passent, dans la contemplation des champs de maïs voisins, dont ils connaissent toutes les saisons et les travaux, et dans l'attente du passage du train de 21.49, le recrachage des cantiques et l'avalage des miracles macriobiotiques.

Jusqu'au jour où, un drôle de personnage va attérir dans leur paysage immobile, transformant la carrière voisine en un lac artificiel pour pêcheurs. A défaut de baguette magique, cette ouverture vers la normalité va quand même constituer une certaine forme de porte de sortie pour les enfants, et Crâne trouvera une route cabossée à suivre. Poursuivie par la nostalgie de sa misère crasseuse, elle tentera de devenir princesse, sans grand soutien du prince charmant, il faut bien le reconnaître.

Un texte drôle, enfin, qui fait sourire au lieu de faire pleurer, comme il se devrait, vu le sujet, une spéciale dédicace aux fourmis qui sont drôlement bien en fées redresseuses de sorts tordus.

Et un grand merci à ma copine A. M. qui m'a fait découvrir cette petite pépite.

14/01/2015

Zombi Joyce Carole Oates

zombi,joyce carol oates,romans,romans américains,déception"Zombi", c'est un peu "Américan psycho" en mode pas bien. Pourtant, d'habitude, j'apprécie Oates. Mais, là, non.

Le texte se présente sous la forme d'un journal intime, celui d'un tueur psychopathe qui ne se désigne que par ses initiales, Q.P. Il est le fils d'américains moyens- supérieurs, intellectuels. Le père, professeur à l'université, a une barbichette, un peu d'entregent et surtout une capacité d'auto aveuglement à toute épreuve. Pourtant averti par une première condamnation qui a pris Q.P. en flagrant délit d'attrapage de bistouquette dans la culotte d'un autre plus petit que lui, il ne voit pas en son fils ce que le lecteur, lui, est bien obligé de constater. Q.P. est un être profondément malsain, incurablement cruel et sadique, d'un sadisme sans remords. 

Q.P. est obsédé par la recherche du zombi parfait, un sex-toy décervelé qui assouvirait toutes les pulsions de son maître : pulsions dont je vous fait grâce. Le problème avec le zombi, c'est qu'il n'existe pas encore.  Il faut le traquer (parmi les pauvres et les noirs, de préférence), le trouver, l'enlever, et le transformer en zombi à l'aide (entre autre) d'un pic à glace. Opération qui s'avère plus difficile que prévue à maîtriser. Et Q.P. loupe souvent l'introduction de l'instrument et ça gicle et ça sperme à tout va.

Pourtant, il passe à travers les mailles de la justice donne le change à ses parents, il connait le rôle à jouer, passe la tondeuse sur la pelouse de la grand-mère qui lui finance du coup, quelques petits "extras" ...Les chapitres enchaînent les sévices sans créer de tension, et les méthodiques et laborieuses tentatves du tueur pour parvenir à son but, sont juste ignobles et tombent à plat. Même pour les victimes, on ne frémit pas, tant elle n'ont pas de consistance humaine, ce qui est logique, puisqu'on est dans la tête du tueur qui ne compte qu'en faire un usage limité, de leur humanité.

Ajoutez à cela quelques parti-pris visant à faire psychopathe et qui ne font que neuneu : les parents, nommés comme "papa et maman", l'insertion de dessins dignes de la dextérité d'un gamin de trois ans, la troisième personne utilisé à la place de la première (pour faire schizophrène ?), et un vocabulaire plus pauvre que celui d'un zombi playmobil, même moyen et normal, et on peut passer à un autre titre de l'auteure, ce n'est pas ce qui manque ...

 

11/01/2015

Le dernier gardien d'Ellis Island Gaëlle Josse

img4.jpgUn lieu immobile, un temps figé comme frappé d'éternité d'avant l'heure, après "Les heures silencieuses" (un intérieur hollandais figé comme un tableau de maître), et "Noces de neige" ( deux wagons ferroviaires confinant leur voyageuse dans un roulis de sentiments), voilà exposée ici l'âme tourmentée de celui qui aurait été le dernier gardien des "portes d'or".

Une âme qui se barre à tous les vents et jette sur des feuillets les derniers soubresauts d'un solitaire avant fermeture du site. Nous sommes le 3 novembre 1954. L'univers de John Mitchell se clôt. Définitivement. Ellis island ne sert vraiment plus à grand chose depuis longtemps, de toute façon et lui non plus.

Inspirée par un lieu réel, l'histoire du personnage est fictive. A jamais dédiés aux rêves, à leur mort, et à la solitude, lieu et homme ne semble nt faire qu'un. Lieu clos où arrivaient tous les éclopés de l'espoir européen, le cœur de l'homme s'est lui aussi fermé aux échos de celui que les émigrants venaient chercher, les lumières de Brooklyn, de la vie, de la liberté. Ils sont passés. Il est resté là. Il se contente des limites de cette île depuis la mort de sa femme, la sœur de son meilleur ami. Et John Mitchell ne semble rien avoir vécu d'autre comme palpitations de cœur, que ces moments de moments domestiques, comme éclairés de l'intérieur d'un phare qui marcherait à la lampe à huile.

Un coup bref, un noir long, un coup bref, un autre noir long. Bref, heureusement qu'il n'était pas un vrai phare, sinon, les candidats à l'exil américain n'auraient jamais trouvé la porte de leur rêve ...

Ces hommes et ces femmes défilent devant sa mémoire comme derrière un rideau flouté en noir et blanc, sous-titrés de son silence, ces irlandais, ces juifs, ces italiens, ces vagues successives d'hommes en valise et de femmes en jupons, photographiés par A. Sherman , le maître des lieux, n'en a pas vraiment regardé beaucoup. Sauf, pour on ne sait trop quelle obscure raison,  une jeune calabraise qui fera à nouveau chauffer et brûler les ardeurs amoureuses endormies du capitaine fantôme. 

