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10/07/2012

L'âme des guerriers Alan Duff

l'âme des guerriers,alan duff,romans,romans nouvelle zélandeUn livre de lâches colères, de lâches violences, de lâches défaites et de lâches oublis. Moi qui cherchais partout des maoris dans la littérature nouvelle zélandaise ( ça se dit ça ?) et australienne, ben voilà, j'ai trouvé. Et ça cogne dur.

Beth Heke a échoué, comme tant d'autres maoris à la dérive, désocialisés, déclassés, dans la cité des pins, une cité pour maoris, pour maoris défoncés comme les trottoirs, suite de maisons de terrains vagues où les pneus poussent sur les pelouses à la place des fleurs. A côté, juste à côté, il y a le domaine de "M. salopard de blanc Trambert avec sa majestueuse maison de maîtres et ses prés à n'en plus finir qui viennent s'échouer contre la limite des cages minables construites (....) pour que l'on puisse héberger un autre lot de nullités à la peau marron." C'est Beth qui parle, pas encore saoûle, mais cela ne saurait tarder, pas encore battue, mais cela ne saurait tarder non plus. Parce que c'est comme cela dans la cité des pins, on est abonné à la crasse de l'âme, même quand la rage d'en sortir s'en mêle. Beth, dans le naufrage de cette vie là, tente parfois une certaine dignité, contre son homme, contre les autres, pour ses enfants. Elle tente, parfois quand elle le peut ,de les éduquer, de les soigner, de les aimer, de ne pas tout laisser aller. Mais elle a du mal. Beaucoup de mal, elle ne doit pas lutter que contre elle-même, mais aussi surtout contre son homme, Jack, aux rêves agités de violence, pour qui se battre est sa dignité à lui. Il est craint, redouté, on le flatte, on lui paye à boire, il aime cette reconnaissance illusoire, et préfère toucher les indemnités gouvernementales plutôt que de travailler, frapper, boire.

Le rêve de Nig, l'aîné, est de rejoindre un gang, celui qui singe tatouages et fraternité rituelles maori au bénéfice d'une même et autre violence, gratuite cette fois, être violent pour dire qu'on appartient à une communauté même si ce n'est que manipulation rémunérée des blancs pour que la basse besogne soit accomplie. Son plus jeune frère, Boogie, et sa plus jeune soeur, Grace tentent d'autres portes de sorties, mais il y a en peu, entre maison de redressement et des murs trop hauts pour être franchis.

Les coups de poing pleuvent sur "la tribu perdue" et l'on comprend que ce roman ait fait polémique à sa sortie en Nouvelle Zélande au moment des tentatives de construction-réhabilitation de la culture des ancêtres comme solution à la misère sociale et intellectuelle. Le narrateur ne les épargne pas, ces descendants de guerriers qui n'en sont plus que des fantômes, et si les blancs colonisateurs sont coupables, les maoris ne sont pas que des innocents ignorant de leur misère. Beth est lucide, se voit rouler dans le caniveau, y voit les autres s'y torcher en y prenant plaisir, saouls et placides, finalement, devant leur sort. Pour résumer, ce qui me semble être une sorte de morale romanesque et en reprenant certains titres de chapitres, certes, il y a "ceux qui possèdent l'histoire", qui l'ont confisquée à "ceux qui en ont une autre, mais "la vie est à ceux qui se battent"et sûrement pas avec les poings.

Beth encore : " Beth venait de réaliser que sa maison - non, pas seulement la sienne mais toutes les maisons dans lesquelles elle étaient entrée - ne contenaient pas de livres. Cette pensée l'avait frappée comme l'un des coups de poing de Jake, allez savoir pourquoi. (...) Au bout d'un moment, elle avait eu une sensation de perte, presque de deuil. Et elle avait pensé, Mais bon sang, qu'est-ce qui me prend ? Et même si cette maison ne contient pas de livres ? La belle affaire. Mais ça continuait à la ronger."

Athalie

 

 

08/07/2012

L'étrange disparition d'Esme Lennox Maggie O'Farrell

Friperie-lyon-580x356.pngC'est un roman dont le charme romanesque monte en nostalgie au fur et à mesure, sans effets de cymbales, avec quelques invraisemblances narratrices, détours sentimentaux et même des clichés presque éculés, mais je n'en ai eu cure tant le personnage d'Esme a remporté mon adhésion, esprit critique tout amolli.

La première fois qu'elle apparait, elle n'est qu'une silhouette contemplative, une ombre mal aisée, en contre-jour d'une fenêtre, dans un hôpital psychiatrique d'Edimbourg. Elle a 76 ans et cela fait soixante ans qu'elle est enfermée là, effacée de la mémoire familliale et presque des archives du lieu. Elle y a été enfermée à seize, nul ne sait plus trop pourquoi ... L'hopital doit fermer, les pensionnaires doivent donc être recasées quelque part. Et Esme, n'a plus personne, sauf Kitty, sa soeur, atteinte de la maladie d'Alzeimer mais elles sont inconnues l'une à l'autre, depuis lontemps, et une arrière nièce, Iris, qui ignore tout de l'existence de la vieille folle. Iris est une jeune femme moderne, presque sans attaches, en tous cas, pas les bonnes, et qui va donc se retrouver à hériter d'Esme, au moins pour quelques temps.

La reconstruction des faits passés va se dérouler presque en dehors d'Iris, qui n'en saura finalement pas grand chose, alors que nous, on a accès direct aux tableaux de la mémoire d'Esme, et aux restes de la mémoire de Kitty. Le premier tableau se déroule en Inde, celle des colonies anglaises, Esme, Kitty, leur petit frère y vivaient avant. Et déjà, la petite fille insupporte sa mère, ne cadre pas avec les attentes, les déborde. Premier drame, et exil à Edimbourg, retour aux cadres toujours, chez la grand-mère grande bourgeoise, monde fermé, froid, de contraintes encore, et de règles de conduites à tenir. Kitty s'y plie. Esme rechigne, bute et tombe.

Soixante après, l'histoire d'Esme croise celle d'Iris, et sa propre voix celle de sa soeur, pour déplier les plis, et même un peu au-delà.

Soit, il y a de l'artifice dans cette construction-reconstruction, l'agencement des sentiments et des hasards, la cécité d'Iris (necessaire, pour que la fin arrive comme elle arrive) est confondante, la rebellitude d'une jeune fille de bonne famille finalement fort convenue ... Et pourtant, une écriture fluide qui m'a happée comme dans les plis de la robe d' Esme qui se déploie un peu au vent avant de retomber. Forcément, comme après un grand déballage ou un grand nettoyage d'automne.

Athalie

Le commentaire par où cette lecture est venue (mais il y en plein d'autres .....)

 http://metaphorebookaddict.wordpress.com/2011/06/04/letra...

