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16/09/2012

Lonesome dove Larry McMurthy

imagesCAJNQ0X9.jpgMais où est passée ma conscience politique pendant cette lecture ? Sous l'ombre des cactus ? Sous la selle d'un cheval ? Dans les remous du Rio Grande ? C'est honteux, tu me fais honte, disait le séraphin de la cause juste, perché derrière la Athalie lectrice plongée dans les aventures westerniennes de tueurs d'indiens ( enfin ex-tueurs d'indiens, des ranchers qui avaient nettoyé la frontière du Texas des hordes rouges qui encombraient les blancs qui voulaient s'y mettre). Même ex, ce n'est pas une raison, ce sont les aventures d'ex-massacreurs d'indiens magnifiés en cow-boy mythiques que tu es en train de suivre avec des yeux de merlans frits sous tes lunettes de soleil. Le pire, c'est le Augustus, t'as carrément ton ixième béguin de l'été, littéralement sous le charme d'un type crasseux de poussière qui n'a pour toute intelligence que celle de sa grande gueule ... Reviens à toi, Athalie, et tente un résumé objectif ! fin de la parole séraphine.

Il était une fois, dans un ranch pourri, près d'un bled paumé, des ex-ranchers qui tentaient de devenir éleveurs, en volant le bétail des mexicains, principalement. Dans le ranch, il y a Augustus, le philosophe de la bande qui cause sans arrêt, et fait très bien les biscuits. Il y a un cuisinier mexicain qui sonne à tout rompre la cloche et fait peu d'autre chose. Il y a un gamin, qui voudrait bien devenir un homme, un vrai. Le vrai pour lui, c'est le chef de la bande, celui qui n'aime pas les femmes, n'aime pas parler, que travailler, et qui a une jument qui le mord et  qui est peut-être son père. Et d'autres figures toutes aussi technicolor, voire plus. Il y a aussi deux cochons. Dans le bled paumé, il y a une prostituée, dont presque tous les cow-boys sont amoureux, mais, elle, elle rêve d'aller à San Francisco. Arrive un vieux copain des deux ex-ranchers, tueur accidentiel d'un dentiste-maire, joueur de poker charmeur, qui va remporter la prostituée, mais uniquement parce qu'elle le veut bien, pour l'instant. Tout ce monde-là, va partir pour le Montana, là où l'herbe est plus verte, et on part à cheval, en vieille cariole, transbahutant un troupeau de vaches, avec un taureau qui n'est pas clair, et des cours d'eau non plus. Sans compter un shériff un peu lent, sa femme un peu volage, son adjoint un peu couillon ... et là faut s'arrêter et descendre de la selle pour rentrer prendre un whisky dans un saloon, au risque d'en trop raconter et que John Wayne ne croise Lucky Luke et Joly Jumper, la vraie Calamity Jane.

A lire absolument donc, en laissant de côté toute conscience politique ... Sauf que, si l'auteur m'écoute ( ce dont je ne doute pas) qu'il sache que laisser son héroïne dans une situation aussi fâcheuse à la fin du premier tome, relève de la torture morale pour la lectrice et que si Augustus commence à se repentir, je veux bien envisager de l'épouser.

Athalie

14/08/2012

L'année brouillard Michelle Richmond

imagesCAGOBWIY.jpgAbby aime Jack et Jack aime Abby. Abby a la trentaine, des aventures amoureuses passées, et est photographe. Elle aurait aimé d'art, mais pour l'instant, c'est de mariage et d'anniversiares. Jack est prof. Il a eu une femme, Lisbeth, qui lui a donné une fille et est partie sans plus en prendre de nouvelles, ni de l'un de l'autre. Emma est la fille de Jack, elle a six ans, c'est une adorable petite fille au caractère bien trempée et qui a peur de l'eau. Abby commençait à l'apprivoiser, à l'aimer, et l'inverse. Abby et Jack allait se marier. Un truc à l'eau de rose, quoi. Sauf que (ben ouais, il faut bien un "sauf que", sinon, on n'aurait pas de roman, du moins, pas un plutôt bon roman).

Emma portait des chaussures bleues pointure trente trois le matin où elle est allée se promener sur la plage d'Océan Beach avec sa presque future belle-mère qui lui a lâché la main juste un moment. Le temps était au brouillard épais, la plage est réputée dangereuse, il y a souvent des lames de fond. La petite s'est un peu éloignée, Abby a pris une photo d'un bébé phoque, elle voulait le montrer aussi à la petite, mais la petite n'est plus là. Quelques secondes avant qu'Abby ne plonge dans l'irrémédiable espace temps qui sépare la normalité de la stupeur. Drôlement bien raconté d'ailleurs. Abby cherche aux alentours, logiquement, puis plonge dans la bascule et réalise : Emma n'est pas derrière la digue, Emma n'est pas retournée à la voiture, Emma a disparu et personne n'a rien vu.Il faut téléphoner à Jake, organiser les recherches, lancer des appels, distribuer les affichettes. L'affaire Emma monopolise les médias, puis moins, le temps l'éloigne, les éloigne, éloigne tout le monde d'Abby, la responsable, même pas l'accusée.

Seule, Abby reste sûre qu'Emma est vivante, que le secret des retrouvailles est dans les quelques images qu'elle a gardées dans sa rétine ; une moto, un van, un postier ... En même temps quadrille absurdement la ville, affichettes à la main, déteste les enfants encore là, ceux qui n'ont pas été enlevés, les familles normales, ce qu'ils auraient dû être, elle, Jack et Emma si, si, si, elle n'avait pris le temps d'une photo de bébé phoque.

On suit Abby dans les différentes étapes de cette perte, de cette histoire rythmée par le temps qui passe et qui efface les maigres pistes  de sa mémoire, et de celle des autres, la perception du temps devient autre, quand la répétition devient ressassement. Un roman qui parle aussi des mécanismes de la mémoire, de l'oubli, de ses rapports avec la photographie aussi, et ce que les photos ont de liens avec les traces de la réalité, mais pas forcément avec la vérité.

Athalie

25/07/2012

Little bird Craig Johnson

little bird,craig johnson,romans,romans américains,romans policiersCe ne sont pourtant pas les avertissements qui m'ont manqué (notamment ici et ), mais rien n'y a fait ... Walt Longmire, c'est fait, je vous aime ... Vu qu'on est quand même pas mal sur le coup, entre les lectrices et les personnages, je ne sais comment vous allez vous en sortir, alors que vous ne finissez quand même pas très frais après cette première aventure ( "Little bird" est le premier de la série, après c'est "Le camp des morts", après, je ne sais pas mais ce n'est pas dur à trouver, c'est très suivi comme addiction).

