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01/06/2013

Knockemstiff Donald Ray Pollock

knock2.jpgToute la saleté, la crasse, la raclure, la merde, la bêtise, l'ennui, l'humiliation, le désespoir, la honte, la saloperie, l'ignoble, l'ignominie, la violence, la violence des trempes, à soi, aux autres, aux fils, aux pères, aux pères par les fils mais surtout aux fils par les pères, aux filles, aux mères, à ceux qui restent, qui s'enfoncent, qui s'engluent, toute cette fange, cette lie boueuse à n'en plus pouvoir d'être fangeuse, s'est concentrée sous le scalpel de Pollock à Knockemstiff. Et, ce n'est pas beau à voir, les cloaques de l'Amérique profonde des laissés pour compte, des sans voix, des sans repères, des oubliés de la terre. Je n'ai jamais lu Dante, mais les cercles de l'Enfer, version rock and roll à la Nick cave, c'est par ici que ça se passe. Pas beau à voir et une claque à lire pour le lecteur (Jérôme), et la lectrice (moi, après "Le diable tout le temps") qui aiment se frotter l'esprit au papier émeri numéro 10, double face, s'il vous plait.

"Knockemstiff" est un recueil de dix huit nouvelles ( publiées aux USA avant "Le diable tout le temps"). Ce sont des nouvelles cul-de-sac, qui ne mènent à rien, ne mènent nulle part ses personnages rebuts, menés eux par un sexe de pulsions, soutenu par n'importe quelle substance avalée pourvu qu'elle détruise le peu d'humain qui restait dans ces sacs à viande. Et certains terriblement, si terriblement touchants, pourtant ...

" La vie en vrai" ouvre le bal des vampires : une famille tente une sortie au cinéma en plein air de la ville. Travelling avant en cinémascope, ouvrez les papilles .... : " Le bâtiment en parpaings au milieu du drive grouillait de mode. Le projecteur faisait un raffut pas possible juste devant, le stand à confeseries était au milieu, et les chiottes à l'arrière. Dans les toilettes, une rangées d'hommes et de gamins était alignée, la bite sortie au-dessus d'un longe auge en métal peinte en vert. Ils regardaient tous droits devant eux un mur couleur de boue."

La seconde "Dynamite Hole" pulvérise la moindre trace de ce qu'il pouvait rester encore de la pureté d'une petite fille.

Après, il y a l'histoire de l'amoureux de Tina Elliot, la pin-up du coin, un truc maquillé à la poupée barbie pour ploucs, le short très court et le tee shirt au slogan aussi romantique que méditatif " Fais-le à ton voisin et tire-toi".... Une ultime séance photo dans la station service et la belle se tire avec son prince charmant vers son rêve d'ailleurs, une caravane au bord d'un champ de pérole au Texas. L'amoureux reste. Amoureux de sa fée, même si si tous les péquenots du coin lui était passés dessus, à sa fée. C'était son rêve à lui, Tina.

Et cela continue. Dès fois, j'aurais bien aimé ne pas commencer l'histoire suivante, ou ne pas aller vers la fin de celle qui commençait. Pas bien, mais quand même ...  " On achève bien les chevaux" à la sauce Tabasco déliquescent, sperme à gogo, came et alcool. Le décor est toujours le même, mobil home, tôle, banquettes de drive ouvert la nuit, banquettes de vieilles voitures abandonnées, banquettes de vieilles voitures où une vieille tante ramène sa conquête du soir, matelas tâchés.

Plus personne ne tient debout là-dedans, les pères s'effritent, les mères s'oublient, pâles fantômes frappés, les ados se cognent aux paluches trop attentionnées des routiers alors qu'ils voudraient s'enfuir des tôles et des trempes de ces hommes brisés dans les veines desquels ne coulent que bière, rage et rancoeur, qui n'aiment pas ceux de leurs fils qui ne se coulent pas dans leur propre naufrage.

La dernière nouvelle "le dernier round", laisse juste filtrer une lumière rase, face à un père qui ne survit que par la haine, tenu à sa pitoyable survie par des tuyaux et une télé qui hurle des matches où les noirs perdent, ce qui lui permet de se penser en race supérieure, tuyaux dans le nez et bière à la main, la dernière phrase dit : "Le combat était presque fini". "presque", ça laisse un goût de presque victoire, un sens à donner au manège des bêtes brutes qui tournent en rond dans l'espace qui leur a été laissé par la misère.

 Je ne sais pas. Mais si Donald Day Pollock continue à me fiche des claques comme celle-là, je vais finir par avoir de vrais bleus à l'âme.

 

 

 

29/05/2013

Fille noire fille blanche, Joyce Caroll Oates

0ba0cd4302a62993bbb9e328bc6fd86b.jpgCe pourrait être un livre sur la ségrégation, le racisme dans une université américaine, après la guerre du Vietnam, dans le temps des repentances bien pensantes. Ce pourrait être un roman sur l'histoire de deux jeunes filles, une blanche, une noire, une amitié interaciale qui transcenderait les clivages sociaux, parce que la blanche est riche et super intello de naissance et que la noire est pauvre et super méritante de naissance, forcément. ça se finirait en tragédie, normal, et on aurait les larmes aux yeux de l'âme révoltée de tant d'injustice de la méchante société américaine, normal. Ce pourrait, sauf que c'est Oates qui écrit, alors forcément, c'est plus tordu.

D'abord, la blanche, Genna Meade, est l'arrière petite fille de Generva Maede, une héroïne ( des blancs) de la lutte contre l'esclavage ( des noirs), et de M. Elias Meade, shaker militant droit et honnête de la même cause des gens de couleurs. Droit et généreux et riche, il a fondé l'université de Shyler, celle où étudie son arrière petite fille ( mais en tout anonymat) et où le raciste n'existe pas, officiellement. Une université haut de gamme qui offre, forcément, des bourses d'étude aux jeune filles noires, issues de milieu modeste, forcément.

Minette Swiftt en est une  ( de pauvre méritante, je veux dire) et Genna partage la même chambre que Minette. Gena voudrait bien être amie avec Minette, parce que Genna a été élevée comme cela, il faut être amie avec les noirs, les exclus. Il ne faut pas profiter des privilèges de sa classe sociale blanche. Ces privilèges sont honteux, établis par le système faschiste américain. C'est son papa qui le lui a dit. Et son papa, il s'y connait en dénonciation du système faschiste américain. Et Genna y croit.

D'ailleurs, la preuve, c'est même sans savoir que sa future camarade de chambre était noire que Genna lui a laissé la meilleure partie de la chambre commune, celle avec la grande fenêtre, et la porte qui ferme, entre elle et sa volonté d'amitié et Minette qui n'en veut pas, toute communication. Elle applique, avec conviction les préceptes parentaux. Ceux de l'avocat Mac Meade, l'engagé volontaire des causes perdues, celles des activistes américains des activités anti américaines au Vietnam, et celles de Mad Max, le même père, en version life, celui qui n'est jamais là mais délivre au téléphone ses leçons de morale, ses psaumes révolutionnaires tout en alignant de blondes assistantes.

La mère de Genna s'est éteinte en un demi sommeil, celui d'une hippie sur le retour qui a trop abusé des "substances", un retour d'âge aux cheveux comme aux tenues trop voyantes, qui tangue dans les allées d'un super marché comme d'autres sur un navire à l'assaut d'un nouveau monde.

Genna, donc, voudrait être l'amie de Minette. Sauf que Minette s'en fiche. Minette est une noire méritante accrochée à sa Bible. Minette ne veut rien à voir à faire avec cette histoire de militants pour la cause noire, les "Blacks panthers" et autres diables communistes. Minette va à la messe. Et ce n'est pas son problème les blancs qui aiment bien les noirs.

Si il y a une morale à ce roman, c'est que la haine se construit en douce. Mais, dans cet excellent Oates, je ne suis pas sûre qu'il y ait une morale. Sauf que, piégeux à souhait, comme souvent, les trahisons se tissent entre elles.

Du même auteur sur ce même blog :

Nous étions les Mulvanney

Zarbie les yeux verts

Les chutes

Délicieuses pourritures

 

 

 

 

13/05/2013

La répétition Eleanor Catton

repetition.jpgDès fois, le livre se rebelle à sa quatrième de couverture, et c’est le cas pour ce livre. Vu les quelques lignes à son dos, je suis dit, lecture facile, voire convenue, encore une histoire sur les affres de l’adolescence pas si innocente que cela, milieu petit bourgeois, USA, de nos jours, le vitriol de la critique du conformisme, la mise à nu de l’hypocrisie, et basta vite lu, voire déjà lu ( pourquoi dès fois, on choisit de se mettre dans cette position de lectrice, presque blasée, je me demande, enfin, je ne cause que pour moi …)

Bref, c’est cela et même temps, ce n’est pas du tout, du tout ça. D’abord parce la construction du roman est apprêtée comme une mise en scène, une répétition, ben oui, d’une pièce qui ne sera pas jouée, ou qui aurait pu être jouée, des vies possibles avec quelques coups de projecteurs et fondus au noir.

