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22/06/2014

La petite boutique des rêves Roopa Farooki

la petite boutique des rêves,roopa farooki,romans,romans angleterre,pépitesLucky, Delphine, Zaki, Jinan, père mère, grand-père-fils, fils-père, des parentés et des vies dans le désordre, dont les trajectoires en biais s'organisent au gré d'un trait d'esprit d'Oscar Wilde ; " Dans ce monde, il n'y a que deux tragédies. La première est de ne pas obtenir ce que l'on veut, et la seconde est de l'obtenir".

L'histoire est celle d'une famille, plutôt recomposée et assez mal assortie. A l'origine, il y a un coup de foudre en Inde pour une belle lavandière d'un jeune homme qui ne voulait qu'une chose, ne pas être commerçant comme papa. Son rêve est ailleurs, à Paris, dans une vie de bohème ... Par un drame du hasard, il est en Angleterre et tient une boutique aux horaires variables, c'est le grand-père, Zaki, bel homme, joueur, excentrique et père aussi, beau père ... Son rêve, il ne sait plus trop où il l'a rangé, il a oublié de le chercher, depuis le temps.

Lucky, le petit fils, matiné franco-paki ( ce qui a son importance) rêve de football, son père, Jinan, de liste de courses et de tâches à faire, et aussi de garder sa femme, la belle Delphine. Football, maternité, carrière, amour, amour surtout, amour de sa femme, de son fils (ou pas ...), de sa belle belle fille, les quatre personnages courent dans ce désordre comme les chats tournent après leur queue. Le ton est est mi joyeux, mi tristounet, mi grave, mi ritournelle. On ne change point d'amours dans ce roman, on change de point de vue, on l'attaque sous un autre angle ... Les personnages changent à peine de partenaire, ils changent de rêves, courent après l'ancien, le cache ou le retrouve, en attrape un autre au vol, en espérant que cette fois-ci, ce soit le bon ...

Delphine, entre autre, incarne ce mouvement d'oscillation perpétuelle. Pour son rêve de carrière, elle a tout fait. En détestation de son coin bourbeux des landes, elle est montée à paris, montée à Londres, montée en grade hiérarchique, et est montée en taxi, en une soirée d'averse ... Elle avait pourtant tout planifié ...

Même son beau mari, plus jeune qu'elle, en adoration devant elle, bel appartement, bel gueule, belle situation, mais voilà delphine tourne en rond dans son bocal, elle a beau se vernir les ongles des pieds avec application, il lui manque quelque chose ... Un autre rêve ? 

Son fils, Lucky rêve d'un but, un but ultime, celui qui fera gagner la coupe du monde à l'Angleterre, un rêve qui l'obsède car il s'arrête avant le tir et ne dit pas si le ballon rentre, ou pas, dans les filets ... Avant de le savoir, d'autres rêves le croisent, il tombe en amour et son grand-père, Zaki, dans la Tamise.

Si la première partie est si trépidante et attachante qu'on en a le cœur qui bat, la deuxième est un peu plus ronronnante, mais bon, maintenir le rythme aurait peut-être aussi gâché l'ensemble, qui fonctionne très bien, entre coup de baguette magique, coup de hasards, coups de cœurs, coups du sort. sans que on en lâche le leitmotiv d'Oscar Wilde, comme le refrain d'une fantaisie dramatique. 

Merci à Keisha, sans son avis positif, je serai passée à côté de ce beau moment de lecture.

 

04/06/2014

La classe de neige Emmanuel Carrère

la classe de neige,emmanuel carrère,romans,romans français,pépites,famille je vous haisUn petit garçon part en classe de neige. A priori, rien de très romanesque, ni de très exotique. Pas de quoi en faire un roman. Ben si. Et un drôlement bien, en plus.

Nicolas doit avoir 9 ou 10 ans, petit garçon un peu à part, c'est le rêveur. Craintif, dévoré de doutes, surprotégé, il ne sait pas se défendre de ses peurs. Et des peurs, il y en a cachées partout ... Il faut dire que ses parents lui en ont collé beaucoup, des peurs, peur de l'enlèvement, peur des méchants messieurs qui font du mal aux enfants, même les très sages, peur des trafiquants d'organes qui guettent les petits frères dans l'ombre des fêtes foraines ...

Le père de Nicolas, surtout, fait rempart contre le mal, qu'il voit partout. Il est voyageur de commerce, tout le temps sur les routes, il alimente la collection de bons de Nicolas. Avec les bons, il pourra avoir un bonhomme dont on peut enlever la peau en plastique pour voir les os. Quand il n'est pas sur les routes, il vacille, avachi de sommeil, dans le petit appartement, où jouent silencieusement, Nicolas et son petit frère et où la mère n'ose pas répondre au téléphone. C'est dire si on ne rigole pas ...

Alors une classe de neige, avec les copains et la maîtresse, ce devrait être une bouffée d'air, un truc à courir partout. Et bien non. Nicolas, douze jours loin de chez lui, c'est l'angoisse, angoisse de ne pas savoir faire, de faire mal, au milieu des autres dont il ne maîtrise pas les codes. Et le séjour commence mal. Alors que le groupe est parti en autocar, c'est son père, qui le lendemain amène Nicolas au chalet, il en repart avec la valise de son fils. Première humiliation, le pyjama ... 

La valise ne revient pas, et le séjour s'embourbe. Nicolas s'accroche à tous les protecteurs possibles, surtout à Patrick, le grand moniteur sympa, avec la queue de cheval blonde, qui le prend un peu sous son aile. Et puis, aussi, Hodman, un grand pour la classe, singulier, lui aussi, mais pas pour les mêmes raisons que Nicolas. Lui, il n'a même pas peur de son ombre. Seulement, son amitié est imprévisible, à double tranchant ...

Dire que ce livre est angoissant serait le moindre des mots. On sent l'étau sur Nicolas, bien avant qu'il ne se referme,on guette le coup qui va l'atteindre. Dans sa tête, la mort entrechoque la petite sirène qui peine à devenir femme, le club des cinq traque les trafiquants d'organes, un rêve de manèges et de vie heureuse plane, mais les phares éblouissent les lapins sages ...

Quand la bombe éclate, que le vrai danger tombe, le texte s'ouvre vers un blanc sans fond.

Une lecture commune avec Ingannmic, j'espère aussi convaincue que moi !

26/05/2014

Caprice de la reine Jean Echenoz

caprice de la reine,échenoz,romans,romans françaisLe titre est beau (je sais pas pourquoi, un truc avec les princesses ?) et les sept textes sont sept petits bijoux, dans un écrin d'écriture ciselé, comme on taille les ifs pour qu'ils fassent joli dans un jardin à la française. J'ai horreur des des ifs et des jardins à la française, ceci dit. Mais Echenoz, j'adore. de sa patune à peine tristounette, il vous joue un air d'adjectif qui n'a l'air de rien , du genre en fin de phrase, inattendu, il vous retourne le sourire narquois de l'écrivain matois. "T'as vu que je sais faire" - "oui, j'ai vu" - "Tu as vu que tout est grave quand c'est léger ?"- "Oui j'ai vu".

Je suis toujours d'accord avec Echenoz, surtout quand c'est moi qui fait les questions et les réponses.

Sept joyaux inégaux pour une couronne à réserver quand même aux inconditionnelles (ls), mais je suis une inconditionnelle.( j'ai décidé que le masculin passerait après le féminin, ce n'est pas une faute de frappe. )

Le premier teste a pour titre "Nelson" . L' amiral est invité à un dîner anglais, dans un manoir anglais. Normalement, ça donne un truc genre historique. Ben non, pas avec Echenoz, ça donne un texte de biais, une sorte de biographie des blessures du grand homme, dévoilées par paliers de batailles, et par paliers de difficultés pour ... manger. Comme quoi, la grandeur n'a cure de la grandeur. On le croit en morceaux, le grand homme révéré, lorsqu'il s'échappe, raisonnablement, planter son rêve de grandeur patriotique maritime à coup de glands enfoncés dans la terre des ancêtres. Solitaire solidaire d'un rêve patriotique, Echenoz le campe, et puis s'en va.

Dans le second texte, "Caprice de la reine",  l'écrivain va nous faire faire un exercice de style stérile et jubilatoire, dans une sorte de "tentative d'épuisement d'une campagne mayennaise".Juste un tour sur nous même, de la main droite à la main droite, d'un point de départ à l'autre, le même. Somme toute, inutile de bouger, il suffit de tenir le crayon. Et Echenoz le lâche.

Après, on part à Babylone, l'antique citée splendide. Sauf que, là, j'avoue, j'ai ri. Enfin, j'ai souri en grand. Chez Echenoz, on ne rit pas, on surligne une courbe des lèvres vers le haut. On distance. On dérisoire. On prend de la hauteur, on se demande pourquoi le Hérodote a embelli sa description de Babylone. Ben oui, il y a des sujets essentiels chez Echenoz. A quelle fin le fin lettré aurait menti ? Qui en a cure ? Ce n'est pas le propos. Le propos est de le dire, et encore. ..Vacuité des mots? Vacuité des souvenirs ? vacuité du temps passé? Vacuité des des regards sur le monde ?Et Echenoz ne dit rien et Echenoz s'en va.

 "Génie civil" m'a régalé comme une esquisse de ces romans à la Echenoz sur les destins détournés par le hasard, d'un brouillard, d'un moment, un destin raté sans grandeur tragique. Un hasard précipite l'amour possible dans les eaux brumeuses ? Pas grave, que l'on se rassure, le monde tourne encore et reprend son sens, il suffit de quelques kilos de peinture.