14/06/2012

La gifle Christos Tsiolkas (1)

imagesCAV57R4P.jpgPremier chapitre : je ne comprends rien. On est chez un type,Hector, qui n'a pas l'air de tout maitriser non plus, à commencer par lui même et ses ardeurs et ses humeurs, plutôt moroses. On est chez des bobos australiens, vaguement cultivés et argentés, dans un barbecue "décontracté", mais tout sauf "cool". Les invités semblent être du même acabi. Arrivent les parents de l'hôte, d'origine grecque, la mère déteste Aisha, femme de son fils parce qu'elle est indienne à la peau plutôt foncée. La belle quarantaine, celle-ci s'affaire et je commence un peu à repérer qui est qui : le cousin grec Harry, la jeune Connie, pour laquelle Hector semble avoir quelques penchants. Des enfants courent partout, j'ai l'impression d'entendre les cris et les piaillements, insuportable, je prends un doliprane.

Dans le groupe indistinct encore, je repère Gary, près du feu, il a toujours une bière à la main, râleur, semble peu intégré, aigri. Sa femme Rosie allaite leur fils Hugo, quatre ans, (c'est indécent, ou je blasphème ?)  fauteur de trouble depuis le début. C'est lui la bombe à retardement et à fragmentation. Totalement exaspérant,  l'enfant-roi élévé selon les principes de son droit à la non violence ( des autres sur lui, je veux dire), me donne franchement l'envie de lui en coller une. Lorsque le cousin Harry la lui met, la bonne claque,je me suis dit enfin, ça va se calmer ce boucan et j'ai respiré. Sauf que les parents de l'affreux ne l'entendent pas ainsi, font appel aux forces de l'ordre et portent plainte pour "coups et blessures". Sans être pour la baffe à tout prix, on peut se dire que quand même, c'est un tant soit peu excessif .... (Mon doliprane commence à faire effet, et l'horizon narratif s'éclaircit)

A partir de ce premier chapitre cacophonique, la gifle initiale va en générer d'autres, par un très habile agencement narratif, les ondes de choc vont se répercuter comme livrées à elles-mêmes dans ce microcosme de privilégiés. Les invités, parents, amis se retrouvent dans l'obligation de choisir leur camp, par fidélité, par conviction, par méconnaissance, ce choix révèle bien d'autres abandons et failles, d'amours, de désirs, de valeurs ... Les chapitres suivants donnent l'histoire aux invités, pas tous, pas forcément à ceux attendus : certains au coeur de l'ouragan, Harry, le père redresseur de tort, que j'aurais aimé retrouver en justicier honnête mais tourmenté, se révèle être un immonde salaud sexiste et arriviste ; d'autres sont plus à côté, Anouk, la wonder woman de la série télévisée qui clope et boit comme si elle avait jeunesse à son pied, Connie : la jeune ado, fille de parents morts du SIDA, follement éprise du bel Hector, Manolis, le grand père qui croyait avoir du pouvoir, et puis .... Les parents de l'affreux Hugo, Gary et Rosie sont peut-être les pires finalement, d'une mauvaise foi crasse et rancunière, des frustrés au babacoolisme écoeurant masquant l'échec par tant de compromissions agressives qu'il devient difficile de les plaindre, même un peu. De chapitres en chapitres, se construit une vision d'une société raciste, d'une jeunesse qui fait peur ( on peut penser au Dîner à certains moments, voire à Il faut qu'on parle de Kévin car il faudrait quand même un peu parler de Hugo complétement laissé à lui même dans cette histoire ), dominée par la haine et la méfiance de l'autre. L'amitié se retrouve gangrénée, la solidarité familiale disjonctée.

Bref, excellent ! Pour celles ( et ceux, pardon) qui en ont les moyens : à lire devant un soleil couchant australien électrique et artificiel , pour les autres en re-regardant le premier opus de "Mad Max" avec "Midnight Oil" à fond dans les écouteurs. Si n'aime pas "Mad Max" (comme moi) mais qu'on adore "Beds are burning" (comme moi, ça marche aussi)

 


Athalie

 

PS : le commentaire par où cette lecture m'est arrivée ( entre autres ...) :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/05/la-gifle-chri...

 

11/06/2012

La dernière séance Larry Mcmurtry

larry mcmurtry,la dernière séance,romans américains,romansThalia est une ville du Texas. A Thalia, il y a Sonny et son meilleur ami Duane. Il sont lycéens, plus ou moins, joueurs de football et de basket, plus ou moins, vivent de petits boulots, logent dans la pension du coin. Les parents, c'est pas vraiment ça. Ce qui est vraiment ça, c'est les filles. Duane sort avec Jacy Farrow, la seule jeunesse dorée du coin. Duane est fou de Jacy, Jacy est plutôt folle d'elle-même, véritable petite garce qui va monter en puissance. Sonny, lui sort avec Charlène, c'est en gros tout ce qui lui reste, en fait, faute de ne pas pouvoir avoir Jacy, de ne pas pouvoir peloter Jacy, lui  rouler de gros patins, tenter de glisser les mains le plus près possible du soutien gorge de Jacy, il tente de le faire avec Charlène, plus ou moins sans conviction, lors des séances uniques du samedi soir au cinéma, l'unique cinéma de Thalia, séances de pelotages qui laissent les garçons raides comme devant.

A Thalia, il y a aussi Sam Le Lion, le propriétaire bienveillant du billard. Son surnom, il l'a bien mérité mais on ne le saura qu'à la fin. Il possède aussi le café. Entre l'un et l'autre, les jeunes traînent, font des plans foireux, ne pense qu'à ça, en manque de filles, en manque d'histoires. Sam a recueilli Billy, simplet d'esprit, il ne pense à rien d'autre, lui, qu'à balayer les trottoirs de la ville du cinéma au café, toujours dans le même sens, faut dire qu'à Thalia, il n'y a pas beaucoup de sens possibles. Sony l'aime bien Billy, le souffre douleur des garçons, celui à qui on enlève son caleçon, pour rigoler, et même une fois pire encore. L'ennui, ça fait tourner les choses au vinaigre, ou en rond.

Ne pas oublier l'entraineur de football, sorte de répugnant autocrate, aux méthodes bien particulières, il mène parfois ces adolescents en rut lavaire par le bus vers une défaite certaine. L'équipe de Thalia est si nulle que cela en devient parfois drôle ( il y a notamment une description d'un match surréaliste où toutes les tactiques relèvent du hara-kiri ....)

Parmi ces lycéens qui piétinent dans cette ville déserte et puritaine où le sexe est l'opprobe et leur obsession, Sonny est comme les autres, nourri des cheese-burgers du café, nourri de ses fantasmes pour à peu près toutes les femmes qui passent, mais lui arrivera quand même à regarder un visage, celui de Ruth, la quarantaine laissée pour compte, le seul personnge qui se laissera aller à aimer et tant pis , dans un récit où la quête tabou du sexe met à jour les frustrations qui font des adultes bancals.

A lire.

Athalie

Les commentaires par où cette lecture est arrivée :

http://www.lecturissime.com/article-la-derniere-seance-de...

http://www.readingintherain.com/2012/05/la-derniere-seanc...

31/05/2012

Pierre feuille ciseaux Maylis de Kérangal

pierre feuille ciseaux maylis de kérangal,romans,romans français,nouvellesOn peut passer à côté de ce petit texte ciselé ( surtout que la couverture est vraiment très moche, mais vraiment si moche que si Maylis de Kérangal, la belle, charmeuse, pertinente, Maylis de Kérangal n'avait pas été assise derrière la pile à "Etonnants Voyageurs", jamais je n'aurais pensé à prendre en mains ce truc verdâtre et en plus à donner de l'argent pour que cette mocheté se retrouve dans mes étagères), et pourtant, c'est une petite pépite avec une âme dedans, voire plusieurs.

