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16/07/2015

Dark horse Craig Johnson

dark horse,craig johnson,romans,romans américains,western et cieMais qu'a bien pu faire Walt Longmire a son propre auteur pour se voir infliger autant de cabosses ? Il lui a piqué son chapeau légendaire ? Il lui flanqué une raclée au lancer  de whiskys au fond du saloon ? D'accord, dans les opus précédents, Walt se prend des coups divers et variés, un bout d'oreille en moins par çi, une double fracture par là, sans compter les fêlures au coeur, mais là, dans ce nouvel épisode, le pauvre shérif ne doit sa survie qu'à son existence de papier .... Et l'intrigue, ma foi, est à deux balles !

Elle semble réduite à une toile de fond, un prétexte à une cascade de dominos qui réduirait en charpie le plus dur à cuire des punching ball de l'Ouest : embuscades nocturnes à répétition, course poursuite contre un 4X4 rutilant et féroce dans les petites rues d'une ville qui en compte deux, course folle contre la mort sous l'orage ou/et la neige partant du haut d'une mesa ( haut plateau rocheux)  et aboutissant à un double salto au-dessus d'un pont en cours de démolition, tout cela sur le dos d'un cheval qui tente le record de l'Ouest de vitesse à cru ... Et j'en passe.

Et tout cela pour quoi ? Parce les beaux yeux doux de Mary Barsard ont touché le cœur si sensible de notre shérif de compétition. Elle a beau avoir avouer le meurtre de son affreux mari, Cry, Walt ne peut le croire. Et c'est ainsi que sous la mince couverture d'un agent d'assurance, si mince qu'elle ne résiste pas aux premières flammèches de l'enquête, Walt s'en retourne sur ses terres natales. Le comité d'accueil n'est pas rutilant, un vieux cow-boy sentimental et tout cassé, une sagace ex-étudiante en criminologie, serveuse de Bar branlant, son fils, métis d'indien qui rêve de Far-West et de dinosaures .... Henry fait son apparition, entre deux bagarres générales, sa voiture tombe en panne, et ma foi, sur le bord de la route, il ne sert pas à grand chose. Faut dire que mis à part tenter de suivre les cabossages de Walt, il n'y a pas grand chose à faire.

Donc, est-ce suffisant pour continuer à craquer pour Walt Longmire ? Oui. Parce que sans cesse pointent les clins d'oeil, et qu'en vieux roublard du genre, Craig Jonhson nous donne ce que l'on attend de son héros, (Zorro capable de faire se ressusciter les morts !) : la force du tendre qui fond au soleil pour un petit garçon et un vieux cow boy, et, la faiblesse du fort qui tente toujours de résister au pouvoir d'attraction nucléaire des formes de Vicky, et retient ses larmes au bord du mariage de sa fille.

Alors, sans rancune, Walt et see you soon for ever !

Première note du paquet de titres que j'ai dû me coltiner dans les rues nantaises suite à mon passage dans l'excellente librairie indépendante de cette ville, "Vents d'Ouest", grâce au redoutable Bertrand qui y officie et vous tire des westerns sur papier de ses étagères aussi vite que je suis capable de dégainer la carte bleue pour en acheter ! ( suivront "Deadwood" de Peter Dexter, "Premier sang" de David Morrell et "Warlock" de Oaley Hall. )

Opus précédents :

"Little bird"

"Le camp des morts"

"L'indien blanc"

"Enfants de poussière"

 

 

12/07/2015

Jours de juin, Julia Grass

jours de juin,julia grass,romans,romans américainsIl y a des lectures, comme celle-ci, qui vous coûte quasi une nuit d'insomnie, sans que vous le leur en vouliez. Des lectures où l'on a tellement de goût (voire de goûts), qu'elle vous donne faim. Et c'est pour cela que je me suis retrouvée à deux heures du matin dans ma cuisine, au fond de la maison silencieuse et endormie, à me faire chauffer un thé et deux tartines de pain de mie beurre fondu marmelade de clémentine (c'est ce que j'avais de plus british sous la main, même si l'auteure est américaine, le livre donne envie de british). J'ai même réussi à ne pas tâcher les pages en continuant à les tourner.

De quoi il nous cause, ce livre ? Déjà, il est épais et dense, quand même un peu léger, par moments, suave et pas tendu, un peu foutraque vers la faim fin, en trois tartines parties, inégales en longueur voire en nécessité, (la troisième est heureusement la plus courte et la plus tirée par les cheveux, mais ce n'est pas très grave, elle ne gâche pas). On y cause donc, d'une famille, un papa, une maman, trois fils, dont deux jumeaux, leurs femmes aussi, et un peu les petits enfants. la narration est en raccourci et resserre autour de deux voix, le père, puis un des fils, puis une pièce rapportée. Peu de personnages, peu de lieux, presque pas de rebondissements, et pourtant, l'histoire se dévore.

Paul commence. C'est le père. Tout juste veuf de Maureen, la femme qu'il a toujours profondément aimée, il est parti en Grèce, en un voyage organisé en petit comité, non pas pour oublier l'amour perdu, mais juste pour qu'on ne lui en parle plus, car Paul est un taiseux, un homme de retenu. En une excursion à Délos, un escapade à dos d'âne à Myconos, il tombe sous les charmes des îles ventées et d'une jeune femme américaine, un peu artiste peintre, un peu volage, et surtout beaucoup trop jeune pour lui. Se mêle à cette lumière, les souvenirs d'avec Maureen, jeune femme atypique, forte, sûre d'elle et de lui, fondue d'élevage de chien à lignée. Entre la Grèce et l'Ecosse, le passé et ce qui pourrait être, tous les non-dits d'une vie se lisent dans les ellipses de paul.

La deuxième voix est celle du fils aîné, Fenno, exilé à New-York, libraire, homosexuel sage en ces temps de SIDA, il aime sa famille, de loin. Il s'y sent à part, quand il revient dans la grande maison familliale, à chaque fois pour une disparition, un deuil, un choix. Un jumeau trop généreux, un autre trop rigide, du moins c'est ce qu'il croit. Fenno se trompe, se leurre, se trompe d'obligations et d'amour. lui aussi est un taiseux. A New-York, il closonne aussi ses amours, entre Mal, un critique musical acerbe qui se meurt, et un coprs libre, celui de Tony, qui se dérobe, Fenno pourrait tomber amoureux d'un perroquet, s'il n'y prennait garde.... Un coeur puzzle qui fait bien attention à ne pas se dilater, jusqu'à ce que, bien évidemment, arrive le gong qui va le pousser un peu sur une autre route ...

Julia grass nous propose un univers qui sonne juste, où même l'extraordinaire a un goût de feutré, et de presque rien indispensable : un bouquet de pivoines au centre d'une table dressée pour un festib de deuil, une urne funéraire qui se cache en table dinette, des médailles militaires égérées au fond de vases poussièreux, un réveil trop tardif, des conversations de mal-entendus, d'un portrait au fusain d'une mére anonyme avec autour du cou les bras d'un enfant endormi.

 

Un grand merci à Keisha pour la découverte de cette auteure !

Et une participation au pavé de l'été chez Brize

 

 

06/07/2015

Premier amour, Joyce Carol Oates

premier amour,joyce carol oates,romans,romans américains,famille je vous haisEvidemment un premier amour dans l'univers de Oates ne peut pas être romantique, fleur bleue, guimauve et fraise tagada, mais boue, marécages, serpent noir, damnation et abandon étouffant dans les entrailles de la déviance perverse.

