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11/01/2014

Invasion Fernando Marias

espagneaznarbush22022003crawfordtexasm.jpgQuand on a fait un comité de soutien virtuel pour un livre que l'on n'a pas encore lu, faut quand même pas pousser le jeu trop loin et se soutenir soi même ... Ce qui fait que je n'ai pas trop tardé à passer à la lecture et que je continue à adhérer à mon propre comité ( le contraire aurait été risible mais possible ...)

"Invasion" est un livre à claques, elles arrivent par vagues, plus ou moins régulières, comme les invasions ...

La première est celle de l'Irak par les troupes américaines. Par ricochet, l'Espagne s'engage à soutenir les forces du bien contre celle du mal sans visage, et par un plus petit ricochet, Pablo, paisible médecin militaire se retrouve sur le terrain. A contre-coeur, et avec beaucoup plus de peur que de conviction guerrière. Il n'en a aucune. Comme sa femme, sa tant aimée, Tina, il pense que cette invasion est injuste, inqualifiable, injustifiée. Mais voilà, il a signé, photo de Tina et Pilar ( sa petite fille) sur le coeur, il est embarqué dans l'invasion avec son meilleur ami. La base, l'ennui, la vacuité et très vite, une embuscade, un hasard, une nuit, une maison, plus tard, trois civils, trois innocents et deux coupables, de hasard, mais coupables quand même,  sans trop savoir de quoi, de qui.

La deuxième invasion sera celle de la peur sur l'esprit, l'engrenage des gestes, et les deux médecins se retrouvent meurtriers. Délire de l'un, folie de l'autre, demi vérité des deux. Leur retour en Espagne ne leur laissera aucun répit. Qu'il le veulent ou non, ils sont des héros. Des héros que l'on cache en attendant de les oublier. Mais l'oubli les oublie et la mort taraude Pablo. Il est envahi de son crime, ils sont deux là-dedans, et le pire est à venir.

Cloitré dans la grande maison des grands parents, le retour est de de feu et de sang pour Pablo. Bardé d'amour, celle de de sa femme, de sa fille, bardé aussi d'infirmières, de recommandations et de préocupations gouvrernementales (il ne s'agirait pas que le héros se mette à parler d'une voix discordante et devienne un simple coupable). L'étreinte sanglante se poursuit, entre délires d'innocence rêvée en culpabilité réelle, entre lui et sa victime, son bourreau, sa faute.

Marias n'épargne rien à Pablo, il triture sa folie, la construit de strates en strates. Le bourreau devient victime, ou est-ce l'inverse ? Le fantôme de la victime envahit, à son tour, le coupable, comme une revanche. Il lui prend sa vie, insère en lui les pires fantasmes et le garde en son enfer morbide. Qui va gagner ? Le retour n'est pas une délivrance mais juste le début de l'enfer. Femme, fille, ami, il ne reste rien. Balayé l'ancien Pablo, sauf que le nouveau, il fait peur. Même à lui même.

Un roman puissant qui fait transpirer sur son fauteuil, un thriller de la haine de soi, moi, je n'avais jamais lu un truc pareil. Entre fantastique onirique et hyper réalisme, comme Pablo, on se demande parfois où l'on est, si on va arriver à suivre sa course folle vers son innocence problématique, à pardonner encore les errances d'une culpabilité à laquelle on ne peut donner de nom, ni celle du hasard, ni celle de l'humanité.

 

 

PS : spéciale dédicace au traducteur, je me demande comment on dort quand on traduit un texte pareil ?

 

Comme je persiste dans mon comité de soutien : l'avis de Jérôme , un peu mitigé sur le dernier chapitre ( faut dire qu'il y a de quoi ...) et de Sandrine qui dit "à lire" et remet ce titre en perspective avec la réalité.

 

 

 

 

20/11/2013

Kinderzimmer Valentine Goby

Ce livre n'est pas un livre de plus sur la déportation, sur les camps de concentration et sur l'horreur, toujours là, toujours indicible, toujours dite. En même si, d'ailleurs, un livre de plus ne peut ici être un livre de trop, je crois, je crois aussi que ce qu'il aurait de toute façon le plus à craindre, c'est qu'il n'y ait plus assez de lecteurs pour ce sujet ...

Comme "Le rapport de Brodeck" ( un Claudel qui fleure l'excellente littérature sur la pourriture de l'âme humaine, et elle fleure sévère), "Kinderzimmer" raconte les faits, en sortant du témoignage "brut", pour s'interroger dessus, ou plutôt sur le comment dire le brut maintenant qu'il s'éloigne, que les témoignages directs, se feront, pour cause naturelle, de plus en plus rares. Et sans pathétique. Pour moi, je trouve que c'est important le non-pathétique. C'est une de mes amies qui me l'a appris, elle dit que si tu cherches à faire pleurer dans les chaumières avec ta crasse et ton malheur, ce n'est pas la compréhension que tu obtiendras, ni même des larmes. Elle ne dit pas "crasse", vu qu'elle l'a assez vécue ( c'est une ancienne déportée, juive hongroise, elle est passée par la tente de Ravensbrück, pour ceux qui ont lu le livre, cela en dira assez, je pense.)

Il y a un récit dans "Kinderzimmer", l'histoire de Suzanne à Ravensbrück et des fragments qu'elle a pu connaître de celle des femmes du même coin de son block, des françaises, déportées politiques, comme elle. Suzanne est jeune, très jeune. Dans la résistance, elle codait des messages avec des notes de musique. Un soir, elle est restée coincée avec un messager inconnu dans un réduit du magasin. De cette nuit là, elle est enceinte. Trois mois plus tard, elle est arrêtée, quelques jours plus tard, elle est à Ravensbrück. Rien ne peut laisser présager ce lieu ni ce qu'il peut y arriver, une grossesse y est une anomalie dans un monde inconnu.

L'histoire de Suzanne est peut être vraie, et sans doute pas, pas vraiment, sûrement inspirée du témoignage de Marie Josée Chambart de Lauw ( résistante déportée et affectée à la zindezimmer, elle est remerciée à la fin du livre par l'auteure). Elle sonne juste. De l'horreur de tomber pendant les appels, de la terreur de se lever, de celle de ne plus y arriver, de la terreur et de l'envie de survivre, de la tentation de se laisser glisser, de s'en remettre à la fatigue et à la saleté, de s'en remettre au chien pour arrêter, de s'en remettre au hasard, finalement, de croire en la survie possible d'un bébé ; dans la Kinderzimmer, elle est de trois pour des bébés vieillards.

Avant, pendant et autour de la naissance de James, il y a d'autres femmes, des soutiens ou des ombres dangereuses, plus de soutiens quand même, même si, Suzanne le comprend, l'amour dans les camps peut faire mourir. Elle aime, soutient dans la mesure où c'est juste possible. Un récit en grande retenue.

Cependant, ce qui m'a aussi vraiment touchée, ce sont les reflexions initiales sur les mots et le dire. Suzanne devenue témoin de l'horreur, devant une classe, achoppe sur une phrase, qu'elle a pourtant si souvent prononcée : "Nous marchions jusqu'à Ravensbruck", parce qu'elle réalise que ce n'est pas possible à dire ça, que dans l'ignorance du lieu et de ses "règles", de ses mots singuliers, les mots d'après n'ont pas de sens. Ils reconstruisent ce qui n'était qu'inconnu. Ils ne peuvent être partagés, pas même au retour. Les mots de Ravensbrück désignent une réalité à jamais étrangère.

Oui, vraiment touchée, parce que moi, face aux mots que disent ceux qui sont revenus, j'en finis par comprendre que le poids de leur véracité, l'écho qu'ils me renvoient, je le comprends, oui, je le comprends, et je ne comprends rien à ce que sont réllément ces mots là, cette réalité là.

 

Un livre que je joins à la proposition de non challenge de Galéa.

 

06/11/2013

Les bosniaques Vélibor Colic

Les bosniaques, romans, romans serbo croates, dans le chaos du mondeDe ce livre-là, je me suis approchée avec circonspection, avec des petits pas de côté, parce que c'est un de ceux de Vélibor Colic en colère, voire en rage. Le premier publié en français, me semble-t-il, écrit en serbo crate, à partir de notes prises par l'auteur alors qu'il étatit soldat, pendant la guerre dite en " ex Yougoslavie". La préface est datée de juillet 1992, du camp de Slavonsky Brod. J'ai commencé par regarder les dates, les lieux, ce qui était écrit en petit, les abords quoi.

Après, j'ai vu qu'il s'agit de textes très courts, divisés en trois parties : les Hommes, divisés en musulmans, serbes, croates. Chaque texte a pour titre un prénom. Après, il y a la partie Villes, quatorze villes détruites ou martyres, et enfin la partie Camps, six, dont celui de Slavonski Brod, ce qui m'a ramenée au début. Pour chaque camp, il y a un commentaire. Slavonski Brod, par exemple, " le camp de la défaite et de la honte". Et enfin, il y a un "Post scriptum ou post mortem ?". Du coup, j'ai commencé par lire ce texte là. Je me suis dit que si il y avait une montée en puissance dans l'horreur, tant qu'à faire autant prendre la plus grande claque au début ( à la fin, donc) et que comme cela, je saurai où j'allais.
Le problème est que cela ne marche pas. La claque elle est au début, l'histoire d'Adan, elle suffit à vous mettre la saloperie sous les ongles direct.

