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28/06/2012

L'histoire de Bone Dorothy Allison

l'histoire de bone,dorothy allison,romans,romans américains,romans autobiographiquesCe livre aurait mérité de ne pas être lu en tronçons, saucissé en quelques pages par ci-par-là, entrelardé d'autres envies, envies de lectures plus légères, plus oisives. Pauvre Bone, déjà que ça ne partait pas très bien elle, dans sa vraie-fausse vie (puisqu'il semblerait que ce roman soit en grande partie autobiographique)

Bone, c'est juste son surnom, "os", on peut faire plus affectif. Son prénom, a été choisi par sa tante, vu que sa mère ne pouvait le faire, inconsciente après l'accident de voiture provoqué par son oncle ivre, elle avait été éjectée par le pare-brise et a accouché sans le savoir. Du coup, la tante, elle a donné au bébé le même prénom que le sien, Ruth, et Ruth-bis se dit "Bone" dans cette famille-là. Il reste le nom de famille. Le truc pour cette partie-là de l'identité, c'est que son père, un vil séducteur, est parti et Bone est enregistrée comme batarde. Anney, sa mère, a seize ans, pas de travail, mais Bone, sa fille, qu'elle va l'aimer et protéger, comme elle le pourra, comme le pourra aussi toute sa famille d'oncles, et tantes, de cousins, de grand-mère branlante à la chique bien pendue, sous les auvents des maisons du Sud, lézardé par la misère.

La famille, les Boatwright, sont solidaires, s'aiment et  se soutiennent. Le souci est qu'ils sont tous à moitié branques, les frères surtout, violents, coureurs, alcooliques, multirécidivistes, ils traînent les bars et les petits boulots. La racaille du coin. Les femmes, les soeurs, font les enfants, prennent les affaires en main quand la misère tourne trop mal et ne peuvent rien faire d'autre que de tenter de résister et d'éléver la bande de "mioches", à coup de thé glacé et de gâteaux au ketchup. Tous aussi pauvres les uns que les autres, tribu de petits blancs racistes et sans autre dignité que celle de leur couleur de cheveux, la même ou presque de génération en génération à cause du grand-père qui aurait été Cherokee, mais rien n'est moins sûr, en fait.

La mère de Bone, Anney, commence sa vie de mère en mère courage : elle se bat contre l'étiquette de batârde, tente de l'enlever à sa fille, ne fricote pas dans le bar où elle gagne sa vie, ne se laisse pas aller dans cette misère crasse. Mais, bon, le sort s'acharne ; un premier mari, gentil laisse la place à un second, qui le sera beaucoup moins. Au début, il essaie, il tente, Anney y croit, ils vont faire une vraie famille, ils vont y arriver ( il y a eu une petite soeur entre temps), se sortir de là. Sauf que "Papa Glen", n'y arrive pas, éternel looser, sa haine se focalise sur Bone. Bone grandit, obstinée, obstinée à aimer quand même, à devenir elle, malgré la protection déficiente qu'elle cherche partout.

A chaque fois que j'y revenais, il y avait une nouvelle tuile, un nouvel "os" et Bone s'enfonçait, jusqu'à la fin dans un malheur d'aimer poignant. Le titre en anglais révèle la violence dévastatrice qui ronge la petite, "Bastard out of Carolina", comme la ronge l'amour de sa mère.

Athalie

PS : une lecture qui vient de A.B. Merci A.B. parce que plus j'y pense, plus je trouve le bouquin bien.

23/06/2012

Arlington Park Rachel Cusk

arlington park,rachel cusk,romans,romans anglaisArlington Park est un quartier, genre "beau quartier", ou alors une sorte de banlieue un peu cossue, entourée d'autres qui le sont moins, une sorte de guetto choisi, étouffant, à part, protégé des miasmes de la pauvreté. Il y pleut beaucoup mais il n'y a pas d'air. Le premier chapitre donne le ton, en une superbe description d'une averse torrentielle et intrusive.

A Arlington Park vivent des femmes, des femmes mariées, essentiellement, des femmes au foyer avec enfants. Les maris sont des fantômes, du genre qui travaillent toute la journée dans un bureau, ailleurs et ouvrent la porte le soir du foyer avec la bonne conscience du salaire gagné. Leur rôle est réduit à cette fonction financière. Elles, elles sont vampirisées par leur quotidien répétitif, réduites aussi à quelques aspirations matérialistes, des rêves limités au confort aténiable dans leur classe moyenne, pouvant se voir de l'extérieur, comme dans un cycle de lavage, elles ont mis leur vie sur programme long avec prélavage pour que tout soit bien propre. Moi, ça m'a fichu le cafard.

Les chapitres du roman en présente une, à chaque fois, au centre, en commençant par Juliet, l'ex élève brillante qui se vit comme "assassinée" par le mariage, puis, Amanda, Maisie, Solly .... A chaque fois, chacune est analysée, décortiquée, aspirée, puis au chapitre suivant, rejetée en périphérie, avant que finalement le dernier chapitre ne les regroupe en un diner "à la bonne franquette" entre voisins et vagues connaissances. Horrible vase clos qui se referme. Entre temps, on aura les occupations essentielles de leurs journées : le papotage entre mamans fraichement libérées par le temps scolaire, qui se retrouvent un moment pour boire un café chez la névrosée du ménage, Amanda, dans sa cuisine aseptisée, son salon design, dans sa maison rénovée avec goût du jour : les murs ont été abattus pour faire de l'espace, tellement d'espace que c'est vide, et les petits garçons n'ont pas le droit de tendre la main vers la vitre de la fenêtre parce qu' après, il va falloir enlever les traces.

Une fois, elles vont sortir pour une virée shopping dans un centre commercial, avec poussettes, et enfants et cafétaria intégrée : " un restaurant qui ressemblait au purgatoire. Il était au dernier étage et il y avait de grandes photos de champs verts sur les murs, et des fenêtres partout pour que l'on puisse voir les routes. (...) C'était comme les objets trouvés, mais pour les gens". Cela vous donne l'ambiance de l'ennui pesant, quand manger là-dedans devient une distraction rare, presque un moment d'évasion. Il y a aussi un parc à Arlington Park, où passent les femmes qui rentrent leur marmaille et parfois s'arrêtent à l'aire de jeu : " Elles poussaient les balançoires. (...) Elles semblaient confuses et inconsolables". Il y a Christine, qui se fait un titre de gloire d'avoir vu sa lettre publiée dans la gazette locale : défendant bec et ongles le droit des mères à encombrer la chaussée avec leur 4X4 pour aller chercher les enfants à la sortie de l'école. Il y a Sony qui découvre la liberté dans les senteurs des huiles de bains de la locataire de sa chambre d'ami. Il y a Juliet, dont le suprême moment d' épanouissement personnel est de goûter sa revanche un vendredi soir par mois, parce que ce jour-là, c'est son mari qui va chercher les enfants pendant qu'elle tient son "salon littéraire" : quinze lycéennnes qui se balancent sur leur chaises dans la bibliothèque scolaire en mangeant des gâteaux.  

Des vies qui pataugent dans des feuilles mortes, avec plus au bonne conscience de leur chance, elles qui ont "tout" ... On en a jusqu'au cou. Recroquevillée dans mon fauteuil, j'ai craint l'asphyxie mentale. Une lecture plombante, à lire armée d'une antidote "barbie girl" :  triple ration de fraises Tagada à tremper dans un tube de lait concentré nestlé sucré ou toute compensation de poids.

