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06/02/2012

Les lieux sombres G. Flynn

diable_dop.jpgDes lieux sombres comme des boites de carton entassés où grouillent des souvenirs ensanglantés. Libby Day ne veut pas les ouvrir. Dedans, il a les petits bouts de la mémoire de sa famille : sa mère , ses deux soeurs, massacrées par son grand frère Ben, une nuit, dans leur ferme. Elle a couru et a survécu, juste deux trois orteils en moins et un béant en plus. Avant, la fuite, elle a vu son frère tuer. Enfin, presque. Et ce presque, elle ne veut pas l'ouvrir non plus. Fait assez noir dans cette histoire ça.

Autre lieu sombre, c'est sur son témoignage de petite fille de six ans que repose l'accusation contre Ben, en  prison depuis vingt ans. Enfin, presque uniquement. Ne pas ouvrir non plus l'album de famille : le grand frère qui s'était mis à la dérive du bateau famillial dèjà pas mal cahoté, disputant "les filles", se mettant à l'écart, se disputant avec sa mère, se teignant les cheveux en noir, révoltes dérisoires puis les massacrant à coups de fusil et  de hache.

Des lieux sombres comme ceux où Ben trainait, amoureux fou lamentable, jouet des autres, plus beaux, plus riches, plus défoncés.

Seulement voilà, Libby Day a besoin d'argent. Depuis "le drame", "l'affaire", elle vit de la curiosité publique, de l'argent qu'elle procure. Elle a tout fait, tout monnayé ou presque, mais d'autres histoires sordides prennent la place de la sienne, prennent le devant de la scène. Les fonds baissent. Il y a des souvenirs à vendre dans les boites et des gens pour les acheter (Ben oui, c'est sordide, c'est pour cela que c'est bien !). Pas le choix, faut racler les fonds de tiroirs, et draguer la clientèle, en l'occurence un "fan club" organisé en comité de soutien, que des femmes (mais mon dieu d'où sort ce troupeau caricatural, ça existe ça  ? ...) persuadée de l'innocence de Ben, le doux, le gentil Ben.

Et Libby va accepter de refaire le chemin, de revoir son frère, de retrouver les protagonistes et le fil de l'histoire, l'histoire de cette journée où Ben a tué, rouages cassés et parfois grinçants d'une traque et d'un piège.

C'est parfois ( souvent) trop, ça tient debout par un pilotis de guingois, on se raccroche aux cordes (parfois même aux grosses ficelles) d'une narration qui joue des coups de trompettes et des coups de théâtre, mais parfois aussi en solo et sourdine. Le diable surgit de la boite toutes grimaces dehors, grand guignol satanique aux effets faciles, puis les souvenirs de Libby s'attardent dans la ferme familliale, clopin-clopant, sur un album d'autocollant, des hambergers ramasse-miettes, un lapin orne la cuvette des toilettes, une mère courage qui ne le savait même pas.

Plein de hauts et de bas, mais quand on se laisse prendre, ça propulse dans l'abysse.

Athalie

29/12/2011

Sur ma peau Gillian Flynn

imagesCABCQI27.jpgPolar noir, noir plutôt que polar, d'ailleurs,  pas vraiment convenu, pas complètement, et vaut le temps de deux trois soirées pluvieuses, ou de fins d'après-midi feignantes.

Un personnage se construit petit à petit,  celui d'une ville, Wind Gap, bourgade contrainte et scérosée du Missouri, où l'ennui conduit les adolescentes à établir un impitoyable système de valeurs : les belles et riches dirigent ce monde en écartant toutes variantes. Elles sont les modèles et les bourreaux, même sans tuer. Le code n'est pas écrit, il se reproduit.

Camille a été une belle dirigeante, admirée et copiée par les plus jeunes, mais aussi une victime consentante, une spectatrice du malsain. Et puis, elle est partie et est devenue journaliste, même pas excellente, dans un journal même pas trop lu, mais soutenue par Curry, son chef, elle survit, boit trop, solitaire qui s'est massacrée le corps à coups de scarifications éloquentes. Les mots brûlent encore, mais surtout les violences des non-dit.

C'est donc sans prévenir et sans du tout le vouloir, qu'elle revient dans la grande et belle demeure familiale, où règne sa mère, Adora, où traine le fantôme de sa demi-soeur morte et sévit une poupée Barbie qui n'a rien de candide, son autre demi soeur, Amma, ( Il y a aussi le beau-père, mais bon, il ne compte pas vraiment celui-là, quoiqu'il arrive à être répugnant rien qu'en mangeant une sardine, une de mes scènes préférées ... ), puisque deux jeunes filles ont été tuées, édentées et étranglées, et que Camille est du cru. Du cru, oui.

Ce n'est pas que l'enquête soit vraiment haletante, des scènes maldororantes se dessinent plutôt : la belle et respectée Adora à l'enterrement de sa protégée, ses amies fardées, qui trainent leur ennui dans le club local et suintent leurs ragots comme les rides se creusent malgré les liftings, les  anciennes amies de Camille, devenues ce qu'elles devaient devenir : 4-4 et maison pseudo-victorienne, bronzage entretenu, ou, serveuse de bar, enfants plus ou moins désirés et rancoeur. Univers factice, ou, univers sordide. Un non woman's land où les femmes se déchirent, dans le chuintement des apparences.

Soit, le souci, c'est qu'on oublie peu à peu les victimes, enfin, celles qui ont vraiment été tuées, édentées, étranglées, soit, des éléments convenus trainaillent (la méfiance de l'étranger dans les petites villes, l'enquête qui piètine quand tout à coup, y'en a un qui savait tout ...), mais comme  les Perséphones, c'est quand même plus rigolo que les douces agnelles, en littérature, s'entend, bonnes soirées pluvieuses à vous ...

Athalie

27/12/2011

En un monde parfait Laura Kakischke

3860164178_ccb6970b72.jpgEn ce monde parfait, une hôtesse de l'air épouse un pilote de ligne, comme la bergère un prince charmant. Elle a la trentaine, semble empotée mais séduisante, haut perchée, notamment sur des escarpins madrilènes. Jiselle a laissé passer son bout de vie et ses bouts d' amours en figurante expérimentée, spécialisée dans les rôles de demoiselle d'honneur, parce qu'elle porte super bien les robes tartes. Rien d'une prédatrice, lisse comme une annonce d'embarquement dans un aéroport. Alors quand Mark, le très beau, très séduisant, très convoité, très viril, le super héros des  hôtesses de l'air, se met à lui mater les jambes et davantage, dans un romantisme tout aussi calabré qu'un piège à pauvre gourde, elle y croit et trois mois après, mariage. Un peu loupé, mais mariage. Voyage de noces : un peu loupé aussi mais voyage de noces. Faut dire aussi que le bellâtre y met la pédale douce et la joue en finesse, faut dire aussi que la Jiselle, elle met de la bonne volonté à se faire berner. Faut dire qu'il est veuf, qu'il a trois enfants, et plus de gouvernante (enfin, c'est ce qui est dit ...), des attentions à la mesures de ses intentions, une sincérité de papier glacé, une maison dans les bois, et que la Jiselle, elle n'a pas encore vu les trois enfants.

