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21/11/2012

Dictionnaire des idées reçues Flaubert

220px-Gustave_flaubert.jpgUne note de Ingannmic sur "A rebours" de Huymans, m'a menée de fils en aiguilles pas logiques à relire le "Dictionnaire des idées reçues" de Flaubert, pas logiques mais presque, ces deux-là, pouvant être reliés par la même détestation de leur époque mesquine et embourgoisée, engoncées dans des certitudes petites bourgeoises haïssables. Huymans en a fait un catalogue des fuites esthétiques possibles, dont le systématisme peut lasser la lecture. Flaubert dans son dictionnaire, qui fait souvent suite à sa mise en oeuvre "romanesque", "Bouvard et Pécuchet" dans les éditions actuelles, liste dans une sorte de "manuel de savoir-vivre" les attitudes et paroles à avoir dans le monde petit bourgeois sur lequel il tire à vue.

Contre le romantisme : "Lac : avoir une femme près de soi quand on se promène dessus"

Pour les voyageurs : " Oasis : auberge dans le désert"

Pour les musiciens : " Fait penser à un tas de choses. Adoucit les moeurs. Ex : La Marseillaise"

Contre les climats : " Indolence : résultat des pays chauds", mais l'humidité est "cause de toutes les maladies ", on ne saurait mieux dire ...

Pour la santé : "Pruneaux : tiennent le ventre libre"

Pour les oreilles des jeunes filles : "Pucelle : ne s'emploie que pour jeanne d'Arc, et avec "d'Orléans". Ces dites jeunes filles qui sont "Toutes pâles et frêles, toujours pures. Eviter pour elles toute espèce de livres, les visites dans les musées, les théâtres et surtout le jardin des plantes, côté singe". Par contre le "Jeune homme" est "Toujours farceur. Il doit l'être. S'étonner quand il ne l'est pas", sans compter que "Introduction : Mot obsène".

Etc, etc, etc ...

Moi, ça me fait rire ...

 

Athalie

 

18/11/2012

Ombre et soleil Ake Edwardson

ombre et soleil,ake edwardson,romans,romans suédois,romans policiersAlors, pour celui-là, ce n'est pas comme pour "Le septième fils", j'ai vraiment regretté d'avoir pris la série en route ( c'est le troisième, si j'ai bien compris). Le premier, c'est "Danse avec l'ange", le titre que j'avais noté sur mon-petit-carnet-qui-ne-me-quitte-pas-ou-presque sauf que le livre n'était pas sur les étagères devant lesquelles j'étais et que comme j'avais une fringale de polar, j'ai pris le dessert avant l'amuse gueule.

Ceci dit, ce n'est pas vraiment gênant pour la compréhension de l'histoire, même si l'on sent que les personnages ont déjà du vécu ensemble. Du coup, j'aurais préféré les cueillir encore tout frais et sans histoire : le beau Winter et son allure de Dandy, sa dulcinée d'Angéla avant qu'elle ne soit enceinte, j'aurais aimé les prémisses, quoi ...

Nous sommes donc dans une série, un série que je sens bien "chausson", du genre Ed Mac Bain ou John Harvey, dont on reprend sans faim mais avec appétit. On a une ville, une brigade, un tueur, des équipes qui patrouillent et quadrillent. Sauf qu'au début, le chef n'est pas là, Winter a dû partir pour Malaga, son père s'y meurt. Dans la banlieue espagnole pour Suédois en retraite, Winter s'observe avec quelques détours plus exotiques dans la vieille ville. Ce qui n'a rien à voir avec la suite policière, mais un peu avec la suite sentimentale.

Pendant qu'il déambule, il retrouve sa mère, puis arrive sa soeur, retardée par une grippe. Evidemment, dit comme cela, on ne transpire pas trop nous, mais on s'installe en famille et dans un confort de lecture certain.

En Suède, les choses tranaillent aussi, les équipes rôdent dans les rues de l'avant an 2000 en ayant à l'oeil la jeunesse suédoise qui y vadrouille, dont une fille de pasteur (e) et son ami, attachant fils d'alcoolique avant de devenir témoin numéro un d'un meurtre sonorisé et macabre à souhait. Les choses s'accélèrent un peu au retour de Winter, alourdi quand même par sa future maternité, sans compter que le téléphone traque Angéla et que le tueur semble bien plus proche qu'on ne le souhaiterait ...

Une intrigue un peu convenue et balisée, mais je sens que je vais rapidement récidiver ...

 

Athalie

01/08/2012

Plus léger que l'air Frédérico Jeanmaire

farman.jpgC'est pour son malheur et son édification ratée que le pauvre et jeune Santi va croiser le chemin de la vieille Faila. Pourtant le rapport de force était à-priori en sa faveur, quatorze ans contre quatre-vingt treize, couteau (ou ongle acéré) contre rhumatismes articulaires. Sauf que lui se retrouve enfermé dans la salle de bain où elle était censée avoir caché ses économies, la vieille, et que la vieille, elle a fermé la porte à clef, que la porte en est solide et que même à coups de pieds et de poings, il ne peut en sortir. Sauf à la convaincre de le libérer, et là, il part de loin. Ruses contre mauvaise foi, le combat est alternatif et inégal.

Faila : solitaire, rancunière, affabulatrice, méfiante, autoritaire, versatile, caractérielle, elle a enfermé Santi pour se protéger, soit, mais le garde pour qu'il l'écoute, car, elle veut raconter en entier, s'il-vous-plait, et sans être contrariée ni interrompue, l'histoire de sa propre mère morte d'avoir voulu réaliser son rêve, piloter un avion. Mais Faila divague et disgresse sans cesse, vers elle, son enfance, ses cousines, sa vie amoureuse pitoyable de solitude, et Santi tente de suivre, d'aller vers l'ouverture, en fait.