Josie, la narratrice, a onze ans et concentre tous les traits de l'héroïne de Oates : solitaire par obligation interne et isolée dans un monde d'adultes aveugles et indifférents à son innocence. Sa mère, volage séductrice aux charmes monnayables, s'est enfuie avec elle dans un étrange refuge, la maison du révérend .... (révérend qui sent le Nike Cave à plein nez ...) Dans la bicoque, qui fut cossue, rôde le sombre héritage d'une religion poisseuse dont l'ultime avatar est Jared, 25 ans, le cousin de Josie. Idolâtré par la vieille tante, sa grand mère, confite dans des diktats poussiéreux, il est voué à devenir le nouveau pasteur. Il trône en chemise blanche amidonnée, toute la journée penché sur des ouvrages de dévotion dont les couvertures racornies masquent des images malsaines ... Sauf quand il hante les berges du ruisseau et laisse alors sortir de lui le pervers irascible et tyrannique, s'emparant de l'âme de Josie, et " ce qu'elle ne peut nommer", s'accomplit.

Aucun souffle vivifiant ne ne se pose en ces pages d'un "conte gothique" à la Oates : Josie aime sa prison affective, ses tortionnaires, le beau cousin, la mère qui ne voit guère ses sombres épreuves et ses douloureuses meurtrissures.

Pour cette fois, la sauce Oates n'a pas eu de prise sur moi, un malsain tellement malsain qu'il en devient convenu et attendu, si bien qu'on ne sursaute ni ne s'imprègne. A la surface des marais grouillants, j'ai passé mon chemin.

16/06/2015

Les arpenteurs, Kim Zupan

les arpenteurs,kim zupan,romans,romans américains,western et cieLes arpenteurs ne sont pas des cow-boys, ni des vachers, ni proches des figures mythiques de l'ouest américain des westerns classiques, d'ailleurs, on n'est presque pas dans l'ouest, puisque l'on est dans le Montana, ce qui n'a d'ailleurs presque pas d'importance, sauf pour le côté grands espaces et trou du cul du monde en même temps. 

Les arpenteurs sont deux, et en plus, ils n'arpentent pas grands chemins, à vrai dire. Le titre en anglais est "The Ploughmen", ce qui, selon ma traduction toute personnelle donnerait quelque chose comme "des laboureurs nostalgiques qui traînent des charrues imaginaires et des grosses névroses" ou " des mecs qui remuent la terre de champs où pas grand chose ne pousse, mis à part des crimes et des fantômes, mais dont la poussière colle aux godasses et à l'âme". Pour moi, c'est plus juste, mais évidemment, je comprends l'éditeur, cela fait un peu long.

Le plus vieux des arpenteurs est un tueur sans remords, il a commencé très jeune dans la carrière, presque par hasard ( un histoire de chien qui japait un peu fort ...), et continue le job depuis des décennies, sans jamais se faire vraiment prendre, puisqu'il a une technique imparable, il disperse les morceaux de cadavres dans la nature pour empêcher toute identification. Son seul mobile est le vol. Il peut rester des heures sur le pas de la porte de sa ferme, et puis se lever et partir au boulot, laissant sa femme, Francie, comme seul point d'ancrage derrière lui. Ses grandes mains sont expertes à démembrer et à creuser des fosses, même si il l'aime, sa Francie ... Sur son dernier coup, il a laissé un partenaire vivant, ce va causer sa chute.

Dans le couloir où il attend son procès, arpente le jeune Valentine Millimaki, adjoint au coeur presque tendre, et un peu en vrac, à cause du manque de sommeil, le nouveau rythme de ses nuits de garde est en train de lui coûter sa femme, son point d'ancrage à lui aussi, sauf qu'elle en a vraiment assez de s'ancrer dans une ferme où la porte laisse passer les chacals, sans compter les courants d'air. Valentine est un homme de fantômes, celui de sa mère, celle de la ferme de son enfance, ceux des disparus dont il retrouve les cadavres, toujours trop tard, dans les montagnes où les hommes se perdent, s'enfuient, s'effacent ...

Face à face, l'un enfermé, l'autre presque libre, le salaud livre des brides de sa mémoire meurtrière au candide, qui semble devenir une proie, qui flotte ... Une pomme, une femme, une ferme, trois points communs de trop avec le tueur et ce n'est pas sans faire frissonner sa lectrice, qui reste attachée aux pages, tremblante comme un agneau survolée par les cercles concentriques d'un faucon au sang froid.

Oui, c'est un livre qui vous accroche, qui vous râpe dur et vous empoussière. De superbes pages, où la cadence des mots vous vrille une lectrice en plein vol de nature writing au-dessus du cul de basse fosse des âmes, et pourtant ... il y a du vide autour des personnages, je veux dire qu'ils ne sont pas vraiment plantés quelque part, l'itinéraire de chacun est elliptique et m'a laissée (un peu) au bord du champ final. Quelques points de suspension dans le récit, une impression de collage de deux histoires, (un peu) artificiel. Mais ce n'est qu'un bémol d'après lecture. Un petit bémol après une lecture que j'ai dévorée, c'est (un peu) injuste .... 

 

Une première lecture commune avec Philisinne Cave , en attendant les suivantes ... 

 

06/06/2015

Dans le jardin de la bête, Erik Larson

dans le jardin de la bête,erik larson,documentaires,documentaires historiques,docufictions,dans le chaos du monde" Dans le jardin de la bête" est un texte passionnant, qui m'a passionnée et dans lequel je me suis quand même passablement ennuyée.

Je dis texte parce que c'est une sorte de docu fiction, entre documentaire très documenté (archives à l'appui) et reconstitution romanesque pointilliste. Il retrace l'itinéraire de monsieur Dodd, un déjà vieil historien, passionné par l'histoire du sud des Etats Unis, qui se retrouve propulsé, par les hasards d'une morne carrière et d'une vacation des professionnels de la diplomatie, au poste d'ambassadeur dans le Berlin de l'année 1933. Armé de sa famille et de ses convictions, il s'embarque avec voiture hors d'âge et directives diplomatiques floues, vers le jardin de la bête en construction, et  se retrouve coincé dans un rôle qui ne semble pas, de l'avis de tous et de lui-même, taillé à sa mesure. 

La haine est déjà bien mise en oeuvre dans la ville gangrenée, mais la façade est encore séduisante et propre, alors que commencent à se déchaîner les rancoeurs, les violences anti sémites et la volonté de revanche. Dans une sorte d'impuissance vague, Dodd n'en prend la mesure que par ricochets. Par contre, sa fille, la belle Martha, frivole, volage, est piquée par la beauté de cette nouvelle force qui va, droite et fière comme la jeunesse blonde. Elle va y puiser amants, fêtes, promenades en voitures décapotables, pique nique bucoliques, jusqu'au moment où, elle réalisera la véritable nature du régime nazi et tournera casaque.

 Mon résumé est très schématique et incomplet. Ce qui m'a passionnée dans cette lecture est le décorticage de l'impuissance de Dodd, une impuissance qui n'est pas vraiment de son fait mais qui prend racine dans l'incapacité intellectuelle de comprendre ce qui est en train de se mettre en place. Comme beaucoup, il ne peut pas penser ce qui est proprement impensable, et comme beaucoup, il regarde s'agiter Hitler avec le scepticisme d'un vieil humaniste : le régime nazi ne pourra se maintenir avec de tels olibrius à sa tête ...  Quand Dodd a des éclairs de lucidité, ils sont contrariés par les mécanismes des démocraties européennes, l'administration américaine, entre autres, qui se focalise sur le remboursement de la dette de l'Allemagne ... Un petit pas de Dodd, vers une expression libre lors d'un discours, lui vaut des remontrances de l'appareil, qui, cependant, lui aussi, est faillible et ne fait guère preuve d'un dynamisme anti-anti-sémite à toute épreuve, préoccupé surtout par les agressions commises par les S.A sur les américains ignorant le salut nazi. 

L’ascension était résistible a dit Brecht, on voit à travers ce livre que la résistance était aveuglée par bien des filtres, et que l'histoire ne se réécrit pas.

Ce qui m'a ennuyée, quand même, car ennui il y a eu, ce sont les répétitions, le recours constant aux archives diplomatiques et archives personnelles de Dod et de sa fille, journal intimes, lettres, rapports diplomatiques ... le rythme de lecture en est ralenti car l'écriture s'auto valide sans cesse. Le mélange entre les deux genres, document historique emballé dans la serviette de la fiction, m'a gênée, ce qui ne remets pas en cause la qualité du propos, évidemment !

