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15/07/2013

Le trône de fer I George R.R. Martin

10965668-texture-d-39-un-mur-delabre-dans-un-ton-brun.jpgC'est LA saga que je voulais commencer, depuis un certain temps déjà, depuis une certaine note d'Ingannmic. M'y voilà enfin à me régaler de ce bon gros feuilleton à gros bouillons de bruits de de fureurs en des temps ancestraux, mi- moyennageux, mi fantasy-gothique. Et cela tombe bien en ces temps de hamac, vu que c'est une lecture de hamac ( qui peut être virtuel ...). Mais pas une lecture de serviette de plage, la serviette est trop plate et le livre trop lourd à porter, en plus, il faut le garder ouvert. Donc, pour garder un gros livre ouvert allongée sur une serviette, c'est trop compliqué, il faut le tenir en l'air, on risquerait de se faire du muscle.

En plus, au début, il faut garder deux fois le livre ouvert, une fois à la page que l'on est en train de lire, donc avec au moins un doigt, et un autre à la page de liste des personnages, donc avec un deuxième doigt et pouvoir faire l'aller retour entre les deux. Des personnages, il y en a beaucoup, normal pour le début d'une saga qui se met en place, il faut donc faire connaissance avec tout le monde, ce qui fait pas mal d'aller -retour.

Je prends juste un exemple, un facile. Dans la "Maison Lannister", " Jaime, dit le régicide, frère jumeau ( sic) de la reine Cersai et Tyrion le nain, dit le lutin, ses enfants". Et c'est là que l'on se dit, pourvu qu'il n'y en ait pas trop des enfants ... Ou alors qu'il y ait une deuxième liste au milieu du bouquin (parce que dans mon bouquin, il y a deux tomes et une seule liste, et que je voudrais tant qu'à faire continuer à y comprendre quelque chose à la saga, vu qu'elle est drôlement bien.)

Donc, la période indéterminée et les personnages idoines, roi, reines, seigneurs, princesses, tyrans, régicides ; tous les indrédients y sont. Quatre maisons proches du pouvoir pour le royaume des sept couronnes, ce qui ne tombe pas juste. Je n'ai pas compris pourquoi mais cela ne gêne pas. Ce qui est sûr, c'est que ça sent le roussi et que cela on le comprend vite.

 En même temps, la saga prend son temps pour s'installer, ce qui est très bien, le rythme permet au lecteur de s'installer, de se caler et de prendre ses repères dans la mise en place des intrigues. Les chapitres avancent par personnages, le nom est bien marqué dessus, donc on se perd pas . Bon, au début, il faut vérifier sur la liste, mais rapidement on s'y retrouve, vu que l'auteur, pas bête, il prend toujours un peu les mêmes : les membres de la maison Stack. Enfin, pour ce premier tome, et j'espère bien que cela va continuer parce que je les aime bien, moi les Stack, on voit bien que cela va être les gentils. Rien que le papa qu'est droit, honnête, qui aime sa femme, ses enfants, qui a des valeurs, de la fidélité, de la lucidité ( quoique ...), et du courage : sa femme et ses enfants pareils, même son batârd. ( Je ne vous fais pas la liste, ni la présentation détaillée de chacun, trop long, je dégrossis la saga). Les autres grands seigneurs des autres grandes maisons ne sont pas tous comme Ned (le papa), certains sont fourbes, méchants, ambitieux, traîtres et tout et tout. Surtout ceux de la maison Lannister, et surtout le Jaimes ( le demi frère de la reine, resic ...). Le Tyrion, le nain, il est plus rigolo, s'en méfier quand même parce que son infirmité ne garantit pas sa faiblesse et lui a fait une langue retorse.

Donc, en gros, vous avez un royaume qui prend l'eau. Il a été conquis par le roi actuel, Robert, qui a dégommé le précédent, trop cruel, avec l'aide de tous les grands seigneurs actuels (ou presque), pour prendre sa place. Sauf que depuis, Robert, gouverner l'ennuie et lui pèse, il préférait la fureur de la conquête et se noie dans les plaisirs grossiers pour compenser. Il se laisse rouler dans la farine et pour tenter de s'en sortir, il fait appel à l'ami fidèle, Ned, qui n'avait pas vraiment envie de s'y coller, mais bon ...

Sauf que Robert n'écoute pas grand chose d'autre que ce qu'il a envie d'entendre, que les complots sourdissent, que les intérêts se confondent.

Ned fait ce qu'il peut mais "l'hiver vient", la métaphore qui désigne la guerre, mais pas que vu que dans ce pays là l'été désigne la paix, que le royaume était en été depuis un moment et qu'avec l'hiver ressurgissent les créatures. "Les Autres", se raprochent du mur du Nord, gardé par les gardes noirs. Mais le mur se dégrade, et les gardes, de moins en moins nombreux, n'arrivent pas à faire entendre leur voix par delà les vents du nord des fratricides qui se préparent.
J'adore.

 

Et une nouvelle conquête ( mais pas pour Robert) : une comète

 

 

14/07/2013

Brooklyn Colm Toibin

lsas_nanawithfriends.jpgUne belle histoire simple, très simple, de mots justes, de personnages justes, de beaux personnages, justes et simples, comme un bon, voire, très bon livre.

Une histoire en quatre parties, comme quatre décisions à prendre, deux lieux, deux amours et un peu plus autour, deux moments, un passé, un avenir, et un gros présent qui pèse de son poids sur les deux.

Eilis est irlandaise, entre sa soeur, Rose, et sa mère, elle comptait bien y vivre dans sa petite ville, dans sa maison depuis toujours, dont tous les recoins sont les siens, les amies, l' épicerie, les voisins. Rose joue au golf, travaille, choisit les vêtements, Rose est raisonnable et Eilis aussi. Elle chercherait un emploi de comptable, puis elle irait à un bal, rencontrerait plus tard, bien plus tard, pour l'instant ce n'est pas son affaire, un jeune homme charmant, qui aurait des faux airs de cet énervant Jim Farrel, si peu cavalier et si méprisant qu'elle l'oubliera vite.

D'autant plus vite que la rencontre fortuite entre sa soeur Rose et un prêtre de Brooklyn, d'origine irlandaise et de passage au pays, va bouleverser les choses et la conduire à quitter tout ce qu'elle n'avait jamais songer à quitter, et à traverser l'Atlantique pour l' inconnu dont elle ne veut pas. Mais Eilis est raisonnable, il faut qu'elle parte. Ses trois frères déjà l'ont fait pour se construire un autre avenir que le chomâge. Mais moins loin, en Angleterre et ils étaient tous les trois. Eilis, c'est avec sa valise et sa bonne éducation, sa réserve et sa timidité, ses longues chemises de nuit qu'elle doit prendre le paquebot. Rose restera, solitaire, auprès de la mère, solitaire, une autre forme de sacrifice. Eilis ne choisit pas mais fait ce qui doit être fait, en brave petit soldat de l'exil économique.

A Brooklyn, elle trouve pension et devient vendeuse dans un grand magasin, brave petite vendeuse, elle affronte le froid piquant des grands carrefours, celui de la tristesse, du vide cinglant et morne de ses jours entre la pension à l'horloge réglée au rythme des ventes, que vient troubler le vent des soldes de synthétiques, et le soir, les jacasseries des filles de la pension, entre deux diktats de l'irrascible Magde Keboe, la propriétaire. Toutes d'origines irlandaises, évidemment, il y a celles qui s'émancipent, se coulent dans la mode américaine, et les autres, qui font le pied de grue et la fine bouche.

A travers Eilis, c'est toutes les facettes du petit monde irlandais de l'exil à Broolyn dans les années 50 que l'on découvre, les repas de Noël de la paroisse, tous ces hommes venus là pour bâtir les grands ponts et parfois laissés sur le côté des grands boulevards ... Pour les filles de la pension, la grande affaire est le bal, le nouveau bal de la paroisse, avec qui y aller ? Y aller ou pas ?Danser ou ne pas danser ? Avec qui danser ou ne pas danser ?

Le mode d'emploi de l'exil n'est pas donné clef en main, Eilise s' y construit, de cours du soir en promotion au magasin, chargée du nouveau stand de collants de couleur pour femmes de couleur, une révolution. L'achat même d'un maillot de bain peut révéler bien des zones d'ombre ... Et un petit italien se mêle de la danse et la belle personne doit se regarder, puis regarder, et grandir, pour les choix soient enfin les siens, ou presque ...

