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01/02/2015

Les poissons ne ferment pas les yeux Erri De Luca

les poissons ne ferment pas les yeux,romans,romans italieUn garçon de dix ans passe un été sur une île italienne. Autrement, il habite Naples, ses bruits, ses mouvements, qui parfois lui font monter les larmes aux yeux.  Sur l'île, tout est différent, à sa mesure, un peu décalée, de petit garçon qui aime la lecture et la pêche, ou même, seulement, regarder les pêcheurs et les poissons ramenés dans les filets, sur la plage. Dès fois, la nuit, il part avec l'un d'entre eux, un vieux, voir les lumières des étoiles.

Ce narrateur nous plonge dans le temps suspendu qui est celui de son île, dont on devine la familiarité, le temps des baignades et des rébus qu'il solutionne, assis près de sa mère, sur le sable. C'est l'île de ses vacances, sauf que cet été-là, il a dix ans. Sa sœur est chez des amis, le père est absent, lui aussi ; rêveur d'Amérique, il y est parti en reconnaissance, pour peut-être y établir la famille. De temps à autre, ses lettres ponctuent le rythme quasi immuable du fils et de la mère, les horaires de la plage, la lecture du roman d'aventure.

Dix ans et l'envie de grandir, sans le mode d'emploi de son corps, ni celui du verbe "aimer" ... une petite fille plus tard, le jeune garçon, un peu lunaire, un peu solaire, va se heurter aux poings jaloux de d'autres de son âge, pour qui le verbe "aimer" a plutôt le goût de la jalousie que celui des sucettes glacées léchées sur les marches en bois, à deux, au rythme des conversations animalières de la belle. La belle qui rétablira une sorte de justice, à sa juste mesure ...

Erri De lucca ne nous donne pas le parfum des sucettes, ni le nom du petit garçon, ne même celui de la petite fille dont le narrateur dit ne pas se souvenir. Mais ce n'est pas ce qui m'a gêné (quoique, pour écrire une note en évitant les répétitions, c'est plus pratique ...). Le texte est très beau, tout en nuances retenues et vaguelettes de l'âme enfantine et de l'enfance de l'amour.

Sauf que, le narrateur adulte s'en mêle sans cesse, avec la distance du vieux monsieur solitaire qu'il est devenu (un peu aigri et pontifiant, pour moi, hein, parce que je n'aime pas que l'on me dise comment lire les personnages), il m'a quelque gâché le récit ("Tiens, le revoilà, celui-là" ...). L'adulte met la tête sous l'eau à l'enfant qu'il était, il lui enlève ses ailes. Et, j''avoue, j'aurais préféré qu'il nous laisse en tête à tête avec ses dix ans, entre sable et soleil et son drame d'amour taillé à sa juste mesure à lui aussi.

Comme j'avais déjà eu un souci similaire avec du même auteur, "Le tort du soldat", je commence à me demander si Erri De Luca me cause vraiment, finalement, à moi ...

 

28/01/2015

Les neuf cercles R.J Ellory

63779074.jpgUn policier, ex-engagé dans la guerre du Vietnam qui tourne en rond dans l'enfer de ses souvenirs, quoi de neuf sous la plume de la littérature américaine? Pas grand chose. Vraiment pas grand chose. Mais, ça peut être bon quand même, c'est le dernier Ellory. Malgré quelques déceptions, c'est du solide, Ellory, avec en plus un parfum du sud, un rien de "Seul le silence", un article de Dominique. Et je m'y colle aux neuf cercles.

John Gaines, après l'enfer du Vietnam, a passé le concours pour devenir policier, et est revenu auprès de sa mère, qui a son enfer à elle, un cancer auquel elle résiste depuis des années, peut-être attendant que son fils aime à nouveau, peut-être plus encore, grâce à ses incantations quasi-vaudoues anti Nixon.

Dans la petite ville du Mississipi, on tourne en rond, pantouflarde et tranquille, elle ronronne, et John Gaines aussi, dans un cycle pépère de contraventions civiles et routinières, d'une banalité reposante pour son traumatisme guerrier. 

Mais, surgit l'invraisemblable par les hasards d'une pluie battante : le corps  d'une jeune fille, toujours belle comme le jour, Nancy Denton, disparue depuis vingt ans, sort de la boue. Le corps a été préservé intact, donc (sic), comme son étrange blessure, une mutilation qui sent le bayou et ses sortilèges ... Dans le livre, surgit alors une autre voix, que l'on comprendra par la suite, être celle de Maryanne, la meilleure amie de Nancy, et avec elle, les souvenirs d'une radieuse journée d'été, le groupe des amis inséparables, elle, Nancy, le tendre et fort Mickaël, et les deux frères Wade. De la famille Wade, de la puissante famille Wade. L'un est lunatique, un peu à part, l'autre, un brin jaloux. Ce jour-là, Nancy avait une jolie robe, un pique-nique en forêt, une baignade, un air de tourne disque, une danse, les amoureux, Nancy et Mickaël, Mickaël et Nancy, tournent et s'aiment. Tout le monde s'aime. Et puis, plus rien. Nancy a disparu.

Depuis vingt ans, la mère de Nancy attend, Maryanne flotte entre deux temps, et l'amoureux, Mickaël est devenu une épave. Mis à part eux, toute la petite ville avait oublié,plus ou moins, un drame laissé entrouvert.

Une enquête à handicaps, donc, pour John Gaines, quelque peu inexpérimenté sur ce terrain là, ne disposant pas vraiment d'une logistique à toute épreuve, sans témoins, et avec comme seul suspect, un clochard halluciné, l'ex-amoureux de la disparue ... On se dit qu'il a intérêt à se sortir fissa de ses neuf cercles et d'avoir du ressort. 

Comment dire, même si le personnage tient la route, finalement, que certains coups d'accélérateur m'ont fait parfois y croire, l'intrigue est quand même peu haletante, marque des pauses, cohérentes, vu le contexte, mais les fameux ressorts sont un peu rouillés. Les portes du mystères s'ouvrent une à une avec des grincements poussiéreux, attendus depuis trop longtemps.

Un Ellory moyen, moyen, moyen moins, même. 

15/12/2014

Meursault, contre enquête Kamel Daoud

meursault,contre enquête,kamel daoud,romans,romans français,déceptionsMeursault et moi, moi et Mersault, ça n'a jamais collé. Lecture obligatoire au lycée, alors que je me complaisais dans la série des "Claudine" et autres "Marquises des anges", faisant traîner encore un peu l'âge des princesses-petites filles rebelles (je sais, l'association d'une grande dame et la littérature française et de ce l'on nommerait aujourd'hui de la chick-litt peut paraître étrange, mais pour moi, c'était un peu pareil, en fait, des lectures qui ne me trimbalaient pas la réalité des boutons d’acné ...), l'intrusion dans mon monde de "Aujourd'hui, maman est morte ou peut-être hier, je ne sais pas", ne m'a révélé du tout du monde de la littérature, au contraire, le Meursault, il m'avait salement gavé.

Des années plus tard, bien obligée de le croiser par obligation estudiantine, je fais semblant de ne pas le voir, je l'ignore, le Meursault m'indiffère, voire m'agace, les discours convenus sur chef d'oeuvre sur piédestal ( d'estrade ...), je les recrache, faut bien. On me dit : "l'étranger au monde, l'absurde, la merveilleuse langue de Camus". Je la trouve aussi rêche qu'un grain de sable dans une chaussure quand on a remis ses chaussettes au retour de la plage ( chose que je ne fais jamais). Je ne dis rien mais trouve le soleil de Camus dans ses nouvelles, pas dans "L'étranger", l'humanisme dans "La peste". Je ne comprends rien à Meursault, le meurtre sur la plage et les coups qui frappent à la porte de son destin.... Le coup du poids du soleil coupable ... La météo a bon dos et la tragédie grecque aussi. Et le destin de l'arabe, il n'est pas frappé des coups du destin, peut-être ? Alors pourquoi, il n'a pas droit à sa grecque tragédie ? Moi, je suis basique, on m'a dit Camus = écrivain engagé, ben alors, pourquoi, il n'est  appelé que "l'arabe" ? (oui, je sais l'indifférence, l'absurde, la focalisation interne ...).

Donc, un livre qui dit vouloir régler ses comptes avec le Meursault, lui mettre le nez dans son indifférence absurde, je suis forcément furieusement pour. Sauf que là, c'est moi qui me suis ensablée, je n'ai rien compris à la démarche de l'auteur, parce que je l'ai sentie la démarche (à vrai dire, je n'ai même senti que cela, pas une émotion, pas un tremblement, même du bout de la chaussette sans sable dedans, vu la saison).