Faut dire que tout n'est pas à mettre sur le dos du marié fielleux, une drôle d'épidémie se propage, des phénomènes météo étranges s'en mêlent, la faune et la flore se détraquent. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant. Surtout que la candide Jiselle, elle va quand même se retrouver un peu toute seule, dans un pays où tout va aller doucement on ne sait où, mais surtout pas vers celui de Oui-Oui ou celui de la petite maison dans la prairie que l'on sait.

C'est efficace, drôle, sarcastique, inquiètant. Aucun grand discours moralisateur, pas d'analyse de "où elle va notre planète, regardez comme on n'a pas été gentil avec elle et réfléchissez-y avant qu'il ne soit trop tard et qu'on se mange tous entre nous, sauvagement, puisque sauvages nous sommes etc...". Plutôt un conte de fées qui se dérègle, une grande fille un peu nunuche qui tente de faire face aux dévastations qui la dépassent, mais avec ses moyens, imparfaits. Comment ne pas s'adapter quand la haine rôde. Pour moi, l'inverse de La route, quitte à faire grincer des dents de A. (qui me pardonneront quand elles le liront, sûrement, et seront même peut-être ralliées à ma "Barbie contre l'Apocalypse", qui sait ?)

Athalie

 

25/12/2011

Le ciel de Bay city C. Mavrikakis

9782264052100.jpgOn finit par ne plus trop savoir de quelle couleur il est d'ailleurs ce ciel, vu que la narratrice change sans arrêt d'avis, mais ce qui est sûr, c'est qu'il n'est pas rose, mais alors pas du tout, du tout.

Amy est une adolescente quand elle commence à raconter son histoire et celle de sa famille et de ses fantômes. Elle habite une sorte de bunker en tôle surclimatisé et sur "amélioré" par des extensions diverses et variées qu'on ne peut imaginer que de guingois. Bay City est un trou dont elle veut s'échapper, sa maison un étouffoir, une boîte de conserve régulièrement balayée par les crises de propreté intensive de sa tante et vaguement habitée par son oncle, prêtre défroqué, son cousin adulé et plat comme un maillot de football américain. Elle le veut tellement qu'elle va s'accuser de les avoir fait flambler dans la maison, avec aussi le chien, sa mère et son petit frère au soir d'un barbecue qui aurait pu être filmé par Cassavettes, tellement on est dans cette tonalité tremblée d'"Une femme sous influence". C'est dire si on rigole. ( Je précise que j'adule ce film, même si j'évite de le regarder tous les jours ...)

Mais la famille, elle était cramée d'avance. La mère d'Amy la méprise et vit dans le culte de sa "grande soeur" morte née, la tante la prend pour une figure de la révélation, les deux soeurs sont des immigrées venues de France juste après la seconde guerre mondiale, imprégnées du passé, rêvant encore de croissants et de tailleur à la Chanel, inadaptées à ce ciel là. La mère ne veut plus rien savoir de l'Histoire, la tante vit dedans et y entraîne Amy. Et le passé resurgit, par les portes, les fenêtres, la cave, le réduit de la cave ... On étouffe là-dedans.

C'est une lecture cuisante, au sens où l'on y cuit, on y mitonne dans le malheur, dans la complaisance de la répétition du pire, dans le ressassement des couleurs de ce ciel qui prend sans relâche les couleurs de la Shoah. Mais à trop le dire, "Je suis une petite juive, une enfant violée de la vie, une condamnée à mort", qui n'a pas eu "la chance de mourir morte née comme sa salope de soeur", la lecture devient vite stérile. Et la narratrice en prend des allures de fabulatrice gênante, se peignant les ongles en noir et écoutant Alice Cooper en s'envoyant en l'air sur des banquettes arrière, roulant et déroulant les mêmes cauchemars vagues, les brasiers enfumés, les fosses phantasmées. Le souci, c'est que la Shoah, c'est pas un cauchemar d'adolescente tourmentée, c'est du vrai.

Le pire peut-être, la fin crépusculaire : "le ciel mauve de Bay city a gagné la guerre". Rien compris.

Athalie

21/12/2011

Nous étions les Mulvaney Joyce Carol Oates

images.jpgUne famille comme on aurait aimé en avoir une (pas en vrai, mais juste pour faire joli) : une maman, Caroline, brocanteuse si peu commerciale, belle mais à sa façon, nature, peu efficace, mais si attachante dans ses tenues de hasard, si peu mère et si maman, le genre qui fait la cuisine par plaisir, comme pour rire et dont les enfants dévorent les plats autour de la table, tous réunis, amoureuse du papa, mais aussi croyante, pratiquante de l'optimisme à tout crin, et donc un papa, Mickaël, bel homme, amoureux de sa femme. Parti de rien, chassé par son père, lui, il a tout réussi, son entreprise prospère, prospère, ses relations l'estiment, il va aux clubs des respectabilités du coin et il aime ça.  Il y a les enfants, quatre, trois garçons, une fille : Mickäel, dit "Le mulet", champion de foot, Patrick, dit "Pinch", champion des notes du lycée, Marianne, dite "Bouton", championne de la popularité, une jeune fille "comme il faut", pas comme d'autres qui traînent et à qui il arrive de "vilaines choses" (qu'elles ont bien cherchées, finalement, d'ailleurs ...). Et je vous passe le canari, les chiens, les chats, les chevaux et "La petite maison dans la prairie"

La parole circule, l'éducation bienveillante et responsable, doucement codifiée : les histoires d'enfance sont des repères qui fondent la légende de la tribu. Les Mulvaney : le nom résume la force et la certitude d'un clan, les surnoms cautionnent les identités, les fixent, les avaient fixées .... Parce que c'est quoi ce "trop", ces coups de pinceaux si appuyés, si appliqués sur une toile de chromo ?

Une soirée de Saint Valentin et la lézarde est dans le fruit. Il est arrivé "ça" à la jolie Bouton, et l'aquarelle prend l'huile. "ça" va être l'engrenage pour chacun de la tribu, celui qui tente de sauver les meubles, celui qui saute par la fenêtre, et celle que l'on sort par la petite porte, pour que "ça" n'existe plus, ni la honte de "ça", et que "ça" ne se voit plus, la tâche sur la robe du Bouton si aimée, et d'autant plus dégradée, souillée. Spirales des rumeurs, des regards qui se détournent, des graffitis qui ne s'effacent pas sur les murs des toilettes des garçons, au lycée. La mère qui fait semblant de ne rien voir devient parfois aussi méprisable que le père qui ne voit plus que "ça". Et la peinture se désagrège sous les yeux du lecteur aussi sûrement que s'effrite une façade  de stuc ou les pieds d'argile du père.