Ironie douce amère, textes gigognes où surgit de l'infra ordinaire, l'extraordinaire, ou l'inverse. Echenoz parle d'un temps de l'écriture se fait, s'écoute presque, s’immobilise, se regarde en train de se faire. Il nous cisèle une vue imprenable sur pas grand chose, un vieux cinéma sur une grande avenue de la ville du Bourget, un projet de vie qui tient, dans la possibilité, ou pas, d'un sandwich au saucisson sec. Avec ou sans cornichon. Telle est la vraie question, ou pas.

22/05/2014

Northanguer Abbey Jane Austen

th.jpgOh !!! la belle gourmandise que voilà : un chou à la crème avec plusieurs couches de crèmes : la caustique, la quasi flaubertienne sur les mœurs de province, la caustique, encore, sur l’héroïsme romanesque, la caustique, sur les jeunes filles à l'imagination gothique, et la caustique, sur sa propre écriture. Caustique, donc mais tellement léger que vous plongez les doigts délicieusement nacrés rose bonbon dedans, avec les ongles un petit peu pointus, pointus ... et Jane Austen s'amuse à nous taper sur les ongles, lectrices prises en flagrants délits de gourmandise les ongles pointus dans le pot.

Son héroïne, Catherine, est tarte à n'en plus pouvoir. Elle n'a rien d'une héroïne, et peu d'une héroïne austéienne (ça existe comme mot ? Pas grave) , ce qui fait que l'auteure nous prévient tout de suite, avant d'en faire quelque chose, elle a du boulot. Elle nous explique sa fadeur, peu prometteuse, sa normalité décourageante, avant de la plonger dans des situations romanesques convenues dans ce monde qui est le sien (en gros comment trouver un mari sans en avoir l'air). Sauf que Catherine, elle ne sait vraiment pas se débrouiller toute seule, et sans cesse l'auteure lui donne-t-elle une petite claque sur la crinoline, et c'est drôle ...

La jeune fille n'est pas d'une grande beauté, pas d'une grande richesse, pas d'une grande famille ( enfin, si, mais uniquement par le nombre), pas d'une grande intelligence, ni d'elle même, ni des rapports sociaux dans lequel elle se trouve plongée par le miracle d'un séjour à Bath, ville d'eau snobissisme et anglaise avec toutes les vieilles dentelles qui froufroutent et les jeunes dentelles qui tentent leur chance dans la valse aux maris. A peine parrainée par sa marraine dont le seul souci est la couleur des chapeaux, et qui passe son temps à déplorer leur absence de connaissances mondaines, Catherine paraît bien mal lotie pour trouver un cavalier pour le bal rituel.

La Catherine, naïve, cruche et gauche comme une potiche chinoise posée sur un buffet post-modernisme, ne tarde pourtant pas se faire une grande amie pour la vie, la Isabelle Thorpe, aussi sincère qu'un thé à la crème aromatisée ciguë. Il faut dire que la Isabelle a un oeil sur le frère de Catherine, James, qu'elle tiendrait bien à mettre dans ses filet à provision au cas où elle ne trouverait rien de mieux. Sans compter qu'elle a aussi un frère à caser, le Thorpe, animal aussi sympathique qu'un sabot de cheval, n'imbu que de lui-même et que de parvenir à ses fins, vaniteux, bavard, un repoussoir que Catherine peine à repousser dans sa bonne volonté de bien faire. En effet, pour être convenable, il faut que le duo ( James et Isabelle) devienne quatuor, ( Catherine et le Thorpe), une amie pour la vie servant surtout à mettre la main dans la sienne lors de promenades en formes de préliminaires. Une jeune fille convenable ne pouvant pas la mettre dans la culotte du convoité, enfin, pas directement.

Cependant, la Catherine devient petit à petit héroïne et dans sa nunucherie tente de résister à la poussée collective des trois autres. Il faut dire qu'elle a croisé le regard du bel Henry Tilney, qui ne demande pas mieux que de se faire attraper, encore faudrait-il que Catherine s'en rende compte ...

Le manège des jeunes gens qui jouent à chat dans la limite des places disponibles est juste délicieusement méchant, orchestré comme une valse où Catherine joue, toujours, innocemment, le contre temps. Sans cesse, elle se trompe, de sentiers, de promenades, de regards, de tactiques pour changer de cavalier. Avec comme seul manuel de survie, les romans gothiques, remplis de soupirs énamourés qui bruissent de tiroirs secrets, et de secrétaires enflammés oubliés aux manuscrits décevants, de secrets de famille tapis dans l'ombre.

 C'est dire que lorsqu'elle arrive à bon port, la Catherine, on est content pour elle et grandement épris du tournoiement ironique que la Jane Austen lui a infligée.

 

 

 

01/05/2014

Mai en automne Chantal Creusot

mai en automne,chantal creusot,romans,romans français,pépitesLa maison de Marie est un peu à part du village, Marie est à part tout court. L'histoire de cette ronde de femmes commence par elle, dans cette maison où surgit Solange, une nuit de bombardements dans un petit village de Normandie, plus rural que maritime, même si la mer n'est pas loin et qu'on l'entrevoit des fois. Marie est servante dans une grosse ferme, dirigée par la veuve Laloy, toute en générosité, le fils, Camille, y nourrit son âme inquiète de rêves de livres et d'un amour inabouti pour la belle servante égarée dans son ailleurs.

Dans le village, deux familles de notables, les Vuillard, leur fille Marianne. Marianne est l'excessive fille, rebelle, provocante, fille de Pierre et de Lucille. Pierre, enfant d'une veuve méritante,  a gravi les échelons de la médecine et a, au passage, comme un faux pas de côté, épousé la bourgeoise Lucille, au détour de l'amitié pour un frère défunt. Ils habitent la grande maison aux tilleuls défraîchis. Lucille s'y noie l'âme de rancœur. Pierre se noie dans son travail, et prend quelques maîtresses au passage.

Les autres notables, les Laribière ne sont pas mieux mariés, lui, avocat de province, elle, niaise à faire honte, heureuse de tout. Eux ont un fils, Simon, un peu égaré entre eux deux.

Une micro société provinciale et aisée, prospère mais agitée des âmes, le sujet n'a rien d'original mais son traitement est d'un charme puissant. L'écriture en fait une architecture complexe mais riche de surprises, de phrases en phrases, on va creusant. Car, pour cette histoire qui se tient en deux générations, dans l'entre deux guerres, on fait d'abord la ronde des filles de : Marie, donc, fille de personne, adoptée par la veuve Laloy, dont les sabots sont bien campés dans l'amour pour cette simplette, si ailleurs qu'un soldat allemand la cueillera par hasard au coin d'un bois. Ensuite, il y a Solange, la coquette ingénue, et sa soeur, Michelle, l'austère engagée, ce sont les deux filles de la libraire. Et c'est Simon qui cueillera Solange, à la place de Michelle, par le détour d'une photographie, autant dire d'un leurre .... Et Madeleine, l'amie de Solange, qui fait des grimaces par derrière les dos et se désespère, perdue de n'aimer que son médecin de père.

Il y a aussi la belle femme du procureur, plus libre, comme un papillon qui accroche une lumière éphémère.

Des hasards qui font que l'amour naît et disparaît, la fugacité des sentiments qui lient irrémédiablement pourtant ces hommes, ces femmes, ces filles, pour toujours, alors que les fils sont cassés. La grande histoire traversent les uns et les autres ; la grande guerre, l'occupation, la résistance ... et ils continuent à marcher artificiellement, la tête haute pour les uns, puisqu'ils ne savent faire autrement, la tête dans les murs pour d'autres, les événements extérieurs font des trous dans leur trame, ouvrent des fosses. Mais voilà, si rien du propos n'est vraiment nouveau, le style de l'auteur tient serré, très serré, le tricotage, les mots tiennent ici la dragée haute, serrent les destins. S'ils sont précaires et flous, humains ... juste, quoi ... Leur restitution leur donne une allure de marbre aussi mouvant que du sable. Magistral pour moi. 

 

23/03/2014

Un repas en hiver Hubert Mingarelli

un repas en hiver, hubert Mingarelli, romans, romans français, dans le chaos du mondeUn livre très court et qui raconte un moment très court, une journée, à peine plus, et à quoi tient la vie d’un homme, à peu de choses, aussi.

Trois soldats allemands sont basés en Pologne, dans ce que l’on devine être un camp d’extermination d’avant d’industrialisation des meurtres, au moment où la Shoah se faisait « par balles », de visu donc, avec des regards possibles entre bourreaux et victimes, ce qui dérangeât les bourreaux, ce pourquoi, on sait l’horreur logique de la suite de cette histoire-là. Ces trois soldats étaient des hommes ordinaires, et dans un sens, ils le sont toujours, et c’est qui fait  la force de ce livre. Nulle explication, on reste dans la tête du narrateur, et le narrateur, il évite de trop penser, il s’arrête à lui-même et ses deux compagnons. A leur présent et ne cherche pas à voir plus loin que leur lendemain.

Donc, les trois soldais, Bauer, Emmerich et le narrateur vont partir à la chasse pour « en ramener un ». Leur commandant leur a donné l’autorisation de sortir du camp pour cette journée seulement et à cette seule condition. Ils lui ont expliqué, que là, vraiment, ils avaient trop le cafard. Un convoi est annoncé, on « va en ramener », il va leur falloir participer à la fusillade, et là, cette fois-ci, ils ne veulent pas. Ils expliquent qu’à force d’avoir le cafard, de tuer comme cela, ils n’allaient plus servir à rien et qu’il valait mieux leur laisser au moins une journée, pour faire autre chose. Et le commandant, pas en grande forme lui non plus, a accepté.