Un beau roman de l'exil, de chaque côté de l'exil ( car le retour, ou le pas retour, peut aussi en être un autre), mais surtout un beau roman tout court, de l'amour, de soi, d'un homme, d'une fidélité à soi sans (trop) rogner sur les entournures des autres.

 

 

 

09/07/2013

Pas Sidney Poitier Percival Everett

percival everett,pas sidney poitier,romans,romans américains,pépitesUn des problèmes quand on achète un livre sous le nez d'un auteur dont on ne connait rien mais dont on veut lire un livre, c'est que l'on peut avoir un grand moment de solitude, surtout quand l'auteur ne parle qu'anglais et parle peu .... Du coup, A.M. et moi ( enfin, surtout A.M. vu qu'elle parle anglais), on lui demandé à l'auteur lequel prendre : ce qui est assez idiot en soi, soit, mais qui permet de dire quelque chose au lieu de rester bêtement aussi à regarder les couvertures qui ne disent rien elles non plus et que l'auteur derrière reste silencieux à vous regarder regarder.

Percival Everett a désigné du doigt un de ses livres "Horses" ("Blessés" en fait, de son vrai nom), en disant "Celui-ci parle de chevaux" puis un autre " Pas Sidney Poitier" en précisant "Et celui-là, non" ...  et en anglais dans le texte, le sourire des yeux en coin... A.M. est repartie avec "Horses" et moi avec "Pas Sidney Poitier", ne sachant encore que cet exemple pince sans rire en disait long sur le système du burlesque qui en dit bien plus long que ce qu'il semble dire à l'oeuvre dans ce livre (mais, je n'ai rien contre  les chevaux et donc rien contre le prêt d'un livre de Percival Everett qui parlerait de chevaux ...)

Et là pour en parler du livre , ben me voilà recoite et remoite. Ce que je puis dire avec certitude, c'est qu'il n'y a pas l'ombre d'un cheval là dedans. Enfin, si, mais un tout petit, et même pas en vrai, en rêve, un petit rêve qui n'en est pas vraiment un en plus. Je sais, je m'embourbe, donc je recommence.

Pas Sidney Poitier est le nom du héros, ce qui est vrai, qu'il n'est pas Sidney Poitier, je veux dire. D'accord, il est noir, il beau, il est né dans un quartier pauvre d'une mère folle à lier. Sauf que, c'est l'inverse qui se passe de ce que l'on attend. En fait, on a un livre qui inverse tous les clichés du livre "dénonçant le racisme contre les noirs aux USA" tout en "dénonçant le racisme contre les noirs aux USA et les clichés", et même chez les noirs clairs aux USA, parce que Sidney est un noir foncé, ce qui a une certaine importance.

D'abord, Pas Sydney Poitier est riche, très très riche et même pas méritant. Il n'a rien fait pour mériter ça, c'est juste sa mère folle à lier, ( quoique ...) mais douée pour les placements financiers qui lui a assuré sa vie entière sans rien faire. (Elle faisait drôlement bien les cookies aussi, mais là, je dévie).

Ensuite, orphelin très jeune, Pas Sidney Poitier ne va pas être adopté par une famille blanche charitable et intégrer le lycée pour méritants du coin à cause de bonnes notes et contre les sarcasmes racistes. Non, il va vivre sa vie d'orphelin à côté d'un vague tuteur-mentor, très riche aussi, aussi frapadingue que la mère et la plupart du temps absent. Quant aux bonnes notes, ce n'est pas vraiment son souci  ...

Pas Sidney Poitier est quand même une victime, un laissez à l'écart, mais pas tant à cause de sa couleur (même si il est foncé pour un noir ...), ni même à cause de sa richesse, mais à cause de son nom qui induit souvent en erreur : une farce burlesque qui conduit le héros a une sorte de road movie chaotique, notamment bucal ( mais là, pas possible d'en dire plus ...).

Pas Sidney Poitier n'est donc pas méritant, pas charitable, pas dépensier, pas séducteur, Pas Sidney Poitier vaque, ne sait que faire, tente quelques trucs, sosie involontaire et indifférent ... En rêve, il se métamorphose en différentes figures du nègre afro-américain, celui des westerns en technicolor, ou de la littérature de la rédemption (même si ce n'est pas juste pour le bouquin, je pense quand même à "La couleur des sentiments"), de l'Oncle Bens à l'esclave fuigitif ... Dans la vraie vie, il rencontre le non-sens raciste et le vit ainsi, comme un non-sens, révélant en creux les haines viscérales et larvées de ces petits blancs dont le rêve américain est ici bien proche de celui des paumés de Donald Ray Pollock, ( ici et ) on peut y voir un écho, sauf que là comme c'est une fable burlesque, c'est le noir qui gagne ( enfin presque, en fait, parce que ce n'est pas sûr non plus ...)

Intelligent, fichtrement fin, drôle, grinçant des rouages.

 

06/07/2013

Mendelssohn est sur le toit Jiri Weil

Statues.jpgL'essentiel du roman se déroule à Prague, alors requalifié en "Protectorat de Bohème-Moravie", Reinard Heydrich y a décrété la loi martiale, les arrestations s'amplifient et commence la déportation des juifs vers le ghetto modèle de Térézin. Il se termine vers 1943, la défaite du troisième Reich se profile mais il ne reste plus de juifs à déporter de Prague, le quota fixé ayant été atteint ( comprendre 70 000 personnes sur 118 000, l'auteur, Jiri Weil, fit parti de ceux qui réussirent à rester cachés).

L'histoire suit quelques parcours tronqués, le fil conducteur est plutôt une sorte de "motif statuaire". On suit des statues, en quelque sorte ... Elles balisent différents moments à différents endroits de la ville. La première est celle de Mendelhson boulonnée sur ce qui est devenu sous le "protectorat" nazi,  le palais des Arts à la gloire de la musique, aryenne, forcément. Mendelhson étant vaguement d'origine juive, et Heydrich nazi perfectionniste, il a ordonné que la statue soit déboulonnée du toit. Sans délai.

Le souci est que sur le toit, il y a plusieurs statues et le nom n'est pas marqué dessus. Les petits fonctionnaires chargés de cette mission de la plus haute importance sont bien incapables de savoir laquelle est la bonne. Selon les critères en cours, ils vont bien sûr en mesurer les nez, mais le plus long se révèle être celui de Wagner, sauvé in-extrémis de la dégradation par son béret ... Ce pourrait être drôle, c'est juste absurde ... De boulons en boutons, cette pantalonnade va faire cascade et par ricochet, toucher une série de petits fonctionnaires agités et zélés, puis d'autres ...

C'est par cette petitesse des actes que tient la force du roman, on entre dans la collaboration et la compromission par une suite de petites portes : pour un résistant qui tente de sauver deux fillettes au fond d'un placard, on a le responsable du musée juif qui sauve sa peau en jouant le guide touristique pour les visiteurs du Reich, acceptant toutes les mises en scène, il orchestre, classe et range dans des vitrines tous les objets qui viennent en masse des synagogues dévastées. Un autre se doit de cotoyer les sbires gestapistes, fournisseurs de l'entrepôt où sont stockés les biens des "disparus" et où tout le monde se sert. On y croise la statue de la justice .... gênant rappel ...

Pendant ce temps, les déportations s'accélérent et le bras armé de Roland n'empêchera rien, et l'exécution de Heydrich non plus. Un autre rouage prend sa place et la machine continue de fonctionner. Des personnages disparaissent, ce qui ne change  rien non plus. Acucun pathos, juste des faits, des gens, malmenés par le quotidien d'une survie forcément jouée à l'aveugle.

La préface du roman ( je ne l'ai lu qu'après) donne une clef de lecture intéressante : la version du livre que l'on peut lire aujourd'hui n'est pas exactement celle écrite par l'auteur, son "vrai" texte ayant été refusé par la censure communiste parce qu'il ne mettait pas " suffisamment en relief le rôle de le rôle de la résistance communiste et les victoires de l'armée rouge". C'est le moins que l'on puisse dire ... Un dernier chapitre donne un idée de la version "non censurée", la causticité y est plus rude encore.  

