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18/11/2011

Les déferlantes Claudie Gallay

Quand Les déferlantes déferlaient (facile ...) en grosses piles compactes sur tous les rayonnages et que tout le monde disait que c'était le "Best seller" des lecteurs, moi, je faisais un peu la tronche car du coup, ce phénomène de bouches  z'à z'oreilles éclipsait celui du Martinez "Coeur cousu", et que mince qu'est-ce c'était que ce bouquin-là, forcément moins bien que mon succès à moi de ma bouche à mes z'oreilles et pas que moi, évidemment, mais quand même.

KS-POLOCHONBLAN-65X20_B.jpg

Finalement, une fois qu'il fut sorti en poche, je l'ai laissé attendre encore un peu, histoire qu'il comprenne bien que je faisais encore un peu la gueule, et puis, "bon, ben, oui, allez, je te pardonne et je ne te lis mon gros coco ...". Gros, oui, coco, on ne peut vraiment dire, moins bien que Martinez, forcément. Mais je me suis quand même laissée prendre ... Comme tout le monde connait l'histoire, je passe et dis juste ce qui m'en reste de bons souvenirs, un peu palis par le temps :

  • Le fantôme de Prévert,
  • L'impression de lire en ayant les coudes posés sur une table de formica derrière une vitre de café embuée,
  • Un huis clos en plein vent, avec un couvercle dessus, comme un ciel breton, même si c'est pas en Bretagne,
  • la maison qui bouge, toujours à cause du vent, et la chambre avec un lit qui doit sûrement avoir un polochon et un édredon. Surtout un polochon, j'adore les polochons, je rêverai d'avoir un polochon, en fait.
  • Les sculptures  de Raphael et son chien empaillé
  • Les chats
  • un certain rythme lent, qui prend son temps pour dire peu de choses, finalement, mais bon.
  • L'art de d'écrire sérieusement des phrases parfaitement inutiles, l'inutilité, c'est reposant : "Il est monté dans la voiture. j'ai entendu le bruit de la portière quand elle s'est refermée. J'ai pensé à la personne qui avait inventé ce bruit". Heureusement, que ce n'est pas un ressort dramatique, sinon, on serait mal. Mais dans le flot, ça passe. Etrangement.

imagesCAY84CMJ.jpgEt finalement, je ne lui en veux plus à ce bouquin. Il a réussi à m'avoir de son côté, un moment calme et doux, presque sans histoire ... peut-être juste pas assez, justement.

Athalie

PS : bonne lecture A.M.L. .....  et autre roman du même auteur à éviter par contre, Seule Venise, la même chose, en plus court et moins bien, beaucoup moins bien, très nostalgie d'une femme seule, aussi, mais à Venise, ça passe moins bien qu'à la Hague, allez savoir pourquoi ? Peut-être qu'il a moins de formica ? et puis les pigeons de la place Saint Marc, ils sont moins porteurs de symbolisme que les goëlands et les mouettes sur la falaise ...

08/11/2011

Courir Jean Echenoz

Avant hier matin, entre autres choses, j'ai essayé de ranger ma bibliothèque, enfin, pour être plus juste, j'ai tenté (en vain), d'y faire rentrer Sanctuaire du coeur à une place logique. Du coup, j'ai dû déplacer les E, et dans les E, il y a les Echenoz, tous les Echenoz, depuis le début, dans leur blanche combinaison de chez minuit, blottis les uns contre les autres, loin des Zola aux grandes machineries qui couinent tellement qu'on les entend venir, avec leurs couvertures toutes différentes, dépareillées et foutraques. Non, les Echenoz, ils respirent l'élégance aristocratique d'un mec qui se permet de ne publier que tous les deux trois ans ce qui fait que ce ne sera pas cette année qu'il y en aura un de plus. Lequel noter ? Parce un blog de lectrices, sans Echenoz, du coup, me paraissait boiteux, presque indigent, voire illégitime.... mais comment noter un truc qui ne tient que par le fil d'un style ? j'ai frôlé l'abandon, le découragement avant même la ligne de départ. Bon, Courir, alors, parce qu'au milieu de Ravel et Des éclairs : la trilogie biographique.

Courir raconte l'histoire de Zatopek, enfin, une histoire possible, revue par Echenoz. Emile de son petit nom, a 17 ans lorsque les Nazis envahissent la Moravie et autre chose à faire que de s'en occuper. Non qu'il s'entraine, il n'est même pas sportif, non, qu'il soit vraiment quelque chose d'ailleurs, il est apprenti dans une usine de caoutchouc et aspire vaguement à autre chose, une figure esquissée, sans grande forme, pas beau, pas laid, mais gentil, avec de grandes dents qui sourient tout le temps. Par hasard, il se met à courir, par hasard, il se met à y prendre plaisir. Et puis, le voilà militaire sous les Soviets, et puis voilà qu'il se met à gagner, une sorte de funambule aux gestes maladroits, aux sourires grimacés dans l'effort, il gagne sans aucun style par contre lui, alors que tout le récit tient dans celui d'Echenoz. A coups, comme toujours, de petites phrases courtes, d'adjectifs rares et juste là où cela dérange l'évidence, l'écrivain rythme la course de celui qui va devenir un héros national, bien que à sa foulée défendante, ou même pas, indifférente et différente, un destin qui passe. C'est drôle aussi, au détour d'une carrière qui se termine un peu comme elle avait commencé, sur des malentendus, simples serrements de coeur quand les défaites arrivent, qu'elles s'enchainent, le corps trahit, c'est logique, pas pathétique, mais toujours sur le fil tenu d'une mélancolie douce d'une légende sportive (paraît-il ...) Zatopeck semble hors du temps, la guerre froide, la réalité du réel, il la voit floue, il n'a pas l'air d'y croire vraiment. Il court dans une histoire décalée, décalquée, comme si elle n'était pas la sienne. C'est prenant comme des images d'archives en noir en blanc, d'un temps qui n'est plus celui de la course, mais juste celui d'un temps qui est passé, pas restitué, entre deux.

Le livre se termine avec une pirouette échozienne digne de toute distance parcourue : "Bon, se dit le doux Emile. Archiviste, je ne méritais pas mieux. "

Athalie

PS : mais comment on fait pour rattraper les mecs qui courent devant, avec si peu de classe ? Bon, je dirais une autrefois ma fascination pour la course à pied. C'est comme Port Royal, l'ascétisme, tout ça ...

 

20/10/2011

Les limons vides (tome 1) du Livre de Dina Wassmo

imagesCA1GCXGY.jpgChose promise, devant être faite, j'ai ressorti de mes étagères, cette très, très ancienne lecture, un peu une lecture fondatrice du blog, en fait, (je crois bien que c'est un des premiers livres que A. B. m'a conseillé. C'était une époque où je datais encore mes lectures sur la première page, ce pourquoi cela semble plausible, il y a écrit aout 2000 ...)