Le narrateur est le frère de l'arabe tué par Meursault, il lui donne un nom, à ce corps sans nom, Moussa, (Là je me suis dit que l'auteur ne connaissait pas Star Wars, parce que moi, ça a fait interférence, et alors le drame du lapin à trop grandes oreilles sur la plage en salopette, j'avais le cerveau qui zappait ... ), et déclare vouloir lui rendre une identité à ce corps disparu de la littérature, lui redonner une dignité, lui élever un monument contre le piédestal de l'étranger. Et ce pourquoi je n'ai rien compris, c'est que le frère indigné ne raconte finalement pas l'histoire du frère oublié, mais la sienne propre. Je ne suis pas férue de logique littéraire, mais comme déjà Moussa, je n'y croyais pas, ce fut le grain de sable de trop. Le narrateur, sous la coulpe du souvenir, mène vie triste et terne, mal aimé, sans père, dans l'ombre de son frère, une mère étouffante de son malheur impalpable, qui cherche une coupable vengeance assouvie par un hasard trop parallèle (une histoire de meule de foin qui prend la place du soleil, si j'ai bien compris, et je n'en suis pas certaine ....)  De Moussa, il reste une silhouette. Pas beaucoup plus que dans Camus, finalement.

"Déçue, je suis" dirait le maître ...

Plein d'avis par ailleurs : Jérôme, Noukette, Valérie ...(pas de lien, Valérie a disparu !!!!)

 

30/09/2014

Le phare P.D James

Ma première lecture sur liseuse !!! ( celle de mon fiston, en réalité,  lui, il est re-passé au papier), et je dois le dire, une première tentative mitigée.
Tout d'abord, l'objet fut apprivoisé assez rapidement, je dois le dire fièrement, il s’avère notamment très pratique pour manger en continuant à lire. Manger autre chose que des fraises tagada, je veux dire. J'ai ainsi pu, sans dommage, assouvir une fringale express et irrépressible de tartines de "rillettes Hénaff sur pain italien", alors que l'inspecteur principal (le roman est un policier, de facture classique) se faisait réchauffer un osso bucco. Le pain, c'est ce que j'avais de plus italien chez moi sous la main, et, je peux l'affirmer, la liseuse permet un parfait tartinage de rillettes bretonnes en boite en kit mains libres.

Un truc gênant, mais ce n'est pas la faute de la liseuse, l’affichage des pourcentages. 75% de lu, j'imagine que cela veut dire que c'est bientôt fini ... mais bientôt fini, c'est combien de pages à lire encore ? Bon 25 %, je suppose, mais 25 % de pages sur combien ? Parce que cela fait combien de pages 100 % ? Le livre, vous allez me dire. Mais les pourcentages, moi, ils ne me causent que pendant les soldes : à partir de 50 %, je sais que c'est moitié moins. Fastoche. Mais; là moitié moins de quoi ? Une liseuse, c'est plat et n'affiche pas les prix de départ.

Le principal obstacle, quand même, fut le texte en lui même, d'où mon intérêt croissant pour les pourcentages. Mais qu'il est long, qu'il est long, mais vraiment long ( et je vois la longueur de ma note s'allonger, pas de pourcentages à l'horizon, Hautetfort ne comptabilise pas le nombre d’arrêt en route de la lecture des notes, heureusement pour moi ...). A 47 %, l'inspecteur principal interroge son premier suspect. Dans les 20 % du début, on a eu la présentation de l'inspecteur, de l'inspectrice et du sous inspecteur ( il faudrait que je rouvre la liseuse pour retrouver les noms et les caractéristiques de chacun, et comme je ne sais plus à quels %, ils apparaissent, j'ai la flemme. Disons, un poète, une complexée sociale et un arriviste bel homme mais qui se tient à sa place (pourquoi en dire qu'il est arriviste bel homme, alors ? je ne sais pas, Y'a pas la fonction explication sur la liseuse)

Sur une île au large de l'Angleterre, une mort suspecte nécessite que les trois s'y rendent dare dare, vu que le mort est un écrivain très célèbre. En chemin, on apprend qu'ils font leur sac ( chacun leur tour), ce qu'ils y mettent et pourquoi, qu'ils prennent l’hélicoptère et que l'inspectrice, elle lit pendant le voyage parce qu'elle a un peu peur. On ne sait pas si elle lit sur liseuse, elle. Mais moi en hélico, j'aurais peur aussi, liseuse ou pas ... Surtout qu'elle vient de quitter un amant super top.

L'île a un statut très particulier ; n'y sont reçus que des invités de marque et de marque prestigieuse pour y retrouver calme et sérénité : comprendre, ils sont hébergés dans des cottages en pierre d'où l'on voit la mer, il n'y a pas un seul magasin, ni même une piscine. Les falaises sont battues par les vents, les cheminées fonctionnent, pas de soucis, et le phare est rouge. Normal. 

La paix, le silence, les repas, les bons vins, le bois de chauffage et tout le reste sont fournis par les résidents de l'île, chargés de son administration discrète : le commandant, le médecin, l'infirmière ( sa femme), le marin, la cuisinière, l'intendante, une jeune fille recueillie sur l'île par le marin. Il y a  aussi une invitée à demeure permanente, une intello irascible et son ex-chauffeur (vu que sur l'île, il n'y a pas de voitures, normal) ....On a droit à un portrait pour chacun pareil que les trois autres, sauf qu'ils ne font pas leur sac, mais que certains ont un passé trouble ... Ha, oui, il y a aussi la fille de l'écrivain, et son fiancé, les deux furent exploités par l'écrivain. L'écrivain étant très méchant, personne ne le regrette vraiment. Sauf moi, parce qu'il aurait pu rendre toute cette histoire un plus plus coriace. (on  est a 40%, là)

Voilà, je m'y copieusement ennuyée dans ce texte, comme on l'aura compris, et même, je pense qu'à des moments, mon handicap des pourcentages a contaminé ma logique des phrases. Ainsi, lorsque je lis qu'un homme, retrouvé mort le crâne fracassé sur le sol d'une église, a dû mourir sur place parce que les draps de son lit ne sont pas défaits, je secoue la liseuse pour voir si l'engin n'a pas une fonction boule de neige, ou boule de cristal qui s'est mise sur le mode off, sans prévenir. 

Bref, dernier handicap de la liseuse, elle ne veut pas tourner les pages plus vite, enfin, pas la mienne, elle s'embrouille ...

 

22/08/2014

Les douze enfants de Paris Tim Willocks

J’avais adoré « La religion » du même auteur. Bon, on pataugeait un peu beaucoup dans le sang, les entrailles, la merde, la pisse et j’en passe pas mal …. Mais le super Mattias Tannhauser, sa dulcinée finalement conquise, Clara, et tous les autres, m’avaient emportée dans les tourbillons épiques et débordants des combats dans l’île de Malte, entre musulmans fanatiques et Templiers désespérément accrochés à leur basque. Juste génial !

Je trépignais donc à l’idée de les retrouver à Paris, en cette autre époque de guerre de religion, à son apothéose sanglante, le jour de la Saint Barthélémy. Sauf que, quand j’ai lu sur le quatrième que l’histoire était censée se dérouler en 36 heures et uniquement enfermée dans l’enceinte parisienne en cet unique jour de massacre, j’ai commencé à avoir un doute sur le souffle épique (l’île de Malte ce n’est pas très grand non plus, mais un seul  lieu et à peine deux jours, ça limite quand même les possibilités). Pas grave, me suis-je dit, il va y avoir des retour-arrière et ça va pulser. Ben non. Je n’avais par contre aucun doute sur le sang, les entrailles, la merde, la pisse, et je vous passe les odeurs. La journée en fut sûrement riche, sauf que dans le roman, il y en a trop, vraiment trop.

De plus, le suspens est nul (je veux dire, il n’y en a aucun, Mattias = Superman en pire et Clara, elle vous torche un accouchement entre deux fuites et deux enlèvements) et l’intrigue est mince comme le fil de l’épée passée au travers de tous ceux qui leur barrent la route l’un vers l’autre. Et il y en a beaucoup, sans compter tous ceux qui n’y étaient pour rien, et il y en a beaucoup aussi.