Trois lieux sont décrits, trois lieux de Saint Denis, si j'ai bien compris, comme des territoires distincts et circonscrits, avec leurs habitants dedans qui se cognent aux frontières invisibles, qui tournent en rond dedans, se cognent aux choix architecturaux, ou plutôt aux aléas de ces choix, qu'ils vivent, eux, de l'intérieur, les subissent sans même le savoir. Ce que l'espace où ils vivent fait aux gens qui tentent d'y vivre ...

Chaque description de lieu suit le fil du jeu : pierre, feuille, ciseaux, ce qui plombe, ce qui tranche, ce qui s'envole quand même, et chacun est la toile d'une mémoire. La première est celle de la jeune fille de la cité-jardin, elle y a vécu une certaine solidarité, entre des pavillons ouvriers, des baisers furtifs effleurés dans les contre allées, chef de bande dans les potagers où on chapardait des pommes, elle a sillonné les rues en jouant, puis en scotter, pour en sortir, puis elle y est revenue, dans la  petite maison des années 50, en parpaings à la gloire des années des trente glorieuses. Sauf qu'elle ne s'y sent plus vraiment chez elle, méfiante devant les rideaux de fer fermés des épiceries d'antan, remplacés par les vitrines "halal" exotiques, illisibles, inquiétantes. A ce quartier, s'adosse, l'autre, le dangereux, l'ensemble des "grands papillons", jamais fini, mais qui s'est clos sur lui même, des barres d'immeubles où sont arrivés les immigrés au temps où la France avait besoin d'eux. Ils se pensaient conquérants de leur dignité mais leurs fils y tournent en cage invisible, le seul territoire qu'ils peuvent maitriser, le seul où ils ont le pouvoir. La troisième mémoire est encore toute petite, le texte restreint le quartier aux dimensions d'une boîte à chaussures qu'une petite fille explore pour pour se souvenir de sa place dans le monde, y mettre des fils qui l'ancreront quelque part.

Maylis de Kérangal vous nostalgise et vous ouvre les papilles du coeur, elle retaille l'espace à coups de mots et de rythmes qui font bang dans la tête, elle refait le patron de la banlieue en marquant les coutures à coup de craies biseautées.

Athalie

PS : pour les curieuses qui meurent d'impatience ( si, si, si ...je suis harcelée de mails !) pour savoir ce que Maylis de Kérangal ( la belle, la charmeuse, la sublime ...) à répondu à ma question parfaitement pertinente (mais si, mais si, mais si ...) : la réponse est "oui"

14/04/2012

Brothers Yu Hua

1002016-Bruegel_lAncien_les_Mendiants.jpgOu comment mettre sous cloche, sous boule de verre, un village, ses habitants et plusieurs décennies d'histoire chinoise, de la Révolution culturelle à la modernisation du capitalisme déguisé par les rouages corrompus du parti des "Masses", un concentré de la métamorphose des choses et de ce que les choses font aux gens.

Le microcosme, c'est le village des Liu, les deux spécimens principaux sont deux frères que rien ne lie par le sang mais tout par l'enfance, frères de coeur et de survie. Li Gangtou pourrait être la face noire : vantard jusqu'aux mensonges de bonne foi, hâbleur, obsédé par le sexe jusqu'à orgasmer les poteaux électriques, vulgaire, excessif en tout, aveugle à ce qui n'est pas satisfaction de ses désirs, forcément réalité. Mais pas toujours, ce serait trop facile : il peut aussi mettre tous ses défauts au service d'un bon sentiment : organiser un pélérinage " tout confort", rembourser ses dettes à ceux qui n'en attendaient pas tant ... Song Gang, le deuxième frère n'est pas la face blanche, plutôt l'agneau, doux jusqu'à l'impuissance, fidèle à la parole donnée jusqu'au don de soi, sensible, faiblard, se contentant des restes, il donne parfois envie de lui cogner des beignes, ce que ses décisions ne manquent parfois pas de faire, en un cruel boomerang.

Leur histoire pourrait être l'épopée burlesque de deux trajectoires ratées ; la figure fondatrice serait le père, le vrai pour un, le pas vrai pour l'autre, même on finit par ne plus savoir pour lequel. Le vrai de Li Gangtou a fait de sa mort l'humiliation de sa femme,  noyé dans la fosse des excréments pour avoir voulu trop mater les fesses des femmes du village. Li Gangtou est élévé dans l'obscurité de la honte jusqu' à ce que, le nouveau père apparaisse au détour d'un cortège d'enterrement ( des cortèges, d'ailleurs, il y en a souvent, sorte de point d'orgue, ils dégénèrent en bagarres cruelles, poussièreuses ou franchement drôles, ça dépend). Cet homme-là, c'est un soleil, grand, fort et bon, il va lui faire relever le regard, à cette femme qui ne sortait plus que la nuit, prendre tout le monde sous son aile, et  marquer le seul drunk de toute l'histoire du village. Mais la Révolution culturelle arrive et de conquérant, il va passer accusé " propriétaire terrien", la pancarte au cou et le balai à la main, un écrasé des circontances au sourire sans faille, à la parole fidèle.

Les deux héros  se dépatouillent dans les rues du village. Li Gangtou, le voyou, Song Gang le frère fidèle, "l'âme damnée" bien malgré lui. Le premier a déjà une légende, une solide réputation depuis que, comme son père, il s'est régalé des fesses des femmes dans les toilettes publiques. Sauf que lui, non seulement il n'en est pas mort, mais il a fait commerce de la beauté du postérieur de la sublime Ling Hong, la beauté du village, celle qui fait fantasmer la bande des "fidèles" : amis ou ennemis selon les circonstances et la politique qui tourne , les accolytes qui sont la deuxième strate du roman, ceux qu'avec les héros on suivra dans les étapes de la grande marche vers la modernisation, liés  ou déliés, témoins ou complices des entourloupes de l'un, de sa course à la gloire autoproclamée, de sa réussite autogérée, du bonheur tranquille de l'autre, Song Gang, dont la seule gloire sera de posséder une bicyclette, pour conduire sa femme, conquise sans le vouloir sur son frère, à la porte de l'usine, même quand les vélomoteurs prendront le pas sur son bonheur passé.

C'est un livre de parades, conduites de main de maître, jubilatoires et cocasses qui se succèdent et qui mènent à l'échec : ni la quête de la vierge, ni celle de l'amour pur, seul un escroc en faux hymens tire son épingle du jeu. Et encore, il n'y a même pas de leçon, juste pas de pitié pour les faibles ( et encore), juste aux queutards, aux chanceux, aux profiteurs, aux jouisseurs ( et encore). Il colle aux doigts, parfois gras et sale, ça pue, ça rôte et ça pète. D'un anti-romantisme primaire mais génial.

Athalie

Ps : merci à Ingannmic !

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2011/10/brothers-yu-h...