Santi : voleur à la petite semaine, garçon des rues, traîne misère. Du moins, c'est ce que l'on devine plus ou moins. Faila appartient à la grande bourgeoisie catholique, Santi surgit des bas-fond des bidonvilles pour faire les poches des vieilles nanties dans son genre. Là, on pourrait se dire que va se nouer  une grande amitié intergénérationnelle et intersociale, entre ces deux-là et que la porte va s'ouvrir que "Chabada"... Que nenni, la carapace de la veille ne se fendille pas si facilement, et de chaque côté de la porte chacun tire sur son bout d'escarpoline, le reclus de force et la geolière en mal d'amour se tournent autour, sauf que c'est elle qui a la clef, la nourriture, la parole. Parce que l'originalité de ce roman tient à une construction étonnante ; seule la parole de Faila nous est rapportée, le long monologue de l'acariâtre, c'est tout ce que l'on a. Certes, elle y inclut les propotestations, les chantages, les tentatives de négocation tentés par Santi, mais on les connaît que par elle, qui les commente, voire les agrémente de ses rancunes quand il ne dit pas ce qu'il faut, ce qu'elle veut entendre. Parce ce qu'en plus, l'ancienne institutrice, elle veut le modeler, l'éduquer, elle fait les leçons, de morale ou d'histoire, à son élève coincé du côté dentifice et savon. Il ronge son frein, négocie nourriture contre écoute et obéissance.

L'idée du retournement initial m'avait paru drôlatique, et drôle, le texte l'est parfois, mais la voix unique fait qu'il y a aussi un côté exercice de style, alourdi par les répétitions des réactions de Santi, et l'absence de son intériorité (mais bon, c'est le parti-pris, donc, c'est logique, au moins ...). Le lecteur est aussi coincé que Santi, bien obligé de subir les vacheries de la Tatie Danièle dont on mesure la solitude à la hauteur de ses déclarations d'amour à sa proie.

Athalie

PS : un prêt de A.M.L. Merci !

19/07/2012

Allmen et les libellules Martin Suter

imagesCAE6C2MW.jpgIl n'y a pas que les pavés compassés, il n'y a pas que les histoires glauques menées à un train d'enfer, il y a aussi les plans plan-plan, légers et courts, catégorie à laquel appartient ce policier atypique ( dans mes lectures à moi, mais pas que ...). Dans ce premier tome de ce qui commence à être une série (le second vient de sortir), on passe plus de temps à découvrir le décor, suisse, et les caractériques du personnage, suisse aussi, Allmen donc, qu'à suivre son enquête. D'ailleurs, d'enquête, on ne peut pas dire qu'il y en ai vraiment une, c'est plutôt une suite de tuiles, qui mises bout à bout font un bien agréable passe-temps.

Allmen a été riche, collectionneur de bon goût, voyageur de curiosités, dandy. Allmen est ruiné mais garde de son faste beaucoup de séduisants vestiges.

Allmen n'a pas d'argent, mais il fait (très bien) semblant d'en avoir beaucoup. Ce qu'il a en trop, c'est des dettes. Pour y échapper, il n'ouvre pas son courrier, ce qui est une tactique qui a ses limites.

Allmen a beaucoup, beaucoup, beaucoup de chance, trop pour être honnête, ce qu'il n'est donc pas.

Allmen n'est pourtant pas érotique. La seule conqûete qu'il va subir n'est pas vraiment à la hauteur de ses goûts raffinés.

Allmen vit dans la maison du gardien de ce qui fut sa propriété. La serre y est devenue son salon, il peut y jouer du piano ou contempler ses rayonnages. Allmen est un grand lecteur.

Allmen est un homme d'habitudes : il fait une sieste tous les après-midi, et quand il se résoud à voler quelque chose, c'est toujours la même chose.

Allmen est protégé par un domestique, Carlos, clandestin et bénévole, sans conteste le meilleur cireur de chaussures du monde mais très, très cachotier et très peu loquace.

Et l'intrigue ? Une histoire de libellules pas en toc dont Allmen et Carlos se sortent très bien, en attendant leur prochaine aventure.

Athalie

PS : friandise qui a sauté dans mon escarcelle grâce à

http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2011/06/une-enquetre...

 

11/07/2012

La septième vague David Glattauer

la septième vague,david glattauer,romans,romans autrichiensBon, vu la stricte alternance que je tente en ce début d'été ( une recette, un livre), aujourd'hui aurait dû être jour de recette, mais une règle étant faite pour être déviée, ce sera jour de livre, la suite de Quand souffle le vent du nord, parce je vais vite fait trousser la bluette.

Je n'ai donc guère tardé à me procurer "La septième vague", me doutant bien que la grâce épistolaire serait éphémère, et bien non, c'est pire, le charme n'a pas du tout, du tout, du tout opéré, et l'ennui s'est très, très,très rapidement installé.

Rappel ( quand même, je trousse, soit, mais point trop n'en faut) : Emmi ne s'est pas rendue à l'ultime rendez-vous et Léo est parti comme prévu à Boston, toujours sans l'avoir vue en vrai, pour sauver son mariage (à elle) et raison retrouver. Emmi envoie des messages au manager du système .... Léo rentre et finit par répondre, nouveaux échanges sur le même modèle que ceux d'avant le départ, et c'est reparti.

Le but de la lecture de cette suite se réduisant à savoir :

  1. Si les deux tourtereaux en puissance vont enfin se décider à se rencontrer en vrai une bonne fois pour toute et qu'on en parle plus (enfin, si quand même un peu mais qu'on passe aussi à autre chose)
  2. Si cette rencontre va se conclure par la fin heureuse prévisible, et qu'on ne passe pas à autre chose, sinon, je ne crois plus aux contes de fées, et ce serait dommage, quand même à mon âge.

Les réponses sont tellement évidentes que les mails se rabachent : "Alors, tu m'as trouvé(e) comment ? - Toi d'abord, tu m'as trouvé comment ? - Non, toi ....", quelques mails plus tard (où ils se sont plus ou moins dit comment ils se trouvaient, bien, évidemment, ( et non, Emmi n'est pas obése et n'a pas de poil aux pattes, et non, Léo n'est pas obèse mais a du poil aux pattes) : "On arrête là, ce n'est pas possible - Oui, on arrête - Toi d'abord. - Non, toi d'abord, c'est toi qui as qui l'a dit. - Là j'arrête pour de vrai, j'écris le mot FIN"

Tiens, bonne idée.

Athalie

PS :  pour l'illustration, je cherchais quelque chose autour de "vague d'ennui", j'ai trouvé ce tableau. Sans commentaire.