Les trois soldats s’enfoncent donc dans une Pologne aux paysages solitaires et glacés, avec chacun leur mots dans leur tête : pour un, c’est son fils qui le tracasse, et  comment le convaincre d’arrêter de fumer, pour le narrateur, c’est son rêve de tramway ordinaire, pour le dernier, la rage d’être là, à fumer dans le froid. Pour les trois, il s’agit juste de s’échapper une journée,  pour peut-être pouvoir avoir le droit de repartir faire de même le lendemain.

Et sans vraiment chercher, ils en trouvent un, de juif, un qui ne peut s’échapper, et ils l’emmènent avec eux, vers le camp. Mais avant, comme ils ont faim, et quelques provisions, ils s’arrêtent dans une masure abandonnée pour se cuire leur festin de semoule et de saucisson. Arrive alors un polonais, un qui pourrait être le bouc émissaire de leur mal être d’être là ....

Loin du jubilatoire « festin de Babette », auquel le titre pourrait faire penser, le huis-clos se construit sans aucune générosité. Le récit égraine les miettes du temps qui mène à un repas chaud en s’attachant aux petits riens de la longue attente, en attendant que les graines de la semoule gonflent : quelle quantité de neige pour avoir assez d’eau, quoi de la chaise ou de l’étagère brûler en premier pour avoir assez de feu.... Ne pas regarder le prisonnier, ne pas voir ce qui fait de lui un être humain qui a été aimé, et dont le flocon sur le bonnet a été brodé peut-être, par les mains de sa mère. Ne rien voir de ce que l’on est : un tueur, un bourreau. Même pas se mentir, non, ne pas se voir et ne pas voir l’autre comme un « comme nous ». Comment l’humain s’arrange de ses crimes ? Un récit qui peut bouleverser la bien pensance, sans humanisme et sans concession, glaçant.

Un auteur découvert chez Jérôme.

20/03/2014

Expo 58 Jonathan Coe

Jonatan Coe, expo 58, romans, romans angleterre, a cup of tea timeLa couverture du livre (qui n'est pas l'illustration que j'ai choisie, mais la vraie couverture, tout le monde peut la voir partout, et "les amants" de Magritte ça a quand même un rapport) dit tout, délicieusement acidulée, rétro et enjouée, couleurs vives de comédie en cinémascope, personnages aux dos tournés, qui vont s’animer dès que le bouton de la télé en noir et blanc va s’allumer, un scopitone plastique.

Comme dans certains films d’espionnage de cette guerre qui  se disait froide, l’auteur a fabriqué un anti héros, une caricature du petit fonctionnaire à la courte vue, et tiré, un peu aussi, à la courte paille, pour une mission inattendue. Thomas Foley, physiquement est un croisement entre Dirk Bogarde et Gary Cooper. Moralement, il est anglais, comme Coe sait faire les anglais, tout britannique et de retenue convenue et frais sorti de l’œuf, ou du moule.  Tout juste marié à une parfaite ménagère d’un fade pastel, et juste père, il est juste fabriqué aux petits oignons pour être mangé tout cru  dans cette comédie sentimentale qui se croise de roman d’espionnage en carton pâte.

Le décor choisi par l’auteur pour remonter la clef de son héros est dans la même tonalité du vrai faux, faux et vrai. Il ne s’agit de rien de moins que de la comédie que se jouent les nations à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958. Officiellement,  l’expo a pour but de célébrer l’amitié entre les peuples, retrouvée après le chaos de haine de la deuxième guerre mondiale. En réalité,  la célébration est un brin surréaliste, comme il se doit au pays de Magritte. Et officieusement, il s’agit d’une autre histoire …

Notre héros, donc, se voit confier la mission de superviser la bonne marche du maillon fort du pavillon britannique, le Britannia, un faux vrai pub anglais, entre modernisme et respect de la tradition, comme il se doit. La bière est vraie, par contre, visiblement. Thomas doit donc quitter femme et enfant, mère et pas son père (il est mort mais a quand même avant donné un fort mauvais exemple), pavillon de banlieue et voisin qui a des cors aux pieds pour se retrouver immergé dans la comédie du bonheur et des illusions de la concorde, et pas seulement politique, mais aussi, à la Lubitsch, un poil sentimentale qui va le gratter aux entournures dès l’apparition de la fraîche Anneke, hôtesse sur l’exposition.  Le duo va devenir quatuor, une belle américaine et un autre missionné comme Thomas, mais estampillé séducteur patenté, puis un soviétique bellâtre, puis … rentrent à leur tour dans la danse des sentiments. Vrais ou faux ? Le bal des séductions joue la partition de la tentation dans le cadre du faux concert des nations … notre héros se laissera-t-il tourner la tête alors que Dupont et Dupond, déguisés en espions tout britanniques aussi, lui confieront une seconde mission, de charme patriotique vêtue ?

Entre comédie allègre, roman d’espionnage aux grosses ficelles qui se voient, le sérieux du propos va cependant en s’étoffant et des accents du superbe « La pluie avant qu’elle tombe » gagne Thomas, qui s’étoffe et s’affine. Le roman n’aurait pu être qu’un amusement de genres, et il aurait déjà été très bien, mais il gagne quelque chose en plus, une sourde mélancolie dans la valse des masques menée de main de maestro, britannique, évidemment.

Est-ce utile de dire que je me suis simplement délectée de cette comédie douce amère ?

 

Un roman que j'ai inscrit au "non challenge des pétites" de Galéa.

Du même auteur sur ce même blog :

"Testament à l'anglaise"

"La femme de hasard"

"La vie très privée de Mr Sim"

" Désacords imparfaits"

D'autres titres pas chroniqués ici mais juste excellents ( et chroniqués tellement par ailleurs ...) :

"Le cercle fermé"

"Bienvenu au club"

 

11/02/2014

Au lieu dit du Noir Etang H. Cook

au lieu dit du noir etang,henry cook,romans,romans policiers,pépitesLa petite ville de Chatham en Nouvelle Angleterre a été secouée il y a des années par un sombre drame, un procès, celui d’une trop belle jeune femme venue d’ailleurs et sans doute mal taillée pour la vie restreinte qui lui a été offerte là. Melle Channing a été jugée sous les cris de haine, coupable, mais de quoi ? On ne sait trop ce qui est vraiment arrivé, ce qu’il leur est arrivé à elle, à monsieur Reed, à sa femme, sa fille. Qui a tué qui ? Qui est mort ? Ce que l’on sait, c’est que le narrateur, Henry, alors adolescent au début des années cinquante, rêvant d’ailleurs, et maintenant retraité solitaire installé là, dans les mêmes rues quasi immobiles, n’y est pas pour rien. Mais pour quelque chose jusqu’où ?

Le roman est tout entier construit et tendu sur cette incertitude balancée tristement entre deux temps. Il nous mène en bateau jusqu’au bout. Qui était vraiment Melle Channing ? une tueuse au sang froid, une amoureuse passionnée, une artiste de l’âme torturée, une victime d’un mensonge, d’un songe ? Et puis comment elle, si solaire, si attirante, pour l’Henry adolescent a-t-elle pu si follement aimer le triste monsieur Need ? Deux solitudes se sont croisées, deux âmes pantelantes se sont reconnues et ont croisé leur bras sans qu’on ne le voit.

Melle Channig vient d’Afrique. Elle a bourlingué dans l’Europe des hauts lieux culturels, elle connaît des choses que Chatham ne soupçonne même pas. Libre penseur, son père l’a élevée dans ses principes, très, trop ? libres. Sans argent après sa mort, une vague connaissance l’envoie dans la petite ville, mal taillée pour la recevoir. Elle tente de s’y fondre en acceptant le poste, spécialement créé pour elle à l’école de Milton, de professeur d’arts plastiques. Une innovation révolutionnaire pour cette école de garçon où les principes vertueux sont l’œuvre du père d’Henry, sa création, sa raison de vivre. Un homme tranquille qui avait un rêve à sa mesure. L’objet amoureux, monsieur Need est le professeur de littérature de cette même école, des mêmes garçons. A l’étroit comme elle dans cette peau de chagrin de la vie. Sauf qu’avant elle, il ne semblait pas le savoir, pas vraiment. Quelle révélation de lui a-t-elle faite ? peut-être dans l’entre deux rives de l’étang qui sépare leur deux maisons, lui d’un côté avec femme et enfant, et elle de l’autre, avec ses dessins d’ailleurs.

Henry doit sa connaissance des faits à son intimité avec elle. D’abord forcé par son si respectable père que l’ado l’en méprise, puis comme par une étoile noire attiré.

Ce que l’on sait, aussi, c’est que le procès fut la fin du rêve de Henry père et peut-être de Henry fils. Pour le reste, on ne peut rien en dire, il faut lire ce va-et-vient entre le temps qui fut et celui qui a fui. Petit à petit, se soulève une partie du mystère, et pourtant tout dit est depuis le début, l’opacité est au cœur de ce roman, pas policier, vraiment, et où le « noir du crime » prend des accents romantiques et sensuels quasi à la Jane Eyre ( j’en rajoute un peu quand même ...).