Athalie

06/03/2012

Les passagers anglais Kneale

les passagers anglais,kneale,roman anglais,tasmanieOu comment un voyage au petit pied peut se retrouver au très long cours ....

Le capitaine Kewley trafiquait tranquille  du côté de son île de Mann avec ses marins ravis dans son bateau à double fond, "la sincérité", (gloups et une bouteille de rhum)  en une journée qui aurait dû être la dernière de cette aventure là et non la première d'une toute autre histoire, pas du tout, mais du tout prévisible. Arrivent les "douanes volantes" anglaises et bien contraints de se taire et de ne rien dire, les marins mannois et capitaine matois se retrouvent assignés dans le port de Londres, ce qui, vu ce que contiennent les soutes secrètes, ne leur convient que peu. Pour sortir de la souricière, ils vont aller se jeter dans la gueule du loup, chargés d'une mission civiilsatrice et vaguement scientifique de l'autre côté de la planisphère dans une toute récente colonie anglaise, la Tasmanie. 

A bord de la "Sincérité", le capitaine a dû embarquer quelques spécimens humains qui seraient burlesques si ils n'étaient animés des plus purs délires racistes : le révérend G. Wilson, totalement allumé de la lumière divine, persuadé que le paradis terrestre est sur terre et en Tasmanie, justement, une histoire de frigidaire géant qui l'aurait conservé intact, ce qu'il veut prouver de visu à ceux qui se gaussent de sa théorie (et houps, une bouteille de rhum !) et le docteur Thomas Potter qui est quant à lui un défenseur convaincu de l'inégalité des races, matiné de relents sadiques. De l'autre côté du monde anglais, et pendant que notre "Sincérité" s'y achemine, Kneale, l'auteur, (je précise pour ne pas me prendre en route, moi, et à cause des bouteilles de rhum ...), donne voix à Peeway, le "sauvage". Il raconte son histoire, seule voix de sa civilisation, alors que les autres, les "civilisés", ils sont plein.

Il raconte sa mère, qui veut "tuer son papa", un violeur et voleur blanc, les tentatives de lutte de cette mère courage, de son peuple, de plus en plus réduit, pourchassé comme un troupeau par les colons. A leurs yeux, ils ne sont que des montres primitifs, ils les tirent au fusil comme on le ferait de monstres malfaisants. D'autres colons, plus "humains", vont les regrouper, les éduquer. Ce sera presque encore pire. Peeway, le "sauvage", raconte la perte de soi, de la culture, la faiblesse, l'impuissance de ceux qui ne comprenaient pas. Il raconte ce qu'il peut voir, sentir, et c'est à la fois naïf et ignoble.

Les autres narrateurs, il y en a donc à peu près 20, dont les trois principaux : les deux délirants et le capitaine, plutôt bonhomme, complètent, interprètent, motivent, l'entreprise raciste. Selon ces voix de la "civilisation", on jubile, on savoure le cocasse d'une périgrination burlesque, sans cesse contrariée (houps ...) , et/ou on s'indigne, on s'horrifie, on se lamente, impuissants nous aussi en témoins de cette construction drôlement efficace : chaque regard qui croise la voix du "sauvage" est monolithique, quand il n'est pas monomaniaque, chaque regard ne le voit même pas.

Je ne suis pas sûre que la fin mérite une dernière bouteille de rhum ...

 

Athalie

 

29/02/2012

Rosa Candida Véra Olafsdottir

ange6213.gifPas facile de noter un livre plume ou papillon dont le titre est le nom d'une fleur. ça fait beaucoup de nature légère tout cela ... ça fait peur de mettre des mots dessus, ils vont peser trop lourds et ça va se casser la figure, si ça se trouve.

Donc juste le titre, un joli titre, le nom d'une rose, variété exceptionelle à huit pétales. Du coup, je me suis demandée combien de pétales avait une rose, cela n'a pas vraiment retardé ma lecture, non plus, vu que je me suis dit que :

  1. C'est un roman.
  2. Sortir vérifier dans mon jardin combien de pétales avaient mes variétés à moi n'était pas productif a) Il fait froid b) Il n'y a pas de roses en fleurs, ce n'est pas la saison, juste un début de camélia maigrichon c) Même si c'était la saison, je me voit mal en arrêt devant mes rosiers pour compter les pétales des fleurs, en plus je suis sûre que le nombre de pétales n'est pas le même pour chaque rose, même sur le même rosier. ( Mais sur ce point, j'accepte la contradiction)

Donc, je me suis contentée de continuer à effeuiller les pages, sans épines non plus, comme la Rosa Candida.

Arnljotur, là c'est le nom du candide héros, vingt deux ans, est père par hasard, au détour d'une halte dans une serre, d'une petite fille aux cheveux blonds, mais rares, sauf un accroche coeur que l'on voit bien sur la photo, celle où elle sort du bain. De la mère, Anna, il sait peu de choses, sauf que dans la serre, en ce quart de nuit partagé, une ombre de plante faisait image sur son ventre, son accroche coeur à elle. Depuis, il ne s'est plus rien passé. Marin au mal de mer, depuis peu orphelin d'une mère qui faisait pousser les roses et savait faire les boulettes et la soupe au cacao, fils d'un père qui tente de faire la même chose, sauf faire pousser les tomates et les roses, et frère jumeau d'un autiste élégant, il a décidé de rejoindre un vieux monastère, quatre frontières plus loin, plus au sud, où un jardin précieux necessite réparation. Il prend son premier avion avec ses boutures de Rosa Candida dans le sac à dos et au sauce verte dans le ventre. Ce qui fait que les débuts hors serre ne seront pas des plus évidents.

Un père enfant, qui fait les choses quelque peu dans le désordre, s'attarde aux bords des choses, des lits, des sentiments, une fille fleur, la sienne,  Flora Sol, un monastère plutôt endormi où les manuscrits passent avant les roses, un moine alcoolique cinéphile mentor improbable qui pense que "La grande bouffe" peut donner des idées de recettes familiales et Antonioni des leçons de psychologie amoureuse, un tableau de l'enfant Jésus, un lièvre à la moutarde, un canard farci, une robe jaune à collerette et un manteau rouge (sans oublier le pyjama avec des myosotis dessus), et quelques rosa candida plus tard, on termine dans une jolie lumière. Aussi jolie que le titre. Et voilà.

Athalie

 

23/02/2012

La religion Tim Willock : bilan

bene-tim-willocks.jpgUn roman fleuve qui a mérité une note fleuve ;

Parfois, il y a, justement, un peu trop de fleuves, de sang, d'entrailles, de vicières, de vomis, de merdes et de toutes autres substances que les organismes peuvent  lâcher et laisser dégouliner, parfois trop de ces substances collent aux armures quand le sexe s'en mêle. Parfois, au contraire ou en même temps, un peu trop de glamour prévisible, mais qui repose du sadisme ordinaire de l'âme guerrière. Mais, comme je l'ai dit et fait, on peut passer quelques paragraphes, survoler quelques coups d'arquebuses et de fléchettes, quelques assauts épiques pour se laisser porter par cet héroïsme d'un autre âge, par cette  grandiloquente fresque, pleine de mots et de fureurs. Quand les clichés se font archétypes à ce point, il n'y a qu'à lire. Bravo l'artiste.