Athalie

Le commentaire par où cette lecture est arrivée :

http://lillyetseslivres.canalblog.com/archives/2012/04/01...

14/06/2012

La gifle Christos Tsiolkas (1)

imagesCAV57R4P.jpgPremier chapitre : je ne comprends rien. On est chez un type,Hector, qui n'a pas l'air de tout maitriser non plus, à commencer par lui même et ses ardeurs et ses humeurs, plutôt moroses. On est chez des bobos australiens, vaguement cultivés et argentés, dans un barbecue "décontracté", mais tout sauf "cool". Les invités semblent être du même acabi. Arrivent les parents de l'hôte, d'origine grecque, la mère déteste Aisha, femme de son fils parce qu'elle est indienne à la peau plutôt foncée. La belle quarantaine, celle-ci s'affaire et je commence un peu à repérer qui est qui : le cousin grec Harry, la jeune Connie, pour laquelle Hector semble avoir quelques penchants. Des enfants courent partout, j'ai l'impression d'entendre les cris et les piaillements, insuportable, je prends un doliprane.

Dans le groupe indistinct encore, je repère Gary, près du feu, il a toujours une bière à la main, râleur, semble peu intégré, aigri. Sa femme Rosie allaite leur fils Hugo, quatre ans, (c'est indécent, ou je blasphème ?)  fauteur de trouble depuis le début. C'est lui la bombe à retardement et à fragmentation. Totalement exaspérant,  l'enfant-roi élévé selon les principes de son droit à la non violence ( des autres sur lui, je veux dire), me donne franchement l'envie de lui en coller une. Lorsque le cousin Harry la lui met, la bonne claque,je me suis dit enfin, ça va se calmer ce boucan et j'ai respiré. Sauf que les parents de l'affreux ne l'entendent pas ainsi, font appel aux forces de l'ordre et portent plainte pour "coups et blessures". Sans être pour la baffe à tout prix, on peut se dire que quand même, c'est un tant soit peu excessif .... (Mon doliprane commence à faire effet, et l'horizon narratif s'éclaircit)

A partir de ce premier chapitre cacophonique, la gifle initiale va en générer d'autres, par un très habile agencement narratif, les ondes de choc vont se répercuter comme livrées à elles-mêmes dans ce microcosme de privilégiés. Les invités, parents, amis se retrouvent dans l'obligation de choisir leur camp, par fidélité, par conviction, par méconnaissance, ce choix révèle bien d'autres abandons et failles, d'amours, de désirs, de valeurs ... Les chapitres suivants donnent l'histoire aux invités, pas tous, pas forcément à ceux attendus : certains au coeur de l'ouragan, Harry, le père redresseur de tort, que j'aurais aimé retrouver en justicier honnête mais tourmenté, se révèle être un immonde salaud sexiste et arriviste ; d'autres sont plus à côté, Anouk, la wonder woman de la série télévisée qui clope et boit comme si elle avait jeunesse à son pied, Connie : la jeune ado, fille de parents morts du SIDA, follement éprise du bel Hector, Manolis, le grand père qui croyait avoir du pouvoir, et puis .... Les parents de l'affreux Hugo, Gary et Rosie sont peut-être les pires finalement, d'une mauvaise foi crasse et rancunière, des frustrés au babacoolisme écoeurant masquant l'échec par tant de compromissions agressives qu'il devient difficile de les plaindre, même un peu. De chapitres en chapitres, se construit une vision d'une société raciste, d'une jeunesse qui fait peur ( on peut penser au Dîner à certains moments, voire à Il faut qu'on parle de Kévin car il faudrait quand même un peu parler de Hugo complétement laissé à lui même dans cette histoire ), dominée par la haine et la méfiance de l'autre. L'amitié se retrouve gangrénée, la solidarité familiale disjonctée.

Bref, excellent ! Pour celles ( et ceux, pardon) qui en ont les moyens : à lire devant un soleil couchant australien électrique et artificiel , pour les autres en re-regardant le premier opus de "Mad Max" avec "Midnight Oil" à fond dans les écouteurs. Si n'aime pas "Mad Max" (comme moi) mais qu'on adore "Beds are burning" (comme moi, ça marche aussi)

 


Athalie

 

PS : le commentaire par où cette lecture m'est arrivée ( entre autres ...) :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/05/la-gifle-chri...

 

07/06/2012

La femme de hasard Jonathan Coe

906332776.jpgMaria est une jeune fille quelque peu particulière, mais cela ne se voit pas de l'extérieur, c'est à l'intérieur qu'elle est atrophiée, du coeur, des sentiments, de leur expression et même de leur ressenti. Rien ne semble la toucher vraiment, elle survole les états d'âme, comme autant de corps étrangers. Quand on la cueille, elle vit encore chez ses parents,  elle monte la côte pour rentrer, elle sort du bureau de sa principale qui vient de lui annoncer sa superbe réussite scolaire, elle va pouvoir partir poursuivre ses brillants résultats scolaires à Oxford, ce qui pourrait être un moment de joie, voire d'excitation. Or d'excitation, que nenni. Ce qui la préoccupe, c'est comment éviter une expression trop expansive du bonheur parental. Ce qu'elle va réussir à faire sans trop de problème, le syndrôme du glaçon semblant atteindre toute la famille. Sauf le chat, dont la tendresse indifférente est la seule acceptable.

Maria n'est pas monstrueuse, juste sinistre, et elle se pose juste là où elle pense devoir être, sauf que le narrateur-auteur la pose toujours de travers : cohabitaton à Oxford avec une écervelée qui croit au langage des regards expressifs, puis une bande d'inquiétantes harpies dont une kleptomane et une bonne âme tyrannique sans doute meurtrière, sans oublier l'amoureux énamouré qui lui déclare sa flamme avec un insuccès quotidien, un autre qui passait là par hasard ... Maria ne se trompe même pas, dans son parcours déceptif, juste elle choisit mal, ou pas. Et toujours, le narrateur-auteur s'amuse à pousser sa créature de papier à droite et à gauche, il lui fabrique ses échecs, nous les annonce, nous les explique, il la trimballe, la bouscule, et la Maria, statue d'indifférence, ne prend pas plus vie pour autant, elle est bien obligée d'aller où il l'a mène, et il n'a de cesse de bien nous le rappeler, celui qui gère sa vie, c'est lui. Il nous en fait donc une inadaptée, même à la vie ordinaire, un glaçon sur page, il joue avec sa souris, de plus en plus tristounette ... Son indifférence aux autres, aux jugements des autres, aux réactions convenues la fait passer pour une étrange personne, la fait passer à côté, et quand elle tente une sorte de grand amour, pas de bol, il était sorti depuis un bon moment par la porte de derrière alors qu'elle l'attendait depuis des heures devant la porte de devant. Un hasard qui va en enchainer un autre, et le narrateur-auteur de nous expliquer l'importance, ou non, d'avoir mangé du jambon à l'os.

Je ne sais pas s'il y a un message quelconque dans cette vie sans vie qu'il lui impose mais si Coe n'était pas là pour nous ramener au plaisir d'être de son côté à lui, du bon côté, qui se moque du personnage et nous fait des clins d'oeil gros comme les coutures de la fiction, on finirait enseveli sous tant de mornitude, de torpeur froide sans fond.

Athalie

PS : le narrateur-auteur est un concept personnel, inventé pour l'occasion, je rassure les spécialistes en narratologie qui par le plus grand hasard, passerait par là.

