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22/08/2014

Les douze enfants de Paris Tim Willocks

J’avais adoré « La religion » du même auteur. Bon, on pataugeait un peu beaucoup dans le sang, les entrailles, la merde, la pisse et j’en passe pas mal …. Mais le super Mattias Tannhauser, sa dulcinée finalement conquise, Clara, et tous les autres, m’avaient emportée dans les tourbillons épiques et débordants des combats dans l’île de Malte, entre musulmans fanatiques et Templiers désespérément accrochés à leur basque. Juste génial !

Je trépignais donc à l’idée de les retrouver à Paris, en cette autre époque de guerre de religion, à son apothéose sanglante, le jour de la Saint Barthélémy. Sauf que, quand j’ai lu sur le quatrième que l’histoire était censée se dérouler en 36 heures et uniquement enfermée dans l’enceinte parisienne en cet unique jour de massacre, j’ai commencé à avoir un doute sur le souffle épique (l’île de Malte ce n’est pas très grand non plus, mais un seul  lieu et à peine deux jours, ça limite quand même les possibilités). Pas grave, me suis-je dit, il va y avoir des retour-arrière et ça va pulser. Ben non. Je n’avais par contre aucun doute sur le sang, les entrailles, la merde, la pisse, et je vous passe les odeurs. La journée en fut sûrement riche, sauf que dans le roman, il y en a trop, vraiment trop.

De plus, le suspens est nul (je veux dire, il n’y en a aucun, Mattias = Superman en pire et Clara, elle vous torche un accouchement entre deux fuites et deux enlèvements) et l’intrigue est mince comme le fil de l’épée passée au travers de tous ceux qui leur barrent la route l’un vers l’autre. Et il y en a beaucoup, sans compter tous ceux qui n’y étaient pour rien, et il y en a beaucoup aussi.

Clara a donc quitté son domaine provincial, enceinte de 8 mois, invitée par la reine elle-même à participer à un concert symbolique prévu pour célébrer le non moins symbolique mariage du futur Henri IV et de la future reine Margot. Concert symbolique, car elle, Clara, la catholique, jouera avec Symone D’Aubray, protestante. Mattias, qui était parti sur les mers, est arrivé trop tard pour l’accompagner. Il arrive donc à Paris pour la retrouver, ne sait rien de la symbolique prévue, ne sait pas où elle est, et entame donc ses recherches dans le labyrinthe des rues et des intrigues qui virent rapidement au cloaque répugnant. Et le sombre héros n’y va pas de main morte pour que ce cloaque devenu carnage ne déborde. C’est simple, il trucide comme d’autres disent bonjour, ou même avant.  Il y a quand même quelques moments où le taux de mortalité baisse, mais peu sur le nombre de pages … Il reste quelques passages poétiques,  voire de ce lyrisme noir qui emportait « La religion », des personnages secondaires atypiques et charpentés : l’Infant du pays de Cocagne, tellement laid que Quasimodo en aurait fait une crise de jalousie, le valet Grégoire, affligé d’un bec de lièvre un peu gênant mais à la douceur de caractère constante, lui, et le cortège des onze autres enfants de Paris, qui tous, à un moment où à un autre, vont être pris sous l’aile vengeresse de Mattias, réduit lui à n’être qu’une machine à briser les os, éventrer, décapiter, émasculer, énucléer, et j’en passe. Il n’y a que violer qu’il ne fait pas, il laisse ce crime là aux méchants, aux autres, et il y en a trop, beaucoup, beaucoup trop.

16/08/2014

Spooner Pete Dexter

Le livre se nomme Spooner logiquement, puis que c’est le surnom du héros, surnom beaucoup plus utilisé que son nom. Sauf que des héros, en fait, il y en a deux, Spooner , donc, et son beau-père, Calmer. Et je ne suis pas loin de penser que le vrai, c’est le deuxième, qui porte d’ailleurs bien son nom dans la prononciation phonétique française.

Calmer vient du Dakota du sud. Placide, travailleur, consciencieux et effacé, peu loquace, rien ne le prédisposait à la carrière héroïque ( d’ailleurs de carrière, il n’en aura pas vraiment …). Il a bien un oncle, le préféré de la famille, qui s’est fait arracher trois de la main gauche par une ourse dans un zoo (il était gaucher), mais cela ne compte pas vraiment. Calmer, loin du Dakota du sud, est devenu capitaine de frégate, travailleur et consciencieux. Il était sûrement promis à plus haut grade encore, seulement voilà, un obscur député va mourir soudainement lors d’un match de football et Calmer se retrouve en charge de l’immersion du cercueil en pleine mer. Immersion qui va tourner à la catastrophe, comme le vent tourbillonnant dans la jupe de la veuve, pas éplorée, mais  quand même qui va égarer un moment le placide Calmer.

Et voilà ( en gros), comment il va se retrouver père de substitution de Spooner, toujours loin du Dakota du sud, dans la petite ville de Géorgie où Spooner est né, le soir de l’incendie de la maison de retraite. De cette incident-là, Spooner est innocent, mais pour les suivants, enfin pas tous quand même, c’est moins sûr. En effet, le héros enfant loupe à peu près tout, même sa naissance puisque son jumeau mort restera, de ce fait même, le préférée de sa mère. Comment le placide Calmer a-t-il bien pu tomber en amour de cette femme-là ? Cela reste un mystère … Enseignante aigrie, irascible, voire acariâtre, veuve éplorée mais juste d’elle-même, accablée d’un asthme qui lui permet de se plaindre sans cesse et de s’échapper toujours …. Sans doute, Calmer a-t-il vu là un devoir humanitaire à accomplir, cet homme ayant le goût immodéré (mais modeste), des missions perdues d’avance. Pour la même raison, Calmer aimera Spooner quoiqu’il fasse car le jeune garçon persiste, beau-père ou pas à louper tout ce qu’il touche et s’acharne à s’autodétruire, même en ne le faisant pas exprès, ce qui est quand même le comble de l’anti-héroïsme. Sa grande sœur, Margaret est belle et surdouée, comme le deux autres frères qui naîtront par la suite. Spooner se cantonne à la médiocrité, se fait virer de la maternelle pour pulsion sexuelle voyante,  et révèle des dons de somnambulisme pour uriner dans le frigidaire des voisins et rate son suicide sur fourmilière ( et se ne sera pas la seule tentative …). Mais toujours, Calmer le rattrape par le fond de la culotte, en silence, d’œil interrogateur et tendre, lui, le héros boiteux, le vilain petit canard, le champion du sabotage intime …

Puis, Spooner grandira, s’ échappera à lui-même, et s’appliquera, à lui-même, le regard de Calmer.

Une belle histoire de père et de fils qui s’inventent et se choisissent. Ce pourrait être dramatique, mais la tonalité choisie est l’humour, et le roman est truffé de scènes cocasses et burlesques : le mariage des parents de Spooner, l’envolée matinale de la voiture de la voisine sur l’ennemi intime de Calmer ….

 

Je le mets dans mes préférés, parce qu’il a tout pour me plaire, sans en faire un coup de cœur total, parce qu’il a quand même un petit goût de fabriqué pour … 

02/07/2014

Les sortilèges du Cap Cod Richard Russo

les sortilèges du cap cod,richard musso,romans,romans américains,famille je vous haisC'est l'histoire d'un homme de la petite soixantaine, pas trop rabougri, Jack Grifin, qui transbahute l'urne contenant les cendres de son père dans le coffre de sa voiture depuis neuf mois, parce qu'il veut les jeter dans un lieu symbolique, mais qu'en fait, il n'y arrive pas. Ancien scénariste à Los Angeles, il est depuis un certain temps devenu prof de cinéma dans une université ; sans remords (ou presque ...), il est passé de la côte Ouest à la côte Est, de la vie de bohème à une routine plus respectable, en accord ( ou presque ...) avec lui même et le "contrat" passé avec sa femme, Joy, lors de leur lune de miel (il y a mis le temps ...). 

Quand le récit commence, sa fille, Laura, grande, sage et belle, va se fiancer, après avoir marié sa meilleure amie et amie d'enfance. Sa femme, Joy, est toujours belle et à ses côtés, ou presque ... Parce Jack a le malheur chevillé au corps et l'enfance encore saignante, elle sature. Il dit que non. Dit que c'est sa famille à elle, Joy, qui les étouffe depuis le début, veut les modéliser ... Incultes, bornés, sécuritaires, le père amateur de golf à la courte vue, les jumeaux, militaires obtus, les sœurs, femmes au foyer pas mieux, comment la belle et pertinente Joy peut-elle les aimer, alors qu'il les déteste, les méprise, et depuis toutes ses années, passe beaucoup d'énergie à les éviter ou à les supporter ?