Chose promise, chose devant être faite. Je tente de me souvenir de cette impression délicieuse de découvrir une lecture qui décoiffa sa lectrice. Nouvel exercice. Il faut refeuilleter les pages, se replonger, du coup, j'ai failli le relire en entier.... faut dire que c'est un tourbillon, ce bouquin, court mais long comme une épopée, dense comme une fureur, ça charrie de la passion et de la mort. Bref, Eros et Thanatos, comme d'hab'.

ça commence par un monologue qui annonce le flot poétique sang écarlate : "Je suis Dina, qui regarde le traineau et sa charge dévaler la pente. D'abord, il me semble que c'est moi qui y suis attachée. Parce que la douleur que je ressens est plus forte que tout ce que j'ai ressenti jusqu'à présent", puis une scène de meurtre, aussi glaciale que sanguinolente, puis la folie muette, et ça s'enchaine comme ça, sans s'arrêter, de retour arrière en retour arrière, on comprend que ça saigne tragique depuis le début : la mort de la mère, l'enfance sauvage, la maudite, toute dans l'excès de la crasse et des chevaux. Dina ne connait pas les règles, dérange, on la laisse, asociale plutôt qu'insoumise, pas du tout à sa place dans ce monde policé et régulé par les saisons et la place dans le monde social, les conventions et la norme, puis,  le mariage, le pauvre Jacob, il ne pouvait pas faire le poids ... d'autres personnages apparaissent entre deux bourrasques; Oline, la cuisinière, Mère Karen, Tomas... Une saga, mais qui tranche et qui taille. L'histoire ne tient pas debout, (Zola n'aurait pas aimé), tant pis. (En plus, Zola, il est mort)

Dina, c'est une sorte d'ogre baroque pas à sa place dans le froid et les glaces norvégiennes, ou alors comme un volcan islandais qui aurait percuté une banquise (la banquise n'a aucune chance).

Les deux autres tomes sont à dévorer à la suite, pas de baisse de régime du cyclone.

Athalie

PS : pour une fois, une explication pour le choix de l'illustration de la note, j'ai cherché quelque chose entre "Millénium" et Esclarmonde (  Du domaine des murmures)... et puis y'a banquise dedans ...

17/10/2011

Les âmes grises P. Claudel

jardin-evolution-belles-jour-img.jpgDes femmes fleurs et des hommes passent et vivent dans un brouillard ... La guerre tonne derrière, des soldats se soulent et meurent après, d'autres arrivent, les fleurs fanent ou sont déracinées, par des hommes, noirs.

La figure centrale est celle du procureur, veuf lugubre qui traine une sorte de carcasse vide, de masque solennel, glacial. Il demande la peine de mort comme d'autres un dessert qu'ils ne finiront pas. Pas un monstre, mais une machine à rendre la justice, enfin, une certaine idée de la justice, tranchante. Ce n'est pas vraiment de sa faute, mais bon, on ne le saura qu'après. Il croise la route de la première fleur, un petit bouton de Belle de jour, la fille de l'aubergiste, petit chaperon pas éclos, qui va rentrer trop tard chez elle un soir, ou trop tôt, en tout cas, pas au bon moment. Qui l'a cueillie ? C'est le fil rouge du roman, l'enquête sur ce meurtre, mais la pelote se mêle d'autres fils, celui de Véra, la belle institutrice, venue dans le petit village pour être au plus près du front, et donc de celui qu'elle aime, à qui elle écrit, patiemment, peut-être est-il là derrière la colline. Le procureur qui la croise et la regarde, l'invite, parle. Peu, mais bon, c'est un homme qui est perdu dans son silence depuis si longtemps, dans son chateau de la Belle au bois Dormant qui ne s'est pas réveillée ... Et puis les affreux, les salauds, Mierk, le juge, se délecte d'oeufs à la coque devant le cadavre de la petite, le porc satisfait de lui-même, et l'autre, le pas mieux, le militaire fanfaron sanglé dans sa ritournelle à deux balles, traquent les déserteux comme des criminels, méprisent vérité et justice. Le meurtre de Belle, finalement, il disparait dans la grande tuerie de 14-18, là-bas, donc, juste derrière la colline. Et puis le narrateur enquête, comme une ombre lui aussi, entre souvenirs et fascination, lui aussi, il a eu sa petite fleur, sa chance et son grand bonheur.

Un roman lu il y a longtemps, je sais, j'ai eu envie d'y revenir en passant, le côté comédie sociale, image des notables en place que rien ne bouge même quand tout vacille, alors que les petites gens sombrent (ah ! la scène de folie de l'instituteur, le chagrin du père de Belle, tout seul dans son café, pleurant sa peine à coups de gnôle). Un truc comme ça, et puis, c'est un vraiment bon bouquin, il manquait dans les notes.

Athalie

 

12/10/2011

Le soulèvement des âmes Smartt Bell

0tr8frwn.jpgJe continue les métaphores "moyens de transport" ... Après le train fantôme de L'extravagant voyage de TS ...., voilà le gros track de Smart Bell, le semi remorque, le convoi exceptionnel lancé en pleine descente, phares explosés, allumés dans le noir. grouillant, sanglant saignant, la grosse machine à histoires qui fouille traque, cingle, enchante, entortille son lecteur désarticulé. Comme, en plus, c'est le premier d'une trilogie, y'a intérêt à tenir les chocs et rester sur le siège passager, c'est l'auteur qui a les pédales, le volant, on ne sait pas.

Labyrinthe historique fascinant, qui repousse les limites de la fresque historique à la papa (mais ce livre a-t-il des limites ?) ou cocktail instable intello-historico-sentimentalo explosif. Explosif. Rester sur le siège passager demande donc une A. en vacances, pour en avoir le temps et éviter de se retrouver au soir d'une journée de travail, le coeur au bord des lèvres devant son dîner bien mérité.

Ce pourrait être une fresque historique : cadre général Saint Domingue, colonie française, exploitation des richesses par de riches et puissantes familles, pas vraiment compatissantes envers la population d'esclaves qu'ils dominent de leur blancheuse apparence et distinction aristocratique variable, entre brutalité sauvage et mépris même pas dit. Seulement voilà, la Révolution en France métropole parle de droits de l'homme et d'égalité, les idées et les mots se répandent dans l'île, les torches s'enflamment, la révolte gagne, puis l'orage se lâche ...

Ce pourrait être aussi, une biographie de Toussaint l'Ouverture, une analyse politique de comment la première république d'un peuple colonisé n'a pu qu'échouer. D'ailleurs, s'en est une. Sauf que moi, ces chapitres-là furent ceux que je passais le plus rapidement possible, l'image de ce Toussaint vaincu, prisonnier, solitaire, frigorifié, réflexif, je l'ai traversée en diagonale pour retrouver l'autre, celui de la fresque, où cela cogne, brûle, fume, ou nom de la liberté et de la révolution. Mais lesquelles de libertés et de révolutions ? Celles des blancs ? des petits blancs ? des marron ? des demi marron ? des commerçants ? des militaires ? de toutes les autres ?