Ce sont donc des petites histoires d'hommes, des humbles, des riens, un mendiant, un simple d'esprit, un marchand ambulant, un voisin, un artisan, un homme dans son jardin, de ce qu'ils faisaient quand les serbes sont arrivés et de ce qu'ils n'ont plus jamais fait après. Pour certains, c'est vivre, pour d'autres marcher. Les flashs se succèdent sans morale ni jugement, ce n'est vraiment pas la peine. Entre ces hommes devenus ombres tanguent la silhouette de celui qui a vu, et recherche les mots pour dire. Parfois, un clin d'oeil à la vie, un clin d'oeil à ces scènes qui font le soleil de Jésus et Tito. Par exemple celle d' Asim : " Un des premiers jours de la guerre, Asim, dit "le plongeur", alcoolique notoire, parcourut à vélo la ville en flammes ; il alla même jusqu'aux positions serbes, d'où il revint sain et sauf. le lendemain matin, lorsqu'il eut cuvé son vin, on lui raconta ce qu'il avait fait. Asim, dit "le plongeur", eut si peur qu'il en perdit connaissance."

De "Jésus et Tito", de "Sarajevo Omnibus" est ici la vraie face sombre, celle des voisins qui se sont tués entre eux, des mêmes qui ont supprimé leur ombre, des hommes devenus fous de la mort :" Lorsqu'on fouilla le prisonnier Dragon, un tehetnik ( un serbe) qui avant la guerre travaillait comme serveur au "Café de la ville", on découvrit, glissé dans sa ceinture, un crochet à trois branches - appareil qui sert à arracher les yeux".

"La honte nous survivra" dit l'auteur. Après, il a des femmes aussi, dans les villes et dans les camps. A chaque note, petit récit, se dessinent un pion, coupable ou victime, puis un autre, comme un jeu de quille sans figures à rester debout. De ces troués d'actes guerriers (peut-on parler de guerre ? de celle-là, on ne sait pas grand chose, de celle des pouvoirs et des institutions internationales, je veux dire), vus à hauteur des yeux d'un homme, on sort rompu et l'esprit un peu vide, un peu sonné.

J'ai voulu en savoir un peu plus, j'ai cherché le nom des villes, les traces des lieux, je me suis perdue dans ces orthographes étranges pour moi, ces photos de monuments staliniens, ce stade ? un camp ? ces chiffres de recensements de population déplacées, de combien de musulmans vivaient dans un quartier, de combien de croates, de combien .... Tout parait si lisse vu de mon écran, presque rationnel et si loin. Je n'ai pas compris, sauf un peu la colère impuissante des mots que je venais de lire. C'est tout.

30/10/2013

La saison de l'ombre Léonora Miano

55.pngLe parti pris est risqué, passionnant dans l'idée, justifié par la démarche, la marche même de l'histoire, si tant est que celle-ci marche sur deux pieds. En ce qui concerne l'histoire de la traite négrière, elle n'a qu'un pied, celui des blancs ; journaux de bord, témoignages, registres, fourmillent. Du côté des déportés, le silence. Forcément, sans écrits, pas de paroles.

L'auteure prend dans "La saison de l'ombre" le parti pris d'en reconstruire une, de parole. Elle part d'un clan, celui des Mulongo, en Afrique subsaharienne, qui vit loin des "côtiers" qui eux connaissent "les pieds de poule" depuis longtemps et avec lesquels le traffic des hommes est en train de se mettre en place. Ce dont les Mulongo ignorent tout. Une nuit, celle du grand incendie, va bouleverser l'équilibre du clan : cette nuit-là, sans que l'on sache pourquoi, des maisons ont flambé, les villageois se sont enfuis, éparpillés dans la forêt. Au matin , manquent douze hommes, dix jeunes, juste initiés, et deux adultes dont le "médecin" du village. Le clan n'a pas de repères pour comprendre. Le clan cherche des solutions, des clefs.

Dix femmes sont mises à part dans une case commune : ce sont "les mères des fils qui n'ont pas été retrouvés". Une tentative pour maitriser la situation suggérée par l'Ancienne, l'accoucheuse du village. Ainsi, le malheur pourra se dire entre elles, et le village se recontruire, sans être contaminé par leurs pleurs. Après, elle reviendront. Et eux, ben, on ne sait pas, c'est cela le problème, que faire avec une situation grave, et surtout, inconnue ...

L'imaginaire du clan est un imaginaire collectif et lié à une lecture magique du monde, un imaginaire taillé à la mesure de ce qui est connu du clan, nourri de ce qui a été fait avant et conduit par les règles connues. Le clan vivant en quasi autarcie, toute chose nouvelle ne peut être conçue que par l'étrangeté. Un des défis de ce livre, est de reconstituer ce qui n'a jamais été constitué par ceux qui vivaient là, comme une culture, une façon de vivre, confrontable à des choix, des comparaisons. Les Malongos ne connaissent que leur coutumes ... Il y a bien les Bewle, avec lesquels ils ont commerce parfois, et qui ont d'autres façons de faire, mais peu le savent.

Dans la case commune, pendant que le chef du clan tourne en rond et que son frère tente une récupération du pouvoir à son profit, toutes les femmes ne pleurent pas pareil : elles rêvent, entendent leurs fils aînés, et presque toutes se soumettent, jusqu'à ce que l'une d'elles ne s'écarte du rang et aille chercher un bout de connaissance.

 Evidemment, il faut bien que le roman se fasse et pour cela qu'à l'ignorance du clan succède la connaissance même incomplète et lacunaire de la traite négrière, il faut que le lecteur s'avance lui aussi dans l'histoire non dite, vue par ceux qui ont disparu, c'est là où le parti pris est risqué. Il fonctionne parce que rien n'est trop dit, trop appuyé et que l'écriture est limpide, se limite dans ses effets, se cantonne à des personnages à la parole possible.

Le paradoxe de cette posture est d'ailleurs souligné par l'auteure dans sa postface. Entre autres documentations ( que l'on devine abondante, mais qui ne sent pas du tout dans le roman), Léonora Miano cite un rapport " La mémoire de la capture", sans lequel, dit-elle, "La saison de l'ombre" n'aurait pas vu le jour sous cette forme" mais dont le titre pose l'ambiguité de cette "mémoire", puisque justement, elle n'existe pas ; "Quelle mémoire avons-nous, en effet, de la capture ?" d'un clan d'hommes oubliés, dispersés, déportés, disparus, silencieux ....

27/10/2013

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn Ben Foutain

panneaux.jpgBilly a dix neuf ans, deux sœurs, un père infirme ex-raté super star, une mère qui tient à peu près le tout dans les formes. Billy vient du Texas, une petite ville. Billy aurait pu aller au lycée, mais c'est trop tard. Billy est un ignorant du monde, même pas un péquenot attardé, un petit branleur normal. Mais parce que le petit copain de sa jeune soeur a agi comme un naze, lui aussi,  voilà Billy simple soldat engagé dans la guerre d'Irak. Petit pion, il appartient à la compagnie des "Bravos", pas mieux que lui tous des pions, jeunes et ignorants, des à qui il manque souvent une patte, et un sergent, Dime, un peu plus vieux et peut-être plus lucide, allez savoir, les tempêtes sous ces crânes restent silencieuses.

Ils sont en tournée, la "tournée de la victoire". ( celle de qui, ce n'est pas dit ...) parce que la compagnie, Billy en tête, est devenue héroïque lors d'un raid apocalyptique. Il s'en est sorti vivant et a tué plein d'ennemis, du moins, il le pense, puisqu'on le lui a dit. Les autres aussi sont vivants, sauf Storm, mémoire qui hante Billy, images qui le dérangent mais se superposent à celles des USA tout propres qu'ils redécouvrent. Effectivement, suite à leur action, on leur a offert en récompense quinze jours hors de la guerre pour profiter de leur gloire éphémère. D'abord, il y a eu l'enterrement de Storm, avec les honneurs dus au héros par une patrie reconnaissante, aveugle et d'une hypocrisie qui lui tient au cœur comme une couche de crasse. Puis, des villes et des réceptions.Puis, un jour et une nuit dans leur famille.

Et puis, là, c'est le dernier jour, dans la dernière ville. Ils sont conviés au match des "Cow boys", dans un stade où on leur dit de se tenir comme des héros. Billy ne se sent pas vraiment un héros, un peu paumé, potiche au garde à vous sous les projecteurs patriotiques. Il a fait ce que l'armée lui demandait de faire, il joue la comédie demandée, avec les autres. Il est question de transposer leur épopée victorieuse en chef d'oeuvre cinématographique. C'est quasi vendu d' avance, quasi déjà ... Billy et les autres suivent ce bout de rêve qui leur est laissé comme un trognon pendant que la journée au stade s'étire. On les exhibe comme des dindons de la farce, on les félicite, les remercie. Les Bravos acquiescent : que faire d'autre ? Dire qu'il est un tueur d'enfant ? Billy s'étonne, personne ne le voit ainsi, sauf lui même et il préfère ne pas s'y attarder.

Conférences de presse, séances photos, fausses interviews téléguidées, on les utilise à toutes les sauces, piétailles, on les piétine, poussés sur le devant de la scène, on les y oublie, pantins du patriotisme, on les pousse de côté quand d'autres VIP arrivent dans le carré des "honneurs", au dessus du stade. Ce sont des roulés dans la farine, auxquels il est laissé des miettes de pom-pom girls, à qui on montre le vrai côté de la fortune, des décideurs, qui n'est pas de leur côté. Les affairistes condescendants les congratulent, dieu en bandoulière, avec les mots de la victoire légitime des bons contre les méchants.

Le truc génial du bouquin, est le personnage de Billy dont on ne quitte l'esprit ni le regard. Mi dupe, mi consentant, mi naïf mi lucide, il ne sait qu'une chose, il doit y retourner. Ce qu'il sait de moins en moins, c'est pourquoi et pour qui.