Une vraie bonne lecture, une découverte pour moi d’un auteur à suivre, rencontré chez Margotte

05/02/2014

La claire fontaine David Bosc

romans, romans français, la claire fontaine, david Bosc, pépitesJe n’aurais qu’une critique sur ce titre, son titre, justement. Pour moi « La claire fontaine », ça fait Ingres, ça fait pas Courbet. Mais je ne suis pas, loin de là, une connaisseuse de l’œuvre de Courbet. Je dirai même que « L’enterrement à Ornans », je ne trouve pas ça beau. Je sais que c’est fait exprès, mais quand même ... C’est une révolution picturale. Il fallait le faire, soit, mais bon, je regarde, je lève mon chapeau et passe, l’œil sec. Donc, quand j’ai lu la note de Jérôme conseillant ce livre, je n’ai pas lu Courbet, j’ai lu Ingres. Du coup, l’esprit embrumé par mon inculture et mon attention flottante, je me suis dis « Tiens un livre sur Ingres en Suisse qui peint des fontaines », voilà qui est pour moi, je ne connais pas. Et pour cause, Ingres n’a jamais fichu les pieds en Suisse. Courbet oui, mais il n’a pas peint de fontaine ( du moins pas dans ce livre). Ce qui fait que je reste avec ma question : pourquoi « La claire fontaine » ?

Courbet en Suisse, c’est le Courbet fini, celui d’après la fulgurance de la Commune, celui d’après ses morceaux de bravoure, le Courbet poursuivi par le pouvoir réactionnaire, celui qui doit payer la colonne de Vendôme. De cette période d’exil, brève de quatre ans et finale pour le peintre, il semblerait que l’on ne sache pas grand-chose, ce qui fait sans doute que l’auteur l’a choisie, il a devant lui un vide qu’il remplit de mots et il y brosse des traits fins comme le peintre balayait les toiles de ses natures mortes de sa taloche. Le narrateur observe son sujet puis lui dresse un hommage bien senti.

Pas amer, juste revenu de toutes ambitions, on y trouve un Courbet montré comme un rustaud du couteau à peindre, grand buveur, hâbleur, fêtard jusqu’à plus soif, se levant tard, il peint à tour de bras les paysages, sans théories, projets et sans vergogne, toujours un peu les mêmes ; il se finit en beauté. Rien de suicidaire, on reste sur les bords, on le regarde. Le récit tient en peu de choses : Courbet peint, mange, boit, le tout en grande quantité, en désordre et en même temps. Courbet baigne, parfois à pas d’heures, un corps adipeux, amplifié par ses excès, dans les eaux froides. Parfois une scène, son père en visite, la lumière qui dessine son profil en un dernier tableau, ses amis, ses aides qui le quitte, le temps présent qui l’ignore. Il lui en reste peu, il le gaspille. Quelques souvenirs des œuvres maîtresses, le portrait de Baudelaire, « L’enterrement, « L’origine du monde ». Tout est derrière lui, sans nostalgie, une liaison avec une servante, à peine esquissé à pleine mains, des gueuletons à pleine gueule, les derniers fidèles qui le lâchent et la mort, pitoyable, une fin de baudruche qui enfle, pas pitoyable, pourtant.

C’est un hommage qui ne le dit pas comme un « c’est beau », l’auteur les décrit seulement, ces natures mortes animalières que Courbet a aligné du temps de sa splendeur de bouffeur de pots de peinture. Les corps des cerfs et des chiens sont disséqués, exposés comme le peintre le faisait, et l’on comprend la technique, le pas beau voulu. Ces descriptions sont elles mêmes comme des natures mortes, saisies au vif, sans recours à l’âme, ce sont des touches bien encadrées pour une peinture comme attachée au rendu de la matière. Le texte passe par le toucher, l’odorat, joue des sens gras et fins des mots et tournures, pas si familières qu’il ne le semble au premier coup d’œil, pour faire voir l’épaisseur que le peintre cherchait.

Jusqu’au dernier tableau de mots, un tableau jamais peint par Courbet mais si juste, qu’on souhaiterait qu’il existe : «  un homme dans l’eau jusqu’à la taille, immergeant un poupon rieur en le tenant sous les bras. Une belle gosse, douze ou treize ans, avec une bouche de je-vous-aime-, plongea sans perdre d’élan. Sa chemise et ses cheveux firent sous l’eau comme une bouche qui s’ouvre. Des fillettes et leur mère achevaient de goûter. Les petites avaient posé sur un plancher mouillé les noyaux de pêche qu’elles avaient sucés. On y voyait quelques filaments jaunes réunis en pointe »

Des passages comme celui, je les ai lus et relus, le livre est court, on peut prendre son temps et y revenir, j’ai savouré les mots sur la peinture de Courbet, vu que moi, la peinture de Courbet, c’est pas mon truc. Les cerfs morts tout foncés et verdâtres, ça ne me parle pas. Les poissons posés sur la table, la truite bouche ouverte, le peu que j’en connais ... C’est juste personnel, quoi. J’ai dû voir trop de reproductions bas de gamme sur les boîtes de chocolat de Noël, un peu comme « La balançoire », « Le déjeuner sur l’herbe » et autres chefs d’œuvre qu’il faudrait voir avec l’oeil neuf du naïf. En tout cas, maintenant, j’y regarderai quand même à deux fois sous les écailles des poissons (en peinture, je veux dire).

19/12/2013

Dora Minaverry

dora-minaverry-L-AUanaY.jpgUne note sur un blog souvent fréquenté peut être piègeuse ... A bonne blogeuse saluts entendus ... Je trouve chez Keisha deux présentations de "romans graphiques" qui m'allèchent les babines.  Je note sur mon carnet à pièges et je me rue vers la bibliothèque de mon quartier. Pauvre de moi ... Rien dans les présentoirs. Et pourtant, j'avais durement négocié deux places sur la carte de mon fils, vu que je n'en ai pas. Fin du premier round, mais l'envie me taraudait et quand l'envie nous tient ...

Deuxième ruée de saison, la tournée des cadeaux de Noël. La mienne passe forcément par une librairie, tiens donc, spécialisée en B.D, tiens donc, les deux titres y sont, tiens donc, pour une fois que j'avais mon carnet sur moi, alors que j'étais partie faire des achats pour les nombreux autres, donc pas d'achats hors de la sacro sainte liste de Noël, non, non, Athalie, sors de ce corps ... C'est alors que, mais oui, "l'héritage", ce serait bien pour mon neveu amateur de Sacco ( comment cela, cela n'a rien à voir, Sacco, c'est en couleur aussi des fois ... et il parle des Palestiens non ?). Donc, "L'héritage" dans la besace. Mais "Dora" ? à qui caser "Dora", parce les romans graphiques en noir et blanc sur la chasse aux nazis par une fille de déporté, chez moi, on va commencer à trouver que je fais dans le lourd. Dans le doute, je ne demande pas de paquet cadeau.

De retour dans mon canapé, les pieds au sec et l'esprit aussi vidé que ma carte bleue, je fais le point. Pas le choix ( ben non, hein ...),"Dora" sera pour moi. Et comme là, je n'ai plus rien à lire ( comment ça "Le dernier arbre" de Tim Gautreau était à côté du canapé ? Je ne l'avais pas vu ...) et que ce n'est pas la peine d'attendre Noël puisque des cadeaux, je m'en suis fait d'autres, je me cale en me disant que cette petite supercherie avec mes scrupules financiers ne va servir qu'à me boucher une demi heure de dent creuse de lecture.

Que nenni ! Y' a pas que la note qui est piègeuse. Il m'a fallu une heure et demi et pas mal de neurones à secouer hors des flocons de Noël pour arriver au bout de cette superbe tentation. (les pieds, ça allait, ils se réchauffaient sous le plaid).

D'abord le dessin, je ne suis jamais restée regarder les dessins d'une B.D. aussi longtemps, un par un, je regardais tout. Le pire, c'est qu'il y a peu de détails, alors, je ne sais pas trop ce que je regardais. Le tout, l'ensemble, le noir et et blanc, ben oui, ça fait drôle de rester regarder des dessins en boir aussi longtemps et avec si peu de textes à lire et de détails à regarder ... Des fois, il n'y a pas un mot dans la vignette, juste une bouche et un rouge à lèvre et on comprend la séduction, des fois juste un gros plan sur le joli minois de Dora, et on comprend la solitude, parfois juste un plan large sur un immeuble à Berlin et on comprend la boite, le Berlin juste après la guerre, une affiche de film suffit. Même le grain du papier, je l'ai trouvé beau.

L'histoire est complexe et mêle des fils historiques qui demandent une bonne assise dans un bon canapé. L'auteur n'y va pas avec le dos du pinceau (comment ça une B.D ne se fait pas aux pinceaux ? ben celle là, on dirait que si, et avec les pinceaux de l'histoire, en plus). Au début, Dora à 16 ans, elle vit avec une amie, Lotte, à Berlin. On est en 1956. Des ombres planent encore des années noires d'autant plus que les deux jeunes filles travaillent aux archives, elles y classent les documents que la RDA détient sur les nazis. Dora y commence ses archives personnelles en croisant le nom de son père sur une liste de déportés, celui de son patron du côté des bourreaux. La dézanification est loin d'être rigoureuse et bien des sympathisants sont encore dans les murs. Pour un Eichman retrouvé, combien se terrent encore ... Dora photographie. Lotte vit sa drôle de vie d'amoureuse. La deuxième partie de l'itinéraire de Dora se vit à Paris. Le FLN, l'OAS, la banlieue rouge et un mystérieux commanditaire à moustache qui va la lancer dans la troisième partie, en Argentine péroniste, sur les traces improbables de Menguele.

Dit comme cela, on pourrait croire qu'il se passe plein de choses, mais en fait pas vraiment, ce sont des actions immobiles (je tente le concept ...), figées, cette recherche, des petits riens mis bout à bout, et encore. On suit la jolie bouille de Dora qui grandit, toujours un peu seule, dans cette espace autour d'elle que lui donne son trop grand passé.