Pourtant, à-priori, Walt n'a pas vraiment la carrure d'un séducteur : dépressif ( sa femme est morte depuis quatre ans, il semblerait que ce soit la cause), il se laisse aller, négligé sur lui et autour de lui. Sa maison inachevée ressemble à une cage à souris en bois avec des trous, meublée en caisses de bières et quand il prend une douche dans sa baignoire desmaillée, le tombeur (involontaire) de ces dames se métamorphose en un "burrito de vinyl (...), scellé sous vide", vu que les rideaux de douche sont eux aussi irrésistiblement attirés par lui. Pas non plus surchargé de travail, pas ahomme d'action non plus, il traite vaguement les affaires courantes de la petite ville dont il est le shériff, entouré d'un adjoint à mi-temps, d'un incapable raciste, d'une adjointe mal dégrossie, fragile, mal mariée, mais efficace. Heureusement que la bourgade est placide, entre "journée des crèpes" et décoration urbaine à régenter.

Il y a quand même le dossier "Little bird" qui le turlupine, (parce Walt est lent, mais a le sens de la justice). Little Bird est le surnom de la jeune indienne handicapée qui a été violée par quatre jeunes imbéciles arrogants, et blancs. Condamnés à des peines ridicules, ils continuent à chasser, pêcher, jusqu'à ce que l'un d'entre eux s'étale définitivement au milieu d'un troupeau de moutons, totalement irrespectueux d'ailleurs. L'enquête peine à démarrer, les indices sont légers comme des plumes et on attend, un peu longtemps d'ailleurs que Walt se décide à y croire. En attendant, donc, on est très occupé à faire connaissance avec tout ce monde, un peu plouc, un peu déglingué. Et tout doucement, on se rapproche de la Réserve. Tout à côté de la bourgade, on dirait un autre monde, ignoré, où l'on accède pas sans passerelle, et celle de Walt est son meilleur ami, Henry, aussi trognon que lui, mais meilleur cuisinier, moins prude et surtout indien. Il tient un café par intermittances sociales et s'occupe pas mal de notre héros. Les liens d'une amitié virile et complice occupent autant leur temps que la recherche des fantômes indiens et autres. La solution de l'énigme (peu crédible) laisse notre Walt dans un sale état d'âme, dont on rêverait de le consoler ...

Une lecture souvent drôle et pourtant, la présence, invisible, de la communauté indienne, le mépris méfiant envers le personnage d'Henry, en dit bien autant que des discours moralisateurs sur les "grandes causes" à défendre.

Suite à venir, forcément !

Athalie

23/07/2012

A suspicious river Laura Kasischke

violee.jpgLeila a vingt quatre ans. Depuis quelque temps, elle est la réceptionniste la plus consciencieuse de l'hôtel Swan, un hôtel posé dans cette bourgade qui suinte l'ennui et les médisances de son enfance, posée à côté d'un lac où des cygnes vivotent. Des touristes y réservent des chambres mais des hommes seuls y sont aussi de passage, pour une nuit. Pour soixante dollars, ils ont une chambre, et pour soixante de plus, l'homme seul qui a fleuré la bonne occasion peut avoir Leïla pour un moment de sexe ; le temps qu'elle mette la pancarte "Je reviens dans un moment" sur le bureau de la réception, et elle se propose à leur porte. Jupe bleu marine, col en dentelles, ils n'en reviennent pas.

Leïla est mariée, Rick l'aime depuis leur seize ans, quoiqu'elle fasse, il la nourrit, l'entoure, bon gros nounours qui obéit à papa et maman. Mais, là, Rick maigrit, s'écarte. Leïla flotte à côté de lui, il y a longtemps qu'elle s'est écartée, elle. Elle met l'argent de son corps dans une boite, de plus en plus remplie, pour s'offrir quelque chose, ne sait pas quoi, un truc blanc, un truc pur. Le sexe monnayé se fait de moins en moins soft quand Gary pousse la porte de l'hôtel Swan. Gary est violent, vicieux, pervers, Laïla se laisse faire, absente de tout ce qu'il lui est fait et le sexe devient une suite d'acquiescements à sa propre chute.

Le récit de la descente de Leïla menée par Gary à un train d'enfer est entrecoupée de retour en arrière qui évoquent des épisodes de son enfance, tous axés sur les visions de sa mère à la beauté de femme fatale, sa mère la putain, qui part seins nus sur un voilier, son amant qui la prend, les mains dans la vaiselle, vite fait, pendant que le mari est parti chercher des bières dans le garage. Le mari, le père de Leïla, le frère de l'amant. Le mari vaincu, l'amant sanglant, le corps de la mère hantent l'esprit de Leïla qui s'allonge, suce, se laisse besogner comme une souche absente. Belle, pourtant disent-ils, ceux qui lui passent dessus.

Et moi, pauvre lectrice consentante, soit, mais quelque peu violentée aussi par ce roman que je me suis mise de moi-même dans les pattes, je me disais, mais pourquoi je continue, moi, pourquoi je le termine ( bon, je l'avoue j'ai parcouru les dernières pages en apnée) par masochisme ? Fais-moi mal Kasischke, Kasischke ? Par sadisme ? Fais-lui mal Kasischke, Kasischke ? Ou serais-je atteinte d'une autre perservion auto-destructrice ? C'est quoi cette histoire "telle mère pute, telle fille pas mieux" ? "Plus va la petite fille au lit qu'à la fin on la jette" ? Comment accrocher (finalement) à cette histoire aussi noire ?

Athalie

 PS : je mets le lien sur le site de l'artiste dont j'ai utilisé l'image en illustration, son travail me renvoie très subjectivement à cette lecture

http://www.monicaperezalbela.ch/barbie/barbie.htm

Autres commentaires sur ce blog d autres titres de la même auteure : En un monde parfait, La couronne verte

 

17/07/2012

Le diable tout le temps Donald Ray Pollock

le diable tout le temps,donald ray pollock,romans,romans policiers,romans américainsJ'ai croisé mon ami Jack dans les croisées du salon du livre d'"Etonnants voyageurs". Mon ami Jack ( ce n'est pas un surnom, c'est son nom) est très, très grand, ce qui fait qu'on ne le loupe pas, même dans un salon du livre bondé. Il m'a lancé : "Va voir le Pollock, c'est du bon". Mon ami Jack étant un fin cinéphile et un amateur éclairé de polars américains, je n'ai pas vu le Pollock, j'en ai pris un sur la pile (après avoir lu la première page et surtout sans lire la quatrième, c'est ma technique habituelle quand on me lance sur un livre dont je ne sais strictement rien). Merci Jack ...