Un grand merci à C. grâce à qui j'ai pu découvrir ce titre, très difficile à trouver, noté comme "épuisé" dans la plupart des sites en ligne. Et c'est vraiment dommage.

 

25/06/2013

Tout ce que j'aimais Siri Hustvedt

tout ce que j'aimais,siri hustved,romans,romans américains,pépites,famille je vous haisAttention, livre intello à la Paul Auster virant au thriller psycho sans prévenir : quelque chose autour de la création, de l'art, d'où ça vient, de ses rapports avec le mensonge, l'aveuglement, la patermaternité, l'amour et l'amitié, des trucs contagieux qu'on ne choisit pas, ni sa forme, ni sa cible, ni son abandon, ni sa fin.

Première partie : livre qui cause d'art, donc, d'amour et d'amitié. Quatre intellos pur jus s'aiment d'amour et d'amitié tendres. ( Bon, il y a bien une empêcheuse de tourner en rond, la sorcière qui va leur jeter des sorts, mais je vais la nommer X, parce que j'ai la flemme de retrouver son nom) X. est la première femme de Bill, il l'a aimée par erreur. Mais pour l'instant, il ne le sait pas. Le narrateur est Léo, ancien prof d'histoire de l'art, il a perdu sa vision centrale et ne voit plus que sur les côtés. Léo, dans son fauteuil de bureau d'appart new yorkais lit les cinq lettres de Violet. Violet est la deuxième femme de Bill, celle qui ne va pas l'aimer par hasard. Bill est est un peintre, mais au début était aussi un peintre en bâtiment. Bill a maintenant un atelier, un loft sale, mais n'est pas encore un artiste reconnu par l'intelligensia des critiques d'art. Il ferait dans le néo réalisme, la honte. Violet est une sorte de belle érudite en hystérie européenne, celle des femmes de Charcot à la Salpétrière. Une super douée de l'analyse des analyses sociologiques. Erica est la femme de Léo, nerveuse, mouvante, changeante, belle, tendue, amoureuse, aimante et douce, elle pond des essais sur James Joyce.

A l'heure où Léo écrit leur histoire à tous les quatre, le vieux monsieur est seul et reprend le fil de leur vingt ans d'histoire : leurs rencontres, leurs amours, leurs amitiés, les longues discussions sur l'art, l'hystérie, le marché de l'art, les créations de Bill, leur genèse, leur vacances. Il décrit les oeuvres de Bill, son exigence et sa façon de tenir une ligne droite bien à lui, de construire son univers. Léo en ami fidèle soutient. Les oeuvres fictives de Bill sont si pertinentes et si habilement décrites que l'on voudrait bien qu'un vrai artiste les ait réalisées en vrai. Elles passent le miroir du littéraire pour s'incarner en cubes magiques à double face, où des fenêtres obscures s'ouvrent, elles racontent souvent la même variation : l'histoire de l'enfant sage que l'ogre, ou la sorcière, a volé pour le transformer en vilain petit canard.

C'est super bien écrit, super intelligent, fin, concis, ça analyse l'admiration, la fidélité, l'envie ... Les deux couples marchent de concert, les deux lofts sont voisins. Ce beau monde travaille, crée, dîne dans l'atelier du peintre ou dans le cliquetis des machines à écrire ou des enregistrements, très loin du New-York underground qui grouille pourtant sous les profondeurs ...où se révèlent les ombres clandestines des âmes pures et l'effroi qui en nait. C'est brillant comme une analyse de maître es-psychologie et ça prend aux tripes comme un thriller psycho aussi.

Chaque couple a un enfant, né quasi en même temps, ( mais Bill avec X, en fait, pas avec Violet), deux M, Matt et Max, M § M, ou M vs M. Deux doubles, l'enfant sage et l'enfant perdu. Mais là, c'est pour la deuxième partie, celle qui glisse vers d'autres profondeurs et d'autres pertes que que celle du cocon des doux amours loftés et lovés dans les galeries d'art et les canapés profonds.

Un livre deux en un quoi. Superbe des deux côtés. 

17/06/2013

Notre-Dame du Nil Scholastique Mukasonga

apparitions_kibeho.jpgCe n'est pas une histoire qui se déroule lors du génocide des Tutsi par les Hutus, comme je le croyais, c'est une histoire de l'avant, de l'entre-deux, de la préparation de la chute du décor dans le fracas des armes blanches. Moboutou est encore au pouvoir, la révolution sociale a imposé la pratique des quotas et fixé le nombre de Tsusi autorisés à travailler ou à étudier. Le lycée de jeunes filles de Notre-dame du Nil semble loin des remous alors qu'il en bruisse.

"Il n'y a pas de meilleur lycée que le lycée de Notre-dame du Nil. Il n'y en a pas de plus haut non plus (...). on est si prêt du ciel", dit la mère supérieure en joignant les mains". et pas loin de l'enfer non plus, ce qu'elle se garde bien de voir.

Dans ce lycée, donc, il doit être formé l'élite féminine du Nouveau Rwanda, des femmes lettrées pouvant être actives, et aptes à l'emploi, efficaces, modernes ... Mais sous la direction des soeurs chrétiennes, cela fait comme une drôle de dichotomie ... Elles, elles sont  garantes du respect des bonnes moeurs de la civilisation blanche coloniale. Les jeunes filles portent l'uniforme, et la confection des bandes hygiéniques reste un art du non-dit.

Ce monde est clos ; les soeurs veillent à la garantie morale et virginale des jeunes filles, du moins, en apparence, l'aumonier à leur pratique de la charité ( même celle à son égard) et chaque année l'intendante distribue le même nombre égal de boites de Fanta lors du pélerinage annuel au pied de la vierge qui surplomble la source mythique du Nil. C'est une vierge de Lourdes dont le visage a été repeint en noir pour faire local. Du coup, elle a le nez droit des Tutsi.

Le roman commence dans cette ambiance surannée où deux idéologies se superposent, le temps semble s'être arrêté avant la ruée au meurtre. Les professeurs sont des belges compassés que les élèves cotoient de loin, ou de jeunes français en rupture de ban après 68 qui portent guitare, cheveux longs et lisent "Salut les copains", objets de scandale et de curiosité ... Les jeunes filles sont majoritairement hutus. Filles de ministres, de haut fonctionnaires, leurs études haut de gamme ne sont que le prétexte donné à la "modernité" du nouveau régime. Bien loin d'être actives ou efficaces, elles seront données comme vitrine à celui que choisira leur père, pour la fierté de la famille et du clan. Elles le savent et jouent le jeu.

Gloriosa est la jeune fille la plus puissante du lycée,  convaincue  des méthodes politiques qu'elle a vu pratiquer : on règne par la peur et le mensonge, on les orchestre et on lâche les chiens. Elle est Hutue, bien sûr. Véronica et Virginia sont Tusti, elles sont là par le biais du quota, elles ont réussi la sélection du concours national. Ells sont là pour être les meilleures du lycée avant d'être exclues des postes, vu que le diplôme n'est rien sans la carte d'identité.

Véronica rêve d'être actrice, peut-être en Europe, peut-être grâce au vieux fou blanc, l'ancien planteur de café qui voit en elle la réincarnation d'Isis, la reine des Tutsis, venus d'Egypte dans le temps sacré d'avant. Virginia est la gloire de sa mère qui croit malgré tout que le diplôme gagnera sur la carte d'identité.

C'est une histoire de jeunes filles prises entre plein de feux différents, naïves ou manipulatrices. Elles naviguent entre la fascination pour la grosse moto d'un petit ami, les cheveux blonds d'un prof, le chapeau de la reine Victoria, les légendes de leurs mères, la cuisine de leurs champs, les boites de corneed beaf, les fantas à l'orange, les pouvoirs des guérisseurs, en attendant les crocs des chiens lâchés.