REPS (post publication) : je ne résiste pas à ajouter deux liens vers des articles divergents mais  très drôles

http://croqlivres.canalblog.com/archives/2011/08/25/21742...

http://www.audouchoc.com/article-la-septieme-vague-daniel...

 

02/07/2012

Quand souffle le vent du nord Daniel Gluttauer


Denise au téléphone - Bande annonce Vost FR par _Caprice_

 

Attention, lecture légère, lecture en forme de coeur, lecture pour farniente, lecture en liberty, lecture au goût de crème glacée, fondante et sucrée, sucrée .... A dévorer pour se sentir comme une plume bercée par une brise d'amourette.

Une nouveauté littéraire malgré tout, un renouvellement du genre épistolaire, le roman par mails, enfin, des mails quand même mieux écrits que des vrais, sans fautes de frappe, ce qui est relativement rare dans le vrai courrier électronique. Des mails en toc, qui font pas vrai, des mails pour une histoire chabadabada.

Emmi Rothner veut résilier son abonnement à une feuille de chou locale, elle tombe par erreur sur la boite de Léo Leike, un homme qui n'avait rien demandé, quant à lui, tout cela parce qu'elle tape trop vite le "e" avant le "i". Erreur renouvellée pour des voeux de bonne année en envoi automatique d'un mail groupé. D'excuses en platitudes, ces deux-là vont se titiller, se prendre au jeu, érotiser puis fantasmer. Carrément. ( c'est la loi de la bluette, faut pas hésiter à en faire trop)

Lui est célibataire, et sort d'une rupture complexe, elle est mariée, aime son mari, a des enfants (pas vraiment les siens en fait, mais c'est tout comme, c'est pour dire qu'elle est heureuse et sans histoire, en fait.) Du moins, c'est ce qu'ils se disent, et c'est ce doute possible qui est drôle en tant que lectrice, on se dit sans arrêt qu'ils sont peut-être en train de se (nous) mentir, de s'inventer une vie virtuelle, un amour virtuel, un caractère virtuel. Elle, l'impertinente, jalouse par intérim, lui qui fait du cache-cache et parfois les échanges font du sur-place : on devrait se rencontrer, on va se rencontrer, oui mais dans un bar, comme ça on ne saurait pas qui on est, et puis oui, et puis non, et puis on devrait arrêter ces mails qui ne mènent nul part, ben oui, ben non, ils ne mènent nul part mais on continue quand même, pourquoi ? ben parce que ....

Comme la lectrice qui se dit : "C'est bien mince tout cela", ben oui, c'est mince, mais qu'est-ce que c'est bien le mince quand ça ne coince pas, que les pages se tournent et qu'on est à la fin avant même de s'être ennuyé. Ces deux-là, faut dire, ils sont attachants comme des chamallows....

Il y a une suite où il semblerait qu'ils se voient vraiment en vrai .... Une question angoissante se pose : leur amour virtuel résistera-t-il ? je ne suis pas sûre de passer tout l'été sans pouvoir répondre à cette angoissante attente .

Athalie

PS : bonne lecture à la grande fille de A.B., jeune mère surbookée, ce livre est pour toi !

REPS : l'extrait en tête de note, c'est "Denise au téléphone", une sorte d'ancêtre de Quand souffle le vent du nord, mais plus caustique et moins bluette

 

17/06/2012

Gare au feu Fiona Kidman

2607404.jpgLes nouvelles, c'est pas trop ma tasse de chocolat. Je me suis laissée tenter par ce recueil parce que Fiona Kidman, sur un petit plateau d' "Etonnants voyageurs" avait l'air d'une mamie gâteau pas vraiment sage et que je voulais voir ce qu'il avait sous la crème anglaise.

Premières lignes : ouh là ! comment cela se fait-il que je me régale tout de suite autant, ça va retomber .... ( oui, c'est retombé, mais quand même pas trop) : "Le petit italien" : une amie d'enfance force plus ou moins la porte d'Hillary, ancienne provinciale devenue auteure reconnue ( tiens donc ...) et c'est le petit Nino qui rentre, avec toute la saveur d'un premier amour furtif et frustant. "L'historique des faits", où comment un couple adultère se défait comme il s'est fait, dans les bruissements et  les écorchures invisibles du monde. Dans "Extrêmes", des histoires croisées de femmes, toujours, de filles, d'avortement, ou non, de chances, ou non. Et ainsi continuent les tablotins à peine frisottés de permanente de femmes mures, le plus souvent respectables, qui recroisent leur adolescence souvent tremblotantes et discrètes avec de la flamme qui couvait en dessous. Elles ont pu parfois aller plus loin que là d'où elles venaient, mais il semble qu'on ne va pas beaucoup plus loin en Nouvelle Zélande qu'au bord de la mer. (Ce qui est logique pour une île ...) L'Australie se profile bien parfois à l'horizon, mais bon, ce n'est rien d'autre qu'une autre grande île, finalement. Des hommes aussi passent, qui aiment ces femmes fortes-là et les laissent partir ( "Le ciel se fige"), il y a bien quelques moutons aussi, mais peu. La première partie se révélait donc un peu répétitive quand est arrivée la seconde (logique, y'en a trois).

La seconde, donc, est constituée de trois nouvelles liées entre elles chronologiquement : le premier texte retrace ce que l'on peut savoir de l'histoire de Joyce : une jeune fille de la ville, placée dans un foyer pour "accouchement discret", doit abandonner sa fille, et se laisse ensuite épouser par un gros plouc qui a besoin d'une femme pour agrandir sa ferme. Joyce va tenter puis disparaître. Les deux nouvelles suivantes suivent le fil de cette descendance et de ce mystère, de femmes dures en mères aimantes, distantes, sans jamais vraiment lever les voiles.

La troisième partie ne comporte que deux nouvelles, peut-être celles que j'ai préféres, parce qu'après la langueur des amours perdues, elles ont un petit côté claquement de cymbales, un presque retour à la réalité bruyante, alors que ce sont elles aussi ont le plus un certain goût de rêve ( je sais, ce n'est pas clair, mais là, je n'arrive pas à dire autrement, alors je vais laisser comme ça ...). La première nous montre pour une fois, un homme, un  Premier Ministre tant qu'à faire, dont la générosité morale prend peut-être source dans de bien tardifs remords .... Et la dernière, ben la dernière, pour faire bref, elle sent le brûlé et traine des effluves de bal colonial.