Deux flash-back, deux femmes aimées dont une amante mal aimée, et le récit se dilue dans la solitude. Un peu de sécheresse donc, pour moi, dans ce récit si dépouillé de passion qu'il en entraîne un brin de déception car le personnage, maillon de l'exil, est si exilé lui-même en lui même, qu'il coupe le lien avec le lecteur, par moment. Dire le silence, faut dire, ce n'est pas facile non plus. Mais ici, c'est quand même drôlement bien dit. C'est déjà ça.

23/12/2014

Le météorologue Olivier Rolin

le météorologue,olivier rolin,romans,romans français,dans le chaos du mondeLe météorologue est un homme banal, pris dans les rouages ordinaires de la répressive administration dans l'URSS communiste des années 30, pris aussi par le regard d'un narrateur qui se dit convaincu d'une mission, lui redonner une petite silhouette d'homme, à défaut d'une grande âme résistante. Au départ, il est bien pâlichon, effectivement, Alexis Fédossiévitch Vangengheim, un fonctionnaire zélé, rêveur de nuages. ( Je signale que par la suite, si je l'appelle Fédo, ce n'est pas que ce personnage invite à la familiarité, loin de là, mais juste par flemme)

Au départ, donc, il n'est plus qu'un corps parmi d'autres, enseveli sous la neige et l'oubli, dans on ne sait quelle fosse commune, sans doute pas très loin des îles Solovki, un Goulag du de froid polaire. Fédo n'a pas laissé beaucoup de traces, quelques publications négligeables sur le temps qu'il fait, qu'il a fait, sur des perspectives nuageuses. De ses innombrables lettres à Staline, protestations de son innocence, il ne reste que du vent. Ont-elles même été lues ? On peut en douter.

Olivier Rolin est arrivé jusqu'à lui par une autre correspondance, la seule trace de réalité de ce petit personnage : les lettres que Fédo a adressé à sa femme et à sa fille, Eléonora, durant ses années de détention anonyme. Elles ne racontent rien de vraiment extraordinaires ses lettres, sa santé, son ennui, et surtout, son incompréhension. Il y dessine oiseaux, plantes, comme des sortes d’abécédaires pour la petite. Traces infimes et pour autant singulières que l'auteur exhume et remet en situation. Olivier Rolin mêle sa voix à celle de cet homme, si têtue et si bornée dans sa répétition que sans la voix de l'auteur, on ne s'y attacherait guère. C'est toute la qualité de ce livre, profondément humaniste, l'air de rien.

Fédo n'était en effet qu'un fidèle serviteur du parti. Il adhérerait à ses idéaux chimériques, et météorologue, mettait son savoir des nuages et de leur flux au service des plans de production agricoles, les caprices des nuages, des pluies et du soleil à la gloire de champs staliniens. Cette mission aurait dû le mettre à l'abri de toute accusation de corruption ou de trahison anti-communiste ( corrompre la course d'un nuage capitaliste paraissant aussi aléatoire qu'échapper aux purges qui commencent à s'abattre sur toutes les couches de la stratosphère) Et pourtant, il va être désigné comme saboteur des chiffres des pluies (ou plutôt du manque de pluies). ironie d'autant plus cruelle et absurde, que lui, la famine, il ne l'a même pas vue sévir dans les villages des Kolkhozes. 

 Déporté dans le désert de glace des îles Solovki, Fédo y croisera l'étrange histoire d'une bibliothèque de Babel et de livres proscrits, aussi improbable en cet endroit que les infatigables espoirs du petit homme d'être lu de Staline. 

Un livre basique, sans aucune connotation péjorative, mais dans le sens où il revient à la base, au pion qui ne savait pas qu'il n'en était qu'un. La lecture peut en être prolongée par un reportage passionnant, à voir chez Dominique, où le même Olivier Rolin se penche cette fois davantage sur l'histoire des livres et des lieux.

A lire et à voir (ou l'inverse, ce que j'ai fait, et cela marche très bien aussi)

20/12/2014

La solitude des nombres premiers Paolo Giordano

la solitude des nombres premiers,paolo giordano,romans,romans italiens,romans adolescence,famille je vous haisUn livre où l'on apprend que "les nombres premiers ne sont divisibles que par un et par eux-mêmes", et qui retrace une histoire de jumeaux dont "le véritable destin consiste à rester seuls". 2760889966649 est Mattia, 276088996651 est Alice et "La solitude des nombres premiers" est le second livre lu de mon tas ramené de l'excursion avec ma copine C. de jardin buissonnier, excursion destinée à dénicher des livres qui faisaient rire. Même seulement sourire. "Noces de neige", c'était déjà pas çà, mais alors là, on atterrit très loin du point de base ...

Les deux trajectoires de ces deux personnages, OVNI du monde, commencent chacune par un drame qui les propulsent chacun dans le leur, de monde, et les ferment radicalement à celui des autres. 

Pour Alice, cela aurait pas être rien d'autre qu'un banal accident de ski, un jour de brouillard, un péroné qui claque, et on n'en parle plus. Mais Alice n'avalera pas cette chute, cet "oubli" paternel, et rapidement, l'adolescente n'avalera plus rien, s'enfermant en elle et dans la salle de bain, loin du père, et elle promène avec obstination et impuissance ses doigts sur les cicatrices cruelles du corps et de l'âme.

Au lycée, Alice se terre et se frotte peu aux autres. Jusqu'au moment où Viola, chef de bande, va jeter son œil séduisant et prédateur, sur l'adolescente. 

Mattia, lui, est l'autre jumeau solitaire, solitaire d'une autre jumelle dont il porte l'indicible différence, à jamais coupable d'un autre "oubli". Il est d'une autre planète, autosuffisante, et si si lui se nourrit, c'est de chiffres. Surdoué, muré, il attire et refroidit toute tentative d'approche.

Pourtant, ces deux là vont se croiser, se reconnaître, ou plutôt, reconnaître en l'autre le miroir sans fond de leur solitude. d'années en années, ils vont tenter de se toucher, de se joindre, bulle contre bulle et silences contre silences.