La pièce est resserrée autour de quelques personnages : des jeunes filles  dont deux sœurs, un jeune homme, deux professeurs de musique, chacun  joue sa partition pendant que des fantômes de parents s’agitent en arrière plan.

Le rideau se lève dans le studio de la prof de saxo, toutes les demi-heures, ses jeunes élèves défilent, elle les  orchestre, donne à certaines un solo, à une autre le sous-fifre. Un solo : celui d’Isolde, la sœur de Victoria, celle par qui le scandale est arrivé au lycée, elle qui a eu des relations  avec monsieur Saladin, le prof de musique du Jazz-Band des grandes. On parle même de viol. Enfin, les adultes parlent de viol ; les parents, les autres profs, le psy de service. Ils font des réunions pour parler de « ça », pour expliquer aux filles qu’il y a eu entorse aux règles et que ce n’est pas bien, du tout, du tout, que monsieur Saladin a abusé de son pouvoir et que c’est un grand méchant homme. Sauf que du côté des adolescentes, la faute n’est pas celle de monsieur Saladin mais celle de Victoria. Elles, elles le savent que Victoria y a pris plaisir, mais surtout, Victoria les a trahi, elles, en ne jouant pas le jeu attendu des confidences, des catimini, des fous rire entre ados. Victoria a joué un autre jeu, n’a pas suivi les règles de la transgression.

Isolde, la jeune sœur, assiste, entend et ne joue pas. Elle est la cadette, la suiveuse, elle ne pourra que rejouer la Première de sa sœur, toujours la première. Elle se confie à la prof de saxo, raconte les discours psy, sa sœur qui ne dit rien, son père qui raccommode « la situation » à gros points drolatiques. Ou plutôt, la prof de saxo lance sa sonde. Que veut-elle au juste ? On dirait un gros vampire tapi dans l’ombre, à attendre que ses élèves vivent par procuration son amour interdit …. De son histoire à elle, on n’a que des miettes, une ombre aussi, une autre femme.

Autre parcours, le jeune homme. En dehors de la sphère du lycée des jeunes filles et des cours de saxo, en  bas de l’immeuble, il y a une école de théâtre. Sélective, les profs y exigent un masochisme de tous les instants et ne rechignent pas à l’humiliation de leurs élèves, voire l’orchestrent, l’organisent…. En même temps désabusés de leur propre quête de la perle rare, ne craignent-ils pas la pépite qui feraient valdinguer leur système d’excellence ?

Stanley est le jeune homme, cette école, il veut y rentrer, il veut être acteur pour se faire voir, se faire voir lui, loin et proche de son père de pacotille, le psy sûr de lui qui lui fait des effets de manche au restaurant, entre deux blagues salaces  et provocations anti-relations père fils …

Que dire de ce roman ?

A rebrousse-poil, il est aussi passionnant que piqueté d’effets faits pour déranger, aussi artificiel que juste, aussi verbeux que bien écrit. Il est très intelligemment fait, cherche vos neurones, plus que vos sens et sentiments, écrit, construit, trop écrit, trop construit, sur une corde raide entre analyse et reconstitution orchestrée des tentatives de figurants pour avoir  une « vraie vie ».

 

Athalie

11/05/2013

La veuve Gil Adamson

imagesCATQLC80.jpgMa prêteuse préférée m’a dit en me le prêtant : « C’est le genre de livre que quand tu le lis, tu as envie d’aller te coucher le soir avec ». C’est vrai, du coup, je me suis recouchée dès le matin, voire dès l’après midi ( dans le canapé, quand même, il faut savoir dignité garder …)

Une histoire qui prend peu de chemins de traverse pour nous mettre dans les foulées  pressées et hagardes de la veuve. On court  derrière elle dès les premières phrases et on continue après, à l’aveugle, même quand elle ne sait pas où elle va, c’est devant, droit devant, malgré les détours et même quand les sentiers s’effacent sous ses pas, voire dans sa tête.

La veuve est veuve parce qu’elle vient de tuer son mari, et fuit à grandes enjambées parce que ses deux beaux-frères sont à ses trousses et qu’ils ne sont pas du genre compréhensifs : grands, rouquins, un regard de tueur qui en vaut deux avec leurs quatre yeux, ils parlent peu mais flairent la piste de leur vengeance avec la ténacité des taigneux.

Avant de partir de la cabane où git le corps de feu son mari volage, la veuve a pris le temps de se coudre sa robe noire de veuve. Elle a 19 ans et rien d’autre, elle est petite, elle est seule, elle est ignorante de tout, de la nature qui la voit passer, à peine alphabétisée, sauvage, et la tête remplie de voix et de visions qui l’égarent, parfois. Elle n’est pas folle. Seulement, elle a été élevée pour une autre vie ; entre son père, un ancien pasteur que la mort de sa femme a écarté de toute certitude et de toute tendresse, et sa grand-mère, qui l’ a entourée de servantes mais de peu d’affection. Ils l’ont laissée partir se marier avec le premier fier-à-bras venu qui disait qu’il avait un domaine, là-haut, pour elle.

Sauf que le domaine était une cabane, le mari un tyran d’égoïsme. La veuve est donc veuve et fuit dans sa robe, avec comme seule possession sa bible luxueuse, crayonnée de ses hiéroglyphes, et qu’elle ne sait que réciter. Elle traverse les paysages inconnus sans connaître la nature qui l’entoure et sans reconnaître les bonnes âmes qui se penchent sur son parcours : une vieille dame au domaine décrépi et à l’âme charitable, ne pourra la retenir bien longtemps. La veuve s’enfonce dans les montagnes, s’y perd et s’y meurt de faim avant que ce ne soit d’amour pour un autre oiseau rare : « le coureur des crêtes », l’homme qui fuit toutes compagnies…

Comme dans un road movie mâtiné de western ( un road movie à cheval, en quelque sorte, ou à pied quand la veuve perd ses montures ), on la suit sans que les étapes soient sûres, elle a un peu de refuges parfois entre des bras, ou sous les regards d’un indien, d’un pasteur-boxeur, un Nick Cave un peu débonnaire, des miniers, un nain, des vents glaçants, des forêts obscures, un glissement de terrain, de la crasse, de la sueur, des coins où elle reprend quand même son souffle, puis repart, toujours elle devant et nous derrière.

Un sacré souffle, et une belle course, avec des murmures de  Dalva et quelque chose aussi de Dina : une belle petite  veuve-courage bien trempée dans une encre épaisse de Canada, de grands espaces où les hommes sont rares mais ont la couenne âcre. Une silhouette de veuve moineau, pipe à la bouche, tenant bien serré la bride de sa dernière monture, la détente facile mais peu fiable quand même, que l’on regarde s’éloigner à regret … Si c’était au cinéma, faudrait rajouter un soleil couchant à la dernière scène.

 

Un grand merci A.M.

 

Athalie

04/05/2013

La coquetière Linda D. Cirino

nos_oeufs_de_poules_marans.jpgEst coquetière celle qui élève des poules pour que les poules pondent le plus d'oeufs possibles, de la meilleure qualité possible, suivant les règles de l'hygiène et de la perfection à atteindre. Eva est coquetière, et qui plus est, en des temps de perfection raciale à atteindre et d'hygiène de penser à respecter. Les poules doivent pondre des oeufs comme d'autres des enfants à embrigader.

Sauf qu'Eva ne sait pas en quel temps elle vit, ni auprès de qui, ni trop où, sauf dans sa ferme qu'elle tient même pas proprette, elle n'en a pas le temps, ni la conscience. En fait, Eva n'a pas conscience de grand chose, elle est née paysanne, elle a pondu deux enfants, elle est une sorte de brume opaque. Eva n'a pas d'amis, ni d'amours. Juste un mari qui, un jour, part à la guerre, deux enfants, formatés dans leur époque, eux. C'est le début de la seconde guerre, la mise en place des lois d'exclusion, qui ne concerne pas que les poules, mais cela, Eva ne le sait pas.

