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10/07/2012

L'âme des guerriers Alan Duff

l'âme des guerriers,alan duff,romans,romans nouvelle zélandeUn livre de lâches colères, de lâches violences, de lâches défaites et de lâches oublis. Moi qui cherchais partout des maoris dans la littérature nouvelle zélandaise ( ça se dit ça ?) et australienne, ben voilà, j'ai trouvé. Et ça cogne dur.

Beth Heke a échoué, comme tant d'autres maoris à la dérive, désocialisés, déclassés, dans la cité des pins, une cité pour maoris, pour maoris défoncés comme les trottoirs, suite de maisons de terrains vagues où les pneus poussent sur les pelouses à la place des fleurs. A côté, juste à côté, il y a le domaine de "M. salopard de blanc Trambert avec sa majestueuse maison de maîtres et ses prés à n'en plus finir qui viennent s'échouer contre la limite des cages minables construites (....) pour que l'on puisse héberger un autre lot de nullités à la peau marron." C'est Beth qui parle, pas encore saoûle, mais cela ne saurait tarder, pas encore battue, mais cela ne saurait tarder non plus. Parce que c'est comme cela dans la cité des pins, on est abonné à la crasse de l'âme, même quand la rage d'en sortir s'en mêle. Beth, dans le naufrage de cette vie là, tente parfois une certaine dignité, contre son homme, contre les autres, pour ses enfants. Elle tente, parfois quand elle le peut ,de les éduquer, de les soigner, de les aimer, de ne pas tout laisser aller. Mais elle a du mal. Beaucoup de mal, elle ne doit pas lutter que contre elle-même, mais aussi surtout contre son homme, Jack, aux rêves agités de violence, pour qui se battre est sa dignité à lui. Il est craint, redouté, on le flatte, on lui paye à boire, il aime cette reconnaissance illusoire, et préfère toucher les indemnités gouvernementales plutôt que de travailler, frapper, boire.

Le rêve de Nig, l'aîné, est de rejoindre un gang, celui qui singe tatouages et fraternité rituelles maori au bénéfice d'une même et autre violence, gratuite cette fois, être violent pour dire qu'on appartient à une communauté même si ce n'est que manipulation rémunérée des blancs pour que la basse besogne soit accomplie. Son plus jeune frère, Boogie, et sa plus jeune soeur, Grace tentent d'autres portes de sorties, mais il y a en peu, entre maison de redressement et des murs trop hauts pour être franchis.

Les coups de poing pleuvent sur "la tribu perdue" et l'on comprend que ce roman ait fait polémique à sa sortie en Nouvelle Zélande au moment des tentatives de construction-réhabilitation de la culture des ancêtres comme solution à la misère sociale et intellectuelle. Le narrateur ne les épargne pas, ces descendants de guerriers qui n'en sont plus que des fantômes, et si les blancs colonisateurs sont coupables, les maoris ne sont pas que des innocents ignorant de leur misère. Beth est lucide, se voit rouler dans le caniveau, y voit les autres s'y torcher en y prenant plaisir, saouls et placides, finalement, devant leur sort. Pour résumer, ce qui me semble être une sorte de morale romanesque et en reprenant certains titres de chapitres, certes, il y a "ceux qui possèdent l'histoire", qui l'ont confisquée à "ceux qui en ont une autre, mais "la vie est à ceux qui se battent"et sûrement pas avec les poings.

Beth encore : " Beth venait de réaliser que sa maison - non, pas seulement la sienne mais toutes les maisons dans lesquelles elle étaient entrée - ne contenaient pas de livres. Cette pensée l'avait frappée comme l'un des coups de poing de Jake, allez savoir pourquoi. (...) Au bout d'un moment, elle avait eu une sensation de perte, presque de deuil. Et elle avait pensé, Mais bon sang, qu'est-ce qui me prend ? Et même si cette maison ne contient pas de livres ? La belle affaire. Mais ça continuait à la ronger."