Si ses romans sont de la même veine, je pense que je pourrais devenir accro à la Fiona, mais pour l'instant, je vais aller me promener vers le nord, le climat océanien, là, je fatigue ( et puis, toujours pas beaucoup de sauvages en vue, ils les ont cachés où les Maoris ? dans les rayonnages du fond ?)

Athalie

 

20/04/2012

L'île des chasseurs d'oiseaux Peter May

Gugas_at_Port_of_Ness.jpgFin est écossais, et policier. Il voudrait bien être autre chose, ingénieur en informatique par exemple, mais pour l'instant, non. Comme il vient perdre son fils de huit ans, il est plutôt mal en point, son couple avec Mona bat de l'aile et lui aussi. Juste avant ce drame personnel, il y avait le professionnel : un meurtre avec pendaison et éventration post mortem. Fin vit à Edimbourg mais vient de l'île de Lewis, qu'il a fui dix-huit auparavant, il va devoir y retrouner parce qu'un meurtre similaire au premier vient d'y être commis, une île sombre comme sa mémoire, comme échappatoire imposée à sa douleur intime, une cautère sur une aile de bois .... Pas vraiment chargé de l'enquête, pas vraiment de retour non plus, entre deux, il retrouve, suit des fils, des trames qui se dispersent dans la brume, des vieux copains qui se trainent des souvenirs pas en meilleur état que les "black house" qui se délitent face à la mer, et le souvenirs font des trous à l'âme.

C'est un policier pluvieux et venteux, avec un enquêteur à qui il arrive plus de tuiles en une vie qu'un toit écossais puisse en perdre pendant une tempête, sans compter qu'on y glisse beaucoup, des toits, des falaises, des illusions, dans ce roman. 

L'île de Lewis est un drôle de monde, à l'écart des siècles, avec ses croyances qui vacillent mais plombent quand même sacrément l'atmosphère. Fin y a vécu, d'abord dans une maison repeinte en violet parce que son père avait dégotté sur la plage un énorme baril de peinture, comme un naufrageur des temps d'avant, quand la fureur des tempêtes était aidée par les feux que la pauvreté des hommes allumait sur les rives. Puis, la première tuile est tombée.

D'autres relents des temps anciens taraudent encore, surtout une, celle de la chasse aux bébés oiseaux des albatros, les gugas. Une fois par an, douze hommes de Lewis partent pour ce rite initiatique et fondateur : pas moyen d'y échapper. Quinze jours en autarcie sur un rocher pour massacrer des oiseaux sur un îlot rocheux qui pue et qui glisse, pour ramener sur la terre ferme ce met de choix, qui sera savouré sans savoir, délicate chair en bouche, ce qu'il en coûte vraiment. C'est un peu comme la lectrice de polar, en fait, qui s'en délecte les babines, des tuiles de Fin.

La cruauté de la lectrice n'a d'égal que celle des amatueurs de tourbe brûlée. ( dicton dictée par une faute de faute, et complètement idiot, j'assume)

 

Athalie

PS : merci A.B. encore un conseil qu'Ark vAdor aurait  gardé pour elle (lui ?)

15/03/2012

Prodigieuses créatures Tracy Chevalier

220px-Maryanning.gifLe truc facile, évidemment pour l'entame de cette note, ce serait "prodigieuse lecture", sauf que non, on ne peut pas aller jusque là. "Prodigieuse surprise" non plus, alors cela va être "bonne pioche" plutôt, parce que après avoir adoré La jeune fille à la perle, comme beaucoup et plein de monde, en un temps lointain où le blog des A se tenait à la terrasse d'un troquet après avoir fait le marché des Lices, plutôt que sur la toile, où l'on ne peut même pas se couper la parole en commandant un deuxième verre de vin blanc ( c'est un temps tellement lointain que certaines A. ne l'ont même pas connu), j'avais été super déçue par La dame à la licorne. Du coup, j'avais classé Tracy Chevalier dans la catégorie "auteur que je ne lirai plus". Et puis, finalement, un avis en entrainant un autre ...

Dans Prodigieuses créatures, foin de licorne et de perles, foin de peintre et artisan tisseurs au long cours, mais des gratteuses de falaises, par tous temps et tous vents, découvrant leurs trésors enfermés dans la glaise, par le temps, l'autre, celui qui dure. Pour l'une, les trésors, c'est les poissons fossiles, en plus, elle s'appelle Elisabeth Philpot, vieille fille de sucroit pas trop contrariée. Avec ses deux soeurs, pour équilibrer des intérêts familiaux bien pensés et raisonnables, leur frère les a plantesé à Lyme Regis, une sorte de futur centre balnéaire démodé avant même d'exister. 

Leur petit cottage est ciré à la théière. Leur vie aussi dans ce coin de la côte anglaise où les mondanités se résument aux bonnes oeuvres et aux cancans, et où les notables se piquent de curiosité, d'abord, pour les trois arrivantes. Puis, moins. Il faut dire que la passion des poissons fossiles, ce n'est pas très affriolant. Elizabeth se voit étiqueter excentrique, c'est marqué sur sa robe et sur ses gants troués. Ramasser des poissons fossiles, ça sali, et les gants troués d'avance, c'est plus pratique. ( c'est fou ce que l'on apprend des trucs dans les romans !)

Sur la plage, Elisabeth rencontre Mary Anning. Trop jeune fille piquée aux fossiles aussi, mais terrestres, cette fois. Les deux vont faire la paire. Mal vue aussi Mary, mais elle parce qu'elle vient du village ( comme quoi, c'est bien aux femmes qu'on en veut dans cette histoire, des femmes qui n'ont pas à savoir, ni à chercher à savoir, surtout pas à savoir scientifique ...). La famille de Mary est pauvre. Pour vivre, elle va faire le commerce de ses ammonites, gryphies et autres traces d'un monde disparu. Ces preuves des ratages de dieu se ramassent à Lyme Régis, à la même vitesse que A.O. cueille les palourdes sur la grève de S.J à marée basse, c'est là où l'on de la chance qu'elle préfère les palourdes vivantes au "crocodiles" morts. Ce commerce est aussi celui de la  passion de Mary  que les scientifiques londoniens vont utiliser à leur guise, sans même prendre conscience de son importance à elle, la découvreuse, la cheville laborieuse : condescendants péroreurs, parfois plus sympathiques, parfois plus loufoques, rarement reconnaissants.