J'ai donc adoré ce titre tout comme Manou

 

 

 

21/11/2012

Betty Indridasson

betty,indridasson,romans,romans islandais,romans policiersIntérieur noir, noir et blanc, la vamp en robe de soie descend les marches d'un cinéma salle de conférence où vient d'avoir lieu une intervient sur la régulation des quotas de la pêche des poissons et ses incidences dans le marché européens (pas glop, pas glop, Pussy cat ...). Betty tient la rampe, le décolleté  sur les seins nus, chevillette chera entourée d'une mince chainette, la soie se tend sur la cuisse .... Clic clac. Le narrateur est dans dans la boite. Betty est une femme fatale, Betty fume des cigarettes grecques qui lui font un long cou et la voix rauque, Betty a un mari violent mais riche, si riche ... Betty est audacieuse, Betty est sensuelle, Betty ment, un peu beaucoup énormément, comme un exercice de style sur le glamour.

"Hollywood en Islande" =  engrenages machiavéliques, coups tordus, mais tordus dans dans l'autre sens, pas le même que, mais presque, sauf que c'est dans l'autre.

A lire

 

Athalie

 

PS : ai-je fait assez court, A.M. ? En plus long, mais tout aussi élogieux ( et préservant tout le mystère de ce retournement d'un sens mais pas dans l'autre quoique ...)  :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2012/04/betty-arnaldu...

 

Du même auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/03/12/la-rivi...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/05/29/la-mura...

07/11/2012

Le rapport de Brodeck Philippe Claudel

le rapport de brodeck,philippe claudel,romans,romans françaisNon, je n'ai pas lu le dernier Claudel, ni même l'avant dernier, je suis restée coincée entre Les âmes grises et Le rapport de Brodeck, deux anciennes lectures. Ce qui m' a fait revenir sur celle-ci est un article de Dominique à propos d' un livre qui porte le titre de "L'antisémitisme en Pologne après A".

J'aime parfois me dire que l'homme est bon pour l'homme, j'aime parfois me bercer d'illusions ....

Donc, j'ai repris Le rapport de Brodeck, parce que les illusions, c'est bien joli, mais c'est même pas vrai. Je relis, entre les lignes romanesques, l'histoire d'un homme à qui l'humanité normale ( pas des bourreaux anonymes, ce serait trop facile, des voisins, pour reprendre le titre de Dominique) a fait tant de misères crasses qu'il aurait dû tomber par terre, mais non Brodeck s'est fourré encore plus bas pour que le malheur ne l'attrape plus.

Brodeck  est un tout petit homme, d'un petit village. Il y est arrivé il y a longtemps, dans la charette de la vieille Fédorine, première guerre et premier exil. Il y a grandi, il a même été enfant de choeur. Aidé par son instutiteur, il est parti faire des études à la Capitale, où les "comme lui", c'est-à-dire les "pas comme les autres" ont commencé à s'en prendre plein la figure, sérieusement. Ni vraiment lache, ni vraiment courageux, avec sa belle fiancée Emélia, il est revenu auprès des siens. La guerre arrive dans le village et avec elle, les soldats de l'armée qui demandent que la Purification soit faite. Alors, parce que la communauté des hommes "comme les autres" est ce qu'elle est, il va être donné. Dans le camp, il sera "le chien Brodeck" mais il survit et revient retrouver Emélia, une autre Emelia, mais son amour quand même. Dans son silence, il se tisse son bout de vie. Jusqu'à ce qu'un autre arrive, à son tour, troubler l'ordre de ce qui se fait, l'Anderer, une sorte de magicien, ou de peintre, un drôle de bonhomme qui regarde la noirceur des hommes et la leur renvoit, même sans rien dire. Le village, cette fois, n'aura pas besoin d'une idéologie de la terreur pour faire disparaître celui qui doit être sacrifié au bonheur de brouter en rond.

La trame narrative est bien plus complexe que mon petit résumé. Comme Brodeck, le livre s'emmêle, tourne et retourne les grandes questions : la culpabilité, ça finit où ? et l'innocence, c'est son contraire ou son double ? Peu seront sauvés par l'écriture à la fois poisseuse et ample de Claudel. Pas même Brodeck. 

J'avais adoré la force de ce roman dont on peut lire parfois qu'il semble plus apologue que romanesque, parfois empli d'un symbolisme un peu trop manichéiste et sombre, soit. Mais il a le mérite de s'empoigner avec les marécages, qui eux aussi ont une histoire, et comme dans "Certaines n'avaient jamais vu la mer", de laisser trace de voix, réelles, historiques, qui sans le roman pourraient s'effacer.

 

Athalie

PS : je rajoute une note de eeguab, parce que je suis "trop" d'accord avec lui :

http://eeguab.canalblog.com/archives/2008/02/27/7955563.h...

 

 

 

23/10/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer Julie Otsuka

certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuku,romans,romans américainsLe titre, déjà, rien que le titre, est empreint d'un regret d'inconnu et ouvre le récit de ces rêves d'impossibles retour et d'impossibles réussites qui vont nous être contés.

Un groupe de femmes japonaises traversent le Pacifique. Elles ont choisi, si l'on veut, des maris, des maris japonais mais sur photos, et vont les rejoindre, dans un halo d'illusions. Tous ont dit avoir réussi, pas beaucoup, mais un peu. Elles ne sont jamais vraiment nommées ou individualisées : il y a les oies blanches et les plus délurées, celles qui croient, celles qui s'y forcent, celles qui fuient la misère, celles qui fuient une réputation entachée, une histoire à oublier, une enfant qui restera dans les souvenirs toujours une petite fillette de deux ou trois ans. Toutes vont vers une virginité, photo à la main, où se montrent leurs futurs hommes, qui avec un beau costume, qui avec une jolie maison,, qui avec dix ans de moins qu'en vrai. Sur le quai, la vérité va les cueillir violemment. Evidemment, les rêves étaient des mensonges, leurs hommes ne sont que des rien, violeurs le plus souvent de leur corps acheté, les voilà asservies à la pauvreté, la frustration, l'humuliation. Les américains ne leur accordent pas grand chose, peu de regards et encore moins de commisération. Alors ces femmes vont construire une survie là, de bric et de broc. Elles travaillent aux côtés de leurs hommes de fortune, les aime parfois, les détester souvent, les quitter, peu. Sauf pour des trottoirs ou un bordel ...

Ce qui m' a impressionnée, c'est l'usage du "nous". La narratrice suit trois groupes. Les paysannes, qui sarclent, désherbent et se courbent pour quelques tomates ou fraises, les terres que les blancs leur ont finalement laissées. Les bonnes, tabliers blancs et mari jardinier, bien obligées de partager les intimités tristes de leur patronne citadine, ou les passades des maris d'icelles, ayant l'utilité indispensable des jouets que l'on remonte ou que l'on casse. Les blanchisseuses, engoncées dans leurs humides appartement, confinées dans leur quartier. Elles travaillent, puis les enfants, eux se metent à parler anglais, à s'éloigner. Elles restent les invisibles petites mains. Puis, arrive la seconde guerre mondiale qui braque les phares sur elles, leur petite communauté devient "l'ennemi intérieur", à neutraliser par l'exil, puis l'oubli.

La singularité de cette voix plurielle fait vraiment vibrer le texte d'une plainte commune, d'une litanie de noms, qui gonfle et s'amplifie, puis modèle le silence. le choix narratif pourrait rebuter, je l'ai trouvé terriblement efficace.

 

Athalie

Le billet tentateur d'Esperluette : merci !

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/09/certaines-nav...

et celui, tout acquis aussi de Philisine Cave :

http://jemelivre.blogspot.fr/2012/11/certaines-navaient-p...

 

 

17/10/2012

Jérôme Lindon Echenoz

jérôme lindon,echenoz,romans,romans françaisComme je n'avais eu que très peu mon compte avec 14, je me suis dit que j'allais en reprendre une petite dose d'Echenoz, ma lecture TGV m'ayant fait arriver à la gare avant même d'avoir pris le train. Donc, une petite relecture, mais seulement d'un petit, parce que déjà que je n'avance pas avec ma Jeannette qui ne peut être heureuse parce qu'elle n'est pas normale, si je recommence avec Echenoz, elle va rester sur le quai, la pauvre.

