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03/08/2009

La perfection du tir Mathias Enard

Dans cet été plutôt caractérisé par les pavés et la littérature pas française, un petit livre est sorti de ma pile prévue, un livre écrit par  un Français, et qui plus est, semble avoir le vent en poupe, puisque "Zone", sa dernière publication en date, a obtenu le Prix France Inter. Ce dernier roman, donc, qui était un pavé, je l'ai reposé sur la pile sous le nez de l'auteur (c'est toujours un geste pas terrible à faire, mais bon ...) et j'ai pris le petit d'à côté, du même auteur quand même, vu que j'étais devant lui au festival "Etonnants voyageurs", j'avais oublié de le dire.

Il faut dire que des pavés j'en avais déjà quelques uns dans le sac, dont un écrit par un Français. c'était prendre assez de risques comme ça ... ( le pavé écrit par un français qui dèjà dans le sac, c'est "Là où les tigres sont chez eux", génial, donc comme déjà dit, mais je ne le savais pas encore ...)
Entrouvert juste après ce très bon pavé, les premières pages de "La perfection du tir" m'ont fait un peu peur .... Je l'ai vite refermé pour ne pas avoir trop vite fait d'idées toutes faites (Ah ! les pauvres livres lus après un très bon, leur destinée est parfois injuste ! ). Méfiante, je suis donc repartie vers une autre de mes activités préférées de cet été, poncer et repeindre mes fenêtres.
Ce devoir à moitié accompli, (et le sentiment du devoir presque accompli, ça fait du bien et ça motive pour faire autre chose de pas terminé non plus), je m'y suis remise, au petit opus.

Bon, on est pas dans le grand, mais ça se lit. En tout cas, pas d'autofiction branle nouille comme j'en avais eu l'impression au départ. On est dans le même système de narration que dans "Les bienveillantes", c'est-à-dire dans la tête d'un tueur qui aime tuer, et même, pour qui tirer du haut d'un toit sur des inconnus est la presque unique raison de vivre. C'est un autre lieu, un autre moment que le livre de J. Littell (le conflit n'est pas vraiment situé d'ailleurs, mais la guerre de l'ex-Yougoslavie est clairement évoquée), et le narrateur est moins gênant pour le lecteur que celui de Littell. C'est un salaud, mais un salaud sans idéologie. Juste le goût de tuer. Pas celui de violer, c'est déjà ça, juste un peu celui de torturer, mais avec plus de réticence que les autres,  quand même, et cela permet de le suivre sans trop se sentir voyeur .... On suit, donc, mais sans vraiment non plus adhérer, spectateur d'horreurs qui ne concernent pas le narrateur, et du coup le lecteur, de peurs provoquées sans vraiment être menées.
L'écriture est sèche, convient au sujet, sûrement, mais bon sécheresse, point trop n'en faut ....
Il restera à lire "Zone", sans doute quand il sera en poche, parce que les pavés écrits par des Français, il ne faut pas en abuser non plus, je risquerai l'overdose. Et j'ai mes fenêtres à finir de poncer.