Dans les premières pages, ce livre m'a agacée, un livre de trop pour moi sur les adolescentes souffrances, et puis non, pas vraiment, ou pas seulement. Parce que les personnages marchent sur une corde si raide et si coupante, si vibrante, que l'on n'a pas envie de les laisser tomber, sans savoir si au bout de la démarche claudicante qui est la leur, sur le fil de ce rasoir qui les sépare, ils n'arriveront pas à se regarder, et à, éventuellement, prendre vie. 

15/12/2014

Meursault, contre enquête Kamel Daoud

meursault,contre enquête,kamel daoud,romans,romans français,déceptionsMeursault et moi, moi et Mersault, ça n'a jamais collé. Lecture obligatoire au lycée, alors que je me complaisais dans la série des "Claudine" et autres "Marquises des anges", faisant traîner encore un peu l'âge des princesses-petites filles rebelles (je sais, l'association d'une grande dame et la littérature française et de ce l'on nommerait aujourd'hui de la chick-litt peut paraître étrange, mais pour moi, c'était un peu pareil, en fait, des lectures qui ne me trimbalaient pas la réalité des boutons d’acné ...), l'intrusion dans mon monde de "Aujourd'hui, maman est morte ou peut-être hier, je ne sais pas", ne m'a révélé du tout du monde de la littérature, au contraire, le Meursault, il m'avait salement gavé.

Des années plus tard, bien obligée de le croiser par obligation estudiantine, je fais semblant de ne pas le voir, je l'ignore, le Meursault m'indiffère, voire m'agace, les discours convenus sur chef d'oeuvre sur piédestal ( d'estrade ...), je les recrache, faut bien. On me dit : "l'étranger au monde, l'absurde, la merveilleuse langue de Camus". Je la trouve aussi rêche qu'un grain de sable dans une chaussure quand on a remis ses chaussettes au retour de la plage ( chose que je ne fais jamais). Je ne dis rien mais trouve le soleil de Camus dans ses nouvelles, pas dans "L'étranger", l'humanisme dans "La peste". Je ne comprends rien à Meursault, le meurtre sur la plage et les coups qui frappent à la porte de son destin.... Le coup du poids du soleil coupable ... La météo a bon dos et la tragédie grecque aussi. Et le destin de l'arabe, il n'est pas frappé des coups du destin, peut-être ? Alors pourquoi, il n'a pas droit à sa grecque tragédie ? Moi, je suis basique, on m'a dit Camus = écrivain engagé, ben alors, pourquoi, il n'est  appelé que "l'arabe" ? (oui, je sais l'indifférence, l'absurde, la focalisation interne ...).

Donc, un livre qui dit vouloir régler ses comptes avec le Meursault, lui mettre le nez dans son indifférence absurde, je suis forcément furieusement pour. Sauf que là, c'est moi qui me suis ensablée, je n'ai rien compris à la démarche de l'auteur, parce que je l'ai sentie la démarche (à vrai dire, je n'ai même senti que cela, pas une émotion, pas un tremblement, même du bout de la chaussette sans sable dedans, vu la saison).

Le narrateur est le frère de l'arabe tué par Meursault, il lui donne un nom, à ce corps sans nom, Moussa, (Là je me suis dit que l'auteur ne connaissait pas Star Wars, parce que moi, ça a fait interférence, et alors le drame du lapin à trop grandes oreilles sur la plage en salopette, j'avais le cerveau qui zappait ... ), et déclare vouloir lui rendre une identité à ce corps disparu de la littérature, lui redonner une dignité, lui élever un monument contre le piédestal de l'étranger. Et ce pourquoi je n'ai rien compris, c'est que le frère indigné ne raconte finalement pas l'histoire du frère oublié, mais la sienne propre. Je ne suis pas férue de logique littéraire, mais comme déjà Moussa, je n'y croyais pas, ce fut le grain de sable de trop. Le narrateur, sous la coulpe du souvenir, mène vie triste et terne, mal aimé, sans père, dans l'ombre de son frère, une mère étouffante de son malheur impalpable, qui cherche une coupable vengeance assouvie par un hasard trop parallèle (une histoire de meule de foin qui prend la place du soleil, si j'ai bien compris, et je n'en suis pas certaine ....)  De Moussa, il reste une silhouette. Pas beaucoup plus que dans Camus, finalement.

"Déçue, je suis" dirait le maître ...

Plein d'avis par ailleurs : Jérôme, Noukette, Valérie ...(pas de lien, Valérie a disparu !!!!)

 

10/12/2014

Louis et la jeune fille Cécile Ladjali

louis et la jeune fille,cécile ladjali,romans,romans français,romans épistolairesA priori, rien ne relie les deux récits qui constituent ce roman, sauf la forme épistolaire. Deux séries de lettres qui ne se croiseront jamais, deux séries de lettres dont nous n'avons pas les réponses, dont on devine que certaines restent, justement, sans réponse, sans que l'on sache vraiment pourquoi. Du coup, on dirait des lettres entourées de silences. Rien ne les relient non plus dans le temps, le lieu, le caractère des personnages, en pas mal de point opposés. Que font-elles donc ensemble, ces deux voix à l'une et à l'autre inconnues, et depuis longtemps tues ?

La plus ancienne est celle de Louis, simple troufion enfoncé dans les tranchées de 1915. Il écrit à sa mère, lui ment, lui dit que tout va bien, qu'il a bien reçu les colis, qu'il ne faut pas lui en envoyer autant. Il écrit à son frère la vérité, la peur, la folie, la peur de la folie, la peur qui fait trembler sa main. Son cadet doit savoir pour ne pas s'engager,  que ce ne soit jamais à son tour. A son ancien instituteur, Louis écrit sa rage, réclame des livres, inutiles là où il se trouve, et donc nécessaires. A Marie, la femme qu'il aime, il accuse son silence, "l'odieux crime" de l'oublier et de rester dans la vie, alors qu'il se noie dans la mort qui l'entoure. Enfin, à Léonie, sa marraine de guerre déjà veuve d'un soldat déjà disparu, son faible espoir de revivre un jour. Il s'accroche aux mots.