20/05/2012

Le vrai monde Natsuo Kirino

imagesCAE1WJR2.jpgSi ce monde-là est le vrai monde, alors il fait glacial dans le dos, des sueurs vous en poussent sous les masques de petites filles modèles, si ce monde ressemble un peu soit peu à celui qui est dans les têtes juvéniles des poupées nippones, alors il faut aller d'urgence numéroter les abattis des survivants ...

Quatre jeunes filles, quatre amies, de ce qui semble de la classe moyenne, fréquentent le même lycée, subissent les mêmes règles exigeantes de la réussite scolaire, habitent dans des quartiers résidentiels, ont des familles en gros "normales", elles sont amies, elles semblent partager une certaine complicité, amitié, normalité : portables roses, goût des garçons ou des filles ...  un léger dédoublement de la personnalité, un double nom, un jeu des apparences. C'est lisse, ça bout sous le karaoké.

Tour à tour, elles vont prendre la parole et raconter comment "ça" va leur péter à la figure. Toschi, la plus sérieuse, Kiranin, la plus gentille, Yusan, la presque la plus sincère et pour finir Térouchi, la plus philosophe des tueuses. Toschi commence. Elle se prépare, comme tous les matins pour se rendre à ses cours de préparation intensive, lorqu'elle entend un bruit étrange chez les voisins. Peu s'en soucie vraiment, croise le lombic, le fils des voisins, qui lui chaut peu, d'où ce surnom qu'elle lui a donné et qui lui restera tout au long du roman. Parce que le lombic a une drôle d'allure, celle d'un besogneux fade, et qu'elle a autre chose à faire dans son vrai monde à elle. Seulement voilà, on lui vole son vélo et son portable, et il se trouve que c'est ce lombic-là qui les a, vu que le matin le bruit bizarre, c'est parce qu'il était en train de tuer sa mère à coups de base-ball, elle ne faisait rien que le critiquer, alors vous comprenez, il en a besoin pour fuir. Ben non, là, je ne comprends pas, je n'adhère pas, surtout que Toschi, ça l'énerve cette histoire, non pas tant que le lombic ait massacré sa mère de sang froid et sans culpabilité aucune, mais de se retrouver mêlée à cette vicissitude de l'existence de l'autre, et que ses trois copines s'en mêlent elle aussi, toutes se jouant de l'idée du monstre comme de leur première paire de soquettes blanches et même avec une certains fascination pour l'être palichon qui, de lombic passe au stade de super héros, ou d'objet de curiosité, voire de pitié compatissante.

Elles sont glaçantes de frivolité ces petits papillons attirées par ce lombic sans colonne directrice, tant tout sentiment vrai semble avoir été absorbé par le mécanisme intégré, pesant mais intégré, du modèle de la réussite scolaire de l'excellence imposé par des parents tout aussi pris par eux-mêmes. Le crime du lombic les ramène à leur coeur d'ombre, sans que le geste criminel ne soit problématique. Ce qui compte, c'est comment, tour à tour, s'en sortir, ou pas.

Glaçant.

Athalie

PS : le lien vers le billet d'Esperluette qui m'a fait découvrir ce roman :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/04/le-vrai-monde...

07/05/2012

Les anges de New York R.J Ellory

images.jpgTraduction du billet d'Anonymous par Athalie ( traduction libre de droits) :  " C'est quoi cette putain d'enquête avec ce putain d'inspecteur dans cette putain de ville qui avait des putains de saints ... ? "

Ce en quoi Anonymous exagère quelque peu parce que si les saints sont bel et bien vérolés, il n'y a qu'une prospituée réelle dans cette histoire, elle est même plutôt sympa, même si pas souvent là, et de toute façon, elle s'appelle Eve, ce qui doit être un clin d'oeil appuyé ou je ne m'y connais pas en références bibliques. Et Franck Parish, l'inspecteur, le héros, il a bien besoin d'une âme charitable pour s'étancher vu qu'il se trouve dans une sorte d'impasse, un petit enfer qu'il s'est fait avec les dents. Divorcé, sa femme le déteste encore, un grand fils auquel il n'a pas parlé depuis déjà un certain temps, sans qu'il sache vraiment pourquoi,, une grande fille qu'il bichonne tellement que l'amour paternel vire au harcèlement, et une culpabilité qui vire à l'obsession, sans compter la mort de son dernier coéquipier, son alcoolisme persistant, la moitié de sa paie en moins et plus de permis de conduire. Il est collé de près par sa hiérarchie qui lui a collé une psy, d'office et obligatoire. Ce qui fait beaucoup pour un seul homme, même si il l'a bien cherché son carcan.

On comprend aussi que sa dépendance principale, c'est son boulot, l'honneur de son boulot, même si cet honneur se passe de la légalité, sur la tangente des règles et des cadres, un gars pas droit mais pour le droit.

Une nouvelle enquête commence, un corps d'une jeune fille de seize ans, pas violée, en apparence, ( ben oui, faut des stades dans l'horreur ...), mais aux ongles bien vernis et aux cheveux coupés, pas comme elle devrait être : une puis deux, puis trois, puis ... et même si notre enquêteur plombé trouve rapidement le lien et tente de tisser la toile, les fils sont si tenus que l'enquête n'avance pas et ça le mine et le plombe encore plus. Sans compter l'autre mine, la souterraine, le père et sa toile d'araignée à lui, l'intime, et l'officielle. L'officielle : John Parish faisait parti des "Saints de New-York", et il a nettoyé la ville de la pègre et la mafia, il est mort au champ d'honneur, couvert de médailles et de gloire sanctifiée.  L'intime : John Parish  est un immonde salaud corrompu. Comme Franck est sommé par sa hiérarchie de suivre une psychanalyse en interne, le lectuer oscille entre les les deux lectures, l'épique et l'incertaine.

La construction du roman est dans la plus classique de celle des romans d'Ellory que j'ai lus jusqu'ici, un coup d'enquête dans le présent, un coup d'enquête dans le passé, et on recommence, sauf que comme l'enquête sur les meurtres avance doucement, et que la psychanalyse aussi, au bout d'un moment, on n'avance plus tellement ni sur un des terrains, ni sur l'autre, on piétine, et de redites en redites, le côté inspecteur au bout du rouleau mais tellement humain, lasse. Une petite déception donc, mais qui ne m'empêchera pas de me jeter sur le prochain du même auteur.

Athalie

PS : les anciens du même auteur : Seul le silence, Vendetta, Les anonymes

 

21/04/2012

Avenue des géants Marc Dugain

avenue des géants,marc dugain,romans français "Etre, c'est être coincé" nous annonce Dugain en citant Cioran avant de commencer son histoire. Pour sûr, Al Kenner, le narrateur de cette histoire est coincé de toutes parts : coincé entre ses divers aieux déglinglés, mère, pére, grand-mère... coincé entre son corps et son mental. Le pauvre gars mesure 2m20 et a un QI exceptionnel, ce qui semble toujours être un paradoxe. Mais aussi coincé dans son époque (les années 60 au USA) qu'il ne comprend pas parce qu'elles ne lui ressemblent pas. Al n'est pas le monstre du Dr Frankenstein, ni  George de Steinbeck pas plus qu'il n'est Ignatus de "La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Tooole. Et pourtant on ne peut s'empêcher de penser à ces géants prisonniers de leur corps luttant contre un monde qui n'est pas à leur mesure. La différence, c'est que Dugain ne rend jamais Al un tantinet sympathique. Pas de sympathie donc, ni même d'empathie, terme que le narrateur finit par employer lui-même vers la fin du récit. Ce qui transporte le lecteur, c'est le regard mauvais que jette Al sur ces années qui souvent nous fascinent. Les hippies:"On n'avait jamais vu une humanité si loqueteuse, peinturlurée des pieds à la tête (...). Ce parti pris de l'enlaidissement devait bien correspondre à quelque chose". Al ne comprend pas et Dugain ne livre que peu d'indices pour remettre le phénomène hippie dans son contexte social et politique.  Ce n'est probablement pas son sujet et c'est un peu là le problème de ce roman: les passages psychologisants du début cèdent la place à une sorte de road movie mais on va où? Difficile à dire, mais il reste un rythme, des passages en couleurs dans un roman en noir et blanc, des passages qui tentent de brosser un tableau abstrait de l'innocence et de la culpabilité.