Elle dit sa fatigue de porter depuis si longtemps le malheur de son âme chevillée, depuis trop longtemps, en fait ... Elle dit qu'il vit avec des fantômes ( ce qui se révélera fort juste). Pour lutter contre, se justifier à ses propres yeux, Jack se  coltine à ses souvenirs, ceux du drôle de couple que formèrent son père et sa mère, et à une nouvelle rédigée au temps des scénarios, et laissée aller ensuite. Il raconte ce qui focalisait toutes les aspirations de ses parents, le cap Cod, et ses étés au cap, surtout un, pour lui fondateur, celui raconté dans la nouvelle. Le cap Coq est l'endroit de la cristallisation des désirs des deux universitaires aigris qu'étaient ses parents. Chaque été, ils y retournaient pour y vivre un moment selon leur envie, enfin rendus à aux-mêmes, pensaient-ils, loin du Kansas pourri où ils se sentaient enchaînés. Chaque année, la location changeait, chaque année, elle ne satisfaisait pas leurs désirs. Ils épluchaient, chaque année, les catalogues pour un achat, une sorte de Nirvana à l'envers, rien n'était possible, entre les maisons "pas les moyens" et les "On me la donnerait que je n'en voudrais pas" . La rancœur se cultive, cet homme et cette femme, intellectuels de seconde zone, ont élevé la frustration et le mépris en art de vivre.

Jack a cru les anéantir en les tenant à distance. mais ils l'ont façonné, d'une certaine façon, et Joy voudrait bien passer à autre chose ... Sauf que l'urne est toujours dans le coffre et que le portable de Jack, résonne de la voix de sa harpie de mère qui se déchaîne, l'année universitaire se terminant.

Le récit est donc entre ces deux mondes, le présent, l'agonie d'un couple, ( avec douceur et amour quand même, et peut-être espoir ...) et l'agonie préméditée et construite du bonheur, toujours remis à plus tard. Ce pourrait être triste et lent, mais au contraire, le récit est rythmé et drôle, surtout vers la fin, où l'auteur se lance dans un contre pied burlesque, risqué et vraiment réussi, une sorte de déconfiture décapante d'un mariage annoncé.... Couper le cordon, se lancer dans la non transmission génétique, lâcher les urnes .... Pas si facile !

Bref, confondant le nom de cet auteur avec Musso, Mussi ou Levy, je passais à côté d'une chouette découverte, me voilà partie pour continuer, car j'ai beaucoup aimé ce personnage, juste plein d'âmes ( et de fantômes torves, aussi !)

 

 

14/06/2014

Une enfance à l'eau bénite Denise Bombardier

une enfance à l'eau bénite,denise bombardier,autobiographie,littérature québecUne lecture vers laquelle je ne me serai jamais tournée sans l'avis de Luocine. Pourquoi ? Ben parce que j'ai plein d'à-prioris, et qu'à priori, l'enfance malheureuse d'une jeune canadienne québécoise française dans les années 50, à l'esprit conformaté par le pire des catholiscismes, celui qui bride les coeurs et flagellent les corps au nom d'une morale rétrograde qui fait que les esprits les plus curieux se contorsionnent de culpabilité, moi ce n'est ni mon crédo, ni mon chapelet. Cette lecture est pourtant passionnante, aussi passionnante, que finalement exotique ... Denise Bombardier m' a causé d'un autre monde ...

L'auteure y retrace, chapitre par chapitre, chacune de ses années de scolarité chez les soeurs, de la docilité à la révolte, encore timide, mais radicale : comment le carcan s'est levé. Sur ses premiers bancs, elle est sage, croyante sincère et même passionnée, puriste, elle aime les soeurs qui la gouvernent, pleine d'une affection éperdue pour ces femmes stupides, incultes et bornées. Ce que la petite fille ne voit pas. Elle croit dur comme fer ce qu'elles racontent, comme quoi les nègres mangent leurs enfants et qu'il est bon et bien, de son devoir même, de participer à une croisade pour les racheter ... L'enseignement de l'histoire, entre autres, se borne à la révération des martyrs, les saints colons français venus en terres sauvages pour y apporter la seule foi possible.

Sa foi se double d'une farouche volonté de réussir par l'école, d'être dans les premiers, d'avoir le meilleur pupitre, être dans les bien vues, les régardées, les aimées, vu que chez elle, ce n'est pas vraiment cela. Son milieu modeste lui fait honte et elle le cache.

Sa mère la soutient, lui paye les cors de diction qui vont l'élever vers le beau mariage, la belle maison. Le père les conspue, les "culbéquois" qui se laissent mener par la religion et sont exploités par les Anglais, les vrais patrons que mère et fille méprisent. Elle cache son père, si peu aimant qu'il ne lui adresse jamais la parole, ne dit pas son prénom, sauf saoul. Même pas violent, juste terriblement indifférent, incroyant et blasphémateur. Elle ment, s'en invente un autre, pour être plus pure, plus digne des soeurs.

Cette contradiction intime ira grandissant et déchirante, chaque année apporte son lot d'écorchures à cette foi hypocrite qui ne fait que conduire les "pures jeunes filles" à se délecter de sermons sur la pureté, qui allument les premiers frissons des désirs interdits ... 

Une autobiographie étonnante, moi qui suis peu amatrice du genre, ça se lit comme un roman, en fait (qui pourrait inventer, par exemple, un sujet de rédaction pareil : "Vous êtes dans votre cercueil. Racontez ce que vous pourriez entendre dire par les personnes venues se recueillir autour de vous" ... ? Un sadique ?).

05/06/2014

Dans le grand cercle du monde Joseph Boyden

dans le grand cercle du monde,joseph boyden,romans,romans américains,canada,amerindiens.Deux voix indiennes et une voix jésuite (on ne peut pas dire européenne, le jésuite étant avant tout jésuite), forment ce cercle de paroles qui se suivent et se superposent. Chacune leur tour, elles racontent ce qu'elles savent, ou ce qu'elles croient savoir, les unes sur les autres, chacune dans le monde qu'elle comprennent. C'est classique comme narration, un peu systématique, mais efficace. On est juste avant le grand chambardement de la colonisation du Canada par les Français et les Anglais. Ils sont déjà là, mais on les voit encore peu, on est juste avant la main mise du blanc civilisé sur l'indien sauvage, avant que l'ancien monde, baptisé le nouveau, ne soit réduit au silence.

 La force et la justesse du livre n'est pas d'en faire des gentils contre les méchants, ni des Indiens, ni des Jésuites ( oui, au départ, il n'y en a qu'un, mais après, ils sont trois, enfin, deux et demi, parce qu"il y en a un qui va salement morflé). Les trois personnages principaux, le valeureux guerrier Huron, Oiseau, sa fille adoptive "Chutes de neige", et le "Corbeau" (le jésuite), apparaissent comme des alliés éphémères, involontaires, durant ce court moment d'avant la meute blanche. Chacun campe dans son bon droit, et ils ne verront pas vraiment venir ce qu'ils voulaient empêcher.

La destruction est en marche, elle est déjà là, elle veille à implanter un nouvel ordre des choses. Les colons sont encore peu nombreux, retranchés derrière les barricades du camp Champlain, assez pouilleux, oubliés de la métropole pour l'instant et, déjà, pourtant, oublieux des Hurons avec lesquels, ils ont établis une fragile et temporaire alliance commerciale. Ils ont beau être peu nombreux, les ravages ont commencé. Des maladies inconnues déciment les tribus, les famines les suivent, les Anglais arment les Iroquois et les Iroquois tombent sur les Hurons, et les Hurons regardent le jésuite de travers. Ce fut le moins qu'ils puissent faire ...

 Boyden ne fait pas de ses héros, des héros. Il ne fait pas non plus dans le documentaire, ni dans le réquisitoire. Il lève un voile pour que l'on puisse pénétrer un peu dans le monde des longues maisons, dans les longs hivers peuplés de rêves, dans les nuits de longues tortures, dans ses longs rites d'adieu aux morts, dans ce monde qui était de cycles et de songes. De vengeances aussi, de violences ritualisées comme des messes, entre deux tribus pourtant soeurs mais unis surtaout par les crimes anciens, ceux de la femme et des enfants d'Oiseau, par exemple.

Ce qui fait qu'Oiseau va massacrer la famille de "Chutes de neige", avant de l'adopter pour fille, la jeune indienne lui fera d'ailleurs quelques misères au passage, avant de l'accepter comme sien. Une longue histoire d'amour, étrange pour notre regard, évidemment.

Le jésuite, lui, n'aime que Dieu, et aussi un peu les Indiens qui le supportent, plus ou mieux bien, et uniquement quand ils acceptent de se renier. Ce qui n'est pas gagné. La confrontation entre les croyances est plutôt marquée, faut dire, allez essayer de convaincre des hommes que depuis le début que leur monde est  leur monde, ils vont bouillir en enfer, sans le savoir ... Et qu'il leur faut laisser la place, les ancêtres, la terre, les coutumes à ceux qui veulent les effacer et les remplacer.

Sans tomber dans le larmoyant, ni dans le systématisme, c'est une lecture foisonnante, et parfois dérangeante sur l'impuissance. Pas la fatalité, juste l'impuissance.