En plus, il y a une suite, mais, il me faudrait un autre neveu ...

PS : à l'heure qu'il est, je n'ai pas encore été ouvrir le paquet de mon neveu avec "L'héritage" dedans. J'ai un peu peur que mes enfants me voient. En plus après, il faudrait que je refasse le paquet ... A moins que ... Je lui refile "Dora" à la place ????

13/12/2013

Pobby et Dingan Ben Rice

pobby et dingan,ben rice,romans,romans américains,pépitesIl y a environ huit mille cinquante trois habitants à Lightning Ridge. Avec Poggy et Dingan, cela fait huit mille cinquante cinq. Sauf que Poggy et Dingan, même si tout le monde les connait, ils n'existent pas et ils ont disparu. Ce qui n'est pas sans poser problème.

Je pourrais lancer un avis de recherche mais en fait Ashmol s'en est déjà chargé. Parce que  depuis que Pobby et Dingan ont disparu, Kellyanne, leur meilleure amie est très malade. Ashmol est le frère de Kerryanne et même si il n'a jamais cru en l'existence de Pobby et Dingan, ce n'est pas une raison pour ne pas les rechercher, en tout cas, pas une raison suffisante. Mais retrouver deux invisibles quand on ne croit pas en leur existence, ce n'est pas sans poser problème. Alors, il faudra bien qu'il y croit un peu.

Si vous voyez Pobby et Dingan errer dans les mines d'opale, sachez que Dingan est calme et pacifiste et que Pobby boite un peu. C'est à cause de cela que Kerryanne arrivait un peu en retard en classe, parfois. Elle devait l'attendre. Tous les jours, ils prennaient le bus de ramassage tous les trois ensemble. En classe, Kerryanne prennait soin d'eux, et après, ils rentraient. Ils jouaient au rigaragoo et dansaient sous les éclairs. Enfin, quand il y en avait. Ou alors ils se couchaient. Toujours tous les trois.

Ah oui, j'allais oublier , Pobby et Dingan mangent exclusivement des Violet Crumble.

Ils ont disparu parce qu'un jour, le papa de Kerryanne, Rex Williamson, un mineur fou des opales qu'il n'a jamais trouvé et grand buveur de bière, les a oublié dans sa mine. Même Kerryanne ne sait pas si ils sont vivants ou morts. C'est pour cela qu'elle est malade, et c'est parce qu'elle est malade que Ashmol les cherche. De toutes ses forces.

Un roman tout petit et si plein de sensibilité pleine de si plein d'amour et si rempli de larmes qu'il ne faut surtout pas le laisser lire aux enfants qui s'inventent des amis imaginaires pour s'endormir le soir. Ils en pleureraient.Une histoire aussi triste que belle, celle d'une petite princesse un peu trop fragile et d'un frère qui l'aimait si fort qu'il en a cueilli une opale au fond de la mine.

Et que ceux qui ne croient pas en Pobby et Dingan sachent qu'ils "sont juste des cinglés qui ne savent pas ce que c'est de croire en quelque chose qu'on a du mal à voir, ou de continuer à chercher quelque chose qu'on a vraiment du mal à trouver"

 

 

04/12/2013

Les apparences Gillian Flynn

les apparences,gillian flynn,romans,romans policiers,romans américains,pépitesJe ne sais pas si vous avez vu, mais la robe, sur la couverture, révèle à la lumière d'une lampe de chevet, la nuit, un reflet argenté du plus bel effet, en apparence ...

En apparence aussi, Nick est très méchant et Amy est très gentille. Ammy est parfaite dans sa quête du mari parfait, indulgente et magnanime, alors que Nick s'emmêle les pattes dans ses petits mensonges qui deviendront grand et pouraient l'avaler tout cru si ... Il faut dire qu'ils ne sont pas dans le même espace temps. Les chapitres alternent le journal d'Amy, qui commence le 8 janvier 2005. Transportée d'amour, elle y annonce : "J'ai rencontré un garçon !" Amy est riche, née unique de parents prents qui s'aiment toujours d'amour tendre, des parents qui ont écrit pour elle ( contre elle ?) une série à succès mettant en scène une petite fille modèle qui résout tous les problèmes de sa vie parfaite avec un parfait bon sens moral. Bre, son double, en mieux. Ammy "la vraie" est une new-yorkaise pourrie gâtée mais qui le sait, et cela ne gêne pas. Tout le monde connait la Amy de papier, mais celle de chair est évidemment, plus, complexe, disons.

 Nick vient de la middle-middle classe, voire sous middle, ses parents ne sont pas parfait, mais il a un double lui aussi, sa soeur. Qui ne résout pas tous les problèmes avec un solide bon sens, lui non plus d'ailleurs. Nick semble être un brave petit gars, qui est tombé dans les bras de la parfaite Amy "en vrai" et tout roule.

Mais de mois en mois, Nick devient trouble, Nick ment, Nick s'échappe, Nick reproche, Nick par çi, Nick par là. Là commence le récit de Nick, le jour de leur cinquième anniversaire de mariage et le jour où Amy a disparu de la nouvelle maison, pas celle le nid d'amour de New-York, non, l'autre, la moche, celle de leur nouvelle vie d'anciens tourtereaux. En cinq ans, la façade de la perfection s'est sacrément lézardée. Nick a perdu son travail, Amy aussi, et une grande partie de sa richesse. Les parents de Nick mal en point et les voilà se coinçant dans le Misssouri, dans la ville natale de Nick, en fin de vie économique, la ville, et en pleine décomposition, comme ce couple. Tout est laid et sordide, tout couve dans la marmitte. Mais qui dit vrai ? Qui est la vraie Amy, celle d'Amy ou celle de Nick ? Qui est le vrai Nick ? La brave gars un peu paumé ou le salaud qui ne veut pas faire mususe avec sa gentille femme ? ( qu'est-ce qu'elle m'a énervée la Amy avec sa chasse au trésor rituelle pour chaque anniversaire de mariage et homard à la clef. Heureusement, mon homme est comme moi, il ne les compte pas, ça fait vieillir, ceci dit, je n'aurais rien contre un homard, à bon lecteur de mes notes par dessus mon épaule, salut ...)

Pas moyen donc de ne pas dévorer à toute vitesse ces vraies-fausses et fausses vraies confidences, ces sous entendu de demi vérités qui peuvent se retourner dans l'autre sens comme toute bonne claque qui ne se perd pas. Car ceci n'est qu'un aperçu de la première partie ... Et il y en a deux. Evidemment. A chacun sa chance : Nick ou Amy ?  La petite fille modèle ou la méchante Sophie ?

A lire aussi de la même auteure : "Les lieux sombres", j'ai aussi lu ( mais un peu moins apprécié) : "Sur ma peau"

24/11/2013

L'échange des princesses Chantal Thomas

l'échange des princesses,romans,romans français,romans historiques,pépitesEst- ce à cause de l'homonymie d'avec la fameuse créatrice de dessous si chics que ce roman me faisait froufrouter d'avance ? Point nenni, pas besoin, je suis tombée dans les crinolines kithchissimes de Sissi quand j'avais encore l'âge de jouer aux Barbies. Les histoires de gentilles princesses qui ont les ailes rognées par les méchantes cours des Grands, j'adore. Il n'a pas longtemps, j'ai même tenté Saint Simon ( en extraits, hein, pas maso quand même, mais, il n'y avait pas assez de marquise des anges pour moi)

D'ailleurs, Saint Simon, il est aussi dans ce livre-là, en un peu moins glorieux qu'il ne veut bien le dire quand c'est lui qui cause. Le bonhomme voulant être grand d'Espagne, il se fait ambassadeur du Régent en cours de Madrid. En profite pour découvrir l'huile d'olive, mais ce n'est pas là le sujet, évidemment (même si le Saint Simon en proie aux doutes dans les couloirs odorants mais obscurs du palais madrilène, en grand costume d'apparat à la française, je suis assez fan). Revenons à sa mission de départ, l'organisation de l'échange marital diplomatique entre les deux grandes puissances européennes de ce début du XVIIIème siècle, qui se faisaient la guerre depuis un certain temps, la France du décadent régent, Philippe d'Orléans, l'Espagne du mystique chaud de la cuisse, Philippe V. Il s'agit d'échanger deux princesses de la plus haute importance, que l'une aille se faire française au nord et l'autre espagnole au sud. La toute toute petite infante de quatre ans, Anna Maria Victoria pour le futur Louis XV ( haut de onze ans), et mademoiselle de Montpensier, douze ans d'abandon familial sur les épaules à coller avec le futur roi d'Espagne, prince des Asturies pour l'instant et pas vraiment fini non plus. Un poil obsédé par l'idée de prendre femme (sans trop savoir ce que cela veut dire d'ailleurs, ce qui ne l'aidera pas par la suite quand l'idée devra prendre corps).

La plume est allègre pour retracer ses deux longs itinéraires  de poupées marionettes du pouvoir, pas seulement du nord vers le sud, mais de la gloire au désespoir, de l'intérêt à l'abandon. L'une, la plus petite, se conforme, fait la joie de tous, fait les gestes qu'il faut, et même des bons mots, séduit tout le monde ( même la vieille Palatine), sauf son beau prince. Elle combat ses peurs à coups de poupées, classées, rangées, rejetées, comme le futur roi avec ses courtisans, et plus tard avec elle. L'autre Louise Elisabeth se heurte à ses murs et à ceux de l'Escurial. Elle déçoit, ne joue pas le jeu des espoirs du couple régnant en attente de la princesse conforme. Mais la poupée française ne peut pas, elle est déjà toute cassée.