Sur cette avenue, Al semble être le seul géant, et çà, c'est insoutenable.

Anonymous

Du même auteur sur le même blog : L'insomnie des étoiles

06/02/2012

Les lieux sombres G. Flynn

diable_dop.jpgDes lieux sombres comme des boites de carton entassés où grouillent des souvenirs ensanglantés. Libby Day ne veut pas les ouvrir. Dedans, il a les petits bouts de la mémoire de sa famille : sa mère , ses deux soeurs, massacrées par son grand frère Ben, une nuit, dans leur ferme. Elle a couru et a survécu, juste deux trois orteils en moins et un béant en plus. Avant, la fuite, elle a vu son frère tuer. Enfin, presque. Et ce presque, elle ne veut pas l'ouvrir non plus. Fait assez noir dans cette histoire ça.

Autre lieu sombre, c'est sur son témoignage de petite fille de six ans que repose l'accusation contre Ben, en  prison depuis vingt ans. Enfin, presque uniquement. Ne pas ouvrir non plus l'album de famille : le grand frère qui s'était mis à la dérive du bateau famillial dèjà pas mal cahoté, disputant "les filles", se mettant à l'écart, se disputant avec sa mère, se teignant les cheveux en noir, révoltes dérisoires puis les massacrant à coups de fusil et  de hache.

Des lieux sombres comme ceux où Ben trainait, amoureux fou lamentable, jouet des autres, plus beaux, plus riches, plus défoncés.

Seulement voilà, Libby Day a besoin d'argent. Depuis "le drame", "l'affaire", elle vit de la curiosité publique, de l'argent qu'elle procure. Elle a tout fait, tout monnayé ou presque, mais d'autres histoires sordides prennent la place de la sienne, prennent le devant de la scène. Les fonds baissent. Il y a des souvenirs à vendre dans les boites et des gens pour les acheter (Ben oui, c'est sordide, c'est pour cela que c'est bien !). Pas le choix, faut racler les fonds de tiroirs, et draguer la clientèle, en l'occurence un "fan club" organisé en comité de soutien, que des femmes (mais mon dieu d'où sort ce troupeau caricatural, ça existe ça  ? ...) persuadée de l'innocence de Ben, le doux, le gentil Ben.

Et Libby va accepter de refaire le chemin, de revoir son frère, de retrouver les protagonistes et le fil de l'histoire, l'histoire de cette journée où Ben a tué, rouages cassés et parfois grinçants d'une traque et d'un piège.

C'est parfois ( souvent) trop, ça tient debout par un pilotis de guingois, on se raccroche aux cordes (parfois même aux grosses ficelles) d'une narration qui joue des coups de trompettes et des coups de théâtre, mais parfois aussi en solo et sourdine. Le diable surgit de la boite toutes grimaces dehors, grand guignol satanique aux effets faciles, puis les souvenirs de Libby s'attardent dans la ferme familliale, clopin-clopant, sur un album d'autocollant, des hambergers ramasse-miettes, un lapin orne la cuvette des toilettes, une mère courage qui ne le savait même pas.

Plein de hauts et de bas, mais quand on se laisse prendre, ça propulse dans l'abysse.

Athalie

06/01/2012

L'art de pleurer en choeur Erling Jepsen

L-Archange-Gabriel.jpgUn livre qui m'a rappelé une très ancienne lecture qui m'avait fichu des frissons, Le dîner de moules de Birgit Vandebeke : même oppression familliale d'autant plus oppressante qu'elle est confinée et normalisée sous la plus lisse apparence de la banalité, quand le monstrueux est la norme et la jauge. Mais, autant qu'il m'en souvienne, dans Le dîner de moules, le rideau de la scène familiale met un peu plus de temps à se dévoiler, alors que dans L'art de pleurer en choeur, ce qui est troublant, c'est que le décalage est d'emblée posé comme rassurant.

C'est parce que le narrateur, jamais nommé, est le plus jeune fils d'une famille de trois enfants et de parents complèment déjantés. Sauf que lui, il trouve le déjanté normal, je veux dire que le normal c'est pas déjanté, c'est le normal, c'est ceux qui font autrement qui font mal, qui agissent avec "mauvais goût".

Il a onze ans, des préoccupations plutôt de son âge ; être bien vu de sa maîtresse, aimé de ses camarades et soigner ses lapins. Innocent et naif, il ne voit pas toujours pourquoi les autres le regardent parfois d'un drôle d'oeil, sauf ses lapins, cela va sans dire. C'est par sa voix déformée, par le trou de cette serrure, que le lecteur va distinguer, vaguement ou par brusques à-coups, les contours d'une réalité aux facettes de plus en plus glauques. Entre deux mondes, le narrateur y maintient le lecteur qui croise les fausses innocences et les vrais fils : à l'image de l'ange gardien que le narrateur s'invente : un Tabriel aux ailes d'anges et au short léopard, étrange hybride de super Gabriel et d'unTarzan peu pacifique.

La figure centrale, au milieu de la scène, c'est son père, son héros, admiré inconditionnellement par son fils pour son "pouvoir des mots", pouvoir dont il se sert principalement pour débiter des inepties moralistes qui pour le narrateur ont force de lois morales et de hautes valeurs à respecter. Auprès de la communauté villageoise, ça marche un peu moins bien, sauf pendant les enterrements où le père fait preuve, en un numéro bien rôdé, d'une éloquence visant à arracher larmes et explosions de tristesse dans l'assistance. Quand  le discours déclenche des déluges (et notamment grâce à l'aide de son fils, en cas de défaillance), il y gagne aussi un cigare, un peu de considération et des clients qui affluent à nouveau vers son épicerie, qui, cette manne se déglonflant au bout de quelques jours, risque à nouveau la faillite. En plus, il faut au père cette satisfaction d'amour propre pour calmer sa dépression hystérique, et ses succès  apportent un moment de calme dans la vie familiale où la tension est constante, car en milieu clos, le "héros" se targue moins de paroles que de coups et de consolations malsaines.

C'est ainsi que l'idée surgit chez l'enfant :  pour que le paternel brille, il faut qu'il ait des morts, et des morts bien choisies, pour aider l'éloquence. Quitte à y laisser un peu de sa propre innocence et à calquer, ou couvrir, les manoeuvres hypocrites de son modèle. Parce qu'il l'aime ce père, même humilié, même humiliant, même frappé, même frappant. Pour le satisfaire, pour qu'"il soit bien", le petit garçon se plie volontiers, voire anticipe, favorise, la satisfaction de des pauvres et minables ambitions et statégies paternelles. Et il élève alors l'immoralité en posture angélique.