Clara a donc quitté son domaine provincial, enceinte de 8 mois, invitée par la reine elle-même à participer à un concert symbolique prévu pour célébrer le non moins symbolique mariage du futur Henri IV et de la future reine Margot. Concert symbolique, car elle, Clara, la catholique, jouera avec Symone D’Aubray, protestante. Mattias, qui était parti sur les mers, est arrivé trop tard pour l’accompagner. Il arrive donc à Paris pour la retrouver, ne sait rien de la symbolique prévue, ne sait pas où elle est, et entame donc ses recherches dans le labyrinthe des rues et des intrigues qui virent rapidement au cloaque répugnant. Et le sombre héros n’y va pas de main morte pour que ce cloaque devenu carnage ne déborde. C’est simple, il trucide comme d’autres disent bonjour, ou même avant.  Il y a quand même quelques moments où le taux de mortalité baisse, mais peu sur le nombre de pages … Il reste quelques passages poétiques,  voire de ce lyrisme noir qui emportait « La religion », des personnages secondaires atypiques et charpentés : l’Infant du pays de Cocagne, tellement laid que Quasimodo en aurait fait une crise de jalousie, le valet Grégoire, affligé d’un bec de lièvre un peu gênant mais à la douceur de caractère constante, lui, et le cortège des onze autres enfants de Paris, qui tous, à un moment où à un autre, vont être pris sous l’aile vengeresse de Mattias, réduit lui à n’être qu’une machine à briser les os, éventrer, décapiter, émasculer, énucléer, et j’en passe. Il n’y a que violer qu’il ne fait pas, il laisse ce crime là aux méchants, aux autres, et il y en a trop, beaucoup, beaucoup trop.

10/08/2014

Le tort du soldat Erri de Luca

C’est une première rencontre pour moi avec cet auteur connu et reconnu et que je ne connaissais pas, je veux dire que j’avais un nombre étonnant de fois, soulevé un de ses livres de la pile de nouveautés et qu’à  chaque fois, je l’y avais reposé. Pourquoi ? Aucune idée ….

Seulement voilà, il y a quelques mois, je suis rentrée dans une petite librairie indépendante dans une petite ville un peu éloignée de mes points d’achats d’habituels, et il m’est impossible de ressortir d’une petite librairie indépendante posée dans une ville quelque peu oubliée des grands axes culturels, sans contribuer à la cause. J’ai choisi, pour mon geste de solidarité, ce petit livre, en grande partie parce qu’il était petit, il faut le dire. C’est donc un petit geste de solidarité ….

Et sans doute un mauvais choix de ma part, car, je dois le dire, je suis restée parfaitement hermétique à l’intérêt de ce texte. Intouchée par les personnages et leur histoire, un récit alterné d’une rencontre unique et fortuite, et des conséquences, restées sans lendemain, à leur propre connaissance.

Le premier récit est tenu par un intellectuel italien, spécialiste de l’écrivain juif Isaac Bashevis Singer, assassiné par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Il est en train de traduire du Yiddish le dernier chapitre du dernier roman de cet auteur, qui a deux fins différentes. Un truc autour de la vérité, auquel je n’ai pas compris grand-chose. Il vagabonde entre souvenirs de ses visites à Birkenau, évocations du Ghetto de Varsovie et récit des ses escalades montagnardes, notamment celle qui le mène à l’auberge de la rencontre dans les Dolomites. Il y croise un couple, le père et sa fille. Un échange de regards plus tard, ils partent, et lui aussi, chacun de leur côté. Exit l’intellectuel.

La femme croisée prend la suite, elle se révèle être la fille d’un criminel nazi, non encore débusqué, et donc toujours en fuite, et surtout toujours nazi dans l’âme, convaincu que son seul tort est « le tort du soldat », c’est-à-dire d’avoir obéi  et d’avoir perdu la guerre, et que la guerre a été perdue car l’idéologie nazie ne s’est attaquée qu’à la population juive et non à l’âme juive. Affublé d’une fausse identité, il a vécu à Vienne sous un uniforme de facteur et tente de résoudre les mystères de la kabbale pour atteindre la compréhension de l’échec  …. Sa fille n’a rien voulu savoir de ses crimes, elle a décidé de l’accompagner de cette indifférence, elle décrit cet homme sans haine et sans amour.

 

Du coup, moi, j’ai trouvé cette histoire quelque peu plate : une femme frigide de la tête,(seul frémissement, le souvenir des vacances enfantines sur une île de soleil et le frôlement des mains d’un jeune garçon, muet …) un érudit solitaire et un nazi droit dans ses bottes et silencieux. Ces personnages me sont restés des énigmes, passant dans un décor peu animé, quelque chose d’un peu guidé et étriqué où même les Dolomites me sont apparues esquissées avec un arrière plan de Suisse Normande ( enfin, telle que je m’imagine la Suisse Normande, c’est-à-dire avec les couleurs du chocolat Milka, ce qui n’a strictement rien à voir avec le roman !!!!). Je me suis donc égarée en ces pages, sûrement très belles et bien écrites et un auteur à retenter, dans quelque temps ….

17/06/2014

L'emprise Marc Dugain

l'emprise,marc dugain,romans,romans français,déceptionsDirais-je déception ? ben oui, car c'en est quand même une, une petite, mais une quand même. J'aime beaucoup ce qu'écrit Dugain, mais là, le sujet ne me disait pas grand chose, tant pis, c'est Dugain, je me lance avec pas mal d'enthousiasme et je me coltine la présentation des personnages. Et des personnages, il y en a un certain nombre.

D'abord, Lorraine, elle a des soucis de communication avec son papa et un fils autiste ... Est-ce par clin d'oeil que l'auteur en a fait une spécialiste des écoutes et des filatures à garder discrètes ? Une espionne au service d'une nébuleuse organisation étatique ? Je ne sais.

Ensuite, arrive Launay, le candidat favori aux futures élections présidentielles et peut-être futures primaires avant, lui aussi a des problèmes de communication avec son papa. Est-ce un autre clin d'oeil ? je ne sais pas. Pour l'instant, son souci majeur est qu'il est favori et qu'il compte bien le rester. Ce n'est pas qu'il ait un programme à défendre ou des idées, voire des ambitions. Nenni, c'est juste qu'il veut être président, qu'il est fait pour tenir cette place, ou plutôt l'obtenir, parce qu'après, c'est le grand flou.  Il y en a deux autres qui ne veulent pas qu'il y arrive : son rival au sein du parti, pas plus politisé que lui, mais juste un peu plus cynique et corrompu, et sa femme, parce qu'elle l'en juge indigne vu que déjà, il n'a pas été un bon papa.

On croise aussi la route de Lars Sternfall, un syndicaliste genre poisson froid qui a le malheur de se prendre pour une torpille dans son entreprise, Aréna, qui vient de fusionner électricité et nucléaire et que du coup, ça a fait des étincelles entre un candidat au record du monde de la traversée en planche de surf en solitaire et un porte contenaire chinois qui se sont télescopés au dessus du sous marin de Saban, qui n'y était pour rien. Il pensait à sa femme, en fait.

Il y a aussi Corti, un corse qui aime la moto et assure la sécurité intérieure du pays entre deux bouchées d'aubergine à l'huile d'olive et deux trois entourloupes qu'il fait passer à coup de pots de vin (rouge, la plupart du temps ...), en la maquillant en pièges à journalistes véreux. Enfin, je crois que c'est ça, à peu près ...

Un couple croise la route de Lorraine, enfin, surtout la femme, Li, une artiste photographe chinoise, son gros patron d'amant, Delaire, a l'air d'y tenir (aux chinois, je veux dire).

Il y a d'autres personnages, mais j'arrête là parce que j'ai un peu le tourni, et que finalement, je me dis que je n'ai pas compris toutes les ficelles de ce roman-là. Fichtrement bien écrit, ceci dit et fichtrement désabusé, sans être lourdingue pour autant, mais tortueux. La course à la présentielle ne repose que sur la volonté de gagner, sans idéologie et sans illusions, vu que la mondialisation nous mange tout cru. La corruption est insidieuse et généralisée, les intérêts des uns et des autres sont de de juste continuer .... Soit, soit, soit, je me dis ... mais était-ce bien la peine que je me perde dans la ronde des personnages et que je me noie dans la mare d'un verre d'eau, pour qu'on me livre cette vision, dont je ne doute pas du réalisme, vu que du strapontin où je sieds, je le vois bien que le manège du grand pouvoir là-haut, il est grippé.

J'ai bien aimé Lorraine et son fils, enfin, surtout ce que Lorraine dit de son fils. Mais c'est annexe.

02/04/2014

Un petit boulot Iain Levison

Iain levison, un petit boulot, roamans, romans américainsDepuis le temps que je voyais le nom de cet auteur encensé partout et quasi sans bémol, je me faisais un petit régal d’avance de cette aventure de la découverte. Un auteur super bien jamais lu, je me cale dans mon plaid. Et j'ai ressors un brin échaudée, pas complètement envahie d’admiration éperdue, un peu tiédiasse même.

C’est bien écrit, c’est tout ce que j’aime en général ; la saloperie de la société qui plante ses laissés pour compte en soldes sur le carreau du profit, la vengeance souterraine de ces anonymes, crasseux dans l’âme parce qu’on leur a piqué leur dignité à coup de rentabilité venue d’en haut ....