 

29/05/2015

Le chant d'Achille, Madeleine Miller

Jacques-Louis_David_Patrocle.jpgIl n'y a pas longtemps, j'ai relu dans une note sur un blog que je sais fréquenter assidûment , ( j'ai recherché mais je ne retrouve plus lequel, désolée ...), cette expression de Colette, pleine de confitures et de douceurs pour moi : "Que j'ai eu du goût ....". Et ce roman me donne l'occasion de la réutiliser à mon tour, car, oh oui, que j'ai eu du goût à lire "Le chant d'Achille" ...

Ce n'est pas une pépite, un livre "où l'on a du goût". Dans une "pépite", il y a le coup de foudre de l'immédiat, la stupéfaction du temps suspendu. Dans l'autre catégorie, il y a le goût de s'enfoncer sous une housse de couette à plume, ou de mettre les doigts dans le pot de pêches au sucre ... Quelque chose de l'ordre du plaisir en cachette. Non pas que "Le chant d'Achille" soit une lecture à cacher, mais elle a le goût d'une relecture pour esprits retors et enfantins.

Imaginez-vous donc l'enfance d'Achille et son épopée troyenne, revue par les yeux de Patrocle, l'ami intime, ici devenu l'amant fidèle et inconditionnel du demi dieu, qui le lui rend bien. Achille et Patrocle en couple fusionnel, voilà qui vous retourne l'antique modèle, sans d'ailleurs que la virilité du super héros en prenne un coup, simplement, elle résonne autrement.

Imaginez-vous Thétis en mère poule (inquiétante, quand même) elle a un petit trident contre Patrocle ... Elle vous sort des eaux pour un oui ou non, de peur d'une atteinte à la future gloire éternelle promise à son fils par les dieux (volages comme ils sont, une promesse n'est jamais sûre ...)

Imaginez-vous un Achille rayonnant de poussière d'or qui jongle avec des figues fraîches sous le soleil de la Grèse Antique

Imaginez-vous un Ulysse plus roublard que nature qui arrache d'une ruse sa Pénélope en mariage, et le serment de fidélité en prime, à tous les prétendants éconduits, en refilant Ménélas à Hélène. 

Imaginez-vous les derniers regards d'Iphigénie briller de mille feux dans les regrets d'Achille.

Imaginez-vous l'endroit où le torse humain de Chiron devient cuir de cheval ...

Imaginez-vous au royaume du centaure sous les cascades des sources fraîche des premiers temps d'un monde encore sans guerre.

Imaginez-vous Achille, planqué par sa mère à la cour de Lycomède, et qui danse en jupette devant les sourires goguenards et entendus d'Ulysse et Diodème ...

Ils sont tous là, Ajax, Agamemnon, puis Hector, Paris, tous reprennent leur corps de héros aux pieds des murailles de la ville fabuleuse dont un seul gond de la porte des murailles faisait la taille d'un homme .... Les mécanismes de remplacement fonctionnent, l'amour d'Achille et Patrocle donne aux épisodes une nouvelle saveur, à la fois connue et inconnue, ils prennent une vie nouvelle, dynamique, à la fois intacts, tout neuf et immuables.

Habillée de neuf, la colère d'Achille, la mort de Patrocle, tout y luit d'un éclat nouveau, dépoussiéré des ruines de Troie, sous l'oeil peu amène des dieux qui ne rigolent pourtant pas avec le destin qu'ils ont tricoté aux hommes.

Un régal, je vous dis ....

Merci Dominique

28/02/2015

Un membre permanent de la famille Russel Banks

un membre permanent de la famille,russel banks,nouvelles,amériqueNon seulement je lis peu de nouvelles, mais en plus, quand j'en lis, j'ai un mal de chien (et l'expression est à prendre ici quasi au sens propre, vu l'importance de cet animal dans la nouvelle qui donne son titre à ce recueil ...) à en parler.

Me voilà donc à retourner le volume en tous sens, cherchant l'unité, les points communs ... Allez (je compte sur Ingannmic pour me rectifier ou nuancer ou analyser clairement, elle fait cela très bien), je dirai "solitude" et "couple" : solitude en couple, en ex-couple, voire sans couple du tout, les personnages ont le palpitant qui flanche, même les chiens, donc, sont vieux ou morts. Ce recueil déborde de coeurs qui lâchent, ou de coeurs lâches. Pas gai ? Non, pas gai du tout. Du fond de mon plaid, j'en avais les pieds refroidis. (heureusement, j'ai aussi une bouillotte ... Le problème est que c'est fiston qui l'a confectionnée à base de pois chiches, il faut la mettre dans le micro onde pour le faire chauffer. Cela fonctionne très bien mais il faut aimer l'odeur des pois chiches ...)

Ces nouvelles de Russel Banks sont donc à vous flanquer un cafard prégnant. Elles sont très belles, ciselées comme on aime dans le quotidien un peu décalé de coeurs solitaires, mais tristes à pleurer. Ancrées dans le réel des USA actuels, on va de Miami, mais celui de l'envers du décor, ici les palmiers ne bruissent que sur le désert des parkings ou sur le fond d'écran du balcon d'un immeuble sans vue sur mer, à des villages paumés dans la neige. 

Dès la première nouvelle, on se dissout dans le basculement d'un retraité, ex-marine, qui ne veut pas finir en ex-père, et qui, voulant conserver sa dignité, va passer de l'autre côté de la légalité. Dans la suivante, un divorce plus tard, une bulle paternelle éclate. deux divorces encore plus tard, un vieux couple erre dans un camping-car, coeurs à la dérive, dans une autre un coeur qui s'arrête sur un court de tennis, et la veuve perd l'urne funéraire ("Oiseaux des neiges") ... Un coeur de jeune homme bat dans le corps d'un homme sans joie ("Transplantation", et même les blagues des perroquets battent sérieusement de l'aile ("Le perroquet invisible")... parfois, on passe si près du drame, que même si il n'a pas lieu, c'est comme si le monde avait arrêté de tourner un moment pour nous suspendre dans ce bord si mince qui vacille ( "Fête de Noël").

Tous les personnages, branlants et si ordinaires, infra-ordinaires, sont extrêmement troublants, portant le poids d'une écriture qui ne leur concède rien et les renvoient à la vacuité de leur choix ("Perdu, retrouvé", qui est sans doute la nouvelle qui m'a le plus touchée) ou de leur quête ( "A la recherche de Véronica")

Des personnages pris dans des riens, des moments écrits comme Hopper peint, avec du sombre qui envahit les lumières restées allumées, où le soleil tranche comme une arrête de glace. A lire, mais du bord des larmes....

A découvrir, la note d'Ingannmic.

16/02/2015

Mon holocauste Tova Reich

shoah-business.jpgAprès l'excellent "L'espoir cette tragédie" qui secoue aussi une certaine vision de la transmission de la mémoire de la Shoah, et sur le conseil de Sandrine, je me suis lancée dans la lecture de ce roman iconoclaste. Lancée puis un peu agrippée, il faut bien le reconnaître ...

Sur le ton de l'épopée burlesque, bienvenue dans la nouvelle campagne de promotion de la famille Messer, père et fils, spécialistes du marché du souvenir de l' Holocauste. Maurice, le père, est un survivant, le fondateur de l'entreprise familiale, Holocaust Connections, Inc,. Hableur, calculateur, sincère dans ses mensonges, truculent dans ses faux souvenirs de résistant, il met toute son énergie dans l'expansion de sa marque. Son fils, Norman, spécialiste autoproclamé du traumatisme de la seconde génération, le suit comme il le peut dans son nouveau projet grandiose : la construction du Musée de l'Holocauste de Washington. Et pour cela, il faut des fonds, beaucoup de fonds, et donc des donateurs pour édifier, dans le musée, le plus grand mur des donateurs possible.