Ne pas oublier la mère qui, elle, fournit les petits pains comme des pains bénis, les prières comme des ritournelles et se réfugie à la cave quand les choses commencent à vraiment mal tourner ... La grande soeur, Nasse, tente de se sortir du canapé mais comme il n'est pas question qu'elle parle de ce qui s'y passe, va se faire piquer dans les grandes largeurs. Un grand frère passe vaguement, sans vraiment mettre le nez dans l'engrenage.

Troublant, donc, une sorte de Il faut qu'on parle de Kévin, mais à l'envers.

Athalie

29/12/2011

Sur ma peau Gillian Flynn

imagesCABCQI27.jpgPolar noir, noir plutôt que polar, d'ailleurs,  pas vraiment convenu, pas complètement, et vaut le temps de deux trois soirées pluvieuses, ou de fins d'après-midi feignantes.

Un personnage se construit petit à petit,  celui d'une ville, Wind Gap, bourgade contrainte et scérosée du Missouri, où l'ennui conduit les adolescentes à établir un impitoyable système de valeurs : les belles et riches dirigent ce monde en écartant toutes variantes. Elles sont les modèles et les bourreaux, même sans tuer. Le code n'est pas écrit, il se reproduit.

Camille a été une belle dirigeante, admirée et copiée par les plus jeunes, mais aussi une victime consentante, une spectatrice du malsain. Et puis, elle est partie et est devenue journaliste, même pas excellente, dans un journal même pas trop lu, mais soutenue par Curry, son chef, elle survit, boit trop, solitaire qui s'est massacrée le corps à coups de scarifications éloquentes. Les mots brûlent encore, mais surtout les violences des non-dit.

C'est donc sans prévenir et sans du tout le vouloir, qu'elle revient dans la grande et belle demeure familiale, où règne sa mère, Adora, où traine le fantôme de sa demi-soeur morte et sévit une poupée Barbie qui n'a rien de candide, son autre demi soeur, Amma, ( Il y a aussi le beau-père, mais bon, il ne compte pas vraiment celui-là, quoiqu'il arrive à être répugnant rien qu'en mangeant une sardine, une de mes scènes préférées ... ), puisque deux jeunes filles ont été tuées, édentées et étranglées, et que Camille est du cru. Du cru, oui.

Ce n'est pas que l'enquête soit vraiment haletante, des scènes maldororantes se dessinent plutôt : la belle et respectée Adora à l'enterrement de sa protégée, ses amies fardées, qui trainent leur ennui dans le club local et suintent leurs ragots comme les rides se creusent malgré les liftings, les  anciennes amies de Camille, devenues ce qu'elles devaient devenir : 4-4 et maison pseudo-victorienne, bronzage entretenu, ou, serveuse de bar, enfants plus ou moins désirés et rancoeur. Univers factice, ou, univers sordide. Un non woman's land où les femmes se déchirent, dans le chuintement des apparences.

Soit, le souci, c'est qu'on oublie peu à peu les victimes, enfin, celles qui ont vraiment été tuées, édentées, étranglées, soit, des éléments convenus trainaillent (la méfiance de l'étranger dans les petites villes, l'enquête qui piètine quand tout à coup, y'en a un qui savait tout ...), mais comme  les Perséphones, c'est quand même plus rigolo que les douces agnelles, en littérature, s'entend, bonnes soirées pluvieuses à vous ...

Athalie

21/12/2011

Nous étions les Mulvaney Joyce Carol Oates

images.jpgUne famille comme on aurait aimé en avoir une (pas en vrai, mais juste pour faire joli) : une maman, Caroline, brocanteuse si peu commerciale, belle mais à sa façon, nature, peu efficace, mais si attachante dans ses tenues de hasard, si peu mère et si maman, le genre qui fait la cuisine par plaisir, comme pour rire et dont les enfants dévorent les plats autour de la table, tous réunis, amoureuse du papa, mais aussi croyante, pratiquante de l'optimisme à tout crin, et donc un papa, Mickaël, bel homme, amoureux de sa femme. Parti de rien, chassé par son père, lui, il a tout réussi, son entreprise prospère, prospère, ses relations l'estiment, il va aux clubs des respectabilités du coin et il aime ça.  Il y a les enfants, quatre, trois garçons, une fille : Mickäel, dit "Le mulet", champion de foot, Patrick, dit "Pinch", champion des notes du lycée, Marianne, dite "Bouton", championne de la popularité, une jeune fille "comme il faut", pas comme d'autres qui traînent et à qui il arrive de "vilaines choses" (qu'elles ont bien cherchées, finalement, d'ailleurs ...). Et je vous passe le canari, les chiens, les chats, les chevaux et "La petite maison dans la prairie"

La parole circule, l'éducation bienveillante et responsable, doucement codifiée : les histoires d'enfance sont des repères qui fondent la légende de la tribu. Les Mulvaney : le nom résume la force et la certitude d'un clan, les surnoms cautionnent les identités, les fixent, les avaient fixées .... Parce que c'est quoi ce "trop", ces coups de pinceaux si appuyés, si appliqués sur une toile de chromo ?

Une soirée de Saint Valentin et la lézarde est dans le fruit. Il est arrivé "ça" à la jolie Bouton, et l'aquarelle prend l'huile. "ça" va être l'engrenage pour chacun de la tribu, celui qui tente de sauver les meubles, celui qui saute par la fenêtre, et celle que l'on sort par la petite porte, pour que "ça" n'existe plus, ni la honte de "ça", et que "ça" ne se voit plus, la tâche sur la robe du Bouton si aimée, et d'autant plus dégradée, souillée. Spirales des rumeurs, des regards qui se détournent, des graffitis qui ne s'effacent pas sur les murs des toilettes des garçons, au lycée. La mère qui fait semblant de ne rien voir devient parfois aussi méprisable que le père qui ne voit plus que "ça". Et la peinture se désagrège sous les yeux du lecteur aussi sûrement que s'effrite une façade  de stuc ou les pieds d'argile du père.

Moi, je me suis enfoncée jusqu'au cou avec eux, parce que ça palpite et ça vibre cette histoire : à quoi tenait l'amour d'avant ? quand il était si évident qu'il brillait trop fort ? Une famille ce serait une construction précaire qu'il faudrait tenir à coup d'optimisme hypocrite ? Sinon ... quoi ? Elle se fracasserait la margoulette, elle tiendrait pas la déroute ? Un truc du genre Père Noël ?

Brr....

Athalie

14/11/2011

Loin des bras Metin Arditi

imagesCALAUCAA.jpgLoin des coeurs aussi, des bras cassés pas encore plâtrés, en attente d'attelles (ça prend autant de doubles consonnes que ça, ce mot ? ...), de béquilles perdues ; des bras pas trop ouverts, repliés, un envol ne semble pas pour tout de suite, un envol claudiquant d'oisillons secoués.

Dans un internat, en Suisse, se pratique le culte du corps sportif, avec une façade d' éducation policée de jardin à l'anglaise. Le prestigieux directeur de cette école qui fut prestigieuse est mort, et depuis, le prestige rabat les oisillons sur d'autres institutions. Les élèves s'envolent et les difficultés financières pointent leur nez. Les professeurs s'inquiètent de la permanence de leur gagne-pain. Vu leur passif, ils ne semblent pas avoir d'autres nids possibles pour dispenser leur savoir, bras cassés pour oisillons riches mais laissés pour compte par des parents occupés à bien d'autres choses, dispersés de par le monde cosmopolite. Eux, ils restent là pendant que les mères vaquent à leur dépression oisive.