Est-ce un polar ? Un roman noir ? un road-movie immobile et à plusieurs vitesses, je ne sais, mais c'est un sacré bon bouquin. Comme on dit un sacré coup de rouge, je veux dire que ça tâche. A éviter si on aime les tables bien dressées avec nappe blanche. Le sourire vient parfois aux lèvres mais quand même un peu tendu parce que tous les personnages (ou presque) sont de sacrés saligauds. Les drames les plus épouvantables, horribles, répugnants, malsains se succèdent et pourtant jamais le coeur ne m'en est venu sur les lèvres tant l'écriture met à distance toute émotion, c'est écrit comme si tous ses crimes étaient, finalement, normaux, voire des sortes de gags, voire artistiques ....

Les deux villages où l'action se déroule sont presque limitrophes, un dans l'Ohio, et l'autre en Virginie Occidentale. Ce qu'il ont en commun, c'est qu'ils sont ruraux, très ruraux, et qu'ils sont liés par le chemin du personnage (on va dire principal), Arvin.

Arvin, c'est le fils unique de Willard Russel. Celui-là, quand il est revenu de la guerre du Vietnam, tout ce qu'il voulait, c'était rentrer chez lui, au fond des bois, chez sa mère, avec son oncle et basta. Pas envie de dire si les Japonais mangeaient au non leurs prisonniers. Rien. Sur le chemin du retour, il a, malgré tout, croisé du regard la belle Charlotte, serveuse de son état, aussi belle qu'une actrice de cinéma. Ils se marient, projettent de devenir propriétaires à la campagne, Arwin suit les traces de son père, mais Charlotte se meure et Willard dérape. A plein tube.

Roy est prédicateur, il s'arrose d'araignées pour montrer aux fidèles qu'il ne faut pas avoir la peur de l'amour de Dieu. Théodore, pour l'amour du même Eternel, a sacrifié ses jambes ( ce qu'il finira quand même par regretter), c'est donc sur son fauteuil roulant qu'il suit Roy en accompagnant ses sermons au violon. Jusque là, tout roule à peu près bien ... Où ils vont vraiment mal tourner, c'est lorsque Théodore va, égoïstement, encourager Roy à mettre à l'épreuve son pouvoir de résurrection. Je vous passe les histoires d'amour avec la femme flamant rose et autres aventures qui les mèneront, ben, vers une sorte de destin (?)

Suivent, ou s’entrecroisent, dans un cortège brinquebalant vers un enfer de pacotille : un couple de tueurs nymphomane-photographe, un prédicateur libidineux, un shérif véreux, quelques filles laides mais perdues de vertu quand même, et Arvin, l'enfant qui n'avait reçu qu'un pistolet en héritage, et un certain sens de la justice, un drôle d'ange quand même ...

 

 

 

14/07/2012

Délicieuses pourritures Joyce Carol Oates

imagesCA1MFET3.jpgAprès avoir été conquise par "Nous étions les Mulvaney", déçue par "Zarbie les yeux verts" et dans l'incapacité de lire "Le triomphe du singe araignée", je ne voulais pas râter mon nouveau dans la poursuite de la découverte des romans de Joyce Carol Oates. Pourquoi cet acharnement ? Ben, parce que je suis sûre qu'il y a d'autres pépites, dont "Bellefleur", pavé qui me fait les gros yeux doux. Je l'ai laissé encore un peu mariner et j'en ai pris un petit, au titre assez tentateur... Je sais maintenant qu'il est extrait d'un poème de D.H Lawrence, ce qui a son importance.

"Cherchez la jugulaire", "Allez plus profond", martèle Andre Harrow à ses étudiantes : un groupe d'une dizaine de ( plutôt jolies) filles de dix à vingt ans qui ont le privilège d'assister à ses cours de littérature anglaise, notamment sur D.H. Lawrence, son auteur fétiche, mais qu'il a relu à sa façon, pas forcément très littéraire ou trop littérale ... Ces étudiantes sont en quelque sorte des élues qui entretiennent entre elles et avec leur professeur, des rapports, disons, excessifs (?). Gillian, la narratrice en devient obsédée, elle vit, écrit, agit, pense, pour être remarquée par lui, aimée par lui.

Elle les espionne, lui et Dorcas, la femme d'Andre : une artiste libre (libérée ?). En dehors des normes sociales, elle sculpte comme un homme des totems aux formes féminines exarcerbées, très sexuées, trop aux goûts de certains. Darcas fascine aussi Gillian qui tente de s'approcher du domaine de ses dieux. D' étranges suspicions courent dans l'université : des débuts d'incendies, des alarmes dans la nuit, des comportements qui dévient, des rumeurs : Andre aurait des préférées, Docas prendrait des stagiaires ...

" Je vous aime, pourries, / Délicieuses pourritures" et en enlevant la virgule entre "aime" et "pourries", ça fonctionne aussi. Une excellente lecture, avec un goût de malsain, peut-être ...

Athalie

 

28/06/2012

L'histoire de Bone Dorothy Allison

l'histoire de bone,dorothy allison,romans,romans américains,romans autobiographiquesCe livre aurait mérité de ne pas être lu en tronçons, saucissé en quelques pages par ci-par-là, entrelardé d'autres envies, envies de lectures plus légères, plus oisives. Pauvre Bone, déjà que ça ne partait pas très bien elle, dans sa vraie-fausse vie (puisqu'il semblerait que ce roman soit en grande partie autobiographique)

Bone, c'est juste son surnom, "os", on peut faire plus affectif. Son prénom, a été choisi par sa tante, vu que sa mère ne pouvait le faire, inconsciente après l'accident de voiture provoqué par son oncle ivre, elle avait été éjectée par le pare-brise et a accouché sans le savoir. Du coup, la tante, elle a donné au bébé le même prénom que le sien, Ruth, et Ruth-bis se dit "Bone" dans cette famille-là. Il reste le nom de famille. Le truc pour cette partie-là de l'identité, c'est que son père, un vil séducteur, est parti et Bone est enregistrée comme batarde. Anney, sa mère, a seize ans, pas de travail, mais Bone, sa fille, qu'elle va l'aimer et protéger, comme elle le pourra, comme le pourra aussi toute sa famille d'oncles, et tantes, de cousins, de grand-mère branlante à la chique bien pendue, sous les auvents des maisons du Sud, lézardé par la misère.