Athalie

 

22/02/2012

La religion Tim Willocks ( 3, 4 et 5)

bene-tim-willocks.jpgTroisième jour de lecture :

Carla vient de se faire enlever par un sale prêtre qui pue l'oignon, aux ordres de l'affreux inquisiteur qui pue l'onction de la chair brûlée. Quelques coups de traquenards et crucifixion de juif vendeur de poivre plus tard ; la petite bande part pour Malte : Carla, Tannhauser, Amporo, Bors, l'inquisiteur, lui, il est à Rome, mais s'en méfier comme de la peste turque ou pontificale.

Je nage un plein roman romesquitisme quand mon homme préféré me rappelle que l'on a une cuisine à acheter et des copains à venir manger. Je laisse donc la bande vaquer à ses occupations habituelles. On n'a évidemment pas acheté de cuisine et les copains avaient déjà lu La religion. Je les ai sommés de ne pas m'en dire un mot. Ce qui fait qu'on a parlé cuisine.

Quatrième jour de lecture :

Je décide de tenir un journal de lecture, sinon, à la fin, je ne vais plus m'y retrouver. A Malte, ça barde de tous les côtés, je ne suis pas sûre de retrouver la petite bande vivante demain. Je m'acharne,  j'ai les yeux qui pleurent et l'estomac qui crie famine. En plus, voilà Carla qui devient mystique ... Tannhauseur se perd entre deux amours, Bors est sauvé pour l'instant, c'est déjà ça. Et le fils inconnu, on ne peut rien en dire, sinon, c'est trop.

Cinquième jour de lecture :

Pendant la nuit, à Malte, le fort de Saint Elme est tombé .... et Tannhauser s'est évanoui dans la boucherie pendant qu' Amparo et Clara jouent dans la nuit des décombres, toute sensualité dehors. Et revoilà l'inquisiteur ...

Je faiblis, ne résiste plus à la tentation ( moi non plus ...) de passer quelques paragraphes de sang coagulé, de récits d'assauts sans fin et sans but que la seule gloire de deux dieux que seuls les hommes opposent. Je me mets à aimer Tannhauser, son immoralité, les chausse trappe de la fiction me font sourire. Quand c'est trop, je me réfugie dans la vérification des sous-titres : on est à Malte pour combien de temps encore ?  Je m'étiole, va voir sur internet qui était La Valette, comment s'est finie cette guerre. Je sature. Les héros aussi. ça va, je suis encore avec eux. Pas question de lâcher.

Athalie

21/02/2012

La religion Tim Willocks (1 et 2)

bene-tim-willocks.jpgPremier jour de lecture :

Hésitations : j'attaque au pas ? Il est énorme. Je suis en vacances. Il n'était pas sur la liste prévue. J'ai envie de le lire. A quoi ça sert de faire une liste si on ne la tient pas ? Soit. Mais à quoi ça sert de faire une liste si on n'en devie pas ? La liste, c'est pour le plaisir de la liste, en dévier c'est aussi se faire plaisir. ( voir Pérec, qui en sait beaucoup sur le sujet, et comme je suis d'accord avec lui ....)

Donc La religion, c'est décidé. Templiers, Malte, 1565, je pars. Premières pages. Ben, c'est quoi ce truc ? On n'est pas à Malte et ça crache le sang tout de suite, on me tue l'angélique petite soeur dès les 10 premières pages. Même pas eu le temps de voir le truc venir. Mathieu dans la forge, une chanson et hop, le déchainement. Moi, je croyais entrer dans un roman historique, saga genre Les piliers de la terre, ( j'ai une dent contre Le scandale Modigliani, mais bon, Les piliers de la terre, j'avais aimé en tourner les pages) on a le temps de voir les alentours, le cadre, le dessous des cartes ... Là, non, le Mathieu gentil fils de forgeron, devient tueur sans état d'âme en moins de temps qu'il n'en faut à d'autres pour trousser une chemise. Style lyrique, épique, échevelant, tout mélangé. Je pose le pavé sur le côté, à l'envers comme d'hab et vais faire un tour dans le jardin (même si il n'y a pas grand chose à y faire à cette époque) juste histoire d'éviter de prendre un objet plus identifiable dans la pile correspondant à la liste prévue.

Deuxième jour de lecture :

J'avais laissé dans le nord de l'Europe un gamin tueur enlevé par un somptueux janissaire turc surgi de la gueule de l'enfer et je retrouve un Tannhauser jouisseur, propriétaire d'un coupe gorge baroque à Messine. Je m'adapte. Sans compter les turcs, enfin là ou presque, décidés à faire table rase de Naples, une troublante comtesse, une sauvageonne devineresse dans un jardin aux rossignols, où l'on apprend pourquoi certaines roses sont rouges, un inquisiteur même pas lubrique, tranchant comme un coupe-gorge, des gorges justement tranchées.... La machine à histoires est lancée, c'est génial ce truc.

Athalie

 

19/02/2012

Purge Sofi Oksanen

mouche1.jpgDans la toile de l'araignée, il y a une mouche, ou deux mouches. Dans la vieille maison de la vieille Allide, sa vieille ferme estonienne, celle qui a tout connu, il y a plusieurs toiles d'araignées et plusieurs mouches. Et la mouche change de taille selon la possibilité grossissante de la loupe à travers de laquelle on la nous donne à voir. C'est la même chose pour les araignées.

La première mouche, c'est celle que tente d'attraper Allide dans sa cuisine, celle qui veut pondre dans la saucisse. Allide veut finir de préparer ses conserves. Dans la pièce, tout semble épais, on dirait qu'il y a plusieurs couches et que ça gratte en dessous. La mouche va conduire Allide à la fenêtre, et dans la cour, elle voit, un tas de vêtements, puis une jeune femme toute abimée et pas très cohérente, terrorisée, Zara. La vieille Allide n'aime pas les mouches, mais pas vraiment les humains non plus. Faut dire qu'il n'en reste pas beaucoup autour d'elle, on dirait que l'Histoire a fait le ménage ... Faut dire aussi qu'au moment où l'Estonie se dégage de l'emprise de l'URSS et veut courir vers sa démocratie, une femme, même veuve, d'un fidèle excécutant du parti communiste, n'est pas forcément en position de force. On pourrait presque même en avoir pitié ...

C'est un drôle de ballet qui va se jouer entre ces deux mouches là, la Allide et la Zara, quasi à huis-clos, toujours au milieu des bocaux, des conserves, des remèdes, des choses qui cuisent, des souvenirs qui rampent et éclosent des oeufs. Des oeufs d'enfance, de tresses, d'écuissons de pionnères, de jalousies aussi, de l'autre côté le silence et une grand mère exilée qui ne voit dans le ciel nocturne qu'un grande ourse. Des oeufs bien puants : Zara est en fuite, poursuivie par son souteneur, Sacha, un russe aux rêves plein de dollars, pour lesquels elle a payé la fin des siens, de rêves. Il va la retrouver, elle en est sûre. Acculée là, face à la vieille dans la tête grouille de méfiances, de mensonges, de caches. Une vraie poupée russe à elle toute seule. Mais qui ne s'ouvre pas beaucoup.