Moi, je me suis enfoncée jusqu'au cou avec eux, parce que ça palpite et ça vibre cette histoire : à quoi tenait l'amour d'avant ? quand il était si évident qu'il brillait trop fort ? Une famille ce serait une construction précaire qu'il faudrait tenir à coup d'optimisme hypocrite ? Sinon ... quoi ? Elle se fracasserait la margoulette, elle tiendrait pas la déroute ? Un truc du genre Père Noël ?

Brr....

Athalie

18/12/2011

Mille femmes blanches Jim Fergus

mille femmes blanches,jim fergus,roman américain,roman sur les indiens américainsUn roman qui parle d'indiens sans que ce soit de Boyden (le P. de A.M.L., il ne voudrait pas nous la faire, la note sur Le chemin des âmes ?) ou de Louise Erdrich, c'est une première sur ce blog.

Un conseil reçu d'une dame inconnue dans la librairie où j'hésitais encore, le livre à la main, mais déjà bien chargée de l'autre. "C'est très bien" m'a-t-elle dit. Et moi, j'aime bien les conseils de lecture de gens que je ne connais pas et qui ose donner leur avis tout haut quand on ne leur demandait rien. D'ailleurs souvent, je brûle souvent de le faire quand je vois un de mes romans préférés reposé sur la pile par une main erronée : "Mais prenez-le allez-y!", ou "Tant pis pour vous, vous passez à côté, mais vous ne voyez donc pas ce que vous loupez ...". Non, la main ne voit rien, mais je ne dis jamais rien non plus.

Mille femmes blanches, "pas très bien" mais pas "pas mal", comme le commentait A.B. Le prologue est réjouissant : Washington 1874, une délégation d'indiens cheyennes, avec à sa tête "le chef et grand homme médecine" Little Wolf, est reçu par le président en grande pompe. Grandes pompes qui vont rapidement se transformer en coup de pieds aux fesses lorsque le chef indien propose une solution rationnelle permettant de mettre fin aux conflits récents, avec un moyen fort pacifique : mille femmes blanches. Mille femmes blanches livrées aux Indiens de sa tribu, perdue aux fins fonds hors de la civilisation, chargées de fabriquer des métis pour que les deux civilisations se fondent en une seule. Cela peut paraître logique, finalement. Surprenant, mais logique, pacifique en tout cas. Choquant pour la société américaine, vraiment. Ce qui fait que c'est en catimini que le gouvernement blanc va recruter des volontaires, dont la narratrice principale May Dodd dont les carnets retraçant son aventure ont été conservés.

Premier truc qui m'a fait tiquer. Moi, quand me présente un roman comme vraisemblable, j'aime bien qu'il le soit. Sinon faut le dire. Deuxième truc qui cloche, la May Dodd, fille d'une famille grande bourgeoise, elle aurait choisi de son plein gré et par amour d'aller vivre aux fonds des docks pour un contremaître brutal qui va lui caser deux enfants vite faits ... Soit, puisque à cause de cette mésalliance et donc de ce qui est présenté par sa famille, non comme une grande histoire d'amour, mais comme une tendance hystérique et nymphomane, May est internée dans un hopital psychiatrique. Le seul moyen d'en sortir est d'intégrer le projet baptisé "Mille femmes blanches pour l'Amérique". Ce qui ne permet pas vraiment de se refaire une réputation. Femme forte et va sans peur, May nous raconte son périple, occasion aussi de faire connaissance avec les autres recrues, portraits plutôt disparates et amusants, femmes aux motivations curieuses, aux itinéraires focément atypiques, les rejetées, les pas méritantes, juste bonnes à satisfaire les sauvages dette Amérique là.

Elles vont finir par trouver hommes et tipis, plus ou moins à leur goût, liées finalement par choix à ce qui n'en n'était pas un. Et c'est là que ça m'a gêné, on vire à l'apologie de la vie naturelle chez les bons sauvages. Et moi les bons sauvages, j'ai comme un doute, voir la série Montaigne¨et la bonne conscience née de l'institution littéraire...)

Mais, bon, j'écouterai encore les conseils des lectrices Anonymes.

Athalie 

PS : pour d'autres lectures indiennes : Erdrich, donc, surtout La malédiction des colombes, voir aussi Love Médecine, Ce qui a dévoré nos coeurs, Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse et La chorale des maîtres bouchers (sauf que là, il n'y a pas d'indiens) et le beau et excellent Boyden Le chemin des âmes ( âpre) et Les saisons de la solitude (moins âpre)

 

05/11/2011

Une femme simple et honnête Robert Goolrick

imagesCA8GXVG8.jpgHeureusement que j'ai pris une dose de grâce divine avec Port Royal avant d'entamer cet opus de la lubricité et du mensonge, après La cucina, je fais finir damnée, même par les jésuites, qui pourtant ....

Raph Truit est richissisme, un magnat local tout puissant dans une petite ville perdue sous la neige du Wisconcin. Ce qui n'est pas une raison pour être obsédé par le désir de la femme et poursuivi par des rêves oncessants de luxure, mais lui, il l'est depuis tout petit. Pourtant, sa maman (genre mormonne gorgonne plutôt janséniste dure) l'a puni, mais ça n'a pas suffi. Du tout. Il s'est (plus ou moins joyeusement ...) vautré dans la luxure, puis amoureux, a pris belle jeune femme italienne et est rentré refaire fortune dans son petit enclos. Heureux qui comme Ulysse, disait l'autre ? Ben pas vraiment ... Vingt ans de veuvage plus tard, il a passé une petite annonce pour rompre sa solitude et surtout arrêter de luxurer tout seul en rêve, et on le trouve sur le quai de la gare, sous la morsure des regards et du froid, à attendre celle qu'il a choisi parce qu'elle avait commencé sa lettre par "Je suis une femme simple et honnête" et que sur la photo, elle en avait l'air. Le train est en retard, il attend, et on va dans le train, pendant ce temps, pour faire connaissance, avant lui, de la dulcinée destinée à éteindre "honnêtement" les désirs par les feux sacrés du mariage.

Catherine Lang est en train de se déguiser en celle attendue, elle révise son rôle, repasse son objectif : l'amour et l'argent, l'amour et l'argent, l'amour et l'argent, (l'argent, on sait de qui déjà mais l'amour du même ? Cela parait improbable vu comment elle se récite une vie autre que la sienne. Evidemment la photo n'est pas la bonne, évidemment elle a une explication et puis de mensonges en mensonges, se met en place l'intrique : une chatte et une souris, plus un piège à rats et comment on élimine les rats ? et les souris ?