Un roman bien solide et bien écrit, classique un rien féministe ( mais pas virulent), un rien historique ( mais ce voit à peine) , un rien romanesque ( ce qui n'est pas dérangeant ...)

Athalie

12/03/2012

Désaccords imparfaits Jonathan Coe

désaccords imparfaits, Jonathan Coe, roman anglais, Billy wilder, la vie privée de Sherlock HolmesImparfaites, elles le sont peut-être ces petites nouvelles en passant, alors évidemment on leur pardonne un désaccord ou deux : imparfaits comme l'est un apéro sans olives mais avec saucisson (il faut alors autant aimer les olives que le saucisson, ce qui est mon cas, ou imparfait comme l'est un bain sans perle de bain rose, alors on met une violette et bien sûr il faut aimer autant le rose que le violet, ce qui est aussi mon cas.

La première pourrait être un souvenir d'enfance, une histoire de Noël, une histoire de peur comme les enfants aiment avoir peur, ou avoir un canif, ou avoir vu un fantôme, ou ne pas avoir perdu le Noël, l'enfance, le canif, les fantômes, en grandissant. Tonalité d'ensemble : La pluie avant qu'elle tombe.

La deuxième pianote sur deux touches d'un piano bar le blues bluette d'un croisement de regards, celui qui aurait fait la suave histoire d'amour parfaite, mais bon, non. tonalité d'ensemble : La pluie avant qu'elle tombe.

La troisième décline les errements d'un musicien de cinéma dans un festival improbable de films gores et fantastique : une croisette un peu toc, une journaliste et un acien amour plus trd, il va enfin pouvoir aller s'acheter une paire de lunettes de soleil. Tonalité d'ensemble : La vie très privée de monsieur Sim ou Une touche d'amour, avec des accents en sourdine de Testament à l'anglaise.

La quatrième est le récit visiblement autobiographique de l'obsession de Jonathan Coe pour un film de Billy Wilder "La vie très privée de Sherlock Holmes" : l'air de rien, elle dit le goût de laisser l'imparfait, le pas fini, l'innacompli, de ne pas combler les trous, les vides, on ne sait jamais, le fini pourait décevoir. Le triomphe du pas fini sur le fini, ça me plaît bien, moi.

Et en toute modeste harmonie, finalement, ces désaccords imparfaits touchent juste.

Athalie

10/02/2012

Toute passion abolie Vita Sackeville-West

76704c96b2783fc3ba7a0e1759956f05-300x300.jpgBon d'accord, ce peut être un projet de vie d'abolir toute passion, pourquoi pas. On n'est pas obligé de faire dans le Phèdre tous les jours, ça fatigue le complètement passionnel et ça ne rentre pas toujours, il faut bien le dire, dans les grilles horaire d'une A-lectrice normale. Vous voyez Phèdre faire cuire des pâtes ( voire un boeuf bourguigon) avant d'aller bruler  l'Hippolyte de sa fureur ? Ou madame Bovary mettre une machine de linge à tourner avant de se payer une partie de jambes en l'air avec Rodolphe ?. Mais à force d'abolir, on frise la platitude, quand même.

Le mari de Lady Slane vient de mourir, grande figure de la vie politique anglaise, il a été vice roi des Indes, et elle donc, vice-reine, ce qui aurait pu être palpitant ou romanesque, quand même ... et bien non. Elle a accompli ses devoirs de dame du grand homme, sans grande passion (pas encore abolie, mais presque), et conjugaux sans doute aussi (c'est vraiment pas raconté, cet aspect là des choses, faut dire) mais il faut le croire puisqu'elle se retrouve entourée de ses enfants qui, pas passionnés ni passionnants, la considèrent plus ou moins comme une gentille potiche, quelque peu irresponsable et anecdotique. Faut dire qu'ils lui font concurrence : entre la célibataire pas collectionneuse, le célibataire collectionneur d'astrolabes, les radin-mesquin et l'autoritariste rigoriste, on se demande quelque peu ce que l'on fait là, nous. Il n'y a que la servante, Genoux, toute revêche dévouée, qui palpite un peu, mais comme le Lady n'a pas l'air de s'en aperveçoir, qu'elle a une bonne pleine de potentiel fusionnel, on est bien obligée de la laisser tomber nous aussi. Ce qui m'a fait peine.

Bon, après, ça ne se corse pas non plus. La lady veut refaire sa vie notamment en louant une maison, aperçue trente ans auparavant. C'est dire si elle sait retarder la pulsion. Bon, miracle, elle est à louer. La lady va donc pourvoir y vivre sa nouvelle vie, en compagnie de deux vieux monsieurs excentriques à souhait mais toujours aussi peu explosifs. D'une femme en sourdine, elle devient l'égérie de son propriétaire puis l'héritière d'un viel soupirant, même pas éconduit, pas la peine, pas de passion, je vous dit. Ce qui fait que la Lady, statue de marbre qui se voulait artiste, même en un style joliment tourné, moi, elle a commencé me languir sérieux.

Athalie

 

23/01/2012

L'héritage d'Esther Sandor Marais

imagesCA3K05SH.jpgUne pépite ? toute petite et presque discrètement portée sur une robe de deuil, comme une robe de mariée même pas portée. Je ne sais plus où je l'ai dénichée, sans doute dans une vieille armoire qui couinait pour tenter de se faire remarquer, un sachet de lavande éventée et quelques naphtalines plus tard ...