Les deux femmes s'épient, on attend qu'elles se confient, se sauvent peut-être, en finissent avec les conserves. On se dit que les bocaux, on les fait pour nourir une famille, autour d'une grande table, un cliché comme ça ... Mais la logique des poupées russes est parfois sinueuse, alors que c'est un roman qu'on lit tout droit, vite, les informations arrivent lentement mais prennent exactement une place dans la toile, alors on plonge dans le poisseux de l'histoire, vu du côté du coprs des femmes.

Très fort !

Athalie

 

06/02/2012

Les lieux sombres G. Flynn

diable_dop.jpgDes lieux sombres comme des boites de carton entassés où grouillent des souvenirs ensanglantés. Libby Day ne veut pas les ouvrir. Dedans, il a les petits bouts de la mémoire de sa famille : sa mère , ses deux soeurs, massacrées par son grand frère Ben, une nuit, dans leur ferme. Elle a couru et a survécu, juste deux trois orteils en moins et un béant en plus. Avant, la fuite, elle a vu son frère tuer. Enfin, presque. Et ce presque, elle ne veut pas l'ouvrir non plus. Fait assez noir dans cette histoire ça.

Autre lieu sombre, c'est sur son témoignage de petite fille de six ans que repose l'accusation contre Ben, en  prison depuis vingt ans. Enfin, presque uniquement. Ne pas ouvrir non plus l'album de famille : le grand frère qui s'était mis à la dérive du bateau famillial dèjà pas mal cahoté, disputant "les filles", se mettant à l'écart, se disputant avec sa mère, se teignant les cheveux en noir, révoltes dérisoires puis les massacrant à coups de fusil et  de hache.

Des lieux sombres comme ceux où Ben trainait, amoureux fou lamentable, jouet des autres, plus beaux, plus riches, plus défoncés.

Seulement voilà, Libby Day a besoin d'argent. Depuis "le drame", "l'affaire", elle vit de la curiosité publique, de l'argent qu'elle procure. Elle a tout fait, tout monnayé ou presque, mais d'autres histoires sordides prennent la place de la sienne, prennent le devant de la scène. Les fonds baissent. Il y a des souvenirs à vendre dans les boites et des gens pour les acheter (Ben oui, c'est sordide, c'est pour cela que c'est bien !). Pas le choix, faut racler les fonds de tiroirs, et draguer la clientèle, en l'occurence un "fan club" organisé en comité de soutien, que des femmes (mais mon dieu d'où sort ce troupeau caricatural, ça existe ça  ? ...) persuadée de l'innocence de Ben, le doux, le gentil Ben.

Et Libby va accepter de refaire le chemin, de revoir son frère, de retrouver les protagonistes et le fil de l'histoire, l'histoire de cette journée où Ben a tué, rouages cassés et parfois grinçants d'une traque et d'un piège.

C'est parfois ( souvent) trop, ça tient debout par un pilotis de guingois, on se raccroche aux cordes (parfois même aux grosses ficelles) d'une narration qui joue des coups de trompettes et des coups de théâtre, mais parfois aussi en solo et sourdine. Le diable surgit de la boite toutes grimaces dehors, grand guignol satanique aux effets faciles, puis les souvenirs de Libby s'attardent dans la ferme familliale, clopin-clopant, sur un album d'autocollant, des hambergers ramasse-miettes, un lapin orne la cuvette des toilettes, une mère courage qui ne le savait même pas.

Plein de hauts et de bas, mais quand on se laisse prendre, ça propulse dans l'abysse.

Athalie

29/01/2012

Le mal de pierres Milena Agus

mur-de-pierre-dscf9911.jpgC'était un soir, très soir, un soir d'hiver, très hiver, un soir d'hiver breton, très soir d'hiver breton, un soir où l'on rentre tard, pas très tard, mais trop tard, d'une journée de boulot ,très boulot. Un soir d'hiver, en Bretagne, il faut dire que les essuie-glaces chuintent, (les miens en tout cas), le bitume chouine, et les lumières des lampadaires blafardent. Le moral grince. Heureusement, le bouton de l'auto radio tourne ( et oui, il fut un temps où dans les voitures, les miennes en tout cas, on tournait un bouton pour entendre la radio). Je tourne donc, j'entends la fin d'un truc avec mal et pierre dedans et une voix qui disait des mots de Sardaigne, mais sans soleil dedans. Clap de fin. La voix parle d'autre chose et ma voiture s'arrête devant ma porte, ce qui fait que je l'ouvre. Ou comment rater sa première rencontre avec un livre.

Plus tard, au détour d'un autre hasard, je l'ai quand même retrouvée cette drôle de grand mère au "mal de pierres". Je m'attendais, allez savoir pourquoi, à une vieille courbée, ratatinée, le cliché "Sardaigne ancestrale". Ben, en fait, elle n'est du tout cela. Au début du récit, elle n'a même pas 30 ans. Belle, ardente, trop ardente, ça lui brûle de l'intérieur, elle fait fuir les prétendants, une rumeur la dit coupable de dire son désir. Le récit ne dit rien lui, et la marie plutôt, sans désir, du coup. Un drôle de mariage, où le lit n'est pas vraiment un point de chute. Au contraire. 

Le récit voile son histoire, on croit tirer un rideau mais il y en a un autre derrière ; le Rescapé, le mari pas amant mais aimant, pas tout de suite, le fils vénéré et oublieux, au son d'un violon,   sa petite fille, la narratrice qui la retrouve et l'invente. Ou peut-être pas. Se contournent alors les lignes de faille : la femme méprisée, la folle, celle qui a pris "tous les désordres sur elle" pour rétablir l'équilibre, héroïne tremblante d'une vie en décalage.

On n'aura jamais la vérité sur cette belle, si belle amoureuse, si aimante, si tremblante d'amour. C'est quoi le mal de pierres, comme le mal de Phèdre ? mais en rentré dedans, parce que le récit, court, en phrases courtes, en phrases simples, résonne d'une douceur tendre et comme mélancolique.

Athalie

 

26/01/2012

Le soleil des Scorta Laurent Gaudé

imagesCAQXGH40.jpgPour prendre un coup de soleil derrière la tragédie racinienne (j'ai un truc avec Racine, je ne sais pas quoi ....)

Dans un soleil de plomb, sur un âne désertique, un homme monte prendre sexe et vengeance. Le chemin a été long et il ne survivra pas lontemps ni au sexe, ni à sa vengeance, mais comme il ne sait pas encore, il monte. Falaises et mer. Sec et aride comme un western spaguetti. C'est le premier des Scorta, il sort de prison, c'est un vaurien, un voleur, il vient chercher celle qui lui revenait, selon lui, une belle fille du petit village qui se terre tout en haut, ramassé dans les silences de ceux qui connaissent tous les secrets depuis longtemps et n'ont pas besoin de parler pour supprimer celui qui n'est pas des leurs. D'un silence de femme frustrée, oubliée, d'une erreur, d'une confusion, presque risible, l'homme va fonder la lignée des "maudits" : de lui naitra un autre père, bâtard exilé mais qui deviendra richissisme, et respecté, finalement, pour ça, bandit de grand chemin même pas au grand coeur, âpre comme une trique, pas goulaillant pour un rond et même pas amadoué par ses enfants, deux fils et une fille, privés d'héritage, forcés d'aller vers l'ailleurs. Ce qui était une chance donnée, en fait, une drôle de chance, celle de sortir de "là", de leur destin, de la malédiction.