S'entrecroise à ses lettres dévastées, la prose de la sautillante Lorette. Elle aussi écrit à tout va. Elle écrit légèrement comme respire une jeune fille de vingt ans, vivant à Paris, dans les années cinquante, bien loin de tout le fracas des guerres.  De sa chambrette avec baignoire, elle découvre le jazz, et égaie ses fenêtres de pots de géraniums. Lorette, insouciante, écrit qu'elle aime les homme et son fiancé anglais, Jack, qu'elle aime les mots et les savons parfumés du Bon Marché. Elle écrit à son journal intime, à son amie intime et à son père lointain, qu'elle tente de tirer par la manche. En vain, semble-t-il, ce père l'oublie, ne vient pas, ne répond jamais. Entre les mots qui sautillent, toujours, Lorette glisse celui de la tuberculose, dont elle souffre, de la fièvre, puis du sanatorium, de la mort possible. Lorette commence à tricher, on le sent, et elle papillonne encore un peu pour échapper au verdict.

Entre les deux personnages, on cherche le lien : père ? grand-père ? Où est le secret de famille bien caché qui va tout expliquer à la fin ? Normalement, il y en a toujours un. En bonne lectrice avertie et formatée, je l'ai attendu, puis guetté, puis juste deviné, acceptant finalement que les deux voix se taisent, et que c'était peut-être tout.

 

 

07/12/2014

La confrérie des moines volants Metin Arditi

la confrérie des moines volants,métin arditi,romans,romans historiques1937, le NKVD traque et trucide les moines orthodoxes (ou non ...) à tout va. Les monastères sont, les uns après les autres, dévastés, les icônes brûlées. La nouvelle URSS soviétique veut éradiquer de l'âme slave, les profiteurs de l'ancienne Russie.

1937, ermite de chez ermite de son propre monastère, perdu de chez perdu au fond des bois, Nikodime mène une autre lutte, solitaire contre lui-même. Il expie fautes passées et envies honteuses de sexe et de femme dans la solitude fiévreuse de son esprit et il impose à son corps une discipline fervente qui alterne les marches épuisantes dans la neige et les bains prolongés jusqu'à l'engourdissement dans les eaux glacées du lac. Aucun répit et une tension permanente pour tuer tout autre désir que celui de la rédemption dans Dieu et l'oubli. Il dort déjà dans son propre cercueil.

Le massacre de ses frères et le saccage de son monastère vont le jeter avec deux survivants pas bien malins, jusqu'aux cabanons abandonnés d'un ancien camp de travail. D'autres moines vagabonds les rejoignent, dont un ancien acrobate de cirque et un spécialiste de la restauration d'icônes, venu une "Vierge à l'enfant" sous le bras. 

Et l'icône va enfin donner un sens à ce groupe minable de moines cachés. Car Nikodime est de plus en furieux, et sa croix de plus en plus lourde à porter au sommet de la colline boueuse. Désœuvrés, les moines se laissent aller, chantent des airs païens et acceptent les dons en nature alcoolisée des paysans voisins, contre un baptême, une bénédiction. Nikodime fixe alors les statuts : les moines vont se faire volants et voleurs, décrochant des églises encore debout autant d' oeuvres d'art sacrées qu'ils le pourront et les cacheront, pour les sauver, en attendant un autre temps que celui des Bolcheviques.

L'autre temps vient par l'ouest et un autre personnage. Paris, les années 2000, le père de Mathias vient de mourir, brusquement, et brusquement aussi, Matthias, le découvre autre, entouré d’icônes sacrées et de mystères orthodoxes. Menuisier d'art, il lui a laissé en guise de dernier message de nombreux tiroirs secrets à ouvrir. Ce que Matthias n'a pas vraiment envie de faire, et c'est en traînant les pieds qu'il va se retrouver doté d'un étrange héritage, celui d'une mémoire dont il n'avait jamais soupçonné l'existence, enfouie sous la terre et les années d'oubli idéologique.

Un récit passionnant d'un bout à l'autre, jusqu'au point de jonction final et franchement faire des icônes des bombes politiques et sentimentales à retardement, est juste une géniale idée romanesque à souhait ! 

PS: je sais que celle que j'ai mise en illustration n'est pas la bonne, mais sur le site du musée de l'ermitage, je n'ai pas réussi non plus à trouver la vierge de tendresse avec un carreau abîmé. J'aurais bien aimé, parce que le carreau abimé, c'est qui fait tout, je crois.

 

 

03/12/2014

Sur les ossements des morts Olga Tokarczuk

250px-Biche2.JPGJanina Doucheyko est une vieille dame pas rabougrie qui pourrait passer pour une douce excentrique. Leçon numéro un : se méfier des vieilles dames excentriques, parce que l'on n' est pas dans un polar anglais, ni dans "Le cave se rebiffe". Rien à voir.

Le décor ; un petit hameau frigorifié et recroquevillé sur quelques habitants qui résistent à l'hiver et jonglent avec les caprices des réseaux des téléphones portables, la frontière avec la Tchéquie est toute proche, et la Tchéquie pour Janina, c'est un havre de paix qui s'oppose en tout à sa solitude reculée. Un pays où l'on ne tue pas les animaux, par exemple, où l'on aime la poésie de Blake ... Alors que chez elle, les chasseurs envahissent les bois. Et Blake, n'en parlons même pas ...

Leçon numéro deux : se méfier des biches : Grand pieds, le voisin braconnier sadique, sale, répugnant, est le premier à mourir . Etranglé par un os de la biche qu'il venait de dépecer sauvagement dans sa cuisine pouilleuse, pendant que les copines (de la biche) regardaient la victime se faire engloutir par le meurtrier par la fenêtre avec comme une envie de vengeance dans les yeux. Enfin, c'est ainsi que Janina voit les choses.

Leçon numéro trois : se méfier des biches (bis), des renards, des pies (voire des insectes nichés invisibles dans les troncs d' arbres). Un monde grouille et bruisse de sa colère. Enfin, c'est ainsi que Janina voit les choses. Sans parler des sangliers.