Athalie

 

 

14/06/2012

La gifle Christos Tsiolkas (1)

imagesCAV57R4P.jpgPremier chapitre : je ne comprends rien. On est chez un type,Hector, qui n'a pas l'air de tout maitriser non plus, à commencer par lui même et ses ardeurs et ses humeurs, plutôt moroses. On est chez des bobos australiens, vaguement cultivés et argentés, dans un barbecue "décontracté", mais tout sauf "cool". Les invités semblent être du même acabi. Arrivent les parents de l'hôte, d'origine grecque, la mère déteste Aisha, femme de son fils parce qu'elle est indienne à la peau plutôt foncée. La belle quarantaine, celle-ci s'affaire et je commence un peu à repérer qui est qui : le cousin grec Harry, la jeune Connie, pour laquelle Hector semble avoir quelques penchants. Des enfants courent partout, j'ai l'impression d'entendre les cris et les piaillements, insuportable, je prends un doliprane.

Dans le groupe indistinct encore, je repère Gary, près du feu, il a toujours une bière à la main, râleur, semble peu intégré, aigri. Sa femme Rosie allaite leur fils Hugo, quatre ans, (c'est indécent, ou je blasphème ?)  fauteur de trouble depuis le début. C'est lui la bombe à retardement et à fragmentation. Totalement exaspérant,  l'enfant-roi élévé selon les principes de son droit à la non violence ( des autres sur lui, je veux dire), me donne franchement l'envie de lui en coller une. Lorsque le cousin Harry la lui met, la bonne claque,je me suis dit enfin, ça va se calmer ce boucan et j'ai respiré. Sauf que les parents de l'affreux ne l'entendent pas ainsi, font appel aux forces de l'ordre et portent plainte pour "coups et blessures". Sans être pour la baffe à tout prix, on peut se dire que quand même, c'est un tant soit peu excessif .... (Mon doliprane commence à faire effet, et l'horizon narratif s'éclaircit)

A partir de ce premier chapitre cacophonique, la gifle initiale va en générer d'autres, par un très habile agencement narratif, les ondes de choc vont se répercuter comme livrées à elles-mêmes dans ce microcosme de privilégiés. Les invités, parents, amis se retrouvent dans l'obligation de choisir leur camp, par fidélité, par conviction, par méconnaissance, ce choix révèle bien d'autres abandons et failles, d'amours, de désirs, de valeurs ... Les chapitres suivants donnent l'histoire aux invités, pas tous, pas forcément à ceux attendus : certains au coeur de l'ouragan, Harry, le père redresseur de tort, que j'aurais aimé retrouver en justicier honnête mais tourmenté, se révèle être un immonde salaud sexiste et arriviste ; d'autres sont plus à côté, Anouk, la wonder woman de la série télévisée qui clope et boit comme si elle avait jeunesse à son pied, Connie : la jeune ado, fille de parents morts du SIDA, follement éprise du bel Hector, Manolis, le grand père qui croyait avoir du pouvoir, et puis .... Les parents de l'affreux Hugo, Gary et Rosie sont peut-être les pires finalement, d'une mauvaise foi crasse et rancunière, des frustrés au babacoolisme écoeurant masquant l'échec par tant de compromissions agressives qu'il devient difficile de les plaindre, même un peu. De chapitres en chapitres, se construit une vision d'une société raciste, d'une jeunesse qui fait peur ( on peut penser au Dîner à certains moments, voire à Il faut qu'on parle de Kévin car il faudrait quand même un peu parler de Hugo complétement laissé à lui même dans cette histoire ), dominée par la haine et la méfiance de l'autre. L'amitié se retrouve gangrénée, la solidarité familiale disjonctée.

Bref, excellent ! Pour celles ( et ceux, pardon) qui en ont les moyens : à lire devant un soleil couchant australien électrique et artificiel , pour les autres en re-regardant le premier opus de "Mad Max" avec "Midnight Oil" à fond dans les écouteurs. Si n'aime pas "Mad Max" (comme moi) mais qu'on adore "Beds are burning" (comme moi, ça marche aussi)

 


Athalie

 

PS : le commentaire par où cette lecture m'est arrivée ( entre autres ...) :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/05/la-gifle-chri...