Eva a les pieds dans la fiente, tire de l'eau de l'eau du puits, nourrit les poulets, fait de la soupe des épluchures qui restent des légumes épluchés la veille pour la soupe, et écoute caqueter le soir ses deux enfants embrigadés dans la J.H qui la prennent pour quantité négligeable, le parti d'abord, la ferme après. Sans regard, sans yeux et sans oreilles, Eva peine. Parce que de tout temps les comme elle ont peiné et se sont endormis sous la couette au côté d'un homme aussi oublieux de tendresse que de conscience, aussi. Ecrasés par le devoir de continuer la même chose le lendemain. Pour les enfants, le dévouement est pour la mère patrie et l'ambition de servir la J.H, pas pour la coquetière, la mère qui les nourrit, un peu par habitude, il faut bien les dire.

C'est alors qu'arrive Nathanaël dans le poulailler. Loin d'un coq de basse cour, il est fuigitif, évadé d'un camp où il a tué pour survivre. Ses lunettes sont cassées, il échoie à la coquetière comme un poussin de conscience. Il la touche, elle s'embrase. Toujours dans le poulailler confiné, il ne lui ouvre pas que les sens, mais aussi la réalité . Et petit à petit, après les élans du corps, il va lui ouvrir celles du coeur. De petits mensonges en grandes cachotteries, Eva devient experte de la résistance dans l'ombre, entre marché, couvent et visites de l'inspecteur du respect du plan des cadences imposées pour le bien de la patrie, elle réalise que dans le filet, il y a des mailles, qu'elle peut en jouer pour les en sortir, peut-être pas elle, mais au moins Nathanaël, le cadeau surprise (toujours confiné au poulailler, ceci dit ...)

Malgré quelques longueurs et répétitions, une fin plutôt prévisible, et quelques invraisemblances au romantisme d'un amour naissant et très érotique ( dans l'idée, s'ébattre dans la fiente quand ce n'est pas un choix pervers, peut paraître tomber quelque peu à plat, quant au coup du trongon de chou qui écarte les poules des ébats amoureux, il m'a laissée, dubitative, pour le moins), " la coquetière" est néanmoins un roman qui attaque cette période historique sous un angle innatendu, celui de l'aveuglement involontaire qui révèle l'engrenage, les invitations se font obligations, moyen de contrôle et de surveillance, puis de répression larvés.

On ne croirait pas qu'il se passe tant de choix dans un oeuf.

 

Athalie

 

 

 

 

 

 

16/04/2013

Méfiez vous des enfants sages Cécile Coulon

Araign%E9e%20g%E9ante.jpgD'abord, un livre très très bien écrit, un vrai style, genre ... je ne sais pas en fait ... travaillé ? pas ampoulé mais riche ? stylistiquement artistique ? Un style qu'on lit bien quoi, qu'on reconnait, pas qu'on a déjà lu, je ne veux pas dire cela, mais plutôt le genre dont on se dit qu'on le reconnaitra, quand on lira un autre livre de Cécile Coulon.

L'enfant sage, c'est Lua, qui va avoir une araignée dans la tête à cause de son père qui a fait une fois des heures sup d'étude d'insecte dans son bureau de la maison et qui a oublié de fermer la boite. Mais l'histoire commence par celle de la mère de l'enfant sage, Kérie, enfant sage elle-même, puis étudiante, qui plaque sa petite ville et son pas grand chose d'expériences sages pour aller en trouver d'autres à Saint Frisco, qui se révéleront quasi aussi sages, d'ailleurs.

C'est très bien écrit, c'est écrit pas sage, avec plein de sensations qui affleurent la peau comme des rayons de soleil couchant sage sur un fond de Beach Boy. Très réussi.

Le père de Lua apparaît au coin d'un retour dans la petite ville, au détour de la gare des autobus. Réglé comme un métronome suisse, bien que d'origine suédoise (je ne suis pas sûre que les métronomes suédois soient bien côtés, ce pourquoi, je précise, même si cela n'a aucune importance dans l'histoire) et avec lui, c'est toujours la même musique. Sauf pour le coup de l'araignée dans la tête à laquelle il ne va rien comprendre.

Parce qu'entre temps Kerrie et lui ont eu Lua. Et Lua n'est pas pas vraiment sage ( à mon avis, et sans vouloir psychanalyser à outrance un point romanesque, mais les rideaux rouges accrochés dans la chambre d'enfant et qui font des reflets sanglants sur les murs, ce n'était peut-être pas la meilleure idée qui soit, moi, j'ai mis des roses, mais moi, c'est en vrai, donc ça ne compte pas)

Et puis, en face, dans la maison toute pourrie, il y a Eddy, une sorte de clochard céleste qui joue du rock and roll en faux avec un manche à balai et boit des bières en solitaire. Eddy devient le vrai grand copain de Lua, le complice, voire l'instigateur de ses premières turpidudes, ses arnaques de réglisse qu'elle revend aux ignares paysans lors de tournées dominicales à vélo ( et là, moi, je me dis mais que font les parents de l'enfant sage ? Comme c'est toujours aussi bien écrit, je me sens totalement stupide de me laisser effleurer par ce cartisianisme de mauvais aloi qui n'a pas lieu d'être, et me dis "concentre-toi, Athalie, concentre-toi", le style, rien que le style savoure et ferme ta boite à araignées à toi, d'abord avant de t'occuper de celle des autres)

Sur l'araignée, quand même, il y a des pages scotchantes sur l'irrationnel parfaitement rationnel des terreurs enfantines. et sur l'enfance solitaire qui cache les secrets de sa vraie terreur à des parents trop lisses pour en être vraiment. Le père a lâché l'araignée, et la mère n'a jamais arrêté le chocolat noir, je me répète, ça doit être psychanalytique cette histoire, et c'est très bien écrit pour un truc de psychanalyse romanesque.

 

Athalie

 

06/04/2013

Les oreilles de Buster Maria Ernestam

Picture in Fichier bribes.jpgEva a sept ans quand elle décide de tuer sa mère, ce qu'elle fera dix ans plus tard. C'est la première phrase du roman, donc, c'est comme si je n'avais rien dit, puisque c'est la première phrase qu'écrit la narratrice dans son journal intime, bien des années plus tard.

Eva a alors cinquante six ans, un compagnon attentif à ses défauts, une fille adulte en plein divorce mais ce n'est pas ça faute, des petits enfants plutôt judicieux, surtout la petite qui lui a offert le fameux journal intime, une roseraie en pleine floraison (Eva adore les roses, les pétales de rose et les variétés qui embaument et piquent à la fois, on comprendra pourquoi après, évidemment), des amies fidèles ( dont une trop grosse et l'autre qui parle trop, de frustration les deux atteintes), et une vieille femme acariâtre et tyrannique qu'Eva doit protéger de ses propres démons (vieille dame détestée par sa fille, vieille dame qui a fait du mal à sa fille, fille qui se venge, vieille dame qui ne se repent même pas, mise en abyme ne pas s'abstenir ...)

On revient en arrière à peu près un chapitre sur deux pour reprendre l'histoire d'Eva à ses débuts, dès la première saloperie que lui a fait sa mère, à la dernière, celle où elle va clouer le bec définitivement à la vipère. C'est un peu comme dans un conte normal, sauf que la mère est la marâtre.

Jeune, belle, élégante, la mère d'Eva est cruelle, caractérielle, exigeante, capricieuse, vorace, égocentrique, méprisante, surtout. Elle travaille dans le monde de la mode, superficielle et fêtarde, elle aime les cadeaux de prix, les hommages à un dévouement en échange de ses sacrifices à une vie de famille qui l'ennuie, dont elle se débarasse. La belle (mère ?) se vit en martyre de sa fille, la petite Eva qui l'adore de sa face blanche et la déteste de sa face noire, qui l'admire et voudrait tant en être aimée, mais la mère se dit martyre de cette fille si peu conforme à ses désirs, de la vie domestique qui l'oppresse et lui ôte toute liberté. Le père d'Eva vit à la botte des exigences de sa femme, lui passe désamour et caprices. Rien n'y fait, une accalmie durement payée succède à une hystérie survoltée. Le genre de mère qui vous taille un Noël en pièce pour un cadeau mal placé.

Les trahisons d'amour se succèdent pour Eva, du renvoi de sa jeune gouvernante tant aimée, Britta, au refus d'un hamster, les brimades fusent comme des blessures à froid. Eva se dit ne plus avoir le choix, c'est elle ou elle. Il faut tuer la bête immonde, et c'est qu'elle l'est immonde, la mère, si bien qu'Eva, on la comprend, on est de son côté. Même quand elle commence son entrainement à la cruauté, à coup d'araignées, d'escargots, puis y passe le chien du voisin, puis la profde musique paumée, puis le copain fêtard de la mère à la quequette nostalgique (le pauvre, quand même ...).