Janina voit les meurtres dans les astres. Leçon numéro quatre, ne pas se méfier des astres, un truc de taureau en verseau, de verseau en taureau, avec des meurtres en mars, une sorte de justice astrologique, quasi certaine, celle-là, parce que celle des hommes, elle piétine dans les empreintes de la neige et du vent.

Leçon numéro cinq : se laisser porter par cette intrusion dans un monde pas si doux dinglo qu'il pourrait en avoir l'air, les bisounours comportant quand même quelle failles inquiétantes : Matoga, le taiseux, membre de l'amicale de la cueillette des champignons,  Dronizi, le passionné de Blake, l'écrivaine cendrée ... Faut faire gaffe (leçon numéro six, les schtroumpfs ne sont pas tous bleus, mais les renards argentés si. Quoi que ...)

Leçon numéro sept : il faut lire ce livre. Atypique, ni roman policier, ni fable écologique, le personnage de Janina retient le tout : ermite humaniste, troublante Trouvetout, militante délatrice, maladive acariâtre, logiquement barrée, elle oscille entre ombres des bois et lumières d'un été partagé.

Que l'intrigue soit alors quelque peu cousue de fil blanc, n'a pas trop d’importance tant il n'y en a pas, des leçons. Mais du goût de lecture, si.

 Je rajoute le lien vers la note d'Ingannmic

 

29/11/2014

L'espoir cette tragédie Shalom Auslander

l'espoir,cette tragédie,shalom auslander,romans,romans américains,dans le chaos du mondeComment être un adulte serein, calme, équilibré et responsable quand votre mère, américaine depuis la cinquième génération, née à Brooklyn en 1945, dans une classe moyenne plutôt aisée, se met, suite au départ du mari, à se métamorphoser en survivante obsédée d'une Shoah qu'elle n'a jamais vécue ? Quand elle vous flanque sous le nez, à six ans, l'album photo des atrocités de Buchenwald en même temps que l'abat jour de votre chambre à coucher, en affirmant que la garniture est tout ce qui reste de votre grand père ?  (que l'objet soit estampillé "Made in Taïwan" n'est qu'un subterfuge commercial qui ne gêne en rien le constat de la réalité cachée. Effectivement, un "Made in Buchenwald" serait du plus mauvais aloi, est bien obligé de concéder le pauvre narrateur, submergé d'un poids qui n'est pas le sien. )

Alors grandir, à l'aube de la quarantaine, c'est ce que Salomon Kruegel tente encore de faire, malmené malgré tout par le processus de culpabilisation qui est en quelque sorte, son seul moteur, avec aussi, l'espoir. Entre autre celui de trouver, avant sa mort (prochaine, vu les angoisses qu'il se trimbale) les bonnes dernières paroles à transmettre à son fils, Jonas, trois ans pour l'instant. Donc, Salomon passe une bonne partie de ses monologues intérieurs à ressasser les épitaphes d'hommes célèbres, dans l'espoir de ne pas les répéter, d'en trouver une pareille, une bien sentie sur l'humanité, la mort, voire la mort de l'humanité ...

On le voit, l'espoir de Salomon d'atteindre un jour, un degré de névrose supportable, reste un horizon chimérique.  Pourtant, il a tenté la fuite, loin de sa mère, avec sa  femme, Bree et son fils, vu qu'à trois ans, celui-ci a déjà failli mourir d'un simple microbe et que pour un père qui marche à la culpabilité, un microbe, c'est un de trop qu'il ne peut supporter.

Ils ont donc acquis, loin de la mère, une veille ferme au prix modeste, à cause d'une histoire d'anciens propriétaires allemands et d'une puanteur énigmatique et persistante, une histoire de tuyaux bouchés, de ventilation qui couine.... Flanqué d'un emploi de vendeur émérite de recyclage écologique en tout genre, Salomon pense qu'il pouvoir s'en sortir,enfin. 

Sauf que ça couine aussi au grenier, un truc de souris qui gratte la tête de Salomon, à cause des fermes qui sont incendiées dans le coin depuis quelques temps, ce pourquoi, Salomon se lève ( premier chapitre) et tombe sur Anne Franck (deuxième chapitre). Une vieille Anne Franck, sale et caractérielle, rosse et tyrannique, qui ne compte pas sortir du grenier avant d'avoir terminé son dernier chef d'oeuvre ...  Les choses se corsent encore quand la mère , déclarée mourante, rejoint ce qui aurait dû être un début de havre de paix et tente (entre autre) de transformer le jardin en espace funéraire pour légumes sous vide. Le maestrum va engloutir le héros, en un rythme qui le suffoque ...

Dire que ce livre est drôle, c'est vrai, drôle, caustique, brillant, érudit, puis sombre et inquiétant, car il triture les méninges et pointe sous une façade de doux délire culotté, le piège de la sacralisation de la mémoire et celui du ressassement de la "catastrophe".

Bien plus fort que l’écœurant (pour moi) "Il est de retour"  depuis, je me suis laissée tentée par "Mon holocauste" recommandé par Sandrine.

26/11/2014

L'attente de l'aube William Boyd

baiser250.jpgUn peu engoncée dans mes dernières lectures, très féminines, dirais-je (même si je ne pense pas pas que les femmes écrivent des "truc mous" et les hommes des "trucs durs"), j'ai eu envie de me tourner vers une histoire plus "virile", un truc qui fleure bon l'aventure historique, avec des espions, des femmes fatales à double tranchant, des pistolets qui font "bang-bang" en ratant de peu le héros, un peu super héros mais pas trop, au cœur tendre, mais un héros "qui en a", quoi. Et dans la quatrième de couverture de ce titre, ben on m'annonçait tout cela.