La famille, les Boatwright, sont solidaires, s'aiment et  se soutiennent. Le souci est qu'ils sont tous à moitié branques, les frères surtout, violents, coureurs, alcooliques, multirécidivistes, ils traînent les bars et les petits boulots. La racaille du coin. Les femmes, les soeurs, font les enfants, prennent les affaires en main quand la misère tourne trop mal et ne peuvent rien faire d'autre que de tenter de résister et d'éléver la bande de "mioches", à coup de thé glacé et de gâteaux au ketchup. Tous aussi pauvres les uns que les autres, tribu de petits blancs racistes et sans autre dignité que celle de leur couleur de cheveux, la même ou presque de génération en génération à cause du grand-père qui aurait été Cherokee, mais rien n'est moins sûr, en fait.

La mère de Bone, Anney, commence sa vie de mère en mère courage : elle se bat contre l'étiquette de batârde, tente de l'enlever à sa fille, ne fricote pas dans le bar où elle gagne sa vie, ne se laisse pas aller dans cette misère crasse. Mais, bon, le sort s'acharne ; un premier mari, gentil laisse la place à un second, qui le sera beaucoup moins. Au début, il essaie, il tente, Anney y croit, ils vont faire une vraie famille, ils vont y arriver ( il y a eu une petite soeur entre temps), se sortir de là. Sauf que "Papa Glen", n'y arrive pas, éternel looser, sa haine se focalise sur Bone. Bone grandit, obstinée, obstinée à aimer quand même, à devenir elle, malgré la protection déficiente qu'elle cherche partout.

A chaque fois que j'y revenais, il y avait une nouvelle tuile, un nouvel "os" et Bone s'enfonçait, jusqu'à la fin dans un malheur d'aimer poignant. Le titre en anglais révèle la violence dévastatrice qui ronge la petite, "Bastard out of Carolina", comme la ronge l'amour de sa mère.

Athalie

PS : une lecture qui vient de A.B. Merci A.B. parce que plus j'y pense, plus je trouve le bouquin bien.

23/06/2012

Arlington Park Rachel Cusk

arlington park,rachel cusk,romans,romans anglaisArlington Park est un quartier, genre "beau quartier", ou alors une sorte de banlieue un peu cossue, entourée d'autres qui le sont moins, une sorte de guetto choisi, étouffant, à part, protégé des miasmes de la pauvreté. Il y pleut beaucoup mais il n'y a pas d'air. Le premier chapitre donne le ton, en une superbe description d'une averse torrentielle et intrusive.

A Arlington Park vivent des femmes, des femmes mariées, essentiellement, des femmes au foyer avec enfants. Les maris sont des fantômes, du genre qui travaillent toute la journée dans un bureau, ailleurs et ouvrent la porte le soir du foyer avec la bonne conscience du salaire gagné. Leur rôle est réduit à cette fonction financière. Elles, elles sont vampirisées par leur quotidien répétitif, réduites aussi à quelques aspirations matérialistes, des rêves limités au confort aténiable dans leur classe moyenne, pouvant se voir de l'extérieur, comme dans un cycle de lavage, elles ont mis leur vie sur programme long avec prélavage pour que tout soit bien propre. Moi, ça m'a fichu le cafard.

Les chapitres du roman en présente une, à chaque fois, au centre, en commençant par Juliet, l'ex élève brillante qui se vit comme "assassinée" par le mariage, puis, Amanda, Maisie, Solly .... A chaque fois, chacune est analysée, décortiquée, aspirée, puis au chapitre suivant, rejetée en périphérie, avant que finalement le dernier chapitre ne les regroupe en un diner "à la bonne franquette" entre voisins et vagues connaissances. Horrible vase clos qui se referme. Entre temps, on aura les occupations essentielles de leurs journées : le papotage entre mamans fraichement libérées par le temps scolaire, qui se retrouvent un moment pour boire un café chez la névrosée du ménage, Amanda, dans sa cuisine aseptisée, son salon design, dans sa maison rénovée avec goût du jour : les murs ont été abattus pour faire de l'espace, tellement d'espace que c'est vide, et les petits garçons n'ont pas le droit de tendre la main vers la vitre de la fenêtre parce qu' après, il va falloir enlever les traces.

Une fois, elles vont sortir pour une virée shopping dans un centre commercial, avec poussettes, et enfants et cafétaria intégrée : " un restaurant qui ressemblait au purgatoire. Il était au dernier étage et il y avait de grandes photos de champs verts sur les murs, et des fenêtres partout pour que l'on puisse voir les routes. (...) C'était comme les objets trouvés, mais pour les gens". Cela vous donne l'ambiance de l'ennui pesant, quand manger là-dedans devient une distraction rare, presque un moment d'évasion. Il y a aussi un parc à Arlington Park, où passent les femmes qui rentrent leur marmaille et parfois s'arrêtent à l'aire de jeu : " Elles poussaient les balançoires. (...) Elles semblaient confuses et inconsolables". Il y a Christine, qui se fait un titre de gloire d'avoir vu sa lettre publiée dans la gazette locale : défendant bec et ongles le droit des mères à encombrer la chaussée avec leur 4X4 pour aller chercher les enfants à la sortie de l'école. Il y a Sony qui découvre la liberté dans les senteurs des huiles de bains de la locataire de sa chambre d'ami. Il y a Juliet, dont le suprême moment d' épanouissement personnel est de goûter sa revanche un vendredi soir par mois, parce que ce jour-là, c'est son mari qui va chercher les enfants pendant qu'elle tient son "salon littéraire" : quinze lycéennnes qui se balancent sur leur chaises dans la bibliothèque scolaire en mangeant des gâteaux.  

Des vies qui pataugent dans des feuilles mortes, avec plus au bonne conscience de leur chance, elles qui ont "tout" ... On en a jusqu'au cou. Recroquevillée dans mon fauteuil, j'ai craint l'asphyxie mentale. Une lecture plombante, à lire armée d'une antidote "barbie girl" :  triple ration de fraises Tagada à tremper dans un tube de lait concentré nestlé sucré ou toute compensation de poids.

Athalie

Le commentaire par où cette lecture est arrivée :

http://lillyetseslivres.canalblog.com/archives/2012/04/01...

11/06/2012

La dernière séance Larry Mcmurtry

larry mcmurtry,la dernière séance,romans américains,romansThalia est une ville du Texas. A Thalia, il y a Sonny et son meilleur ami Duane. Il sont lycéens, plus ou moins, joueurs de football et de basket, plus ou moins, vivent de petits boulots, logent dans la pension du coin. Les parents, c'est pas vraiment ça. Ce qui est vraiment ça, c'est les filles. Duane sort avec Jacy Farrow, la seule jeunesse dorée du coin. Duane est fou de Jacy, Jacy est plutôt folle d'elle-même, véritable petite garce qui va monter en puissance. Sonny, lui sort avec Charlène, c'est en gros tout ce qui lui reste, en fait, faute de ne pas pouvoir avoir Jacy, de ne pas pouvoir peloter Jacy, lui  rouler de gros patins, tenter de glisser les mains le plus près possible du soutien gorge de Jacy, il tente de le faire avec Charlène, plus ou moins sans conviction, lors des séances uniques du samedi soir au cinéma, l'unique cinéma de Thalia, séances de pelotages qui laissent les garçons raides comme devant.