Ou ce pourrait être encore l'idylle romancée d'un docteur venu de France, pour retrouver sa soeur mal mariée, l'humaniste, le fil plus apaisé qui guide, soigne, écoute, comprend, tente de ..., aime, finalement, qui il n'aurait pas dû aimer. Mais bon, dans tout ce bazar, il a fait comme il a pu le bougre.

Donc, à dévorer mais en évitant de mordre à côté de sa tartine de confiture de groseilles. D'ailleurs, pour le temps de la lecture, prendre plutôt une autre couleur de confiture.

Athalie

 

11/10/2011

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S Spivet Reif Larsen

Délicieux OVNI fantôme, une figurine de Mac Do en plastique mal peinte sur la plate forme d'un train passant dans le désert, alors qu'on buvait, en équilibre sur un fauteuil à bascule légèrement grinçant, un thé sépia de la main gauche, et que la droite fourrageait dans un pot de beurre de cacahouettes volé sur l'étagère cachée de l'épicerie de Ma Dalton, ou autres Mark twainetterries possibles, imaginaires et magiques, dont les saveurs me sont totalement inconnues. Je n'ai pas lu Mark Twain, n'ai aucune intention de m'y mettre, et encore moins de m'empiffrer de beurre de cacahouettes à la place de galettes saucisses. Mais les galettes saucisses, c'est moins poétique. De toute façon, T.S. il carbure au TaB (sorte de soda dopant nébuleux) et de barres de carottes (?).

lextravagant-voyage-jeune-prodigieux-ts-spive-L-VWb51G-175x130.jpgT.S. , c'est le héros, il a douze ans. Il vit dans un coin du Montana, dans un autre siècle qui est le nôtre. Son père se vit cow-boy du temps du grand temps, articule quelques métaphores tant bouseuses qu'énigmatiques, rarement quitte son stetson avant de planter ses bottes dans le sanctuaire dédié à tous les Billy the kid, whisky chronométrés en main. Le docteur Clair ( "mère" dit T.S) laisse griller les grille pain tandis qu'elle s'absorbe dans la description du dernier insecte capturé dans son filet, à la recherche d'un impossible spécimen rarissime de coéloptère. Sauf que cela fait déjà un sacré bon moment qu'elle le cherche. Trop peut-être. T.S a aussi une soeur, la seule qui semble être de son temps, celui des ordinateurs roses et des élections de miss stupides. Il avait aussi un petit frère.

T.S est un petit cartographe, petit, mais génial. A l'ancienne, il dessine, classe, inventorie, répertorie, à coups de compas, de crayons, de notes, tout ce qu'il voit : le monde visible, le Montana, les adultes, les sourires, les sensations, les bruits, ce qu'il ne voit pas. C'est un maniaque de la précision, un obsédé du rationnel. Ce pourrait être inquiétant (kévinesque, oserai-je ...) mais c'est juste attendrissant. Faut dire que c'est le narrateur, et moi, je suis tombé sous le charme de son obsession, décrivant ce monde du tout et du rien, du foutraque et du pas grand chose, et du reste, du rêve de totalité, un peu à la Jules Verne ou à la Perec. Univers poussiéreux sans limites , entre bloc-notes et rayonnages , livres et papiers, secrets et enfance, peurs de ne pas être aimé et envie de Mac Do interdits. Les dessins et schémas envahissent les marges des pages, commentaires, listes, disgressions qui amusent, touchent, font mouche, partent et repartent, restent, ajoutent, élident, inconcongrus, obsessionnels, ils nous lancent dans une recherche de côté (peut-être finalement la plus au centre) et nous oblige à une lecture sautillante, fantaisiste, presque onirique et fantastique par moment, comme le voyage de TS. 

Parce que oui, il a quitté son ranch au fait, (depuis un bon moment déjà, mais je me suis un peu égarée en cours de note) il doit recevoir le prix, consécration ultime pour un cartographe, Braid (?), décerné par le prestigieux musée de Smithsonain, de Whicago, ce qui n'est pas tout près du Montana. Le long des rails, et au bout des rails, il y a encore une autre histoire, en dessous, ou à côté, avant notre monde ou alors coincé entre deux. Sûrement, la plus au centre. Ou alors, je me suis encore paumée.

Un petit régal, comme un livre pour enfant qui se déploie, des poupées gigognes, un Mac Do plein de tranches de ketchup, un lait de poule dans Magazin zinzin et le sourire de Little Miss Sunshine.

Athalie

 

 

09/09/2011

Du domaine des murmures Carole Martinez

dame.jpgComme un long rêve qui s'étire dans un Moyen Age chimérique et brutal, ou un air de madrigal couvert, par interminence ,du fracas des armes et des hennissements des coursiers fabuleux, des épées qui tranchent et transpercent les nouveaux nés.

Ne pas s'arrêter, surtout pas, au quatrième de couverture, peu engageant. (Qui a pu écrire ce truc-là ???). Qu'attendre de cette histoire qui commence par enfermer son héroïne entre quatre murs, seule avec son dieu et sa foi vibrante, dévorante, après qu'elle se soit mutilée pour échapper à un mariage contraint, soit, il avait pas l'air terrible, terrible le mari ... mais quand même ... Foi délirante qui lui fait choisir, vouloir, ne vouloir que cloitrer ses quinze ans entre des murailles de pierre sans porte et deux grilles, dont la plus grande s'ouvre sur l'obscurité d'une église ?

Escarmonde, le prénom dit l'inverse de ces ténèbres là, de la foi qui asservit et la condition subie de fille et femme à marier, à prendre : éclats de la lumière des feuilles et des simples, du vent et des tissus qui glissent sur les peaux ou flottent dans le soleil des croisades perdues, monde qu'elle a refusé et l'empreigne, la mord et la tord, monde qui emporte la recluse loin du huis clos que l'on pouvait craindre.

Les mots de Carole Martinez, c'est une boîte à musique ou une lanterne magique. De ce domaine des murmures, s'échappe une voix qui dessine des légendes, vend des reliques gargantuesques, peint des fées qui aiment tellement l'amour qu'elles peuvent en changer de couleur, colorie des belles dames du temps jadis, enfermée dans la ronde d'un chateau de brume, qu'un Desdichado a aimé et qu'il pleure encore, le luth dans les étoiles.

Moi, quand la dernière page s'est tournée, j'ai bien vu qu'il y avait une  licorne qui s'était planquée vite fait derrière le rosier grimpant, au fond du jardin.

Athalie

PS : désolée, A. B. j'ai fini par faire la note avant toi, à force de dire du bien de ce bouquin, j'ai eu peur de friser l'overdose de superlatifs. Et évidemment pour les retardatrices Coeur cousu

31/08/2011

L'équilibre du monde Mystri

sari2011.jpg

Voilà une note qui n’est pas facile à faire tellement j’ai aimé ce livre : pas possible pourtant de ne faire qu’une liste de superlatifs. Le seul qui me vient est « dévorant », comme la misère, comme vouloir s’en sortir, sans trop se salir en pataugeant dans la fange et les ordures, les pieds dedans, englués, enchainés.