14/04/2014

Les liens du sang Thomas H. Cook

les liens du sang, Thomas H. Cook, romans, romans policiers, romans américainsTout ce que l’on sait au départ, c’est qu’un certain David est en prison. Et que ce David, ma foi, a l’air, un peu comme tout le monde, normal et donc angoissé de se retrouver là. Mais si lui sait pourquoi, pas nous. Ce que l’on sait aussi, c’est que le sang a coulé ; lequel ? De qui ? Si lui le sait, il ne le dit pas (évidemment). Et ce que l’on sait enfin, c’est que le sang a déjà coulé et qui cela commence à faire beaucoup. La structure est donc classique pour un polar, il y a un passif, plus  un crime, et on va nous donner les éléments au fur et à mesure et en alternance ; la confession de David à l’inspecteur Pétrie, assis devant lui, genre Bouddha qui prend des notes, et ce qui est confessé, en partant du départ et en louvoyant quand même un peu pour qu’on ne devine pas trop vite ( Moi, je n’ai rien deviné, mais je ne suis pas un critère, dans les polars, ce que j’aime, c’est l’attente, pas la solution.)

On découvre quand même rapidement l’arrière plan du drame non-dit. David est un petit avocat d’une petite ville de province, sans ambition, marié, une fille bien sous tout rapport, une sœur, Diana, celle par qui le drame arrive. Non seulement David n’a rien d’extraordinaire, mais en plus, il en est profondément convaincu. . Il faut dire que lorsque les dernières paroles que vous avez entendues de la bouche de votre père ont été ; « Tu n’es que poussière pour moi », on peut comprendre que l’estime de soi en prenne un coup. Surtout qu’avant celles-là, ce n’est pas d’affection que David a été nourri mais de livres et de folie. Le Vieux, le père, n’était que haine, il dressait des listes des noms de ses ennemis, les tapait à la machine, les hurlait dans la maison, voire au dehors, passait des coups de fils rageurs, vociférant sa paranoïa à coup de citations livresques. Ambiance de peu d’enfance.

La grande sœur de David, Diana, était meilleure que lui en citations, elle en connaissait des pages et des pages et c’était elle qui calmait le vieux, à coup de récitations, jusque la nuit de sa mort ... Après la mort du vieux fou, Diana s’est mariée à un jeune chercheur très scientifique et très prometteur et Diana a mis Jason au monde. Sauf que Jason n’était pas vraiment un enfant comme les autres, la folie du Vieux avait coulé dans ses veines, version pacifiste, mais quand même ... Et Jason est mort. Un accident dit le tribunal ( pas d’inquiétude, je suis toujours sur le premier chapitre ...), mais pas Diana.

Et Diana dérape ... ou pas ? Elle cherche des pistes, trouve rapidement un coupable, dirige ses foudres vers lui et Diana sait y faire, question foudre. Elle fouille dans des meurtres ancestraux, se trouve une alliée dans la gentille fille-fille de David. David dérape, qui protéger ? Quels liens du sang coulent dans les veines ? Qui sait de qui la folie guette-elle la raison ?

C’est marqué thriller. C’en est un. De bonne facture, de ceux dont ne peut rien, rien dire, ce qui fait ma foi, une note courte pour une fois !!!

02/04/2014

Un petit boulot Iain Levison

Iain levison, un petit boulot, roamans, romans américainsDepuis le temps que je voyais le nom de cet auteur encensé partout et quasi sans bémol, je me faisais un petit régal d’avance de cette aventure de la découverte. Un auteur super bien jamais lu, je me cale dans mon plaid. Et j'ai ressors un brin échaudée, pas complètement envahie d’admiration éperdue, un peu tiédiasse même.

C’est bien écrit, c’est tout ce que j’aime en général ; la saloperie de la société qui plante ses laissés pour compte en soldes sur le carreau du profit, la vengeance souterraine de ces anonymes, crasseux dans l’âme parce qu’on leur a piqué leur dignité à coup de rentabilité venue d’en haut ....

C’est cinglant, clairement cinglant, c’est carré, ce peut être drôle : sarcastique, iconoclaste, provocateur, radical ( non, je ne suis pas en train de recopier les adjectifs louangeurs de la quatrième de couverture ...), ça balance, ça casse, ça grince, et je coince quand même.

Jack habite une petite ville (USA) qui se délabre depuis que la fabrique a été fermée. Une fabrique qui faisait vivre quasi tout le coin, qui faisait peu de profits, m’enfin, qui en faisait quand même. Elle a été fermée quand même et Jack, qui trouvait sa dignité dans son travail bien fait,  a la rage au ventre, il est rempli d’une noire colère nourrie d’injustice : colère qu’il ne retourne contre rien, parce que dans la ville, il n’y a plus grand-chose encore debout : les gosses traînent, les hommes boivent, les maisons se barricadent, les commerces ferment après s’être vidés. Jack parie sur des équipes de foot, perd, reparie et reperd. De paris perdus en paris reperdus, il doit une sacrée somme au bookmaker du coin.

Jack n’a plus de petite amie, elle est partie avec le vendeur de voitures, dans l' ailleurs inaccessible où l’on achète encore des voitures. Il n’a plus d’abonnement au câble, plus de télévision, une vieille voiture pire que celle d’avant. Bref, plus rien de ce qui faisait son rêve de devenir un homme. L’aspiration suprême de Jack était d’être un homme moyen, une femme, des gosses, un boulot. Une dignité moyenne, mais une dignité, il pensait y avoir droit.

Comme la crise est profonde, dans tous les sens du terme, Jack perd aussi son âme, tant qu’il y est, tenté par son bookmaker qui lui propose un contrat : l’effacement de sa dette contre l’assassinat de sa femme. Pas plus gêné que cela, Jack accepte, tue aussi le chien, par hasard, et se sort de cette affaire quasi tout neuf. Il s’est (re)trouvé une âme, tueur à gage, et même sans gage, puisqu’il va prendre un certain goût, voire un goût certain, à liquider les quidams qui l’énervent, symbolisent les causes de sa rage, le gênent, tout simplement. Jack devient un tueur au sang froid, et toujours raisonnant de son bon droit à tuer, y (re)trouve une légitimité.

Toujours raisonnant, c’est peut-être ce qui m’a gêné, parce que c’est l’auteur qui raisonne derrière, pas possible autrement, c’est trop bien raisonné, trop bien légitimé, ce gars à la rage raisonnante, je n’y ai pas cru, voilà. Je me suis sentie téléguidée, et je n’aime pas qu’on me téléguide, qu’on me dise qu’une société sans scrupule engendre des êtres abjects, soit. Mais pas qu’on me le démontre en mode américain moyen. Jack ne veut que cela, être ce qu’il aurait dû être, un américain moyen, tenir bobonne par la main, gagner de quoi vivre dans le magasin du coin avec son bon copain, ranger les paquets de chips où il veut et nous pas où on lui dit de les mettre. Bon diou ! quelle révolte à la petite semaine ... Jack, on dirait un peu comme un poisson rouge torpilleur lâché dans un bocal d’autres poissons rouges et qui les flinguent au lieu de viser les piranhas.

Bon, en même temps, c’est de la littérature, pas un traité de sociologie, non plus.

07/03/2014

Les saisons et les jours Caroline Miller

les saisons et les jours, romans, romans américainsEn sous-titre, il est indiqué « roman vintage », ce qui fait que c’est ma première lecture d’un roman vintage. Je ne sais d’ailleurs pas toujours trop de quoi il s’agit, un roman vieux fait avec du neuf ? Je veux dire Madame Bovary, ça compte comme roman vintage ? parce que du neuf avec du vieux, on n’a pas fini d’en lire à cette définition là ... Me disais-je à moi-même en commençant ce roman, vieux et neuf à la fois, donc ...

C’est en lisant la postface qu’un éclair est venu joindre ma lanterne. En fait, Les saisons et les jours a été un best-seller en son temps, le best seller des pauvres fermiers du sud des Etats-Unis, ceux qui triment dur sur la terre, sans même un esclave pour les aider, avant que l’autre roman du Sud, celui des riches qui s’amusent et profitent de la terre sans même s’y courber, ne vienne complètement l’éclipser ( ce dont l’auteure semble avoir garder une certaine rancune à Autant en emporte le vent, donc) Ce qui n’a aucune importance pour savourer cet autre chant de la terre du sud qu’est ce roman de C. Miller ...

Ne pas chercher le glamour en ces pages, point de Scarlett, de Ruth Butler, pas de garden party, ni de sieste pour garder le teint pâle. Le visage ici est tanné, le corps ployant et souffrant, mais la nature est  belle et parfois généreuse aux hommes et aux femmes qui la creusent. Et oui, comment se régaler d’un roman qui avance à la vitesse d’une famille qui laboure et labeure, à la vitesse des saisons qui passent et des jours qui se suivent, tout cela sous fond de bœufs qui peinent ...