Quelques moments d'anthologie : le nom des Bravos scandés sur les panneaux publicitaires entre une pub pour voiture et une autre pour une autre voiture, la mise en scène de la mi-temps du match, les Bravos coincés entre deux déhanchements de Beyoncé et consorts, la séance de dédicace des mastocs du football qui se prennent eux pour des guerriers, des vrais.

Pas seulement sur la guerre d'Irak, mais plutôt sur la manipulation patriotique, les vrais vainqueurs de toute façon, peu leur chaut des petits Billy.

 

05/09/2013

L'attentat Yasmina Khadra

plage-Tel-Aviv-1-.jpgLongtemps j'ai cru que Yasmina Khadra était une fille. Ce qui n'a strictement aucune incidence, ni sur son oeuvre ( je le suppose, du moins ...), ni sur ma lecture, évidemment, c'est juste pour dire que je connais très mal cet auteur, que je n'ai pas lu les fameuses "hirondelles de Kaboul", que ma copine A.B. m'a si chaudement recommandé, avant de se lasser, et moi, d'entamer le bifteck par un autre bout, du coup. J'ai pris "L'attentat".

Le narrateur est le docteur Amine. Le docteur n'a rien d'anodin, il cumule : il vit à Tel Aviv, il est un chirurgien renommé, il est marié et heureux de l'être avec cette femme-là (il aurait pu une autre, il aurait tout pu, mais non), il habite une belle maison dans un quartier qui montre sa réussite, il est respecté par ses collègues, surtout par une, il a des amis solides. Il est un modèle de l'intégration. Amine est d'origine bédouine, pauvre, musulman, palestinien, quoi ... Et il a choisi la nationalité israélite et la réussite, pas par opportunisme, mais parce qu'il voulait être médecin, et qu'il y croit. Un social traitre innocent, en quelque sorte.

Un jour, le ciel lui tombe sur la tête, pas que sur sa tête à lui, d'ailleurs, mais on dirait que si, pourtant. Tel Aviv, un attentat kamikase, dans un restaurant, une femme a fait exploser un groupe d'enfants, et il se trouve que cette femme, c'est celle d'Amine, sa douce moitié, croyait-il, si discrète modeste, si belle, si heureuse, croyait-il. Dire qu'il en tombe des nues est peu de chose. Le sol s'ouvre devant ses yeux et il peine à comprendre, ce que l'on peut comprendre. Il n'a rien vu, rien entendu, rien compris, il cherche à voir, à revoir à postériori ( ben oui, forcément ...), ce qu'il n'a pas vu, le signe qui disait que, le moment où il aurait pu voir, peut-être empêcher ... Il cherche des traces, à qui la faute, met ses pas dans ses pas à elle, qui l'a entrainée, à qui la faute, pas la sienne, celle des autres, de quels autres, des autres terroristes, futurs kamikases, eux aussi. Il retourne sur ses pas à lui aussi, une quête vers l'impossible réconciliation du petit arabe et du médecin israélien, de papiers officiels, du moins.

Autant le dire tout de go, Amine ne m'a pas entraînée dans sa quête. Trop centré sur lui même, sur ses racines à lui, ses motivations à elle. Le sujet, le terrorisme ( ce qui n'est quand même pas évident), m'a paru trop superficiellement traité. Je sais, ce n'est pas un documentaire, ce n'est pas un reportage, mais pour moi, normalement la fiction apporte une force à la réalité, surtout l'incompréhensible, mais là, pour moi, elle est à courte vue. Un homme aime une femme et s'aperçoit qu'il ne la connaissait pas, qu'il ne connaissait son pays, qu'il n'avait pas vu le mur, la pauvreté, la haine ...

Une lecture qui m'a génée par la restriction de l'angle d'attaque, qui m'a semblé réducteur.

27/08/2013

Wilderness Lance Weller

detail porte bleue.jpgCe roman est construit comme une boucle fermée avec des cercles  à l'intérieur, de plus en plus profonds les cercles, ils creusent vers le fond, et le fond est un champ de bataille, ou plutôt une forêt ravagée, striée de coups de canons et de baïonettes où s'enchevêtrent les corps mutilés, sciés, brûlés, fendus, percés des soldats qui firent la guerre de Sécession, des deux côtés. Le héros, Abel Truman, n'était pas dans le bon n'y a laissé finalement qu'un bras et un peu son reste d'âme, déjà que la vie lui en avait pris pas mal avant. La boucle, c'est lui qui va l'accomplir, mais ce n'est pas par lui qu'elle commence, la vie d'Abel est un gouffre où l'on s'enfonce bien plus lentement que cela.

Le premier cercle commence par la fin : Jane Dao-ming Poole est une vieille femme aveugle, à présent en maison de retraite d'où elle n'oublie pas le bruits des choses qu'elle n'a jamais vu, ni ses trois pères : le premier est mort, le second et le troisième aussi. Le second a été Abel, quelques heures et le troisième, Glen, quelques années.

On rentre dans le deuxième cercle, toujours par la fin, Abel est un viel homme qui tousse ses poumons sur une plage du Pacifique. Il y vit depuis la fin de la guerre, il s'est posé là comme on se pose en exil de la vie. Depuis quatre ans, un chien l'accompagne, plus tout jeune lui non plus, et quelques souvenirs : une jeune femme qui fut la sienne, un bébé, un pot de peinture bleue qui s'étale sans fin, et la guerre aussi après, ses éclats qui l'écorchent toujours. Un jour, la mer ne voudra pas de son corps las et couturé, alors commencera le périple pour retrouver une certaine porte bleue. C'est dans ce deuxième cercle que deux saligauds vont les pister, lui et le chien, puis l'inverse, en un chassé croisé qui n'a rien d'une charge héroïque mais des accents de convoi funèbre, en espérant que justice soit malgré tout rendue.

Dans le troisième cercle, celui du fond, Abel est soldat, du mauvais côté donc, celui des Rebelles de l'armée du sud, qui se battent contre ceux de l'Union et l'idée qu'un homme noir est aussi un homme. Au fond du dernier cercle de la mémoire d'Abel, il y a donc l'enfer de Wilderness, une bataille pour dire toutes les autres, un condensé qui s'avance doucement, par lambeaux pourrait-on dire, avant que lui et ses deux plus proches "amis" ,ne soient plongés dans la marmitte. Brisés, crasseux, déjà avant que n'explose la forêt et la conscience d'Abel, ce n'est pas qu'il y croyait vraiment à la cause de l'inégalité entre les races, mais cela lui permettait d'avancer sans comprendre et sans voir, jusque là.

De cette tuerie initiatique et finale, Abel a gardé quelques souvenirs, comme des petits cailloux qu'il va égrainer au long de son dernier voyage ; un crucifix en os, un médaillon avec une photo, une lettre qui disait la peine d'un soldat d'en face de devoir tuer des hommes, juste parce qu'ils sont dans l'erreur. Celle-là, elle le hante encore et l'image d'une autre jeune femme qui ne fut pas sienne et qui lui donna pourtant sa vie. Elle était noire, et Glenn aussi, un beau personnage de type qui se bat, après le guerre pour pouvoir aimer la femme blanche qui souffre à ses côtés, Helen. Puis, la petite fille et peut-être, pour celui qui était du mauvais côté et qui a voulu l'oublier, la rédemption; allez savoir ...

 Un roman superbe, qui prend force et ampleur en même temps qu'on s'enfonce dedans.

 

07/08/2013

L'adversaire Emmanuel Carrère

l'adversaire,emmanuel carrère,romans,romans français,dans le chaos du mondeC’est le premier roman d’ Emmanuel Carrère que je lis, et du coup, ce n’est même pas un roman, enfin, pas vraiment une fiction puis que l’auteur y retrace à la fois la trame d’un fameux fait divers tragique et quelques moments de la genèse de ce texte entre lui et Lui, L’Autre, celui que l’on ne comprend pas ( D’ailleurs, je n’ai pas non plus compris le titre, L’adversaire intérieur ? L’auteur contre le personnage ? Aucune de ces interprétations ne me paraît pourtant correspondre à la démarche de l’auteur.) Emmanuel Carrère retrace le parcours biographique de Jean Claude Romand, le mensonge fait homme, la schizophrénie incarnée, le monstre, le Diable, capable pendant dix ans de mener une double vie à la barbe de tous ses proches, ses plus intimes. Un homme double face intérieure. Côté pile : un jeune homme effacé, voire fade, peu enclin à l’aventure, studieux et ennuyeux, transparent jusqu’à l’insignifiance qui devient un chercheur brillant, bien payé, marié, deux enfants, école catholique pour eux, femme au foyer pour elle, quartier plutôt chic, amis respectables, homme respecté, une maîtresse, presque malgré elle, adulée et qui fera, par hasard chapoté le fragile échafaudage. Face sombre : un escroc de pâle figure, un arnaqueur des occasions qui se présentent, un oncle atteint du cancer, un beau-père qui tombe de l’escalier, des parents qui l’adulent, et puis le meurtrier du seul cocon qu’il s’était fabriqué par amour ? peur ? le tueur de ses enfants, de sa femme, de ses parents, l’incendie de sa maison, la tentative de meurtre de sa maîtresse, son suicide : orchestré ? véridique ? petit mystère insignifiant tant est insondable l’abîme de cette « vie » incompréhensible et que l’auteur ne cherche pas vraiment ni à comprendre, ni à nous faire comprendre. Il donne les éléments biographiques, les vérifiables, laisse les points d’interrogation où ils sont. Il s’efface, reprend les rênes de temps en temps, pour nous montrer qu’il les tient même si il ne sait pas trop où il va et l’assume sa tagente. Il prend de la distance, ne rentre ni dans l’empathie, ni dans la haine viscérale. Au bord du gouffre, il regarde patauger celui qui ne sortira pas du sien. Cette position instable, il la tient très bien. Témoin qui ne se veut pas privilégié, il écrit à Romand, reproduit sa lettre et sa réponse, les quelques prise de contact qui ont été indispensables à la réalisation du projet d’écriture. Il dit avoir été sur certains lieux, sans les hanter, les parkings où Romand attendait le moment de rouvrir la porte de sa façade. Il dit comment elle se fissure, puis s’écroule sur ceux que le tueur dit avoir tellement aimé qu’il les a tué. L’auteur hasarde : pour qu’ils continuent à toujours l’aimer lui, le encore vivant, ne pouvant faire autrement, eux morts ? Carrère fait court et efficace. Du procès dont il fut le témoin, il ne donne que quelques témoignages, évite le grandiloquent et les effets de manche des désespoirs, qu’il a dû voir, dont il ne dit rien. Reste celui d’une visiteuse de prison, qui voit en Romand l’incarnation de la Rédemption chrétienne et celui de l’institutrice de son fils qui avoue avoir lié avec lui, alors déjà meurtrier, une relation sentimentale …. Que ces deux visions de l’homme démon qui se ferait ange de douleur troublent toute réponse m’a semblé participer à la démarche de l’auteur. Il n’y a pas de réponse, pas de ce monde en tout cas, du coup peut-être dans l’autre, si on croit en l’autre, évidemment. Sinon, on reste coi. Comme moi, quoi. Merci à Ingannmic, qui m’a donné ( une fois de plus ….) envie de lire ce livre ( dont mon homme a dit : « Il est très bien »)