Le "Marabahatha de la pauvreté" pourrait peut-être convenir, mais je ne connais pas le "Marabahata," le vrai, je sais juste que c’est une espèce de fleuves d’histoires censées révéler l’âme incestrale de l’Inde. Si ce n’est que cela, cela va bien. Sauf que là c’est l’Inde des années 1970, et l'âme ancestrale .... on a envie de la secouer.

Pas de cynisme comme dans Le tigre blanc, mais une certaine naïveté, au contraire, un regard tendre sur des laisser pour compte aux grands coeurs, des aller et retour dans le destin des personnages comme des montagnes russes qui vous font toujours  craindre qu’après le un peu mieux, viendra le un peu plus pire. Dès fois, on ne voit pas ce qui pourrait être pire, mais tout semble possible, surtout le pire. Ce qui fait que plusieurs fois, je suis aller voir quelques pages plus loin, pour voir si ils étaient encore là, si il leur était rien arrivé, de définitif, je veux dire.

La première scène donne un ton, une des tonalités, quelque peu  burlesque, où est prise à la légère la gravité sous entendue, trois des héros se rencontrent par hasard dans un train qui s’est arrêté parce qu’un suicide vient d’avoir lieu sur la voie. Un de plus, visiblement, et le narrateur se fait voix collective pour déplorer le manque de succès du poison ou de l’empoisonnement …  Les trois, C’est Maneck,  Ishvar et Om. Sans le savoir, ils se rendent dans le même endroit, chez Dina. Le premier comme hôte payant, les deux autres comme tailleurs, employés hypothétiques d’une entreprise qui n’existe pas encore. Mais évidemment ils n’en savent rien.  Dina, elle a été mariée avant, avec un homme qui l’aimait et qu’elle aimait. Trop peu de temps. Elle a été fille, elle aurait dû être médecin. Elle est maintenant veuve, solitaire  et sœur d’un abruti qui veut sans cesse la remarier et qui ne lui refuse même pas l’aumône. Elle a un petit appartement, délabré, une véranda et un cœur un peu séché, des yeux qui ne voient que peu, la seule volonté de ne pas se laisser faire. Au point que dès fois, elle se goure. Maneck, c’est l’enfant gâté, il vient des montagnes, transbahute les rêves de sa pureté et ceux de ses parents, et va se cogner la rudesse impitoyable de la grande ville. Ishar et Om, c’est l’oncle et le neveu, sorte de Laurel et Hardy des intouchables, Charlots de la ruée vers l’or. Ils comptent le trouver dans la grande ville eux aussi. Quelques bidonvilles et amitiés incongrues  plus tard.

C’est un livre où les délires gouvernementaux de la loi d’urgence font que l’on ramasse des fous et des ivrognes pour les faire travailler sur des chantiers publics, qu’on propose (ou impose) une opération  de stérilisation contre un poste de radio, où la corruption gangrène les hommes aussi sûrement qu’une peste malodorante et purulente, ça pustule de partout, où pourtant le roi des mendiants peut (presque) devenir une bonne  fée, où un patchwork  aurait pu être magique et sombre dans une infinie tristesse.

Pour moi, à lire absolument, même si les bons sentiments y coulent parfois, ce n’est pas inutile, parce qu'autrement ce serait à hurler. De rage.

Athalie

PS : avis, l'auteur du tigre blanc Aravind Adida vient de sortir un nouvel opus : Les ombres de Kittur, à voir .... Moi, je fais un break sur l'Inde, ce pourquoi ,je laisse la main à la A. nantaise pour L'histoire de mes assassins

04/08/2011

L'élu C. Potok

potok.jpgLa A. cachottière avait encore un as dans sa manche, la voilà qui pourra faire sa maligne. Je me demande quand même comment elle joue au poker ...

L'élu : sur la quatrième, c'est dit "une histoire d'amitié" entre deux adolescents juifs, soit. Ce ne serait que cela, on serait un peu dans la bibliothèque verte ou chez L'école des loisirs, collection " Découverte de l'autre et pratique de la tolérance", voire "citoyenneté et respect des croyances" ...

Moi, mais ce n'est que moi, évidemment, (je ne voudrais pas que le quatrième me réponde en un commentaire virulent), j'ai trouvé que le récit tourne autour de ce que la tradition et les croyances , et ici, la religion, peuvent faire aux enfants et à leur père, comme une question de choix et de don, comment on peut être honnête et piégé, sincère et injuste.

ça commence par un match de base-ball, je ne comprenais rien, je survolais le score en attendant que le match se termine, puis, le match devient duel, presque inquiétant, je ne voyais pas trop comment, mais du coup, j'ai plongé dans le bouquin, comme un règlement de compte qui leur échappe aux deux ados, Reuven et Danny, qui ne se connaissaient pas, mais, qu'une sorte de pulsion meurtrière va pourtant unir ... (je sais, c'est bizarre.)

Tous les deux sont juifs, seulement, ils n'appartiennent pas à la même communauté, l'un pense posséder la certitude de la pureté, de la loi, de l'élection, l'autre semble s'en moquer, sauf que le premier doit être rabbin, alors que le second le veut, le premier est obligé, le second le choisit. ça devrait être l'inverse, mais alors, il n'y aurait pas de roman. La pureté, l'obéissance aux règles, à la tradition, aux lois des pères, au poids de l'histoire d'une persécution qui légitime, et oblige, au respect de ce qui doit être, pour continuer.

Les deux pères sont pratiquants, mais l'un tendance "moderniste", celui de Reuven, il parle à son fils et le conseille, l'autre, le père de "l'élu", Danny, est le rabbin d'une communauté hassidim. Il lui parle du Talmud, ou plutôt ils se parlent à travers le Talmud, notamment le soir du shabbat, sorte de mélange de foire à la parole illuminée et d'interrogation publique, entre sadisme et tendresse : le fils doit succéder au père, il doit être à sa hauteur, quitte à s'affronter, en se taisant ... C'est une étrange logique, mais qu'on finit par comprendre, comprendre entre autre qu'ils ne peuvent faire autrement. Du moins, que pour le père de Danny, c'est la seule voie possible. L'élu, Danny, ne veut pas l'être, résistant et résigné, pourtant. Etrange, dis-je, loin de notre (ma ?) vision des choses où le lien à la religion ne définit pas notre identité, ce qui pour les juifs, évidemment, est au contraire une question qui ne peut que se poser, un piège qui s'ouvre ou pas, une borne, une jauge ...

Enfin, je crois ...

Athalie

 

02/08/2011

Un pied au paradis Ron Rash

Bien prenant comme un polar qu'il n'est pas vraiment, bien troussé en cinq parties que l'on enchaîne, malgré quelques répétitions, un coup d'accélérateur sur la fin, et même si quelques ficelles trainent, on ne culbute quand même pas trop dans le total mélo.