C’est cinglant, clairement cinglant, c’est carré, ce peut être drôle : sarcastique, iconoclaste, provocateur, radical ( non, je ne suis pas en train de recopier les adjectifs louangeurs de la quatrième de couverture ...), ça balance, ça casse, ça grince, et je coince quand même.

Jack habite une petite ville (USA) qui se délabre depuis que la fabrique a été fermée. Une fabrique qui faisait vivre quasi tout le coin, qui faisait peu de profits, m’enfin, qui en faisait quand même. Elle a été fermée quand même et Jack, qui trouvait sa dignité dans son travail bien fait,  a la rage au ventre, il est rempli d’une noire colère nourrie d’injustice : colère qu’il ne retourne contre rien, parce que dans la ville, il n’y a plus grand-chose encore debout : les gosses traînent, les hommes boivent, les maisons se barricadent, les commerces ferment après s’être vidés. Jack parie sur des équipes de foot, perd, reparie et reperd. De paris perdus en paris reperdus, il doit une sacrée somme au bookmaker du coin.

Jack n’a plus de petite amie, elle est partie avec le vendeur de voitures, dans l' ailleurs inaccessible où l’on achète encore des voitures. Il n’a plus d’abonnement au câble, plus de télévision, une vieille voiture pire que celle d’avant. Bref, plus rien de ce qui faisait son rêve de devenir un homme. L’aspiration suprême de Jack était d’être un homme moyen, une femme, des gosses, un boulot. Une dignité moyenne, mais une dignité, il pensait y avoir droit.

Comme la crise est profonde, dans tous les sens du terme, Jack perd aussi son âme, tant qu’il y est, tenté par son bookmaker qui lui propose un contrat : l’effacement de sa dette contre l’assassinat de sa femme. Pas plus gêné que cela, Jack accepte, tue aussi le chien, par hasard, et se sort de cette affaire quasi tout neuf. Il s’est (re)trouvé une âme, tueur à gage, et même sans gage, puisqu’il va prendre un certain goût, voire un goût certain, à liquider les quidams qui l’énervent, symbolisent les causes de sa rage, le gênent, tout simplement. Jack devient un tueur au sang froid, et toujours raisonnant de son bon droit à tuer, y (re)trouve une légitimité.

Toujours raisonnant, c’est peut-être ce qui m’a gêné, parce que c’est l’auteur qui raisonne derrière, pas possible autrement, c’est trop bien raisonné, trop bien légitimé, ce gars à la rage raisonnante, je n’y ai pas cru, voilà. Je me suis sentie téléguidée, et je n’aime pas qu’on me téléguide, qu’on me dise qu’une société sans scrupule engendre des êtres abjects, soit. Mais pas qu’on me le démontre en mode américain moyen. Jack ne veut que cela, être ce qu’il aurait dû être, un américain moyen, tenir bobonne par la main, gagner de quoi vivre dans le magasin du coin avec son bon copain, ranger les paquets de chips où il veut et nous pas où on lui dit de les mettre. Bon diou ! quelle révolte à la petite semaine ... Jack, on dirait un peu comme un poisson rouge torpilleur lâché dans un bocal d’autres poissons rouges et qui les flinguent au lieu de viser les piranhas.

Bon, en même temps, c’est de la littérature, pas un traité de sociologie, non plus.

16/03/2014

Le duel Arnaldur Indridason

Arnaldur indridason, le duel, romans, romans policiers, série policière, roman islandeJe commence à me demander pourquoi, je persiste, moi … un brin de masochisme, un soupçon de nostalgie pour un auteur beaucoup apprécié ? mais de moins en moins convaincue. Le dernier paru, "Le livre du roi", m’avait déçue, l’avant dernier, bof, celui d’avant pas mieux. Bref, je crois que depuis "Betty", ma  foi, je manque d’enthousiasme pour Indridason.

Le duel ne m’a donc pas plus palpitée que cela. On sait que le rythme est peu trépidant chez Indridason, c’est le type polar du froid qui prend son temps, aime partir d’un rien, juste un meurtre genre fait divers, et construire autour un puzzle au goût d’inachevé parfois. On sait aussi, que depuis un moment, l’auteur s’amuse à faire apparaître-disparaître, son personnage récurent, l’inspecteur déprimé Erlendur. Après les descendants, ses adjoints, la fine cuisinière  Elinborg et Sigurdur Oli ( dans « La muraille de lave »), Elinbrog toute seule dans « La rivière noire », voici l’ascendante, sa mentore à lui, que l’on connaissait jusqu’ici, vieillissante, à la retraite, et bien malade (je me demande même si l’auteur ne l’a fait mourir quelque part …), Marion Brien. On passe de l’après Erlendur ( quoique, un retour s’esquisse dans « Etranges rivages ») à l’avant Erlendur  ( qui apparaît quand même dans les dernières lignes, un messager à la déjà triste figure)

La première pièce du puzzle est, cette fois encore,  une figure anonyme attachante, un jeune homme, Ragnar, un peu naïf et totalement inoffensif, un fondu de cinéma, si fondu qu’il enregistre les bandes son des films sur son magnétophone à cassette ( on est dans les années 70.) Ragnar est retrouvé poignardé dans une salle obscure, à la fin d’une séance. Le cartable a disparu avec le magnéto et personne n’a rien vu, lors de cette banale séance de 5.00 à la salle à moitié vide. Personne, enfin si, en fait, quasiment  chacun a vu un bout de quelque chose ; une belle femme et son amant, un clochard aviné, une bouteille de rhum … Marion va relier les bouts de mégots et les demi mensonges en se jouant des ragots médiatiques pour arriver à tout remettre à la bonne place.

Ce qui m’avait motivée pour ce dernier né de la série (même à l’envers, ça fait une série …) était l’arrière plan du duel, le championnat du monde d’échec entre les deux balèzes du jeu, venu chacun de son côté du rideau de fer, sur la terre d’Islande comme point stratégique de la géo-politique en pleine guerre froide et enjeux économique de la pêche aux harengs (ou à la morue, je ne sais plus …). J’aimais bien l’idée que l’histoire glaciaire fasse frotti-frotta  avec un polar du nord.  Ma curiosité a été émoussée. En réalité, le duel reste en arrière plan, on se demande même ce qu’il fait là, finalement (mis à part pour faire un quota d’étrangers présents en Islande, et donc autant de suspects potentiels …), comme un jeu de pions accessoire. Bon, c’est relié quand même, l’auteur sait y faire …

Autre fil de dessous, l’histoire de l’enfance de Marion, qui a eu la tuberculose et a été soignée, et, dans un sanatorium, elle a fait la rencontre de sa vie …  Liée à une grande famille qui ne voulait pas d’elle, c’est le chauffeur, Athanasius, qui l’a prise sous son aile, et voilà que, sans rapport aucun, la belle histoire d’amour connaît ici une fin … ça fait comme un cheveu dans une soupe au vermicelle. Une lecture bien tiède, donc.

19/10/2013

Quand j'étais Jane Eyre Sheila Kohler

quand j'étais jane eyre,sheila kohler,romans,romans angleterre,a cup of tea time,déceptionsEncore une lecture en demi teinte ...

L'auteure se donne l'ambition de faire revivre Charlotte, Emily et Anne Bronté, enfin, revivre est un bien grand mot, disons qu'elles sont un peu animées sur terrain plat. De la folie mystérieuse de cette famille ( du moins ce que l'on peut en supposer), ne reste ici que des considérations que j'ai trouvées bien trop atones.

On trouve Charlotte en pleine écriture de "Jane Eyre" auprès de son père qui vient de se faire opérer pour retrouver la vue qu'il a en partie perdue. Le père si féru de morale de dieu et si aveugle du coeur qu'il ne voit pas ses filles, même avec le vue retrouvée, il ne voit que son fils perdu ... De cet abandon, de cette solitude, Charlotte fait son roman, de l'abandon affectif de son maître en littérature, de son coeur brisé, de la folie de son frère, de son humiliation sociale, de sa quête éperdue d'amour, de liberté, de l'architecture d'un chateau de son souvenir, Charlotte puise Jane. A croire qu'elle travaille par calque, en transparence, comme un puits d'inspiration. Pendant ce temps là, ou un peu avant ou après, de la solitude oppressante de la lande, Emily fait "Les hauts de Hurlevent", de la quasi même façon. Pendant ce temps là toujours, Anne fait ce qu'elle peut, et le frère boit.

De cette drôle de famille, ce livre dit les drames, l'isolement, les pertes successives, le manque qui les ronge, ces filles, le trop plein qui les brûle, en ce siècle si victorien et si prudes, ces filles, et si passionnées en même temps ( du moins leurs livres le sont, si leurs vies ne le sont guère). Le livre le dit mais reste plan-plan quand même. Je veux dire que là où l'on imagine souffles et temblements, murmures contraints et violences intimes, ben, on n'a pas grand chose pour vibrer vraiment.

