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12/03/2011

La pluie avant qu'elle tombe Jonathan Coe

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C'est toujours une bonne surprise sur les rayonnages des grandes surfaces de livres de retrouver quelqu'un qu'on aime bien, c'est comme un clin d'oeil dans l'anonymat de toutes les autres couvertures, de tous les noms de ces intellos franchouillards genre Marc Levy et autres ... Au milieu des livres-objets de vente, dont les médias causent, un nom dont on reconnait la qualité, fait signe et plaisir : "Tiens, un nouveau ..."
Donc, je me souviens, il pleuvait et j'avais des courses à faire, des copies à corriger et surtout des cours à préparer, vu que j'avais donné à lire à mes élèves un livre, que l'on allait commencer à étudier et .... comme d'hab' pressée, dont je n'avais pas auparavant vérifier la présence sur les rayonnages de mes "livres pour le travail".
Donc, bingo, pas de bouquin pour préparer mes cours et ça commençait à urger .... 

Mais, comme, même pressée par le temps, le regard d'une lectrice qui vient racheter un livre qu'elle a dû prêter à un collègien qui ne le lui a pas rendu, et qui peste parce que acheter un livre uniquement pour préparer ses cours, ça énerve ....ce regard donc, jette un oeil de travers vers les nouveautés.
La pluie avant qu'elle tombe, donc. Jonathan Coe.
Déjà, le titre, je l'ai trouvé génial.
J'ai pas mal lu de Jonathan Coe, et j'ai bien aimé, surtout Le cercle fermé et Bienvenu au club (c'est peut-être dans l'autre sens d'ailleurs ...).
Le livre tout de suite en main, lecture de la première page, même pas en entier, le premier paragraphe, et l'évidence, là, c'est du tout bon qu'on dans la main.
J'ai dû acheter aussi le livre à étudier, mais là ....
Mon homme a lu avant moi, faut dire que je lui en ai fait cadeau en rentrant, donc, c'était plutôt normal.
Mais, je sais pas pourquoi, même si il m'a dit l'avoir beaucoup aimé, je trouve que c'est quand même plus un livre de filles.
Un livre qui a quelque chose à voir avec la maturité et l'acceptation que l'on y perd quelque chose à devenir une femme mature, contrairement à ce que les magasines féminins voudrait nous faire croire à grand renfort de couvertures pour "femmes matures qui s'éclatent dans leur maturité". Mon oeil, la maturité, c'est les rides, et les rides, c'est pas l'éclate.
La pluie avant qu'elle tombe parle donc tranquillement des choses qui auraient pu être dans la vie d'une vieille dame, des choix faits, des choix imposés, de ce que ces choix ont fait finalement un chemin qui a l'air d'être tracé, mais qui ne l'est que par sa fin. Un chemin tendre à lire pour le lecteur, attachant, de failles en images. Un roman intime mais pas intimiste, qui touche sans mièvreries. Un parcours que l'on suit. Presque comme le sien.

Athalie

03/03/2011

Le coeur cousu Carole Martinez

Parce qu'il y a plein d'autres choses dans les livres que les livres. Surtout à "Etonnants voyageurs". Il faudrait raconter toutes les rencontres. Y'aurait un côté arrière garde.
Alors une année, c'était Carole Martinez.ça avait  commencé l'année d'avant, cette histoire. Dernier jour, dernière heure. Le truc débile : le prix "Ouest France". Tout lecteur breton normalement constitué ne lit pas le prix "Ouest France" , surtout quand le lecteur tient à sa dignité de lecteur, surtout quand c'est une lectrice snob, genre moi. Vous imaginez les bouffes entre copains " T'as lu le dernier prix Ouest France ?" La honte.
Et puis, une femme de mon âge (deux ans de moins en fait, je le saurais plus tard) monte au café littéraire ; elle ne pleure pas, non, mais on voit qu'elle ne sait plus où elle est, qu'elle est vachement émue cette écrivaine d'avoir eu ce prix "Ouest France". Et puis, on voit que ce n'est pas  le problème, que l'histoire c'est avec les lecteurs qu'elle l'a eu.
Alors, du coup, confiance. Je fonce. J'achète un des derniers de la pile (y'en avait pas beaucoup il faut dire). Et me voilà Le coeur cousu en main, ne sachant si j'avais dépensé 23 euros pour rien ou si le pouvoir des rêves allait s'ouvrir pour encore alourdir un sac de futurs (métaphore filée) . Gagné, l'histoire, le bonheur, le livre qu'on arrête pas, le pari.
Coeur cousu, pour moi, c'est juste une voix qui me parlait. Juste.
Alors, la voir l'année suivante, causer un peu, l'entendre dans ses doutes... Juste commencer à lui dire un petit peu le bonheur de l'avoir lue.
Le côté marrant, c'est qu'il y avait plein de lectrices qui passaient lui dire à quel point c'était bien et qu'on avait pas du tout la même vision du livre; couture ? coq ? Garcia Marquez ? Mère Courage ? ... Du coup, j'ai recommandé plein de Terre des oublis (tout et rien à voir)
Athalie