Esther, vieille fille amoureuse mais un petit, un petit peu coincée, quand même, Lajos, un séducteur veillissant ; (pas coincé, du moins pas dans le même coin), un menteur qui a été flambloyant, l'a dépossédée, flouée, aimée, laissée, comme en passant et dans le désordre, ou en même temps, on ne sait pas trop. Il ne reste pas grand chose, de ce temps d'avant, pas de parures, pas de secrets de famille, où alors, de la poussière d'ailes de papillon. Le temps s'est arrêté, une silhouette un peu guindée, dans la solitude d'une maison à la véranda déguingandée : tous les autres sont morts ou presque, reste deux ou trois témoins pour savoir que oui, il y a eu un temps où Esther fut aimée. Si légèrement, mais quand même. Une nounou est restée, lucide et tranchante. Elle sait les mensonges, comme Esther ne veut pas les savoir. Et Lajos revient réclamer son dû, et Esther écoute, frémissante au lieu de continuer à couper ses dalhias. ( Bon, moi, c'est plutôt les pivoines, mais j'ai transposé, pas grave)

Les mots cisèlent, taillent peu, on se languit sans se languir, comme dans un transat bancal. Et puis, c'est déjà fini.

Athalie

PS : une Esther en Barbie, c'est carrement pas possible ... Donc les orchidées ... ou une rose confite parce que Lajos, il en a un peu plein la bouche, quand même, quand ce ne sont pas des serpents !

26/11/2011

Une saison à Venise W. Odojewski

une saison à venise,odojewskiSauf que lui, le petit Marek, il n'ira pas à Venise, pas comme son grand-frère, sa mère, ses tantes, avant, destination de villégiature traditionnel pour cette famille polonaise aisée, on imagine la Venise des cartes postales du temps d'avant, celle de "Mort à Venise", mais sans le choléra (le typhus ? je ne sais plus ...) 1939, la Pologne va être envahie, tout s'arrête et son rêve de Venise aussi, sa légende fabriquée, sa collection d'images découpées. Son père file dare dare à la guerre, sa mère se plonge dans ses comités de soutien aux soldats, et le voilà expédié en quelques pages dans la maison de sa tante, une grande maison art déco avec plein de recoins, mais en pleine campagne, plantée au milieu des jardins, sans gondoles. La tata est un peu doucement frapadingue, le reste de la famille arrive, une autre tante, et Marek va avoir sa Venise ...

C'est ouaté, en sourdine, des petites fuites ou fugues mineures avant qu'une source ne coule dans la cave ... un plein d'images flottantes. Un tout petit roman, comme un point de suspension, une lanterne aux fées, un jeu de masques et de bergamasques dirait Verlaine,  et d'ombres délicieusement, hop, pas vu pas pris ... La fable, les lampions d'une lagune souterraine et les notes d'un violon font un temps se taire les fracas qui arrivent. Un moment. Et puis, la Pologne sera bien envahie, la réalité rattrapera bien la fausse insouciance de l'enfance. Faut pas rêver.

Mais la mascarade était bien jolie.

Athalie

18/11/2011

Les déferlantes Claudie Gallay

Quand Les déferlantes déferlaient (facile ...) en grosses piles compactes sur tous les rayonnages et que tout le monde disait que c'était le "Best seller" des lecteurs, moi, je faisais un peu la tronche car du coup, ce phénomène de bouches  z'à z'oreilles éclipsait celui du Martinez "Coeur cousu", et que mince qu'est-ce c'était que ce bouquin-là, forcément moins bien que mon succès à moi de ma bouche à mes z'oreilles et pas que moi, évidemment, mais quand même.

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Finalement, une fois qu'il fut sorti en poche, je l'ai laissé attendre encore un peu, histoire qu'il comprenne bien que je faisais encore un peu la gueule, et puis, "bon, ben, oui, allez, je te pardonne et je ne te lis mon gros coco ...". Gros, oui, coco, on ne peut vraiment dire, moins bien que Martinez, forcément. Mais je me suis quand même laissée prendre ... Comme tout le monde connait l'histoire, je passe et dis juste ce qui m'en reste de bons souvenirs, un peu palis par le temps :

  • Le fantôme de Prévert,
  • L'impression de lire en ayant les coudes posés sur une table de formica derrière une vitre de café embuée,
  • Un huis clos en plein vent, avec un couvercle dessus, comme un ciel breton, même si c'est pas en Bretagne,
  • la maison qui bouge, toujours à cause du vent, et la chambre avec un lit qui doit sûrement avoir un polochon et un édredon. Surtout un polochon, j'adore les polochons, je rêverai d'avoir un polochon, en fait.
  • Les sculptures  de Raphael et son chien empaillé
  • Les chats
  • un certain rythme lent, qui prend son temps pour dire peu de choses, finalement, mais bon.
  • L'art de d'écrire sérieusement des phrases parfaitement inutiles, l'inutilité, c'est reposant : "Il est monté dans la voiture. j'ai entendu le bruit de la portière quand elle s'est refermée. J'ai pensé à la personne qui avait inventé ce bruit". Heureusement, que ce n'est pas un ressort dramatique, sinon, on serait mal. Mais dans le flot, ça passe. Etrangement.

imagesCAY84CMJ.jpgEt finalement, je ne lui en veux plus à ce bouquin. Il a réussi à m'avoir de son côté, un moment calme et doux, presque sans histoire ... peut-être juste pas assez, justement.

Athalie

PS : bonne lecture A.M.L. .....  et autre roman du même auteur à éviter par contre, Seule Venise, la même chose, en plus court et moins bien, beaucoup moins bien, très nostalgie d'une femme seule, aussi, mais à Venise, ça passe moins bien qu'à la Hague, allez savoir pourquoi ? Peut-être qu'il a moins de formica ? et puis les pigeons de la place Saint Marc, ils sont moins porteurs de symbolisme que les goëlands et les mouettes sur la falaise ...

01/11/2011

La cucina Lily Prior

la cucina,lilly priorUn petit régal que ce petit livre là, qui a failli me coûter un endormissement très tardif, vu que je n'arrivais pas à le lâcher, on se lèche les doigts en dévorant les pages. Cependant, ne pas se tromper dans l'ordre des activités, parce qu'on n'y suce pas que des plats et on n'y plonge pas que les lèvres, ou les yeux ...