15/07/2013

Le trône de fer I George R.R. Martin

10965668-texture-d-39-un-mur-delabre-dans-un-ton-brun.jpgC'est LA saga que je voulais commencer, depuis un certain temps déjà, depuis une certaine note d'Ingannmic. M'y voilà enfin à me régaler de ce bon gros feuilleton à gros bouillons de bruits de de fureurs en des temps ancestraux, mi- moyennageux, mi fantasy-gothique. Et cela tombe bien en ces temps de hamac, vu que c'est une lecture de hamac ( qui peut être virtuel ...). Mais pas une lecture de serviette de plage, la serviette est trop plate et le livre trop lourd à porter, en plus, il faut le garder ouvert. Donc, pour garder un gros livre ouvert allongée sur une serviette, c'est trop compliqué, il faut le tenir en l'air, on risquerait de se faire du muscle.

En plus, au début, il faut garder deux fois le livre ouvert, une fois à la page que l'on est en train de lire, donc avec au moins un doigt, et un autre à la page de liste des personnages, donc avec un deuxième doigt et pouvoir faire l'aller retour entre les deux. Des personnages, il y en a beaucoup, normal pour le début d'une saga qui se met en place, il faut donc faire connaissance avec tout le monde, ce qui fait pas mal d'aller -retour.

Je prends juste un exemple, un facile. Dans la "Maison Lannister", " Jaime, dit le régicide, frère jumeau ( sic) de la reine Cersai et Tyrion le nain, dit le lutin, ses enfants". Et c'est là que l'on se dit, pourvu qu'il n'y en ait pas trop des enfants ... Ou alors qu'il y ait une deuxième liste au milieu du bouquin (parce que dans mon bouquin, il y a deux tomes et une seule liste, et que je voudrais tant qu'à faire continuer à y comprendre quelque chose à la saga, vu qu'elle est drôlement bien.)

Donc, la période indéterminée et les personnages idoines, roi, reines, seigneurs, princesses, tyrans, régicides ; tous les indrédients y sont. Quatre maisons proches du pouvoir pour le royaume des sept couronnes, ce qui ne tombe pas juste. Je n'ai pas compris pourquoi mais cela ne gêne pas. Ce qui est sûr, c'est que ça sent le roussi et que cela on le comprend vite.

 En même temps, la saga prend son temps pour s'installer, ce qui est très bien, le rythme permet au lecteur de s'installer, de se caler et de prendre ses repères dans la mise en place des intrigues. Les chapitres avancent par personnages, le nom est bien marqué dessus, donc on se perd pas . Bon, au début, il faut vérifier sur la liste, mais rapidement on s'y retrouve, vu que l'auteur, pas bête, il prend toujours un peu les mêmes : les membres de la maison Stack. Enfin, pour ce premier tome, et j'espère bien que cela va continuer parce que je les aime bien, moi les Stack, on voit bien que cela va être les gentils. Rien que le papa qu'est droit, honnête, qui aime sa femme, ses enfants, qui a des valeurs, de la fidélité, de la lucidité ( quoique ...), et du courage : sa femme et ses enfants pareils, même son batârd. ( Je ne vous fais pas la liste, ni la présentation détaillée de chacun, trop long, je dégrossis la saga). Les autres grands seigneurs des autres grandes maisons ne sont pas tous comme Ned (le papa), certains sont fourbes, méchants, ambitieux, traîtres et tout et tout. Surtout ceux de la maison Lannister, et surtout le Jaimes ( le demi frère de la reine, resic ...). Le Tyrion, le nain, il est plus rigolo, s'en méfier quand même parce que son infirmité ne garantit pas sa faiblesse et lui a fait une langue retorse.

Donc, en gros, vous avez un royaume qui prend l'eau. Il a été conquis par le roi actuel, Robert, qui a dégommé le précédent, trop cruel, avec l'aide de tous les grands seigneurs actuels (ou presque), pour prendre sa place. Sauf que depuis, Robert, gouverner l'ennuie et lui pèse, il préférait la fureur de la conquête et se noie dans les plaisirs grossiers pour compenser. Il se laisse rouler dans la farine et pour tenter de s'en sortir, il fait appel à l'ami fidèle, Ned, qui n'avait pas vraiment envie de s'y coller, mais bon ...

Sauf que Robert n'écoute pas grand chose d'autre que ce qu'il a envie d'entendre, que les complots sourdissent, que les intérêts se confondent.

Ned fait ce qu'il peut mais "l'hiver vient", la métaphore qui désigne la guerre, mais pas que vu que dans ce pays là l'été désigne la paix, que le royaume était en été depuis un moment et qu'avec l'hiver ressurgissent les créatures. "Les Autres", se raprochent du mur du Nord, gardé par les gardes noirs. Mais le mur se dégrade, et les gardes, de moins en moins nombreux, n'arrivent pas à faire entendre leur voix par delà les vents du nord des fratricides qui se préparent.
J'adore.

 

Et une nouvelle conquête ( mais pas pour Robert) : une comète

 

 

06/07/2013

Mendelssohn est sur le toit Jiri Weil

Statues.jpgL'essentiel du roman se déroule à Prague, alors requalifié en "Protectorat de Bohème-Moravie", Reinard Heydrich y a décrété la loi martiale, les arrestations s'amplifient et commence la déportation des juifs vers le ghetto modèle de Térézin. Il se termine vers 1943, la défaite du troisième Reich se profile mais il ne reste plus de juifs à déporter de Prague, le quota fixé ayant été atteint ( comprendre 70 000 personnes sur 118 000, l'auteur, Jiri Weil, fit parti de ceux qui réussirent à rester cachés).

L'histoire suit quelques parcours tronqués, le fil conducteur est plutôt une sorte de "motif statuaire". On suit des statues, en quelque sorte ... Elles balisent différents moments à différents endroits de la ville. La première est celle de Mendelhson boulonnée sur ce qui est devenu sous le "protectorat" nazi,  le palais des Arts à la gloire de la musique, aryenne, forcément. Mendelhson étant vaguement d'origine juive, et Heydrich nazi perfectionniste, il a ordonné que la statue soit déboulonnée du toit. Sans délai.

Le souci est que sur le toit, il y a plusieurs statues et le nom n'est pas marqué dessus. Les petits fonctionnaires chargés de cette mission de la plus haute importance sont bien incapables de savoir laquelle est la bonne. Selon les critères en cours, ils vont bien sûr en mesurer les nez, mais le plus long se révèle être celui de Wagner, sauvé in-extrémis de la dégradation par son béret ... Ce pourrait être drôle, c'est juste absurde ... De boulons en boutons, cette pantalonnade va faire cascade et par ricochet, toucher une série de petits fonctionnaires agités et zélés, puis d'autres ...

C'est par cette petitesse des actes que tient la force du roman, on entre dans la collaboration et la compromission par une suite de petites portes : pour un résistant qui tente de sauver deux fillettes au fond d'un placard, on a le responsable du musée juif qui sauve sa peau en jouant le guide touristique pour les visiteurs du Reich, acceptant toutes les mises en scène, il orchestre, classe et range dans des vitrines tous les objets qui viennent en masse des synagogues dévastées. Un autre se doit de cotoyer les sbires gestapistes, fournisseurs de l'entrepôt où sont stockés les biens des "disparus" et où tout le monde se sert. On y croise la statue de la justice .... gênant rappel ...

Pendant ce temps, les déportations s'accélérent et le bras armé de Roland n'empêchera rien, et l'exécution de Heydrich non plus. Un autre rouage prend sa place et la machine continue de fonctionner. Des personnages disparaissent, ce qui ne change  rien non plus. Acucun pathos, juste des faits, des gens, malmenés par le quotidien d'une survie forcément jouée à l'aveugle.