La stratégie d'entrainement de la fillette au meurtre de sa propre mère est plutôt réjouissante, paradoxalement, malgré les quelques longueurs de la vie d'Eva adulte vieillissante, quand même bien plate dans son village à l'écart de l'amour, et ses tentatives de rédemptions auprès de la vieille femme que sa fille n'aime pas et de son compagnon (toujours attentif), et de ses amies, celle qui ne maigrit pas et celle qui chasse son mari silencieux pour ne plus parler autant, et de l'épicier arabe qui était bien gentil et des rêves de l'homme noir qui la hante parfois, la Eva.

Mais finalement, un moment ma lecture a crissé des freins, le meurtre de sa mère ne tenait plus dans le parfum des roses et le goût du thé, le doux écoutement du temps d'une presque mamie à la rédemption quelque peu faiblarde et avec facilités traitée.
Une lecture agréable quand même , mais en demi teinte : cause pour moi, ça manque de tragique qui fasse boum, pas bling.

 

Athalie

 

 

 

 

30/03/2013

Virgin suicides, Jeffrey Eugenides

virgin suicides, jeffrey Eugenides,romans,romans américains,famille je vous haisUne histoire de filles racontée par des garçons : d'eux on ne saura pas grand chose, et d'elles, ma foi, de quoi alimenter leurs fantasmes à eux. Ils ne semblent ne jamais les quitter des yeux et du coeur, et on ne saura jamais qui ils sont, voisins-voyeurs d'une intimité qui les trouble, à laquelle ils n'auront que peu accès, même quand les filles les piègent et semblent se révéler enfin pour leur perte. Ils racontent leur collection d'images et d'objets, des reliques sales, froissées, qui s'émiettent : un savon fleuri, une brosse, une vignette de la vierge, une sandale ... Des reliques recupérées qui ne prouvent plus rien, d'un mystère qui les hante. Lequel ?

Les cinq filles Lisbon sont presque belles, en tout cas, belles en groupe, en fusion, même en déliquescente virginale ... Par ordre de disparition, Cécilia, "la folle mystique" aux poignets bandés qui s'y reprendra à deux fois pour quitter la scène, un an après, ce sera Bonnie, sans doute, puis Thérèse, peut-être, et Lux, dans la même nuit et Mary, un peu plus tard mais pas beaucoup.

Les cinq filles Lisbon sont trop bien gardées, les chiens de berger sont le père, professeur ridicule à la voix geignarde et haut perchée, et surtout la mère, dont on peut se demander si elle a un jour, je ne dis pas aimer, mais seulement regarder, écouter, caresser ses filles où si dès le départ, elle ne les destinait pas au sacrifice. Ce ne sont pourtant pas des blancs agneaux qu'elle néglige mais ses filles à la féminité étouffée, ou étouffante ? Elle se répand dans la maison où les filles sont plus ou moins cloitrées avant d'y être enfermées, cette féminité excessive s'épend à travers les interstices des barrières morales. Les filles s'amusent, (mais s'amusent-elles vraiment ? ou s'expriment-elles ainsi, par codes, par signaux ...) à envoyer leur père acheter des tampax par kilos, elles se maquillent en cachette, prennent des bains à foison, puis plus aucun, sèment le trouble, ont-elles le choix ? ... Elles tentent des trucs pour exister, les ondes radio dans le vide, les vinyls à tue-tête, elles n'ont pas de lignes, que des interdits. La mère ne couve pas les poussines, elle les cadenasse.

Le roman suit donc une année de leur vie, la dernière, du premier suicide au dernier. Peu d'éléments pour les comprendre :  une fête lugubre, donnée pour Cécilia, un moment où nos narrateurs pourront les regarder d'un peu plus près, presque sentir l'odeur énervante de leur vie confinée, la fête du lycée, où, de loin, ils les verront approchées par d'autres, ce sera un très bref moment de liberté, leur première autorisation de sortie, et leur dernière, dans leur robe immature engoncées.

Un an pendant lequel les garçons d'en face collectent ce qu'ils peuvent de ces vierges qui leur sont innaccessibles (même la ténébreuse Lux ne leur accordera pas une minuscule de ses faveurs dont elle est pourtant prolixe aux étrangers de passage sur le toit de la maison familiale qui s'obscurcie ...) : une lumière derrière une fenêtre, une main, un visage aperçu, une sortie de l'une ou de l'autre sous la véranda, les narrateurs s'inventent les filles, parfois confondues ou interchangées dans un amour collectif par procuration, en quête de traces d'odeurs, de textures de peau, de formes de visages, de bout de genou entreparçu sous un kilt presque encore enfantin.

Un roman troublant, qui n'apporte aucune réponse à l'opaque adolescence.

Un seul bémol, mais qui ne tient pas au texte, pour qui a vu, comme moi, le génialissisme film de Sofia Coppola, les images se superposent. Du coup, les filles sont forcément blondes, rien à faire pour m'enlever ça de la tête !

 Et tout et rien à voir (quoique ...) , j'en profite pour ajouter un lien vers la note vraiment pertinente, à mon sens, d'Ingannmic sur "Il faut qu'on parle de Kévin", tant qu'on est dans le trouble, restons-y  .... et rajouter "Middlesex" du même auteur dans mes livres à lire ...

26/03/2013

Vie animale Justin Torres

justin torres,vie animale,romans,romans américains,famille je vous haisUn livre qui fait tout pour être vite, très vite lu, et comme il n'est pas bien gros, il faut lui résister, pour le faire attendre un peu et bien de le déguster, mais ce n'est pas facile ( moi, je n'ai pas vraiment réussi)

Dans une famille quelque part dans une grande ville américaine, une famille porto ricaine, sans doute, pauvre, ils sont trois frères quasi livrés à eux mêmes, les parents font tout de travers, même les aimer, même s'aimer, parfois, se déchirer, jurer sur leur sort de déshérités et y retourner toujours.

Des trois frères, le narrateur est le plus jeune, le plus jeune de cette fratie animale, dont l'écriture rend une force brutale, une sorte d'incandescence urgence à se rouler dessus comme à être ensemble, trois frères ...: "Quand était trois frères (...), on était le nombre sacré de dieu

Ma et Paps se sont trouvés bien jeunes parents, Ma est un peu folle, un peu fragile,  Ma n'a pas toujours le sens de l'ordre du temps, Ma confond les rôles, Paps est violent, Paps rage, Paps tourne en cage. Elle laisse les chiots que sont ces fils s'ébrouer, lui tente parfois de les mater quand il ne se met pas à les laver frétiquement, comme pour rattraper un amour. Les chiots s'ébattent, se griffent, se mordent, les mordent, parfois, quand ils le peuvent. Mais " Quand était trois frères, on était le nombre sacré de dieu", " Quand on était trois frères, on était mousquetaires", " On était les trois boucs qui traversent le pont".

Le roman se construit sur des scénettes rapides : début, milieu, fin d'une petite histoire tendre ou, et cruelle, ou tout en même temps mélangé, entre eux les trois, les quatre, les parfois cinq, pour un temps bref d'accalmie. Paps achète un pick-up pour la frime, Ma hurle, et la famille s'en va rouler dans la nuit fraternelle, Paps s'en va, Ma laisse le téléphone sonner jusqu'à leur en casser les oreilles, Ma rêve d'Espagne et ne va pas plus loin que le bout de la rue. Paps tente veilleur de nuit, Ma rentre ivre et s'occupe de ses orteils ...

Rien ne semble pouvoir bouger dans cette bulle de rancoeur et d' échecs, jusqu'à ce que, le narrateur ne lève le voile, leur avenir ne sera pas le sien, il rompt la bulle, on comprend que ce sera cher payé.

 

Athalie

 

 

16/03/2013

Paris-Brest Tanguy Viel

imprEcranZoomPlan.jpgDepuis que A.M. a confié que Tanguy Viel était son nouvel Echenoz, il fallait que j'en ai le coeur net : avais-je oui ou non lu "L'absolue perfection du crime" ? Le fait que ce livre se trouve depuis des mois sur mon étagère des "pas encore lus" n'étant pas un critère fiable, vu que que je sais bien qu'avant il était dans les "déjà lus", mais que je l'ai déménagé parce que je n'en avais aucun, mais alors, aucun souvenir ... finalement, j'ai laissé tomber la résolution de l'énigme et j'ai pris "Paris Brest" parce que là j'étais sûre.

Résultat : c'est pas mal Tanguy Viel, un peu posé-poseur, et quelque chose d'Echenoz dans l'écriture qui finit par cerner l'histoire, minimale, l'histoire, en surface du moins, parce que en dessous l'inconscient grouille grave .