Donc "Jérôme Lindon", un tout petit opus que j'avais lu il y a longtemps comme l'hommage d'un écrivain à son éditeur ( publié après la mort du mythique fondateur des éditions de minuit), ce qu'il est, mais à la relecture, je me suis rendue compte que c'était aussi le portrait en creux de l'écrivain lui même. Un écrivain qui évidemment ne réèlee rien d'intime sur le microcosme éditorial parisien et ses écrivains porno strar ( Oui, je sais, je fais une fixette sur Angot, mais je vais arrêter, parce qu'elle a quand même fini par se tasser sur la scène du théâtre médiatique de la rentrée littéraire et que donc, ce n'est plus la peine de se faire du mal)

Le texte se réduit à un minimum, lui et lui et quelques rencontres, seule l'écriture recrée une intime connivence, une admiration peut-être réciproque mais non-dite, dans les interlignes. des années pendant lesquelles ces deux vont se parler, se téléphoner, déjeuner, marcher ensemble avec des blancs discrets que l'on devine essentiels à l'écrivain qui a perdu son éditeur. Depuis la première rencontre, le premier manuscrit accepté dans l'étonnement d'un Echenoz de voir son futur livre publié avec la blanche couverture et l'étoile bleue de "Minuit". Lindon, lui refuse le deuxième, le rabroue, il est trop lent, il ne fait plus partie des éditions ( Diantre, cela vaudrait-il dire qu'Echenoz aurait des oeuvres cachées dans ses tiroirs ...). C'est presque l'histoire d'un pas de deux, entre un mentor qui n'en est pas vraiment un et un écrivain qui est un train de devenir un auteur reconnu. Parce que Lindon refuse aussi qu'il publie ailleurs que chez lui, lui déconseille plus qu'il ne conseille, tente de lui faire changer certains titres, même son prénom, le ouspille comme un gamin lorsqu'il porte des jeans troués aux genoux. Et pourtant une relation rare est évoquée, d'égalité malgré tout entre le mythique éditeur du Nouveau Roman et un écrivain tendu, mais sûr de lui. Persuadé qu'Echenoz descendant de Robbe-Grillet, alors que non, merci, vous pouvez passer le plat au voisin. Et aussi ce savoureux malentendu avec Beckett ... Bon évidemment, une savoureuse rencontre avec Beckett qui prend dix lignes de récit, n'est pas forcément vendeur ...

Un texte peut-être anecdotique du point de vue "littéraire", mais d'une rare discrétion de déclaration d'amitié. Pour les fans, les curieux, au détour d'une plume.

Moi, du coup, je me relirai bien "Des éclairs" et "Ravel", voire "Je m'en vais", mais il y a Jeannette qui m'attend. 

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

 http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/10/11/14-eche...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir-...

 

29/09/2012

La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao Junot Diaz

sda_hobbit_card0.pngUn excellent bouquin, un coup de coeur de tendresse, j'ai eu presque le coeur serré en lisant deux ou trois pages avant la fin : " C'est presque fini. Presque terminé. Il ne me reste plus que deux ou trois bricoles à vous montrer avant que votre Gardien accomplisse son devoir cosmique et se retire enfin dans la Zone bleue de la terre pour ne plus être entendu jusqu'aux Derniers Jours". Deux ou trois choses que j'avais évidemment envie de lire, mais pas que le rideau ne soit tiré sur la tragi-comédie burlesque d'Oscar, Lola et de leur Gardien ( parfois peu fidèle), le narrateur, finalement Gardien du temple des rêves d'une drôle d'étoile filante, Oscar, dont la vie ne fut pas toujours merveilleuse, mais brève, assurément.

Oscar est issu d'une famille de Saint Domingue, poursuivie par un fuku, une malédiction, ou peut-être tout simplement par les soubresauts d'une histoire seulement tragique, celle-là, celle de la dictature de Trujillo. Tout ça parce que le grand père, le docteur aux idées courtes et tranquilles, a eu un jour une plaisanterie malheureuse, tout ça parce que la fille du docteur, l'aînée, était belle et que Trujillo était un sacré queutard ( et c'est le moindre de ses méfaits).

Nous voilà loin d'Oscar, j'y reviens donc comme je peux, (mais c'est ce que le roman fait, il s'éloigne, il se rapproche, jusqu'à l'étreindre presque, comme la puta de ses rêves, finalement ... ce qui est une sorte de justification pour justifier une note qui se barre en zig et en zag)

Parce qu'Oscar, c'est un OVNI, sauf pour sa soeur, Lola, qui l'adore, tout penaud qu'il soit, sa mère, qui le garde, parce que c'est comme ça, Boli est une mère dominicaine, et cela n'a pas l'air commode, et finalement, pour un autre queutard, pas maléfique celui-là, le narrateur. Oscar est gros, Oscar est laid. Oscar est le souffre-douleur idéal. Oscar est une sorte de Hobbit, mais un Hobbit dominicain, ce qui le destine dans le regard des autres dominicains, à être un Hobbit dominant et virilement queutard. Oscar voudrait bien, mais Oscar n'a pas la fibre dominante. On suit ses échecs amoureux en remontant à travers l'histoire de sa famille, celle d'une dispora aux relents de haut talons qui claquent sur les trottoirs de la misiére et de portières qui claquent aussi emportant leurs passagers vers des champs de maïs dont ils ne sont pas censés revenir.

Un roman plein de plein de choses et d'une singulière écriture, prenante, qui mélange sans recette préfabriquée les épices de la langue espagnole et un verlan basique qui se révèle efficace, une langue qui traîne puis qui claque aussi, j'allais dire comme un rythme de samba triste, sauf que je n'y connais rien. (je laisse quand même parce que c'est tout ce qui me vient !). Bref, un roman qui embarque. Grave.

 

Athalie

PS : merci à ingannmic http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2012/07/la-breve-et-m...et à Esperluette pour m'avoir donné envie de découvrir cet auteur !

 

 

16/09/2012

Lonesome dove Larry McMurthy

imagesCAJNQ0X9.jpgMais où est passée ma conscience politique pendant cette lecture ? Sous l'ombre des cactus ? Sous la selle d'un cheval ? Dans les remous du Rio Grande ? C'est honteux, tu me fais honte, disait le séraphin de la cause juste, perché derrière la Athalie lectrice plongée dans les aventures westerniennes de tueurs d'indiens ( enfin ex-tueurs d'indiens, des ranchers qui avaient nettoyé la frontière du Texas des hordes rouges qui encombraient les blancs qui voulaient s'y mettre). Même ex, ce n'est pas une raison, ce sont les aventures d'ex-massacreurs d'indiens magnifiés en cow-boy mythiques que tu es en train de suivre avec des yeux de merlans frits sous tes lunettes de soleil. Le pire, c'est le Augustus, t'as carrément ton ixième béguin de l'été, littéralement sous le charme d'un type crasseux de poussière qui n'a pour toute intelligence que celle de sa grande gueule ... Reviens à toi, Athalie, et tente un résumé objectif ! fin de la parole séraphine.

Il était une fois, dans un ranch pourri, près d'un bled paumé, des ex-ranchers qui tentaient de devenir éleveurs, en volant le bétail des mexicains, principalement. Dans le ranch, il y a Augustus, le philosophe de la bande qui cause sans arrêt, et fait très bien les biscuits. Il y a un cuisinier mexicain qui sonne à tout rompre la cloche et fait peu d'autre chose. Il y a un gamin, qui voudrait bien devenir un homme, un vrai. Le vrai pour lui, c'est le chef de la bande, celui qui n'aime pas les femmes, n'aime pas parler, que travailler, et qui a une jument qui le mord et  qui est peut-être son père. Et d'autres figures toutes aussi technicolor, voire plus. Il y a aussi deux cochons. Dans le bled paumé, il y a une prostituée, dont presque tous les cow-boys sont amoureux, mais, elle, elle rêve d'aller à San Francisco. Arrive un vieux copain des deux ex-ranchers, tueur accidentiel d'un dentiste-maire, joueur de poker charmeur, qui va remporter la prostituée, mais uniquement parce qu'elle le veut bien, pour l'instant. Tout ce monde-là, va partir pour le Montana, là où l'herbe est plus verte, et on part à cheval, en vieille cariole, transbahutant un troupeau de vaches, avec un taureau qui n'est pas clair, et des cours d'eau non plus. Sans compter un shériff un peu lent, sa femme un peu volage, son adjoint un peu couillon ... et là faut s'arrêter et descendre de la selle pour rentrer prendre un whisky dans un saloon, au risque d'en trop raconter et que John Wayne ne croise Lucky Luke et Joly Jumper, la vraie Calamity Jane.