La préface du roman ( je ne l'ai lu qu'après) donne une clef de lecture intéressante : la version du livre que l'on peut lire aujourd'hui n'est pas exactement celle écrite par l'auteur, son "vrai" texte ayant été refusé par la censure communiste parce qu'il ne mettait pas " suffisamment en relief le rôle de le rôle de la résistance communiste et les victoires de l'armée rouge". C'est le moins que l'on puisse dire ... Un dernier chapitre donne un idée de la version "non censurée", la causticité y est plus rude encore.  

Un grand merci à C. grâce à qui j'ai pu découvrir ce titre, très difficile à trouver, noté comme "épuisé" dans la plupart des sites en ligne. Et c'est vraiment dommage.

 

05/07/2013

Debout sur la terre Nahal Tajadon

debout sur la terre nahal tajadon,romans,romans français,romans historiques,dans le chaos du mondeCe roman se situe en Iran, à peu près à la même époque que le génialissime "Persépolis" de Sajtrapi, le moment où le pays va basculer du règne du pétro-dollar du Shah à la révolution du tchador. Ce pourrait être une sage historique, mais non, pas vraiment. L'évolution du pays est suivie par celle de quelques personnages, un peu comme un cercle vicieux qui se referme sur lui même. Il y a des riches et des pauvres et pas grand chose au milieu et pas grand chose qui les lie. La frontière entre les deux mondes est ainsi bien marquée, et montrée.

Du côté des riches, il y a les pas intellos, en arrière plan, et les intellos, au premier plan, encore plus décalés du réel des pauvres que les premiers. Les riches pas intellos sont ridiculisés, profiteurs sans aucun scrupules, consommateurs disproportionnés de week-end à Paris pour une coupe de cheveux à la mode ou un nouveau sac Hermès de plus. Les riches intellos aussi sont ridicules, mais moins quand même au fur et à mesure, une pitié s'installe pour ces aveugles qui n'ont pas vu le mur s'écrouler sur leur monde de privilègiés.

Monsieur V. biographe de Victor Hugo, a soutenu toutes les réformes, tous les régimes, soigné jusqu'au bout de ses chaussettes rouges, il se gargarise de son statut d'homme qui a été pris en photo avec Néru, c'est un fantôche qui va être balotté et mis en touche par la déferlante. Ferreydoun est le "jeune heureux" réalisateur du feuilleton à succès de la TV iranienne, lui non plus ne verra rien venir. C'est un séducteur, jouisseur et chevalier servant de la belle et singulière Ensiyeh, richissisme héritière des terres de son père. Dans le roman, ce personnage porte aussi l'héritage de l'Iran des mille et une nuits. C'est par elle que l'histoire s'ouvre sur le passé des Khan, ces chefs de tribus ex-guerriers glorieux qui vont se voir forcés d'oublier leur splendeur pour devenir des gardiens de troupeaux de cultivateurs. Mais ces temps sont finis. Petit à petit, les réformes vont imposer la modernité, interdire le voile, permettre au luxe de s'étaler, indécent. Pendant que ceux-là s'arrosent du fameux "Habit rouge", les autres triment.

Les autres, dans le roman, sont résumés en quasi un seul personnage, Massoud, l'électricien. Au début, il en pince pour la modernité glamour des films d'amour qui passent au Chrystal Palace et pour la vendeuse du Monoprix en mini jupe qui fait des bulles avec son chewing-gum, et puis la parole révolutionnaire va le prendre et le porter en haut de la vague qui va balayer les premiers, ceux qui se sont abreuvés sans avoir vu la source se tarir.

Les riches sont balayés, certes, mais le roman n'est pas si tranché et leur laisse le droit à la nostalgie et un naufrage à la Titanic, avec un peu de classe, quoi ... tandis qu'ils doivent laisser la place à un autre monde dont les perversités se mettent aussi en place.

J'ai manqué un peu quand même d'arrière plan plus historique, les épisodes s'égarant parfois dans le burlesque, puis dans le pathétique ... Il n'en reste pas moins un roman de bonne facture, bien charpenté et documenté, même si cela ne se voit pas ( le côté documenté, je veux dire ...)

 

20/06/2013

Tout sera oublié, Mathias Enard, Pierre Marquès

tout sera oublié,mathias enard,pierre marquès,romans graphiques,dans le chaos du mondeCe livre est un projet, disait Mathias Enard à "Etonnants voyageurs". Soit. Un texte de lui et les dessins de Pierre Marquès. Ce qu'il en disait était super intelligent et ne je n'en ai retenu que des brides : traces, mémoire, oubli, monument à dresser pour ( contre ?) l'oubli, la commémoration : qu'est-ce que l'on célèbre quand on commémore ? la paix ?  Les morts, les noms ? Les anonymes ? Quelle tête elle a la paix entre les Serbes, les Bosniaques, les croates ? Quelle tête un architecte venu d'ailleurs peut-il lui donner ?

M. Enard racontait aussi qu'à Mostard, les autorités voulait un monument du genre consentuel, un sondage a été organisé parmi les habitants pour désigner l'heureux vainqueur. Ce fut Bruce Lee. Ce qui peut être drôle, ou pas.

"Tout sera oublié" est donc un texte illustré. Surtout illustré en fait. Le texte est en gros en dessous. En très gros, parce qu'il n'y en a pas beaucoup. Les illustrations prennent tout la place, et c'est tant mieux. Des sortes d'images-photos- sanguines, crayonnées des fois par dessus les couleurs grises, ocres qui jouent avec un sépia recolorisé pastel. C'est juste superbe. Celles des immeubles de Sarajevo surtout, sont d'une urbanité humaine, lépreux et ridés, craquelés, fissurés, des témoins du temps d'avant, fatigués d'être restés dans le pendant et qui vont peut-être se laisser tomber dans l'oubli de cette guerre pas terminée.

Quant au texte ........... ben, il raconte l'histoire du type auquel l'union européenne à commandé le fameux monument et qui n'y arrive pas. Il fait un tour par Cracovie et Sélibor,  histoire de voir comment le vide résonne là-bas, et il renonce à construire quoique ce soit. A la place, il propose de laisser les ombres et les vivants envahir la mémoire de la ville et les murs se taguer de témoignages spontanés, puis que les loups et les corbeaux envahissent la ville. Bof, quoi. Sauf, toujours sur les images où la métaphore est juste paradoxalement belle.

Un peu flouée ( rapport texte/prix, ça fait mesquin, mais j'aurais bien aimé un poster à encadrer avec ... ), je note malgré tout deux trois aphorismes révélateurs du projet énoncé, mais sans l'image, ils vont tomber à plat : " On ne peut que continuer à boire sur des ruines, en bavardant", "Laisser la destruction parler pour elle même. Jusqu'à ce qu'elle disparaisse à son tour", et une anecdote grinçante sur un violeur humaniste dans les montagnes du Montenégro. Je me demande quand même ce qu'en dirait l'archange de Vélibor Colic.

 

Du même auteur sur ce même blog : "La perfection du tir"

 

 

 

17/06/2013

Notre-Dame du Nil Scholastique Mukasonga

apparitions_kibeho.jpgCe n'est pas une histoire qui se déroule lors du génocide des Tutsi par les Hutus, comme je le croyais, c'est une histoire de l'avant, de l'entre-deux, de la préparation de la chute du décor dans le fracas des armes blanches. Moboutou est encore au pouvoir, la révolution sociale a imposé la pratique des quotas et fixé le nombre de Tsusi autorisés à travailler ou à étudier. Le lycée de jeunes filles de Notre-dame du Nil semble loin des remous alors qu'il en bruisse.

"Il n'y a pas de meilleur lycée que le lycée de Notre-dame du Nil. Il n'y en a pas de plus haut non plus (...). on est si prêt du ciel", dit la mère supérieure en joignant les mains". et pas loin de l'enfer non plus, ce qu'elle se garde bien de voir.

Dans ce lycée, donc, il doit être formé l'élite féminine du Nouveau Rwanda, des femmes lettrées pouvant être actives, et aptes à l'emploi, efficaces, modernes ... Mais sous la direction des soeurs chrétiennes, cela fait comme une drôle de dichotomie ... Elles, elles sont  garantes du respect des bonnes moeurs de la civilisation blanche coloniale. Les jeunes filles portent l'uniforme, et la confection des bandes hygiéniques reste un art du non-dit.

Ce monde est clos ; les soeurs veillent à la garantie morale et virginale des jeunes filles, du moins, en apparence, l'aumonier à leur pratique de la charité ( même celle à son égard) et chaque année l'intendante distribue le même nombre égal de boites de Fanta lors du pélerinage annuel au pied de la vierge qui surplomble la source mythique du Nil. C'est une vierge de Lourdes dont le visage a été repeint en noir pour faire local. Du coup, elle a le nez droit des Tutsi.

Le roman commence dans cette ambiance surannée où deux idéologies se superposent, le temps semble s'être arrêté avant la ruée au meurtre. Les professeurs sont des belges compassés que les élèves cotoient de loin, ou de jeunes français en rupture de ban après 68 qui portent guitare, cheveux longs et lisent "Salut les copains", objets de scandale et de curiosité ... Les jeunes filles sont majoritairement hutus. Filles de ministres, de haut fonctionnaires, leurs études haut de gamme ne sont que le prétexte donné à la "modernité" du nouveau régime. Bien loin d'être actives ou efficaces, elles seront données comme vitrine à celui que choisira leur père, pour la fierté de la famille et du clan. Elles le savent et jouent le jeu.

Gloriosa est la jeune fille la plus puissante du lycée,  convaincue  des méthodes politiques qu'elle a vu pratiquer : on règne par la peur et le mensonge, on les orchestre et on lâche les chiens. Elle est Hutue, bien sûr. Véronica et Virginia sont Tusti, elles sont là par le biais du quota, elles ont réussi la sélection du concours national. Ells sont là pour être les meilleures du lycée avant d'être exclues des postes, vu que le diplôme n'est rien sans la carte d'identité.