Quelques moments à relire pour se souvenir quand la sauce tomate prend, elle peut être vraiment goûteuse, avec des effluves de basilic, du granuleux sous le pain, de la poussière et de la sueur qui colle aux chemins de terre et aux maisons de pierres, et comme un goût de bureau de tabac : le discours de Rocco aux villageois pour que l'accent de la malédiction éternelle résonne encore, le retour au village pour que l'échec soit magnifié ( à ce propos, revoir "Golden door")  la scène du repas sur le trabucco, pour que la fraternité prenne corps à coups de poissons partagés, de photos fièrement posées et de grappa atiédie, le soir.

Parce les vieilles lectures n'ont pas toujours le goût de bouchon !

Athalie

A lire du même Eldorado et La mort du roi Tsongor


The golden door bande annonce par Hisaux

23/01/2012

L'héritage d'Esther Sandor Marais

imagesCA3K05SH.jpgUne pépite ? toute petite et presque discrètement portée sur une robe de deuil, comme une robe de mariée même pas portée. Je ne sais plus où je l'ai dénichée, sans doute dans une vieille armoire qui couinait pour tenter de se faire remarquer, un sachet de lavande éventée et quelques naphtalines plus tard ...

Esther, vieille fille amoureuse mais un petit, un petit peu coincée, quand même, Lajos, un séducteur veillissant ; (pas coincé, du moins pas dans le même coin), un menteur qui a été flambloyant, l'a dépossédée, flouée, aimée, laissée, comme en passant et dans le désordre, ou en même temps, on ne sait pas trop. Il ne reste pas grand chose, de ce temps d'avant, pas de parures, pas de secrets de famille, où alors, de la poussière d'ailes de papillon. Le temps s'est arrêté, une silhouette un peu guindée, dans la solitude d'une maison à la véranda déguingandée : tous les autres sont morts ou presque, reste deux ou trois témoins pour savoir que oui, il y a eu un temps où Esther fut aimée. Si légèrement, mais quand même. Une nounou est restée, lucide et tranchante. Elle sait les mensonges, comme Esther ne veut pas les savoir. Et Lajos revient réclamer son dû, et Esther écoute, frémissante au lieu de continuer à couper ses dalhias. ( Bon, moi, c'est plutôt les pivoines, mais j'ai transposé, pas grave)

Les mots cisèlent, taillent peu, on se languit sans se languir, comme dans un transat bancal. Et puis, c'est déjà fini.

Athalie

PS : une Esther en Barbie, c'est carrement pas possible ... Donc les orchidées ... ou une rose confite parce que Lajos, il en a un peu plein la bouche, quand même, quand ce ne sont pas des serpents !

06/01/2012

L'art de pleurer en choeur Erling Jepsen

L-Archange-Gabriel.jpgUn livre qui m'a rappelé une très ancienne lecture qui m'avait fichu des frissons, Le dîner de moules de Birgit Vandebeke : même oppression familliale d'autant plus oppressante qu'elle est confinée et normalisée sous la plus lisse apparence de la banalité, quand le monstrueux est la norme et la jauge. Mais, autant qu'il m'en souvienne, dans Le dîner de moules, le rideau de la scène familiale met un peu plus de temps à se dévoiler, alors que dans L'art de pleurer en choeur, ce qui est troublant, c'est que le décalage est d'emblée posé comme rassurant.

C'est parce que le narrateur, jamais nommé, est le plus jeune fils d'une famille de trois enfants et de parents complèment déjantés. Sauf que lui, il trouve le déjanté normal, je veux dire que le normal c'est pas déjanté, c'est le normal, c'est ceux qui font autrement qui font mal, qui agissent avec "mauvais goût".

Il a onze ans, des préoccupations plutôt de son âge ; être bien vu de sa maîtresse, aimé de ses camarades et soigner ses lapins. Innocent et naif, il ne voit pas toujours pourquoi les autres le regardent parfois d'un drôle d'oeil, sauf ses lapins, cela va sans dire. C'est par sa voix déformée, par le trou de cette serrure, que le lecteur va distinguer, vaguement ou par brusques à-coups, les contours d'une réalité aux facettes de plus en plus glauques. Entre deux mondes, le narrateur y maintient le lecteur qui croise les fausses innocences et les vrais fils : à l'image de l'ange gardien que le narrateur s'invente : un Tabriel aux ailes d'anges et au short léopard, étrange hybride de super Gabriel et d'unTarzan peu pacifique.

La figure centrale, au milieu de la scène, c'est son père, son héros, admiré inconditionnellement par son fils pour son "pouvoir des mots", pouvoir dont il se sert principalement pour débiter des inepties moralistes qui pour le narrateur ont force de lois morales et de hautes valeurs à respecter. Auprès de la communauté villageoise, ça marche un peu moins bien, sauf pendant les enterrements où le père fait preuve, en un numéro bien rôdé, d'une éloquence visant à arracher larmes et explosions de tristesse dans l'assistance. Quand  le discours déclenche des déluges (et notamment grâce à l'aide de son fils, en cas de défaillance), il y gagne aussi un cigare, un peu de considération et des clients qui affluent à nouveau vers son épicerie, qui, cette manne se déglonflant au bout de quelques jours, risque à nouveau la faillite. En plus, il faut au père cette satisfaction d'amour propre pour calmer sa dépression hystérique, et ses succès  apportent un moment de calme dans la vie familiale où la tension est constante, car en milieu clos, le "héros" se targue moins de paroles que de coups et de consolations malsaines.

C'est ainsi que l'idée surgit chez l'enfant :  pour que le paternel brille, il faut qu'il ait des morts, et des morts bien choisies, pour aider l'éloquence. Quitte à y laisser un peu de sa propre innocence et à calquer, ou couvrir, les manoeuvres hypocrites de son modèle. Parce qu'il l'aime ce père, même humilié, même humiliant, même frappé, même frappant. Pour le satisfaire, pour qu'"il soit bien", le petit garçon se plie volontiers, voire anticipe, favorise, la satisfaction de des pauvres et minables ambitions et statégies paternelles. Et il élève alors l'immoralité en posture angélique.

Ne pas oublier la mère qui, elle, fournit les petits pains comme des pains bénis, les prières comme des ritournelles et se réfugie à la cave quand les choses commencent à vraiment mal tourner ... La grande soeur, Nasse, tente de se sortir du canapé mais comme il n'est pas question qu'elle parle de ce qui s'y passe, va se faire piquer dans les grandes largeurs. Un grand frère passe vaguement, sans vraiment mettre le nez dans l'engrenage.

Troublant, donc, une sorte de Il faut qu'on parle de Kévin, mais à l'envers.