Sauf que le point de départ, c'est justement que le héros a un gros problème avec son zizi, ce qui est un problème pour un super héros au cœur tendre qui devrait "en avoir". En réalité, il n'est pas du tout super héros. Lysander Grief est un jeune acteur prometteur de la scène intellectuelle londonienne, il va épouser l'actrice et femme, qui lui convient, Blanche, la belle Blanche, la aussi prometteuse Blanche. Sauf que, comme il a ce problème au zizi qui le tourmente et qu'il se trouve qu'il se rend bien compte que la belle actrice est beaucoup débutante que lui sur le théâtre des sens, il craint que les scènes chaudes du mariage ne fassent un four, en somme ...

Ce pourquoi, il a ramassé ses économies et son courage pour se soigner, dans cette Vienne fin de siècle, auprès d'un éminent psychiatre, en cette veille de première guerre mondiale, dont il se chaut comme de sa première capote, vu que ...

Il attend donc son tour dans ce cabinet du docteur Bensimon, en en menant pas trop large quand même. Un client sort, une cliente rentre, et voilà le sort de notre héros tissé entre les liens d'une délicieuse artiste un peu décadente, mais d'une décadence " so charming" ... et le futur homme de l'ombre. Son anorgasmie diagnostiquée par le bon docteur ( elle s'avèrera d'ailleurs rapidement peu prononcée ...), le séjour de Lystander nous offre une réjouissante promenade dans le tourbillon de la Vienne artistique et cocaïnée, on y croise même Freud (mais pas Klimt). C'est bien enlevé et chaud en couleur (N'oublions pas que notre héros est venu pour guérir, et aussi, un peu se cultiver, mais nous restons dans le bon aloi, n'en déplaise à Jérôme...)

L'écheveau de l'intrigue se noue là, et tout ce qui s'en suivra n'en seront que les fils. Ce qui fait que de l'intrigue, je ne peux rien dire, sinon qu'elle rebondit sans cesse autour des trois premiers pions (Lysander, la belle artiste et l'homme de l'ombre), pour ne pas déflorer le sel des chausse-trappes à frou-frou qui attrapent et manipule le finalement rusé et matois Lysander. ( se méfier des veuves de bon aloi quand même)

Malgré quelques ralentissements dans le rythme, un roman "romanesque" à souhait, et qui "en a" bien l'air.

Merci J.P., un de mes complices de lecture de cet été, chaud aussi mais moins fin de siècle ...

 

22/11/2014

Noces de neige Gaëlle Josse

noces de neige,gaëlle josse,romans,romans français,lectures doudousUn jour, avec ma copine C. de Jardin buissonier, on s'est égarée dans les rayons d'une enseigne, qui, jadis, vendait des livres. j'étais en mission, je cherchais "Lady oracle". Il n'y avait pas la lady recherchée, mais, on  a beau boycotté depuis des mois, l'enseigne, qui avant, vendait des livres, il en reste quand même un peu. Ce qui fait que, de conseils en conseils, comme je cherchais des livres qui faisaient rire, je suis ressortie avec une petite pile quand même, dont je ne suis pas certaine, certaine, qu'ils fassent tous rire. Voici le premier de la petite pile, parce que C. adore Gaëlle Josse, et que moi, j'ai adoré "Les heures silencieuses"

Pour faire rire, soyons claire, c'est loupé. Sourire, un peu, à la fin, soit, mais c'est un sourire de rattrapage.
Deux histoires de femmes, de jeunes femmes se croisent, à tellement d'années d'intervalle que les deux héroïnes ne risquent pas de se retrouver dans le même wagon. Les deux histoires se confinent, pour l'essentiel, dans le temps d'un trajet inversé, Nice-Moscou pour la première, Moscou-Nice pour la seconde. Deux femmes, deux trains, deux trajets, un autre pont commun, le cheminement que l'on peut y faire, vers l'amour, ou la haine, dans des destinations aussi fébriles que immobiles et imprévues.

Anna est laide. Jeune aristocrate russe délaissée par sa mère, mondaine chic et charme qui s'épanouit au soleil des fêtes de la côte d'azur, elle, elle ne rêve que du retour au domaine familial. Ce n'est que là qu'elle connait quelques moments de légèreté, sur le dos des chevaux, en des cavacades viriles, qui parfois lui permettent d'attirer un moment les regards des jeunes beaux officiers amis de son grand frère. Parmi eux, Dimitri, qui, un jour, lui a fait un compliment. Alors Anna en est certaine, Dimitri sera à elle. Elle est laide, mais elle est riche. Dans le balancement du train et de son ennui, Anna se berce de son souvenir de lui et son espoir. Dans le roulis, d'autres surgissent, flottent, un puzzle de non-dits se révèlent sous la force d'une douche glacée de l'âme.

Irina, 2002, quitte Moscou pour aller, via un site de rencontres, vers l'aventure de l'amour avec un inconnu. Enzo lui convient, partir aussi, ne pas rester coincée, ne pas regretter. Elle n'est pas sans peurs, elle est raisonnable, raisonnée. Derrière elle, il n'y a pas grand chose, juste un amour fracassé par le retour de la guerre, d'une guerre sans nom, de celui qu'elle aurait pu aimer, Mickaël, perdu dans la rancœur. Son voyage à elle est plus court que celui d'Anna, trois jours et deux nuits. Trois jours et deux nuits à attendre avant le quai, le vide. Trois jours et deux nuits où l'âme, vacante, peut voir s'ouvrir un autre possible.

J'ai beaucoup apprécié de me laisser bercer dans ce roulis chaud et fluide, dans l'écriture fine de ces petits riens de l'âme, immobile dans le temps de l'espoir, dans ces deux temps de deux voyages en train, qui, paradoxalement, ne suivent pas les rails prévus.

15/11/2014

Le livre d'un été Tove Janson

Comme ce qui pourrait être une ritournelle ou un manège magique : une petite fille, un papa, une grand-mère, une île dans le golfe de Finlande, une île dans un archipel d'îles, plates et grises et fleuries de petites fleurs éphémères, et en fait, pas un été, mais des étés, des myriades d'étés qui n'en font qu'un, l'été, l'été pur par excellence celui de l'enfance, un concentré d'été à lui tout seul, un moment arrêté et juste, juste par fait car ponctué de ces imperfections subtiles qui suspendent le temps.