A lire absolument donc, en laissant de côté toute conscience politique ... Sauf que, si l'auteur m'écoute ( ce dont je ne doute pas) qu'il sache que laisser son héroïne dans une situation aussi fâcheuse à la fin du premier tome, relève de la torture morale pour la lectrice et que si Augustus commence à se repentir, je veux bien envisager de l'épouser.

Athalie

01/09/2012

Délire d'amour Ian McEwan

délire d'amour,ian mcewan,romans,romans anglaisEntre Ian Mc Ewan et moi, c'est une histoire en dents de scie, avec des bas ("Le jardin de ciment"), des hauts, la plupart du temps, ("Samedi"), voire des hauteurs nirvanalesques, de Nirvana lecturesques ( "Sur la plage de Chesnil"). Bon, évidemment, lui il n'est pas au courant qu'il a une histoire avec moi. Et comme depuis le début de l'été, je suis successivement tombée amoureuse de Walt Longmire, de Vélibor Colic (mais pas de Jésus ni de Tito), et pour finir de l'Augustus de "Lonesome Dove", je suis en plein dans le délire d'amour fictionnel et unilatéral ici décrit. Sauf que moi, je suis infidèle.

On part de loin, comme souvent chez cet auteur. Le début est une longue scène disséquée par séquences, recomposée au ralenti, un peu comme au début de " Samedi", on a l'impression que l'histoire fait des étirements, comme un chat, avant de se rouler en boule et de vous sauter à la gorge. Un couple, qui vient de se retrouver, part pour un pique-nique dans la campagne londonienne. Ils sont amoureux et le pique-nique est chic, la campagne est verte et les oiseaux chantent ( pour les oiseaux, c'est une supposition). Lui, Joe Rose, est un plutôt respectable journaliste-écrivain, vulgarisateur scientifique et Clarissa, sa belle compagne, est une chercheuse littéraire, universitaire, spécialiste de Yeats. Ils sont donc cultivés, intelligents, rationnels, à priori sans névroses sociales ou psychotiques. Dans le ciel de leur retrouvaille, à peine le tire-bouchon sorti, au dessus de leur champ vert et dans leur ciel bleu, apparait une montgolfière en difficulté, en rase motte, prête à faire un grand saut dans le vide, et il y a deux passagers. Aussitôt, Joe court pour intervenir et empêcher l'accident mortel, vite rejoint par d'autres hommes qui jusque là vaquaient à leurs occupations, pas loin, forcément. Ces sauveteurs fébriles ne pourront éviter une tragédie, pour un geste, un geste fait ou pas fait, tombe la victime qui n'aurait pas dû l'être. Dans le ciel bleu des amoureux, la première faille se creuse, le reflet du drame, la culpabilité, l'accident incompréhensible, et dans cette première faille s'engouffre la seconde. Joe a croisé le regard de Jed, un des autres sauveteurs. Mais ce que Jed y a vu est une autre histoire, la sienne. Et la sienne est que Joe l'aime, et qu'il aime Jed et que Dieu les aime aussi. Sauf que Joe ne le sais pas encore. Pour l'en convaincre Jed téléphone, écrit, poursuit sans relâche l'objet de son amour unilatéral inconditionnel. Harcelé, Joe perd pied, Joe dérape, Clarissa doute, qui dit vrai ? Où est la folie ? Joe invente-il ? Jed existe-il ?

Un fascinant jeu de cache-cache, superbement ficelé, avec la vérité, avec la fiction, une machine à rouler son lecteur dans le double jeu des apparences. Comme quoi, une montgolfière peut en cacher une autre.

Athalie

PS : après vérification, ce n'est pas une montgolfière, mais un aérostat, ce qui ne change rien à l'histoire.

 

26/08/2012

Les trois lumières Claire Keeman

imagesCAZWJPLN.jpgDécouvert au passage dans une librairie de Figeac, où, alors que franchement, je n'étais nullement en panne de lectures, j'ai fait quelques emplettes parce qu'on ne peut ressortir d'un lieu intelligent comme celui-là les mains vides. (D'ailleurs, j'ai vérifié, aucun Christine Angot dans les rayons ...). Une très jolie couverture, un texte court, et voilà.

Un texte court, presque une nouvelle, mais un texte rond, qui n'a pas le goût de trop peu non plus, c'est juste assez, même les virgules, elles se courbent là où il faut, et les points se placent à leur place, jusqu'au dernier, le final, qui clôt avec une délicate ambiguïté une histoire où il ne se passe finalement pas grand chose.

Une fillette à la famille trop nombreuse est placée, le temps d'un été, à priori, chez un couple sans enfant. Tout doucement,sans faire de bruit, elle y prend place et se laisse glisser vers une sorte de sérénité, nouvelle et douce, découvre la saveur de la confiance et celle de pouvoir garder des secrets. Il y a aussi, une tarte à la rhubarbe, le goût de l'eau de la source, un matelas qui suinte, les courses vers la boite aux lettres, un esquimau glacé, un matelas qui ne suinte plus, une veillée funèbre, un chien qui n'a plus de nom, du silence, des bras qui se ferment. Et c'est tout.

Athalie

Un autre commentaire, élogieux aussi, mais plus développé :

http://www.laruellebleue.com/7048/les-trois-lumieres-clai...

23/08/2012

Jésus et Tito Vélibor Colic

jésus et tito,vélibor colic,romans,romans autobiographiques,romans croatesVélibor Colic ( désolée, Vélibor si tu passes par ici, mais je ne peux pas mettre sur ton nom les accents qui y sont normalement), on l'a entendu au festival malouin, l'année de la "littérature des Balkans" ou quelque chose comme ça ...Enfin, entendu n'est pas vraiment le mot. ce type, une espèce de musclor efflanqué écorché vif à l'accent râpeux, revenait de la guerre "de Yougoslavie", celle que nous on avait vue à la T.V. en la trouvant absurde, étrange, lointaine, une guerre d'un autre âge, celui des guerres de religion, une sorte de Moyen Age à nos portes. Sauf que lui, il avait été dedans et que nos culpabilités de nantis, c'était pas son truc. Il crachait ses mots comme on crache des balles. J'ai acheté son livre "Mother fucker" et n'en est pas gardé un souvenir impérissable, l'impression d'un truc tout foutraque et tout en sueur, la rage, plutôt qu'une écriture.

Du coup, "Jésus et Tito", bof, pas trop envie .... Alors A.M.L. me l'a prêté (un bon dealer anticipe les futures envies de sa cliente). Sur la quatrième de couverture " à la croisée d'"Amarcord" de Fellini et de "Je me souviens" de Georges Perec".Va falloir tenir les références, je me dis, je repose pour plus tard.

Plus tard : j'ai complétement, totalement, adoré ce livre, Fellini, Perec, pas besoin, il écrit drôlement bien tout seul, Vélibor. Des polaroïds se succèdent, fanés, enjolivés, l'auteur le revendique, la mémoire se réécrit : "Une seule évidence, la mémoire est aussi Histoire. Sauf qu'on ne la vérifie pas". Comme on ne peut dire son projet mieux que lui, passage citation : " Relativement tôt, à vingt-huit ans, je me suis rendu compte que tous mes souvenirs, mon enfance, toute ma vie d'avant, appartenaient au Jurassic park communiste, disparu et enterré en même temps que l'idée de la Yougoslavie, pays des Slaves du Sud. Notre histoire se déroule entre 1970 et 1985, durant les quinze années qui ont annoncé la fin d'un monde qui nous paraissait pourtant sûr et éternel, le monde du socialisme à la yougoslave"

 De ses rêves d'enfant, il dit : "Je m'imagine de superbes batailles. L'armée allemande d'un côté, avec des canons, des tanks et tout ça, et de l'autre côté, le maréchal Tito, Tarzan et Pelé. De sacrées bagarres, il faut dire. (....) Toute notre patrie à feu et à sang. Et à la fin - la victoire". De sa vision politique, il dit : " Quand on mange bien, c'est du catholicisme. Et si on n'a rien à manger, mais qu'on chante et qu'on danse, c'est du communisme".