Seen ( prononcez Se-en) et de Vince, la mère et le père sont venus de Caroline, pour, comme leurs ancêtres, faire leur propre trou ailleurs. Loin de la côte, de la grande ville et de ses tentations, ils ont bâti, sur des terres ingrates, maison et famille, quatre enfants vivants, une certaine aisance, à force d’acharnement et de renoncements, sous le regard du dieu qui puni et récompense, parfois ( pas souvent, c’est un dieu plutôt radin, en fait)

Le roman commence le jour du mariage de leur fille Cean ( prononcer Cé-an) avec Lonzo. Ne cherchez pas les crinolines, c’est en char à bœuf qu’ils convolent, modestement. Cean a 19 ans , Lonzo lui fait un peu peur, mais elle est prête à être ce qu’elle est destinée à être : une femme qui travaille pour aider son mari, qui a des enfants pour les nourrir, à son tour, comme cela doit être fait. Comme une qui ira son sillon jusqu’au bout, un sillon qu’elle attend, aime, va creuser et accepter. Ses frères suivent aussi leur route, parfois en déviant, comme Lias, qui ramène de la ville une femme trop belle pour qu’il arrive à vraiment l’aimer, Jasper, celui qui aurait peut-être fait mieux que son frère aîné, mais renoncera à se battre, et Jack, un peu lunaire, qui échappe aux rancoeurs. Parce que même si l’on suit les saisons et les jours qui passent à la vitesse des bœufs qui creusent les sillons, le sort et les tourments de l’âme n’épargnent pas les ruraux qui triment sous le soleil qui les crament. Coup de sécheresse, coups de gueule, coup de canifs dans les contrats d’amour-toujours,  pas Ruth Butler à l’horizon. Cean aligne les grossesses, un autre enfant, toujours trop tôt venu après le précédent, elles marquent son corps, ralentissent les gestes, la courbent vers la terre, toujours ... La marche du temps est lente pour gagner quelques pièces d’or, on fait profit de tout, d’une peau de serpent, d’une graine, on ne rêve même pas d’un ailleurs ou d’un mieux .... ( sans parler d’aller se faire une robe de bal dans les rideaux de la salle à manger, comme une certaine peste sans moralité ...)

Sur le quatrième, il est dit aussi que c’est un roman « naturaliste », ma foi, je ne sais pas si Zola est vintage à son tour, mais paradoxalement, le charme de ce roman est justement dans sa désuétude, rude, sec, descriptif plus que démonstratif. La démonstration, ce n’est pas dans ce monde-là où les sensations dominent toute expression d’un certain bonheur : le bas beurre baraté, la sueur qui tombe sur le maïs, un champ de violette, des magnolias, la laine qui trempe dans la teinture, les chutes qui font des contrepointes, des matelas de feuilles crissantes, des branches de houx comme balais, une pudeur, une retenue dans les riens qui finit par charmer.
Un grand merci à Jérôme pour cette gentille surprise venue par la poste ...

11/02/2014

Au lieu dit du Noir Etang H. Cook

au lieu dit du noir etang,henry cook,romans,romans policiers,pépitesLa petite ville de Chatham en Nouvelle Angleterre a été secouée il y a des années par un sombre drame, un procès, celui d’une trop belle jeune femme venue d’ailleurs et sans doute mal taillée pour la vie restreinte qui lui a été offerte là. Melle Channing a été jugée sous les cris de haine, coupable, mais de quoi ? On ne sait trop ce qui est vraiment arrivé, ce qu’il leur est arrivé à elle, à monsieur Reed, à sa femme, sa fille. Qui a tué qui ? Qui est mort ? Ce que l’on sait, c’est que le narrateur, Henry, alors adolescent au début des années cinquante, rêvant d’ailleurs, et maintenant retraité solitaire installé là, dans les mêmes rues quasi immobiles, n’y est pas pour rien. Mais pour quelque chose jusqu’où ?

Le roman est tout entier construit et tendu sur cette incertitude balancée tristement entre deux temps. Il nous mène en bateau jusqu’au bout. Qui était vraiment Melle Channing ? une tueuse au sang froid, une amoureuse passionnée, une artiste de l’âme torturée, une victime d’un mensonge, d’un songe ? Et puis comment elle, si solaire, si attirante, pour l’Henry adolescent a-t-elle pu si follement aimer le triste monsieur Need ? Deux solitudes se sont croisées, deux âmes pantelantes se sont reconnues et ont croisé leur bras sans qu’on ne le voit.

Melle Channig vient d’Afrique. Elle a bourlingué dans l’Europe des hauts lieux culturels, elle connaît des choses que Chatham ne soupçonne même pas. Libre penseur, son père l’a élevée dans ses principes, très, trop ? libres. Sans argent après sa mort, une vague connaissance l’envoie dans la petite ville, mal taillée pour la recevoir. Elle tente de s’y fondre en acceptant le poste, spécialement créé pour elle à l’école de Milton, de professeur d’arts plastiques. Une innovation révolutionnaire pour cette école de garçon où les principes vertueux sont l’œuvre du père d’Henry, sa création, sa raison de vivre. Un homme tranquille qui avait un rêve à sa mesure. L’objet amoureux, monsieur Need est le professeur de littérature de cette même école, des mêmes garçons. A l’étroit comme elle dans cette peau de chagrin de la vie. Sauf qu’avant elle, il ne semblait pas le savoir, pas vraiment. Quelle révélation de lui a-t-elle faite ? peut-être dans l’entre deux rives de l’étang qui sépare leur deux maisons, lui d’un côté avec femme et enfant, et elle de l’autre, avec ses dessins d’ailleurs.

Henry doit sa connaissance des faits à son intimité avec elle. D’abord forcé par son si respectable père que l’ado l’en méprise, puis comme par une étoile noire attiré.

Ce que l’on sait, aussi, c’est que le procès fut la fin du rêve de Henry père et peut-être de Henry fils. Pour le reste, on ne peut rien en dire, il faut lire ce va-et-vient entre le temps qui fut et celui qui a fui. Petit à petit, se soulève une partie du mystère, et pourtant tout dit est depuis le début, l’opacité est au cœur de ce roman, pas policier, vraiment, et où le « noir du crime » prend des accents romantiques et sensuels quasi à la Jane Eyre ( j’en rajoute un peu quand même ...).

Une vraie bonne lecture, une découverte pour moi d’un auteur à suivre, rencontré chez Margotte

28/01/2014

Just Kids Patti Smith

just kids,patti smith,autobiographieMoi, Patti et moi, c’est du sérieux et c’est for ever. Enfin, de mon côté évidemment. Par période, je peux écouter « Horses » trois fois par jour, à d’autres périodes seulement moins. Les autres que « Horses » aussi (j’ai tout) mais moins. Donc « Horses », sauf que le livre n’en parle pas beaucoup, il commence bien avant et se termine juste avant la gestation finale. Juste des petites choses sur « People have the power », en passant, et ce n'est même pas ma préférée ...

Tout cela pour dire que je vais manquer complètement d’objectivité, puisque là, c’est mon (une de mes) idole(s) qui se raconte, un peu, un bout de sa vie, celle avec Robert Michaël Mapplethrope, son alter ego, son double, son amour, son passé, sa douleur, son chemin à elle, sa mort à lui. Leurs souffrances et sa pas rédemption.

On passe rapidement sur l'enfance à Germantown en Pensylvanie, juste quelques traits de pinceaux en passant pour planter l’origine, la jeune débraillée, lectrice et garçon manqué, les pas de travers, pas bien méchants, le goût de l’époque qui lui fait prendre le bus, solitaire jeune fille habitée de sa certitude d’être une artiste, pour New York.

Patti se montre fille de ces années là, elle traîne dans les rues, côtoie les rassemblements «  flower power », les voit peu, se laisse porter, libre et sans un sous. Dort dans les parcs, cherche des petits boulots, fait les poubelles, se drape dans son long manteau noir et cherche son trou. Elle rencontre Robert, pas mieux qu’elle tout pareil et ils se frottent l’un à l’autre, d’abord sans qu’il se pique. Robert, dit-elle, c’est un gentil garçon qui voulait devenir méchant, un ex-enfant de chœur qui veut se faire drag queen, elle c’est l’inverse ( elle ne dit pas vraiment comme ça, je traduis l’idée). D’ateliers en ateliers, de fêtes en fêtes, elle finira par les connaître tous de vue, le Warhol,  le Ginsberg, la Joplin, le Lou Reed et d’autres encore, anonymes papillons de la Factory et qui pour certains laisseront leur peau et leur talent dans les brumes et les vapeurs de la célébrité fabriquée au LSD. Mais ce n’est pas cette histoire-là qui est racontée, c’est la toile de fond pour les deux personnages principaux, donc Patti Smith et Robert. Deux amoureux au départ, deux amoureux autant d’eux mêmes que de l’autre et surtout de leur dieu commun, l’art, la création. Mi peintre, mi plasticien, mi photographe, Robert s’est déjà un peu lancé, elle va le suivre, l’accompagner, le distancer. Elle est pétrie de Rimbaud, et Robert de ses démons.