Véronica rêve d'être actrice, peut-être en Europe, peut-être grâce au vieux fou blanc, l'ancien planteur de café qui voit en elle la réincarnation d'Isis, la reine des Tutsis, venus d'Egypte dans le temps sacré d'avant. Virginia est la gloire de sa mère qui croit malgré tout que le diplôme gagnera sur la carte d'identité.

C'est une histoire de jeunes filles prises entre plein de feux différents, naïves ou manipulatrices. Elles naviguent entre la fascination pour la grosse moto d'un petit ami, les cheveux blonds d'un prof, le chapeau de la reine Victoria, les légendes de leurs mères, la cuisine de leurs champs, les boites de corneed beaf, les fantas à l'orange, les pouvoirs des guérisseurs, en attendant les crocs des chiens lâchés.

J'ai donc adoré ce titre tout comme Manou

 

 

 

10/06/2013

Archange Vélibor Colic

michel-ange-jugement-dernier.jpg" La teinte du papier sur lequel cet ouvrage a été imprimé est le résultat d'une recherche soucieuse d'un plus confort de lecture : le coéfficient de lisibilité est en effet jugé optimal, sous condition d'un bon éclairage ambiant". Normalement, quand j'ai fini un roman, je le sais, je ne reste pas les yeux fixés sur le numéro d'impression, ni sur le code barre, je ne cherche pas où peut bien se situer Mercuès (France) qui abrite l'imprimerie France Quercy. Normalement. Seulement là, j'ai relu au moins deux fois ces quelques lignes expliquant le choix du papier rose, au lieu du blanc. Puis, j'ai fini par comprendre, que ça parlait du rose, pas du confort de lecture de ce que raconte les lettres sur le rose, et que l'éclairage ambiant, je l'avais dans le baba.

Ce n'est donc pas un livre normal. C'est un roman a capella, à quatre voix successives. La première est celle d'un presque mort, un homme devenu singe crouteux mangé par sa vermine du corps et de la tête. Un sale type, dégueulasse qui s'est cru être un homme pendant la guerre de l'ex-Yougoslovie. Maintenant, il est clochard sur un banc, à Nice, on le prend pour un fou, on le surnomme "le Russe". Il n'est plus rien qu'objet de dégoût. Avant la guerre, il était ministre et poète. Pendant la guerre, il était un tueur illuminé. C'est un type qui dit : " Le baratin sur le crime et le châtiment, mon oeil, rien qu'une fable inventée pour les victimes" (pas "par", "pour"). C'est un type qui dit qu'il pourrait compter jusque 100, 200, mille, ses crimes, les "orgasmes concentrés à la pointe de (son) couteau, les seins et les oreilles qu''il) a coupé comme s'(il) avait taillé la tendresse". Mais il parle du premier, le numéro un, il est hanté par lui, l'histoire de la jeune fille violée, celle qui avait l'air d'une fleur.

Le second homme qui parle, qui geint plutôt, c'est Le Duc. Celui qui avait dit "Une fleur mon cul" et qui était passé en deuxième, justement, alors que le premier avait à peine fini et qu'elle avait déjà les ailes coupées.Le Duc est à présent réduit à un tronc, dans un hopital. Il tête un biberon en cherchant à mordre la main qui le lui tient. C'est un type qui dit : " Je suis un tronc, il n'y a pas de chances qu'un jour j'attrape des rhumatismes. Ou que je pue des pieds. Avant la guerre, il était au gouvernement. Pendant, il avait décoré son chien et parfois il le chevauchait, pour rire. Maintenant dans ses rêves, un ange vient pour le baiser et l'enculer. Mais le rêve s'arrête avant.

Le quatrième est le fils du troisième. Celui-là, il est mort, alors il apprend l'enfer, en attendant mieux. Il était passé en troisième. Elle était déjà morte.

La troisième voix est celle de l'ange, Seuka. Elle dit : " Avant, j'avais les yeux d'une biche, la taille d'une guêpe et la bouche d'une fraise mûre". Maintenant, " je suis cette merde qu'on appelle une âme. Je pue ... Dieu existe et c'est un chien". Elle erre entre les deux mondes, l'Enfer et son bourreau, ses bourreaux et ses victimes.

Les mots des quatre voix s'enlassent et s'entrelassent en  une poèsie qui serait morbide si elle n'était incantatoire. Il faut juste ne pas fermer les yeux pendant quelques pages, comme quand on a envie de fermer les yeux parce que les lumières sont trop fortes et éclairent ce que l'on ne voudrait surtout pas voir pour après se retrouver encore vivant. C'est un roman aussi écorché que lumineux, un roman qui raconte le temps d'après celui de "Jésus et Tito", les deux côtés de l'histoire. 

 

01/06/2013

Knockemstiff Donald Ray Pollock

knock2.jpgToute la saleté, la crasse, la raclure, la merde, la bêtise, l'ennui, l'humiliation, le désespoir, la honte, la saloperie, l'ignoble, l'ignominie, la violence, la violence des trempes, à soi, aux autres, aux fils, aux pères, aux pères par les fils mais surtout aux fils par les pères, aux filles, aux mères, à ceux qui restent, qui s'enfoncent, qui s'engluent, toute cette fange, cette lie boueuse à n'en plus pouvoir d'être fangeuse, s'est concentrée sous le scalpel de Pollock à Knockemstiff. Et, ce n'est pas beau à voir, les cloaques de l'Amérique profonde des laissés pour compte, des sans voix, des sans repères, des oubliés de la terre. Je n'ai jamais lu Dante, mais les cercles de l'Enfer, version rock and roll à la Nick cave, c'est par ici que ça se passe. Pas beau à voir et une claque à lire pour le lecteur (Jérôme), et la lectrice (moi, après "Le diable tout le temps") qui aiment se frotter l'esprit au papier émeri numéro 10, double face, s'il vous plait.

"Knockemstiff" est un recueil de dix huit nouvelles ( publiées aux USA avant "Le diable tout le temps"). Ce sont des nouvelles cul-de-sac, qui ne mènent à rien, ne mènent nulle part ses personnages rebuts, menés eux par un sexe de pulsions, soutenu par n'importe quelle substance avalée pourvu qu'elle détruise le peu d'humain qui restait dans ces sacs à viande. Et certains terriblement, si terriblement touchants, pourtant ...

" La vie en vrai" ouvre le bal des vampires : une famille tente une sortie au cinéma en plein air de la ville. Travelling avant en cinémascope, ouvrez les papilles .... : " Le bâtiment en parpaings au milieu du drive grouillait de mode. Le projecteur faisait un raffut pas possible juste devant, le stand à confeseries était au milieu, et les chiottes à l'arrière. Dans les toilettes, une rangées d'hommes et de gamins était alignée, la bite sortie au-dessus d'un longe auge en métal peinte en vert. Ils regardaient tous droits devant eux un mur couleur de boue."

La seconde "Dynamite Hole" pulvérise la moindre trace de ce qu'il pouvait rester encore de la pureté d'une petite fille.

Après, il y a l'histoire de l'amoureux de Tina Elliot, la pin-up du coin, un truc maquillé à la poupée barbie pour ploucs, le short très court et le tee shirt au slogan aussi romantique que méditatif " Fais-le à ton voisin et tire-toi".... Une ultime séance photo dans la station service et la belle se tire avec son prince charmant vers son rêve d'ailleurs, une caravane au bord d'un champ de pérole au Texas. L'amoureux reste. Amoureux de sa fée, même si si tous les péquenots du coin lui était passés dessus, à sa fée. C'était son rêve à lui, Tina.

Et cela continue. Dès fois, j'aurais bien aimé ne pas commencer l'histoire suivante, ou ne pas aller vers la fin de celle qui commençait. Pas bien, mais quand même ...  " On achève bien les chevaux" à la sauce Tabasco déliquescent, sperme à gogo, came et alcool. Le décor est toujours le même, mobil home, tôle, banquettes de drive ouvert la nuit, banquettes de vieilles voitures abandonnées, banquettes de vieilles voitures où une vieille tante ramène sa conquête du soir, matelas tâchés.

Plus personne ne tient debout là-dedans, les pères s'effritent, les mères s'oublient, pâles fantômes frappés, les ados se cognent aux paluches trop attentionnées des routiers alors qu'ils voudraient s'enfuir des tôles et des trempes de ces hommes brisés dans les veines desquels ne coulent que bière, rage et rancoeur, qui n'aiment pas ceux de leurs fils qui ne se coulent pas dans leur propre naufrage.

La dernière nouvelle "le dernier round", laisse juste filtrer une lumière rase, face à un père qui ne survit que par la haine, tenu à sa pitoyable survie par des tuyaux et une télé qui hurle des matches où les noirs perdent, ce qui lui permet de se penser en race supérieure, tuyaux dans le nez et bière à la main, la dernière phrase dit : "Le combat était presque fini". "presque", ça laisse un goût de presque victoire, un sens à donner au manège des bêtes brutes qui tournent en rond dans l'espace qui leur a été laissé par la misère.

 Je ne sais pas. Mais si Donald Day Pollock continue à me fiche des claques comme celle-là, je vais finir par avoir de vrais bleus à l'âme.