A Thalia, il y a aussi Sam Le Lion, le propriétaire bienveillant du billard. Son surnom, il l'a bien mérité mais on ne le saura qu'à la fin. Il possède aussi le café. Entre l'un et l'autre, les jeunes traînent, font des plans foireux, ne pense qu'à ça, en manque de filles, en manque d'histoires. Sam a recueilli Billy, simplet d'esprit, il ne pense à rien d'autre, lui, qu'à balayer les trottoirs de la ville du cinéma au café, toujours dans le même sens, faut dire qu'à Thalia, il n'y a pas beaucoup de sens possibles. Sony l'aime bien Billy, le souffre douleur des garçons, celui à qui on enlève son caleçon, pour rigoler, et même une fois pire encore. L'ennui, ça fait tourner les choses au vinaigre, ou en rond.

Ne pas oublier l'entraineur de football, sorte de répugnant autocrate, aux méthodes bien particulières, il mène parfois ces adolescents en rut lavaire par le bus vers une défaite certaine. L'équipe de Thalia est si nulle que cela en devient parfois drôle ( il y a notamment une description d'un match surréaliste où toutes les tactiques relèvent du hara-kiri ....)

Parmi ces lycéens qui piétinent dans cette ville déserte et puritaine où le sexe est l'opprobe et leur obsession, Sonny est comme les autres, nourri des cheese-burgers du café, nourri de ses fantasmes pour à peu près toutes les femmes qui passent, mais lui arrivera quand même à regarder un visage, celui de Ruth, la quarantaine laissée pour compte, le seul personnge qui se laissera aller à aimer et tant pis , dans un récit où la quête tabou du sexe met à jour les frustrations qui font des adultes bancals.

A lire.

Athalie

Les commentaires par où cette lecture est arrivée :

http://www.lecturissime.com/article-la-derniere-seance-de...

http://www.readingintherain.com/2012/05/la-derniere-seanc...

03/06/2012

Et Nietzsche a pleuré Irvin Yalom

lou-salome-3_1244405292.jpgJe ne sais pas vous, mais moi, je n'ai jamais su écrire Nietzsche sans m'emmêler le crayon dans les consonnes. Heureusement, je l'écris peu souvent. C'est pas comme Daeninckx ou Apollinaire, que je dois parfois remettre dans l'ordre en public, et là, je n'ai pas le bouquin sous les yeux pour vérifier, ce qui fait que j'attaque cette note printanière dans une étrange sérénité ... ( mais aussi parce qu'il a fait beau et que les roses poussent dans le jardin)

C'est munie d'une forte recommandation que je suis partie à la conquête des premiers chapitres, une sorte d'ordonnance de bonne humeur, là aussi. Venise, fin de siècle, un café sur la place Saint Marc, un grand médecin viennois est piégé par la superbe, l'arrogante, l'aristocratique, l'originale excentrique, Lou Andréas Salomé. Il doit, il faut qu'il prenne en charge le cas Nietzsche, dont la belle a un peu trop fouetté le coeur. Elle craint que le pauvre philosophe solitaire et incompris, sauf par elle, n'en vienne à user de solutions extrêmes à son mal du siècle à lui. La vampire femelle et fatale a gain de cause. Un air de valse plus tard, Vienne : le bon docteur est à l'oeuvre jour et nuit : extérieur jour, il expérimente de nouveaux soins, fait preuve de modernité expérimentale, de sagacité médicale, à la pointe de la recherche, pertinent et judicieux, il cherche comment cerner ces "maladies" de l'hystérie, papotte au coin du feu avec Freud. Et petit à petit, il tente d'apprivoiser la bête nietzschéenne (j'ai corsé avec l'adjectif). Intérieur nuit : le bon docteur se bat avec ses fantasmes. C'est passionnant, intelligent, pertinent, comme un documentaire animé, des intelligences supérieures mises en scène en action, comme si on y était et que nous aussi, on était tellement intelligents que oui, la découverte de la psychanalyse, comme un nouveau continent inexploré, on y était pour de vrai.

Puis, se met en place un jeu truqué entre maître et maître et de longs dialogues entre Nietzsche et son docteur s'étirent, pour moi, en longueurs. Non pas que ce ne soit pas bien fait, j'en ai appris plus sur Nietzsche dans ce livre que dans aucun autre ( faut dire que peu de romans font parler Nietszche pendant aussi longtemps, du moins à ma connaissance), mais la vulgarisation philosophique ce ne doit pas être mon truc. En fait, si je dois dire la vérité comme sur le divan qui n'était pas encore "inventé", je crois que j'aurais préféré écouter les confidences de la vampire femelle, la Lou Andréas Salomé au fouet acéré et à superbe certitude, Nietzsche, je l'ai trouvé un peu culcul quand même, un peu philosophe incompris qui se la pète. ( Que tous les amateurs de philosophie sérieuse me pardonne ...)

Athalie

PS : je crois que je sais toujours pas l'écrire sans regarder le modèle, Nietzsche, je veux dire.

22/05/2012

La cavale de Billy Micklehurst Tim Willocks (2)

billy.jpgC'est le portrait d'un clochard céleste à la Nick Cave : "Il était la vie vécue incarnée" dit de lui le jeune narrateur, la première fois qu'il vit Billy, en gargouille majestueuse de crasse d'un cimetière de Manchester. Cette brève, très brève nouvelle ne nous donne qu'un éclat presque final de sa cavale, celle d'un vaincu que le jeune homme croit voir flambloyer, un paria de liberté, un huppé de la folie, l'écharpe rouge au cou et le costume croisé fatigué. Billy, c'est un des ces oubliés du trottoir que l'alcool et la folie ont sculpté à coup de hache. De ces visions, quelques moments de fulgurances nées de l'écriture tendue de Tim Willock, Billy à la valse légère, une canette de bière dans chaque main, Billy comme guide des villes que l'on ne voit pas, comme complices des fantômes des cimetières que lui seul a compté et qui finiront par le rattraper. 

A lire, à offrir, à prêter, a emprunter, vite lu, pas vite oublié, facile à lire, se case partout, poche de Jean IKKS, vanity de barbie-girl, recoin d'une biblothèque surbookée, en tête d'une pile de livres à lire en train de s'effondrer, sous un paquet de copies, voire même en repassant, en pliant le linge, en passant la fragola (mais si avec une pince, celà doit pouvoir se faire ...) Mais ce serait dommage quand même de ne pas le goûter, d'autant que l'objet est travaillé : pages légèrement jaunies, marque page intégré, texte en VO à retourner (tout ce que le numérique ne peut pas offrir, en bref).