A neuf ans, le narrateur voulait être footballeur ou écrivain. Du jour où il a compris que le F de son équipe de poussins était un classement par le bas, il a décidé que ce serait écrivain. Son frère, lui, est footballeur mais, autre rêve brisé, il ne le sera jamais dans l'équipe de ses rêves, celle de Brest. Brest, c'est là où vivait la famille avant que le père, vice-président du club de football, n'égare par mégarde quatorze millions des caisses pendant que la mère jouait au bridge chez la femme du procureur.

La mère est un femme de grande convenance. Le père ne peut plus se montrer (même pas comme père, d'ailleurs ...). Toute honte dehors, la famille (sauf le narrateur) doit alors s'exiler dans le Languedoc Roussillon, exil honni au pays des vachettes ( ce n'est pas moi qui le dit, c'est le narrateur ...). La mère y vend, en rongeant son serre-tête, des cartes postales et des briquets "Palavas" avec un P qui fait parasol. (Le briquet a son importance dans l'histoire, le serre-tête, moins, mais quand même). Elle ourdit sa trame toute tissée de mesquineries : comment revenir avec les honneurs dans la ville d'où l'on est parti la tête basse ? Surtout qu'un héritage est en jeu, celui de la grand-mère, ex-gouvernante d'un amiral apocryphe, qui mangeait lui aussi dans la salle vitrée des conventions maritimes brestoises. La mère a bien  laissé le narrateur en éclaireur, dans l'appartement du dessous de la vieille richissime, mais il est peu fiable comme poisson pilote télécommandé à distance. Et rôde la femme de ménage, et rôde le fils de la femme de ménage  ...

Une relation au vitriol de relations mères-fils-père et une écriture distanciée (j'ai adoré les descriptions de lieux, Brest et sa reconstruction au cordeau, la maison finale face à la mer avec les hortensias au vent des tempêtes), du coup, pourquoi pas lire (ou relire ?) "L'absolue perfection du crime" ?

 

Athalie

 

 

09/03/2013

Les privilèges Jonathan Dee

imagesCAGMH6V8.jpgLes privilégiés se nomment Cynthia et Adam. Jeunes, beaux, insolemment jeunes et beaux, le sachant, sans aucun complexe, deux entités au visage parfait, un chacun, qui s'accordent et s'accouplent parfaitement, emboités l'un dans l'autre. Ils se marient en grande pompe, mariage conventiel, pour les convenances, mais ce sont celles qu'ils se sont fixées. Issus chacun de la moyenne bourgeoisie américaine, ils ont aussi en commun le souci unique de se défaire de toute attache. Il faut dire les "cocons" familiaux sont bien lâches, et les personnages n'entretiennent avec mères, pères, beau-père, frère et demi-soeur que peu d'attaches sentimentales, plutôt un mépris indifférent à ce qui n'est pas eux-mêmes : deux glaçons en symbiose.

Ce mariage les met cependant à part, dans leur petit monde de futurs huppés où le temps est plutôt à la fin des études universitaires, aux fêtes et aux expériences en tout genre en attendant la réussite sociale promise, certaine, évidente. Cette singularité fera leur carapace, d'autant qu'ils auront deux enfants, très vite et donc très jeunes, autre excentricité, autre clôture sur eux-mêmes. Cynthia briguera alors un autre statut, celui de mère au foyer parfaite, ce qui l'ennuie quand même parfois, en fin de journée, quand il pleut et que les enfants ne sont que des enfants, et pas des robots qu'elle peut manipuler.

Adam, de son côté, n'a toujours d'yeux que pour eux et la ligne qu'ils se sont fixés, l'argent et les marques extérieures de richesse qui vont avec. Comme la réussite tarde un peu à devenir insolente, il va lui donner un coup de pouce, en trichant un peu. A défaut de rester honnête, il reste brillant, aimant, de plus en plus soucieux cependant de la fermeté de son corps, de sa jeunesse et de celle de sa femme, culte qu'elle partage et où elle met toute l'énergie qui lui reste après l'élevage des enfants, bien sûr. Quelques fêtes entre nantis de l'Upper West side les amusent encore mais l'essentiel de leur énergie est consacré à cette tension, la réussite de leur noyau dur, les enfants et eux.

Ce qui fait que, durant toute la moitié de ce livre, je me suis demandé où en était l'âme, il n'y a que lorsque la perfection a commencé à se déglinguer que j'ai commencé à accrocher (mais bon, c'était un peu tard ...). Les personnages ne me semblaient être que des artifices mis en place pour une démonstration : voilà les dégâts que font l'ambition égoïste, le cynisme, le culte du moi et de ses apparences sur les pauvres mécaniques humaines ... La démonstration est bien faite, elle est glaçante, quand se délitent les principes moraux, qu'il ne reste que soi comme valeur, les "privilèges" ne donnent pas d'amour ni d'avenir. Bien fichu, bien mené le propos, cette distance d'avec les personnages et leur histoire est sûrement voulue, elle m'a juste peu embarquée ...

 

Athalie

25/12/2012

Les paradis aveugles Duong Thu Huong

les paradis aveugles,duong thu huong,romans,romans vietnamEvidemment, comme toujours (pour l'instant, du moins, dans ce que j'ai lu), l'action se situe au Vietman, le Vietnam communiste, et sa ville et sa misère des petites gens, son goût des voisins, ses odeurs, ses saveurs, ses cris des rues, ses entrelacs d'avec la campagne proche et ses traditions rurales qui résistent comme elles le peuvent à la mesquinerie d'en haut, le pouvoir mesquin des petits qui l'exercent.

La trame est mince, elle suit l'itinéraire de Hang, jeune fille à l'avenir prometteur, celui que son oncle Ching va un peu tout gâcher, et de sa mère, Qué, qui y a mis aussi de la bonne (ou de la mauvaise) volonté, et enfin, de sa tante paternelle,Tâm, qui tente de sauver les meubles, et les souvenirs, du père trop tôt disparu.

L'oncle Ching est un petit fonctionnaire, sa soeur est une petite commerçante, ce qui ne lui convient pas au frère, parce que le commerce, c'est l'ennemi de la classe ouvrière ; sauf que le fonctionnaire est pauvre, égoïste et la soeur généreuse et soumise aux lois familliales ancestrales plutôt qu'aux nouvelles règles du parti. Soumise jusqu'à l'idiotie, Qué va choisir son frère,  insipide, méprisant et orgueilleux, plus tard, corrompu, à sa fille, brillante, aimante, mais trop attachée à sa tante, celle qui tente de lui garder l'avenir ouvert, avec son royaume rural tout de douceurs parfumées et de gestes tendres, de fêtes et de fiertés.

Hang regarde, sans trop comprendre ainsi s'effilocher les liens entre elle et sa mère qui se saigne inutilement pour son falôt de frère et sa famille, la laissant elle, le long du chemin. D'héritière d'un royaume, elle deviendra ouvrière tisseuse en URSS, malade et affaiblie. Du moins est ce ainsi qu'on la découvre dans les premières pages du roman, alors que malgré tout elle se rend au chevet du Ching, toujours petit malfaisant sans envergure, qui l'appelle à son chevet.

Vu ce que l'on apprend après, évidemment, rien de très logique et il me faut bien le dire, ce n'est pas l'intrigue palpitante qui me retient à cette lecture, ni de voir que le communisme,  ça n'empêche pas de faire fortune, ni de mourir de faim ... Mais que la palpitation est belle et que je voudrais savoir quel goût a le "poulet mariné aux graines de lotus", "le riz gluant au momordique", "les graines de nénuphars cuites", quelle odeur a "la senteur fraîche des noix d'aréquier", quelle couleur, quelle pétale pour les fleurs de lentilles d'eau. Il y en a qui ont leur palais des mille et une nuits, moi, j'entrouve le mien en ces pages d'un monde si beau et si perdu où " des ordures flottaient agglutinées aux cadavres des éphémères";

Un des premiers romans de l'auteure, réédité par les très remarquables éditions Sabine Werpiesser, éditeure et auteure que je ne lâche pas de vue depuis l'envoûtant "Terre des oublis" ; envoûtant, ce roman-là l'est moins, mais il résonne d'échos ..... Ce qui est déjà pas mal du tout !

 

Athalie

 

De la même auteure sur ce même blog et non cité dans la note ci-dessus :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/10/29/sanctua...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/05/19/roman-s...

 

Mille Mercisssss et bisesssss A.B !