 

07/05/2012

Les anges de New York R.J Ellory

images.jpgTraduction du billet d'Anonymous par Athalie ( traduction libre de droits) :  " C'est quoi cette putain d'enquête avec ce putain d'inspecteur dans cette putain de ville qui avait des putains de saints ... ? "

Ce en quoi Anonymous exagère quelque peu parce que si les saints sont bel et bien vérolés, il n'y a qu'une prospituée réelle dans cette histoire, elle est même plutôt sympa, même si pas souvent là, et de toute façon, elle s'appelle Eve, ce qui doit être un clin d'oeil appuyé ou je ne m'y connais pas en références bibliques. Et Franck Parish, l'inspecteur, le héros, il a bien besoin d'une âme charitable pour s'étancher vu qu'il se trouve dans une sorte d'impasse, un petit enfer qu'il s'est fait avec les dents. Divorcé, sa femme le déteste encore, un grand fils auquel il n'a pas parlé depuis déjà un certain temps, sans qu'il sache vraiment pourquoi,, une grande fille qu'il bichonne tellement que l'amour paternel vire au harcèlement, et une culpabilité qui vire à l'obsession, sans compter la mort de son dernier coéquipier, son alcoolisme persistant, la moitié de sa paie en moins et plus de permis de conduire. Il est collé de près par sa hiérarchie qui lui a collé une psy, d'office et obligatoire. Ce qui fait beaucoup pour un seul homme, même si il l'a bien cherché son carcan.

On comprend aussi que sa dépendance principale, c'est son boulot, l'honneur de son boulot, même si cet honneur se passe de la légalité, sur la tangente des règles et des cadres, un gars pas droit mais pour le droit.

Une nouvelle enquête commence, un corps d'une jeune fille de seize ans, pas violée, en apparence, ( ben oui, faut des stades dans l'horreur ...), mais aux ongles bien vernis et aux cheveux coupés, pas comme elle devrait être : une puis deux, puis trois, puis ... et même si notre enquêteur plombé trouve rapidement le lien et tente de tisser la toile, les fils sont si tenus que l'enquête n'avance pas et ça le mine et le plombe encore plus. Sans compter l'autre mine, la souterraine, le père et sa toile d'araignée à lui, l'intime, et l'officielle. L'officielle : John Parish faisait parti des "Saints de New-York", et il a nettoyé la ville de la pègre et la mafia, il est mort au champ d'honneur, couvert de médailles et de gloire sanctifiée.  L'intime : John Parish  est un immonde salaud corrompu. Comme Franck est sommé par sa hiérarchie de suivre une psychanalyse en interne, le lectuer oscille entre les les deux lectures, l'épique et l'incertaine.

La construction du roman est dans la plus classique de celle des romans d'Ellory que j'ai lus jusqu'ici, un coup d'enquête dans le présent, un coup d'enquête dans le passé, et on recommence, sauf que comme l'enquête sur les meurtres avance doucement, et que la psychanalyse aussi, au bout d'un moment, on n'avance plus tellement ni sur un des terrains, ni sur l'autre, on piétine, et de redites en redites, le côté inspecteur au bout du rouleau mais tellement humain, lasse. Une petite déception donc, mais qui ne m'empêchera pas de me jeter sur le prochain du même auteur.

Athalie

PS : les anciens du même auteur : Seul le silence, Vendetta, Les anonymes

 

03/05/2012

Le coeur glacé Almudena Grandes

le coeur glacé,almudena grandes,romans espagne,romans historiquesAh ! une bonne tranche de pavé de roman historique comme on les aime.... Cela faisait longtemps que le coeur m'en disait, il pèse son poids mais son poids en vaut la peine, sans peine, on entre dans cette histoire-là. On ouvre la porte de l'appartement parisien de la famille Fernandez, ( au jeu des sept familles, je voudrais les grands parents : républicains exilés), en se laissant guider par la petite main de Raquel, la petite fille, mi-française, mi-espagnole, le jour de la mort de Franco ( en fait le roman ne commence pas vraiment comme cela, mais, c'est parce que j'ai adoré ce moment, une sorte de fête triste, comme si le mort détesté était mort trop tard pour que ce moment soit vraiment une délivrance, voire un soulagement ...), et l'on sent les odeurs d'aubergines grillées et d'ail. Les Fernandez vivent à Paris, comme d'autres espagnols, une petite communauté, parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, ces anciens combattants de leur guerre et de leur Espagne perdue, solidement accrochée au coeur et non à la raison. parce que le grand père l'a dit et redit qu'il ne retournera jamais dans son pays qui n'est plus son pays, dans son Madrid qui n'est plus son Madrid, pays de fascistes, Madrid de fascistes. Mais voilà Franco est mort ... La route n'est pas libre, mais le retour est possible. Grands parents, parents, et Raquel y retournent donc.