Madame Alderson, tenancière d'origine, tente le sauvetage , sa soeur accrochée derrière, une bouée de sauvetage bien peu fiable. Brunet, un des professeurs, s'accroche, lui, à son appareil photo, son lacs et ses rituels, lesté par une mère qui lui a cassé les ailes, il y a bien longtemps déjà. Et Véra qui arrive là presque par hasard, l'esquif qui butte contre toutes les rives, les élèves, son fils perdu, un trop plein plein de soumission. Gügül, né dans les entrailles d'un palais oriental, enseigne football et danses de salon, mais que fait-il échoué sur ces rives là ? Et puis, Nadelmanne, le juif amoureux de la langue allemende, au point d'en retraduire pour lui tout seul tout Kafka, celui-là se trouve les pépites qu'il peut, son radeau de survie à lui. Il reste Irène, dont le bateau prend l'eau par le fond et pour qui " pleurer la mort d'un mari boche, ça doit rester un exercice solitaire". ( faut dire que un peu collabo nazi, le mari quand même). Les deux autres, sont des fantôches qui se prennent pour des aigles, le Berthier ,juste assez fasciste pour en être suintant et le MacAlistair qui drape sa lâcheté dans une philosophie de pacotille.

Chapitres courts après chapitres courts, on avance de petits faits en petits faits, sans pathos, tableau d'une arche de Noé où le luxe serait celui des sentiments, un monde en bocal, on les regarde faire la brasse. Avec plaisir, c'est ça le pire !

On a lorgné avec A.L.M. du côté du dernier roman de M. Arditi Le Turquetto, à suivre ...

Athalie

 

18/10/2011

Le crieur de nuit Nelly Alard

filet-de-peche_940x705.jpgUn petit livre, tout petit et en poche, un livre en passant, qui passait par là et s'en repartira, non sans avoir jouer sa petite musique, cependant.

Le livre commence par la mort du père détesté. Une mort sans joie ni larmes, d'abord montrée du petit bout de la lorgnette : comment faire rentrer le nouveau cercueil dans le caveau familial, qui est déja bien occupé et où les anciens ont été posés sans souci de l'avenir, ce qui fait que le nouveau, il ne va pas pouvoir rentrer, faut réorganiser rationnellement la chose, comme un jeu de bataille navale, comment décider d'un choix de textes pour la messe quand on descend d'une famille de mécréants notoires dans un coin de bigots bretons confits, que dire au prêtre, gentil, mais quelque peu désarçonné devant le vide sans tristresse que laisse le mort, que dire d'admirable sur un père tellement égocentrique, tyrannique et caractériel qu'il vous a bouffé toute crue votre enfance à coups de filets de pêche et de zapping télévisuel. Sans coups directs, juste de l'indirect bien senti.

A petits pas, on va comprendre, le tableau noircit, mais en douceur, si l'on peut dire, la fille dit sa destruction, celle de sa soeur, son frère, (pas sa mère, étrangement, épargnée on ne sait comment) par un homme finalement pitoyable sans être digne de pitié. Des notes burlesques font passer le tout, on se s'attarde pas, on donne juste les grandes lignes, des traces d'explications ce n'est pas fouillé, ressassé, pas martelé. Pas du De Vigan (le dernier, j'entends, Rien ne s'oppose à la nuit) quoi.

Athalie

16/10/2011

Désolations David Vann

Désolations, le pluriel est juste. Des désolations, au sens d'être désolé devant un paysage qui l'est aussi, de faire le constat de ce qui est devant soi est tout cassé, peut pas être réparé, que ça c'est cassé la figure, en route de route. Que c'est tout par terre.

598599_david-vann.jpgComme dans Shukkand Island, il y a une histoire de cabane, il y a une histoire de cabane, de bois, mal fichue, mal conçue, un projet de survie, pour de mauvaises raisons, il y a une histoire d'île, de tempête, de neige, de froid, de solitude à deux (sauf que celle-là, elle datait d'avant l'île), une histoire de famille, cette fois, ils sont quatre, ça fait plus de possibilités quand même, surtout qu'il y a aussi les conjoints et deux autres figures "touristiques" qui traînaient leur rêve d'Alaska sauvage.

Iren et Gary se sont mariés il y a longtemps, trop, sans doute, les deux enfants, Mark et Rhoda sont partis, lui les fuit, elle reste autour, s'inquiète pour eux, surtout depuis que le père a décidé de construire une cabane sur l'île d'en face et d'y vivre, ce qu'il voudrait bien faire seul mais Iren le suit, malgré elle. A la retraite depuis peu, sdans rien d'autre que lui et elle, elle s'enfonce dans ses méandres migraineux et Gary dans l'illusion de faire peau neuve, devenir enfin un libre conquérant, comme dans ses rêves d'enfant, ne veut pas voir que c'est un peu raté d'avance. Lequel des deux est le bourreau de l'autre ? lequel a commencé à reporter la faute sur l'autre ? Lequel s'est retourné et a pleuré ? La construction de la cabane, c'est pas une nouvelle vie, c'est la même qu'avant mais en concentré de rancoeur. Des grains de folie s'installent et on attend l'explosion de la marmitte conjugale. Pas moyen de faire autrement.

En contre-point, Rhoda, la fille, sagement équilibrée et presque aimante, prépare de bons petits plats à son dentiste de fiancé. Elle a la grande maison, la vue sur la baie, le confort et l'assise, et commande des kits mariage "clefs en main" sur des îles baignées de soleil celles-là, au sable qui caresse les pieds et la traine légère de la robe en dentelle qui flotte sur les vaguelettes. Pendant ce temps, le dentiste, il fait un peu autre chose en fait, ce qui n'augure pas très bien de l'état de l'assise conjugale, vue par David Van, elle fait un peu peur en fait .... (pourtant, l'est bien joli, l'auteur, il a une femme ?)

Moins coup de poing dans la tête que Shukkand Island, moins, "je vide ma névrose sur les pages", même si on reste dans le lourd, c'est du lourd moins lourdinge, avec un peu plus de trous pour respirer, peut-être même une porte de sortie. Enfin, elle n'est pas grande ouverte, faut pas exagérer.

Athalie

PS : j'ai vu qu'il avait un autre titre, Caribou Island, je crains le dépeçage de la bête ...

 

08/10/2011

Il faut qu'on parle de Kévin, le retour

oui oui.jpgAvec deux des copines A., trois avec moi, c'était notre petit défi de copines A. d'aller voir le film (adapté du roman Il faut qu'on parle de Kévin, de Lionel Schiver). Histoire de s'en reprendre un coup de trauma, voir si on avait bien tout vu, tout compris, l'amour maternel pervers, le fils pervers, mais lequel des deux le plus ???  La troisième copine A. a déclaré forfait, il parait qu'elle devait garder sa petite fille ....

L'équipe A. retreinte à deux vigoureuses battantes,  avait le moral dans les chaussettes tombantes, le nez poudré de petites angoisses et le portable à portée de main en cas de crises d'étouffement subits. Il faisait gris et on est rentrées dans la salle obscure. Et on en est ressorties. Finalement, on a survécu. On ne savait plus trop articuler en sortant, mais on marchait quand même droit (enfin, je crois ...). 