Dans ce temps de l'été, petite fille, grand-mère, et papa à la pipe vient en quasi autarcie sur leur île, il ne s'y passe presque rien. la petite fille et le grand-mère s'aventurent dans une cueillette, une excursion en barque, une baignade. elles causent, et jouent, des jeux de rien : d'une boite d'allumettes, elles construisent Venise, d'une grosse vague, la grand mère sauve le palais de doges des eaux. Des dialogues, qui l'air de rien non plus chamboulent l'endroit des âges et font grandir.

Le livre est construit sur ces minuscules saynètes, des anecdotes dans le temps qui passe doucement, jusqu'au prochain été parfait et pareil au autres où l'on rangera dans la véranda les pots, dans la chambre d'amis, les cannes et les hameçons, et autres objets éparpillés,  et où seront laissées aux éventuels naufragés les consignes pour ouvrir la trappe de la cheminée. il y a les pétards mouillés des feux de la Saint Jean, la visite d'un voisin, un vieux bonhomme qui fuit sa famille, le jour de la grande tempête où Sophie (la petite fille)  s'est prise pour dieu par ennui et l'a bien regretté ensuite, les commandes du père sur les magasines de vente de fleurs par correspondance, des tulipes pour fleurir l'île, une véritable entreprise que la sécheresse manqua de faire capoter et qui seront sauvées avant le naufrage de la grande saucisse orange en plastique ...

Sophie s'ennuie parfois dans ce temps qui s'étire, colère, injuste, veut grandir, ne pas être là dans ce temps qui ne s'écoule pas alors que d'autres passent faire la fête sur la plage  ... La grand-mère regarde et tire de quelques mensonges consolateurs une leçon pour petite fille, apaise les peines d'amour : pourquoi son chat préféré ne l'aime pas ? Pourquoi plus on aime plus on souffre ? D'autres peines s'annoncent, en attendant elle protège, en fumant en cachette sa deuxième cigarette de la matinée, pose sa canne pour un bain de mer, arrose la pâquerette sauvage d'eau douce avant que la pluie ne tombe, au cas où ...

Un roman de pleine mer qui a la saveur, si douce des eaux calmes et tendres ... Merci à toutes celles qui m'ont tentée !

Une des tentatrices : luocine mais grace à elle j'en ai retrouvé une autre Hélène

09/11/2014

Congo Eric Vuillard

Un titre jamais vu nul part, un auteur jamais lu, un bandeau rouge "Acte sud fait sa rentrée", vu que l'autre, la grande, la vraie me laisse sans curiosité aucune, je me suis laissée tenter par ce court texte, un récit est-il annoncé, parce que cette histoire-là du Congo colonial m’intéresse et que je culpabilise à mort (ou presque) de laisser poireauter, le parait-il excellentissime "Congo, une histoire" de David Van Reybrouck sur mes étagères depuis au moins deux ans et demi ... Mais celui-ci, il est petit ... Petit mais fichtrement bien écrit, avec pleins de mots riches et lourds qui sonnent comme des pavés dans la mare du libre échange du temps où il voilait encore sa face noire en des remugles diplomatiques. 

 La table est mise en ce 15 novembre 1884 au palais Radziwill, à Berlin pour que s'y assoient les puissances européennes colonialistes. Le monde est déjà bien partagé mais il en restait des bouts vierges en Afrique. C'est une grosse part qu'en veut Léopold II, roi des Belges, une grosse part de fleuves, de lianes et d'arbres à caoutchouc. Il veut un pays pour en être le pharaon et comme ce pays n'existe pas, les diplomates vont l'inventer, pour lui, et que tout le monde soit content de la part déjà attribuée et que les parts des uns commercent "librement" avec les parts des autres. 

L'auteur ne retrace pas chronologiquement cette affaire mégalomaniaque de gros sous, mais il croque d'une plume acérée quelques portraits des grands manitous : les diplomates, dont le français, Chodron de Courcel, aux sourires plantés de longues dents efficaces, les conseillers aux affaires, dont les les Goffinet, sorte de résurgences à plastrons, ventres et moustaches des monstres préhistoriques herbivores à larges mâchoires. Tous contribuent à la dévoration du pays "qui n'existait pas", un pays fantôme, construit pour être spolié par la machine de la diplomatie économique.

Ces grands décideurs vont lâcher la meute des exécutants ordinaires des basses œuvres sur le terrain. Charles Lemaire, chargé de défricher et de trouver assez d'hommes pour mettre les machines en route, brûler les villages lui semblera le moyen le plus efficace. Puis, Fievez, un homme qui aurait été le modèle du personnage de Kurtz dans le roman de Conrad, dont l'auteur dit qu'il était "un de ces meurtriers qu'on utilise, un de ces enfants fous employés dans la grande machine". Lui, il instaurera la loi des mains coupées en son "royaume de lianes". On les lui rapportera par paniers entiers.

L'intérêt de ce récit n'est pas vraiment historique, on n'y apprend finalement peu de faits nouveaux, les atrocités commises sont une terrible toile de fond, l'auteur s'attarde plutôt sur l'interrogation autour de ces quelques hommes, "les géographes en habits", les exécuteurs des basses besognes, aux motivations mercantiles et égocentriques. Pointe surtout la voix de la culpabilité et une dernière page de toute beauté où sonne la révolte humaniste.

02/11/2014

La princesse des glaces Camilla Läckberg

La liseuse a failli m'en tomber des mains. Vous saviez, vous, qu'il existait un modèle de soutien gorge avec gel incorporé dans les balconnets et qui, du coup, garantit un balancement élégant et naturel des seins placés dans les coussinets ? Moi non.  Je me demande comment une information aussi essentielle a pu échapper si longtemps à ma curiosité naturelle ... Pour la marque, je n'en sais rien pour l'instant, la porteuse de cette petite merveille, Erica, personnage principal et enquêtrice, en a gardé le secret, la sale égoïste ... et pour votre sagacité émoussée, ben non, je n'ai pas la page où elle l'enfile ( ni le pourcentage), je ne sais pas encore cocher les pages sur la liseuse de fiston.