08/12/2012

Les chutes Oates

120120_dz9td_funambule-niagara-spelterini_6.jpgAttaquer un Oates presque juste après un Kadsisch, évidemment, c'est prendre des risques, vivre sur une corde raide, risquer l'engloutissement définitif. Mais, il y avait la veuve blanche des chutes qui me sussurait "Viens, tombe avec moi, viens rechercher les morts, les âmes de ceux qui te sont cher et de ceux qui le seront, les âmes que je prends depuis la nuit des temps". Alors, j'y suis allée, et en suis revenue presque intacte, pour une fois. Pourtant, ça tangue.

Ariah est fille de pasteur. A 29 ans, elle est non seulement célibataire mais aussi vierge, aussi vierge qu'on peut l'être, totalement ignorante du simple BABA de la chose qui se fait sous les draps. Le physique revêche et filasse, la poitrine plate, c'est pas gagné. Ce pourquoi ses parents l'ont abiboché avec un fils de pasteur, pasteur lui-même et pas mieux loti qu'elle côté chappe de plomb sur "la chose" obligatoire dans le mariage, amateur de fossiles, il est enfoncé dans les abysses de la honte, on saura plus tard pourquoi. La nuit de noce est le désastre sordide programmé et dès l'aube, le mari d'Ariah se jette dans les chutes du Niagara, qui en a engouffré d'autres des désespoirs, et qui restera jusqu'au bout du roman, la sourde menace qui attire tous les personnages tour à tour dans ses remous.

Veuve subite, Ariah attend, se ronge de remords, pour elle, pour lui, le mari pitoyablement éphémère. Le cadavre réapparut, sa honte presque bue, étonnament, Ariah s'émancipe du carcan conventionnel, fascinant sans le savoir le bel avocat, Dick Barnaby. Riche, réputé, de bonne famille, mais d'une famille à fuir, le couple va fusionner, puis procréer. Mais le démon est là qui veille, chez Ariah, de toute sa force d'auto-destruction morale, et elle est balèse. Comment s'e^mp^cher d'être heureux, mode d'emploi, et faire quelques éclats au passage chez les "héritiers" qui vont devoir s'en dépatouiller ...

Le roman brasse plus large que la famille névrotique au travers d'une autre faillite, celle de la ville des "Chutes" entièrement vendue à l'autorité diffuse et a-morale des grandes entreprises de produits chimiques qui, elles, ne polluent pas que les âmes, et Dick, le colosse qui ne savait pas qu'il avait des pieds d'argile, va comme les autres personnages, se nouer la corde cruelle qui mène à la chute.

Réaliste et presque fantastique, onirique parfois, c'est un très subtil mélange qui laisse un goût de vase, tant le démon intérieur ronge la façade de la famille d'Ariah érigée par Ariah, pour leur perte, peut-être.

La fin m'a un peu déçue, comme pour " Nous étions les Mulvaney", elle sonne un peu "en toc", comme pour rattraper en vol une normalité que l'on avait laissée vraiment loin derrière soi.

 

Athalie

 

De la même auteure, sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/07/14/delicie...

 

04/12/2012

Le cantique de Meméia Heloneida Studart

le cantique de meméia,heloneida studart,romans,romans brésiliensLes Carvalhais Medeiros est une grande famille richissime brésilienne, une richesse et une puissance sourde, tapies dans une grande maison et qui prennent les traits de la grand-mère Memina. Elle contrôle tout et tous, ses filles, enfin, celle qui lui reste, la mère de la narratrice, de l'autre elle s'en est débarrassée, et de l'autre, elle a fait une demi folle pitoyable. Les prêtres lui tiennent lieu de corset spirituel et le pouvoir de caution morale. Elle veille à la conservation du bon grain. Dans cette famille, donc, point n'est d'amour, la pureté de la race seule compte. Les fous, il suffit de les cacher au grenier et les impures au couvent. Pour celle qui a dérogé en aimant un pauvre, le retour au bercail est possible mais sous le joug.

La narratrice, Marina, est la petite fille de ce tyran. Marina n'a qu'une cause, celle de l'amour pour son cousin Tao ( et accessoirement celle de la haine pour sa mère, qui le lui rend bien d'ailleurs). Tao, lui, il est au grand coeur, du côté des pauvres, et emprisonné et torturé pour avoir écrit sur un mur que "les moineaux était bleus", comme un appel au rêve sans doute.

Une famille, l'Amérique du sud, l'amour impossible, la révolte rêvée, le mot aurait pu être lancé "réalisme magique" et un goût de "Cent ans de solitude" Garcia Marquez ...

Mais l'arrière goût est plus âpre ici ( et surtout, c'est quand même, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus court ...). Parce que Marina, les pauvres, peu lui chaut, c'est son cousin qu'il lui faut, son beau cousin, celui de son enfance et des escapades au bord de mer, des pêches au crabes ... Tao se bat pour les laissés pour compte de ce monde bi-polaire, pas elle.

Un roman comme une guerre larvée entre un rêve égoïste, et l'autre, étouffé d'un altruisme rêveur. Un drôle de roman, que j'ai retourné du bout des doigts en le finissant, de peur que sa colère ne m'explose à la figure, je n'y ai pas toujours vu clair, loin s'en faut, mais j'ai aimé.

 

Athalie

 

PS : Ô ma dealeuse préférée, auras-tu le courage de m'arracher encore celui-là des mains, après Jésus et Tito, séparation dont j'ai toujours du mal à me remettre ....

25/11/2012

Un oiseau blanc dans le blizzard Laura Kasischke

un oiseau blanc dans le blizzard,laura kasiske,romans,romans américainsLes profondeurs labyrinthiques et oppressantes de Laura Kakischke m'ont une fois de plus aspirées, un peu moins profond que "En un monde parfait" et " A suspicious river", mais tant mieux, on ne peut pas être noyée à chaque fois quand même.

Kat est une jeune fille déjà bien poussée quand commence la première narration en 1986. C'est l'année de la disparition de sa mère, Eve. Disparue, volatilisée, atomisée, elle n'a rien emporté, n'a été vue nul part. Kat le sait, elle ne reviendra jamais, d'ailleurs, elle a téléphoné pour le dire, seulement ça. Kat le mentionne puis passe à autre chose, mais à la même chose en fait, sa mère, sa rage rentrée, des petites escarmoches du quatidien. Se dessine une femme aigrie, un mari fantôche, genre le Charles Bovary en presque pire, de celui qui va aux toilettes tous les soirs après le repas, tire consciencement la chasse, et ronfle dans le lit conjugal, dont on se demande ce qu'il peut avoir de conjugal, d'ailleurs.

Dans ce paradis américain, Eve a tout tiré à quatre épingles, le couvre lit froufroutant, le congélateur. Encore séduisante, Kat la montre jalouse, frustrée et totalement asséchée, déçue par sa fille, dont les cheveux ne bouclent pas, malgré les bigoudis, dont le corps grossit, grandit, qui n'est plus son petit animal domestique mais devient une branleuse qui s'éclate au lit avec le juvénile Phil. Alors Eve achète un canari (mais sans garantie de réussite), et une mini jupe. Puis disparait. Kat fait avec, du moins, semble.

Tout au long de ses quatres années, (chaque narration commence en janvier), Kat cerne et gratte à la porte de ses rêves, sa mère est peut-être enfermée dedans, et le mystère aussi, le silence définitif des femmes qui font les gâteaux qu'il faut, aux dates qu'il faut et vont chercher leur fille chérie à l'école, en s'obstinant à faire pousser des pétunia dans leur jardin de banlieue semi-chic. N'est pas Emma qui veut.

Un récit glaçant, mais pas tant que ça, (finalement, la Kat, elle ne la déteste pas tant que cela la Eve disparue) ou alors, j'ai l'armure "anti-récit-glauque" blindée.

 

Athalie

 

Surce même blog du même auteur en plus des titres cités en début de note :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/03/19/la-cour...

 

PS ; ne pas suivre le lien sur congélateur, je n'y suis pour rien ... 

 

31/10/2012

Easter parade Richard Yates

easter parade richard yates,romans,romans américainsLà, j'arme mon crayon virtuel de courage, faire une note sur ce livre m'est un exercice masochiste. Non pas qu'il ne soit pas bon, non pas que je me sois ennuyée, c'est juste qu'il m'a fichu une dose de cafard carabiné, un cafard crasse, à tourner les dernières pages le plus rapidement possible sous peine d'enlisement mral définitif dans la litanie des malheurs ordinaires.  J'en lis des livres pas gais, ce sont même plutôt mes tasses de thé, mais "Easter parade" tellement triste qu'il en ferait pleurer une princesse de Walt Disney.

Emily et Sarah sont soeurs et la première ligne l'annonce clairement : " Aucune des soeurs Grimes ne seraient heureuses dans la vie". Soit, me suis-je dit, voilà qui me plait. et me voilà partie bille en tête vers la découverte de cet auteur que je ne connaissais pas, estampillé " grand classique de la littérature américaine".