Le film est-il bon ? Je ne sais pas trop, en fait. Les premières scènes m'ont semblé nulles, (mais j'étais morte de trouille) : des corps pateaugeant dans une sorte de sauce bolognaise pas cuite. D'autres encore après, très symboliques, presque fantasmagoriques : le sang macule des surfaces, du bon sang de peinture rouge bien gras et poisseux, la poursuite des fantômes d'Halloween, comment manger un litchi à la place d'un oeil ... d'autres scènes tapent juste, bien juste et bien fort : comment résister à l'envie de passer par la fenêtre un bébé qui hurle pendant des heures, rien que pour vous les briser menu, (les oreilles, s'entend), le réconfort du bruit du marteau piqueur qui crie plus fort que lui, ou comment décocher des flèches en plein coeur, au figuré d'abord ....L'actrice est excellente, elle est la mère coupable, pas coupable, mais quand même pas innocente, coupable qui résiste à la culpabilité, Kevin est parfaitement sournois, lucide et terrifiant, la grande maison trop belle, trop grande, déserte et froide, le père ne voit toujours rien, et rien ne vient arrêter le duel, le face à face de ce qui aurait dû être autre.

Qu'est-ce qui dérange dans cette histoire ? Qu'elle soit possible, on le sait, elle l'est, il y a des fils qui tuent. Pas les nôtres, mais ceux des autres, les mères de fils tueurs. Seulement voilà, là, la mère est normale comme nous, elle l'a voulu son fils, lui a sacrifié quelques trucs mais pas trop, comme nous, a voulu un truc normal, qu'il parle, qu'il joue, qu'il dise maman avant papa ... comme nous. Ce qui fait froid dans le dos.

Heureusement que, finalement, la mise en scène se mette en scène, que certaines ellipses se glissent, cela rend l'insupportable presque supportable.

Du coup, ouf, même pas mal. Mais peut-être quand même un peu, parce que y'a la copine A. qui est rentrée à pied, et moi qui suis passée dans une librairie, et qui n'a rien acheté. Ce qui n'est pas normal.

Athalie

PS : désolée pour la pub avant l'extrait, pas trouvé sans ...

21/09/2011

Rien ne s'oppose à la nuit Delphine Le Vigan

imagesCANI25S9.jpgRien ne s'oppose non plus au jour, normalement. C'est juste que Bashung, le jour, il ne devait pas avoir envie de le raconter, le livre non plus, ce qui fait que c'est cohérent . On le comprend vite vu que ce roman commence par le récit de la découverte par l'auteure (je ne dis pas narrateur, et j'ai pas faux puisque c'est dit, c'est autobiographique, ni narrateure, parce que cela ne veut rien dire) du corps de sa mère qui vient de se suicider, macabre et sordide. ça finit d'ailleurs sur la même scène (je ne sais pas si c'est parce qu'elle avait peur qu'on ait oublié entre temps ...) A.O. va me maudire parce que je dis la fin, mais l'auteure, elle a mis la fin au début, alors c'est pas ma faute, et ça ne change rien à l'intérêt (ou non) du bouquin.

 La première partie retrace l'enfance de sa mère, Lucille, deuxième d'une famille de 9,10,11, enfants, je ne sais plus (et puis en plus il y en a qui disparaissent en route plus un qui s'ajoute, pas pour le meilleur), des parents improbables, mais haut en couleur, une tendresse pour tous ces gens-là, ce bruit, que l'on devine, cette douceur et cette inconscience, celle rêvée des familles nombreuses, des complicités particulières et des relations que l'on voudrait proches, cette époque, celle des années 50, à peine, mais justement, esquissée. Il y a de l'allant, de l'humour, une faille évidemment se ligne, sinueuse, vu le début, on se doute que ça va pas durer comme ça, que l'explosion de l'illusion de la cohésion (c'est une allitération) ne va pas tarder. Mais c'est un beau tableau de personnages qu'on nous présente là. La belle Lucille qui fait des photos de mode, les moments de complicité avec sa maman, à elle rien qu'à elle, pour une fois, son silence, son retrait ... Et puis après, ça glisse, ça se délite, ça commence à pourrir ... et au bout d'un moment, je n'en pouvais plus des drames et des peines, de la folie de Lucille, qui glisse aussi, qui plonge et replonge et ses filles qui surnagent, à leur tour, de l'adhésion que nous demande cette voix d'auteure, sûrement sincère, qui demande qu'on ne la juge pas, qui souffre de dire la violence de sa mère, et la violence que l'on a faite à sa mère, belle, si belle, jeune, si jeune, fragile, si fragile, dure, si dure, si pas là, si ailleurs, si autre, si aimée, malgré tout.

Moi, je me demandais comment on pouvait sortir d'une enfance comme ça, mais aussi si ça allait s'arrêter bientôt, si on allait pas nous laisser quitter le manège à tragique avant qu'il aille dans le mur, je voulais bien lire jusqu'au bout, mais sans être obligée d'attraper le pompom pour faire un nouveau tour gratis. Pitié. Ben non, jusqu'au bout.

Ce n'est pas un livre pour moi, c'est tout.

Athalie

PS : désolée pour les familles nombreuses ....

 

27/07/2011

La terre des mensonges Anne B. Ragde

1ggpiq.jpgVu que ce bouquin est en présentation sur toutes les gondoles des supers et "recommandé par vos libraires", que je me suis faite avoir par le quatrième et les premières pages, je chronique juste pour avertir qu'on peut facilement s'en passer et perdre son temps à autre chose, regarder sa pelouse pousser, la pluie tomber, le linge à repasser s'amonceler ... à moins d'être passionné par l'élevage porçin en Norvège, évidemment. Auquel cas, il doit être d'une lecture fascinante (du moins, je le suppose).

Au départ, il n'y a pas trop de cochons, ce qui fait que c'est trompeur. Les toutes premières pages résonnent un peu à la Wasmo, une attente fébrile érotisante qui fleure bon l'étreinte dans le foin. Puis, un suicide bien troussé, inquiétant, violent, et toujours pas de cochons, mais un croquemort, passionné par son métier, absorbé même dedans, englouti dans une torpeur mentale qui s'annonce bien psy ... Vu que le quatrième annonce une sombre histoire de famille et un huis clos sanglant, ça colle, c'est un peu long, mais on veut bien admettre qu'il faut présenter les protagonistes, le décor du drame annoncé qui ne saurait tarder, classique. Puis, le deuxième frère, quelque peu frapadingue aussi : lui, son truc, c'est les vitrines, c'est son métier et sa passion les bidules qui brillent, les bibelots qui clinquent, obsédé jusqu'au sapin de Noël. Homosexuel jusqu'à la caricature ... ( On est pas obligé d'être homo pour aimer les préciosités débiles qui servent à rien et encombrent les étagères et passer son temps à les bouger d'un millimètre ou deux pour voir si ça fait mieux, j'en sais quelque chose ....). C'est encore un peu long, mais bon, faut bien attendre le troisième frère, ça va peut-être se décoincer, on attend le secret, le huis clos et qui attendait qui pour faire des choses bien chaudes dans le foin, on voit le suicide prendre du plomb dans l'aile de la fiction, par contre.

Là où j'ai commencé à sérieusement sentir le filoutage de la quatrième, c'est au troisième frère, parce que lui, son truc, c'est son élévage de cochons, on apprend aussi qu'avant, il avait des vaches, et qu'avec les vaches, il avait moins de travail parce que là ses truies sont en train d'accoucher, et qu'il y en a une qui a du mal, alors, il faut qu'il s'en occupe jour et nuit .... Alors quand la mère se met à calencher, le père à baver, la petite fille inconnue à faire le ménage là dedans, et que l'autre, il est toujours avec ses petits cochons, moi, je suis retournée regarder ma pelouse pousser, la pluie tomber. Ce qui est quand même plus passionnant. En tout cas, pendant ce temps-là, le tas de linge à repasser n' a pas diminué. Ce qui aurait été étonnant.