Il fait chaud dans ce livre, une chaleur moite qui colle aux mains calleuses des paysans qui s'acharnent à tirer quelques plants de tabac d'une terre aride, perdus dans une vallée bien paumée du sud des Etats Unis, ancien territoire indien où trainent encore quelques ombres. Ils triment pour ne pas faire pousser grand chose, et surtout pas des enfants ... Une grande ombre aussi plane en arrière-plan, celle d'une grande entreprise qui se moque pas mal d'eux et du passé, c'est dit, les terres anciennes et ce qui va avec doit être noyé sous l'eau de la retenue necessaire à la centrale électrique.

WorkShoesS.jpgCe livre a un goût de poussière, un son de pendule qui sonne les coups du sort pour les personnages qui peinent en dessous. Il y a d'abord la voix du shérif, parti à la recherche du corps d'un ancien combattant tourné pas grand chose. Sa mère a donné une piste : les voisins, et surtout la voisine, seulement voilà, pas de cadavre, pas de crime, alors, il cherche. C'est rèche et tendu, c'est lourd. Le shérif traine la jambe, mais aussi sa propre histoire, un mariage raté, un père et un frère qui, eux, sont restés à la ferme, un parcours clopin clopant qui garde une part d'ombre ... Puis la voix de la voisine, relais qui dévoile un peu, on croit savoir, on devine, on met d'autres pierres dans le sac, puis le mari, puis leur fils, et lorsqu'arrive le tour de l'adjoint, c'est juste pour le fardeau final, les pierres tombales disparaissent sous l'eau du barrage, les pick-up déglingués ne se cabosseront plus aux routes pas carossées.

Ce n'est pas si dense ni si puissant que du Harisson ( celui de Dalva), il y a comme un écho de déjà lu, mais du déjà lu qui fonctionne pas mal.

Athalie

17/07/2011

Je vais mourir cette nuit Fernando Marias

piege-souris.jpgJe vais revenir sur une vieille lecture, vu que, en réalité,  je revitrifie des planchers à tours de ponceuses hurlantes, les narines pleines de poussière de bois et que je repeins, des autres mains, un ou deux radiateurs, et quatre ou cinq murs, et que donc, je n'ai pas trop le temps de me prélasser pour lire sur les plages "ensoleillées" de ce début "d'été".

Je vais mourir cette nuit est une délicieuse petite lecture ( de plage, éventuellement, mais attention alors de ne pas se laisser pièger par la marée montante), un piège noir très bien huilé, une histoire de vengeance sourdie avec grand art, et écrite au quart de poil, un poil pas dans l'engrenage dont on se dit qu'il ne peut être si bien huilé ... Ben si ... C'est l'histoire d'un homme, Corman, arrêté par un commissaire, Delman, qui n'a fait que son boulot de brave commissaire, vu que le brigand n'avait rien d'un ange. Dès la première page, le méchant annonce son suicide, il est en prison et livre son "journal intime" à celui qui, seize ans après cette première page et donc cette mort, va comprendre comment sa vie a été pilotée et orchestrée par celui-là même .... et que le texte que l'on est en train de lire est lui-même une sorte de grenade dégouillée à retardement, vachement efficace. Je sais, m'en rends compte, c'est nébuleux, tortueux comme note, mais pas autant que ce petit bouquin qui est à la fois jouissif et glaçant. Se lit en une après-midi, par contre, se méfier du rapport prix / temps, par conséquent, pire que Le homard.

Fernando Marias a aussi écrit La lumière prodigieuse, sur une idée quelque peu similaire, la reconstruction d'une biographie imaginaire, en partant de l'idée que Federico Garcia Lorca ne serait pas mort en aout 1936, mais aurait été retrouvé amnesique, sur le bord d'une route, par un jeune livreur de pain dont la vie va devenir l'ombre du poète qui lui, n'est plus l'ombre de rien. J'ai bien aimé aussi ; faut dire que je suis fan de Lorca et que "La romance de la luna négra", je suis encore capable de la relire en espagnol, tout haut, juste pour la nostalgie des mots et des sons. Il y a aussi L'enfant des colonels, un gros pavé que mon homme a trouvé génial. Et mon homme, il a souvent raison. Sauf pour la couleur des murs que je repeins, mais c'est une autre histoire.

Athalie

06/07/2011

Eureka street Mac Liam Wilson

 

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Il y a des collègues grandes lectrices et des A. cachotrices. " C'est comme dans Eureka street". "Ben, dans quoi ?" " Ben dans Eureka street ! " "C'est quoi Euréka street ?" "Ben, c'est un bouquin génial, tu connais pas ? Ben, comment ça se fait ?" Ben , comment ça se fait ? ça se fait qu'on ne m'a rien dit, qu'on a gardé Eureka street pour soi toute seule, que je suis la seule au MONDE à ne pas connaître Eureka street et que je vais faire la gueule (deux secondes, durée maximale envisageable) 

Et ben, j'ai lu Euréka street. Et j'ai refait la tronche, toujours deux secondes, parce que je l'avais déjà fini. Elle avait raison, la cachotrice, c'est un génial de petit bouquin, le genre qui redonne la pêche à une lectrice engourdie, qui met du soleil (irlandais, il faut le lire pour le croire) dans le ciel hivernal (breton, il faut être une douce réveuse pour le croire aussi). Il donne même envie d'aller à Belfast, et quelle lectrice bretonne pourrait avoir envie d'aller en Irlande en plein hiver ? Il en fait une ville littéraire, belle et forte, un des personnages les plus attachants du roman, qui pourtant n'en manque pas.

Dans la petite ruelle d'Euréka vit Chukie, gros, pas beau et pauvre, avec sa mère, image même de la banalité, pauvre aussi et pas belle non plus, mais maigre, par contre (ce qui n'a strictement aucune importance, quoique ... ). Grâce à une superbe arnaque légale, bâtie sur du vent libéral, auquel il ne comprend pas grand chose, sur fond de pacification et de mondialisation forcenée et inconséquente, ce paumé invisible va devenir un millionaire naïf et amoureux, la ménagère se révéler à des plaisirs, comment dire ... résurrectionnels (mais peut-être pas très catholiques) ?

Et tout est comme ça, et pourtant ça sonne vrai et juste : la réalité politique de l'Irlande du nord, les derniers attentats, oui, ils y sont aussi, l'omniprésence de l'importance de l'appartenance religieuse, les obligations de choix à ceux qui en ont marre et aussi à ceux qui ne veulent pas lâcher, sinon, quelle lutte ? Jake, qui ne veut pas de ce poids historique, juste tomber amoureux, et Aoirghe qui, elle, y trouve sa raison de vivre et pourtant ....