Même quand Jane ( Charlotte, pardon) est publiée avant les deux autres et connait le succès que l'on sait, entre les soeurs, c'est juste un peu tendu, un moment, et on passe à autre chose. Evidemment, c'était peut-être comme cela en vrai chez les Brontë, on ne s'étripait peut-être pas plus qu'à deux coups de regards un peu griffus, soit. Mais comme ici, c'est un roman, j'aurais aimé plus de sang et de larmes ( comme disait un autre anglais à propos de tout autre chose), que ça saigne quoi ! que ça s'éborgne, que ça se chiffonne un peu plus les veilles robes défraîchies des soeurs vieilles filles.

Pour le sang, la fureur, la folie, la passion, le roman quoi, vaut donc mieux lire ou relire les originaux. Finalement, les soeurs Brontë, elles sont sûrement aussi dedans. En mieux.

12/10/2013

Les filles de l'ouragan Joyce Maynard

les filles de l'oragan, Joyce maynard, romans, romans américains, déceptionJe ne sais pas ce qu'il y a en ce moment entre mes livres et moi ... Une sorte de flottement ... Ils ne me tombent pas vraiment des mains mais ils ne font pas beaucoup des pieds non plus pour que je m'acroche à eux. Ils m'annoncent des ouragans et je tombe dans la flaque !

Donc, pas d'emballement dithyranbique pour ces deux filles de l'ouragan qui ne m'ont guère emportée bien loin. Les deux héroïnes ont en commun d'être nées le même jour, dans la même petite bourgade du fin fond des USA, le même jour, soit neuf mois après une nuit d'éléments déchainés (mais pas que), affrontés par le père (mais je ne dirais pas de laquelle des deux. D'ailleurs, je ne suis pas certaine de me souvenir vraiment du mystère des deux conceptions, j'ai dû piquer un petit roupillon neurologique à la fin du truc, moi ...).

De cet ouragan un peu confus, nait d'un côté Dana, dans une famille où seul le père lui lui prête attention et affection, c'est à dire au moins autant qu'à ses fraises. Elle a quatre soeurs, mais berniques pour la communication, à croire qu'elles n'existent pas, et une mère, sèche et revêche, confite en religion et préceptes normatifs. Les deux, la mère et la fille,consentantes, se maintiennent à distance l'une de l'autre. Dana vit dans une ferme, qu'elle adore, grande, belle, blonde, artiste, seule de son espèce dans la famille. Ce qui n'est pas normal. Sauf qu'elle le répète tellement de fois qu'on finit par se dire qu'elle nous prend pour des sourds.

L'autre, Ruth, n'est pas belle, pas grande, pas artiste. Elle aime la ferme de Dana et de son gentil papa et Dana aime son frère, si beau, si mystérieux. Cette deuxième famille n'est pas folichonne non plus, mais un peu comme un miroir quasi inversé, mais pareil. Ruth se sent la seule de son espèce, elle n'aime pas les poupées Barbie, par exemple, alors que Dana en rêverait, mais c'est sa mère à elle qui ne les aime pas. (Vous voyez le truc ...). De projets troubles en rêves grandioses qui finissent pathétiques, le papa, George, n'est jamais là. La si originale maman, Véra, est artiste, si peu mère que les deux enfants ne l'appellent même pas maman ... Toujours fourrée dans ses pinceaux et lui sur les routes, les deux irresponsables brinqueballent leurs enfants d'un foyer précaire à l'autre, sans plus d'affection qu'un bol de céréales pour le diner. Alors que la famille de Dana reste toujours à sa place, ce qui fait que c'est facile de se retrouver, enfin, presque ...

Voilà. Comme dans la ferme du papa, les mauvaises mères produisent les mauvaises filles, comme les fraises produisent les meilleures fraises si elles sont bien greffées avec les bonnes pousses. Sans accuser ce roman, qui aurait pu être agréable par ailleurs, d'eugénisme (mais peut-être quand même d'un certain angélisme ...), l'idée que les enfants soient à ce point déterminés par leur héritage génétique m'a un peu gêné.

J'ai la courte vue, et je sais bien que l'homme descend du singe, puisqu'on ne l'a dit, mais j'aime à me dire aussi que ce n'est peut-être pas besoin de le faire en ligne droite (dans un roman, en tout cas, on a le choix), je veux dire comme une noix de coco tombe d'un arbre à noix de coco ... ( mes connaissances en génétique en général et en noix de coco en particulier, restant particulièrement embryonnaires, si un spécialiste passe par ici, qu'il ne me conspue point) ...

08/10/2013

La mort s'invite à Pemberley P.D. James

la mort s'invite à pemberley,p.d james,romans,romans angleterre,a cup of tea timeCe livre est une erreur de lecture. Non pas qu'il ne soit pas bien ( quoique ...) mais surtout que je l'ai pris pour un autre. L'été dernier, mon homme lisait en anglais ( ce qui m'énerve parce que je suis incapable de le faire) un titre de P.D. James en exclamant à longueur de pages sa délectation ( ce qui m'énervait encore plus). J'attendais donc avec impatience la parution de ce titre en poche de la P.D James, auteure que j'ai laissé de côté depuis un certain temps, par saturation. Au cours donc ma ma lecture à moi de ce titre, je me disais que l'enthousiasme qui avait été manifesté par mon homme, me paraissait quand même quelque peu excessif. Renseignement pris auprès de l'intéressé et tout s'explique, ce n'était donc pas le bon. Le bon, c'est "Le phare". J'avais bon pour l'auteure.

Celui que je viens de lire donc, autant le dire après ce préambule inutile, est moyen, voire moyen moins, en fait il a surtout de l'intérêt en tant que jeu littérair et relecture d' "Orgueil et préjugés" de Jane Austen (livre qui serait dans mon top ten si j'arrivais à faire un top ten qui s'arrêterait à dix). Vous me direz, autant relire "Orgueil et préjugés", mais comme c'est déjà fait, et qu'il faut bien passer à autre chose ...

P.D. James donc s'amuse à reprendre les personnages là où Jane Austen les avait laissés, un peu plus tard. Elizabeth et Darcy sont établis à Pemberley, ont deux enfants déjà ( comme le temps passe vite quand on s'aime ...), et se prépare le revival du bal annuel, selon la tradition instaurée par Lady Anne. Tout doit être prêt pour le lendemain soir. Les fleurs coupées attendent les vases dans les grands pots, la domesticité s'affaire, l'argenterie se frotte, la fameuse soupe blanche se prépare et la cuisine s'encaustique ... les maitres de maison reçoivent leurs familiers, Jane, la toujours fidèle soeur et fidèle confidente, son mari, le débonnaire Mr Bingley, qui n'a pas changé non plus d'un poil depuis sa dernière visite, la fragile soeur de Darcy, Georgia, et ses deux prétendants, point encore trop déclarés, mais déjà sur les dents.

Au dîner entre intimes, pourtant, l'atmosphère se tend, la tempête gronde à l'intérieur, le coeur de Georgia (et les arrangements qui vont avec ...) sont courtisés de près et le vent souffle à l'extérieur, alors que cavalent en direction du délicat monde du château, l'affreux Wickham, l'hypocrite coureur de jupons, le traitre, et son insupportable Lydia, mégère en puissance, dont on se demande comment il fait pour la supporter encore, la bougresse. Avec eux, il y a un ami, un qui n'arrivera jamais à Pemberley ...

Pemberley est emporté dans la bourrasque d'un polar bien classique par ailleurs, sans véritable intrigue novatrice. Mais bon, ce n'est pas forcément ce qu'on lui demande et pour les fans de Darcy et Elizabeth, quel régal de retrouver les méandres de leurs rencontres et atermoiements sociaux. Revisités par ses personnages, la relecture des moment si savoureux concoctés par Jane Austen ne sent point du tout la naphtaline mais la nostalgie des circonvolutions victoriennes à crinoline comme on les aime. Il manque juste (mais là est peut-être l'essentiel), la causticité de la plume.

04/10/2013

Le livre du roi Arnaldur Indridason

Odin.jpgLe dernier livre (paru) de celui qui fait plutôt d'habitude dans le polar venu direct du froid, le roi de l'export de l'enquêteur dépressif, (modèle qui fait flores mais s'en tenir à l'original, c'est le mieux), enquêteur récurrent mais disparu, parfois, un auteur que j'aime toujours suivre; même quand c'est Betty qui s'en mêle.

Là, aucune Betty, aucune tempête de neige, une seule disparition, celle d'un livre, et l'enquête est à la Indiana Jones sauce Jason à la toison d'or, même pas un flocon de dépression ( enfin, juste un peu), à ne pas y reconnaître son saint Graal.