Athalie

27/12/2011

En un monde parfait Laura Kakischke

3860164178_ccb6970b72.jpgEn ce monde parfait, une hôtesse de l'air épouse un pilote de ligne, comme la bergère un prince charmant. Elle a la trentaine, semble empotée mais séduisante, haut perchée, notamment sur des escarpins madrilènes. Jiselle a laissé passer son bout de vie et ses bouts d' amours en figurante expérimentée, spécialisée dans les rôles de demoiselle d'honneur, parce qu'elle porte super bien les robes tartes. Rien d'une prédatrice, lisse comme une annonce d'embarquement dans un aéroport. Alors quand Mark, le très beau, très séduisant, très convoité, très viril, le super héros des  hôtesses de l'air, se met à lui mater les jambes et davantage, dans un romantisme tout aussi calabré qu'un piège à pauvre gourde, elle y croit et trois mois après, mariage. Un peu loupé, mais mariage. Voyage de noces : un peu loupé aussi mais voyage de noces. Faut dire aussi que le bellâtre y met la pédale douce et la joue en finesse, faut dire aussi que la Jiselle, elle met de la bonne volonté à se faire berner. Faut dire qu'il est veuf, qu'il a trois enfants, et plus de gouvernante (enfin, c'est ce qui est dit ...), des attentions à la mesures de ses intentions, une sincérité de papier glacé, une maison dans les bois, et que la Jiselle, elle n'a pas encore vu les trois enfants.

Faut dire que tout n'est pas à mettre sur le dos du marié fielleux, une drôle d'épidémie se propage, des phénomènes météo étranges s'en mêlent, la faune et la flore se détraquent. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant. Surtout que la candide Jiselle, elle va quand même se retrouver un peu toute seule, dans un pays où tout va aller doucement on ne sait où, mais surtout pas vers celui de Oui-Oui ou celui de la petite maison dans la prairie que l'on sait.

C'est efficace, drôle, sarcastique, inquiètant. Aucun grand discours moralisateur, pas d'analyse de "où elle va notre planète, regardez comme on n'a pas été gentil avec elle et réfléchissez-y avant qu'il ne soit trop tard et qu'on se mange tous entre nous, sauvagement, puisque sauvages nous sommes etc...". Plutôt un conte de fées qui se dérègle, une grande fille un peu nunuche qui tente de faire face aux dévastations qui la dépassent, mais avec ses moyens, imparfaits. Comment ne pas s'adapter quand la haine rôde. Pour moi, l'inverse de La route, quitte à faire grincer des dents de A. (qui me pardonneront quand elles le liront, sûrement, et seront même peut-être ralliées à ma "Barbie contre l'Apocalypse", qui sait ?)

Athalie

 

21/12/2011

Nous étions les Mulvaney Joyce Carol Oates

images.jpgUne famille comme on aurait aimé en avoir une (pas en vrai, mais juste pour faire joli) : une maman, Caroline, brocanteuse si peu commerciale, belle mais à sa façon, nature, peu efficace, mais si attachante dans ses tenues de hasard, si peu mère et si maman, le genre qui fait la cuisine par plaisir, comme pour rire et dont les enfants dévorent les plats autour de la table, tous réunis, amoureuse du papa, mais aussi croyante, pratiquante de l'optimisme à tout crin, et donc un papa, Mickaël, bel homme, amoureux de sa femme. Parti de rien, chassé par son père, lui, il a tout réussi, son entreprise prospère, prospère, ses relations l'estiment, il va aux clubs des respectabilités du coin et il aime ça.  Il y a les enfants, quatre, trois garçons, une fille : Mickäel, dit "Le mulet", champion de foot, Patrick, dit "Pinch", champion des notes du lycée, Marianne, dite "Bouton", championne de la popularité, une jeune fille "comme il faut", pas comme d'autres qui traînent et à qui il arrive de "vilaines choses" (qu'elles ont bien cherchées, finalement, d'ailleurs ...). Et je vous passe le canari, les chiens, les chats, les chevaux et "La petite maison dans la prairie"

La parole circule, l'éducation bienveillante et responsable, doucement codifiée : les histoires d'enfance sont des repères qui fondent la légende de la tribu. Les Mulvaney : le nom résume la force et la certitude d'un clan, les surnoms cautionnent les identités, les fixent, les avaient fixées .... Parce que c'est quoi ce "trop", ces coups de pinceaux si appuyés, si appliqués sur une toile de chromo ?

Une soirée de Saint Valentin et la lézarde est dans le fruit. Il est arrivé "ça" à la jolie Bouton, et l'aquarelle prend l'huile. "ça" va être l'engrenage pour chacun de la tribu, celui qui tente de sauver les meubles, celui qui saute par la fenêtre, et celle que l'on sort par la petite porte, pour que "ça" n'existe plus, ni la honte de "ça", et que "ça" ne se voit plus, la tâche sur la robe du Bouton si aimée, et d'autant plus dégradée, souillée. Spirales des rumeurs, des regards qui se détournent, des graffitis qui ne s'effacent pas sur les murs des toilettes des garçons, au lycée. La mère qui fait semblant de ne rien voir devient parfois aussi méprisable que le père qui ne voit plus que "ça". Et la peinture se désagrège sous les yeux du lecteur aussi sûrement que s'effrite une façade  de stuc ou les pieds d'argile du père.

Moi, je me suis enfoncée jusqu'au cou avec eux, parce que ça palpite et ça vibre cette histoire : à quoi tenait l'amour d'avant ? quand il était si évident qu'il brillait trop fort ? Une famille ce serait une construction précaire qu'il faudrait tenir à coup d'optimisme hypocrite ? Sinon ... quoi ? Elle se fracasserait la margoulette, elle tiendrait pas la déroute ? Un truc du genre Père Noël ?

Brr....

Athalie

26/11/2011

Une saison à Venise W. Odojewski

une saison à venise,odojewskiSauf que lui, le petit Marek, il n'ira pas à Venise, pas comme son grand-frère, sa mère, ses tantes, avant, destination de villégiature traditionnel pour cette famille polonaise aisée, on imagine la Venise des cartes postales du temps d'avant, celle de "Mort à Venise", mais sans le choléra (le typhus ? je ne sais plus ...) 1939, la Pologne va être envahie, tout s'arrête et son rêve de Venise aussi, sa légende fabriquée, sa collection d'images découpées. Son père file dare dare à la guerre, sa mère se plonge dans ses comités de soutien aux soldats, et le voilà expédié en quelques pages dans la maison de sa tante, une grande maison art déco avec plein de recoins, mais en pleine campagne, plantée au milieu des jardins, sans gondoles. La tata est un peu doucement frapadingue, le reste de la famille arrive, une autre tante, et Marek va avoir sa Venise ...

C'est ouaté, en sourdine, des petites fuites ou fugues mineures avant qu'une source ne coule dans la cave ... un plein d'images flottantes. Un tout petit roman, comme un point de suspension, une lanterne aux fées, un jeu de masques et de bergamasques dirait Verlaine,  et d'ombres délicieusement, hop, pas vu pas pris ... La fable, les lampions d'une lagune souterraine et les notes d'un violon font un temps se taire les fracas qui arrivent. Un moment. Et puis, la Pologne sera bien envahie, la réalité rattrapera bien la fausse insouciance de l'enfance. Faut pas rêver.

Mais la mascarade était bien jolie.

Athalie