C'est un livre qui parle de cette parole là, celle de deux générations, celle des grands parents et celle des petits enfants, entre les deux, on touche pas trop. Mais le grand père Fernandez va donner quelques clefs à Raquel, la seule qui veut bien savoir, voudrait savoir plus, mais trop de non dits et trop de volontés d'oublis éludent ses questions, et les réponses, aussi.

A Madrid, il y a, il y avait, les Fernandez, mais il y a, il y avait les Carrion, la famille fasciste, les vainqueurs, les salauds, évidemment entre les deux, on s'est croisé, on va se recroiser et règler des comptes, forcément. Va et vient passé, présent, va et vient méchants, gentils, double régal pour la lectrice amoureuse de destins croisés et surtout d'Espagne.

Première couche de plaisir : la guerre d'espagne côté républicain, les coeurs généreux et fiers. Deuxième couche : le retour d'exil, les balades dans les rues du vieux Madrid que le grand père Fernandez fait goûter à Raquel, friandises de souvenirs, petits déjeuner dans les cafés, tapas et petits verres à l'ombre des ruelles tortueuses et des souvenirs qui ont gardé vie.Troisième couche : l'Espagne aujourd'hui, quand Raphaël Carrion, descendant du beau, du fringant, du puissant, du solaire, du mystérieux, du pas clair du tout, Julio Carrion, croise et entrecroise son passé et se le prend dans la figure. D'où vient ce père, d'où vient sa grand-mère à lui, de quel village, de quelles compromissions, de quelles trahisons a été  faite la fortune familliale ?

Il y a deux tomes, et ce n'est que le premier, et pour l'instant, du côté des républicains, c'est un sans faute (Ouf !!!). Bon, bref, j'ai adoré, tous les ingrédients de la saga historique bien menée (malgré quelques longueurs quand ... tombe amoureux de .... et que il va découvrir que .... sauf que nous ça fait un moment que l'on a compris que ....), plus un bon gros doigt bien pointé sur l'accueil que la France (républicaine ...) a fait à ses combattants que l'exil avait rendu pathétiques dans les camps de la frontière, gardés et parqués comme des coupables.

Ben ouais, en plus, c'est humaniste comme livre !

Athalie

Source de l'illustration : Camp provisoire près d'Amélie-les-Bains. Source : Collection Rodriguez (fonds Chauvin). Juan, Album souvenirs de l'exil républicain espagnol en France, p.97

Amélie-les-Bains
Centre de rassemblement puis centre d'accueil pour Espagnols et membres des Brigades internationales, ouvert en février 1939.

14/04/2012

Brothers Yu Hua

1002016-Bruegel_lAncien_les_Mendiants.jpgOu comment mettre sous cloche, sous boule de verre, un village, ses habitants et plusieurs décennies d'histoire chinoise, de la Révolution culturelle à la modernisation du capitalisme déguisé par les rouages corrompus du parti des "Masses", un concentré de la métamorphose des choses et de ce que les choses font aux gens.

Le microcosme, c'est le village des Liu, les deux spécimens principaux sont deux frères que rien ne lie par le sang mais tout par l'enfance, frères de coeur et de survie. Li Gangtou pourrait être la face noire : vantard jusqu'aux mensonges de bonne foi, hâbleur, obsédé par le sexe jusqu'à orgasmer les poteaux électriques, vulgaire, excessif en tout, aveugle à ce qui n'est pas satisfaction de ses désirs, forcément réalité. Mais pas toujours, ce serait trop facile : il peut aussi mettre tous ses défauts au service d'un bon sentiment : organiser un pélérinage " tout confort", rembourser ses dettes à ceux qui n'en attendaient pas tant ... Song Gang, le deuxième frère n'est pas la face blanche, plutôt l'agneau, doux jusqu'à l'impuissance, fidèle à la parole donnée jusqu'au don de soi, sensible, faiblard, se contentant des restes, il donne parfois envie de lui cogner des beignes, ce que ses décisions ne manquent parfois pas de faire, en un cruel boomerang.