Il n'y a pas que cette information ( primordiale pourtant) dans ce polar, mais rien que celle-ci valait bien une note, mes investigations suivront ... Mis à part cette histoire de soutien gorge, qui, vous l'aurez compris, a retenu toute mon attention, elle est pas mal ficelée l'autre histoire, la principale, l'enquête, puisque ce n'est pas un catalogue de vente par correspondance, mais un polar. 

La coquette Erica, celle qui enfile le fameux soutien gorge, est écrivaine de biographies romancées de romancières. Célibataire et charmante, serviable et un petit peu fouille partout sans le faire vraiment exprès, elle vient de perdre ses parents, et le temps du deuil, s'est réfugiée dans la maison de son enfance, douillettement placée dans un petit village côtier de l'ouest de la Suède, Fjällbacka, dont elle connait la communauté depuis toujours, et pour cause. Alexandra, une ex-amie d'enfance d'Erica est retrouvée dans sa maison d'enfance à elle, mais moins douillettement lovée puisque congelée dans l'eau de sa baignoire avec les poignets tranchés. Meurtre maquillé en suicide ? Mais oui, bien sûr ....  Erica va alors soulever les secrets, les lourds secrets, comme autant de petits dominos bien sagement alignés dans l'intrigue. Ils se succèdent dans un dévoilement un peu attendu, mais paradoxalement, plutôt reposant. Alexandra (la morte) était une princesse de son vivant (l'histoire ne dit pas si elle aussi portait un soutien gorge à gel, mais, à mon avis, c'est le genre de nana à ne même pas en avoir besoin). Cependant à l'adolescence, elle s'est murée dans une indifférence glaçante à l'amour d'autrui et a subitement disparu de l'horizon d'Erica, qui n'a jamais compris pourquoi, et en garde une certaine blessure. Belle, aimée, riche, Alex adulte tient une galerie d'art où elle expose des tableaux de la bête (un peintre talentueux et un ivrogne crasseux en même temps). Le fil conducteur est donc le meurtre de la belle et la découverte des lourds secrets, cependant, moi, j'ai bien aimé aussi les intrigues et personnages secondaires ( le fameux soutien gorge, quoique discret, y joue d'ailleurs un rôle décisif) : le tout mignon et tout pelucheux ( de "peluche") Patrick, le commissaire incompétent à la chevelure instable, le méchant Lucas et la pauvre Anna (la soeur d'Erica qui a bien des malheurs, et pas de soutien gorge à gel) et surtout, surtout, le vieux Eilert Berg et son évasion programmée de la tyrannie domestique de son affreuse bobonne ( celle là, c'est sûr, même le miraculeux soutien gorge ne peux rien pour elle)

Il s'agit du premier tome d'une série de cinq avec la même enquêtrice et dans le même cadre peinard. Le souci de ce type de série ( comme celle sur l'île de Lewis de Peter May) qui se terre en de minuscules communautés, est de trouver les crimes et les secrets suffisamment nourrissants et sans redondance. Ce qui fait que plutôt que de lire la suite, je me suis mise de côté de la même auteure "Cyanure", qui se déroulerait hors de cette bulle.

27/10/2014

Il est de retour Timor Vermes

Un livre qui m'a presque mise en colère, avec l'impression de m'être faite avoir dans les grandes largeurs, d'avoir été tripotée du cerveau par de sales mains mercantiles et vicelardes ... et je n'aime pas le tripotage, même si c'est bien fait pour moi, j'avais qu'à pas me mettre dans la gueule du loup.

"Il", c'est Hitler, il n'est pas mort, et se réveille dans un terrain vague, de nos jours, en uniforme,  inchangé et c'est par son regard que l'on suit son analyse du monde (postulat fantaisiste déjà insupportable, j'aurais dû fuir, mais non, curiosité littéraire me tenant, la tête constamment entre deux chaises, "je continue", "j'arrête" ...). La déambulation du personnage dans notre monde lui fait constater la disparition du salut nazi, des ruines, de la guerre et le grand nombre de turcs dans les rues. Il est pris sous l'aide d'un marchand de journaux dans un quartier où grouillent les acteurs histrions des reconstitutions historiques de la deuxième guerre mondiale, et il est pris pour l'un d'eux. Repéré par les producteurs d'histrions, il va passer pour un imitateur particulièrement doué, fait le buzz sur internet et le livre se termine sur la possibilité politique de reconstruire son parti. Je fais vite parce que c'est juste très dérangeant comme posture de résumer ce livre-là.

Sûrement, on peut le supposer, l'auteur est de bonne volonté, cela se veut manifestement une fable politique. Mais quel en est le propos ? Montrer qu'aujourd'hui, le discours de la haine xénophobe fonctionnerait encore, et même en pire grâce à la manipulation médiatique ( le personnage en découvre les rouages, nullement manipulé, il en prend rapidement le contrôle, face à des fantôches, producteurs et animateurs quand même particulièrement stupides et d'une naïveté confondante et peu crédible) ? Montrer que le discours national-socialiste a gardé une puissance quasi intacte dans l’inconscient collectif, qui l'aurait intégré comme un arrière-fond, honteux, soit, mais faisant parti de l'Histoire ?

Un livre facilement manipulable dans l'autre sens, qui plus est. En effet, les discours sur la dignité européenne qui croule devant l'invasion des étrangers qui prennent tous le le boulot et des juifs qui font toujours fortune sur les ruines de cette Europe vendue aux marchands, résonnent ici d'une telle platitude stylistique qu'ils peuvent parfaitement être entendus au premier degré de la bêtise consentie, un vrai salmigondis de clichés alignés dont la dangerosité stupide ne rencontre que le vide.

Un flop de la provocation, une lecture malsaine. 

Je rajoute le lien vers la note de Sandrine que j'ai découverte après la publication de la mienne, parce que son avis final est très divergent du mien, et son argumentation est éclairante.