 

 

 

29/05/2013

Fille noire fille blanche, Joyce Caroll Oates

0ba0cd4302a62993bbb9e328bc6fd86b.jpgCe pourrait être un livre sur la ségrégation, le racisme dans une université américaine, après la guerre du Vietnam, dans le temps des repentances bien pensantes. Ce pourrait être un roman sur l'histoire de deux jeunes filles, une blanche, une noire, une amitié interaciale qui transcenderait les clivages sociaux, parce que la blanche est riche et super intello de naissance et que la noire est pauvre et super méritante de naissance, forcément. ça se finirait en tragédie, normal, et on aurait les larmes aux yeux de l'âme révoltée de tant d'injustice de la méchante société américaine, normal. Ce pourrait, sauf que c'est Oates qui écrit, alors forcément, c'est plus tordu.

D'abord, la blanche, Genna Meade, est l'arrière petite fille de Generva Maede, une héroïne ( des blancs) de la lutte contre l'esclavage ( des noirs), et de M. Elias Meade, shaker militant droit et honnête de la même cause des gens de couleurs. Droit et généreux et riche, il a fondé l'université de Shyler, celle où étudie son arrière petite fille ( mais en tout anonymat) et où le raciste n'existe pas, officiellement. Une université haut de gamme qui offre, forcément, des bourses d'étude aux jeune filles noires, issues de milieu modeste, forcément.

Minette Swiftt en est une  ( de pauvre méritante, je veux dire) et Genna partage la même chambre que Minette. Gena voudrait bien être amie avec Minette, parce que Genna a été élevée comme cela, il faut être amie avec les noirs, les exclus. Il ne faut pas profiter des privilèges de sa classe sociale blanche. Ces privilèges sont honteux, établis par le système faschiste américain. C'est son papa qui le lui a dit. Et son papa, il s'y connait en dénonciation du système faschiste américain. Et Genna y croit.

D'ailleurs, la preuve, c'est même sans savoir que sa future camarade de chambre était noire que Genna lui a laissé la meilleure partie de la chambre commune, celle avec la grande fenêtre, et la porte qui ferme, entre elle et sa volonté d'amitié et Minette qui n'en veut pas, toute communication. Elle applique, avec conviction les préceptes parentaux. Ceux de l'avocat Mac Meade, l'engagé volontaire des causes perdues, celles des activistes américains des activités anti américaines au Vietnam, et celles de Mad Max, le même père, en version life, celui qui n'est jamais là mais délivre au téléphone ses leçons de morale, ses psaumes révolutionnaires tout en alignant de blondes assistantes.

La mère de Genna s'est éteinte en un demi sommeil, celui d'une hippie sur le retour qui a trop abusé des "substances", un retour d'âge aux cheveux comme aux tenues trop voyantes, qui tangue dans les allées d'un super marché comme d'autres sur un navire à l'assaut d'un nouveau monde.

Genna, donc, voudrait être l'amie de Minette. Sauf que Minette s'en fiche. Minette est une noire méritante accrochée à sa Bible. Minette ne veut rien à voir à faire avec cette histoire de militants pour la cause noire, les "Blacks panthers" et autres diables communistes. Minette va à la messe. Et ce n'est pas son problème les blancs qui aiment bien les noirs.

Si il y a une morale à ce roman, c'est que la haine se construit en douce. Mais, dans cet excellent Oates, je ne suis pas sûre qu'il y ait une morale. Sauf que, piégeux à souhait, comme souvent, les trahisons se tissent entre elles.

Du même auteur sur ce même blog :

Nous étions les Mulvanney

Zarbie les yeux verts

Les chutes

Délicieuses pourritures

 

 

 

 

13/05/2013

La répétition Eleanor Catton

repetition.jpgDès fois, le livre se rebelle à sa quatrième de couverture, et c’est le cas pour ce livre. Vu les quelques lignes à son dos, je suis dit, lecture facile, voire convenue, encore une histoire sur les affres de l’adolescence pas si innocente que cela, milieu petit bourgeois, USA, de nos jours, le vitriol de la critique du conformisme, la mise à nu de l’hypocrisie, et basta vite lu, voire déjà lu ( pourquoi dès fois, on choisit de se mettre dans cette position de lectrice, presque blasée, je me demande, enfin, je ne cause que pour moi …)

Bref, c’est cela et même temps, ce n’est pas du tout, du tout ça. D’abord parce la construction du roman est apprêtée comme une mise en scène, une répétition, ben oui, d’une pièce qui ne sera pas jouée, ou qui aurait pu être jouée, des vies possibles avec quelques coups de projecteurs et fondus au noir.

La pièce est resserrée autour de quelques personnages : des jeunes filles  dont deux sœurs, un jeune homme, deux professeurs de musique, chacun  joue sa partition pendant que des fantômes de parents s’agitent en arrière plan.

Le rideau se lève dans le studio de la prof de saxo, toutes les demi-heures, ses jeunes élèves défilent, elle les  orchestre, donne à certaines un solo, à une autre le sous-fifre. Un solo : celui d’Isolde, la sœur de Victoria, celle par qui le scandale est arrivé au lycée, elle qui a eu des relations  avec monsieur Saladin, le prof de musique du Jazz-Band des grandes. On parle même de viol. Enfin, les adultes parlent de viol ; les parents, les autres profs, le psy de service. Ils font des réunions pour parler de « ça », pour expliquer aux filles qu’il y a eu entorse aux règles et que ce n’est pas bien, du tout, du tout, que monsieur Saladin a abusé de son pouvoir et que c’est un grand méchant homme. Sauf que du côté des adolescentes, la faute n’est pas celle de monsieur Saladin mais celle de Victoria. Elles, elles le savent que Victoria y a pris plaisir, mais surtout, Victoria les a trahi, elles, en ne jouant pas le jeu attendu des confidences, des catimini, des fous rire entre ados. Victoria a joué un autre jeu, n’a pas suivi les règles de la transgression.

Isolde, la jeune sœur, assiste, entend et ne joue pas. Elle est la cadette, la suiveuse, elle ne pourra que rejouer la Première de sa sœur, toujours la première. Elle se confie à la prof de saxo, raconte les discours psy, sa sœur qui ne dit rien, son père qui raccommode « la situation » à gros points drolatiques. Ou plutôt, la prof de saxo lance sa sonde. Que veut-elle au juste ? On dirait un gros vampire tapi dans l’ombre, à attendre que ses élèves vivent par procuration son amour interdit …. De son histoire à elle, on n’a que des miettes, une ombre aussi, une autre femme.

Autre parcours, le jeune homme. En dehors de la sphère du lycée des jeunes filles et des cours de saxo, en  bas de l’immeuble, il y a une école de théâtre. Sélective, les profs y exigent un masochisme de tous les instants et ne rechignent pas à l’humiliation de leurs élèves, voire l’orchestrent, l’organisent…. En même temps désabusés de leur propre quête de la perle rare, ne craignent-ils pas la pépite qui feraient valdinguer leur système d’excellence ?

Stanley est le jeune homme, cette école, il veut y rentrer, il veut être acteur pour se faire voir, se faire voir lui, loin et proche de son père de pacotille, le psy sûr de lui qui lui fait des effets de manche au restaurant, entre deux blagues salaces  et provocations anti-relations père fils …

Que dire de ce roman ?

A rebrousse-poil, il est aussi passionnant que piqueté d’effets faits pour déranger, aussi artificiel que juste, aussi verbeux que bien écrit. Il est très intelligemment fait, cherche vos neurones, plus que vos sens et sentiments, écrit, construit, trop écrit, trop construit, sur une corde raide entre analyse et reconstitution orchestrée des tentatives de figurants pour avoir  une « vraie vie ».

 

Athalie

11/05/2013

La veuve Gil Adamson

imagesCATQLC80.jpgMa prêteuse préférée m’a dit en me le prêtant : « C’est le genre de livre que quand tu le lis, tu as envie d’aller te coucher le soir avec ». C’est vrai, du coup, je me suis recouchée dès le matin, voire dès l’après midi ( dans le canapé, quand même, il faut savoir dignité garder …)

Une histoire qui prend peu de chemins de traverse pour nous mettre dans les foulées  pressées et hagardes de la veuve. On court  derrière elle dès les premières phrases et on continue après, à l’aveugle, même quand elle ne sait pas où elle va, c’est devant, droit devant, malgré les détours et même quand les sentiers s’effacent sous ses pas, voire dans sa tête.

La veuve est veuve parce qu’elle vient de tuer son mari, et fuit à grandes enjambées parce que ses deux beaux-frères sont à ses trousses et qu’ils ne sont pas du genre compréhensifs : grands, rouquins, un regard de tueur qui en vaut deux avec leurs quatre yeux, ils parlent peu mais flairent la piste de leur vengeance avec la ténacité des taigneux.

Avant de partir de la cabane où git le corps de feu son mari volage, la veuve a pris le temps de se coudre sa robe noire de veuve. Elle a 19 ans et rien d’autre, elle est petite, elle est seule, elle est ignorante de tout, de la nature qui la voit passer, à peine alphabétisée, sauvage, et la tête remplie de voix et de visions qui l’égarent, parfois. Elle n’est pas folle. Seulement, elle a été élevée pour une autre vie ; entre son père, un ancien pasteur que la mort de sa femme a écarté de toute certitude et de toute tendresse, et sa grand-mère, qui l’ a entourée de servantes mais de peu d’affection. Ils l’ont laissée partir se marier avec le premier fier-à-bras venu qui disait qu’il avait un domaine, là-haut, pour elle.