Athalie

 

 

21/06/2011

Dans les coulisses du musée Kate Atkinson

imagesCAISFYN0.jpgDans les coulisses du musée, il y a vraiment plein, plein de trucs tout foutraques et de traviole, de guingois, et ça brasse les personnages et les époques au point que, des fois, on se perd un peu dedans, et brasse les sentiments aussi, au point qu'on les retrouve, mais au détour, par hasard, juste dans le petit coin de la page.

Les amours sont des désamours, les soeurs disparaissent, les mères aussi parfois ; des photos vont et viennent, anciennes et menteuses, un médaillon passe de main en main, trace d'un temps qui n'était pas mieux, en fait ...Les mariages s'enchaînent et les morts se succèdent, cocasses ou pas, la tristesse est rattrapée dans la vision d'un sapin de Noël qui est resté un peu trop longtemps se dessécher, avec les boules de verre toujours accrochées, dans un fer à repasser oublié, dans un grand placard aux objets trouvés.

Le manque d'amour enfante des filles qui luttent contre les monstres de dessous les lits et les vampires des escaliers, qui aiment Edvis Presley, puis les Beatles, se coiffent les cheveux à la Joan Baez, finalement, des garçons aux cheveux blonds, bouclés comme des anges et des yeux myosotis, du même myosotis que le décor des tasses de café et qui disparaissent ...

Ce sont des histoires, des scènes de comédie, vaudevilles quotidiens où une ménagère pourrait bien s'enfuir avec le perroquet mais finalement non, où un mariage pourrait se dérouler normalement et finalement non, où un voyage en Ecosse pourrait être des vacances et finalement, non (mais ça, on s'en doutait dès le départ ...), où des jumelles pourraient bien avoir quelque chose d'extraterrestre et finalement oui, un peu ...

Valse même pas mélancolique, un joli moment de lecture.

Merci à Agnès de m'avoir fait découvrir cet auteur (entre autres) ....

Athalie

PS : un résumé "normal"

Dès l'instant précis de sa conception, une nuit de 1951, Ruby Lennox commence à voir, à comprendre, à sentir. En particulier, elle sait qu'on se serait bien passé d'elle... Et elle raconte son histoire, celle de ses parents George et Bunty, petits boutiquiers d'York, de ses soeurs, de toute une famille anglaise moyenne, on remonte dans le passé, dans l'arbre généalogique de la famille. Moyenne et ordinaire, sans l'être.

17/06/2011

Le diner Herman Koch

le-diner.jpgAujourd'hui, pour changer quand même, une lecture récente, toute fraîche même, comme le homard qu'on voit sur la couverture du livre ( mais je crois que frais, ce n'est pas rouge un homard ???), comme le magnet qui est sur mon frigidaire, parce que oui, en achetant le livre, vous avez droit à un magnet, encore mieux que la carte de fidélité .. Enfin, à Virgin, je ne sais pas si ils le donnent, mais au salon du livre d'"étonnants voyageurs", si. Ce qui fait que j'ai peut-être un collecteur sur mon frigidaire, qui en rougit de plaisir, je le sens) ...

Le roman commence comme une étude sociologique, sur le politiquement correct, pense-t-on, et c'est déjà assez réjouissant, et ça se termine comme un roman noir, il commence à se lire avec un sourire distant, voire supérieur, et il se termine avec une vague envie de vomir ...

Le livre est découpé selon les étapes d'un repas entre deux frères et leurs femmes dans un restaurant bobo, total bio et total énervant : apéro, plat, dessert, digestif (mais ils ne mangent pas de homard ... ) Le narrateur est le frère d'un  homme politique célébre, en passe même de devenir le premier ministre des Pays Bas, et lui le narrateur, ça l'énerve, voire ça l'expère, cette célébrité assumée, pour lui imméritée et injustement révérée. Paul, le narrateur, donc, lui, il estime avoir réussi sa vie, avoir une famille vraiment heureuse, pas qu'une façade pour les média. L'écriture est alors une loupe qui scrute le minuscule psychologique, une loupe des sentiments, comme dans un aquarium (d'où le homard peut-être ...)

Critique amusante et doucement ironique des moeurs et travers de notre temps, pense-t-on ... oui, mais petit à petit ça bascule grave. D'accord, depuis le départ, on sait que les deux couples sont réunis pour parler de leurs enfants, qu'il y a un secret, que le secret est grave ( c'est marqué sur le quatrième, donc, je n'ai rien dit ...), on attend le drame, la révélation ... d'abord en Dordogne, tableau désolant d'un microscome un peu ragoûtant et quelque peu pitoyable, mais non, ce n'est pas encore là, on continue à glisser ... Moi, je n'ai pas pu m'arrêter de descendre avant le vrai nauséabond, des salauds (je ne dit pas qui ...) prêts à s'aveugler pour la pire des causes, le bonheur. Le bonheur prêt à s'accommoder de tout, de la banalité du mal, au nom d'un amour perverti ( je ne peux rien dire, c'est frustant, ce truc ...)

Ce n'est peut-être pas de la grande littérature, mais que c'est percutant ! Par contre, si quelque'une A. trouve l'explication pour le homard ...

Athalie

PS : un commentaire plus récent que le mien :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/search/label/Romans

07/03/2011

Il faut qu'on parle de Kévin Lionel Shiver

Bon, c'était pas vraiment le moment, d'accord. On partait le lendemain en Andalousie pour quinze jours, on était au milieu des sacs, mon homme venait de m'annoncer que le compte courant avait nettement baissé alors que je m'étais acheté une tunique IKKS (en soldes, ouf ! ) quelques bouquins (six ...) en cas de manque "on the road", un chapeau rose pour ma fille (indispensable par contre), un éventail rose aussi à fleurs pour la même puce (totalement inutile, perdu ou cassé dans trois jours). Heureusement, j'ai résisté au peignoir pour le camping de chez "Les filles du mékong" (le magasin était fermé) et au maillot de bain deux pièces pour ma pucinette de chez "Petit bateau" (Y'avait pas le modèle que j'P7120167.JPGavais repéré). Et toc ! 80 euros d'économisé !
Ceci dit, il fallait que je parle de Kévin. Le titre c'est Il faut qu'on parle de Kévin. Rarement lu un bouquin qui me dérange autant, au point de me relever à trois heures du matin pour me calmer avec une cigarette, ce qui n'est pas franchement malin, j'avoue.
C'est la mère d'un tueur qui écrit, un tueur de quinze ans, qui a liquidé à coups de fléches ses "copains" de lycée, pas vraiment au hasard. Elle le décrit comme un être malfaisant, pas depuis la naissance, mais même avant, dans son ventre. Une vie avec lui faite de méfiance, de coups bas de part et d'autre, ses efforts à elle pour communiquer avec un enfant qui la déteste, foncièrement. Le problème, c'est qu'au bout d'un moment, cette mère martyre qui se présente comme coupable, et martyre, "coupable, forcément coupable" n'aurait pas écrit Duras, on se demande ce qu'elle cache, ce qu'elle ment. La fin est pire encore, on découvre que depuis le début, elle cache, effectivement, les deux crimes les plus intimes. Du coup, moi, tourneboulée, je me dis, depuis quand le mensonge a commencé ? Le monstre, c'est la maternité ? l'enfance ? Le bouquin, il me manipule depuis quand ? Comme Kévin a manipulé son entourage ? ou comme elle a manipulé son fils ?
Bref, une cigarette de plus en écrivant cet article ! C'est pas malin !

Athalie