Un duo bancal se jette à la poursuite d'un livre perdu, "Le livre des rois", le saint du saint de la littérature islandaise, un professeur passionné et son étudiant pris sous le coude parce qu'il est imbattable en lecture de manuscrits illisibles avec des tâches dessus, voire des lettres manquantes. Le super man de la traduction simultanée pour amateurs d'énigmes linguistiques (je ne recopie aucun noms d'auteurs de ces fameux manuscrits, pour cause de clavier en grève, il se refuse à écrire un nouveau nom islandais de plus sur ce blog. Il dit qu'il en a assez comme cela.), et le viel érudit se lancent à corps perdu dans une quête au-dessus de leurs moyens. Il faut retrouver le trésor manuscrit donc, disparu de son côté, plus son fascicule, disparu aussi, d'un autre côté : le fascicule ayant quand même la facheuse habitude de se retrouver enterré avec son dernier propriétaire en date. Contre eux, les gentils, il y a les méchants : les wagnéristes, une sorte de gropuscule infâme, matiné nazis. Ils veulent le livre (et le fascicule qui va avec) aussi furieusement que les gentils, sauf qu'ils sont furieusement méchants et ne veulent ce fameux livre que pour refonder les théories aryennes du culte de l'origine glorieuse et slave du peuple allemand. Le vieux professeur jette donc ses dernières forces dans sa bataille intime et culturelle. Il faut dire qu'il a à se faire pardonner bien des erreurs, en plus devenu ( suite à ses erreurs) quelque peu alcoolique, quand il ne se bourre pas le nez aux amphétamines et à la poudre à priser.

L'étudiant toujours sous le bras, il va ainsi reprendre du poil de la bête, de l'Islande au Danemark, du Danemark en Islande, de l'Allemagne de l'Est à Berlin en pleine reconstruction ... toujours à la poursuite de la prunelle des yeux de la littérature islandaise.

On pourrait s'y amuser, si ce n'était si répétitif : les mêmes informations reviennent plusieurs fois, quasiment avec les mêmes formules. Alors que les personnages se déplacent à vol d'oiseaux qui ne connaissent pas les obstacles, moi, j'avais l'impression de faire du sur place ou de revenir à la même place, les quasiment mêmes morts produisant quasiment les mêmes effets. Invraisemblable est la quête, oui, mais ce ne serait pas si frustant si elle emportait en ces pages. Par moments, je me suis envolée, mais le plus souvent, je suis retombée. Sur mes pattes quand même ...

J'ai lu après sur la couverture, que ce livre date en fait de 2006, il a été écrit entre deux polars. Disons que l'auteur s'est offert une récréation, et faisons de même ...

13/08/2013

Loving Franck Nancy Horan

loving franck,nancy horan,romans,romans américains,déceptionsAprès une série de lectures où le sordide côtoie le tragique, je me suis dit qu’il faudrait  que je m’accorde à l’été, avec un roman léger et sans souci, un roman avec de l’amour dedans, un peu de guimauve mais pas trop, un amour impossible, évidemment, je ne vais pas me changer, avec un petit arrière fond historique, histoire de justifier …

«  Loving Franck », c’est exactement cela, sauf que je me suis un peu ennuyée quand même, finalement.

Au début du XXème siècle, à New-York, Mamah ( prononcer «  May-ma », mais moi, je n’y suis pas arrivé dans ma tête et du coup, mama faisait hiatus avec le personnage, c’est bête, hein, à quoi cela tient l’adhésion à un personnage) s’est mariée de raison, mais d’elle-même, au tranquille Edwin. Femme aimée, comblée, elle mène un train de vie pépère à l’aise. Intelligente, cultivée ( elle parlait trois langues en primaire), elle a été une femme fille militante pour le droit des femmes, bibliothécaire et indépendante. Puis, elle s’est rangée dans le mariage et la vie de famille, comme on se lasse d’un tricot que l’on n’arrive pas à finir.

Edwin veut « une maison du bonheur » où tout ne serait qu’ordre et harmonie (volupté, par contre, ce n'est pas sur), et elle se laisse convaincre.

Et c’est alors que lui tombe dessus le grand Amour, Franck, l’architecte de génie, l’original, le révolté, l’ARTISTE qui vit son art comme il respire. Il refuse les canons classiques et professe une architecture organique, une architecture qui serait « Américaine ». Il conçoit donc des « maisons jardins » en totale harmonie avec le milieu naturel où il les fait pousser ( en quoi est-ce typiquement américain ? Je ne le sais, surtout que pour l’instant, il les construit en ville ses maisons de la nature, mais bon, passons …).

Il n’y a pas qu’en architecture qu’il renie les conventions, en amour aussi, l’artiste est hors des contingences normales dit-il, surtout lui vu qu’il apporte déjà son génie au monde, alors celui-ci n’a pas à lui demander des comptes. Et toc. Mais bon, il faut bien croûter ma bonne dame, et nourrir sa nombreuse famille, qu’il aime, et sa femme qu’il n’aime plus trop mais qui est la mère de ses enfants. Mamah, deux enfants, une gouvernante pour les élever, une sœur pour confidente, se sent inaccomplie de l’intérieur et va le réaliser en rencontrant donc, Franck, le Grand Amour auquel elle ne peut échapper sous peine de se trahir elle-même. D’où le dilemme qui  se veut tragique, soit elle se trahit elle, et son intérieur de femme libre, soit elle trahit tout les autres. Ce sera donc tous les autres. Elle se voue à son amour en se réalisant elle-même, ou l’inverse, bref, c’est compliqué et ça lui fait des cas de conscience.

Ils vont s’enfuir en Europe, vivre à Berlin, Florence, en passant par Paris, s’acheter de belles choses. Franck ne peut y résister, la beauté doit l’entourer, quel qu’en soit le prix. Non, ils ne sont pas égocentriques, non, il n’est pas  imbu de lui-même, enfin si un peu quand même, mais il ne peut pas faire autrement, le pauvre, et elle non plus. Ce qu’il n’empêche qu’ils aiment leurs enfants ( au cas où le lecteur finirait par en douter, les personnages le répètent), mais ils sont rejetés de la société, et toujours, ma bonne dame, quand on a un destin hors norme à réaliser, on ne peut pas toujours regarder à la dépense, quitte à frôler la malhonnêteté.  Sans arrêt, ils n’ont pas un sous, mais traversent l’Atlantique comme si c’était du beurre, logent dans un palace berlinois, dans des villas à Florence,  rencontrent philosophes et artistes,  et lui crée et elle réalise son intérieur … Et puis, il y a le final, la réalisation de la maison idéale en plein Wisconsin. L’auteure ne doit avoir aucune idée du prix du bois de construction et du coût des pommiers, moi je dis.

Je sais, c’est trivial, je suis passée à côté du grand amouresque, ces incohérences financières bassement matérialistes sont indignes d'une lectrice, mais l’alignement des grands discours sur les artistes incompris et géniaux et les sacrifices de leur muse , moi, ça m’a lassée.

12/11/2012

L'étrangère Sandor Marais

l'étrangère, sandor marais,romans,romans hongroisUn roman en plusieurs tableaux et trois actes, et la première fois depuis le peu de temps que je fréquente cet auteur que ne je finis pas un de ses titres complètement enthousiasmée, mais seulement complètement charmée.

Premier acte : une sorte de préambule musical sur le rythme de "Mort à Venise" fait entendre les rumeurs et les bruissements d'une société cosmopolite, sous fond de couverts qui croincent sur les assiettes, petites bourgeoisies en villégiature dans un hôtel qui fut de luxe, au bord de la mer, sur la côte Adriatique. Nous sommes au printemps, et il fait chaud, très chaud pour la saison. Du coup, on bouge immobile. Dans cet écrin un peu lézardé, l'auteur nous cisèle de son écriture un ballet surané : le fabricant de porcelaine allemand, un "type" délicatement parodié jusqu'à la caricature, la belle jeune femme légère qui traîne son "Rilke" jusqu'au terrain de tennis, se détachent de la galerie des estivants, quelque peu échoués là, quand même ... Emerge un petit homme, nerveux, crispé, il reçoit un coup de téléphone, vite, il doit partir, il monte l'escalier, se dirige vers sa chambre, la belle touriste le précède, il hésite, lui a-t-elle vraiment lancé une invitation ? cette hésitation si discrète serait-elle pour lui ? Alors que l'on ne sait rien, tout est joué.

 Deuxième acte : où l'on en apprend un peu plus sur Askenazi, l' homme nerveux, un intellectuel petit bourgeois venu en ces lieux pour se reposer d'un adultère commis avec une actrice de peu. Plus que d'elle, de la vraie femme, ou de sa "faute" sociale, c'est à sa question intime qu'il tente d'échapper. C'est que ça le torture, ce qu'il y a au delà du désir, de la "gymnastique du lit", qu'est-ce fait que la femme, cette étrangère, est un manque qui l'englouti ?