Aucun suspens, l'histoire est écrite depuis bien longtemps pour ces deux là, juste le suspens du comment, comment elles vont disparaître de la scène du théâtre. L'une sauvera les meubles, malgré tout, l'autre sera poussée encore un peu plus loin. Un coup de balai et un coup de pelle, le tour est joué, la poussière est sous le tapis.

L'auteure ne cherche pas à nous faire pleurer sur leur sort, cela ne marcherait pas, je pense, du misérabilisme dans les chaumières royales. Moi, j'ai sautillé de malheurs en malheurs, mais je pense qu'un historien aurait à redire, pas tant sur les faits (on sent bien que c'est du fiable et vérifié) mais sur la psychologie supposée, même si elle n'est pas developpée outre mesure (pour ne pas laisser trop de place aux critiques, je suppose), il est clair que pour faire du romanesque, il faut faire du lien avec nous, femmes modernes, à la condition libérées et qui, au grand jamais, ne tomberait dans ces histoires de labyrinthes du paratre.

C'est une vision proposée, un peu de notre temps qui se drape dans les rideaux véridiques de l'histoire pour en écarter les rideaux et montrer des dessous, pas si chics !

20/11/2013

Kinderzimmer Valentine Goby

Ce livre n'est pas un livre de plus sur la déportation, sur les camps de concentration et sur l'horreur, toujours là, toujours indicible, toujours dite. En même si, d'ailleurs, un livre de plus ne peut ici être un livre de trop, je crois, je crois aussi que ce qu'il aurait de toute façon le plus à craindre, c'est qu'il n'y ait plus assez de lecteurs pour ce sujet ...

Comme "Le rapport de Brodeck" ( un Claudel qui fleure l'excellente littérature sur la pourriture de l'âme humaine, et elle fleure sévère), "Kinderzimmer" raconte les faits, en sortant du témoignage "brut", pour s'interroger dessus, ou plutôt sur le comment dire le brut maintenant qu'il s'éloigne, que les témoignages directs, se feront, pour cause naturelle, de plus en plus rares. Et sans pathétique. Pour moi, je trouve que c'est important le non-pathétique. C'est une de mes amies qui me l'a appris, elle dit que si tu cherches à faire pleurer dans les chaumières avec ta crasse et ton malheur, ce n'est pas la compréhension que tu obtiendras, ni même des larmes. Elle ne dit pas "crasse", vu qu'elle l'a assez vécue ( c'est une ancienne déportée, juive hongroise, elle est passée par la tente de Ravensbrück, pour ceux qui ont lu le livre, cela en dira assez, je pense.)

Il y a un récit dans "Kinderzimmer", l'histoire de Suzanne à Ravensbrück et des fragments qu'elle a pu connaître de celle des femmes du même coin de son block, des françaises, déportées politiques, comme elle. Suzanne est jeune, très jeune. Dans la résistance, elle codait des messages avec des notes de musique. Un soir, elle est restée coincée avec un messager inconnu dans un réduit du magasin. De cette nuit là, elle est enceinte. Trois mois plus tard, elle est arrêtée, quelques jours plus tard, elle est à Ravensbrück. Rien ne peut laisser présager ce lieu ni ce qu'il peut y arriver, une grossesse y est une anomalie dans un monde inconnu.

L'histoire de Suzanne est peut être vraie, et sans doute pas, pas vraiment, sûrement inspirée du témoignage de Marie Josée Chambart de Lauw ( résistante déportée et affectée à la zindezimmer, elle est remerciée à la fin du livre par l'auteure). Elle sonne juste. De l'horreur de tomber pendant les appels, de la terreur de se lever, de celle de ne plus y arriver, de la terreur et de l'envie de survivre, de la tentation de se laisser glisser, de s'en remettre à la fatigue et à la saleté, de s'en remettre au chien pour arrêter, de s'en remettre au hasard, finalement, de croire en la survie possible d'un bébé ; dans la Kinderzimmer, elle est de trois pour des bébés vieillards.

Avant, pendant et autour de la naissance de James, il y a d'autres femmes, des soutiens ou des ombres dangereuses, plus de soutiens quand même, même si, Suzanne le comprend, l'amour dans les camps peut faire mourir. Elle aime, soutient dans la mesure où c'est juste possible. Un récit en grande retenue.

Cependant, ce qui m'a aussi vraiment touchée, ce sont les reflexions initiales sur les mots et le dire. Suzanne devenue témoin de l'horreur, devant une classe, achoppe sur une phrase, qu'elle a pourtant si souvent prononcée : "Nous marchions jusqu'à Ravensbruck", parce qu'elle réalise que ce n'est pas possible à dire ça, que dans l'ignorance du lieu et de ses "règles", de ses mots singuliers, les mots d'après n'ont pas de sens. Ils reconstruisent ce qui n'était qu'inconnu. Ils ne peuvent être partagés, pas même au retour. Les mots de Ravensbrück désignent une réalité à jamais étrangère.

Oui, vraiment touchée, parce que moi, face aux mots que disent ceux qui sont revenus, j'en finis par comprendre que le poids de leur véracité, l'écho qu'ils me renvoient, je le comprends, oui, je le comprends, et je ne comprends rien à ce que sont réllément ces mots là, cette réalité là.

 

Un livre que je joins à la proposition de non challenge de Galéa.

 

11/11/2013

Faillir être flingué, Céline Minard

18685914.jpgUn simili western complétement réjouissant, il vous ballade (A.B. les deux "l", c'est une faute exprès, pour faire musical) vous amène, de violoncelle de bastringue en voleurs de chevaux, de baignoires en fumoir. C'est le monde de Lucky Luke, sans Rantanplan, et un roman ficelé pour vous attraper, sans les plumes ni le goudron, en douceur drôlatique.

Au départ, on commence doucement : un chariot est en route vers l'ouest, dedans, la grand mère mourante, autour, deux frères, un neveu, une petite fille qui les suit, attachée à leur pas en cours de la route. L'un rêve de ferme et de terre, l'autre ne sait pas encore de quoi, le neveu s'égare parfois, et la petite les protège. Une tribu et quelques d'indiens plus tard, le désert commence à grouiller sérieusement de solitudes qui se croisent et se contournent, parfois dans l'obscurité des nuits orageuses. Certains se pourchassent un peu au hasard, semble-t-il, d'un cheval volé, perdu, regagné, revolé, d'un archet de violoncelle, d'une paire de bottes ... Des objets passent de mains en mains qui s'ignorent encore, sous l'oeil des Indiens placides qui attendent leur tour de rentrer en scène. Plutôt goguenards, d'ailleurs.

Dans cette première partie du roman, les personnages sont de plus en plus nombreux, au risque de s'y perdre, on suit leur trace, ils sortent de derrière les broussailles et les ornières du désert de l'Ouest mythique comme autant de lapins à dépiauter. Et finalement, tous convergent vers une ville de poussière, quelques tentes à louer pour cow-boys soulards autour de l'inévitable bordel (je vous conseille particulièrement la tenancière, elle est à croquer .... ), un barbier, un armurier, un éleveur de moutons élitiste, en complètent l'horizon culturel. On ne le sait pas encore mais ici gît l'Eldorado où les errances solitaires vont venir prendre une sorte de sens temporaire.

C'est le coup du roman puzzle ( j'allais dire giratoire) qui se fait en douce, doucement le petit ruisseau de chaque personnage va venir nourrir la grande flaque, le coup de l'utopie à la mesure d'un trot de cheval, d'une partie de cartes truquée, évidemment, d'un pari d'une nuit d'amour contre un lot de baignoires. Le microcosme de la cité idéale de bric et de broc. Juste génial comme une BD en vrai roman. Les personnages sont à la fois des stéréotypes du genre, des clins d'oeil, et des rêves de braves types et de femmes gaillardes. Et les dons de certaines nourrissent aussi des amours tendres, avec un goût de "Coeur cousu" ... Et je ne vous parle pas de Zébulon ...  Pour le rejoindre, moi, je veux bien être le blanchisseur chinois qui fume le calumet de la paix avec le grand sachem ( je vous conseille aussi le grand sachem, il est à croquer avec les plumes, mais moins que Zébulon, quand même ...)

Je vous rassure, il y a aussi fusillades, chasseur de prime, crimes et châtiments, mais à la mesure de l'univers de cette fraternité illusoire qui fait un bien fou à son lecteur. Au point qu'on en arriverait à rêver d'une suite. Moi, j'ai eu du mal à les laisser en plan, surtout Zébulon (je ne vous dit pas la fin, j'étais en sueur de peur d'être en larmes, veuve virtuelle d'un superbe truqueur ...).

Bref, j'adore ma copine qui m'a offert ce bouquin, j'adore ce bouquin, j'adore toutes les notes qui en disent du bien, les autres, je ne les lis pas, pas touche à Zébulon, sinon, je mords. ("Rantanplan, sors de mon corps, s'il-te-plait")

Une lecture pour qui s'y colle au non challenge des pétites de Sous les galets, la première pour moi.

02/11/2013

Un été sans les hommes Siri Hustredt

un été sans les hommes,siri hustredt,romans,romans américains,pépitesUn roman jubilatoire, lu en à peine deux jours, ou plutôt deux soirs, dont le dernier failli me coûter mon sommeil, je ne voulais pas lâcher avant la fin, j'ai fini par m'endormir avec, le sourire aux lèvres sans doute, tournant encore dans mon rêve les pages avec délectation .... (sauf qu'évidemment, au matin, il fallu relire les quelques pages lues en rêve ...) 

Délectation de l'écriture, un peu barrée, gentillement foutraque exprès. Que c'est bien imité, le foutraque de la vie quand c'est dans un roman bien écrit ...