Rosa Fiore aime faire la cuisine, réfugiée dans la fattoria de son enfance, à l'est de la Sicile où se cotoient légendes, superstitions, prêtres et mafia, où la terre engrosse les olives aussi sûrement que sa mère enfante, même en double, là où se mêlent sang et plaisir, chair et chair, pâte et meurtres : "C'est le moment de commencer à étaler la pâte. Saupoudre la table de farine et divise le pâton en huit sections égales. Une à une, aplatis-les avec le couteau à pâtisserie, en excerçant une pression vers l'avant, de manière à obtenir une forme rectangulaire. Procède ainsi jusque chaque section de pâte forme une longue bande de l'épaisseur de la lame d'un couteau. Le couteau qui a tranché la gorge de Bartoloméo. Qui est entré dans cette chair jeune et tendre comme un coltello dans du lard". C'est à la deuxième page du premier chapitre, donc c'est comme si je n'avais rien dit .... Le drame suggéré là va faire prendre au personnage un autre chemin dans une autre ville, une autre cucina, pour des plats qui soulagent de sa peine d'amour perdue.  Et quand se présente un prince des sensations fortes, les fantasmes de Rosa Fiore brûlants et dévorants, dodus comme une explosion de rondeurs débordent d'un corset trop longtemps contenu, de l'uniforme de la sage bibliotaire, s'échappent des volcans .

Y a du Fellini dans cette cuisine-là ... un Fellini qui aurait croisé un Botero.

Une tourte à la viande et quelques huitres plus tard, il reste un fumet drôle et excessif, entre burlesque et ridicule, mais aussi un soulagement, trop d'excès aurait pu tuer l'excès. A lire comme on mange des palourdes "a la vongole" avec les doigts, en faisant du bruit avec la bouche et sans renverser la sauce partout.

Athalie

01/10/2011

Eux sur la photo Hélène Gestern

barthes.jpgLa première page a quelque chose de délicieusement surrané, une belle femme, deux hommes, une complicité, un instant fixé. A chaque fois que je lis une description de photo, je pense à ce qu'en a dit Barthes (je sais, ça fait pédante, mais c'est vrai) dans La chambre noire ; quelque chose qui dit dans que lorsqu'on regarde une photo, on regarde forcément la mort d'un instant. (Evidemment, c'est plus long et c'est mieux dit, mais j'ai la flemme d'aller chercher l'extrait). Je ne sais pas pourquoi, ça résonne juste, pour moi en tout cas. Je ne pense jamais à ça lorsque je regarde une photo, une vraie, celle de ma vie normale, mais uniquement quand j'en trouve une dans les livres. (J'arrête ma psycho à deux balles, les A. sont moqueuses)

Une femme, Hélène, ne sait rien de sa mère, sauf que la belle femme, à la raquette de tennis, sur la première photo, c'est elle, rien de rien du tout d'autre, à un point que s'en est quand même quelque peu artificiel.  Pourquoi qu'elle a pas régi avant que son père soit mort et sa belle mère atteinte de la maladie d'Alzermer ? (Trop fastoche Alzermer ....) Donc, au lieu de demander avant, elle a passé une petite annonce dans Libération après. Un certain Stéphane répond, un des deux hommes de la hoto, c'est son père, sauf que lui non plus ne sait rien de rien. Le fils du troisième, on saura plus tard pourquoi il ne risquait pas de se manifester. Une mère disparue dans la nature depuis l'enfance, un père mort depuis des années mais qui, même vivant, était un fantôme, atone. Sans être devin, c'est bon, on a vite compris, et pourtant, malgré quelques platitudes et un côté  bleuette, peut-être dû au côté roman épistolaire, résurgences du truc machin chouette des amateurs d'épluchures de patates, et avec un goût de pépin de pommes dans la bouche, je me suis laissée prendre par les circonvolutions autour d'un secret de polichinelle.

Pour une fois, je mets un extrait pour que l'on m'excuse ce penchant pour les ritournelles nostalgiques.

 La photographie a fixé pour toujours trois silhouettes en plein soleil, deux hommes et une femme. Ils sont tout de blanc vêtus et tiennent une raquette à la main. La jeune femme se trouve au milieu : l’homme qui est à sa droite, assez grand, est penché vers elle, comme s’il était sur le point de lui dire quelque chose. Le deuxième homme, à sa gauche, se tient un peu en retrait, une jambe fléchie, et prend appui sur sa raquette, dans une posture humoristique à la Charlie Chaplin. Tous trois ont l’air d’avoir environ trente ans, mais peu être le plus grand est-il un peu plus âgé. Le paysage en arrière-plan, que masquent en partie les volumes d’une installation sportive, est à la fois alpin et sylvestre : un massif, encore blanc à son sommet, ferme la perspective, en imprimant sur la scène une allure irréelle de carte postale. 

Tout, dans ce portrait de groupe, respire la légèreté et l’insouciance mondaine.

 Athalie

01/09/2011

Madame Bovary 73

 

Jetez un oeil sur cette petite merveille ...

http://flaubert.univ-rouen.fr/derives/Bovary73/accueil.php

Athalie

12/08/2011

Chocolat amer Laura Esquivel

chocolat-amer-laura-esquivel-L-ZT7pgd.jpgComme un goût de déjà dégusté, déjà consommé, même si c'est bon, cela ne surprend en rien. Bien dommage, un ressucé réchauffé de réalisme magique à la mode sud américaine, c'est mijoté mais peu relevé, même en intercalant de joyeuses odeurs poivrées et en mélangeant les sucrés salés, pour moi, cela n'a pas pris.

Tous les ingrédients attendus sont utilisés : une famille de filles, une mère acâriatre, un désir de fuite et de révolte, une obéissance à sa destinée, la révolution mexicaine, chaud chaud bouillant les sens, l'amour impossible né d'un seul regard torride, le sacrifice de soi, la puissance du don aux aliments mêlés, et attention aux fées qui se nichent au fond des marmites.