Troisième acte : c'est là que j'ai lâché un peu, la quête m'a intriguée sans que je la comprenne vraiment. Tout ce que je puisse en dire, c'est que le narrateur a peut-être trouvé sa réponse, mais moi, je n'ai plus trop compris la question.

Pas grave, c'est beau quand même, et c'est sans doute moi qui suis trop rationnelle face à cette écriture (sublime, j'insiste) qui a des accents d'un d'un si terrible désespoir, d'une solitude si infinie qu'elle m'en a gênée, à la limite de cette gêne qui serait celle de la lecture d'un vrai journal intime.

 

Athalie

 

Du même excellent auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/08/12/les-bra...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/01/22/l-herit...

 

09/11/2012

Le septième fils Arni Thorarinsson

le septième fils,arni thorarinsson,romans,romans islandais,romans policiers"AhhhAhhhAhhh",AhhhhhhhhhhhhhhAhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhAhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh", comment dit-on baillements en islandais ?

A peu près au milieu de la lecture en survol de plus en plus plané de cette lecture , je me suis dit "Tiens je vais prendre celle-là en note". Vu que, pour une fois, je lisais près d'un stylo, je l'ai fait. Le narrateur-journaliste mène l'enquête et en même temps, il pense à des choses essentielles, comme les rapports hommes-femmes, ce qui donne : " Tandis que je rentre à l'hôtel dans l'air froid et tranquille, une phrase d'Agatha Christie me revient en mémoire : un archéologue est le meilleur des époux que puisse trouver une femme : plus elle avance en âge, plus il s'interresse à elle".

Je me suspecte moi-même ne n'avoir poursuivi que pour en trouver d'autres, des comme celle-là. Plus loin encore : " Mon appel de ce matin l'a déconcertée, mais grâce à ma dextérité et et la souplesse naturelle qui me caractérise dans les échanges humains, elle m' autorisé à passer la voir (...)" On pourrait se dire que c'est de l'autodérision, ben non. Parce que notre narrateur, il est cultivé, faut pas croire. Ainsi : " Ainsi, le temps a suspendu son vol numérique pendant que la maison brûlait" ou encore " La vue qui s'offre (...) sur le rivage et sur le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle" ou alors le traducteur s'ennuyait autant que moi, je compatis ... Faut dire que des fois l'action est palpitante : " Des filets de pluie s'écoulent le long de la vitre. j'attrape un morceau d'essuie-tout pour éponger l'eau qui a goutté par terre". Ouf, j'avais eu peur ... Il se serait passé un truc que j'aurais loupé pendant les trois ou quatre derniers chapitres ? Heureusement, non. Faut dire qu'il ne se passe pas grand chose, mais qu'est-ce qu'il en cause, le gars ....

Une maison incendiée, une vieille, historique, dans le fin fond de l'Islande, un camping car volé à des touristes lithuaniens dont on peut,évidemment, se demander ce qu'il font là, trois adolescents gothiques, une commissaire revêche qui fait de la poèsie, un brigadier chef plus réactionnaire qu'alccolique, des avions qui passent leur temps à ne pas décoller, et donc notre journaliste-enquêteur-narrateur, plus une palanquée de personnages qui n'ont pas vraiment d'utilité utile à une intrigue plate à n'en plus pouvoir d'attendre qu'elle se termine ....

Sur la couverture, il est marqué "l'autre islandais", je préfère l'autre.

 

Athalie

 

 

31/10/2012

Easter parade Richard Yates

easter parade richard yates,romans,romans américainsLà, j'arme mon crayon virtuel de courage, faire une note sur ce livre m'est un exercice masochiste. Non pas qu'il ne soit pas bon, non pas que je me sois ennuyée, c'est juste qu'il m'a fichu une dose de cafard carabiné, un cafard crasse, à tourner les dernières pages le plus rapidement possible sous peine d'enlisement mral définitif dans la litanie des malheurs ordinaires.  J'en lis des livres pas gais, ce sont même plutôt mes tasses de thé, mais "Easter parade" tellement triste qu'il en ferait pleurer une princesse de Walt Disney.

Emily et Sarah sont soeurs et la première ligne l'annonce clairement : " Aucune des soeurs Grimes ne seraient heureuses dans la vie". Soit, me suis-je dit, voilà qui me plait. et me voilà partie bille en tête vers la découverte de cet auteur que je ne connaissais pas, estampillé " grand classique de la littérature américaine".

Leur mère, dite Pookie, n'a pas été heureuse non plus. Leur père non plus. Ils ont divorcés, mais visiblement, cela ne fait pas leur bonheur non plus. Les deux fillettes passent leur enfance à déménager selon les différentes lubies de la mère dont on sait peu de choses, sauf que sa vie n'est pas celle qu'elle aurait voulue avoir, ridicule, versatile, elle fume trop et boit trop ( ce qui ne va pas s'arranger par la suite, je vous rassure).

Les deux filles grandissent : l'une est superbe, (Sarah) l'autre a les seins trop petits (Emily). Sarah aligne quelques fiancés minables et peu fiables, avant de trouver le bon, un qui a l'allure de Laurence Oliver, mais seulement l'allure, pour la classe intellectuelle, c'est morne plaine, plutôt morne et pas pleine. Sarah se réalise donc en ménagère de cinquante ans avant l'heure, tandis qu'Emily tâte de son indépendance en couchaillant à droite et à gauche et en poursuivant ses études, avant d'épouser un premier mari, impuissant mal soigné, et cela continue comme ça jusqu'au bout. Avec d'autres hommes pour l'une, et le même pour l'autre. Des événements plats, moroses se succèdent (je vous passe la mère), pour l'essentiel, les deux femmes passent leur vie à pousser des caddies dans des rayons de supermarché mal achalandés sans jamais prendre la bonne boîte de corn-flakes, celle avec le cadeau Bonux dedans.

La quatrième précise que l'auteur évite "tout pathos". j'en conviens des deux mains, et normalement, j'aime bien "sans pathos" sur l'étiquette, mais là, la pas-ménagère vieillissante et la ménagère de même, ça m'a fait trop. Du coup, j'ai eu envie de grands espaces et j'ai attrapé mes rênes pour rejoindre Angustus qui chevauchait dare dare pour sauver Lorena, la belle putain des griffes du méchant bandit.

 

J'avais mis "Un été à Cold Spring" dans ma pile prévue, mais du coup, j'ai comme un coup de doute ...

 

Athalie

 

20/10/2012

Pourquoi être heureux quand on peut être normal Jeanette Winterson

pourquoi être heureux quand on peut être normal,jeanette winterson,romans,romans anglaisAprès quelques détours par Echenoz, me revoilà allant cueillir ma Jeannette et ses malheurs sur le quai de lecture où je l'avais laissée, avec quelques remords quand même ...

Journal d'une lectrice en demi teinte :

Premier jour : ma dealeuse A.M. est passée avec sa cargaison de tentations et me l'a laissé, ce livre que j'avais vraiment, vraiment envie de lire, après en avoir tellement entendu parler cet été, toujours en bien, mais comme je savais qu'elle l'avait, pour une fois, j'ai résisté à l'achat compulsif ( Bon, j'en ai fait d'autres à la place, ce qui compense)

Deuxième jour : j'ai une heure devant moi, je peux décider de ne rien faire, donc de lire, donc de laisser tomber ce que j'aurais pu faire d'autre pour ouvrir ce livre. Je salive, m'installe, en évitant de baver (le livre n'étant pas à moi). Premier chapitre : ça commence mal, ce truc m'ennuie et m'agace. J'adore pleurer au cinéma et même sur un bouquin, même en tâchant les pages, et aussi compâtir à la tristesse des enfances malheureuses des orphelines abandonnées chez une maman très méchante et un papa impuissant et lâche. Soit. Mais j'ai horreur que l'on me prenne par la main en me mettant le kleenex dedans d'avance. J'aime bien qu'on me laisse venir, tranquille. C'est du vécu, je n'en doute pas. ça m'agace quand même.

Troisième jour : description de la classe ouvrière de Manchester, un peu d'ouverture historique, je prend l'air, mais peu. J'ai envie de laisser tomber, mais bon, Jeannette s'en prend plein la figure, petite fille adoptée mais non désirée, sur son pas de porte, dans son cachot intime, je ne peux quand même pas déroger. Quoique.