Il plonge, il s’éloigne, il s’enfonce, elle le retrouve, le berce, le laisse partir. Elle cherche sa voie, il se perd dans sa volonté de jouer la star maudite. Finalement, elle part vers d’autres rives, comme on le sait, et lui tient la main, au bout du bout ...

En vrac, comme un fatras de bondieuseries et de tubes de peinture : les lumières de Brooklyn la nuit, les nuits fébriles collées au pick up, les silhouettes du Chelsea Hôtel, la débrouille, le sordide des tentures qui pendent aux murs croûteux, la dérive des magasines pornos, les expositions qui ne se font pas, les performances underground, les silences peu reluisants d’un artiste qui gâche un peu tout ce qu’il touche et finit sans lâcher prise. Pourtant, ni torturées, ni nostalgiques, les touches de mots s’ajustent. Bon soit, sûrement qu’elle se blanchit un peu, l’anguleuse Patti, ne raconte pas tout, mais bon soit, je doute de l’intérêt qu’aurait le récit d’une défonce, même c’est une défonce de Patti Smith ... Elle le reconstitue, cet amour, et ils restent jeunes et beaux comme des dieux éphémères de l’instant présent, comme sur la couverture.

Un beau texte, d’une bien belle dame et un coup d’ « Horse », parce "People have the power", c'est un bien beau rêve, quand même ...

27/12/2013

Le dernier arbre Tim Gautreaux

4197197286.jpgUn livre qui avait tout pour me plaire ; un sud américain profond de vase et de sang, un huis clos dans une plantation de cyprès géants, étouffante de ma sueur des pauv' blancs, et des encore plus pauv' noirs, dans un temps d'après la Sécession, juste après.

Dans cette plantation, le seul garant de la loi est Byron Aldridge, ce qui fait que la pauv' loi s'incarne dans un homme brisé à la folie prégnante. Sa façon de maintenir l'ordre en ce domaine fermé sur lui même, lui est tout à fait personnelle, et ses crises de rage sont aussi constantes que sa passion pour les chansons à l'eau de rose ou les airs d'opéra sirupeux qu'il fait cracher sans relâche à son gramophone. Son Victrola a des airs du fin du bout du monde. Ecrasé par les horreurs de la guerre 14-18, c'est cela qu'il rejoue sans cesse ...

On est en pleine Nouvelle Orléans. L'Amérique du nord commence à se la jouer victorienne et industrielle, mais sur le domaine du constable Byron, rien n'en transpire encore ; les bruits de la scierie et les serpents d'eau tuent les hommes, aussi vite que son révolver, et presque sans distinction de couleur de peau. Les hommes qui travaillent là sont des oubliés qui se saoulent, à mort, aussi.

 Hasard qui démarre la fiction, c'est justement le père de Byron, le vieux propriétaire de scieries du nord qui rachète l'exploitation où le mauvais fils se terre, loin du modèle que le vieux aurait voulu qu'il soit, loin de toute parole, ni sur la guerre, ni sur rien. Et c'est le frère de Byron, le cadet, bien plus propre et plus méritant qui vient redresser les comptes et tenter de ramener son frère, si ce n'est à la raison, du moins à la raison du père.

Ce n'est pas tant cet hasard arrangé qui m'a gêné (on a avalé des couleuvres bien plus grosses que celle-là !) que le non emballement de la fiction. Une fois posée la situation explosive, on pourrait penser qu'elle explose. Et oui, elle explose, elle explose même tout le temps, en des explosions qui se répètent, de jours en jours, d'années en années, jusqu'à ce que le dernier arbre soit abattu. J'avoue m'être lassée de la lutte à peine fratricide des deux frères contre le méchant mafioso ( qui n'aime pas les airs d'opéra de Byron, mais c'est un détail), italien, proprétaire du saloon de l'explotation et qui ne veut pas fermer le dimanche ...

Et même quand les femmes et les enfants se sont pris les dégâts collatéraux, je n'ai pas frémi à cette montée en puissance, pourtant. Je ne sais pas ... des personnages un rien trop campés dans leurs bottes, et même lorsqu'ils tuent voire massacrent, je n'ai pas senti l'odeur de la poudre.

Tant pis et un toujours merci à A.M. ( après tout, il ne m'était pas destiné à moi, ce livre ...) et vive "Faillir être flingué"

15/12/2013

Affliction Russell Banks

Un homme affligé, à l'histoire affligeante, et  un récit qui ne l'est pas, un roman qui porte rudement bien son titre, comme une bande annonce qui aurait le mérite de la sincérité et de la simplicité : chronique d'une chute déjà pas mal avancée ...

L'homme affligé, c'est Wade Whitehouse. Il a tout raté depuis le début, il a quarante ans, et c'est le bout de son rouleur compresseur. Mariage raté, père raté, fils et frère de peu de poids, bungalow et boulots peu reluisants, au fin fond d'un coin perdu et très enneigé. Il veut tout rattraper.

Il a tout raté conscienceusement renfermé sur son exigence d'être parfait, un père parfait pour se rattraper d'être le plus souvent nul, toujours en retard d'un costume d'hallowenn, d'une distribution de bonbons. C'est le récit de ce premier échec avec sa fille (premier raconté mais pas le premier vécu) qui ouvre la série des ratages programmés. Parce que dès le premier chapitre, on sait que Wade est fichu, qu'il a commis des violences irréparables, sans savoir lesquelles, que personne ne veut plus entendre son nom, se souvenir de sa silhouette de brute dans l'encadrement d'une porte, ni son ex-femme, ni son ex-maitresse, ni ses ex-amis, pas même sa fille. Reste le narrateur, le plus jeune de ses frères, celui a qui Wade téléphonait encore, avant ce que l'on ne sait pas. Le narrateur croit tout savoir, se justifie aussi par ce récit, mais reste aussi creux d'émotions que son frère est en bourré, contradictoires et en guerre, ravageantes.

Wade est le policier de la petite ville où il a toujours vécu. C'est une petite ville dont presque tout le monde part et où peu viennent, mis à part quelques chasseurs de cerfs. C'est un petit policier qui doit faire attention surtout à la circulation des bus devant l'école. Il est aussi employé à forer des trous, l'été, et à déneiger, l'hiver, pour le compte du même patron pour lequel il travaille depuis toujours. Dans la petite ville, tout le monde connait Wide, et beaucoup s'en méfient, violent, imprévisible, il boit sec et peut frapper... Même pour assurer la circulation devant l'école, il peut avoir des ratés plein de rancoeurs contre "les autres", ceux qui ont mieux réussi.

Wade est un raté qui ne veut plus l'être et se trompe de combats. Il combat son ex-femme, veut faire revoir le jugement qui lui a enlevé sa fille, il veut la regagner, gagner efnin quelque chose. Il combat son ami, va jusque l'accuser de meutre, jusqu'à l'abberation d'un complot des "puissants" dans l'ombre de la montagne, passe à côté de la vérité,juste à côté. Il combat son patron qui le tient en laisse et le condamne à conduire la glaciale niveleuse comme d'autres s'enchainent tout seuls à leur propre laisse. Il combat dans le vide.

 Wade ne s'attaque jamais aux vraies causes de son propre naufrage, comme il ne va pas chez le dentiste, il garde sa dent pourrie pour mieux avoir la rage. Il s'acharne sur la niveleuse à neige plutôt que de déblayer devant sa porte. Il pousse les tas devant les portes des autres : son ex-femme, son nouveau mari, le chapeau du nouveau mari ... même l'enseigne du restaurant du coin, il lui en veut ...

L'histoire de Wade est un livre épais et rude, où l'on avance sur ses traces à la vitesse d'une déneigeuse, lentement, mais avec une puissance qui ne s'écarte pas de la route, elle, pas comme le personnage. Une puissance de mots où petit à petit on aperçoit les non-dit se soulever. Mais que c'est dur de se relever des coups de son père, du silence, de la honte de l'amour quand même ... de la haine. Un beau roman qu'il faut prendre le temps de suivre à pas lents et lourds, un engrenage qui vous prend de l'intérieur, car si raté qu'il soit, affligé, Wade traine aussi avec lui, une poignante empathie.

Une lecture à retenir, en lecture commune avec Ingannmic, ce qu'elle en pense est ici.

 

13/12/2013

Pobby et Dingan Ben Rice

pobby et dingan,ben rice,romans,romans américains,pépitesIl y a environ huit mille cinquante trois habitants à Lightning Ridge. Avec Poggy et Dingan, cela fait huit mille cinquante cinq. Sauf que Poggy et Dingan, même si tout le monde les connait, ils n'existent pas et ils ont disparu. Ce qui n'est pas sans poser problème.

Je pourrais lancer un avis de recherche mais en fait Ashmol s'en est déjà chargé. Parce que  depuis que Pobby et Dingan ont disparu, Kellyanne, leur meilleure amie est très malade. Ashmol est le frère de Kerryanne et même si il n'a jamais cru en l'existence de Pobby et Dingan, ce n'est pas une raison pour ne pas les rechercher, en tout cas, pas une raison suffisante. Mais retrouver deux invisibles quand on ne croit pas en leur existence, ce n'est pas sans poser problème. Alors, il faudra bien qu'il y croit un peu.