Athalie

10/07/2009

Là où les tigres sont chez eux, Jean Marie Blas de Roblès

images.jpgLà, c'est du lourd !!! Au sens propre d' un pavé de 700 pages, au sens propre encore, parce ce que ça brasse là-dedans .... Des personnages, du sens (parfois trop), des éruditions, des lieux, des époques, de la végétation, du politique, du social, du religieux, bref y'a de tout et beaucoup. Un "livre monde" dirait cet ampoulé de Michel Le Bris .... Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie de Roblès. D'abord, ça me disait rien, en premier parce que c'était le Prix Médicis et que les prix littéraires attribués à des auteurs français en général, ça sent le nombrilisme et le post nouveau roman transformé en une fade autofiction quinze mille fois déjà lue quand c'était encore "ce qu'il fallait avoir lu" (genre du temps où Houellebec passait pour un écrivain).
Mais 700 pages pour une autofiction, ça paraissait quand même beaucoup, et puis, il avait un air d'anti roman De Roblès, et puis une fois de plus entrainée par l'ambiance d'achat de notre festival du livre préféré, j'ai fait comme les autres A. et je me suis dit que ça pouvait être pas mal.
(Là où je suis pas peu fière, c'est qu'en plus, je l'ai terminé, le pavé d'érudition multi mondes).
Il y a le monde du moine moyennageux, le XVI-XVII européen, et le monde du journaliste quelque peu blasé, aveuglé à lui-même dans le Brésil aujourd'hui.
Deux personnages qui tiennent le fil entre les deux mondes, un fil parfois tenu, d'ailleurs, mais qui tient le choc dans l'ensemble.
Autour des fils, il y a les toiles : la bêtise, la corruption, le goût du savoir inutile, l'inutilité de l'érudition, le goût des livres malgré tout, la perte du goût des combats, personnels et politiques. Comme si tout avait déjà été fait et dit, que savoir ou vouloir savoir, ou paraître savoir, paralysait en fait, du moins dans le monde actuel, celui du journaliste qui vit au brésil, entouré de morts et de drames, morts et drames dont il ne voit d'ailleurs rien. Alors qu'il pense voir et savoir. Surtout savoir. (je sais pas si je suis claire, là ...)
L'objet de son travail est le moine moyennageux, qui lui, est montré comme ficelé dans une croyance tenace et dépassée dans la possibilité de comprendre le monde selon des schémas non rationels, l'anamorphose, l'analogie.... Et pourtant, me semble-t-il, c'est des deux, le seul qui réussit à agit et à construire, même mal, même de traviole, même bancal, il lui est donné un pouvoir sur les choses.
Quelle morale ? Je n'en sais rien, je ne suis pas critique littéraire, juste une simple lectrice de pavés. Juste assez curieuse pour goûter un peu de cette interrogation. Si elle existe vraiment dans le livre, d'ailleurs ....

Bon, aussi un peu ésotérique sur ce coup là ...

Athalie

02/12/2008

La chorale des maîtres boucher Louise Erdrich

Louise Erdrich est sans doute l'écrivain des amerindiens. Moi, je n'y connais rien aux amerindiens d'Amérique, enfin, pas plus que tout le monde en Europe 

image_12000985.jpg : l'injustice en tout cas, souvent très belle en littérature. Pour ne penser qu'à Dalva de Harisson. La tragédie historique donnerait-elle lieu à des chefs d'oeuvre littéraires ? ça se saurait. ça ne marche pas pour la Shoah, par exemple.ice terrible qui leur a été faite, et qui perdure sûrement, du fond de mon ignorance. Le paradoxe, c'est que la littérature sur leur misère est, dans ce que j'ai lu

Je n'ai lu que trois livres de Louise Erdrich. Le premier ne parle pas d'indiens. La chorale des maîtres bouchers raconte une immigration, celle d'un ancien soldat allemand de la première guerre mondiale dans l'Amérique de tous les possibles, celle du rêve encore intact et des chercheurs d'or, cet univers mythique des westerns glorieux. Dans ce livre, c'est plutôt La ruée vers l'or de Chaplin, pas encore Les temps modernes. Le personnage de l'ancien soldat, il est aussi boucher, il finira par faire son trou, son coin de petite réussite à lui dans un trou oublié de cette glorieuse Amérique, un coin perdu, justement. Pas tout seul, mais entouré de figures de femmes toutes plus fortes les unes que les autres, et de paumés, tous plus paumés les uns que les autres. Un bel envers du décor.
Ce livre, c'est encore une histoire de lectrice à "Etonnants voyageurs". Louise Erdich y était invitée, mais elle n'était pas là. (En fait, au fil des années, on se rendra compte qu'elle est toujours invitée et ne vient jamais : une fois, elle a sa fille à marier, l'autre son fils à soigner .... presque une joke du festival, faut dire qu'elle en a huit des enfants, ça fait encore plein d'idées pour ne pas venir ! )
Comme elle n'était donc pas là, donc, sur le plateau des invités, il n'y avait que son éditeur. Et il a lu la dernière page. Seulement la dernière page. Jamais une dernière page ne m'aura touchée à ce point. Dès fois, je la relis encore, seulement la dernière, et la magie fontionne encore.

Sur ce blog, du même auteur, Love médecine . A lire absolument, "La malédiction des colombes", pas de note ici, mais plein ailleurs ... A recommander aussi "Ce qui a dévoré nos coeurs", pas de notes ici non plus, mais d'autres ailleurs aussi ...