Tita est au centre du roman, avec Pedro, celui qu'elle ne peut épouser et pourtant qu'elle doit côtoyer tous les jours. C'est la plus jeune, elle est née dans une inondation de larmes, au milieu des oignons. Courroux de la mère et destin bouclé, dans cette famille, la plus jeune doit rester célibataire pour s'occuper de la mère jusqu'au bout, et la mère Héléna, faut se la coltiner !!! En attendant sa disparition, pour cause de naissance malencontreuse et d'amour interdit, la Tita, elle est exilée dans la cuisine, avec la vieille bonne indienne, mére de substition et Pygmalion en chef de l'art de la tambouille à double tranchant. L' affreuse mère veille au grain, mais les effluves passent les portes et Tita apprend à cuisiner, et à faire consommer, de drôles de recettes, qui au gré de ses humeurs et sensations amoureuses peuvent se rélèver aux conséquences aléatoires voire regrettables. Se méfier surtout des cailles aux pétales de roses qui vont entraîner Gertrudis, la seconde, vers des chemins de perdition et Rosaura, malgré une forme d'abstinence ... carrèment sans gout au départ, mais point sans odeur à la fin, n'aura finalement que ce qu'elle mérite.

On cuisine beaucoup dans ce livre, on mange souvent, presque sans faim, on malaxe odeurs, coups de théâtre et coups du sort, mais sans trop d'appétit.

Peut se lire ; mais il faut alors oublier Cent ans de solitude, ce qui n'est quand même pas évident.

Athalie

11/08/2011

L'affaire Jane Eyre Jasper Fforde

dim11.jpgDeux FF comme totalement déjanté, complètement foutraque et fortement plaisant !!!! A réserver pour un trou entre pavés nostalgiques (ou pas) ; "saga familliale et lourds secrets" et pavés " le monde comme il devrait être et nature humaine comme elle n'est pas".

Ici l'Angleterre des années 1980 prend des airs de science fiction et de monde parallèle, mais parallèle à quoi, c'est pas clair ... sauf que la littérature y est la valeur suprême, que les vaisseaux spatiaux sont des dirigeables, y'a pas de martiens, mais les héros de fiction peuvent se matérialiser, mais dans quel espace ??? Pas clair non plus. Mais il y a des bons et des méchants. Le bon, c'est Thursday Next, jeune enquêtrice, sorte de détective littéraire appartenant au corps de police qui doit préserver les manuscrits et histoires originelles en débusquant les tentatives de faux et les trafiquants de versions non conformes aux chef d'oeuvres littéraires, une sorte de répression des fraudes pour objets de grande valeur à la marque déposée que sont les Dickens et autre Wordsworth (sorte de Chanel ou de Vuitton, en quelque sorte, par chez nous). Le méchant, c'est Achéron Hadès. Il a volé soit disant le manuscrit d'un Dickens, mais en fait, c'est pour mieux trafiquer la fin de Jane Eyre. Le Brontë est en danger, à moins qu'une énorme rançon ne soit versée ... Auquel cas, il laisserait (peut-être) tranquilles Jane et Rochester. Faut dire que dans ce monde là, le lecteur (bien ou mal intentionné) peut (sous certaines conditions quand même) rentrer dans les intervales de la fiction, dans les moments pas racontés par l'auteur entre deux scènes et changer deux ou trois petits trucs qui vont faire se détricoter les mailles prévues à l'envers à l'endroit. Ou l'inverse. En plus, si l'original est modifié, c'est toutes les éditions qui se modifient en même temps, et définitivement si l'original est détruit ... D'où l'urgence, évidemment ! (je ne sais pas si je n'ai pas perdu deux troix A. en cours de lecture moi, par contre).

La course contre la montre est trépidante, surréaliste, insuivable, drôle, sans compter que d'autres trucs s'emmêlent sans arrêt : Shakespeare a des troubles identitaires, un père fantôme déboule quand ça lui chante, le dodo est calineur mais un peu encombrant, les amoureux aussi, ou pas, ça dépend lesquels ... On perd le fil, on en retrouve un autre, en fait, coup de bol, c'était le même. A la fin, je me suis retrouvée sur mes pattes mais Rochester avait pris un coup de chaud et Jane s'était un peu cramé la jupette. La fiction se dédouble encore, vrai jeu de miroir où apparaissent et disparaissent des pions-personnages, à en donner le tournis au lapin d'Alice.

Du coup, j'ai lu Jane Eyre, le vrai, enfin, logiquement. Ben, c'est drôlement bien aussi.

Athalie

28/07/2011

Meurtres entre soeurs W. Marsh

cds50.jpgUne autre lecture quelque peu anodine, mais point sans un certain charme à l'anglaise, un certain suranné, un côté mug de thé avec des roses roses dessus, un thé de Noël, un peu épicé et bien sucré, avec des buches dans le feu et un chat persan sur les genoux ( ce me change des cochons). Mais ce n'est pas la saison, enfin, normalement ...

J'attendais quelque chose du type Le divin secret des petites yaya (bouquin que j'avais adoré mais lu il y trop longtemps pour que j'en retrouve la saveur, même tenace, et qui était plutôt celle du gin amer que du thé sucré ) Quoique du gin, il y en a aussi dans Meutres entre soeurs, mais il fait plutôt sourire. En fait ce serait peut-être plus une flagrance d' "Arsenic et vieilles dentelles".

L'histoire commence dans les années d'après deuxième guerre mondiale, d'abord un veuf et une veuve, qui s'unissent, chacun solitaire avec une fille chacun, puis qui deviennent Mo et Pa, figures fantôches, dont les deux petites capricieuses tirent les ficelles, très facilement. Puis arrive Rosie, la seule commune de Mo et Pa, leur princesse, la aussitôt détestée des demi, qui vont s'unir pour l'empêcher de vivre. Sauf que la vraie nuisance, c'est la petite, qui dès le berceau va s'arranger pour la leur pourrir leur vie, et en grandissant, elle va sacrément bien y arriver, n'hésitant devant aucune trahison, aucune vengeance, plus pourrie et cynique comme soeur, y'a pas, même en demi, celles de Cendrillon, à côté, c'est des  mollasses... Pourtant, tout cela reste si léger qu' on n'y croit pas deux secondes, faut dire qu'il n'y a pas idée d'être aussi naïves que les deux anciennes stratéges de la manipulation qui se laissent avoir comme deux godiches télécommandées par une sorte de poupée mécanique aux plans clairs comme de l'eau du puits.

ça se laisse lire, parce qu'il y a, en plus de l'odeur de thé, celle des petites tartelettes qu'on peut manger avec. Sauf que la tartelette peut être fourbe ...

Athalie