Si vous voyez Pobby et Dingan errer dans les mines d'opale, sachez que Dingan est calme et pacifiste et que Pobby boite un peu. C'est à cause de cela que Kerryanne arrivait un peu en retard en classe, parfois. Elle devait l'attendre. Tous les jours, ils prennaient le bus de ramassage tous les trois ensemble. En classe, Kerryanne prennait soin d'eux, et après, ils rentraient. Ils jouaient au rigaragoo et dansaient sous les éclairs. Enfin, quand il y en avait. Ou alors ils se couchaient. Toujours tous les trois.

Ah oui, j'allais oublier , Pobby et Dingan mangent exclusivement des Violet Crumble.

Ils ont disparu parce qu'un jour, le papa de Kerryanne, Rex Williamson, un mineur fou des opales qu'il n'a jamais trouvé et grand buveur de bière, les a oublié dans sa mine. Même Kerryanne ne sait pas si ils sont vivants ou morts. C'est pour cela qu'elle est malade, et c'est parce qu'elle est malade que Ashmol les cherche. De toutes ses forces.

Un roman tout petit et si plein de sensibilité pleine de si plein d'amour et si rempli de larmes qu'il ne faut surtout pas le laisser lire aux enfants qui s'inventent des amis imaginaires pour s'endormir le soir. Ils en pleureraient.Une histoire aussi triste que belle, celle d'une petite princesse un peu trop fragile et d'un frère qui l'aimait si fort qu'il en a cueilli une opale au fond de la mine.

Et que ceux qui ne croient pas en Pobby et Dingan sachent qu'ils "sont juste des cinglés qui ne savent pas ce que c'est de croire en quelque chose qu'on a du mal à voir, ou de continuer à chercher quelque chose qu'on a vraiment du mal à trouver"

 

 

04/12/2013

Les apparences Gillian Flynn

les apparences,gillian flynn,romans,romans policiers,romans américains,pépitesJe ne sais pas si vous avez vu, mais la robe, sur la couverture, révèle à la lumière d'une lampe de chevet, la nuit, un reflet argenté du plus bel effet, en apparence ...

En apparence aussi, Nick est très méchant et Amy est très gentille. Ammy est parfaite dans sa quête du mari parfait, indulgente et magnanime, alors que Nick s'emmêle les pattes dans ses petits mensonges qui deviendront grand et pouraient l'avaler tout cru si ... Il faut dire qu'ils ne sont pas dans le même espace temps. Les chapitres alternent le journal d'Amy, qui commence le 8 janvier 2005. Transportée d'amour, elle y annonce : "J'ai rencontré un garçon !" Amy est riche, née unique de parents prents qui s'aiment toujours d'amour tendre, des parents qui ont écrit pour elle ( contre elle ?) une série à succès mettant en scène une petite fille modèle qui résout tous les problèmes de sa vie parfaite avec un parfait bon sens moral. Bre, son double, en mieux. Ammy "la vraie" est une new-yorkaise pourrie gâtée mais qui le sait, et cela ne gêne pas. Tout le monde connait la Amy de papier, mais celle de chair est évidemment, plus, complexe, disons.

 Nick vient de la middle-middle classe, voire sous middle, ses parents ne sont pas parfait, mais il a un double lui aussi, sa soeur. Qui ne résout pas tous les problèmes avec un solide bon sens, lui non plus d'ailleurs. Nick semble être un brave petit gars, qui est tombé dans les bras de la parfaite Amy "en vrai" et tout roule.

Mais de mois en mois, Nick devient trouble, Nick ment, Nick s'échappe, Nick reproche, Nick par çi, Nick par là. Là commence le récit de Nick, le jour de leur cinquième anniversaire de mariage et le jour où Amy a disparu de la nouvelle maison, pas celle le nid d'amour de New-York, non, l'autre, la moche, celle de leur nouvelle vie d'anciens tourtereaux. En cinq ans, la façade de la perfection s'est sacrément lézardée. Nick a perdu son travail, Amy aussi, et une grande partie de sa richesse. Les parents de Nick mal en point et les voilà se coinçant dans le Misssouri, dans la ville natale de Nick, en fin de vie économique, la ville, et en pleine décomposition, comme ce couple. Tout est laid et sordide, tout couve dans la marmitte. Mais qui dit vrai ? Qui est la vraie Amy, celle d'Amy ou celle de Nick ? Qui est le vrai Nick ? La brave gars un peu paumé ou le salaud qui ne veut pas faire mususe avec sa gentille femme ? ( qu'est-ce qu'elle m'a énervée la Amy avec sa chasse au trésor rituelle pour chaque anniversaire de mariage et homard à la clef. Heureusement, mon homme est comme moi, il ne les compte pas, ça fait vieillir, ceci dit, je n'aurais rien contre un homard, à bon lecteur de mes notes par dessus mon épaule, salut ...)

Pas moyen donc de ne pas dévorer à toute vitesse ces vraies-fausses et fausses vraies confidences, ces sous entendu de demi vérités qui peuvent se retourner dans l'autre sens comme toute bonne claque qui ne se perd pas. Car ceci n'est qu'un aperçu de la première partie ... Et il y en a deux. Evidemment. A chacun sa chance : Nick ou Amy ?  La petite fille modèle ou la méchante Sophie ?

A lire aussi de la même auteure : "Les lieux sombres", j'ai aussi lu ( mais un peu moins apprécié) : "Sur ma peau"

02/11/2013

Un été sans les hommes Siri Hustredt

un été sans les hommes,siri hustredt,romans,romans américains,pépitesUn roman jubilatoire, lu en à peine deux jours, ou plutôt deux soirs, dont le dernier failli me coûter mon sommeil, je ne voulais pas lâcher avant la fin, j'ai fini par m'endormir avec, le sourire aux lèvres sans doute, tournant encore dans mon rêve les pages avec délectation .... (sauf qu'évidemment, au matin, il fallu relire les quelques pages lues en rêve ...) 

Délectation de l'écriture, un peu barrée, gentillement foutraque exprès. Que c'est bien imité, le foutraque de la vie quand c'est dans un roman bien écrit ...

La narratrice vous cause d'un coup, vous prend à partie en vous félicitant d'être encore là, puis repart dans son histoire, fait des petits dessins dans la marge, fourrage dans son souvenir, voulant tenir des archives sexuelles, puis les adandonne ... Délectation de cette liberté de ton, c'est tout mélangé, le grave et l'intime, la mort et l'amour, la vieillesse et l'espoir ... délectation des personnages, presque que des femmes, des un peu barrées aussi, de tous les âges, et la narratrice au milieu d'orchestrer la farandole.

La narratrice Mia, semble laisser courir sa plume le long d'un été : la petite cinquantaine ménauposée, mais encore belle, selon sa mère, elle vient d'exploser en plein vol, elle sort d'un épisode de folie passagère. Son mari, Boris, jusque là plutôt placide neurophysicien, un peu ventripotent, obsédé par les rats de son laboratoire, lui a annoncé qu'il faisait une pause d'avec elle, pour une pause plus blonde, plus jeune. Mia, rousse, poétesse incomprise, peu incline au partage, continue à l'aimer, comme on peut aimer son homme de sa vie pour toujours, même quand il vous a enfoncé le malheur dans le coeur.

Mia s'écarte pour mieux se voir, ne plus le voir aussi, le temps d'une pause, elle aussi, loin de son cadre habituel. Elle s'installe dans un lieu d'emprunt, près de la maison de repos où séjourne sa mère, et où s'est constitué un club de lectrices aussi âgées que leurs artères à mi-temps, avant l'arrêt final. Elle donne des cours à des jeunes filles, un club de sorcière en puissance, et fait connaissance avec sa voisine, Lola : jeune mère de famille débordée, et qui a une passion pour les boucles d'oreilles architecturales et un mari absent. Ou en colère.

Un livre qui met en jeu principalement des femmes donc, des femmes entre elles, par force, le plus souvent, plus que par choix, ce n'est pas un livre de femmes qui n'ont pas besoin d'hommes, de femmes fortes, à l'arc en amazone, non, c'est un livre de femmes oignons. Elles ont plusieurs peaux. La première peut faire pleurer et on se retrouve dans la cuisine à sangloter comme une vache au-dessus de l'évier, en rigolant quand même, parce que ce n'est pas vraiment de chagrin pour de vrai ( ou alors si, mais les oignons sont de très bonnes excuses ...)

Les femmes de ce livre ont plusieurs couches, une énergie attendrissante, pas mièvre, et certaines dévoilent des dessous très chics, comme Abigaïl, du clud de lecture des vieilles, cassée en deux par la maladie mais qui portent toujours des broderies à double face, une pour être jolie, l'autre pour être soi.