Leur mère, dite Pookie, n'a pas été heureuse non plus. Leur père non plus. Ils ont divorcés, mais visiblement, cela ne fait pas leur bonheur non plus. Les deux fillettes passent leur enfance à déménager selon les différentes lubies de la mère dont on sait peu de choses, sauf que sa vie n'est pas celle qu'elle aurait voulue avoir, ridicule, versatile, elle fume trop et boit trop ( ce qui ne va pas s'arranger par la suite, je vous rassure).

Les deux filles grandissent : l'une est superbe, (Sarah) l'autre a les seins trop petits (Emily). Sarah aligne quelques fiancés minables et peu fiables, avant de trouver le bon, un qui a l'allure de Laurence Oliver, mais seulement l'allure, pour la classe intellectuelle, c'est morne plaine, plutôt morne et pas pleine. Sarah se réalise donc en ménagère de cinquante ans avant l'heure, tandis qu'Emily tâte de son indépendance en couchaillant à droite et à gauche et en poursuivant ses études, avant d'épouser un premier mari, impuissant mal soigné, et cela continue comme ça jusqu'au bout. Avec d'autres hommes pour l'une, et le même pour l'autre. Des événements plats, moroses se succèdent (je vous passe la mère), pour l'essentiel, les deux femmes passent leur vie à pousser des caddies dans des rayons de supermarché mal achalandés sans jamais prendre la bonne boîte de corn-flakes, celle avec le cadeau Bonux dedans.

La quatrième précise que l'auteur évite "tout pathos". j'en conviens des deux mains, et normalement, j'aime bien "sans pathos" sur l'étiquette, mais là, la pas-ménagère vieillissante et la ménagère de même, ça m'a fait trop. Du coup, j'ai eu envie de grands espaces et j'ai attrapé mes rênes pour rejoindre Angustus qui chevauchait dare dare pour sauver Lorena, la belle putain des griffes du méchant bandit.

 

J'avais mis "Un été à Cold Spring" dans ma pile prévue, mais du coup, j'ai comme un coup de doute ...

 

Athalie

 

29/10/2012

Le jeu des ombres Louise Erdrich

Robert-Rauschenberg-Untitled-1955.jpgSur ce coup-là, la Erdrich, elle m'a prise de court. Normalement, avec cette plume d'auteure-là, on est dans les sagas, plutôt indiennes, mais des sagas, l'histoire familliale brassée sous de grands espaces lunaires ou boisés, pas des trucs de petits bourgeois intellos et artistes confinés dans leur petites histoires de couple en mal de retrouvance et d'inspiration dans une maison bien chauffée et avec de quoi manger dans le congélateur. Ben là si.

Du coup, le temps de remettre ma boussole intime à l'heure, j'ai un peu patiné à l'allumage, le temps de rentrer vraiment dans l'intimité d'Irène et Gil, de comprendre les enjeux du jeu qui se tramait dans la sourdine des deux journaux intimes que tient Hélène, le bleu pour le vrai, le rouge pour que Gil le lise, pour qu'elle lui emmêle les pinceaux, l'embrouille et  s'en libère. Irène se sent manipulée par Gil. Gil manipule Irène depuis des années. En fait, il la peint, la repeint, c'est son modèle, sa femme, mais surtout sa passion, sa félure, son tout, son exclusif sujet, sa chose à lui. Irène a posé pour lui, pose encore, dans toutes les beautés, dans toutes les laideurs. Sauf qu'est arrivé le moment où elle ne l'aime plus, pas parce qu'il l'a peint (quoique), et qu'elle veut partir, et qu'il ne veut pas. Elle le manipule parce qu'elle pense qu'il lui a presque tout volé, son corps, mais même son ombre et sa trace, il l'a laissée sur la toile. Exposée sous toutes ses faces, il l'a exposée dans toutes ses facettes sauf une, celle de mère. Et c'est là que le bouquin m'a topé.

Le jeu entre eux deux, m'a semblé artificiel au début, presque un convenu littéraire, (ben oui, l'amour fusionnel fait mal, y' a qu'à demander au chevalier Desgrieux que la Manon fait tourner en bourrique depuis un moment déjà), mais quand la figure d'Irène se dresse, plus maternelle qu'amante, plus protectrice que tenant en main les cartes ( quelles cartes ,d'ailleurs ? son mémoire sur Catling "le peintre des indiens", celui qu'elle a peine commencé  ?...), le texte donne lieu à des tableaux de maîtres subtils comme dérisoires face au désastre intime : comment réparer un hamster la veille de Noël, comment sauver un chat aux yeux jaunes, comment se sortir du regard de son fils, qui découvrant la peinture de sa mère à poil, sur Internet, ne voit pas l'art mais seulement l'image de sa mère dégradée, puis, la regarde, elle, la vraie. Irène tente de se dégager de ses scories que l'homme et l'artiste abusif lui a imposé et qu'elle a accepté.

Le sujet peut sembler mince, pourtant le huis-clos m'a capté, de plus en plus, jusque la fin. Et la fin, ben oui, la fin dont on ne peut rien dire, est une vraie relecture de ce que l'on croyait presque trop simple. Peu d'indiens dans cette histoire, juste que Irène et Gil sont des sang mêlés et que ce n'est peut-être pas sans conséquences d'avoir une tribu autour de soi ou pas, et que Riel, leur deuxième fille se fascine pour le savoir ancestral, histoire de sauver sa famille en cas de catastrophe, et cette remarque au détour de bien d'autres sur la création : (je résume parce que je ne retrouve pas la page), où, en gros, il est dit que lorsque l'on est un artiste indien, il ne faut pas peindre des indiens, sinon, on est un artiste indien et pas un artiste tout court. Ce qui me fait encore plus regretter,lors de la conférence vue avec elle, pas loin de chez moi, qu'elle n'ait pas été considérée ainsi, la Louise Erdrich, écrivaine tout court.

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2009/08/05/love-me...

 

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2009/07/12/la-chor...

27/10/2012

Le temps de l'innocence Edith Wharton

le temps de l'innocence,edith wharton,romans,romans américainsUne lecture doublement nouvelle pour moi. D'abord parce que je n'avais jamais lu cette auteure ( je crois qu'à chaque fois que je voyais son nom quelque part, je lisais à la place Enid Blyton, ce qui est parfaitement idiot). Ensuite, c'est aussi la première fois que je lis une histoire que je connais déjà quasi par coeur. A cause du film, dont j'adore les robes et l'atmosphère floutée, la comtesse Olanska, c'est mon autre "Sissi l'impératrice" à moi, la honte littéraire en moins. Le Newland, OK, il ne vaut pas le Robert Hossein d'"Angélique marquise des anges", déjà, il ne boite pas et ensuite, il est super coincé (alors que le personnage de Hossein, c'est l'incarnation de la révolte de l'esprit libertaire, ben, oui, rien que cela).

Au début, à l'opéra, il a même des accointances avec une potiche, un peu comme celles qu'il regarde de l'autre côté de sa loge, coincées dans leur baignoire, dont celle qui va devenir sa femme qui triture son bouquet de muguet (blanc et virginal), May. May est le symbole de ce qu'il faut comme femme à Newland. Issue de la meilleure société new-yorkaise, de ces familles qui tiennent le haut des pavés des convenances, elle lui est parfaitement accordée dans le respect du bon goût, de la façade de ce ce-qui-se-fait-et-de-ce-qui-ne-se-fait-pas.  Dans ce petit monde, on peut se coincer facilement les doigts dans la porte tant tout est verrouillé de l'intérieur, la moindre attitude disséquée, la moindre visite analysée. Alors, arrive la belle et mystérieuse comtesse Olanska, cousine sulfureuse de la pure May. On ne sait pas trop ce qu'elle a fait là-bas en Europe, mais sûrement pas du joli, joli. La rumeur court, elle a fait un drôle de mariage, il serait en tort, aurait collectionné les maîtresses, mais quand même, elle est partie, l'a quitté le comte richissisme, sa prison dorée, et elle ne veut pas un sous ? non, ce n'est pas vrai ?, une histoire avec un secrétaire de son mari, qui l'aurait aidé, elle aurait vécu seule, non, pas vrai,? mais si si, enfin c'est ce que l'on dit mais chut, c'est la cousine de May. Les lambris bruissent, l'Europe, les artistes, un parfum de bohème et de scandale feutrée, sa famille la soutient quand même, elle en est membre de droit, malgré ses dérapages. Donc, il faut lui éviter les prochains et leur honte, qu'elle fasse bonne figure et ne pas les faire déchoir, qu'elle réapprenne ce-qui-ce-fait-et-ce-qui-ne-se-fait-pas. Et c'est là évidemment que le Newland, le fiancé jusque là idéal, va être chargé, par amour pour la virginale May, d'éviter les ornières à la cousine diabolique. Là va se tisser ce qui devait forcément arriver, Newland va découvrir la saveur de l'originalité ... Bon, d'accord, il aimait déjà l'exotisme de la peinture italienne mais de là à ce que ... se laisser séduire, résister, puis encore résister, et la belle comtesse de même, ce qui fait que l'on se retrouve avec une parfaite histoire d'amour impossible, mais avec des oui-mais-quand-même-si, parfaitement orchestrés.