Ce pourrait être grave, c'est drôle, même lorsque (comme moi), on se mélange les pinceaux dans les enjeux politiques, qui manifeste contre qui, pourquoi il faut parler (ou non) gaélique .... on est du côté de l'histoire qui fait du bonheur : Chuckie, toujours, qui avance sans le savoir vers sa rédemption de loser triste en héros romanesque, de Jake, de ses histoires d'amour bancales et égarées.

Sortir de ce qui a été une vraie tragédie, sans même sembler en parler. Très fort !

Athalie

21/06/2011

Dans les coulisses du musée Kate Atkinson

imagesCAISFYN0.jpgDans les coulisses du musée, il y a vraiment plein, plein de trucs tout foutraques et de traviole, de guingois, et ça brasse les personnages et les époques au point que, des fois, on se perd un peu dedans, et brasse les sentiments aussi, au point qu'on les retrouve, mais au détour, par hasard, juste dans le petit coin de la page.

Les amours sont des désamours, les soeurs disparaissent, les mères aussi parfois ; des photos vont et viennent, anciennes et menteuses, un médaillon passe de main en main, trace d'un temps qui n'était pas mieux, en fait ...Les mariages s'enchaînent et les morts se succèdent, cocasses ou pas, la tristesse est rattrapée dans la vision d'un sapin de Noël qui est resté un peu trop longtemps se dessécher, avec les boules de verre toujours accrochées, dans un fer à repasser oublié, dans un grand placard aux objets trouvés.

Le manque d'amour enfante des filles qui luttent contre les monstres de dessous les lits et les vampires des escaliers, qui aiment Edvis Presley, puis les Beatles, se coiffent les cheveux à la Joan Baez, finalement, des garçons aux cheveux blonds, bouclés comme des anges et des yeux myosotis, du même myosotis que le décor des tasses de café et qui disparaissent ...

Ce sont des histoires, des scènes de comédie, vaudevilles quotidiens où une ménagère pourrait bien s'enfuir avec le perroquet mais finalement non, où un mariage pourrait se dérouler normalement et finalement non, où un voyage en Ecosse pourrait être des vacances et finalement, non (mais ça, on s'en doutait dès le départ ...), où des jumelles pourraient bien avoir quelque chose d'extraterrestre et finalement oui, un peu ...

Valse même pas mélancolique, un joli moment de lecture.

Merci à Agnès de m'avoir fait découvrir cet auteur (entre autres) ....

Athalie

PS : un résumé "normal"

Dès l'instant précis de sa conception, une nuit de 1951, Ruby Lennox commence à voir, à comprendre, à sentir. En particulier, elle sait qu'on se serait bien passé d'elle... Et elle raconte son histoire, celle de ses parents George et Bunty, petits boutiquiers d'York, de ses soeurs, de toute une famille anglaise moyenne, on remonte dans le passé, dans l'arbre généalogique de la famille. Moyenne et ordinaire, sans l'être.

17/06/2011

Le diner Herman Koch

le-diner.jpgAujourd'hui, pour changer quand même, une lecture récente, toute fraîche même, comme le homard qu'on voit sur la couverture du livre ( mais je crois que frais, ce n'est pas rouge un homard ???), comme le magnet qui est sur mon frigidaire, parce que oui, en achetant le livre, vous avez droit à un magnet, encore mieux que la carte de fidélité .. Enfin, à Virgin, je ne sais pas si ils le donnent, mais au salon du livre d'"étonnants voyageurs", si. Ce qui fait que j'ai peut-être un collecteur sur mon frigidaire, qui en rougit de plaisir, je le sens) ...

Le roman commence comme une étude sociologique, sur le politiquement correct, pense-t-on, et c'est déjà assez réjouissant, et ça se termine comme un roman noir, il commence à se lire avec un sourire distant, voire supérieur, et il se termine avec une vague envie de vomir ...

Le livre est découpé selon les étapes d'un repas entre deux frères et leurs femmes dans un restaurant bobo, total bio et total énervant : apéro, plat, dessert, digestif (mais ils ne mangent pas de homard ... ) Le narrateur est le frère d'un  homme politique célébre, en passe même de devenir le premier ministre des Pays Bas, et lui le narrateur, ça l'énerve, voire ça l'expère, cette célébrité assumée, pour lui imméritée et injustement révérée. Paul, le narrateur, donc, lui, il estime avoir réussi sa vie, avoir une famille vraiment heureuse, pas qu'une façade pour les média. L'écriture est alors une loupe qui scrute le minuscule psychologique, une loupe des sentiments, comme dans un aquarium (d'où le homard peut-être ...)

Critique amusante et doucement ironique des moeurs et travers de notre temps, pense-t-on ... oui, mais petit à petit ça bascule grave. D'accord, depuis le départ, on sait que les deux couples sont réunis pour parler de leurs enfants, qu'il y a un secret, que le secret est grave ( c'est marqué sur le quatrième, donc, je n'ai rien dit ...), on attend le drame, la révélation ... d'abord en Dordogne, tableau désolant d'un microscome un peu ragoûtant et quelque peu pitoyable, mais non, ce n'est pas encore là, on continue à glisser ... Moi, je n'ai pas pu m'arrêter de descendre avant le vrai nauséabond, des salauds (je ne dit pas qui ...) prêts à s'aveugler pour la pire des causes, le bonheur. Le bonheur prêt à s'accommoder de tout, de la banalité du mal, au nom d'un amour perverti ( je ne peux rien dire, c'est frustant, ce truc ...)

Ce n'est peut-être pas de la grande littérature, mais que c'est percutant ! Par contre, si quelque'une A. trouve l'explication pour le homard ...

Athalie

PS : un commentaire plus récent que le mien :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/search/label/Romans

16/06/2011

Testament à l'anglaise Jonathan Coe

Encore un en langue anglaise (j'avais écrit "encore un anglais", ça sonnait mieux comme attaque, mais c'était pas vrai, par rapport à Auster, je veux dire ...), encore un jubilatoire, (sauf que là, c'est parce qu'on aime les détester les personnages, pas qu'on aime les aimer, mais ça fait le lien, aussi), encore un que sûrement beaucoup ont déjà lu.

MEISTE~1.JPGOn peut ne pas aimer la fin (mon homme, par exemple, a émis quelques réserves) : artificielle, soit, incohérente, soit, un pastiche revendiqué d'une Agatha Christie qui aurait trop bu de thé aux alouettes, ou toute autre substance particulièrement explosive, soit. Moi, j'ai adoré, quand la satire sociale se déjante, et bien fait pour eux à tous ces salauds, et que ça saigne, et qu'on se venge, nous les lecteurs, qu'on les crucifie et les égorge. ça fait du bien, par procuration, d'avoir du sang de pourris sur les lignes ...