Une dernière chose, dans l'entretien qui suit la nouvelle, une pierre de plus pour le balcon de mon historien préféré ( qui va finir par crouler tant j'ai raison) : " S'il existe, dans cette histoire, la moindre poésie ou vérité, je crois qu'il est plus probable de la voir émerger de la fiction que de faits réels. C'est cela la grâce de la fiction - cette capacité à nous offrir la vérité au lieu de simples informations".

Et toc !

Athalie

PS : oups ! ne pas oublier que c'est "Voyelle et consonne" qui en parle bien ...

http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/05/semelles-de-...

21/05/2012

La cavale de Billy Micklehurst Tim Willocks (1)

14/05/2012

Zarbie les yeux verts Joyce Carol Oates

9782070508587FS.gifZarbie les yeux verts a un beau papa, une belle maison, une mignonne petite soeur et un grand frère peu attentif, mais normal. Zarbie les yeux verts est le double "révolté" intérieur de Frankie, l'ado narratrice qui vit dans une grande et belle maison entourée de sa famille géniale. C'est ce que dit et impose le papa génial, à coup de torsions de bras s'il le faut, tout est génial, surtout lui et sa réussite, on fête ses super nouvelles de super promotion à coup de super repas en faisant des super sourires à la télévision ( dans les deux sens, quand il est dedans et quand on le regarde dedans). Faut dire qu'il est un super présentateur sportif, avec une super carrière et que tout le monde l'aime et qu'il encore beau et encore jeune ... Alors quand super papa dit que maman est méchante parce qu'elle veut faire de la poterie peinarde dans son "monde à elle", un bungalow minuscule mais avec des volets bleus et des tournesols peints dessus, dans un village aux pentes douces et aux voisins chaleureux, et bien papa a forcément raison. Sauf que, pas bête l'ado narratrice, il y a des signes que la façade de super papa, elle est quand même lézardée par la racine.

Bon, y'a tromperie sur la marchandise, c'est un roman pour ado, bien fait, mais pour ado. Parce que c'est un peu simpliste tout cela : côté "père de télévision"  : grande maison modernissisme mais en verre et froide comme tout de l'âme, les conventions sociales et le despotisme latent, du côté de la "maman rangée qui tente la femme libérée" : le bungalow chaleureux, la vie de bohème, (mais sage quand même), l'amour sincère et sans façade.

On peut passer sans complexe et sans acné.

Athalie

PS : je viens de vérifier, c'est effectivement un livre publié au départ dans une collection pour ado (la preuve en illustration), je veux bien rester jeune, mais cela aurait été mieux de pas le publier en douce en folio pour grand. Tant pis, je le passerai à ma fille quand les boutons germeront.

17/04/2012

Olive Kitteridge Elizabeth Strout

olive.jpgLe quatrième de couverture annonce que l'on va découvrir une femme, " une personnalité hors norme " et contradictoire, au destin cependant fort ordinaire, à la fois tyrannique et capable de coups de folie de bonté, de coups de semonces humanistes (enfin, je traduis un peu). C'est en partie vrai, même si la fameuse Olive, brutasse en paroles, femme d'un délicieux pharmacien, humaniste sous perfusion constante en ce qui le concerne, est en fin de compte plutôt un fil conducteur, rouge, qu'un personnage. Quelques chapitres la suivent, la livrent, et d'autres s'éparpillent autour d'elle, son fils, ses brues, les habitants de la petite ville où elle vit, où elle a été professeur de mathématiques pendant des années, certains personnages la connaissent, d'autres pas ou peu, de réputation.

La construction du roman m'a fait penser à celle de La vie mode d'emploi (et finalement, ce titre lui irait bien aussi, sauf que de mode d'emploi, justement, de ce drôle de truc qu'est la vie, il n'y en a pas vraiment). En plus linéaire quand même, sans les contraintes oulipiennes, et sans Bartheby, qui est parti voir ailleurs et Moby Dick qui s'en fiche comme de son premier navire déchiqueté.

On entre dans quelques maisons, sans pousser la porte, sans grincements, et on regarde qui y bouge. Au début, je me suis dit "Bon, il va finir par y avoir un lien, les histoires des maisons vont se croiser... " Ben parfois oui, vaguement, et parfois non, vaguement aussi. Et puis, j'ai fini par abandonner l'idée des narrations à tiroir, puisqu'il n'y en avait pas et j'ai poursuivi ma visite du village : Crosby, sa marina et ses donuts.

Il y a la pianiste Angéla qui boit un peu trop pour se donner chaque soir le courage de jouer les mêmes standards du blues dans le même bar. Il y a Harmon, le père de cinq fils qui sont partis et le mari d'une femme qui est restée, la même, aussi. Il y a Molly, la gentille épicère dont le mari vient de mourir et qui ne méritait pas ça. Il y a la mère de Julie qui voudrait bien abattre à coups de fils son ex-futur gendre alors que son homme construit un bateau dans leur cave, sans savoir vraiment si la porte en sera assez grande pour qu'il puisse flotter un jour.

Et Olive, quand même, qui se retrouve parfois aux croisements, ou en ombre chinoise, quelque peu encombrante, trop grosse et trop grande gueule, qui aime planter des tulipes et n'a pas su faire grandir son fils à ses côtés, Christopher, dépressif podologue qui doit s'enfuir pour s'affranchir. Olive, l'éléphanteau.

Aussi délicates que soient ces histoires, je me suis sentie rentrer en manque d' éclats, de rire ou autres sourires, d'un truc un peu gai, sans trop de nostalgies et de de mariages ratés, sans trop de départs loupés et d'amours ratés, juste à côté. Ou alors d'un bon vieux truc qui saigne, genre La religion, mais bon, le donut retient son nutella, faut croire.

Athalie

19/03/2012

La couronne verte Laura Kakische

imagesCA4STF03.jpgEn fait, je ne sais pas de quoi il parle ce livre ... Juste que j'ai enfilé les pages comme d'autres enfilent les Sky juice. Enfin, auraient dû les enfiler, jusqu'à plus soif même, en bikinis ravageurs, toutes cloques de coup de soleil explosées à l'ombre du bar de la piscine du grand hôtel pour ados passablement regressifs. Et finalement, ça va pas être le paradis prévu.