Mia promène sur son petit monde et elle-même, une parole moqueuse, ironique et complétement dans la compassion, l'attention à ces têtes rousses, blondes, blanchies, à perruque ... et surtout sur la figure maternelle, toujours debout et toujours fragile, qui sent la laine tiède et Shalimar. A la jeune pause de Boris, elle oppose l'ignorance, l'opacité, à Boris, la constance de sa folie douce pour lui seul partagée.

Un bien joli livre, plein de sourires qui pourraient tout aussi bien couler comme des larmes. Mais finalement non.

J'avais bien aimé aussi "Tout ce que j'aimais", de la même auteure, mais qui n'est pas jubilatoire du tout, je ne sais pas lequel des deux est le plus caractéristique de cette oeuvre, en tout cas, il me reste encore pas mal de titres pour le découvrir.

 

 

27/10/2013

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn Ben Foutain

panneaux.jpgBilly a dix neuf ans, deux sœurs, un père infirme ex-raté super star, une mère qui tient à peu près le tout dans les formes. Billy vient du Texas, une petite ville. Billy aurait pu aller au lycée, mais c'est trop tard. Billy est un ignorant du monde, même pas un péquenot attardé, un petit branleur normal. Mais parce que le petit copain de sa jeune soeur a agi comme un naze, lui aussi,  voilà Billy simple soldat engagé dans la guerre d'Irak. Petit pion, il appartient à la compagnie des "Bravos", pas mieux que lui tous des pions, jeunes et ignorants, des à qui il manque souvent une patte, et un sergent, Dime, un peu plus vieux et peut-être plus lucide, allez savoir, les tempêtes sous ces crânes restent silencieuses.

Ils sont en tournée, la "tournée de la victoire". ( celle de qui, ce n'est pas dit ...) parce que la compagnie, Billy en tête, est devenue héroïque lors d'un raid apocalyptique. Il s'en est sorti vivant et a tué plein d'ennemis, du moins, il le pense, puisqu'on le lui a dit. Les autres aussi sont vivants, sauf Storm, mémoire qui hante Billy, images qui le dérangent mais se superposent à celles des USA tout propres qu'ils redécouvrent. Effectivement, suite à leur action, on leur a offert en récompense quinze jours hors de la guerre pour profiter de leur gloire éphémère. D'abord, il y a eu l'enterrement de Storm, avec les honneurs dus au héros par une patrie reconnaissante, aveugle et d'une hypocrisie qui lui tient au cœur comme une couche de crasse. Puis, des villes et des réceptions.Puis, un jour et une nuit dans leur famille.

Et puis, là, c'est le dernier jour, dans la dernière ville. Ils sont conviés au match des "Cow boys", dans un stade où on leur dit de se tenir comme des héros. Billy ne se sent pas vraiment un héros, un peu paumé, potiche au garde à vous sous les projecteurs patriotiques. Il a fait ce que l'armée lui demandait de faire, il joue la comédie demandée, avec les autres. Il est question de transposer leur épopée victorieuse en chef d'oeuvre cinématographique. C'est quasi vendu d' avance, quasi déjà ... Billy et les autres suivent ce bout de rêve qui leur est laissé comme un trognon pendant que la journée au stade s'étire. On les exhibe comme des dindons de la farce, on les félicite, les remercie. Les Bravos acquiescent : que faire d'autre ? Dire qu'il est un tueur d'enfant ? Billy s'étonne, personne ne le voit ainsi, sauf lui même et il préfère ne pas s'y attarder.

Conférences de presse, séances photos, fausses interviews téléguidées, on les utilise à toutes les sauces, piétailles, on les piétine, poussés sur le devant de la scène, on les y oublie, pantins du patriotisme, on les pousse de côté quand d'autres VIP arrivent dans le carré des "honneurs", au dessus du stade. Ce sont des roulés dans la farine, auxquels il est laissé des miettes de pom-pom girls, à qui on montre le vrai côté de la fortune, des décideurs, qui n'est pas de leur côté. Les affairistes condescendants les congratulent, dieu en bandoulière, avec les mots de la victoire légitime des bons contre les méchants.

Le truc génial du bouquin, est le personnage de Billy dont on ne quitte l'esprit ni le regard. Mi dupe, mi consentant, mi naïf mi lucide, il ne sait qu'une chose, il doit y retourner. Ce qu'il sait de moins en moins, c'est pourquoi et pour qui.

Quelques moments d'anthologie : le nom des Bravos scandés sur les panneaux publicitaires entre une pub pour voiture et une autre pour une autre voiture, la mise en scène de la mi-temps du match, les Bravos coincés entre deux déhanchements de Beyoncé et consorts, la séance de dédicace des mastocs du football qui se prennent eux pour des guerriers, des vrais.

Pas seulement sur la guerre d'Irak, mais plutôt sur la manipulation patriotique, les vrais vainqueurs de toute façon, peu leur chaut des petits Billy.

 

22/10/2013

Le monde à l'endroit Ron Rash

le monde à l'endroit,ron rash,romans,romans américains,famille je vous haisTravis Shelton a dix sept ans et sûrement une chemise à carreaux. Ce n'est pas dit dans le roman, mais c'est le genre de jeune américain rural et sans grand avenir à en porter une, genre rouge, jaune et bleue. Sans trop de goût, quoi. Il aide son père sur la plantation de tabac qui ne rapporte plus grand chose. Il glande. Il aurait pu bien réussir au lycée et envisager autre chose, mais non, par ennui, désintérêt pour la chose scolaire, il glande. Il traine sa rancoeur, surtout contre son père, peu enclin aux rapprochements père-fils et si avare de compliments qu'il semblerait qu'il préferait avaler sa glotte plutôt que de parler à son fiston.

Entre deux bières, un parking et quelques potes pas mieux lotis que lui, il va à la pêche aux truites, son truc à lui. Pour payer l'assurance de son pick-up, d'abord, mais aussi parce qu'il aime ça, l'eau, les trous de la rivière, les poissons qui mordent à ses hameçons. Au détour de sa pêche, Travis va tomber sur une plantation de cannabis, ne pas résister à la tentation de s'en servir, ce qui évidemment, non seulement n'est pas bien du tout du tout, mais en plus va l'enchainer dans une série de rencontres pour son mal et un peu de bien quand même ; d'abord des ploucs mastocs, du genre qui ne rigolent pas, puis Léonard, l'ex prof en berne, un peu dealer, un peu cassé, qui héberge dans son mobil home étouffant qui prend l'eau, une compagne de fortune qui a bien roulé sa bosse elle aussi, Dana, à la peau de serpent qui mue au soleil et à l'âme aussi écorchée qu'une truite cuiellie en plein vol. Confronté à de vrais échecs, en plus du sien possible, Travis va grandir un peu des épaules, s'étoffer un peu de l'âme, et peut-être devenir autre chose qu'un looser, il mettra quand même du temps à sortir de sa peau de petit merdeux, l'anticipation n'étant pas vraiment son fort, au p'tit gars ...

Un roman peut-être moins surprenant que "Un pied au paradis", moins épique que "Séréna", qui sonne pourtant juste, j'ai trouvé, à cause des personnages, surtout, de jolis états d'âme pour Travis et son mentor, Léonard, une intrigue classique qui file sa tragédie peinarde, comme elle se doit d'être, inévitable et alambiquée ( avec un détour par un épisode sanglant de la guerre de Sécession, et un autre par les extraits du journal d'un médecin, qui se rejoignent finalement). Pour parodier un titre célèbre : "une tragédie chez les ploucs", ou "Les ploucs flingueurs", sauf que ce n'est pas drôle.

15/10/2013

Guide du loser amoureux Junot Diaz

Guide du loser amoureux, Junot Diaz, nouvelles, nouvelles Saint DomingueComme le titre l'indique plus ou moins, ce sont des nouvelles. J'aurais franchement préféré un nouveau roman de ce même auteur, mais bon, j'ai pris quand même, parce que c'était ce qui venait de paraître de Junot Diaz et que "La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao", c'est tout simplement génial. "La prose de Diaz électrise tout sur son passage" dit l'éditeur sur la quatrième de couverture. Soit. Sûrement, y a du volt là dedans, mais quand même, çà électrise moins, j'ai trouvé. Peut-être parce que ce sont des nouvelles et que j'aime moins les nouvelles que les romans, ou peut-être parce que je piaiffais devant, du coup, j'ai moins sauté en l'air.

Presque toutes les nouvelles tournent autour de Yunior (celui qui sévissait déjà autour du pauvre Oscar ...), un sorte de pivot à contre courant, un exemple à ne pas suivre, un loser d'amour qui le mérite bien, (et ne cherche point la repentance ni l'abstinence, sauf forcée évidemment ...), un Dominicain qui garde les yeux sur là-bas, l'île d'origine, et aussi sur les bas des reins qui passent à sa portée, un queutard qui saute sur tout ce qui porte nichons hauts (voire bas d'ailleurs, peu lui chaut si nichons et culs il y a ), parfois le regrette, quand il se fait larguer, reconnaît ses fautes, se fait larguer quand même, toujours infidèle et repentant. Il jubile et déchante en même temps, comme un destin de macho (presque) malheureux.