Quatrième jour : je relativise. Il y a des moments qui me font rire (mais je suis pas du tout sûre que ce soit l'intention de l'auteur, je sens que je passe de plus en plus à côté du bouquin, moi). J'adore l'évocation de la mère, folle à lier apocalyptique, collectionneuse de vaisselle victorienne à mettre sous vitrine sacrée, amoureuse de Noël, qui ne dort jamais dans le lit conjugal pour éviter "l'acte" et autres fariboles dictées aux humains par le démon. Le trait se fait presque tendre, tente de comprendre d'où elle sort la sorcière adoptive, du coup, je compatis. Que l'enfant adoptée ne sorte pas fraîche comme une rose et qu'elle rencontre quelques problèmes avec la notion d'amour, ma foi, rien d'étonnant.

Cinquième jour : je recommence à me lasser. Des va-et-vient entre les "c'était mieux avant" et "c'est pas beau maintenant". Même les paysages industriels, ils étaient mieux, c'est dire, avant il y avait des usines, maintenant, il y a des supermarchés.

Sixième jour : (pas sûre que ce soit vraiment dans l'ordre de la narration, en fait, je décroche de plus en plus). Jeanette a voté pour Taecher. Que Saint Jonathan Coe me pardonne, je continue quand même ma lecture. ( Il faut dire qu'elle le regrette après, en devenant féministe et homosexuelle)

Septième jour : bon, il faut que je termine parce que j'ai une autre psychanalyse sur le feu et que les interrogations de Jeanette sur pourquoi elle n'arrive pas à aimer, pourquoi l'homosexualité n'est pas une tare génétique et le féminisme une autre tasse de thé, je renonce.

Bilan : plein de trucs bien, sûrement une autobiographie de qualité, mais qui n'aura pas emporté ma fibre romanesque à moi. Des tableaux de la vie ouvrière du nord de l'Angleterre, de cette misère sentimentale qui casse les rêves mais permet la réalisation d'un parcours de femme en lutte, louable et honnête. Mais c'est moi qui suis restée sur le quai de la gare, finalement.

 

Athalie

 

Merci A.M. !

 

 

 

11/10/2012

14 Jean Echenoz

imagesCAZG7F59.jpgJe tiens à être claire, cette note est parfaitement subjective, encore pire que d'habitude, si possible ... Parce que moi, quand j'entends : "Il y a un nouvel Echenoz qui va sortir en octobre", je commence à m'impatienter le 30 septembre, à songer à poster un appel à témoins le 31, à envoyer un mail rageur à l'éditeur le 1er ... Sauf que là, j'ai été doublée, il m'est arrivé en cadeau. Je voulais me laisser saliver, tourner autour, me laisser séduire, lui laisser le temps de jaunir un peu, de se poser, entre les autres "pas encore lu", lui trouver un temps. Loupé. Je l'ai ouvert et une heure après, je l'ai refermé. Fini. Je l'ai reposé à côté de moi, tout blanc encore dans sa couverture de minuit immaculée, sans même une page cornée. Fini. Sans aucune trace d'avoir déjà été lu. Bon, j'aurais pu le relire, mais même en étant de parfaite foi, ce n'est pas un "grand" Echenoz. Mais c'est un Echenoz bien, donc j'en dirai du bien. C'est çà que je voulais dire, en voulant être claire ...

14, évidemment, c'est la première année de la première guerre. Et des romans sur la première guerre, il y en a quand même un paquet, et des gros, et des longs, et des épais, des suintants de rages, de douleurs, d'indignations légitimes et légitimées par nous, qui ne pouvons qu'entrevoir. Sauf que là, le roman, il est tout petit et vu l'écriture "blanche" du père Echenoz, on se demande comment il va la faire suinter sa guerre. En fait, évidemment, on part de loin, tout en distance, à vélo, sur une colline, un livre tombe, il ne sera jamais lu parce que le toscin sonne et que Antelme va partir à la guerre. Echenoz fait partir cinq hommes et rester une femme, Blanche, qui a sûrement une histoire avec soit Charles, le sous directeur de l'usine de chaussures de son papa, soit le Antelme, le comptable de l'usine de chaussures de son papa. On ne sait pas trop, mais les deux partent sous son regard. Distance. Blanche.

Tout est conforme à ce que l'on sait, d'ailleurs Echenoz le souligne, pas la peine de trop s'étendre sur les scènes obligées ( du coup, on se demande un peu pourquoi il les évoque quand même, mais bon, laissons de côté cette remarque par trop objective pour être honnête) : les vivats du départ, l'optimisme généralisé, la préparation inexistante, le choc du premier combat, la plongée dans les tranchées, les corps hachés par les obus, la désorganisation fatale aux hommes, la chair à canon mangée de poux et de rats. On n'y apprend rien. La guerre écrite par Echenoz, elle est au raz de marée de l'homme, c'est une guerre de côté, biaisée. Tout y est, mais comme rattrapé par le dernier mot de la phrase, celui que l'on attendait pas là. J'ai eu l'impression qu'il se débarassait d'elle, en fait, pour aller vers la deuxième partie, le contrepoint du retour à une vie après la fureur. Alors que l'orage guerrier se déchaîne encore, en ses grandes largeurs même, on n'en perçoit plus que les échos, en arrière-plan des petites vies, loin du front, qui reprennent, avec quelques absences, quand même ... un histoire de landeau, de brodequins, puis de mocassins, (faut quand même que l'usine de chaussures fonctionne), de deux portes qui s'ouvrent dans un hôtel. Et c'est fini. Et vu que le prochain, ce ne sera pas tout de suite, me voilà bien marrie devant mon livre fermé.

Merci ma dealeuse !!!!

Athalie

Du même auteur sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir

 

08/10/2012

Nature morte Louise Penny

imagesCAKRTUHM.jpgJ'étais plantée devant mon étagère des "pas encore lus", cherchant un bouquin léger à me mettre sous la couette, un livre demandant quelques neurones mais pas trop quand même, genre qui coule sans faire trop d'histoires, fraises tagada sans trop de crème glacée à l'intérieur. Pas du Oates, quoi. Et Sandor Marais me faisait de l'oeil, mais je n'avais pas envie de gâcher. "Nature morte", donc,  Louise Penny, donc. Je ne sais plus où je l'ai déniché celui-là, un nom qui me disait quelque chose, un jour où j'avais oublié mon carnet de "pile prévue" et que j'ai dû voir sur un étal de " auteure féminin à série à succès". A moins que je n'ai fait un gloubibalga entre Louise Penny, Anne Perçin et Anne Perry. Trois auteures que je n'ai jamais lues, mon blog s'en souviendrait.

Quelques neurones plus tard, me voilà dans un village québécois de carte postale, "Three Pines", avec presque dans l'ordre d'apparition le couple d'homosexuels réfugiés là pour être loin du monde perfide des hommes, des vrais (je blague là !), respectivement amateur d'antiquité et fin cuisinier, hôtes charmants du café tiré à quatre épingles et du confortable hôtel (le seul d'ailleurs) du coin. Et là je ne blague pas, il y a même un moment où le fin cuisinier apparaît ceint d'un sain tabler ... Dans la même presque première scène, on a le reste de la bande : un couple d'artistes peintres, qui font plutôt dans l'abstrait, elle Clara, est très intuitive, et lui, Peter, très renfermé, Ben le gentil garçon un peu poussé en graine quand même, et un peu castré par sa maman, mais depuis qu'elle est morte, il va mieux, et surtout Jane Neal, l'institutrice à la retraite, aimée de tous et de toutes (oserai-je vous dire qu'elle est aussi charmante que vieille fille ? ben oui, faut tout oser quand on a commencé !). doit avoir lieu la sélection des oeuvres pour le prix de peinture local et séïsme de l'amitié, Jane propose au jury pour la première une des oeuvres de sa composition. Jusque là, elle les a si bien cachées qu'on pourrait croire qu'elle en a honte.Je commençais à espérer une grosse cochonnerie (je sais, j'ai mauvais esprit), mais point du tout, c'était juste l'évocation d'un "Jour de foire" dans le village. Ce qui a l'air pour certains membres du jury, d'être une grosse cochonnerie. Ou un chef-d'oeuvre ? Le jury est en émoi. Surtout que le lendemain, la gentille Jane est retrouvée morte dans les bois.

Peut-on assassiner une vieille femme respectable, peintre de croutes à énigmes, membre respectable de l'association des femmes anglicanes, sans être un dangeureux prédateur aux mobiles obscurs et inavouables ? C'est que va devoir découvrir l'inspecteur Gamache, fin observateur de ce petit monde, notamment en restant assis sur un banc au petit matin, mastiquant le croissant frais du fin cuisinier.

Bon, je mets le point final à mes neurones, parce qu'ils ont eu ce qu'ils ont cherché et que ce livre à un mérite, il a un certain exotisme ( quebecois ? point d'interrogation, car je n'y connais rien en littérature québécoise, mais je me renseigne via http://ray-pedoussaut.fr/) et il se laisse lire, et c'est parfois tout ce que l'on peut demander.

 

Athalie