Il y a des trucs qui ne tiennent pas : ce qui m'a le plus génée c'est les changements de psychologie par à coups brusques et revirements à 120 degrès et les montagnes russes, ça finit par donner le tourni, à force, on ne sait plus si on monte ou si on descend : Catherine change de vérité, de facettes, de certitudes aussi vite de garde robe, Ralph pas mieux, le seul qui reste sur ses positions, c'est le rat qui grignote les cales du navire. Mais lui, il est monolythique, et monobloc, ce qui gêne aussi finalement vu que les autres font l'inverse.

Finalement, je ne suis pas descendue en route (même si j'avoue une certaine lecture en diagonale vers la fin) parce qu'il y a aussi une certaine atmosphère cotonneuse et lentement piègeante (ben oui on quand même envie de savoir comment ils vont finir, la chatte, la souris et le rat ..) Et puis aussi à cause de "La sirène du Mississpi", ce pourquoi je l'avais acheté ce livre. Du coup, j'ai appris le titre d'un de mes Truffaut préféré en italien " La mia drogua si chiama Julie". Aucune trace de palourde par contre.

Athalie

 

 

 

16/10/2011

Désolations David Vann

Désolations, le pluriel est juste. Des désolations, au sens d'être désolé devant un paysage qui l'est aussi, de faire le constat de ce qui est devant soi est tout cassé, peut pas être réparé, que ça c'est cassé la figure, en route de route. Que c'est tout par terre.

598599_david-vann.jpgComme dans Shukkand Island, il y a une histoire de cabane, il y a une histoire de cabane, de bois, mal fichue, mal conçue, un projet de survie, pour de mauvaises raisons, il y a une histoire d'île, de tempête, de neige, de froid, de solitude à deux (sauf que celle-là, elle datait d'avant l'île), une histoire de famille, cette fois, ils sont quatre, ça fait plus de possibilités quand même, surtout qu'il y a aussi les conjoints et deux autres figures "touristiques" qui traînaient leur rêve d'Alaska sauvage.

Iren et Gary se sont mariés il y a longtemps, trop, sans doute, les deux enfants, Mark et Rhoda sont partis, lui les fuit, elle reste autour, s'inquiète pour eux, surtout depuis que le père a décidé de construire une cabane sur l'île d'en face et d'y vivre, ce qu'il voudrait bien faire seul mais Iren le suit, malgré elle. A la retraite depuis peu, sdans rien d'autre que lui et elle, elle s'enfonce dans ses méandres migraineux et Gary dans l'illusion de faire peau neuve, devenir enfin un libre conquérant, comme dans ses rêves d'enfant, ne veut pas voir que c'est un peu raté d'avance. Lequel des deux est le bourreau de l'autre ? lequel a commencé à reporter la faute sur l'autre ? Lequel s'est retourné et a pleuré ? La construction de la cabane, c'est pas une nouvelle vie, c'est la même qu'avant mais en concentré de rancoeur. Des grains de folie s'installent et on attend l'explosion de la marmitte conjugale. Pas moyen de faire autrement.

En contre-point, Rhoda, la fille, sagement équilibrée et presque aimante, prépare de bons petits plats à son dentiste de fiancé. Elle a la grande maison, la vue sur la baie, le confort et l'assise, et commande des kits mariage "clefs en main" sur des îles baignées de soleil celles-là, au sable qui caresse les pieds et la traine légère de la robe en dentelle qui flotte sur les vaguelettes. Pendant ce temps, le dentiste, il fait un peu autre chose en fait, ce qui n'augure pas très bien de l'état de l'assise conjugale, vue par David Van, elle fait un peu peur en fait .... (pourtant, l'est bien joli, l'auteur, il a une femme ?)

Moins coup de poing dans la tête que Shukkand Island, moins, "je vide ma névrose sur les pages", même si on reste dans le lourd, c'est du lourd moins lourdinge, avec un peu plus de trous pour respirer, peut-être même une porte de sortie. Enfin, elle n'est pas grande ouverte, faut pas exagérer.

Athalie

PS : j'ai vu qu'il avait un autre titre, Caribou Island, je crains le dépeçage de la bête ...

 

12/10/2011

Le soulèvement des âmes Smartt Bell

0tr8frwn.jpgJe continue les métaphores "moyens de transport" ... Après le train fantôme de L'extravagant voyage de TS ...., voilà le gros track de Smart Bell, le semi remorque, le convoi exceptionnel lancé en pleine descente, phares explosés, allumés dans le noir. grouillant, sanglant saignant, la grosse machine à histoires qui fouille traque, cingle, enchante, entortille son lecteur désarticulé. Comme, en plus, c'est le premier d'une trilogie, y'a intérêt à tenir les chocs et rester sur le siège passager, c'est l'auteur qui a les pédales, le volant, on ne sait pas.

Labyrinthe historique fascinant, qui repousse les limites de la fresque historique à la papa (mais ce livre a-t-il des limites ?) ou cocktail instable intello-historico-sentimentalo explosif. Explosif. Rester sur le siège passager demande donc une A. en vacances, pour en avoir le temps et éviter de se retrouver au soir d'une journée de travail, le coeur au bord des lèvres devant son dîner bien mérité.

Ce pourrait être une fresque historique : cadre général Saint Domingue, colonie française, exploitation des richesses par de riches et puissantes familles, pas vraiment compatissantes envers la population d'esclaves qu'ils dominent de leur blancheuse apparence et distinction aristocratique variable, entre brutalité sauvage et mépris même pas dit. Seulement voilà, la Révolution en France métropole parle de droits de l'homme et d'égalité, les idées et les mots se répandent dans l'île, les torches s'enflamment, la révolte gagne, puis l'orage se lâche ...

Ce pourrait être aussi, une biographie de Toussaint l'Ouverture, une analyse politique de comment la première république d'un peuple colonisé n'a pu qu'échouer. D'ailleurs, s'en est une. Sauf que moi, ces chapitres-là furent ceux que je passais le plus rapidement possible, l'image de ce Toussaint vaincu, prisonnier, solitaire, frigorifié, réflexif, je l'ai traversée en diagonale pour retrouver l'autre, celui de la fresque, où cela cogne, brûle, fume, ou nom de la liberté et de la révolution. Mais lesquelles de libertés et de révolutions ? Celles des blancs ? des petits blancs ? des marron ? des demi marron ? des commerçants ? des militaires ? de toutes les autres ?

Ou ce pourrait être encore l'idylle romancée d'un docteur venu de France, pour retrouver sa soeur mal mariée, l'humaniste, le fil plus apaisé qui guide, soigne, écoute, comprend, tente de ..., aime, finalement, qui il n'aurait pas dû aimer. Mais bon, dans tout ce bazar, il a fait comme il a pu le bougre.

Donc, à dévorer mais en évitant de mordre à côté de sa tartine de confiture de groseilles. D'ailleurs, pour le temps de la lecture, prendre plutôt une autre couleur de confiture.