Leur histoire pourrait être l'épopée burlesque de deux trajectoires ratées ; la figure fondatrice serait le père, le vrai pour un, le pas vrai pour l'autre, même on finit par ne plus savoir pour lequel. Le vrai de Li Gangtou a fait de sa mort l'humiliation de sa femme,  noyé dans la fosse des excréments pour avoir voulu trop mater les fesses des femmes du village. Li Gangtou est élévé dans l'obscurité de la honte jusqu' à ce que, le nouveau père apparaisse au détour d'un cortège d'enterrement ( des cortèges, d'ailleurs, il y en a souvent, sorte de point d'orgue, ils dégénèrent en bagarres cruelles, poussièreuses ou franchement drôles, ça dépend). Cet homme-là, c'est un soleil, grand, fort et bon, il va lui faire relever le regard, à cette femme qui ne sortait plus que la nuit, prendre tout le monde sous son aile, et  marquer le seul drunk de toute l'histoire du village. Mais la Révolution culturelle arrive et de conquérant, il va passer accusé " propriétaire terrien", la pancarte au cou et le balai à la main, un écrasé des circontances au sourire sans faille, à la parole fidèle.

Les deux héros  se dépatouillent dans les rues du village. Li Gangtou, le voyou, Song Gang le frère fidèle, "l'âme damnée" bien malgré lui. Le premier a déjà une légende, une solide réputation depuis que, comme son père, il s'est régalé des fesses des femmes dans les toilettes publiques. Sauf que lui, non seulement il n'en est pas mort, mais il a fait commerce de la beauté du postérieur de la sublime Ling Hong, la beauté du village, celle qui fait fantasmer la bande des "fidèles" : amis ou ennemis selon les circonstances et la politique qui tourne , les accolytes qui sont la deuxième strate du roman, ceux qu'avec les héros on suivra dans les étapes de la grande marche vers la modernisation, liés  ou déliés, témoins ou complices des entourloupes de l'un, de sa course à la gloire autoproclamée, de sa réussite autogérée, du bonheur tranquille de l'autre, Song Gang, dont la seule gloire sera de posséder une bicyclette, pour conduire sa femme, conquise sans le vouloir sur son frère, à la porte de l'usine, même quand les vélomoteurs prendront le pas sur son bonheur passé.

C'est un livre de parades, conduites de main de maître, jubilatoires et cocasses qui se succèdent et qui mènent à l'échec : ni la quête de la vierge, ni celle de l'amour pur, seul un escroc en faux hymens tire son épingle du jeu. Et encore, il n'y a même pas de leçon, juste pas de pitié pour les faibles ( et encore), juste aux queutards, aux chanceux, aux profiteurs, aux jouisseurs ( et encore). Il colle aux doigts, parfois gras et sale, ça pue, ça rôte et ça pète. D'un anti-romantisme primaire mais génial.

Athalie

Ps : merci à Ingannmic !

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2011/10/brothers-yu-h...

Athalie

06/03/2012

Les passagers anglais Kneale

les passagers anglais,kneale,roman anglais,tasmanieOu comment un voyage au petit pied peut se retrouver au très long cours ....

Le capitaine Kewley trafiquait tranquille  du côté de son île de Mann avec ses marins ravis dans son bateau à double fond, "la sincérité", (gloups et une bouteille de rhum)  en une journée qui aurait dû être la dernière de cette aventure là et non la première d'une toute autre histoire, pas du tout, mais du tout prévisible. Arrivent les "douanes volantes" anglaises et bien contraints de se taire et de ne rien dire, les marins mannois et capitaine matois se retrouvent assignés dans le port de Londres, ce qui, vu ce que contiennent les soutes secrètes, ne leur convient que peu. Pour sortir de la souricière, ils vont aller se jeter dans la gueule du loup, chargés d'une mission civiilsatrice et vaguement scientifique de l'autre côté de la planisphère dans une toute récente colonie anglaise, la Tasmanie. 