Pour la bonne cause, Maurice a peu de scrupules, très peu. Il veut des cheveux pour ses futures vitrines, un wagon à bestiaux, des boites de zyklon B à exposer, et pour cela, il ferme les yeux sur les agissements illicites d'un de ses complices, un rabbin plus proche du mafieux que de la doctrine hébraïque.  Il a organisé une visite privée du camp d’Auschwitz-Birkenau pour la richissime Gloria et sa fille, Bunny. Une entreprise de drague, soutenue par la mise en scène des morts et poursuivie dans les suites d'un grand hôtel de Cracovie. En exclusivité pour la future donatrice,  les chambres à gaz, la cérémonie de l'incantation aux morts, le grand jeu des bons sentiments, pour Maurice, c'est son affaire.

De son côté, Norman tente de rendre visite à sa fille, la troisième génération, qui a, après avoir suivi les traces familiales, renoncé à n'être que d'un holocauste pour les embrasser tous en même temps en devenant nonne, sur les lieux mêmes de l'extermination, dans le couvent catholique établi tout près du camp. Sur le chemin de son Golgotha, il croise une faune qui grouille sur le camp et ses abords, commerce de reliques, commerce mystique ... Bonze de la réincarnation, incantateurs de la rédemption, profiteurs de la mémoire de toutes obédiences, tout ce petit monde est passé à la moulinette de l'absurde en une farandole débridée qui finira en apocalypse délirante.

Aucune concession dans ce livre, dont le propos n'est pas la Shoah, mais sa "récupération" religieuse ou idéologique qui finit, en utilisant dans tous les sens la mémoire de l'horreur, par la vider de son sens unique, non comparable, non assimilable, justement, à rien d'autre. Sinon, la mémoire est ouverte à tous les génocides, et se lisse.

Le récit ne met pas à mal le sanctuaire, mais ce qui en est fait, notamment par l'administration (polonaise ...) du camp qui fait la part  belle à l'assassinat des résistants polonais et oublie les silences assourdissants qui résonnent dans les baraques détruites de Birkenau. Le bois, c'est plus fragile que les briques ...

Beaucoup de scènes qui dérangent, que l'on aimerait pas voir exister, notamment celles du lac des cendres, où le dimanche, les voisins ordinaires du lieu viennent cueillir des champignons, parce qu'ils poussent là mieux qu'ailleurs ... Et pourtant, ce n'est que vrai.

Ce n'est donc pas le propos qui a fini par mettre à mal mon endurance de lectrice, mais son traitement, par trop loufoque et burlesque pour moi, il y a du Cohen, là dedans, de celui des "Valeureux" et de "Mangeclou", de l'écriture caustique, du personnage à la page, comme on tire à la ligne. Seulement voilà, j'ai plutôt une faiblesse marquée pour "Le livre de ma mère", et ses failles. Un trop plein d'invraisemblable dans l'histoire, un tourbillon clownesque qui a estompé pour moi, la justesse de certaines pages. Comme le dit Sandrine, "L'accumulation nuit à l'ensemble", il n'en reste pas moins que ....

 

 

25/01/2015

La grande course de Flanagan Tom McNab

la grande course de flanagan,tom mcnab,romans,romans américainsSi vous avez envie d'un bon vieux pavé plein d'humanisme plein ficelé, prenez le départ de ce titre. Sans surprise, mais efforts notables ni essoufflement, vous arriverez au bout de la course.

Flanagan est l'organisateur d'une course à pieds historique, du jamais vu, rien de moins que la traversée en USA en courant en une gigantesque caravane, avec en tête un cirque ambulant .. Il va jeter sur les routes cabossées, des pros, des tocards, des femmes, en un itinéraire fluctuant au gré des gains qui qui lui ont été promis par les villes traversées. Au départ, c'est aussi une histoire de gros bénéfices possibles.

Flanagan est une sorte de Zébulon sportif qui a tiré cette idée de son chapeau de mirliton sportif comme un cow-boy jetterait son dernier carré d'as sur la table d'un saloon ... Et comme la grande crise de 1929 commence à faire des ravages, elle lui a assuré un trop plein de candidats hétéroclites et mal préparés. Les récompenses promises aux vainqueurs font hurler les journalistes. Les critiques fusent : du sport ou du cirque ? La noblesse de l'exploit gratuit, ou l'appât du gain ?

Même si au départ, Flangan veut en tirer un maximum de ces candidats aux bras cassés, par la solitude, la misère, la solitude ou les échecs, il est sans cynisme. Durant cette course épique, on le suivra, lui et surtout un petit groupe de coureurs : Mike Morgan ( taciturne, boxeur à ses heures), Alexander Cole, dit "Doc, (le sage), Hugh Mc Phil (le spri,ter écossais), Peter Thurleigh (l'aristo qui va s'en manger plein les pieds), et Kate Sheridan (la femme, parce qu'il en faut bien une ...).
Concurrents solidaires, soudés par les épreuves qui s'accumulent, ils vont devenir des "Trans américains", une sorte de communauté soudée autour de Flanagan qui peine à garder le cap de son projet pharaonique à peu près droit, miné par les intrigues politicos-sportives. Certains haut placés voudraient bien voir la Transamarica mordre la poussière en se prenant les pieds dans le tapis.

Même si les étapes sont parfois un peu répétitives (une étape = un obstacle = une porte de sortie provisoire ...), le roman porte jusqu'au bout ses promesses d'épopée à hauteur de coureurs attachants.

Merci à Galéa de m'avoir donné envie de lire ce titre (mais pas de courir, ça c'est juste pas possible !)

21/01/2015

Annabel Kathleen Winter

annabel,kathleen winter,romans,romans américainsUne note sur l'effet subliminal dans l'esprit d'une lectrice basique produit par une éruption d'illustration de couverture vue partout, blogs, devantures, livres à lire, coup de cœur ... Ce livre-là, je ne pensais plus le lire, (trop de couvertures tue l'envie de lire l'intérieur). Et ce qui est certain, c'est que je ne l'aurais jamais mise au Labrador, l'action.

Cause que joli petit corps dénudé androgyne dans la neige des rudes trappeurs que j'imagine virils et poilus (inutile de préciser que je n'ai jamais vu le corps dénudé d'un viril trappeur poilu du Ladrador, même pas en rêve ..), j'en tremble, rétrospectivement, de froid et de peur pour lui et j'en tremblait du misérabilisme à seaux et à tempêtes, le genre à vous faire prendre la pancarte "laissez les vivre" (les = les androgynes au Labrador ou ailleurs, d'ailleurs, mais heureusement (pour eux) ils sont peu, alors le risque d'être androgyne au Labrador, je ne vous dis pas, sauf que là si ...)

Comme je n'avais pas non plus vraiment lu les nombreuses notes qui célébraient les charmes de cette histoire d'hermaphrodite perdu dans l' univers des caribous (je ne lis pas toujours attentivement les notes quand je n'ai pas encore lu les livres, même pas chez d'Ingannmic), je fus fort surprise de m'y retrouver transportée et en encore plus de m'y immerger de mon plein gré et de m'y engourdir, attardée et ravie de l'être.

Le corps d'Annabel, il n'est pas seulement hermaphrodite, il est imprégné, façonné, de cette terre du caribou blanc, des lignes de trappe, des cordes de bois, des odeurs de l'herbe, de crêpes, d'hamburger et d'essence. Imprégné et façonnée aussi, par le silence de ses parents et l'invisible image de l'enfant qu'ils ont voulu, puis voulu avoir. De ce désir là, Annabel est double et portera le nom de Wayne à cause du désir du père de choisir ce sexe fort là.