Athalie

 

11/10/2011

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S Spivet Reif Larsen

Délicieux OVNI fantôme, une figurine de Mac Do en plastique mal peinte sur la plate forme d'un train passant dans le désert, alors qu'on buvait, en équilibre sur un fauteuil à bascule légèrement grinçant, un thé sépia de la main gauche, et que la droite fourrageait dans un pot de beurre de cacahouettes volé sur l'étagère cachée de l'épicerie de Ma Dalton, ou autres Mark twainetterries possibles, imaginaires et magiques, dont les saveurs me sont totalement inconnues. Je n'ai pas lu Mark Twain, n'ai aucune intention de m'y mettre, et encore moins de m'empiffrer de beurre de cacahouettes à la place de galettes saucisses. Mais les galettes saucisses, c'est moins poétique. De toute façon, T.S. il carbure au TaB (sorte de soda dopant nébuleux) et de barres de carottes (?).

lextravagant-voyage-jeune-prodigieux-ts-spive-L-VWb51G-175x130.jpgT.S. , c'est le héros, il a douze ans. Il vit dans un coin du Montana, dans un autre siècle qui est le nôtre. Son père se vit cow-boy du temps du grand temps, articule quelques métaphores tant bouseuses qu'énigmatiques, rarement quitte son stetson avant de planter ses bottes dans le sanctuaire dédié à tous les Billy the kid, whisky chronométrés en main. Le docteur Clair ( "mère" dit T.S) laisse griller les grille pain tandis qu'elle s'absorbe dans la description du dernier insecte capturé dans son filet, à la recherche d'un impossible spécimen rarissime de coéloptère. Sauf que cela fait déjà un sacré bon moment qu'elle le cherche. Trop peut-être. T.S a aussi une soeur, la seule qui semble être de son temps, celui des ordinateurs roses et des élections de miss stupides. Il avait aussi un petit frère.

T.S est un petit cartographe, petit, mais génial. A l'ancienne, il dessine, classe, inventorie, répertorie, à coups de compas, de crayons, de notes, tout ce qu'il voit : le monde visible, le Montana, les adultes, les sourires, les sensations, les bruits, ce qu'il ne voit pas. C'est un maniaque de la précision, un obsédé du rationnel. Ce pourrait être inquiétant (kévinesque, oserai-je ...) mais c'est juste attendrissant. Faut dire que c'est le narrateur, et moi, je suis tombé sous le charme de son obsession, décrivant ce monde du tout et du rien, du foutraque et du pas grand chose, et du reste, du rêve de totalité, un peu à la Jules Verne ou à la Perec. Univers poussiéreux sans limites , entre bloc-notes et rayonnages , livres et papiers, secrets et enfance, peurs de ne pas être aimé et envie de Mac Do interdits. Les dessins et schémas envahissent les marges des pages, commentaires, listes, disgressions qui amusent, touchent, font mouche, partent et repartent, restent, ajoutent, élident, inconcongrus, obsessionnels, ils nous lancent dans une recherche de côté (peut-être finalement la plus au centre) et nous oblige à une lecture sautillante, fantaisiste, presque onirique et fantastique par moment, comme le voyage de TS. 

Parce que oui, il a quitté son ranch au fait, (depuis un bon moment déjà, mais je me suis un peu égarée en cours de note) il doit recevoir le prix, consécration ultime pour un cartographe, Braid (?), décerné par le prestigieux musée de Smithsonain, de Whicago, ce qui n'est pas tout près du Montana. Le long des rails, et au bout des rails, il y a encore une autre histoire, en dessous, ou à côté, avant notre monde ou alors coincé entre deux. Sûrement, la plus au centre. Ou alors, je me suis encore paumée.

Un petit régal, comme un livre pour enfant qui se déploie, des poupées gigognes, un Mac Do plein de tranches de ketchup, un lait de poule dans Magazin zinzin et le sourire de Little Miss Sunshine.

Athalie

 

 

28/08/2011

La route de tous les dangers Kris Nelscott

43389.jpgY’a des airs du « Port de l’angoisse », sauf que cela n’a rien à voir, peut-être un peu de « Chinatown », ou alors une résurgence de ces anciennes couvertures des nouvelles de Goodis, comme un  remake du roman policier américain classique depuis Marlowe, le moment ou l’on voit le nom du détective privé affiché en transparence sur la porte vitrée du bureau sordide et une main gantée de noir qui tourne la poignée …. sauf que là, le détective privé est noir et que la femme fatale, n’a au départ, ni même après, rien de la brune pulpeuse qui s’adosse, provocante, au chambranle d’une porte qui n’en avait demandé pas tant. D’abord, elle est blonde, n’a pas de long fume cigarette ni une voix rauque à se faire damner les doubleuses, ne boit que du coca, et  le détective aussi (mais il a quand même un grand cœur derrière son bureau bourru), ce qui peut les rendre suspects de non conformisme au genre. Les premières scènes sonnent pourtant comme cela, avec le poil d’agressivité qui convient au polar noir des années cinquante et encore plus à la situation, car la jeune blonde pas pulpeuse vient demander des comptes au détective inconnu auquel sa mère vient de léguer une coquette somme d’argent, sans que l’on puisse savoir pourquoi, du moins elle. Le problème, c’est que lui non plus, il n’en sait rien, n’a rien demandé et ne connait rien de cette histoire qui lui tombe dessus, de la sienne non plus. Des zones d’ombres qui vont prendre petit à petit sens dans les ombres l’une de l’autre, les vides vont  être remplis, les douleurs vont surgir, et pourtant, ça se lit sans heurt, comme un remake bien fait, un vieux film en noir et blanc au scénario bien huilé.

La toile de fond n’est pas non plus sans rappeler des imagesd’archives, la lutte des noirs pour leur liberté à Memphis, quelques jours avant l’assassinat de Martin Luther King, l’opposition des Blacks Panthers, ces mômes paumés qui commencent à toucher à des trafics qui vont noyer leur cause dans d’autres détresses, plus intimes, la difficulté de se situer dans un camp, la manipulation du FBI,  . Il y a parfois quelque chose de surfait, la blonde bourgeoise pas raciste pour un sous, mais qui a juste un peu peur quand même quand dans les émeutes, parce qu’elle se fait insulter, elle croyait quoi ? que les noirs en lutte, c’était des bambis ? … quelque chose de convenu, « la vérité révélée sur la mort de «  docteur king » seule connue par un gamin du coup pourchassé …. Mais bon, moi, les Bogart, noir ou blanc, ça m’a toujours fait fondre et j’ai toujours rêvé de pouvoir sussurer en ensemble vichy super moulant « If you know how to whistle, put you lips together and blow ». Ce qui n’a rien à voir non plus.

Athalie

04/08/2011

L'élu C. Potok

potok.jpgLa A. cachottière avait encore un as dans sa manche, la voilà qui pourra faire sa maligne. Je me demande quand même comment elle joue au poker ...