25/02/2011

Magazin zinzin

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Des fées et des contes qui racontent d'autres contes, qui racontent des ogres et des histoires de fées, qui racontent des histoires d'ogres. Des histoires d'images qui n'ont pas besoin de métaphores filées. Pour toutes les Sissis qui sommeillent, doucement. Et nos filles qui aimeront ça aussi, ou pas.
Il était donc une fois, un magazin où tous les articles magiques des contes avaient été conservés ; il était donc une autre fois où une petite fille entrait dans le magazin ; il était donc une dernière fois ou le petit pois de la princesse au petit pois était bien derrière la vitrine ...

 

 

Terre des oublis Duong Thu Huong

Terre des oublis une petite bonne femme, une petite parole, l'histoire, la grande, qui déborde.Picture in Fichier bribes (3).jpg
L'histoire, la petite,c'est une femme qui n'aime plus un homme qui l'aime et qui aime un autre homme qui l'aime, aussi (la femme du départ). Le premier est porté disparu depuis des lustres, il a fait la guerre, est mort, sûrement, quelque part dans les marécages coloniaux. Elle, elle s'est remariée, a fait un enfant, elle, elle aime à nouveau, pour la première fois. Le deuxième, celui qu'elle aime pour la première fois, donc, lui a bâti le truc dont on rêve toutes. Le truc magique ; genre Sissi l'impératrice mais sans la méchante belle-mère. Ou "Autant en emporte le vent" mais avec Butler qui reste.
Et puis voilà, le premier va revenir, (c'est les trois premières pages) le combattant, qui n'a rien d'héroïque, le soldat perdu mais que le pays, le village, les voisins, la famille, disent vainqueur...
L'histoire de cette lecture, c'est de vouloir manger la même chose qu'elle, sentir les odeurs de ce jardin qu'elle va quitter, vouloir prendre ce bain, avec les mêmes herbes, la même eau, la même peau ...Mais, c'est bête, moi j'ai une baignoire et que du bain moussant. Même au magnolia en rajoutant des sels de bains, ça fait pas pareil. Mon homme il y a bâti un super truc, mais bon, il est pas dans le livre.
C'est juste pour rêver les livres, on le sait. Celui-là, il fait sacrément rêver.

Athalie

08/09/2010

Sur la plage de Chesil, MacEwan

Bien obligée donc, de lire le dernier Ian MacEwan. Et, mon homme avait comme souvent, raison, là on est dans le top.
imagesCA0ZIMVS.jpgUne histoire de trois fois rien ou plutôt l'inverse, de deux fois tout, une nuit de noce dans les années soixante, juste trop tôt pour une jeune fille de bonne famille musicienne accomplie, et un fils de famille modeste qui a tracé son chemin social sans calcul et sans reproche.
Ils sont bien tous les deux, ils s'aiment tous les deux, ils sont jeunes et sûrement beaux. Ils se trouvent beaux et ils se disent qu'ils s'aiment .... La fête a été belle, sûrement la robe était belle aussi et blanche. Ils ont dû sourire en se disant "Oui", essuyer les larmes de  maman, serrer la main de papa et de beau papa, embrasser les enfants, les garçons et les demoiselles d'honneur, couper la pièce montée avec les colombes en plastique dessus (ou peut-être en tissu et broderies) et les applaudissements.... Sûrement. C'est pas dit, mais c'est sûr.
La fête a été belle mais la fête est finie. Place à l'acte suivant, et c'est là seulement que le livre commence, en fait.
Le reste d'avant,  je l'ai vu dans ma tête, avec la photo de mariage de mes parents, dans les mêmes années, plus ou moins, juste avant 68, juste avant. Je les revois, si beaux, si jeunes. Une jolie photo.
Et Sur la plage de Chesil raconte l'après-fête, l'après photo. Le livre est juste touchant, même pas mélancholique, même pas cynique. Juste un instantané un peu surrané et pleinement juste.
Du coup, j'attends le suivant.... C'est pas malin !