La mère, elle, laisse couler sa peine de la petite fille perdue. Elle sait que, castrée par le père, elle ne s'en sortira pas indemne. Pourtant, elle ne dit rien. Annabel-Wayne grandit, sans rien savoir de la petite fille, qui, en lui-elle, frappe par petites touches : le goût du dessin, des arabesques, une passion pour les ballets télévisés de nage synchronisée, le rêve fou de porter un maillot de bain à paillettes. Un truc pousse en Wayne comme pousse la tragédie dans un corps qui s'ignore. 

Et Wayne grandit toujours. Dans le village, seule Thomiasina connait le secret. Elle aussi le tait, même si c'est du bout des lèvres, elle est la seule à nommer la part de Wayne qui lui est cachée. Une singuliere attirance lie le garçon que l'on nomme Wayne à cette femme et à Willy Michelin : une fille ose manger des sandwichs à la salade verte et qui rêve de devenir chanteuse d'opéra en apprenant les notes, une par une, dans une partition de Fauré d'après Racine.

Est-ce quand on a été séparé de soi-même, c'est pour toujours ? Est-ce que le silence étouffe tout remords de s'être tu ? Est-ce les ponts unissent ou séparent les deux rives ?

Ouaips ! Il se passe de drôle de trucs dans le Labrador, avec de la magie et du drame et de la tristesse et de l'amour dedans. Franchement, j'aurais pas cru trouver tant de plaisir à les lire.

Merci A.M.

 

18/01/2015

Comment les fourmis m'ont sauvé la vie Lucia Nevaï

comment les fourmis m'ont sauvé la vie,lucia nevaï,romans,romans américains,pépitesLes fourmis, au départ de cette histoire, ont des rôles fort secondaires ... C'est Crâne qui prend la parole. Foetus juste expulsé en ce monde, elle découvre son frère Little Duck, sa soeur, Jima, et vaguement l'odeur de sa mère, qui en tentant de s'en débarrasser avant de l'expulser, l'a, en plus, quelque peu déformée . En fait, Crâne a un peu trop de parents, sans en avoir aucun. Ils sont au nombre de trois, deux femmes et un homme, mais l'homme n'est pas son père, et pour son frère et sa soeur, c'est un peu pareil mais pas dans le même ordre ...

Tous les six vivent dans un cabane squattée, au milieu des champs de l'Iowa. Tit, une des mères, vit sa vie de vendeuse à la cuisse légère et fourgue des produits miracles macrobiotiques jusque dans la bouche des enfants. Ces pilules sont d'ailleurs  à peu près leur seule nourriture. Flat, l'autre mère, ne quitte pas son piano où elle tape les mélodies de cantiques hallucinés à la gloire du dieu de l'Apocalypse. Les enfants accomplissent en choeur cet autre pendant de l'amour maternel, bien obligés ... Et, pendant ce temps-là, le père, Big Duck, un ancien prédicateur déchu pour polygamie, tire le diable par la queue dans les salles de billard de la ville où les enfants n'ont jamais mis les pieds.

C'est dire si Crâne est mal barrée ... A moitié aveugle, considérée comme attardée, seule la chaleur crasseuse de la robe jaune de sa sœur l'a accueillie en ce monde. Les trois enfants grandissent, livrés à eux mêmes, le corps affamé, sans savoir ni lire, ni écrire. Ils survivent entre eux, se dorlotent d'un rien, se protègent d'un regard. Comme il n'y a personne autour d'eux, ils évitent même la compassion ... Leurs journées passent, dans la contemplation des champs de maïs voisins, dont ils connaissent toutes les saisons et les travaux, et dans l'attente du passage du train de 21.49, le recrachage des cantiques et l'avalage des miracles macriobiotiques.

Jusqu'au jour où, un drôle de personnage va attérir dans leur paysage immobile, transformant la carrière voisine en un lac artificiel pour pêcheurs. A défaut de baguette magique, cette ouverture vers la normalité va quand même constituer une certaine forme de porte de sortie pour les enfants, et Crâne trouvera une route cabossée à suivre. Poursuivie par la nostalgie de sa misère crasseuse, elle tentera de devenir princesse, sans grand soutien du prince charmant, il faut bien le reconnaître.

Un texte drôle, enfin, qui fait sourire au lieu de faire pleurer, comme il se devrait, vu le sujet, une spéciale dédicace aux fourmis qui sont drôlement bien en fées redresseuses de sorts tordus.

Et un grand merci à ma copine A. M. qui m'a fait découvrir cette petite pépite.

14/01/2015

Zombi Joyce Carole Oates

zombi,joyce carol oates,romans,romans américains,déception"Zombi", c'est un peu "Américan psycho" en mode pas bien. Pourtant, d'habitude, j'apprécie Oates. Mais, là, non.

Le texte se présente sous la forme d'un journal intime, celui d'un tueur psychopathe qui ne se désigne que par ses initiales, Q.P. Il est le fils d'américains moyens- supérieurs, intellectuels. Le père, professeur à l'université, a une barbichette, un peu d'entregent et surtout une capacité d'auto aveuglement à toute épreuve. Pourtant averti par une première condamnation qui a pris Q.P. en flagrant délit d'attrapage de bistouquette dans la culotte d'un autre plus petit que lui, il ne voit pas en son fils ce que le lecteur, lui, est bien obligé de constater. Q.P. est un être profondément malsain, incurablement cruel et sadique, d'un sadisme sans remords. 

Q.P. est obsédé par la recherche du zombi parfait, un sex-toy décervelé qui assouvirait toutes les pulsions de son maître : pulsions dont je vous fait grâce. Le problème avec le zombi, c'est qu'il n'existe pas encore.  Il faut le traquer (parmi les pauvres et les noirs, de préférence), le trouver, l'enlever, et le transformer en zombi à l'aide (entre autre) d'un pic à glace. Opération qui s'avère plus difficile que prévue à maîtriser. Et Q.P. loupe souvent l'introduction de l'instrument et ça gicle et ça sperme à tout va.

Pourtant, il passe à travers les mailles de la justice donne le change à ses parents, il connait le rôle à jouer, passe la tondeuse sur la pelouse de la grand-mère qui lui finance du coup, quelques petits "extras" ...Les chapitres enchaînent les sévices sans créer de tension, et les méthodiques et laborieuses tentatves du tueur pour parvenir à son but, sont juste ignobles et tombent à plat. Même pour les victimes, on ne frémit pas, tant elle n'ont pas de consistance humaine, ce qui est logique, puisqu'on est dans la tête du tueur qui ne compte qu'en faire un usage limité, de leur humanité.

Ajoutez à cela quelques parti-pris visant à faire psychopathe et qui ne font que neuneu : les parents, nommés comme "papa et maman", l'insertion de dessins dignes de la dextérité d'un gamin de trois ans, la troisième personne utilisé à la place de la première (pour faire schizophrène ?), et un vocabulaire plus pauvre que celui d'un zombi playmobil, même moyen et normal, et on peut passer à un autre titre de l'auteure, ce n'est pas ce qui manque ...

 

29/11/2014

L'espoir cette tragédie Shalom Auslander

l'espoir,cette tragédie,shalom auslander,romans,romans américains,dans le chaos du mondeComment être un adulte serein, calme, équilibré et responsable quand votre mère, américaine depuis la cinquième génération, née à Brooklyn en 1945, dans une classe moyenne plutôt aisée, se met, suite au départ du mari, à se métamorphoser en survivante obsédée d'une Shoah qu'elle n'a jamais vécue ? Quand elle vous flanque sous le nez, à six ans, l'album photo des atrocités de Buchenwald en même temps que l'abat jour de votre chambre à coucher, en affirmant que la garniture est tout ce qui reste de votre grand père ?  (que l'objet soit estampillé "Made in Taïwan" n'est qu'un subterfuge commercial qui ne gêne en rien le constat de la réalité cachée. Effectivement, un "Made in Buchenwald" serait du plus mauvais aloi, est bien obligé de concéder le pauvre narrateur, submergé d'un poids qui n'est pas le sien. )

Alors grandir, à l'aube de la quarantaine, c'est ce que Salomon Kruegel tente encore de faire, malmené malgré tout par le processus de culpabilisation qui est en quelque sorte, son seul moteur, avec aussi, l'espoir. Entre autre celui de trouver, avant sa mort (prochaine, vu les angoisses qu'il se trimbale) les bonnes dernières paroles à transmettre à son fils, Jonas, trois ans pour l'instant. Donc, Salomon passe une bonne partie de ses monologues intérieurs à ressasser les épitaphes d'hommes célèbres, dans l'espoir de ne pas les répéter, d'en trouver une pareille, une bien sentie sur l'humanité, la mort, voire la mort de l'humanité ...