L'élu : sur la quatrième, c'est dit "une histoire d'amitié" entre deux adolescents juifs, soit. Ce ne serait que cela, on serait un peu dans la bibliothèque verte ou chez L'école des loisirs, collection " Découverte de l'autre et pratique de la tolérance", voire "citoyenneté et respect des croyances" ...

Moi, mais ce n'est que moi, évidemment, (je ne voudrais pas que le quatrième me réponde en un commentaire virulent), j'ai trouvé que le récit tourne autour de ce que la tradition et les croyances , et ici, la religion, peuvent faire aux enfants et à leur père, comme une question de choix et de don, comment on peut être honnête et piégé, sincère et injuste.

ça commence par un match de base-ball, je ne comprenais rien, je survolais le score en attendant que le match se termine, puis, le match devient duel, presque inquiétant, je ne voyais pas trop comment, mais du coup, j'ai plongé dans le bouquin, comme un règlement de compte qui leur échappe aux deux ados, Reuven et Danny, qui ne se connaissaient pas, mais, qu'une sorte de pulsion meurtrière va pourtant unir ... (je sais, c'est bizarre.)

Tous les deux sont juifs, seulement, ils n'appartiennent pas à la même communauté, l'un pense posséder la certitude de la pureté, de la loi, de l'élection, l'autre semble s'en moquer, sauf que le premier doit être rabbin, alors que le second le veut, le premier est obligé, le second le choisit. ça devrait être l'inverse, mais alors, il n'y aurait pas de roman. La pureté, l'obéissance aux règles, à la tradition, aux lois des pères, au poids de l'histoire d'une persécution qui légitime, et oblige, au respect de ce qui doit être, pour continuer.

Les deux pères sont pratiquants, mais l'un tendance "moderniste", celui de Reuven, il parle à son fils et le conseille, l'autre, le père de "l'élu", Danny, est le rabbin d'une communauté hassidim. Il lui parle du Talmud, ou plutôt ils se parlent à travers le Talmud, notamment le soir du shabbat, sorte de mélange de foire à la parole illuminée et d'interrogation publique, entre sadisme et tendresse : le fils doit succéder au père, il doit être à sa hauteur, quitte à s'affronter, en se taisant ... C'est une étrange logique, mais qu'on finit par comprendre, comprendre entre autre qu'ils ne peuvent faire autrement. Du moins, que pour le père de Danny, c'est la seule voie possible. L'élu, Danny, ne veut pas l'être, résistant et résigné, pourtant. Etrange, dis-je, loin de notre (ma ?) vision des choses où le lien à la religion ne définit pas notre identité, ce qui pour les juifs, évidemment, est au contraire une question qui ne peut que se poser, un piège qui s'ouvre ou pas, une borne, une jauge ...

Enfin, je crois ...

Athalie

 

02/08/2011

Un pied au paradis Ron Rash

Bien prenant comme un polar qu'il n'est pas vraiment, bien troussé en cinq parties que l'on enchaîne, malgré quelques répétitions, un coup d'accélérateur sur la fin, et même si quelques ficelles trainent, on ne culbute quand même pas trop dans le total mélo.

Il fait chaud dans ce livre, une chaleur moite qui colle aux mains calleuses des paysans qui s'acharnent à tirer quelques plants de tabac d'une terre aride, perdus dans une vallée bien paumée du sud des Etats Unis, ancien territoire indien où trainent encore quelques ombres. Ils triment pour ne pas faire pousser grand chose, et surtout pas des enfants ... Une grande ombre aussi plane en arrière-plan, celle d'une grande entreprise qui se moque pas mal d'eux et du passé, c'est dit, les terres anciennes et ce qui va avec doit être noyé sous l'eau de la retenue necessaire à la centrale électrique.

WorkShoesS.jpgCe livre a un goût de poussière, un son de pendule qui sonne les coups du sort pour les personnages qui peinent en dessous. Il y a d'abord la voix du shérif, parti à la recherche du corps d'un ancien combattant tourné pas grand chose. Sa mère a donné une piste : les voisins, et surtout la voisine, seulement voilà, pas de cadavre, pas de crime, alors, il cherche. C'est rèche et tendu, c'est lourd. Le shérif traine la jambe, mais aussi sa propre histoire, un mariage raté, un père et un frère qui, eux, sont restés à la ferme, un parcours clopin clopant qui garde une part d'ombre ... Puis la voix de la voisine, relais qui dévoile un peu, on croit savoir, on devine, on met d'autres pierres dans le sac, puis le mari, puis leur fils, et lorsqu'arrive le tour de l'adjoint, c'est juste pour le fardeau final, les pierres tombales disparaissent sous l'eau du barrage, les pick-up déglingués ne se cabosseront plus aux routes pas carossées.

Ce n'est pas si dense ni si puissant que du Harisson ( celui de Dalva), il y a comme un écho de déjà lu, mais du déjà lu qui fonctionne pas mal.

Athalie

08/07/2011

Sukkwan Island David Van

utopia%201.jpgC'est un livre dont j'aurais aimé dire beaucoup de bien, parce que l'auteur, d'abord, il est vachement beau, et qu'en plus, il a l'air un peu tout cassé, genre Boyden, mais en plus jeune, moins massif, un côté ado fragile.  Mais je ne sais trop quoi en penser, au final. Déjà, y'a un côté La route, la relation père-fils, ça fait écho, ça gêne.ça gêne aussi de savoir que le père, le vrai, de David Van, lui a demandé de vivre avec lui en Alaska, que le vrai auteur a dit non, et que son père s'est suicidé quelques temps plus tard. Il (l'auteur) n'a pas dit si cela avait un rapport avec son refus, mais on peut penser que c'est ce qu'il peut penser, forcément. Il dit aussi que c'est le roman de l'autre scénario, celui où le fils aurait dit oui. ça gauchise un peu la lecture, peut-être.

Sur le quatrième, le roman est classé sous l'étiquette "Nature writing", soit. C'est vrai que l'action se situe en Alaska, donc, Alaska oblige, pas beaucoup de monde, mais un plein de solitude, d'arbres, de saumons, un ou deux ours, de la neige, du froid évidemment, du froid. Un père qui demande à son fils de vivre avec lui pendant un an sur une île, rien que tout les deux, c'est plutôt de cette nature dont il s'agit, pas de la beauté des grands espaces, mais du piège de l'espace intime. Le fils qui croyait que son père avait tout prévu, le père figure paternelle angoissante, défectueuse, centré sur ses propres échecs, amoureux, ceux d'avant,  de maintenant. Impudique (enfin, j'ai trouvé), Jim (c'est le père) se sert de Roy (le fils) comme d'une béquille, sauf qu'il n'a que treize ans, le fils. Une sorte de prise d'otage moral, Roy flotte dans cette mission imposée trop grande pour lui, il ne sait qu'en faire. Alors, comme  c'est le début de l'été, il pêche des saumons, chasse des provisions, collabore comme il le peut avec ce père de plus en plus inquiétant, veut fuir, puis reste, puis la neige, puis le huis-clos.