La narratrice vous cause d'un coup, vous prend à partie en vous félicitant d'être encore là, puis repart dans son histoire, fait des petits dessins dans la marge, fourrage dans son souvenir, voulant tenir des archives sexuelles, puis les adandonne ... Délectation de cette liberté de ton, c'est tout mélangé, le grave et l'intime, la mort et l'amour, la vieillesse et l'espoir ... délectation des personnages, presque que des femmes, des un peu barrées aussi, de tous les âges, et la narratrice au milieu d'orchestrer la farandole.

La narratrice Mia, semble laisser courir sa plume le long d'un été : la petite cinquantaine ménauposée, mais encore belle, selon sa mère, elle vient d'exploser en plein vol, elle sort d'un épisode de folie passagère. Son mari, Boris, jusque là plutôt placide neurophysicien, un peu ventripotent, obsédé par les rats de son laboratoire, lui a annoncé qu'il faisait une pause d'avec elle, pour une pause plus blonde, plus jeune. Mia, rousse, poétesse incomprise, peu incline au partage, continue à l'aimer, comme on peut aimer son homme de sa vie pour toujours, même quand il vous a enfoncé le malheur dans le coeur.

Mia s'écarte pour mieux se voir, ne plus le voir aussi, le temps d'une pause, elle aussi, loin de son cadre habituel. Elle s'installe dans un lieu d'emprunt, près de la maison de repos où séjourne sa mère, et où s'est constitué un club de lectrices aussi âgées que leurs artères à mi-temps, avant l'arrêt final. Elle donne des cours à des jeunes filles, un club de sorcière en puissance, et fait connaissance avec sa voisine, Lola : jeune mère de famille débordée, et qui a une passion pour les boucles d'oreilles architecturales et un mari absent. Ou en colère.

Un livre qui met en jeu principalement des femmes donc, des femmes entre elles, par force, le plus souvent, plus que par choix, ce n'est pas un livre de femmes qui n'ont pas besoin d'hommes, de femmes fortes, à l'arc en amazone, non, c'est un livre de femmes oignons. Elles ont plusieurs peaux. La première peut faire pleurer et on se retrouve dans la cuisine à sangloter comme une vache au-dessus de l'évier, en rigolant quand même, parce que ce n'est pas vraiment de chagrin pour de vrai ( ou alors si, mais les oignons sont de très bonnes excuses ...)

Les femmes de ce livre ont plusieurs couches, une énergie attendrissante, pas mièvre, et certaines dévoilent des dessous très chics, comme Abigaïl, du clud de lecture des vieilles, cassée en deux par la maladie mais qui portent toujours des broderies à double face, une pour être jolie, l'autre pour être soi.

Mia promène sur son petit monde et elle-même, une parole moqueuse, ironique et complétement dans la compassion, l'attention à ces têtes rousses, blondes, blanchies, à perruque ... et surtout sur la figure maternelle, toujours debout et toujours fragile, qui sent la laine tiède et Shalimar. A la jeune pause de Boris, elle oppose l'ignorance, l'opacité, à Boris, la constance de sa folie douce pour lui seul partagée.

Un bien joli livre, plein de sourires qui pourraient tout aussi bien couler comme des larmes. Mais finalement non.

J'avais bien aimé aussi "Tout ce que j'aimais", de la même auteure, mais qui n'est pas jubilatoire du tout, je ne sais pas lequel des deux est le plus caractéristique de cette oeuvre, en tout cas, il me reste encore pas mal de titres pour le découvrir.

 

 

27/10/2013

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn Ben Foutain

panneaux.jpgBilly a dix neuf ans, deux sœurs, un père infirme ex-raté super star, une mère qui tient à peu près le tout dans les formes. Billy vient du Texas, une petite ville. Billy aurait pu aller au lycée, mais c'est trop tard. Billy est un ignorant du monde, même pas un péquenot attardé, un petit branleur normal. Mais parce que le petit copain de sa jeune soeur a agi comme un naze, lui aussi,  voilà Billy simple soldat engagé dans la guerre d'Irak. Petit pion, il appartient à la compagnie des "Bravos", pas mieux que lui tous des pions, jeunes et ignorants, des à qui il manque souvent une patte, et un sergent, Dime, un peu plus vieux et peut-être plus lucide, allez savoir, les tempêtes sous ces crânes restent silencieuses.

Ils sont en tournée, la "tournée de la victoire". ( celle de qui, ce n'est pas dit ...) parce que la compagnie, Billy en tête, est devenue héroïque lors d'un raid apocalyptique. Il s'en est sorti vivant et a tué plein d'ennemis, du moins, il le pense, puisqu'on le lui a dit. Les autres aussi sont vivants, sauf Storm, mémoire qui hante Billy, images qui le dérangent mais se superposent à celles des USA tout propres qu'ils redécouvrent. Effectivement, suite à leur action, on leur a offert en récompense quinze jours hors de la guerre pour profiter de leur gloire éphémère. D'abord, il y a eu l'enterrement de Storm, avec les honneurs dus au héros par une patrie reconnaissante, aveugle et d'une hypocrisie qui lui tient au cœur comme une couche de crasse. Puis, des villes et des réceptions.Puis, un jour et une nuit dans leur famille.

Et puis, là, c'est le dernier jour, dans la dernière ville. Ils sont conviés au match des "Cow boys", dans un stade où on leur dit de se tenir comme des héros. Billy ne se sent pas vraiment un héros, un peu paumé, potiche au garde à vous sous les projecteurs patriotiques. Il a fait ce que l'armée lui demandait de faire, il joue la comédie demandée, avec les autres. Il est question de transposer leur épopée victorieuse en chef d'oeuvre cinématographique. C'est quasi vendu d' avance, quasi déjà ... Billy et les autres suivent ce bout de rêve qui leur est laissé comme un trognon pendant que la journée au stade s'étire. On les exhibe comme des dindons de la farce, on les félicite, les remercie. Les Bravos acquiescent : que faire d'autre ? Dire qu'il est un tueur d'enfant ? Billy s'étonne, personne ne le voit ainsi, sauf lui même et il préfère ne pas s'y attarder.

Conférences de presse, séances photos, fausses interviews téléguidées, on les utilise à toutes les sauces, piétailles, on les piétine, poussés sur le devant de la scène, on les y oublie, pantins du patriotisme, on les pousse de côté quand d'autres VIP arrivent dans le carré des "honneurs", au dessus du stade. Ce sont des roulés dans la farine, auxquels il est laissé des miettes de pom-pom girls, à qui on montre le vrai côté de la fortune, des décideurs, qui n'est pas de leur côté. Les affairistes condescendants les congratulent, dieu en bandoulière, avec les mots de la victoire légitime des bons contre les méchants.

Le truc génial du bouquin, est le personnage de Billy dont on ne quitte l'esprit ni le regard. Mi dupe, mi consentant, mi naïf mi lucide, il ne sait qu'une chose, il doit y retourner. Ce qu'il sait de moins en moins, c'est pourquoi et pour qui.

Quelques moments d'anthologie : le nom des Bravos scandés sur les panneaux publicitaires entre une pub pour voiture et une autre pour une autre voiture, la mise en scène de la mi-temps du match, les Bravos coincés entre deux déhanchements de Beyoncé et consorts, la séance de dédicace des mastocs du football qui se prennent eux pour des guerriers, des vrais.

Pas seulement sur la guerre d'Irak, mais plutôt sur la manipulation patriotique, les vrais vainqueurs de toute façon, peu leur chaut des petits Billy.

 

28/09/2013

Ma cousine Rachel Daphné du Maurier

imagesCAE4OLDM.jpgEt voilà ! Il m'a fallu attendre la toute fin des vacances ( je sais, ça date un peu, mais d'autres notes sont venues s'intercaler dans mon organisation prévue qui s'en est vue toute chamboulée, par ma propre faute, évidemment, une organisation étant faite pour ne pas être suivie), pour que je trouve MA lecture de l'été à moi, celle qui parle d'amour : dense et limpide, coulant de source et frappadingue. Pour "Ma cousine Rachel", sans recul aucun, je proclame MON coup de coeur.

Soit, ce n'est pas franchement estival, il y a bien une folle histoire d'amour et un peu d'Italie, mais pour l'essentiel, l'histoire se déroule sous la pluie, dans l'ouest de l'Angleterre. C'est là que les passions se déchainent sous couvert de soupapes et de brouillard intime. Enfin, surtout pour le narrateur, Philipp, jeune homme sans grande expérience des femmes, limite goujat, d'ailleurs. Il vit dans un domaine agricole qu'il aime passionemment, comme il aime passionnément Amboise, son oncle, son protecteur, son mentor, son modèle. Il héritera de lui le domaine, les domestiques, les fermages, la tranquille série des jours cossus, la décoration sommaire mais virile du cottage. Philipp a une vie toute tracée qui lui convient parfaitement. Toujours pas de cousine Rachel, ni de tornade amoureuse en vue ... Elle arrive, la belle, tout doucement. C'est Amboise qui va la débusquer ( ou l'inverse ...) au détour d'un de ses séjours d'été en Italie où il séjourne pour soigner ses rhumatismes en laissant les pluies boueuses aux bons soins de son neveu. Une lettre arrive d'Italie, la belle aime les jardins et les fleurs, comme Amboise, puis une autre, puis deux, puis, le ton change, le jardin s'assombrit, l'horizon se complique, puis ...