On le voit, l'espoir de Salomon d'atteindre un jour, un degré de névrose supportable, reste un horizon chimérique.  Pourtant, il a tenté la fuite, loin de sa mère, avec sa  femme, Bree et son fils, vu qu'à trois ans, celui-ci a déjà failli mourir d'un simple microbe et que pour un père qui marche à la culpabilité, un microbe, c'est un de trop qu'il ne peut supporter.

Ils ont donc acquis, loin de la mère, une veille ferme au prix modeste, à cause d'une histoire d'anciens propriétaires allemands et d'une puanteur énigmatique et persistante, une histoire de tuyaux bouchés, de ventilation qui couine.... Flanqué d'un emploi de vendeur émérite de recyclage écologique en tout genre, Salomon pense qu'il pouvoir s'en sortir,enfin. 

Sauf que ça couine aussi au grenier, un truc de souris qui gratte la tête de Salomon, à cause des fermes qui sont incendiées dans le coin depuis quelques temps, ce pourquoi, Salomon se lève ( premier chapitre) et tombe sur Anne Franck (deuxième chapitre). Une vieille Anne Franck, sale et caractérielle, rosse et tyrannique, qui ne compte pas sortir du grenier avant d'avoir terminé son dernier chef d'oeuvre ...  Les choses se corsent encore quand la mère , déclarée mourante, rejoint ce qui aurait dû être un début de havre de paix et tente (entre autre) de transformer le jardin en espace funéraire pour légumes sous vide. Le maestrum va engloutir le héros, en un rythme qui le suffoque ...

Dire que ce livre est drôle, c'est vrai, drôle, caustique, brillant, érudit, puis sombre et inquiétant, car il triture les méninges et pointe sous une façade de doux délire culotté, le piège de la sacralisation de la mémoire et celui du ressassement de la "catastrophe".

Bien plus fort que l’écœurant (pour moi) "Il est de retour"  depuis, je me suis laissée tentée par "Mon holocauste" recommandé par Sandrine.

05/11/2014

Lady oracle Margaret Atwood

Joan est écrivaine, héroïne et écrivaine d'héroïnes, Joan est en fuite, planquée sous des serviettes de toilette au-dessus d'un champ d’artichauts italiens, avec des lunettes noires sur un balcon miteux, et la chaise en plastique qui la retient ne va pas tarder à se casser la figure. Joan est là de son plein gré, ou presque, parce que son plein gré, elle ne sait pas trop où elle l'a planqué. En bref, Joan est censée être morte, noyée dans un lac, au Canada.

Que fiche sur ce balcon bancal, cette belle femme à la rousse chevelure flamboyante digne d'un roman gothico-victorien dans l' attitude éplorée d'une biche aux abois ? Ben voilà l'histoire d'une boule de mite qui se rêvait papillon-danseuse étoile ... l'histoire d'une fuite dans des fuites, des fuites d'identité qui prennent l'eau de toutes part, l'eau de rose, avec des piquants, beaucoup de piquants, des histoires de labyrinthe qui dévorent les petites filles avec les longues dents des rêves ....

Première étape du long retour arrière qui donnera (peut-être) la solution ... Le rêve de la maman de Joan était de tenir dans sa main de fer une petite fille selon son image : féminine, mince, surtout mince. Joan est ronde malgré elle, puis, elle deviendra obèse pour résister à la dictature du rêve de la mère. La mère est une figure obsédante, une harpie de l'apparence, celle qu'elle voudrait pour sa fille devrait se conformer à celle qu'elle crée dans les salons successifs, au fur et à mesure de l' ascension sociale de son mari ( un absent en pantoufles marron). Les salons, elle les aime avec des housses en plastique sur les chaises. On suppose qu'elle rêverait d'en mettre un à sa fille ... 

Par désamour, Joan se laisse déborder par les bourrelets, les larmes, les sales petites jeannettes qui lui jouent des sales tours de petites filles minces. Elle se love dans son poids comme dans une carapace, toujours poursuivie par son rêve de danser en tutu à paillettes. En réalité, ce n'est pas l'obésité le problème, mais le tutu ...

En réalité, ce n'est pas un livre triste et grave, c'est un roman drôlement échevelée, comme l'héroïne, qui devenue papillon, ne sait pas quel papillon elle est et donc change de rôles, poursuivie par le fantôme de la grosse femme en tutu et le corps astral de sa mère. C'est une héroïne en papier émeri qui se déguise comme elle imagine les hommes, il y a les plats, les vrais, un surtout, dont elle fera son mari, et les faux, ceux de papier qu'elle invente dans les romans à l'eau de rose qu'elle écrit. En mélangeant, là encore, un peu les deux ... comme elle se mélange avec les Charlottes de ses romans sentimentaux, belles, pauvres, vertueuses et pâles que traquent les  lords concupiscent mais subjugués par la beauté pure qui se refuse à lui.

Dans ses romans, Jane arrive à vivre, c'est dans la vraie vie qu'elle a du mal .... C'est ce qui explique le balcon, les serviettes de toilette et le champ d'artichauts....

Si vous avez un peu de mal à vous y retrouver, dans ma note, je veux dire, Margaret Atwood n'y est pour rien, son roman à elle n'est pas échevelé, mais drôle, très pince-sans rire, il m'a presque donné envie de me plonger dans un "Harlequin" (mais écrit par Margaret Atwood). Et puis, je compte sur Ingannmic pour être plus claire que moi.... Encore merci à elle, pour cette lecture commune et pour la découverte de cette auteur avec La servante écarlate.

24/10/2014

Là-haut vers le nord Joseph Boyden

Un recueil de nouvelles qui m'avait marquée, il y a quelques années, je découvrais alors tout juste Louise Erdrich, et Boyden venait du même coin de littérature, celle des amérindiens d'après les cow-boy, loin des regards des blancs compatissants, deux voix qui se rejoignaient pour une incursion en des territoires laissés en friches et en misère : les réserves d'aujourd'hui, les amérindiens sans les plumes, les Cree, en réalité, plus précisément pour Boyden.

Toutes les histoires racontées ici prennent racine dans l'un de ces territoires-là , "là haut vers le nord", un vague géographique qui en dit déjà la méconnaissance et le mépris. Et en fait, peu de paysages en sont décrits ; juste qu' il y fait froid en hiver et qu'en été, les mouches noires infestent les yeux et les oreilles. Il y coule encore une rivière où murmurent encore quelques brochet et encore des souvenirs,  et encore quelques esprits rodent dans les bois, quelques tentes de sudation peuvent retenir les fantômes, mais les quatre points cardinaux cernent le malheur des personnages habitant en ce territoire qui a perdu toute identité : "Est : peine, Sud : ruine, Ouest : course, Nord : retour".  Un tour d'horizon fermé en cercle car on ne s'évade pas de la réserve. "Vous savez ce que Jésus nous a dit, à nous Cree ?" blague Salvina  qui a tenté un envol cauchemardesque :"Surtout ne faites rien avant que je revienne". Rien, alors on y survit, on s'y cantonne, on y crève d'alcool, de sucres, de sniffs d'essence volée, de mépris, de misère sexuelle, de misère culturelle, de misère organisée à coups d'allocations gouvernementales. La scolarité forcée dans les pensionnats a coupé les enfants des parents, de leurs savoirs et de de leur langue pour les laisser vides, en errance entre un passé qu'ils ne connaissent plus et un futur qui n'a pas de formes. Des savoirs ancestraux, il reste des brides, des guenilles flottantes dans les têtes d'ivrognes de Langue peinte ou de Joe cul de jatte, ou dans celle du vieux aux chiens, ou encore dans celle de Dink, qui ne sait qu'en faire l'usage de la violence. Il leur reste quelques noms, prénoms, surnoms, quelques windigos, un tambour et un chant funèbre. Mais les visions ont été remplacées par le jeu, le Bingo, qui remplit les salles et vident les têtes d'autres rêves, le pénitencier du sud et la prochaine beuverie.