Mais ce n'est pas ce Yunior là, qui est touchant, bien sûr celui-là, il est drôle, poursuivant sa malédiction des stéréotypes des hommes "chauds" de là-bas, fumeurs, branleurs, glandeurs, braguetteurs ... A côté de ce dragueur, se voile l'autre, celui touché par l'exil, le pays pointé dans le coeur, comme un mythe déceptif et pourtant caressé, même oublié, caressant de quelques rayons certaines nouvelles. "Le soleil, la lune, les étoiles" en gardent trace, comme les deux femmes de "Otravida otravez" ( rien que le titre est une samba triste). Quelques passages, quelques phrases en sont les gardiennes, en espagnol dans le texte, plantées dans leur solitude comme les deux enfants dans l'appartement de l'arrivée à Boston, sous la neige de "Invierno". Puis, plus tard, plus grand, Yunior raconte un peu de son frère qui se meurt d'un cancer, de la mère qui d'un inconditionel amour l'étreint. Le père a disparu, reste cette ombre de l'aîné qui le double parfois, avant lui entre les cuisses des mêmes filles, puis disparaît. Reste le macho qui prend le sexe des filles comme d'autres mangent des mangues.

Un recueil un peu déceptif, donc mais que, en toute subjectivité, j'ai décidé de bien aimer. Même sans Oscar, qui m'a manqué ...

12/10/2013

Les filles de l'ouragan Joyce Maynard

les filles de l'oragan, Joyce maynard, romans, romans américains, déceptionJe ne sais pas ce qu'il y a en ce moment entre mes livres et moi ... Une sorte de flottement ... Ils ne me tombent pas vraiment des mains mais ils ne font pas beaucoup des pieds non plus pour que je m'acroche à eux. Ils m'annoncent des ouragans et je tombe dans la flaque !

Donc, pas d'emballement dithyranbique pour ces deux filles de l'ouragan qui ne m'ont guère emportée bien loin. Les deux héroïnes ont en commun d'être nées le même jour, dans la même petite bourgade du fin fond des USA, le même jour, soit neuf mois après une nuit d'éléments déchainés (mais pas que), affrontés par le père (mais je ne dirais pas de laquelle des deux. D'ailleurs, je ne suis pas certaine de me souvenir vraiment du mystère des deux conceptions, j'ai dû piquer un petit roupillon neurologique à la fin du truc, moi ...).

De cet ouragan un peu confus, nait d'un côté Dana, dans une famille où seul le père lui lui prête attention et affection, c'est à dire au moins autant qu'à ses fraises. Elle a quatre soeurs, mais berniques pour la communication, à croire qu'elles n'existent pas, et une mère, sèche et revêche, confite en religion et préceptes normatifs. Les deux, la mère et la fille,consentantes, se maintiennent à distance l'une de l'autre. Dana vit dans une ferme, qu'elle adore, grande, belle, blonde, artiste, seule de son espèce dans la famille. Ce qui n'est pas normal. Sauf qu'elle le répète tellement de fois qu'on finit par se dire qu'elle nous prend pour des sourds.

L'autre, Ruth, n'est pas belle, pas grande, pas artiste. Elle aime la ferme de Dana et de son gentil papa et Dana aime son frère, si beau, si mystérieux. Cette deuxième famille n'est pas folichonne non plus, mais un peu comme un miroir quasi inversé, mais pareil. Ruth se sent la seule de son espèce, elle n'aime pas les poupées Barbie, par exemple, alors que Dana en rêverait, mais c'est sa mère à elle qui ne les aime pas. (Vous voyez le truc ...). De projets troubles en rêves grandioses qui finissent pathétiques, le papa, George, n'est jamais là. La si originale maman, Véra, est artiste, si peu mère que les deux enfants ne l'appellent même pas maman ... Toujours fourrée dans ses pinceaux et lui sur les routes, les deux irresponsables brinqueballent leurs enfants d'un foyer précaire à l'autre, sans plus d'affection qu'un bol de céréales pour le diner. Alors que la famille de Dana reste toujours à sa place, ce qui fait que c'est facile de se retrouver, enfin, presque ...

Voilà. Comme dans la ferme du papa, les mauvaises mères produisent les mauvaises filles, comme les fraises produisent les meilleures fraises si elles sont bien greffées avec les bonnes pousses. Sans accuser ce roman, qui aurait pu être agréable par ailleurs, d'eugénisme (mais peut-être quand même d'un certain angélisme ...), l'idée que les enfants soient à ce point déterminés par leur héritage génétique m'a un peu gêné.

J'ai la courte vue, et je sais bien que l'homme descend du singe, puisqu'on ne l'a dit, mais j'aime à me dire aussi que ce n'est peut-être pas besoin de le faire en ligne droite (dans un roman, en tout cas, on a le choix), je veux dire comme une noix de coco tombe d'un arbre à noix de coco ... ( mes connaissances en génétique en général et en noix de coco en particulier, restant particulièrement embryonnaires, si un spécialiste passe par ici, qu'il ne me conspue point) ...

11/09/2013

Les frères sisters Patrick DeWitt

377.jpgCe fut ma dernière lecture des vacances, et sûrement qu'il en a pâti, le pauvre bouquin ... Commencé sur le transat piscine, poursuivi sur le trajet de retour ( avec des escales, le retour en plus, le genre d'escale qui ne permet pas de lire le soir, pas merci la A. ex lozérienne), terminé ouf ! finalement juste avant de retrouver le train train. ( et courir après ma lecture commune en partance pour ailleurs, mais ceci est une autre histoire).

Balloté dans la voiture entre deux coups d'oeil par dessus les lunettes de soleil à verres progressifs qui ne marchent pas aux gros camions très gros et très méchants qui allaient nous propulser contre la rambarde de sécurité de l'autoroute (lire en voiture avec des verres progressifs qui ne marchent pas, je ne vous dis pas le sport, ils ne grossissent que les camions !).

Mon homme : "pas de panique !", Moi : "je ne panique pas, pas du tout" (ai-je déjà dit que la mauvaise foi est ma qualité première ?) Je rajoute : "Je gère très bien mon stress de la route, je lis tranquillement." - "t'es encore sur tes westerns ?"- (là, c'est lui qui est de mauvaise foi, vu qu'il lit les mêmes que moi, le traitre ...) " Ben, y'a des tueurs, comme dans "Le tireur", mais le même genre vraiment, et puis ils sont deux et ils n'ont pas mal au cul. y'en a bien un, le narrateur, qui a mal tout le temps un peu partout, une histoire d'araignée dans sa botte qui va lui monter aux molaires..." En réponse, un sourire dubitatif, je suis certaine que mon homme pense que j'ai passé la dix-huitème dimension. Ce qui est faux.

" On fait une pause, là?" ... " Ok, non, ce n'est pas grave, c'est juste que Charlie, il est en train de se faire le médecin, alors après ça va m'embrouiller, c'est notre fils qui a envie depuis 1.00 de faire pipi ? d'accord, d'accord, j'avais pas entendu ... Il peut pas faire en ouvrant la fenêtre ? Ben non, t'as raison, je suis bête, y a la clim ..."

Ma périgrination de retour, c'est certain, a nuit à à la leur, celle des deux frères tueurs, les fameux frères sisters, tueurs à gage aux ordre du mystérieux commodore. Ils tuent plus vite que leur ombre, tout ceux qui les gênent, et ils sont nombreux, vu qu'il ne faut pas grand chose pour les gêner. Solitaires et indifférents deux personnages à la tarantino égérès dans un paysage à la John Ford.

Ils sont censés être en mission, ils doivent tuer un certain Kermit Warn, chercheur d'or de son état, entre autre (il se révèlera être bien plus qu'une cible, mais ceci est une autre histoire).Comme Charlie boit beaucoup, il est souvent malade et souvent vomir prend du temps, ses tripes les retardent, sans compter le temps de prendre ses cuites en mauvaise compagnie et de s'en remettre à coups de bains chauds. Charlie, c'est l'ainé, il est le chef, et il est le pire des deux question gachette, je veux dire le meilleur, il tire avant même de le savoir lui même. C'est comme un instinct.

Le narrateur est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus sensible, mêm si il ne faut pas trop le chatouiller le ventre (qu'il a ventripotent semble-t-il) car il peut avoir le coeur qui palpite, pour un chaval éborgné ou une pâle comptable d'un hôtel borgne aussi.

Le périple des deux frères avant Sacramento (la première partie du livre) m'a paru chaotante à souhait, mais un peu sans but, les épisodes et les rencontres se succèdent, burlesques, pince sans rire, humour noir, tout y était pour me plaire, et pourtant ... La seconde partie ( à sacramento, donc), je me suis plus calée dedans, et dans mon fauteil de lecture au fond du jardin retrouvé.

Il faudrait un jour se pencher sur l'influence du confort des fesses sur l'implication du lecteur dans sa lecture. Nul doute qu'elle soit conséquente. Sans parler de celle des lunettes.