On sent bien qu'on va vers le drame, mais j'ai quand même sursauté quand il est arrivé. Et puis après, ça sonde l'âme, ses lachetés, ses errances. L'écriture est lente, comme retardée par les échos de la neige, comme au rythme d'une marche en raquettes qui n'aurait pas vraiment de fin, ni de but. C'est peut être pour cela que je suis restée à l'extérieur, attendant autre chose que cette sonde douloureuse d'introspection qui ne mène vers pas grand chose en fait, du moins me semble-t-il ... 

Athalie

PS : mais c'est vrai que moi, les relations père fils ...

02/07/2011

Les fleurs de lune Jetta Carleton

fleur_de_lune.jpgJe ne savais plus quoi lire et c'était avant "Etonnants Voyageurs", donc je rechignais à entamer le potentiel des découvertes, et ne souhaitais guère dilapider, dans tous les sens du terme, le capital à investir dans du papier qu'on tourne en gardant les yeux dessus et en ayant la tête ailleurs. (Ce qui veut dire que l'on ne REGARDE même pas ce que l'on achète ...)

Donc, recours à d'autres sources pour avoir une idée ou deux pas trop nazes. En l'absence de conseils des copines ou de mes collègues grandes lectrices, deux moyens possibles et récurrents : les blogs de lectrices (dont je me méfie à cause des trop grandes tentations) ou la sélection des librairies.

Les fleurs de lune, ce fut donc la sélection des librairies. A priori, avis favorable, quoique le bouquin était aussi estampillé " sélection du Prix des Lecteurs", dont je me méfie comme de la promotion des éditions du livre de poche, vu que les lecteurs d'une seule maison d'édition, c'est pas fiable, et que je ne les connais pas, en plus. Pas comme les A. Donc erreur possible.

Finalement, pas une erreur, pas une découverte. Classique sans plomber le poncif (ou juste ce qui est supportable) Il faut quand aimer le thème "histoire de famille avec secret caché se déroulant dans l'Amérique profonde des années 50". Moi, je suis fan, donc ça fausse.

Les fleurs de lune, ce sont des fleurs qui s'ouvrent quelques instants à la tombée de la nuit, spectacle rare et précieux, du moins pour la famille à secret caché dont il est question. Ce sont, je le suppose, symboliquement, aussi les quatre filles de Matthew et Callie Soame, dont on suit tour à tour les secrets de vie, en alternant les points de vue, évidemment, classique et pas déroutant, j'ai dit, on suit. (Le premier chapitre a quand même un goût de pépin de pommes au pays de Oui-Oui : on fait des confitures toutes ensemble, on se baigne toutes ensemble dans la rivière ... Papa est quand même quelque peu absent, mais bon, comme on sait qu'il y a un secret , on s'attend, on suit.)

Les quatre fille ont chacune leur destin , leur récit, leurs tentatives de sortir du carcan moraliste de cette époque-là, de cette société-là. Pas plus, pas moins. Plus ou moins féministes ou révoltées. Pas plus pas moins. Le carcan s'ouvre petit à petit, mais reste un carcan, quelque chose par rapport à quoi on est jugée, jaugée, conventions sociales, familiales, religieuses. Et, finalement, ce que j'ai trouvé de plus interressant, c'est les deux récits des parents qui encadrent quasiment ceux de leurs filles : le père à double face et la mère à fond secret, alors que tout paraissait si limpide de son côté à elle et si trouble, de son côté à lui.

Lecture balisée, soit, mais moi, j'ai suivi jusqu'au bout le chemin de lectrice que l'on m'avait tracé.

Athalie

15/06/2011

Brooklin follies P. Auster

guimauve.jpg"Il ne faut jamais sous estimer le pouvoir des livres" (Paul Auster dans l'avant dernier chapitre de Brooklin follies, justement). Ni d'un manège pour enfants (ça c'est de moi, par contre) et parfois, ils se ressemblent.

En général, je n'aime pas P. Auster. Pour être plus juste, je ne sais pas si c'était pour faire mon interessante rebelle et contre tout, ou si c'était vraient sincère, mais à la grande période du Léviathan partout, non seulement je ne l'avais pas lu, je crois même ne pas avoir dépasser la dixième page, mais j'en disais même beaucoup de mal. Trop, pour à peine 10 pages vaguement lues. Je le reconnais, pour les A qui s'en souviendraient encore. Surtout la A lozérienne qui aimait Paul Auster, mais elle, elle l'avait lu.

Et puis, un jour, quelque peu lointain maintenant, mon homme m'a dit : " Tu devrais lire Brooklin follies". Il avait raison.

" Un livre sur le désir d'aimer" dit la présentation de l'éditeur. Ben oui, dans ce livre là, faut pas la bouder sa joie d'aimer, aimer les personnages, Nathan, Tom, Lucy et tous les autres, y'en a plein à aimer, faut profiter. Et puis Brooklin aussi qui devient un village à taille humaine, sans grandes avenues, ni voitures qui klaxonnent, ni drogues, ni dealers, ni violences (je ne sais pas si Brooklin est comme ça, non seulement, je n'aimais pas Paul Auster, mais en plus je n'ai strictement aucune attirance pour New-York, mais pas le brin d'un début d'intérêt, même après cette lecture réjouissante ...) C'est comme le Vermont, on aime tout, la pelouse, la soupe au cresson, les haricots, c'est tout vert, même pas de neige ... (parce qu'un moment les personnages vont dans le Vermont, faut dire, et ça, je le sais, il fait froid, normalement dans le Vermont).

C'est un livre qui tient chaud, il y a de la bluette et de la guimauve, c'est vert donc,  et rose, rose-violet, tout doux.

Nathan, le personnage principal, est au départ un vieux grincheux, atteint d'un cancer et ancien vendeur d'assurance vie. Il vient à Brooklin pour finir, solitaire, une vie peu remplie et tristounette. Et puis, le manège se met en route, d'abord parce qu'il tombe amoureux d'une jeune serveuse et puis parce qu'il y a Tom qui arrive, le dépressif qui aime les livres, et puis Lucy, sa nièce qui ne parle plus sans que l'on sache pourquoi. Et puis le destin qui tourne, le coeur qui repart ... les bras cassés qui se réparent, plus ou moins, entre burlesque idéaliste et tendresse apaisée. On n'a pas envie qu'il leur arrive d'autres accidents, d'autres cognages de la vie ; on se sort des sectes, de la pauvreté, de la solitude ... on se prend à y croire, et si nous aussi, un jour ça nous faisait ça, une paix, un berceau, comme si c'était facile et qu'il suffisait de le vouloir pour aimer et, enfin, laisser aller, enfin, le monde comme il devrait aller.