Pourtant, c'est un panorama humain, trop humain, et chaque personnage porte misère et malgré tout, dignité, même si les traces en sont fugitives, se dresser contre le barrage, le rêve d'un catcheur papillon, revenir là et broder des mocassins, redire la colère en un ultime concert, ne pas sombrer, tout simplement.

Des nouvelles partagées avec Jérôme, pour moi une relecture sans aucun bémol. (et pour lui aussi, j'en suis quasiment certaine)

 

07/10/2014

Le bizarre incident du chien pendant la nuit Mark Haddon

J'ai parfois la fibre sociale, voire humaniste. Entre deux plongées dans les horreurs des noirceurs des âmes humaines, je tends le bras vers l'étagère où soufflent les murmures des naïvetés angéliques. Ce que ce roman n'est pas, en réalité, mais un souffle naïf, je le croyais, au moins.

Il met en scène un enfant autiste, atteint du syndrôme d'Azperger, pour être plus précise. Il a construit  son monde bulle où le nombre de voitures rouges croisées durant le trajet entre son domicile et son école détermine si son humeur du jour sera très bonne, bonne, mauvaise, ou très mauvaise, où la couleur des aliments détermine ce qui peut, ou non, rentrer dans son estomac, où qui le touche détermine l'ampleur de son dégoût et de sa violence. Christopher est tout entier dans son déterminisme dont il ne peut sortir et ses calculs incessants sont sa lecture du monde et sa carapace nécessaire. Dans un quartier tranquille, sa routine le protège, et son père fait de son mieux pour faire pareil, maintenant que sa mère est subitement morte.

C'est dans les limites de son territoire que le hasard va frapper, ce hasard qu'il ne peut supporter : il va retrouver le corps du chien de la voisine coupé en deux par une fourche et être accusé du crime, encore par hasard. L'enfant se décrète alors enquêteur et romancier, ce qui lui demande de faire pas mal d'entorses à sa carapace.

Le livre nous place dans la tête de l'enfant et ce choix implique les limites qui font que cette lecture ne m'a pas particulièrement passionnée ( euphémisme à relativiser). Je ne vais pas me lancer dans un "possible-pas possible", me mettre à juger du degré de crédibilité faisant qu'un enfant autiste puisse se lancer dans une fuite solitaire en train vers Londres avec uniquement son rat domestique en guise de panneau indicateur ... Après tout, la possibilité que Fabrice se retrouve pile à Waterloo ou que Rastignac tombe pile sur la pension Vauquer, si on y songe, ce n'est pas très crédible non plus. Et on s'en fiche. Donc aux spécialistes de jauger l'aspect médical et moi ma lecture.

Le point de vue d'un enfant n'est pas un choix facile, il faut que l'enfant reste enfant et c'est risqué. Si on le veut crédible, l'enfant a l'analyse à courte vue et le vocabulaire assez répétitif, surtout quand il raconte (je n'ai rien contre les récits des vrais enfants, dont les miens, mais d'abord, ce sont les miens, ce qui m'enlève de l'objectivité, et les récits des enfants des autres, je les laisse aux autres, vu que j'ai assez avec les miens, qui sont généralement assez longs. Je me demande d'où ils peuvent tenir, cet art, (par ailleurs fort bien maitrisé) de la digression et des parenthèses ...)

Par "courte vue", je veux dire que lorsque Christopher en arrive à une nouvelle révélation, ben, on l'avait vu venir depuis un petit moment déjà. Et, par répétitions, que lorsqu'il recommence à compter les voitures pour savoir si il va vivre un très mauvais jour, un mauvais jour, un bon jour, ou un très bon jour, j'avais juste envie de lui dire "Tais-toi". D'ailleurs, c'est aussi ce que lui sa mère dans le livre, donc, j'ai une super excuse.

Mais le roman a des qualités, dont celle d'éviter les trémolos de la bienpensance en ne faisant pas un ange d'un enfant handicapé, en ne montrant pas des parents sanctifiés , mais des "normaux" qui s'énervent, se découragent, se fatiguent, délèguent, tentent d'avoir une nouvelle chance. l'amour n'empêchant pas l'exaspération et les erreurs, sinon, on le saurait ...

Merci à C. pour le prêt !

16/09/2014

La servante écarlate Margaret Atwwod

Que celle ou celui qui n'a jamais laissé traîner un titre noté sur un blog sur son étagère en se disant : "Ce doit être bien, mais, là, je prends celui d'à côté", me jette la pierre. Moi, cela doit faire deux ans que j'avais "La servante écarlate" en réserve, et maintenant que je viens de le finir, je me demande bien pourquoi, vu que ce livre est juste magistral, ou génial, ou indispensable, ou autres  synonymes de : "Il faut le lire maintenant là, tout de suite".

Delfred est la narratrice et le personnage principal du roman, elle est aussi la servante écarlate. Dans ce monde où les femmes sont rangées par ordre d'utilité, une servante écarlate est une femme qui a été choisie, parce qu'elle a déjà produit un enfant, pour assurer la reproduction auprès de hauts dignitaires du régime qui n'ont pu concevoir encore ( à cause de leur femme au foyer, évidemment). Ainsi, on accorde à ces hommes la possibilité d'avoir une sorte de service de reproduction obligatoire à demeure. De reproduction, pas de sexe, ni de désir, ni de plaisir. Le désir n'existe plus dans la nouvelle république de Gilead. Il fut un temps, et Delfred s'en souvient, où les hommes et les femmes formaient un couple avec de l'amour dedans et se tenaient la main et se touchaient les corps avec sueur et plaisir. Les enfants, alors, ne manquaient pas. Et comme on pouvait les choisir et changer d'hommes et même aimer les femmes, ce temps là n'est plus et les relations humaines ont été reprises en main et reconstruites par la religion de la vertu (aucune religion n'étant nommée dans le livre, je la nomme ainsi, c'est une vertu déviée, évidemment, par le rigorisme de la dictature).

Une servante écarlate se signale à l'extérieur car elle doit être toute de rouge vêtue, gantée, encornetée, dissimulée. Ses jupes ne doivent être soulevées que par le maître de maison, lors de cérémonies ritualisées et sous le regard de l'épouse inféconde. La la dictature manque d'enfants et la situation de guerre en demande.

Les différentes strates de cet univers sont à l'avenant, le fanatisme religieux du régime nourrit les peurs et tue les âmes. Ainsi Defred sait qu'une autre servante l'a précédée dans la chambre aseptisée où elle est reléguée solitaire, lorsqu'elle n'est pas de courses ou de service commandé..Mais que sont les autres devenues, les amies d'avant, les mères et les filles d'avant,? Il y a des exécutions, des camps, des rumeurs et des cérémonies expiatoires ....

Le roman met en place un univers dystopique, à la fois violent et feutré et vu de l'intérieur, voilà, je crois, la singularité romanesque de ce texte. Defred n'est pas une révoltée, ni même vraiment ne se sent victime, elle regarde, subit et attend, tente de survivre sans dignité et pourtant aux aguets d'un frémissement, d'une porte, d'un regard ... Le livre commence par planter son décor, la grande maison du maître, l'épouse, le mépris, et ses frémissements d'âmes à elle, puis l'intime lève le voile sur les rouages cyniques que la dictature de la vertu a mis en place, semble-t-il pour toujours.