Du coup, comme je n'avais aucun doute sur la fin inéductable, que je connaissais mes scènes par coeur, je me suis laissée bercée dans la description de ce monde si lointain dans son herméneutisme, si recroquevillé dans sa norme qu'il en deviendrait drôle si Wharton avait la plume si subrepticement ironique d'une Jane Austen. Ce qui n'est pas vraiment le cas, mais presque, la plume est juste un peu plus sèche, on est dans la même dissection distanciée des règles sociales. On se régale à voir Newland se prendre les pieds dans la toile d'araignée que ne tisse même pas la belle comtesse. Par contre, se méfier de la May, qui maitrise son sujet, elle ...

 

Athalie

 

20/10/2012

Pourquoi être heureux quand on peut être normal Jeanette Winterson

pourquoi être heureux quand on peut être normal,jeanette winterson,romans,romans anglaisAprès quelques détours par Echenoz, me revoilà allant cueillir ma Jeannette et ses malheurs sur le quai de lecture où je l'avais laissée, avec quelques remords quand même ...

Journal d'une lectrice en demi teinte :

Premier jour : ma dealeuse A.M. est passée avec sa cargaison de tentations et me l'a laissé, ce livre que j'avais vraiment, vraiment envie de lire, après en avoir tellement entendu parler cet été, toujours en bien, mais comme je savais qu'elle l'avait, pour une fois, j'ai résisté à l'achat compulsif ( Bon, j'en ai fait d'autres à la place, ce qui compense)

Deuxième jour : j'ai une heure devant moi, je peux décider de ne rien faire, donc de lire, donc de laisser tomber ce que j'aurais pu faire d'autre pour ouvrir ce livre. Je salive, m'installe, en évitant de baver (le livre n'étant pas à moi). Premier chapitre : ça commence mal, ce truc m'ennuie et m'agace. J'adore pleurer au cinéma et même sur un bouquin, même en tâchant les pages, et aussi compâtir à la tristesse des enfances malheureuses des orphelines abandonnées chez une maman très méchante et un papa impuissant et lâche. Soit. Mais j'ai horreur que l'on me prenne par la main en me mettant le kleenex dedans d'avance. J'aime bien qu'on me laisse venir, tranquille. C'est du vécu, je n'en doute pas. ça m'agace quand même.

Troisième jour : description de la classe ouvrière de Manchester, un peu d'ouverture historique, je prend l'air, mais peu. J'ai envie de laisser tomber, mais bon, Jeannette s'en prend plein la figure, petite fille adoptée mais non désirée, sur son pas de porte, dans son cachot intime, je ne peux quand même pas déroger. Quoique.

Quatrième jour : je relativise. Il y a des moments qui me font rire (mais je suis pas du tout sûre que ce soit l'intention de l'auteur, je sens que je passe de plus en plus à côté du bouquin, moi). J'adore l'évocation de la mère, folle à lier apocalyptique, collectionneuse de vaisselle victorienne à mettre sous vitrine sacrée, amoureuse de Noël, qui ne dort jamais dans le lit conjugal pour éviter "l'acte" et autres fariboles dictées aux humains par le démon. Le trait se fait presque tendre, tente de comprendre d'où elle sort la sorcière adoptive, du coup, je compatis. Que l'enfant adoptée ne sorte pas fraîche comme une rose et qu'elle rencontre quelques problèmes avec la notion d'amour, ma foi, rien d'étonnant.

Cinquième jour : je recommence à me lasser. Des va-et-vient entre les "c'était mieux avant" et "c'est pas beau maintenant". Même les paysages industriels, ils étaient mieux, c'est dire, avant il y avait des usines, maintenant, il y a des supermarchés.

Sixième jour : (pas sûre que ce soit vraiment dans l'ordre de la narration, en fait, je décroche de plus en plus). Jeanette a voté pour Taecher. Que Saint Jonathan Coe me pardonne, je continue quand même ma lecture. ( Il faut dire qu'elle le regrette après, en devenant féministe et homosexuelle)

Septième jour : bon, il faut que je termine parce que j'ai une autre psychanalyse sur le feu et que les interrogations de Jeanette sur pourquoi elle n'arrive pas à aimer, pourquoi l'homosexualité n'est pas une tare génétique et le féminisme une autre tasse de thé, je renonce.

Bilan : plein de trucs bien, sûrement une autobiographie de qualité, mais qui n'aura pas emporté ma fibre romanesque à moi. Des tableaux de la vie ouvrière du nord de l'Angleterre, de cette misère sentimentale qui casse les rêves mais permet la réalisation d'un parcours de femme en lutte, louable et honnête. Mais c'est moi qui suis restée sur le quai de la gare, finalement.

 

Athalie

 

Merci A.M. !

 

 

 

23/07/2012

A suspicious river Laura Kasischke

violee.jpgLeila a vingt quatre ans. Depuis quelque temps, elle est la réceptionniste la plus consciencieuse de l'hôtel Swan, un hôtel posé dans cette bourgade qui suinte l'ennui et les médisances de son enfance, posée à côté d'un lac où des cygnes vivotent. Des touristes y réservent des chambres mais des hommes seuls y sont aussi de passage, pour une nuit. Pour soixante dollars, ils ont une chambre, et pour soixante de plus, l'homme seul qui a fleuré la bonne occasion peut avoir Leïla pour un moment de sexe ; le temps qu'elle mette la pancarte "Je reviens dans un moment" sur le bureau de la réception, et elle se propose à leur porte. Jupe bleu marine, col en dentelles, ils n'en reviennent pas.

Leïla est mariée, Rick l'aime depuis leur seize ans, quoiqu'elle fasse, il la nourrit, l'entoure, bon gros nounours qui obéit à papa et maman. Mais, là, Rick maigrit, s'écarte. Leïla flotte à côté de lui, il y a longtemps qu'elle s'est écartée, elle. Elle met l'argent de son corps dans une boite, de plus en plus remplie, pour s'offrir quelque chose, ne sait pas quoi, un truc blanc, un truc pur. Le sexe monnayé se fait de moins en moins soft quand Gary pousse la porte de l'hôtel Swan. Gary est violent, vicieux, pervers, Laïla se laisse faire, absente de tout ce qu'il lui est fait et le sexe devient une suite d'acquiescements à sa propre chute.

Le récit de la descente de Leïla menée par Gary à un train d'enfer est entrecoupée de retour en arrière qui évoquent des épisodes de son enfance, tous axés sur les visions de sa mère à la beauté de femme fatale, sa mère la putain, qui part seins nus sur un voilier, son amant qui la prend, les mains dans la vaiselle, vite fait, pendant que le mari est parti chercher des bières dans le garage. Le mari, le père de Leïla, le frère de l'amant. Le mari vaincu, l'amant sanglant, le corps de la mère hantent l'esprit de Leïla qui s'allonge, suce, se laisse besogner comme une souche absente. Belle, pourtant disent-ils, ceux qui lui passent dessus.

Et moi, pauvre lectrice consentante, soit, mais quelque peu violentée aussi par ce roman que je me suis mise de moi-même dans les pattes, je me disais, mais pourquoi je continue, moi, pourquoi je le termine ( bon, je l'avoue j'ai parcouru les dernières pages en apnée) par masochisme ? Fais-moi mal Kasischke, Kasischke ? Par sadisme ? Fais-lui mal Kasischke, Kasischke ? Ou serais-je atteinte d'une autre perservion auto-destructrice ? C'est quoi cette histoire "telle mère pute, telle fille pas mieux" ? "Plus va la petite fille au lit qu'à la fin on la jette" ? Comment accrocher (finalement) à cette histoire aussi noire ?

Athalie

 PS : je mets le lien sur le site de l'artiste dont j'ai utilisé l'image en illustration, son travail me renvoie très subjectivement à cette lecture

http://www.monicaperezalbela.ch/barbie/barbie.htm

Autres commentaires sur ce blog d autres titres de la même auteure : En un monde parfait, La couronne verte