Trois ex-lycéennes-futures-étudiantes-petites-filles-sages-petites-bougeoises partent pour trois jours de vacances, "un rituel de passage" vers l'âge adulte, pour fêter de devenir grandes en fanfare d'exotisme banal et de cocktails acidulés dans un paysage limité au grand hôtel et à la mer où vivent des poissons. Exotiques aussi, les poissons.

Terri, c'est la blonde, un peu troisième roue du carosse, mais qui s'en moque et compte bien "profiter". Anne, c'est l'amie de toujours, celle sur qui on peut compter ( elle m'a fait un peu penser à Claude, dans Le club des cinq, mais en moins aventureuse, une Claude avec du Annie dedans). Michelle, c'est pareil, un mélange des deux, Annie d'abord, Claude après, sauf que en plus mystique, (faut dire que, le mysticisme du club des cinq ...). La timide se transforme en diva dès qu'elle ose chanter, sauf qu'elle se demande bien où se trouve le porteur de spermatozoïdes à qui elle doit la couleur de ses yeux. Elle sait seulement que sa maman a payé cher le sperme musicien.

Depuis que ces deux là sont amies, c'est-à-dire depuis toujours, elles ont bien écouté les conseils de leurs maman : ne pas parler aux inconnus, ne surtout pas, de surcroit, suivre un inconnu, ne pas jouer seule devant la maison etc. Facile à faire dans la petite ville de l'Illinois. Mais dans le "rite de passage", cela s'avère plus compliqué. Parce qu'elles sont seules dans l'aventure organisée du "rituel" de l'hôtel mexicain, peuplé de plein d'autres comme elles, qui sont venus sea, sex and sooner jusqu'à déborder. Terri, ça lui va. Anne et Michelle, moins. A côté de l'hôtel, se trouvent les ruines d'un temple maya, ruines témoignant d'un rite millénaire, pyramide du haut de laquelle a coulé le sang des vierges, en hommage au dieu, en un temps où les vierges se laissaient faire. Et puis voilà. Le guide croisé au bar a les yeux bleux du spermatozoïde manquant, ce qui va mettre en sourdine les derniers écho des bons conseils de maman.

Il est trop "récit métaphorique d'un itinéraire d'une enfant angoissée à la quête de soi même" avec autres clichés cartes postales exotiques ou psychologiques. Mais moi, je me suis laissée prendre, parce que quand le vernis craque, ce n'est pas beau ce qu'il y a sous les peaux bronzées. J'aurais presque préféré la quête du spermato.

Athalie

25/02/2012

Jaloux Sandra Brown

jalousie-poison.jpgIl a des qualités ce roman , un petit parfum du sud, de celui du Prince des marées, d'un côté et de l'autre, des traces de Woody Allen, ce qui rend du coup l'ensemble un peu décevant, peut-être, en comparaison.

L'intrigue n'a rien à voir avec les deux références ci-dessus évoquées, on est dans un polar plutôt bien fait, avec des intrigues parallèles qui finissent par converger, normal, et un roman dans le roman aussi, là, c'est assez bien vu, le fictif qui rejoint un autre fictif, ça fait deux couches de fictif, et plus il y a de couches, mieux c'est confortable, logiquement, sauf que là, c'est bancal.

Couche numéro 1 : un couple new-yorkais, enfin, un couple, c'est vite dit. Y'en a quand même un, le mari, Noah,  qui prend l'autre,  Maris, sa femme donc,  pour une andouille frigide. Les deux travaillent pour une maison d'édition qui appartient au papa et beau-papa. Tradition oblige, on publie de la qualité et on reste indépendant. Le côté bourgeoisie soft, fauteuil en cuir et pipe en bois du côté de la fille et du papa. Par contre, le gendre, c'est clinquant et sexe libre, il veut secouer les boiseries et revendre en douce l'affaire du beau-papa, et cela fait un sacré moment qu'il y travaille à son complot.

Couche numéro 2 : un prologue arrive dans le bureau de Maris. Enthousiaste, elle décide de rencontrer l'auteur. L'auteur ne veut pas. Elle y va quand même, avec ses habits de petite bourgeoise new-yorkaise quindée, et débarque sur une île perdue, dans une ancienne maison coloniale, où séjournent un étrange majordome et un butor d' handicapé en fauteuil roulant qui se dit auteur. celui-là aussi, cela fait un sacré moment qu'il fourbit sa vengeance ...

Et voilà, c'est tout comme ça, il y a plein d'idées, des pas mauvaises du tout d'ailleurs : entre deux géographies : new-york et le monde de l'édition, les requins qui forniquent, et l'île, le sud étouffant et ses fantômes d'amour et de mort qui rodent et ressurgissent.

Seulement voilà, l' écriture m'a gênée, cédant trop souvent à mon goût à des facilités frisant le cliché, des formules qui se plaquent et claquent la porte au nez de l'émotion et du suspens. Evidemment, je me suis dit "traduction or not traduction" ? Gardons lui le bénéfice du doute ...

Athalie

 

23/02/2012

La religion Tim Willock : bilan

bene-tim-willocks.jpgUn roman fleuve qui a mérité une note fleuve ;

Parfois, il y a, justement, un peu trop de fleuves, de sang, d'entrailles, de vicières, de vomis, de merdes et de toutes autres substances que les organismes peuvent  lâcher et laisser dégouliner, parfois trop de ces substances collent aux armures quand le sexe s'en mêle. Parfois, au contraire ou en même temps, un peu trop de glamour prévisible, mais qui repose du sadisme ordinaire de l'âme guerrière. Mais, comme je l'ai dit et fait, on peut passer quelques paragraphes, survoler quelques coups d'arquebuses et de fléchettes, quelques assauts épiques pour se laisser porter par cet héroïsme d'un autre âge, par cette  grandiloquente fresque, pleine de mots et de fureurs. Quand les clichés se font archétypes à ce point, il n'y a qu'à lire. Bravo l'artiste.

Athalie

 

22/02/2012

La religion Tim Willocks ( 3, 4 et 5)

bene-tim-willocks.jpgTroisième jour de lecture :

Carla vient de se faire enlever par un sale prêtre qui pue l'oignon, aux ordres de l'affreux inquisiteur qui pue l'onction de la chair brûlée. Quelques coups de traquenards et crucifixion de juif vendeur de poivre plus tard ; la petite bande part pour Malte : Carla, Tannhauser, Amporo, Bors, l'inquisiteur, lui, il est à Rome, mais s'en méfier comme de la peste turque ou pontificale.

Je nage un plein roman romesquitisme quand mon homme préféré me rappelle que l'on a une cuisine à acheter et des copains à venir manger. Je laisse donc la bande vaquer à ses occupations habituelles. On n'a évidemment pas acheté de cuisine et les copains avaient déjà lu La religion. Je les ai sommés de ne pas m'en dire un mot. Ce qui fait qu'on a parlé cuisine.