Athalie

PS : A ne pas oublier Samedi du même auteur

10/10/2009

Le tigre blanc, A. Adiga

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Là, on est dans le cynisme pur et brut. Pour ceux qui avait encore une vision idyllique de l'Inde, soit dans le sens post soixante-huitard, genre Bénarès et peace and love, ou dans le sens plus récent, de modèle de réussite libéraliste, genre pays modèle parmi les pays dits "émergeants" (émergeant de quoi d'ailleurs ? de la misère dans lequel ce même système les avait plongés ou laissés patauger .....), et bien, là, c'est la claque !!!
L'écriture est rapide, sans fioriture, efficace, dure et tranchante. L'écriture est à l'image du monde décrit et du personnage qui prend la parole, "le tigre blanc".
Rien n'est épargné, l'idéalisme n'a pas de droit de cité : et vlan pour la plus grande démocratie du monde dont "le tigre blanc" révèle le leurre et l'imposture, et blan pour les classes dirigeantes corrompues jusqu'aux babouches, écoeurantes de nombrilisme.
Rien à sauver non plus chez les petites gens, le peuple des domestiques, vulgaires, écrasés par la bêtise, l'inculture, les traditions, sales et complaisants... Les liens familiaux ? Marqués par la cupidité et montrés comme le fardeau qui retient l'individu dans sa propre fange. C'est une prison que la pauvreté, mais "le tigre blanc " assene surtout que c'est une prison  consentie : "une cage à poule".
"Le tigre blanc" se définit comme un "entrepreneur".Il retrace son itinéraire sous forme de lettres au premier ministre chinois qui va venir "apprendre la vérité sur Bangalore" ; Des "ténèbres" du fin fond de l' Inde laborieuse à son état de chauffeur-domestique à tout faire, puis sa réussite individualiste et cynique. Il dit "la vérité sur Bangalore", c'est-à-dire, qu'il met en miettes tranchantes comme des éclats de verre, la façade de la réussite indienne.
Ni remords, ni doute, ni humanisme et une seule valeur : sa propre peau et sa propre richesse.  Une réussite acquise en assumant mépris et individualisme. Une vision terrible de l'Inde, mais aussi des sociétés sur lesquelles cette Inde "moderne" s'est calquée. "Une révolution indienne ? (....) Le livre de ta révolution est dans tes tripes, jeune Indien. Chie-le, et lis" 