Sauf que le domaine était une cabane, le mari un tyran d’égoïsme. La veuve est donc veuve et fuit dans sa robe, avec comme seule possession sa bible luxueuse, crayonnée de ses hiéroglyphes, et qu’elle ne sait que réciter. Elle traverse les paysages inconnus sans connaître la nature qui l’entoure et sans reconnaître les bonnes âmes qui se penchent sur son parcours : une vieille dame au domaine décrépi et à l’âme charitable, ne pourra la retenir bien longtemps. La veuve s’enfonce dans les montagnes, s’y perd et s’y meurt de faim avant que ce ne soit d’amour pour un autre oiseau rare : « le coureur des crêtes », l’homme qui fuit toutes compagnies…

Comme dans un road movie mâtiné de western ( un road movie à cheval, en quelque sorte, ou à pied quand la veuve perd ses montures ), on la suit sans que les étapes soient sûres, elle a un peu de refuges parfois entre des bras, ou sous les regards d’un indien, d’un pasteur-boxeur, un Nick Cave un peu débonnaire, des miniers, un nain, des vents glaçants, des forêts obscures, un glissement de terrain, de la crasse, de la sueur, des coins où elle reprend quand même son souffle, puis repart, toujours elle devant et nous derrière.

Un sacré souffle, et une belle course, avec des murmures de  Dalva et quelque chose aussi de Dina : une belle petite  veuve-courage bien trempée dans une encre épaisse de Canada, de grands espaces où les hommes sont rares mais ont la couenne âcre. Une silhouette de veuve moineau, pipe à la bouche, tenant bien serré la bride de sa dernière monture, la détente facile mais peu fiable quand même, que l’on regarde s’éloigner à regret … Si c’était au cinéma, faudrait rajouter un soleil couchant à la dernière scène.

 

Un grand merci A.M.

 

Athalie

30/04/2013

La griffe du chien Don Winslow

Le pavé est rude à avaler, 827 pages de réalités socio-politiques sans concession, une plongée en apnée dans les doubles jeux des USA et les narcotrafiquants sud-américains. A priori, pas vraiment pour moi, à la limite du docu-fiction, me disais-je, lestée par le poids du dit-pavé, plombée dès le premier chapitre par un bain de sang hyper réaliste, le coeur presque déjà au bord de l'écoeurement.

Le héros, si tant est qu'il puisse ainsi être dénommé, est Art. Ancien du Vietnam, il a déjà envoyé des hommes à la mort, les mains sales des opérations de nettoyage, il connaît. Métis, moitié américain, moitié mexicain, il pensait être du bon côté en s'engageant dans la lutte contre les narcos. Il pensait avoir un certain pouvoir, il va commencer par se faire rouler dans la farine. Il appartient à la DEA ( une sorte d'administration officielle chargé de s'occuper des méchants mexicains qui inondent les gentils USA de la "boue mexicaine"), et trouve sa hiérarchie bien peu efficace et timorée dans cette guerre larvée. Ce pourquoi il conclut en douce une sorte d'alliance avec Tio Barrera, membre éminent de la police mexicaine en façade, aussi vérolé qu'un canon à poudre en réalité. Croyant mettre fin à la culture du pavot, Art collabore à une gigantesque opération de destruction massive des champs cultivés (et aussi des personnes qui cultivaient, mais bon, là, c'est accessoire pour tout le monde ...) et croyant ainsi berner ses supérieurs qu'il trouve trop lymphatiques et hypocrites ( officiellement, il a été décrété que la "boue mexicaine" n'existe pas, que la police mexicaine s'en occupe de toute façon, et que donc, il n'y a pas de traffic, ni de "narcos"), Art ne fait rien que moins que de contribuer à la naissance d'un cartel, " La fédération", machine à inonder le marché de la drogue, encore plus puissante, efficace et redoutable que la précédente.

Les territoires de production vont être définis, famille Barrera en tête, Tio, El patron, Raul l'exécuteur, Adam, le comptable. Art va devenir seul contre tous, "le seigneur de la frontière" et mener sa propre guerre, sa vengeance, les deux ayant les mêmes visages, visages multiples et identiques du côté du Bien et du côté du Mal, ceux des mécanismes sanglants des pouvoirs politiques aux commandes. Plus rien d'humain là dedans.

La lecture est insoutenable et impossible à lâcher : c'est un roman excessif pour une réalité excessive qui vous saute à la gorge, explose par l'intensité de ce qui est démontré, l'Amérique Centrale comme un vaste terrain pour cynismes sans limites : les narcos vivent dans de vastes demeures, roulent dans les belles voitures, à ciel ouvert, tout est bon pour garder le pouvoir d'un côté, pour se voiler la face de l'autre. C'est un jeu de massacres où le Bien et le Mal ont les mêmes armes, où ils se combinent et s'entrelacent. C'est un jeu de poursuites sans aucune morale et d'intérêts où qui perd est mort et qui a gagné est mort aussi.

Art seul contre tous, cela est un peu gros, soit, d'autres figures passent et tiennent le romanesque : Nora, la call-girl au presque grand coeur, Callan, le tueur au sang froid mais yeux de biche, un prêtre humaniste, des exécuteurs qui avalent des pêches .... mais toujours le fil est sa guerre, sans répits. Et quand vous pensez en avoir assez lu, assez vu, assez compris, assez d'assister à des exécutions, des tirs en rafale qui laissent flotter les corps comme des objets de pacotille, et bien, ça recommence ... pour que la drogue se répande dans les veines rouillées des acros, et l'argent dans les poches de ceux qui se les remplissent.

Ce roman grouillant, pesant, tonitruant, je l'ai avalé, écoeurée, vidée, dégoûtée, révoltée, j'ai avalé jusqu'à la moindre balle tirée, jusqu'au moindre crâne éclaté, la moindre gorge tranchée, corps découpés. Je ne sais pas si je regarderai un reportage sur ce même sujet avec le même oeil écarquillé d'horreur, tant je me suis dit qu'il n'y avait que la littérature pour vous exposer à la figure la vérité avec une telle puissance de frappe.

Un grand merci à Ingannmic, qui a eu l'initiative de cette lecture commune, (et à Jean Marc qui en est à l'origine), lecture d'un indispensable coup de poing à côté de laquelle, du coup, la vision d'Ellory dans Les anonymes ou Vendetta, parait presque angélique ....

Gridou rejoint le choeur des louanges, à qui le tour ?

25/04/2013

Le roi transparent Rosa Montero

le roi transparent,rosa montero,roman,roman espagnol,roman historique,dans le chaos du mondeBien sûr, le titre fait inévitablement penser à Calvino et son "Chevalier inexistant", l'époque aussi, le Moyen Age, ses affres d'incertitudes sur son fond d'écran guerrier, le fracas des armures et le souci de qui il y a dedans. L'entreprise diffère cependant en plusieurs points ; par les formats, le Calvino est tout petit et celui-ci gros, sans être un pavé à réserver pour des vacances-liseuses, et le degré de fantaisie historique. Le Calvino en fait quasiment fi, Rosa Montero nous en fait un condensé.

Ou plutôt un concentré, un mitonné des meilleurs morceaux pour lier la sauce aventureuse à la quête mystique, la « queste » dirait Arthur si il était encore de ce monde (mais dans ce roman, c’est presque encore le cas, on entend son murmure), celle de Léola, l’héroïne mutante et bisexuée et aussi celle de sa complice, mi sorcière, mi fée libidineuse, Nynève, plus celle de quelques éclopés de l’époque, rencontrés sur leurs chemins, à elles deux, tortueux, dans un monde où les forêts brumeuses cachent d’autres secrets enfouis.

Ce roman est comme une toile tissée à la main, une tapisserie d’apparat aux pans parfois initiatiques, parfois échevelés, parfois érudits.

Quand le roman commence, dans la fureur qui semble sans fin des obscurs conflits seigneuriaux qui se règlent dans le champ voisin, à coup de masses d’armes et de jambes et bras coupés, Léola, son père et son frère courbent le dos le plus bas possible pour ne pas se faire voir, pliés sur une terre qui n’est pas la leur, permet à peine de se nourrir, à jamais grevés de leur servitude.

Tableau suivant, Léola et son Jacques, son promis d’épousailles prochaines, au bord de la rivière et des caresses … Elle a quelques rêves d’ailleurs, vagues, intangibles, lui non, mais ils n’auront pas le temps de leur divergences. La fureur des temps est décidement chevaleresque à souhait, et dur pour  les manants qui ne peuvent que subir les caprices de ceux qui se pensent plus grands qu’ils ne sont. Le père, le frère et le Jacques sont embarqués et Léola laissée à sa condition de fille serve, autant dire de proie.

Mais, en un temps, deux mouvements, la voilà homme et chevalier ; pour retrouver son Jacques, ( enfin, c’est ce qu’elle pense …), elle va croiser un maître à penser, celui qui veut mourir en gloire, puis sa fée, la guide aux jupes pansues, elle va apprendre le maniement des armes, faire ses preuves en tournoi « provinciaux », et arriver à la cour d’Aliénor. Rien que cela. Puis, enfin, chercher la paix de l’âme quelque part où la religion ne serait que tempérance. Autant dire qu’en ces temps de croisades frénétiques et de brulâges d’hérétiques, ce n’est pas gagné.

Le roman se fait fresque en bousculant, sans trop que cela se voit, la géographie et les temps historiques : Aliénor croise Héloïse et Fontevrault est un peu plus bas que la normale, mais quand on a, comme moi, des repères géométriques à géométries variables, ce n’est pas grave tant la lecture est goûtue et gouleyante.

J’oubliais le conte qui tue celui qui le raconte, ( donc, je n’en ferai rien), un maitre d’arme effrayant comme un ogre de carnaval, une princesse enfermée dans son donjon de haine dont les lèvres si douces sont si amères qu’on y risquerait pas sa bouche, et Avalon, comme un rêve d’idéal perdu par les hommes qui se redessine sur des murs de plus en plus étroits.

Un met de choix.

 

Athalie