C'est peut-être un peu long, un peu mièvre, un un peu trop rose, violet et violet et rose, mais après tout, on n'est pas toujours obligé d'espérer "une fin silencieuse à une vie triste et ridicule" (paroles de Nathan au début du premier chapitre)

Athalie

PS : cette note pour A. B. (entre autres) en rattrapage pour celui sur Blues pour Elise ... Vu que Brooklin Follies, les A l'ont déjà lu.

 

07/05/2011

Le polygame solitaire Brady Udall

526px-Brady_Udall,_author.jpgLe dernier ... ah merde je sais plus son nom ; en tout cas le 2ème après L'incroyable destin d'Edgar Mint (titre plus ou moins exact... décidément ça va pas fort moi). Bref, pas mal du tout sur les polygs tarés du middle west. Où on se prend à rêver d'alliances polygames au féminin sans la bénédiction des Saints du dernier, avant dernier, avant avant dernier jour avant l'Apocalypse. D'ailleurs elle a eu lieu dans le roman sous la forme de terribles essais nucléaires dont les nuages radio actifs ne respectent pas les limites des terrais d'essai archi secrets ! Bizarre non?
Très bien aussi le dernier CD d'Alex Beaupin qui passe en boucle dans ma grande maison vide ( les hommes font leur allya en Israel) A écouter de toute urgence (à mon avis, humble avis)
A. B.

07/03/2011

Il faut qu'on parle de Kévin Lionel Shiver

Bon, c'était pas vraiment le moment, d'accord. On partait le lendemain en Andalousie pour quinze jours, on était au milieu des sacs, mon homme venait de m'annoncer que le compte courant avait nettement baissé alors que je m'étais acheté une tunique IKKS (en soldes, ouf ! ) quelques bouquins (six ...) en cas de manque "on the road", un chapeau rose pour ma fille (indispensable par contre), un éventail rose aussi à fleurs pour la même puce (totalement inutile, perdu ou cassé dans trois jours). Heureusement, j'ai résisté au peignoir pour le camping de chez "Les filles du mékong" (le magasin était fermé) et au maillot de bain deux pièces pour ma pucinette de chez "Petit bateau" (Y'avait pas le modèle que j'P7120167.JPGavais repéré). Et toc ! 80 euros d'économisé !
Ceci dit, il fallait que je parle de Kévin. Le titre c'est Il faut qu'on parle de Kévin. Rarement lu un bouquin qui me dérange autant, au point de me relever à trois heures du matin pour me calmer avec une cigarette, ce qui n'est pas franchement malin, j'avoue.
C'est la mère d'un tueur qui écrit, un tueur de quinze ans, qui a liquidé à coups de fléches ses "copains" de lycée, pas vraiment au hasard. Elle le décrit comme un être malfaisant, pas depuis la naissance, mais même avant, dans son ventre. Une vie avec lui faite de méfiance, de coups bas de part et d'autre, ses efforts à elle pour communiquer avec un enfant qui la déteste, foncièrement. Le problème, c'est qu'au bout d'un moment, cette mère martyre qui se présente comme coupable, et martyre, "coupable, forcément coupable" n'aurait pas écrit Duras, on se demande ce qu'elle cache, ce qu'elle ment. La fin est pire encore, on découvre que depuis le début, elle cache, effectivement, les deux crimes les plus intimes. Du coup, moi, tourneboulée, je me dis, depuis quand le mensonge a commencé ? Le monstre, c'est la maternité ? l'enfance ? Le bouquin, il me manipule depuis quand ? Comme Kévin a manipulé son entourage ? ou comme elle a manipulé son fils ?
Bref, une cigarette de plus en écrivant cet article ! C'est pas malin !

Athalie

05/03/2011

Les chroniques de San Francisco A. Maupin

puy de Sancy.jpg

Sûrement, un article inutile, sûrement toutes les A. les ont déjà lues les Chroniques de San Francisco.
C'est donc juste pour dire aux A encore plus en retard que moi, si il y en a, en retard de quelques wagons, qu'elles peuvent y aller. Y a pas de honte à lire la même chose que tout le monde après tout le monde et à faire un commentaire comme tout le monde.
Une jolie lecture de plage ou de transat (d'ailleurs j'y étais dans un transat ....), des personnages typiques d'une époque un peu déjantée qu'on a pas connue (mais qui ne fait pas envie en fait ....). Y'a de la solitude chez ces doux déjantés du sexe, chez ces consommateurs plus ou raisonnables de dragues et de sensations. Un monde qui tourne en rond, aussi, malgré des gags plutôt drôles, on sourit d'une lèvre seulement, mais tendrement.

Athalie

12/08/2009

La route Mac Carthy

Puisqu'il faut bien parler aussi des livres que l'on a pas aimé. Dont celui-là. Celui-là particulièrement ( parce qu'il y en d'autres qui me sont tombés des mains)  à cause d'une virulente discussion avec les copines A. alors qu'on était sur la route vers les soldes .... (comme quoi trois nanas sérieusement armées d'une carte bleue peuvent aussi se distraire avec un peu de littérature futile ...) Où il s'est avéré qu'elles l'avaient aimé et pas moi. Ce cas de figure étant plutôt rare, je veux dire qu'en général, on est plutôt d'accord sur les bouquins et qu'on lit, d'ailleurs plus ou moins les mêmes ... J'avais, pour une fois, pas mal d'arguments à ce moment-là, arguments que j'ai d'ailleurs plus ou moins oubliés et que je ne pourrais retrouver avec précision. Mais l'impression d'ensemble demeure malgré tout.
Je n'ai pas compris l'engouement autour de ce livre. Je l'ai commencé avec pourtant enthousiame et confiance. Juste pour la frime, c'est A.L Bondoux (écrivain jeunesse) qui m'en avait parlé. Vu que j'aime bien ce qu'elle écrit .... j'avais acheté tout de suite.
Et bien, j'ai dû passer complètement à côté du "message philosophique" (puisqu'il parait qu'il y en a un ...) du bouquin, moi : L'homme est méchant ? l'homme est un loup pour l'homme ? En cas de catastrophe nucléaire, on est mal barré ?  Quand toute la terre sera polluée, on fera moins les malins ? Il faut quand même garder espoir parce que même quand tout le monde se mange pour survivre, il reste quelques gentils ? Forcément, entre gentils on se comprend et on se reconnait et on s'aide ? Niveau message, je vois pas mieux ...
L'écriture n'aide pas, il faut dire, un faux style torturé, des répétitions à n'en plus finir, l'absence de ponctuation pour faire je sais pas quoi :  moderne et "post-nouveau roman" ? Sauf que ça fait un moment qu'il est "post", "le nouveau roman" ...
Un "road book" has been, du sous Bordage. (si, si, on peut faire pire que Bordage, la preuve ...)

Athalie

PS : ce qui n'enlève rien au talent d'Anne Laure Bondoux, lire Les larmes de l'assassin et Pépites