Quatrième jour de lecture :

Je décide de tenir un journal de lecture, sinon, à la fin, je ne vais plus m'y retrouver. A Malte, ça barde de tous les côtés, je ne suis pas sûre de retrouver la petite bande vivante demain. Je m'acharne,  j'ai les yeux qui pleurent et l'estomac qui crie famine. En plus, voilà Carla qui devient mystique ... Tannhauseur se perd entre deux amours, Bors est sauvé pour l'instant, c'est déjà ça. Et le fils inconnu, on ne peut rien en dire, sinon, c'est trop.

Cinquième jour de lecture :

Pendant la nuit, à Malte, le fort de Saint Elme est tombé .... et Tannhauser s'est évanoui dans la boucherie pendant qu' Amparo et Clara jouent dans la nuit des décombres, toute sensualité dehors. Et revoilà l'inquisiteur ...

Je faiblis, ne résiste plus à la tentation ( moi non plus ...) de passer quelques paragraphes de sang coagulé, de récits d'assauts sans fin et sans but que la seule gloire de deux dieux que seuls les hommes opposent. Je me mets à aimer Tannhauser, son immoralité, les chausse trappe de la fiction me font sourire. Quand c'est trop, je me réfugie dans la vérification des sous-titres : on est à Malte pour combien de temps encore ?  Je m'étiole, va voir sur internet qui était La Valette, comment s'est finie cette guerre. Je sature. Les héros aussi. ça va, je suis encore avec eux. Pas question de lâcher.

Athalie

21/02/2012

La religion Tim Willocks (1 et 2)

bene-tim-willocks.jpgPremier jour de lecture :

Hésitations : j'attaque au pas ? Il est énorme. Je suis en vacances. Il n'était pas sur la liste prévue. J'ai envie de le lire. A quoi ça sert de faire une liste si on ne la tient pas ? Soit. Mais à quoi ça sert de faire une liste si on n'en devie pas ? La liste, c'est pour le plaisir de la liste, en dévier c'est aussi se faire plaisir. ( voir Pérec, qui en sait beaucoup sur le sujet, et comme je suis d'accord avec lui ....)

Donc La religion, c'est décidé. Templiers, Malte, 1565, je pars. Premières pages. Ben, c'est quoi ce truc ? On n'est pas à Malte et ça crache le sang tout de suite, on me tue l'angélique petite soeur dès les 10 premières pages. Même pas eu le temps de voir le truc venir. Mathieu dans la forge, une chanson et hop, le déchainement. Moi, je croyais entrer dans un roman historique, saga genre Les piliers de la terre, ( j'ai une dent contre Le scandale Modigliani, mais bon, Les piliers de la terre, j'avais aimé en tourner les pages) on a le temps de voir les alentours, le cadre, le dessous des cartes ... Là, non, le Mathieu gentil fils de forgeron, devient tueur sans état d'âme en moins de temps qu'il n'en faut à d'autres pour trousser une chemise. Style lyrique, épique, échevelant, tout mélangé. Je pose le pavé sur le côté, à l'envers comme d'hab et vais faire un tour dans le jardin (même si il n'y a pas grand chose à y faire à cette époque) juste histoire d'éviter de prendre un objet plus identifiable dans la pile correspondant à la liste prévue.

Deuxième jour de lecture :

J'avais laissé dans le nord de l'Europe un gamin tueur enlevé par un somptueux janissaire turc surgi de la gueule de l'enfer et je retrouve un Tannhauser jouisseur, propriétaire d'un coupe gorge baroque à Messine. Je m'adapte. Sans compter les turcs, enfin là ou presque, décidés à faire table rase de Naples, une troublante comtesse, une sauvageonne devineresse dans un jardin aux rossignols, où l'on apprend pourquoi certaines roses sont rouges, un inquisiteur même pas lubrique, tranchant comme un coupe-gorge, des gorges justement tranchées.... La machine à histoires est lancée, c'est génial ce truc.

Athalie

 

17/02/2012

Meurtres en bleu marine C.J. Box

meurtres en bleu marine,roman américain,roman policierVoilà du bon vieux polar, robuste, bien calibré, solidement mené. Les bons et les méchants, bien nets, bien brillants, les intrigues croisées qui se nouent au bon endroit juste comme on avait compris, mais trop trop non plus. Et puis, on a bien peur, peur entre autre de céder à la tentation d'aller voir plus loin, juste quelques pages, juste pour voir si ou deux ou trois noms sont bien toujours là. Heureusement, les chapitres sont courts, ce qui fait qu'on peut vite être rassurée, ou non, faut quand même se méfier ....

D'abord, il y a Annie et son petit frère, William, leur mère Monica. Maman pas très sage, un peu cabossée de l'amour. Est passé par son lit un un beau mâle, Tom, ce qui ne serait pas trop grave, sauf qu'il n'a pas eu la délicatesse de s'éclipser avant le petit déjeuner des enfants et voilà la maman prise en flagrant délit de promesse non tenue et sa Annie en colère. William pas trop, il est très content de pouvoir, peut-être aller à la pêche ... Autre promesse non tenue. Sauf par Annie, qui de colère l'entraine au bord de la rivière.

De pêcheurs potentiels, les deux enfants deviennent gibier, parce que'ils vont voir ce qu'ils n'auraient pas dû voir : l'excécution froide d'un homme par quatre autres. Et ces quatre là, ce ne sont pas des gardons ni des truites d'élevage, plutôt le genre brochet mâtinés barracuda. Et ils savent lancer le filet, resserer les mailles et manipuler le menu fretin de ce coin perdu des USA, l'Idaho, petit coin de bouseux qui menacent parfois ruine.

Heureusement, parmi les bouseux manipulés, il y a aussi les gentils, surtout un en fait. Cabossé aussi, taiseux, et les deux bottes du bon côté de la cloture : un homme bien des grandes montagnes, enraciné dans son ranch, l'intégrité faite cow-boy, et aussi d'autres figures qui relancent l'allure : une postière de mauvaises rumeurs, un banquier qui a peu dérapé, un flic à la retraite débarqué là et accroché à sa derniere quête sans avoir vraiment l'habitude de la pêche au gros.

Du classique donc, les méchants puissants et retors, les gentils impuissants, mais tellement mignons, qu'on ne voudrait pas, surtout pas,  d'une surprise loin des sentiers battus, qu'un ours mal placé sorte du bois, qu'un cheval au galop ne saute pas les obstacles.

Athalie

PS : merci Annie pour ce joli passe vacances.