Le principe narratif est simple : Mickaël Owen est un écrivain raté, à peine raté en fait, puisqu'il n'écrit rien. Il végète, fait sa plante verte solitaire devant sa télé ... quand le vase Mingh lui tombe dessus dans la personne de Tahiba Winshaw, vieille folle incertaine, du moins décrétée telle par les membres de sa puissante famille depuis qu'un certain frère est mort quelque peu étrangement ... Tribu puissante, que les Winshaw, arbre aux branches obscures qui se déploient largement sur toute l'Angleterre, voire sur le monde capitaliste dans toute sa splendeur déjà éclose : Roddy, branche artistique, un parfait dégueulasse, même pas haut en couleur, Hilary, cactus médiatique, arriviste bling bling, le genre à écraser la bluette, Thomas et son frère Henry, rameaux jumeaux et venimeux qui étendent un système politico-financier terriblement efficace dans son cynisme abouti, le rouleau compresseur qui fait fi des marguerites et des petites fleurs des champs qui regardaient encore passer les jaguars de l'économie tatchérienne en croyant que c'était juste des gros chats .... et la dernière prédatrice, Dorothy, s'engraisse conscieusement en distillant dans notre mère nature tous les poisons qui viendront mourir dans nos assiettes, et nous avec.

Un roman construit comme une machine de guerre, aussi bien romanesque que politique. Jubilatoire, redis-je ... Même si de son côté, Mickaël  ...  même si rire de notre monde qui va de traviole alors qu'on voit bien qu'il va de traviole ... Farce satirique, oui, quoique ... peinture acerbe et acérée de notre société, oui, quoique ... Jubilatoire, quoique finalement ...

Athalie

 PS : à lire du même auteur : Bienvenu au club, Le cercle ferméLa pluie, avant qu'elle ne tombe, La vie très privée de Mr Sim

15/06/2011

Brooklin follies P. Auster

guimauve.jpg"Il ne faut jamais sous estimer le pouvoir des livres" (Paul Auster dans l'avant dernier chapitre de Brooklin follies, justement). Ni d'un manège pour enfants (ça c'est de moi, par contre) et parfois, ils se ressemblent.

En général, je n'aime pas P. Auster. Pour être plus juste, je ne sais pas si c'était pour faire mon interessante rebelle et contre tout, ou si c'était vraient sincère, mais à la grande période du Léviathan partout, non seulement je ne l'avais pas lu, je crois même ne pas avoir dépasser la dixième page, mais j'en disais même beaucoup de mal. Trop, pour à peine 10 pages vaguement lues. Je le reconnais, pour les A qui s'en souviendraient encore. Surtout la A lozérienne qui aimait Paul Auster, mais elle, elle l'avait lu.

Et puis, un jour, quelque peu lointain maintenant, mon homme m'a dit : " Tu devrais lire Brooklin follies". Il avait raison.

" Un livre sur le désir d'aimer" dit la présentation de l'éditeur. Ben oui, dans ce livre là, faut pas la bouder sa joie d'aimer, aimer les personnages, Nathan, Tom, Lucy et tous les autres, y'en a plein à aimer, faut profiter. Et puis Brooklin aussi qui devient un village à taille humaine, sans grandes avenues, ni voitures qui klaxonnent, ni drogues, ni dealers, ni violences (je ne sais pas si Brooklin est comme ça, non seulement, je n'aimais pas Paul Auster, mais en plus je n'ai strictement aucune attirance pour New-York, mais pas le brin d'un début d'intérêt, même après cette lecture réjouissante ...) C'est comme le Vermont, on aime tout, la pelouse, la soupe au cresson, les haricots, c'est tout vert, même pas de neige ... (parce qu'un moment les personnages vont dans le Vermont, faut dire, et ça, je le sais, il fait froid, normalement dans le Vermont).

C'est un livre qui tient chaud, il y a de la bluette et de la guimauve, c'est vert donc,  et rose, rose-violet, tout doux.

Nathan, le personnage principal, est au départ un vieux grincheux, atteint d'un cancer et ancien vendeur d'assurance vie. Il vient à Brooklin pour finir, solitaire, une vie peu remplie et tristounette. Et puis, le manège se met en route, d'abord parce qu'il tombe amoureux d'une jeune serveuse et puis parce qu'il y a Tom qui arrive, le dépressif qui aime les livres, et puis Lucy, sa nièce qui ne parle plus sans que l'on sache pourquoi. Et puis le destin qui tourne, le coeur qui repart ... les bras cassés qui se réparent, plus ou moins, entre burlesque idéaliste et tendresse apaisée. On n'a pas envie qu'il leur arrive d'autres accidents, d'autres cognages de la vie ; on se sort des sectes, de la pauvreté, de la solitude ... on se prend à y croire, et si nous aussi, un jour ça nous faisait ça, une paix, un berceau, comme si c'était facile et qu'il suffisait de le vouloir pour aimer et, enfin, laisser aller, enfin, le monde comme il devrait aller.

C'est peut-être un peu long, un peu mièvre, un un peu trop rose, violet et violet et rose, mais après tout, on n'est pas toujours obligé d'espérer "une fin silencieuse à une vie triste et ridicule" (paroles de Nathan au début du premier chapitre)

Athalie

PS : cette note pour A. B. (entre autres) en rattrapage pour celui sur Blues pour Elise ... Vu que Brooklin Follies, les A l'ont déjà lu.

 

09/06/2011

Naissance d'un pont Maylis de Kérangal

Bon, vu que "Etonnants voyageurs" arrive, il va falloir que je liquide mes lectures de l'année, moi. images.jpg

Retour en septembre, avec la sempiternelle rentrée littéraire, les "must avoir-lus" vite fait, mais que en fait on n'a pas le temps, vu que la rentrée, c'est surtout les "must à faire" vite fait (inscriptions des enfants à des activités diverses et variés, retrouver des chaussures normales pour aller bosser et quitter les tongs rose "petit bateau" ... se rendre compte que le bureau est dans le même état qu'on l'avait laissé, et que non, on n'a pas trié les papiers qu'on devait classer dans les classeurs, achetés à cet effet (des nouveaux, parce que les anciens, n'on arrivait pas à classer dedans, alors peut-être qu'avec des nouveaux ... ben, non.)(C'est bien la multiplication des parenthèses, mais là, je suis un peu paumée dedans en fait.)

Donc, les dernières sorties, j'avais commencé à Banon, pour celles et ceux (le A pouvant être masculin, la preuve, mon homme), qui suivent les notes, même pas chronologiques, c'est comme les parenthèses. Mais en septembre, j'ai quand même trouvé le temps de lire celui-là, dans nouveautés "goncourables". A priori, comme déjà dit, les ponts, ça ne me dit pas grand chose. Et bien, j'ai fini par m'y interesser, pas à la construction évidemment, de toute façon, ce n'est pas le sujet, enfin, pas techniquement parlant, je veux dire qu'on n'apprend pas à construire un pont, en plus avec mon vertige, c'est hors de question.