Il fait défiler les habitants de son village ; le voisin flic qui bat sa femme, comme tout le monde, le pope, le curé, l'imam ; sa bande de copains, gamins aux miettes de soleil dans les cheveux, pas encore serbes, croates ou musulmans, juste les forts qui cognent sur les faibles ; ses rêves , devenir un footballeur noir brésilien ; l'école, l'instituteur qui carbure au raki ... Puis l'adolescence fait surgir des filles à la peau dorée sur les rivages de la Baltique, puis, les rêves changent, Vélibor se veut poète, punk et maudit. Tito est mort et dans son fantôme se dissout l'illusion de l'unité yougoslave. Les souvenirs s'arrêtent juste avant que la guerre ne commence. D'elle, l'auteur ne dit rien et pourtant, depuis le début, elle est là, elle structure l'amour pour un temps qui ne sera plus,on le sait, pour des lieux qui seront ceux des destructions et des massacres. "La belle ville de Mostar sent déjà la figue et le romarin, le miel d'acacia et le sucre bien caché dans la glace à la vanille". On entend le bruit des bombes par en-dessous les mots.

Athalie

12/08/2012

Les braises Sandor Marai

les braises,sandor marai,romans,romans hongroisLes braises, elles couvent sous la cendre de deux vieillards depuis quarante et un ans et quarante trois jours, dans la cheminée désertée de la grande salle où un dernier repas a été consommé, et avec lui, bien d'autres choses.

Un vieux général termine solitaire, dans l'aile ancienne de son château, une vie de soldat au service d'un empire d'un autre temps, lui aussi, celui de Sissi l'Impératrice. Il l'a même aperçue une fois, silhouette pressée se détachant sur la lumière finissante du Prater. Mais ce temps-là s'est enfui. Et il ne reste nulle valse, ni musique romantique dans le château du vieux général, que l'on pourrait croire être celui de la Belle au bois dormant, sauf que la princesse, elle est morte. Et que cela fait déjà un moment.

La princesse, c'était la femme du vieux général, Henry, descendant d'une précieuse aristocrate française, exilée en ces bois profonds par l'amour d'un riche officier hongrois, amateur de chasse et d'honneur militaire. La nostalgie a eu raison de leur coup de foudre et ces temps fanés rôdent encore dans les pièces luxueuses où l'on ne fait plus le ménage que deux fois l'an. Parce qu'il y a aussi le fantôme de Christine, la princesse du vieux général.

Pourtant, ce soir-là, le général ve faire remettre en scène le dernier repas pour le convive qui revient, l'autre survivant, Conrad, celui qui est parti brusquement quarante et un ans et quarante trois jours plus tôt. Les deux vieillards ont été amis, vingt deux ans d'études et de carrière commune, une amitié pourtant atypique entre le jeune, riche, courtisé aristocrate, et le jeune, pauvre, musicien, officier presque malgré lui. L'un était si sûr de lui, l'autre si en retrait. Vingt deux ans ensemble, et puis, un jour de chasse, le repas à trois, le départ inattendu. Depuis quarante et un an, et quarante trois jours, le vieux général a ruminé et a retourné toutes les pierres, a reconstruit l'histoire, celle qu'il n'a pas su voir alors qu'il la vivait, cailloux par cailloux. En cette dernière soirée, il va confronter sa construction à la parole de celui qui peut la détruire, ou en être détruit, parce que c'est autant une histoire d'amitié qu'une histoire de vengeance, un ultime coup de poignard. C'est lent, court, mais lent, on avance par petites vagues mais phrases longues. Tout est dit en une réplique ou deux, puis se developpe sur plusieurs pages le reste.

C'est bon comme une madeleine de Proust trempée dans du lait tiédi.

Athalie

Autre commentaire sur ce blog d'un autre titre du même auteur :

L'héritage d'Esther

03/08/2012

Les affligés Chris Womersley

lucioleprolfixeclair1.jpgQui sont les affligés dans cette histoire ? Un des rares reproches que je ferai à ce roman, c'est ce titre, je tourne et retourne les sens du mot dans ma tête, et je ne vois pas. De l'affliction, il y en a, c'est sûr, mais le mot ne suffit pas. "Bereft", est le titre original, et rajoute,"endeuillés, démunis", c'est mieux, je trouve, au moins on voit de qui il s'agit, et puis, c'est plus complet, "démunis dans le deuil", oui ce serait quelque chose comme cela, comme sentiment général. Autant vous dire que ce n'est pas gai. Mais pas malsain, juste entre tendresse et rédemption, plongée dans le passé et découverte peut-être de soi, d'un autre soi. Les thèmes sont convenus, certes, mais l'écriture, comme l'indique le titre anglais, très littéraire, permet à cette histoire de se lire presque comme une aventure intérieure. La couverture est d'ailleurs, je trouve, un résumé à elle toute seule de ce qui fait le charme prenant de cette histoire. ( ce qui fait que je pourrais me contenter de l'insérer ici, et de passer à autre chose, mais comme je suis bavarde, je ne peux pas.) .Des arrêts, des accélérations, quelques gros plans, des scènes arrêtées, comme au cinéma, des poses, sur un visage, un geste, il y a une grande douceur dans cette histoire tragique. (Et surtout pas de description des grands espaces "nature writing", je fais une overdose en ce moment) Même si l'action se déroule en Australie, c'est une Australie très ressérée. Rien ne semble y bouger, juste trois quatre personnages, quelques moribonds et trépassés, quelques silhouettes de maisons du bourg de Flint, les bois autour.

Quin Walter s'est enfui de son village dix ans auparavant, après avoir été accusé du viol et du meurtre de sa soeur. Il faut dire qu'on l'a retrouvé hagard, ensanglanté, le couteau à la main, et que ces deux-là s'aimaient tellement ( il l'aimait tellement en tout cas) que des rumeurs couraient dans la famille, dans le village. Et pourtant, ce n'est pas lui. Pourquoi revient-il, de retour de la grande guerre, poumons brûlés, gueule à moitié cassée ? Il ne le sait pas trop, entre pardon et vengeance, il erre dans les bois, autour de sa maison, autour de la chambre de sa mère, qui s'y meurt de cette épidémie qui ravage le pays que l'on dit être la peste espagnole, mais que certains dans le village disent "La Peste". Puis, Quin s'approche, parle, ne dit pas toute la vérité, mais quête les mots qui pourraient lui refaire une innocence.

Dans les bois rôde aussi son oncle, celui qui, avec son père, a juré de l'abattre si il revenait un jour. Le jeune frère de sa mère, chasseur, prédateur et chargé de faire respecter la loi dans le bourg, ce qui est fait un encore plus redoutable traqueur d'innocence. Quin tourne, s'échoue, quelques scènes racontent son enfance, d'autres son errance, sa guerre, ses violences et ses leurres : le courage sur les champs de bataille, c'est quoi quand on a laissé tuer sa soeur ? sa lumière viendra d'une drôle de luciole, Sadie, fille d'une présumée sorcière, morte il y a peu. Elle aussi rôde dans les bois, fourrée dans une cabane abandonnée comme dans un terrier. Elle attend que son frère revienne, lui aussi, de la guerre de l'Europe. C'est une belle figure romanesque, enfantile et lucide, elle est la lampe de poche de Quin, mais la proie de certaines ombres ....

Thèmes convenus, soit, mais atmosphère d'aquarium, étouffante, saturée de la moiteur des non-dits, qui englue sa lectrice dans une lecture diablement prenante, tant il y a quelque part une corde tendue. Donc, attention ! se lit d'une traite, à ne pas commencr au début de la nuit sous peine de cernes sous les yeux le lendemain !

Athalie

Un avis plus concis et moins foutraque ...

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/06/les-afflige...

23/07/2012

A suspicious river Laura Kasischke

violee.jpgLeila a vingt quatre ans. Depuis quelque temps, elle est la réceptionniste la plus consciencieuse de l'hôtel Swan, un hôtel posé dans cette bourgade qui suinte l'ennui et les médisances de son enfance, posée à côté d'un lac où des cygnes vivotent. Des touristes y réservent des chambres mais des hommes seuls y sont aussi de passage, pour une nuit. Pour soixante dollars, ils ont une chambre, et pour soixante de plus, l'homme seul qui a fleuré la bonne occasion peut avoir Leïla pour un moment de sexe ; le temps qu'elle mette la pancarte "Je reviens dans un moment" sur le bureau de la réception, et elle se propose à leur porte. Jupe bleu marine, col en dentelles, ils n'en reviennent pas.