Que les femmes soient souvent, dans l'histoire, la vraie, la première cible des fanatismes religieux, voilà ce dont on ne peut douter, et le regard de cette femme de fiction, dans son doute, son trouble, montre aussi ce que la frustration fait à l'homme.

Je me répète, juste magistral.

Merci Ingammnic !

 

14/09/2014

Contrée indienne Dorothy Mac Johnson

Bienvenu au pays des cow-boy et des ranchs, des tipis et des indiens, des convois, de la cavalerie, des têtes recherchées par le Marshall, des Crow et de leurs rêves, des pionniers et les leurs .... L'univers du far-west est le seul exploré par ces onze histoires, chacune centrée sur un personnage, soit indien, soit blanc, soit homme soit femme ; c'est une vue panoramique par petites touches humaines, sans qu'il y ait de blanc ou de noir, sans jugement moral, sans jugement de valeur. On est ballotté de chaque côté de la frontière de l'est, au rythme de son recul vers l'océan ; on passe des débuts de la conquête, du temps où les tribus indiennes avaient encore leur culture intouchée, à la fin, où elles sont parquées par les blancs et que les rites sont oubliés des jeunes qui portent lunettes de soleil et chemises cintrées pour partir faire la guerre en Europe ...

L'éditeur dit "chef d'oeuvre" et ma foi, je surenchéris. Et pourtant, ce sont des nouvelles et moi, normalement, les nouvelles, je n'aime pas trop car le genre me laisse sur ma faim. C'est aussi le cas ici, parce que j'aurais pu en avaler plein d'autres des pépites de nouvelles comme cela, des petits cailloux de vies .... J'y ai retrouvé l'imaginaire de "Little big man", avec du "Duel au soleil" mais sans les couleurs en cinémascope, il y a du western spaguetti, mais sans les violons ( ou l'harmonica), les personnages de cet univers devenu mythique y sont, mais ce sont de simples personnes, ni grandes, ni cruelles, de simples aventures vécues dans un quotidien rude et poussiéreux : la perte d'une petite fille, une femme devenue indienne, un ranch détruit, un homme qui cherche son frère, un guerrier indien qui cherche son rêve .... 

Le tour de force est aussi dans l'écriture, quasi aussi sèche que l'herbe des prairies, et sans fioritures, sans temps à perdre dans l'analyse du bien et du mal. Pas de méchants ni de gentils, juste les embûches, les deux mondes qui se frôlent, ne se regardent pas, sec comme un coup de trique, un kaléïdoscope de petits riens aussi efficace qu'un pavé.

Une mention spéciale pour l'éditeur, un homme qui a eu assez d'humour pour dédicacer mon exemplaire en forme de promesse ... Monsieur Gallmester, merci pour tout ! (on ne sait jamais, si il passe par ici ....)

04/09/2014

Les new-yorkaises Edith Wharton

les new-yorkaises,edith wharton,romans,romans américains,a cup of tea timeLes new-yorkaises de ce début du siècle sont surtout une, Pauline Manford, qui se noie volontairement dans un tourbillon d'obligations préfabriquées par elle-même : elles multiplient les œuvres de bienfaisance, tout lui est bon pour conformer le monde à sa conformité bien pensante dîners à organiser, invités à placer, discours à réviser pour éviter de les confondre, programme de maintien des rides à distance, manucure, coiffeur et, surtout, surtout, gourous spirituels à payer pour l'aider à gérer le stress intime créé par ces monceaux d’obligations artificielles.

Ses journées sont chronométrées et sa vie personnelle lissée pour tenir dans la vitrine d'exposition au monde qui est le sien, celui de la grande bourgeoisie américaine. Pauline n'a que ce moteur pour avancer et aucune, mais alors aucune culpabilité de cette vacuité qu'est sa vie, que ce ressort pour tourner en rond dans son petit bocal. Même son ex-mari, l'aristocrate fané elle l'a réglé comme son mari, l'avocat en vue, et Nona, sa fille la regarde s'agiter, un sourire moqueur au coin de l'esprit. Argentée, dilettante, vacante en amour, la jeune fille pourrait être à la fois frivole et idiote. En réalité, elle est la seule à ne pas être dupe des apparences futiles qui constituent la seule réalité de sa mère. Elle voit ce que Pauline ne peut même concevoir : la si jolie belle-fille, Lila, petite poupée glissant son mignon minois dans les fourrures, est en train de jeter un coup d'oeil vers où elle ne devrait pas regarder. Et l'objet de la convoitise pourrait bien flancher, et alors, le bocal new-yorkais pourrait pencher du côté de l'inconvenance.  Or, comment empêcher ce que l'on ne veut pas voir quand on est la perfection faite femme ? Pauvre Pauline ...

L'histoire est peut-être moins cruelle que dans "Le temps de l'innocence" ou "Chez les heureux du monde ", mais plus caustique, le personnage de Pauline en agitée permanentée permanente est drôle à regarder et le rythme rapide qu'elle impose au récit se lit à la même vitesse que Pauline fait des chèques pour éviter que son ciel ne lui tombe sur la tête !

 

27/08/2014

Les douze tribus d'Hattie Ayana Mathis

Hattie est fille de Georgie, à une époque où dans ce sud des Etats-Unis, il ne faisait pas bon d’être une fille noire. A la suite du meurtre de son père, sa mère a pris ses deux filles sous le bras et les amenées dans le nord. Elle laisse à Hattie en héritage l’exigence de la dignité à conserver, contre tout. A Philadelphie, la ségrégation existe encore, mais elle y est plus douce. Une femme noire peut acheter un bouquet de fleurs sur l’étal d’un blanc, et même renverser un pot, sans se faire battre comme plâtre : scène qui accueille la toute jeune fille, à son arrivée, dans le nord. Alors c’est décidé, Hattie restera là, c’est là qu’elle s’accrocha à son rêve : devenir une personne et acheter une maison à elle et à sa famille. Car la jeune fille va rapidement rencontrer August, un mariage fertile en enfants mais pauvre en amour. Comme l’annonce le titre, il y en aura douze. Hattie se bat pour elle, pour eux, les nourrir, les habiller ….

L’histoire est divisée en dix chapitres, chacun est centré sur un moment de la vie d’un ou deux d’entre eux, et puis, on s’en va, et ainsi on passe de 1925 à 1980. Un bout de chacun, des vies parfois courtes, parfois brisées, parfois tragiques, jamais faciles, toujours troublées, tourmentées, fragiles …. Musicien de jazz travaillé par son attirance sexuelle, femme au foyer riche, dépressive et droguée, prédicateur mystificateur et fornicateur, ex-universitaire à la dérive, soldat devenu fou dans un Vietnam qui lui échappe, (et je ne dis pas tout, loin de là …), tous ont un compte à régler avec eux-même, leur passé, ou, Hattie, leur mère.

Parce qu’Hattie n’est pas une mère courage, Hattie s’est battue pour eux, mais elle n’a pas eu le temps des câlins et des mots doux, elle n’a pas toujours vu les failles et n’a pas évité les pièges et les silences, elle n’a pas toujours pu les protéger, pas de tout, et parfois pas même d’elle-même, de sa colère et de la misère où les frasques d’August les maintiennent. Viendra peut-être le temps de l’apaisement, mais celui-là aussi, il va falloir le conquérir.

 

L’auteur explique que ce roman était d’abord des nouvelles et qu’elle a eu ensuite l’idée de relier ses histoires par un personnage, dans l’enclos d’une famille. Cette genèse se sent parfois, car si certains récits sont quasi clos sur eux-mêmes, d’autres font le lien. Ce qui fait que, malgré l’indéniable qualité de ce roman dans son ensemble, il y a quelques inégalités de traitement. J’aurais bien aimé, souvent, en savoir un peu plus sur certains personnages, et j’ai eu le sentiment de les avoir laissés sur le bord de la route, sans pouvoir faire marche arrière ni un petit signe de la main.