On ne peut guère en dire plus ... L'histoire d'amour est tendue comme une corde raide, avec des précipices de chaque côté, et un gouffre en dessus. Dès le premier chapitre, on sait que le pauvre Philipp en est sorti tout cassé, mais cassé comment ? On sait que le drame l'a engouffré, justement, a tout emporté, amour d'elle, amour de soi. Mais c'est si bien fait, que même au bord de l'implosion, celui où souffle haletant, on voudrait bien savoir si Philipp a ... ou va ... (l'andouille ! non, il ne va pas ....), si Rachel va ... ou a ..., et que l'on ne veut quand même pas lire la fin, pour ne pas casser la corde, mais que la tentation est si forte que vous relisez le premier chapitre donc, rien à faire, rien ne transpire, sauf vous.

Une histoire d'amour tissée comme une redoutable toile d'araignée, mais qui est la mouche ? Dans l'enchainement aveugle des passions, la Daphné, elle est balèse. A lire en automne, en hiver, au printemps.

05/08/2013

Cette vie Karel Schoeman

cette vie,karel schoeman,romans,pépites,romans sud africainsC'est un livre où poussent les zygophyllums. ( Avec ma flemme habituelle quand je lis un livre qui me plait vraiment, je ne suis pas allée voir de quoi il s'agissait, en fait, cela n'a pas beaucoup d'importance dans l'histoire, c'est juste un rythme de plus, et accessoirement une fleur qui pousse dans le désert). On comprend vite que la floraison en est constante et régulière dans les paysages australiens du Roggeveld, comme la poussée de la mémoire de la vieille femme qui se meure, qui attend la mort, tranquille, dans l'obscurité de la nuit. Elle est allongée sur son lit, de retour dans sa ferme du pays aride du fin fond de l’Afrique du sud des colons Boers. Rudes à la tâche, avares de mots.

Autour d’elle, grouillent des ombres dont elle redessine les contours flous. Rien de mordide pourtant, juste beaucoup de sécheresse et pas que dans les paysages, dans les cœurs aussi de cette famille aux drames enfouis dans les pierres sèches des murets ou des stèles. Ils ont tous disparus ceux dont elle parle, elle, la vieille fille un peu folle, un peu autre et déjà ailleurs, depuis longtemps.

Elle est la troisième des enfants qui ont vécu ici, au milieu des champs conquis par les grands parents, puis par les parents, pas toujours justes, pas toujours honnêtes, réunis plutôt qu’unis dans la vieille maison obscure et froide, sans confort, sans trop d’amour non plus. La mère est tendue vers un but, faire oublier d’où elle vient, sèche comme un coup de trique, le père, un peu plus affable, ne le fait que peu savoir. Les deux frères, Caïn et Abel de l’éternel trio amoureux, s’opposent avant même que la jolie pomme de discorde n’apparaisse, le taciturne Jakop, le lumineux Pieter.

Pendant cinquante ans, la narratrice va s’effacer ou être effacée de la scène principale dont elle n’apercevra que des murmures. En cette nuit, elle tente de leur redonner sens, de les lier, de les relier, ces quelques scènes de vie des autres volées par son regard de petite fille discrète, de jeune femme docile, de vieille célibataire méprisée par ceux qui restent. Elle raconte par bouffées, comme des expirations : l’arrivée de Sofie, la femme de Jakob, si belle, si lumineuse, elle l’appelait petite sœur » et de temps en temps, lui prêtait attention, entre deux portes. Sofie, pour la petite fille, c’est l’apparition de la joie en ce foyer sombre, dans sa robe de soie noire, un papillon éphémére. Sofie, Jakob, Pieter, une valse à trois temps qui a des accents de tragédie camouflée.

Le récit des drames étouffés sort ce soir-là, rythmé par le retour des souvenirs, un peu les mêmes toujours, ressassés comme des vagues de brouillard ou de retour des zygophyllums, selon l’hiver, le printemps, l’été (je sais il en manque une mais dans le roman aussi), les transhumances, les disparitions … Au trio se mêle aussi l’ambition de la mère, l’ascension sociale arrachée aux médisances des voisins, Stieni, à la volonté vorace et vide, et le dernier de la lignée, l’héritier placide du domaine.

Peu de personnages, presque un huis-clos dans les images oubliées, qui peinent à revenir.  La narratrice se répète, nous répète qu’il y a si peu de preuves, qu’elle ne sait pas, qu’elle aurait dû demander. Au début, cette constante rengaine m’a lassée, du genre, « Ben oui, j’ai compris », alors que non, je n’avais rien compris. Les répétitions, elles finissent par faire corps avec les paysages dont les descriptions sont elles aussi des bouffées d’air intérieur.

Bluffée, je fus, et à la fin, pas loin d’écraser une larme sous les étoiles, penchée au-dessus d’un chariot de far-west perdu de misère, sans les accents de trémolos d’un harmonica.

Pour moi, un grand roman.

 

30/07/2013

Peter Pan 1. Londres Loisel

peter pan,loisel,bandes dessinées,pépitesUn passage chez ManU, où je vois une note sur cette série. J'avais adoré, je ne m'en souviens plus du tout ( juste que ça parle de Peter Pan et que ce n'est pas pour les enfants). Tiens, à relire. Le hic, étant que j'avais lu cette série au temps béni où je fréquentais les bibliothèques et où j'y empreintais des livres, enfin, surtout des BD, en fait. Les romans, je n'ai jamais pu, ou alors des que je ne lisais pas pas, ce qui n'était pas très productif. Et puis, j'ai arrêté les BD. Et ma carte d'abonnement n'a plus servi qu'à alourdir la liste d'emprunts de mes enfants.

Un passage dans une librairie avec mes dits enfants. Je leur annonce  en y rentrant : "Evidemment, je ne prends rien pour moi, j'ai assez, c'est juste pour vous, pour les vacances, là où l'on va cette année, il n'y a pas de librairie, enfin si, mais pas en français." En fait, je tentais juste de leur refiler ma principale trouille ne pas en avoir ( des livres) assez d'avance, ce qui a assez bien marché, vu la somme retirée par ma carte bleue.

Par hasard, je traine au rayon BD, juste histoire de les empêcher d'en acheter, vu que les BD, ils vont me les lire en une heure à peine, et que des heures, on en a plusieurs à tenir, voire des semaines. Mes affreux lecteurs lisant dans la voiture, en plus, comme moi, d'ailleurs, il faut assurer la logistique livresque avec fermeté. ( Quand ils me liront, j'entends déjà les sourires en coin  ....)

Par hasard toujours, je tombe sur Loisel. Non, j'ai " Le Turquetto" en route, qui a l'air drôlement bien et trente deux livres dans ma valise, ni virtuelle ni numérique, de vrais livres que je ( dit mon homme) vais porter de mes petites mains jusque dans ma future villégiature pour trois semaines ...

Evidemment, ce qui devait être, fut ...

Des dessins, je ne dirai rien. Je pourrais dire que Loisel dessine super bien, avec plein de détails, que la fée Clochette est super jolie, mais elle rougit facilement, et moi aussi ( de honte pour la qualité de ce commentaire, en ce qui me concerne).

Loisel réécrit Peter Pan et c'est beau et triste comme un conte de Noël de Dickens ( Je n'ai jamais lu Dickens, mais c'est comme cela que je l'imagine). On découvre un Peter Pan transposé dans le monde d'Oliver Twist ( j'ai vu le film, ça ressemble). Les bas fonds londoniens au temps de la violence victorienne, les sales trognes des miséreux, la cruauté faite aux enfants, les tavernes, la neige qui tombe à si gros flocons qu'elle " habille les pauvres" , les putains salopes et vicelardes, pas une seule au grand coeur qui prendrait la pauvre Peter sous son aile, au contraire ... Peter se réinvente une vie meilleure en se faisant conteur pour une bande d'orphelins qui boivent ses mots chauds, doux et tendres au travers de la porte du " Children hospice". Il leur mime les gestes de la comédie de la vraie maman des rêves d'enfants, celle qui sent la vanille en le bordant dans les draps du soir ...

La magie des histoires a été donnée à Peter par Mr Kundal, un veil homme qui s'est fait son protecteur. En plus de la soupe, il lui a appris à lire, à compter et à croire en la force de l'imaginaire ( il vaut mieux, vu que la réalité de Peter, ce n'est pas vraiment très féérique, on s'en doute, avant même de voir la harpie qui lui sert de famille unique). Cette nuit là, Mr Kundal va lui raconter une partie de son histoire, celle de son père, marin disparu, et lui confiera un livre, d'autres histoires dont celle d'un autre marin, Ulysse. Et Peter de commencer sa propre Odyssée grâce à la sirène Clochette, drôlement jolie donc.

On est très loin de Walt Disney, et moi je préfère ( même si je n'ai jamais vu l'adaptation de Walt Disney) et mes enfants aussi ( ils n'ont jamais vu l'adaptation non plus, donc je suis assez sûre de moi sur ce coup là !)

N'empêche qu'on a à peine temps le temps de faire connaissance avec le monde du Capitaine Crochet à la recherche du trésor que l'on sait et gardé par le gardien que l'on sait, que c'est fini. Même en regardant tous les détails des super beaux dessins, je n'ai pas mis plus d'une demi heure à le lire cette super BD. En plus, frustrée, parce que je n'avais pas la suite, là maintenant tout de suite ! C'est rageant, du coup, je l' ai refilée à mon fils aussitôt, histoire de rentabiliser le temps de lecture.

Au fait, on ne sait jamais, si d'aventure les lectures de mon fiston vous passionneraient ( ce dont je ne doute pas, bien sûr ...), son bébé blog, c'est ici et pour les fautes d'orthographe, je denie toute ingérence dans son éducation !