Leïla est mariée, Rick l'aime depuis leur seize ans, quoiqu'elle fasse, il la nourrit, l'entoure, bon gros nounours qui obéit à papa et maman. Mais, là, Rick maigrit, s'écarte. Leïla flotte à côté de lui, il y a longtemps qu'elle s'est écartée, elle. Elle met l'argent de son corps dans une boite, de plus en plus remplie, pour s'offrir quelque chose, ne sait pas quoi, un truc blanc, un truc pur. Le sexe monnayé se fait de moins en moins soft quand Gary pousse la porte de l'hôtel Swan. Gary est violent, vicieux, pervers, Laïla se laisse faire, absente de tout ce qu'il lui est fait et le sexe devient une suite d'acquiescements à sa propre chute.

Le récit de la descente de Leïla menée par Gary à un train d'enfer est entrecoupée de retour en arrière qui évoquent des épisodes de son enfance, tous axés sur les visions de sa mère à la beauté de femme fatale, sa mère la putain, qui part seins nus sur un voilier, son amant qui la prend, les mains dans la vaiselle, vite fait, pendant que le mari est parti chercher des bières dans le garage. Le mari, le père de Leïla, le frère de l'amant. Le mari vaincu, l'amant sanglant, le corps de la mère hantent l'esprit de Leïla qui s'allonge, suce, se laisse besogner comme une souche absente. Belle, pourtant disent-ils, ceux qui lui passent dessus.

Et moi, pauvre lectrice consentante, soit, mais quelque peu violentée aussi par ce roman que je me suis mise de moi-même dans les pattes, je me disais, mais pourquoi je continue, moi, pourquoi je le termine ( bon, je l'avoue j'ai parcouru les dernières pages en apnée) par masochisme ? Fais-moi mal Kasischke, Kasischke ? Par sadisme ? Fais-lui mal Kasischke, Kasischke ? Ou serais-je atteinte d'une autre perservion auto-destructrice ? C'est quoi cette histoire "telle mère pute, telle fille pas mieux" ? "Plus va la petite fille au lit qu'à la fin on la jette" ? Comment accrocher (finalement) à cette histoire aussi noire ?

Athalie

 PS : je mets le lien sur le site de l'artiste dont j'ai utilisé l'image en illustration, son travail me renvoie très subjectivement à cette lecture

http://www.monicaperezalbela.ch/barbie/barbie.htm

Autres commentaires sur ce blog d autres titres de la même auteure : En un monde parfait, La couronne verte

 

17/07/2012

Le diable tout le temps Donald Ray Pollock

le diable tout le temps,donald ray pollock,romans,romans policiers,romans américainsJ'ai croisé mon ami Jack dans les croisées du salon du livre d'"Etonnants voyageurs". Mon ami Jack ( ce n'est pas un surnom, c'est son nom) est très, très grand, ce qui fait qu'on ne le loupe pas, même dans un salon du livre bondé. Il m'a lancé : "Va voir le Pollock, c'est du bon". Mon ami Jack étant un fin cinéphile et un amateur éclairé de polars américains, je n'ai pas vu le Pollock, j'en ai pris un sur la pile (après avoir lu la première page et surtout sans lire la quatrième, c'est ma technique habituelle quand on me lance sur un livre dont je ne sais strictement rien). Merci Jack ...

Est-ce un polar ? Un roman noir ? un road-movie immobile et à plusieurs vitesses, je ne sais, mais c'est un sacré bon bouquin. Comme on dit un sacré coup de rouge, je veux dire que ça tâche. A éviter si on aime les tables bien dressées avec nappe blanche. Le sourire vient parfois aux lèvres mais quand même un peu tendu parce que tous les personnages (ou presque) sont de sacrés saligauds. Les drames les plus épouvantables, horribles, répugnants, malsains se succèdent et pourtant jamais le coeur ne m'en est venu sur les lèvres tant l'écriture met à distance toute émotion, c'est écrit comme si tous ses crimes étaient, finalement, normaux, voire des sortes de gags, voire artistiques ....

Les deux villages où l'action se déroule sont presque limitrophes, un dans l'Ohio, et l'autre en Virginie Occidentale. Ce qu'il ont en commun, c'est qu'ils sont ruraux, très ruraux, et qu'ils sont liés par le chemin du personnage (on va dire principal), Arvin.

Arvin, c'est le fils unique de Willard Russel. Celui-là, quand il est revenu de la guerre du Vietnam, tout ce qu'il voulait, c'était rentrer chez lui, au fond des bois, chez sa mère, avec son oncle et basta. Pas envie de dire si les Japonais mangeaient au non leurs prisonniers. Rien. Sur le chemin du retour, il a, malgré tout, croisé du regard la belle Charlotte, serveuse de son état, aussi belle qu'une actrice de cinéma. Ils se marient, projettent de devenir propriétaires à la campagne, Arwin suit les traces de son père, mais Charlotte se meure et Willard dérape. A plein tube.

Roy est prédicateur, il s'arrose d'araignées pour montrer aux fidèles qu'il ne faut pas avoir la peur de l'amour de Dieu. Théodore, pour l'amour du même Eternel, a sacrifié ses jambes ( ce qu'il finira quand même par regretter), c'est donc sur son fauteuil roulant qu'il suit Roy en accompagnant ses sermons au violon. Jusque là, tout roule à peu près bien ... Où ils vont vraiment mal tourner, c'est lorsque Théodore va, égoïstement, encourager Roy à mettre à l'épreuve son pouvoir de résurrection. Je vous passe les histoires d'amour avec la femme flamant rose et autres aventures qui les mèneront, ben, vers une sorte de destin (?)

Suivent, ou s’entrecroisent, dans un cortège brinquebalant vers un enfer de pacotille : un couple de tueurs nymphomane-photographe, un prédicateur libidineux, un shérif véreux, quelques filles laides mais perdues de vertu quand même, et Arvin, l'enfant qui n'avait reçu qu'un pistolet en héritage, et un certain sens de la justice, un drôle d'ange quand même ...

 

 

 

14/07/2012

Délicieuses pourritures Joyce Carol Oates

imagesCA1MFET3.jpgAprès avoir été conquise par "Nous étions les Mulvaney", déçue par "Zarbie les yeux verts" et dans l'incapacité de lire "Le triomphe du singe araignée", je ne voulais pas râter mon nouveau dans la poursuite de la découverte des romans de Joyce Carol Oates. Pourquoi cet acharnement ? Ben, parce que je suis sûre qu'il y a d'autres pépites, dont "Bellefleur", pavé qui me fait les gros yeux doux. Je l'ai laissé encore un peu mariner et j'en ai pris un petit, au titre assez tentateur... Je sais maintenant qu'il est extrait d'un poème de D.H Lawrence, ce qui a son importance.

"Cherchez la jugulaire", "Allez plus profond", martèle Andre Harrow à ses étudiantes : un groupe d'une dizaine de ( plutôt jolies) filles de dix à vingt ans qui ont le privilège d'assister à ses cours de littérature anglaise, notamment sur D.H. Lawrence, son auteur fétiche, mais qu'il a relu à sa façon, pas forcément très littéraire ou trop littérale ... Ces étudiantes sont en quelque sorte des élues qui entretiennent entre elles et avec leur professeur, des rapports, disons, excessifs (?). Gillian, la narratrice en devient obsédée, elle vit, écrit, agit, pense, pour être remarquée par lui, aimée par lui.

Elle les espionne, lui et Dorcas, la femme d'Andre : une artiste libre (libérée ?). En dehors des normes sociales, elle sculpte comme un homme des totems aux formes féminines exarcerbées, très sexuées, trop aux goûts de certains. Darcas fascine aussi Gillian qui tente de s'approcher du domaine de ses dieux. D' étranges suspicions courent dans l'université : des débuts d'incendies, des alarmes dans la nuit, des comportements qui dévient, des rumeurs : Andre aurait des préférées, Docas prendrait des stagiaires ...

" Je vous aime, pourries, / Délicieuses pourritures" et en enlevant la virgule entre "aime" et "pourries", ça fonctionne aussi. Une excellente lecture, avec un goût de malsain, peut-être ...

Athalie