Athalie 

01/09/2009

Samedi, MacEwan

8119011.jpgC'est une belle histoire , lorsque de livres en livres, on trouve que c'est de mieux en mieux .... McEwan, j'ai commencé avec Expiation, sur les recommandations de la copine A.B. Pas évident comme début entre ce livre et moi. Posé, recommencé, reposé, recommencé, oublié, repris ... et finalement lu et aimé. Pourquoi cet acharnement ? L'impression de passer à côté de quelque chose de bien. Pourquoi cette difficulté ? Je ne sais pas, peut-être un univers victorien (celui de la première partie) que je n'arrivais à saisir.
Sur les conseils de la copine Zizou, j'ai poursuivi avec Un jardin de ciment. J'ai plusieurs fois résisté à l'envie de le fermer. Je l'ai fini quand même et moyennement aimé. Trop glauque, un peu cousu d'avance. Là, pause, Ian McEwan. Je laisse tomber. Peut-être bien, mais pas pour moi finalement.
Deuxième opus, mon homme préféré se met à Expiation, sur mes conseils malgré ce que je viens d'écrire. Le trouve génial. Bon, soit. Et il poursuit avec Samedi. Regénial me dit-il. Insiste avec Sur la plage de Chesil. Le top me dit-il.
En femme et en lectrice consciencieuse, je m'y remets. Et sans effort, avale Samedi, dévore Sur la plage de Chesil.
Samedi, il faut quand même passer les premières pages neurochirugicales, elles ont sûrement leur raison d'être mais moi j'ai pas vu laquelle.
Après, le rythme de lecture s'installe, on accepte de suivre les activités habituelles du samedi de cet homme a qui tout réussi, même ses enfants, même sa femme, même sa cuisine ... Il pourrait être très énervant, en fait ... Le  petit bourgeois sans histoire, honnête, travailleur, les enfants un peu bohèmes mais complices, aimants ...
Si ce n'est de toutes petites failles, comme les nôtres, finalement ... Pas plus grandes ni plus petites : l'enfance, la mère, la peur de l'avenir, l'angoisse des temps devenus terroristes, les petites douleurs d'un corps qui veilli, mais pas trop encore.
Un bout de parcours d'un homme presque bien qui dérape, pour rien, pour un tout petit rien qui aurait pu être sans conséquence, même pas tragique ni grandiose.
Et on suit encore, lorsque l'univers cossu-bobo de cet homme et de sa famille se fait violenter et tangue et vacille. L'extérieur va faire irruption dans ce monde ordonné. On l'a vu depuis un moment que l'édifice n'allait pas tenir debout comme ça et pourtant on suit encore, sans suspens et sans angoisse. On accepte que l'histoire se déroule, finalement, construite et maitrisée, jusquau bout.
Sur la plage de Chesil, donc, je n'avais plus le choix.

Athalie

02/12/2008

La chorale des maîtres boucher Louise Erdrich

Louise Erdrich est sans doute l'écrivain des amerindiens. Moi, je n'y connais rien aux amerindiens d'Amérique, enfin, pas plus que tout le monde en Europe 

image_12000985.jpg : l'injustice en tout cas, souvent très belle en littérature. Pour ne penser qu'à Dalva de Harisson. La tragédie historique donnerait-elle lieu à des chefs d'oeuvre littéraires ? ça se saurait. ça ne marche pas pour la Shoah, par exemple.ice terrible qui leur a été faite, et qui perdure sûrement, du fond de mon ignorance. Le paradoxe, c'est que la littérature sur leur misère est, dans ce que j'ai lu

Je n'ai lu que trois livres de Louise Erdrich. Le premier ne parle pas d'indiens. La chorale des maîtres bouchers raconte une immigration, celle d'un ancien soldat allemand de la première guerre mondiale dans l'Amérique de tous les possibles, celle du rêve encore intact et des chercheurs d'or, cet univers mythique des westerns glorieux. Dans ce livre, c'est plutôt La ruée vers l'or de Chaplin, pas encore Les temps modernes. Le personnage de l'ancien soldat, il est aussi boucher, il finira par faire son trou, son coin de petite réussite à lui dans un trou oublié de cette glorieuse Amérique, un coin perdu, justement. Pas tout seul, mais entouré de figures de femmes toutes plus fortes les unes que les autres, et de paumés, tous plus paumés les uns que les autres. Un bel envers du décor.
Ce livre, c'est encore une histoire de lectrice à "Etonnants voyageurs". Louise Erdich y était invitée, mais elle n'était pas là. (En fait, au fil des années, on se rendra compte qu'elle est toujours invitée et ne vient jamais : une fois, elle a sa fille à marier, l'autre son fils à soigner .... presque une joke du festival, faut dire qu'elle en a huit des enfants, ça fait encore plein d'idées pour ne pas venir ! )
Comme elle n'était donc pas là, donc, sur le plateau des invités, il n'y avait que son éditeur. Et il a lu la dernière page. Seulement la dernière page. Jamais une dernière page ne m'aura touchée à ce point. Dès fois, je la relis encore, seulement la dernière, et la magie fontionne encore.

Sur ce blog, du même auteur, Love médecine . A lire absolument, "La malédiction des colombes", pas de note ici, mais plein ailleurs ... A recommander aussi "Ce qui a dévoré nos coeurs", pas de notes ici non plus, mais d'autres ailleurs aussi ...