La construction qui est interessante, c'est plutôt celle du roman. Elle n'a rien de révolutionnaire (contrairement au pont fictif, romanesque qui l'est, lui.) mais les narrations croisées sont bien faites. De l'ouvrier à l'ingénieur, en passant par le décideur, le projet du récit suit celui des fonctions des personnages dans le projet : Summer Diamantis, la femme qui aime le béton, Verlaine, le voltigeur, Sanche, le meneur d'homme ........Un côté kaléidoscope et "force qui va" comme dirait le père Totor. Il ya un monde là dedans, une image de la démesure du monde qui est en train de se construire ailleurs au nom de la modernité. Cela se passe dans une Californie imaginaire, mais cela pourrait être en Chine, en Asie, là où semble se jouer quelque chose comme une ambition un peu folle et mégalo, oublieuse d'un truc bizarre finalement, l'homme. C'est  peu démonstratif, en fait, c'est moi qui rajoute. Bien sûr, il y a les indiens en contre point, un autre monde, la tradition qui disparait... 

Toute l'énergie passe aussi dans le style, par moment surfait, mais dynamique, presque mimétique d'avec les travaux qui avancent, les drames qui ont lieu, de ceux qui pourraient avoir lieu. Un poil "roman à l'eau de rose" sur la fin, mais c'est tant mieux, parce que finalement on n'aimerait pas que cela se finisse mal, en fait.

Athalie

Pour lire un avis contraire, mais qui est mieux dit que le mien :

http://blog.matoo.net/index.php/archives/2011/01/21/naiss...

27/05/2011

Hyacinthe et Rose F. Morel

hyacinthe_et_rose_400.jpgJ'ai mis du temps à la lire en entier, cette chose atypique, entre recueil de souvenirs et album illustré. Un album illustré pour adultes, pas une bande dessinée, pas un roman, pas une autobiographie. Un grand format, comme pour les enfants. Dès fois, que des images, grandes, belles, des fleurs qui envahissent la page, prennent toute la place dans les yeux, s'incurvent, et on reste devant, révassant, comme devant les herbiers que l'on a fait en sixième et retrouvé plusieurs années plus tard, quand on part de la maison pour aller à la fac et que l'on revient pour le week-end, que l'on pousse le fatras des feuilles de cours du lycée et que l'on retrouve l'enfance. Sauf que les herbiers, ils sont tout fanés et pas les fleurs de Martin Jarrie. Au contraire.

Hyacinthe et Rose, ce sont les grands parents de François Morel. Ce sont les Deschiens de sa tendresse. des petits moments de rien, d'une époque qui est passée, de souvenirs qui restent, disparates, de bric et de broc, de bouts de ficelle, il est communiste, elle aime les blouses en nylon, ils ne s'entendent sur rien mais ils aiment tous les deux les fleurs, Hyacinthe traine dès fois au bistrot, va à la messe, mais en trainant des pieds, conduit une diane, le monde de la modernité s'est arrêté là. Et Rose, bien sûr, ne conduit pas, porte des fleurs en cachette à la sacristie, aime les toiles cirées (et j'imagine le formica), fait des pommes de terre rissolées et manger son petit fils amoureux.

Hier soir, au lieu de picorer dans les textes, je les ai lus à suivre et suis ensuite aller regarder mes fleurs pousser. Elles n'étaient pas aussi belles que dans mon souvenir. Mais les fleurs du jardin de mes grands-parents, elles, étaient splendides. Et pourtant depuis longtemps disparues.

Athalie

 

21/05/2011

L'armée furieuse Fred Vargas

papillons-autres-animaux-knokke-belgique-1737024189-588304.jpgJe ne vais pas au cinéma, parce que je lis le dernier Vargas ....

Où l'on se demande quelle peut être la composition chimique des crottes de pigeon, où les visions tuent mais pas les trains, où on atteint le niveau 2 en mots de croisés, mais vraiment à la fin, ne croyez pas y parvenir avant, trop facile, où la mie de pain est perfide, comme les lacets d'une paire de baskets, sans parler des costumes à rayures, où les pigeons se civilisent, ce qui peut être inquiétant, (rassurez-vous, le chat est toujours sur sa photocopieuse et Danglard aime toujours le vin blanc ), où les cloportes deviennent des araignées à moins que ce ne soient des crevettes de terre... qui sait ! Adamberg se met à jouer du portable, mais les vaches restent immobiles alors que le sanglier est courant, et le que temps se couvre à l'ouest.

Pourquoi à l'ouest, ça on ne sait pas. Ce qui est sûr, c'est que la chouette est un oiseau, ce qui est quand même rassurant.

Un excellent Vargas, dont on peut rien dire (sinon que si le nom du coupable est donné sur ce blog, ce ne sera pas par moi ...). Juste que quand la boîte à sucre se referme (avec un élastique autour), ben mince, la boîte à histoire aussi.

Athalie

07/05/2011

Le voyage de l'éléphant Saramango

voyageelephant.jpgUn petit livre qui n'a l'air de rien, mais alors de rien du tout. Pas le genre de truc que j'aurais acheté normalement, si il n'avait été sur la table "coups de coeur" de la librairie "Dialogue" de Brest. Oui, je sais qu'il y en a qui vont ricaner, genre, elle ne part en vacances que pour faire les librairies, celle-là ... Sait-elle qu'il y a aussi des abbayes ? Ben oui, je sais, mais pas dans le finistère nord. Ou alors ; ils les ont bien cachées. En plus, à Brest, les cisterciens, ils sont un peu mourrus ... (un r ou deux ?)

Sur cette table, il y avait plein de livres que j'avais déjà lus et aimés, donc, j'ai pris ceux que je n'avais pas encore lus. Pas tous, quand même, mon homme me surveillait du coin de ses beaux yeux, et mon fils lorgnait du coin de ses encore plus beaux yeux vers le rayon jeunesse, et ma fille, qui ne savait pas encore lire, avait quand même la ferme intention de se faire offrir quelque chose dans cette boutique ...

Handicap de départ quand même, l'auteur est un portugais (et moi, le fado ....) , deuxième handicap, il a eu le pris Nobel (et moi, le prix Nobel ...) et malgré tout cela, il a beaucoup de charme ce petit livre-ovni : c'est l'histoire d'un éléphant qui va voyager de Lisbonne à Vienne, au XVI siècle, à peu près, c'est aussi (et surtout) l'histoire de son cormac, petit bonhomme plein de sagesse qui n'a rien demandé et dans l'ombre des grands enjeux, fait son chemin de petit bonhomme qui n'avait rien, mais alors rien, à faire là. C'est plein de douces disgressions sur les pigeons voyageurs et l'art de faire des miracles, ou du commerce avec les miracles, de dire la brutalité des croyances et leur relativité, de regarder l'art de conter, un peu comme à la Diderot, en laissant le lecteur divaguer mais en sachant le reprendre au bord des gués.

Il y a plein d'histoires, qui se croisent sans y toucher, l'air de ne pas être là, celle de la reine qui aimait l'éléphant, celle du roi qui décide de l'identité des hommes, celle du militaire qui finit mieux qu'on ne pourrait le croire, celle des chars à boeuf qui ne conduisent pas forcément quelque part. C'est drôle, ironique, distancié et finalement, très plaisant ...

Athalie