A bord de la "Sincérité", le capitaine a dû embarquer quelques spécimens humains qui seraient burlesques si ils n'étaient animés des plus purs délires racistes : le révérend G. Wilson, totalement allumé de la lumière divine, persuadé que le paradis terrestre est sur terre et en Tasmanie, justement, une histoire de frigidaire géant qui l'aurait conservé intact, ce qu'il veut prouver de visu à ceux qui se gaussent de sa théorie (et houps, une bouteille de rhum !) et le docteur Thomas Potter qui est quant à lui un défenseur convaincu de l'inégalité des races, matiné de relents sadiques. De l'autre côté du monde anglais, et pendant que notre "Sincérité" s'y achemine, Kneale, l'auteur, (je précise pour ne pas me prendre en route, moi, et à cause des bouteilles de rhum ...), donne voix à Peeway, le "sauvage". Il raconte son histoire, seule voix de sa civilisation, alors que les autres, les "civilisés", ils sont plein.

Il raconte sa mère, qui veut "tuer son papa", un violeur et voleur blanc, les tentatives de lutte de cette mère courage, de son peuple, de plus en plus réduit, pourchassé comme un troupeau par les colons. A leurs yeux, ils ne sont que des montres primitifs, ils les tirent au fusil comme on le ferait de monstres malfaisants. D'autres colons, plus "humains", vont les regrouper, les éduquer. Ce sera presque encore pire. Peeway, le "sauvage", raconte la perte de soi, de la culture, la faiblesse, l'impuissance de ceux qui ne comprenaient pas. Il raconte ce qu'il peut voir, sentir, et c'est à la fois naïf et ignoble.

Les autres narrateurs, il y en a donc à peu près 20, dont les trois principaux : les deux délirants et le capitaine, plutôt bonhomme, complètent, interprètent, motivent, l'entreprise raciste. Selon ces voix de la "civilisation", on jubile, on savoure le cocasse d'une périgrination burlesque, sans cesse contrariée (houps ...) , et/ou on s'indigne, on s'horrifie, on se lamente, impuissants nous aussi en témoins de cette construction drôlement efficace : chaque regard qui croise la voix du "sauvage" est monolithique, quand il n'est pas monomaniaque, chaque regard ne le voit même pas.

Je ne suis pas sûre que la fin mérite une dernière bouteille de rhum ...

 

Athalie

 

23/02/2012

La religion Tim Willock : bilan

bene-tim-willocks.jpgUn roman fleuve qui a mérité une note fleuve ;

Parfois, il y a, justement, un peu trop de fleuves, de sang, d'entrailles, de vicières, de vomis, de merdes et de toutes autres substances que les organismes peuvent  lâcher et laisser dégouliner, parfois trop de ces substances collent aux armures quand le sexe s'en mêle. Parfois, au contraire ou en même temps, un peu trop de glamour prévisible, mais qui repose du sadisme ordinaire de l'âme guerrière. Mais, comme je l'ai dit et fait, on peut passer quelques paragraphes, survoler quelques coups d'arquebuses et de fléchettes, quelques assauts épiques pour se laisser porter par cet héroïsme d'un autre âge, par cette  grandiloquente fresque, pleine de mots et de fureurs. Quand les clichés se font archétypes à ce point, il n'y a qu'à lire. Bravo l'artiste.

Athalie

 

22/02/2012

La religion Tim Willocks ( 3, 4 et 5)

bene-tim-willocks.jpgTroisième jour de lecture :

Carla vient de se faire enlever par un sale prêtre qui pue l'oignon, aux ordres de l'affreux inquisiteur qui pue l'onction de la chair brûlée. Quelques coups de traquenards et crucifixion de juif vendeur de poivre plus tard ; la petite bande part pour Malte : Carla, Tannhauser, Amporo, Bors, l'inquisiteur, lui, il est à Rome, mais s'en méfier comme de la peste turque ou pontificale.

Je nage un plein roman romesquitisme quand mon homme préféré me rappelle que l'on a une cuisine à acheter et des copains à venir manger. Je laisse donc la bande vaquer à ses occupations habituelles. On n'a évidemment pas acheté de cuisine et les copains avaient déjà lu La religion. Je les ai sommés de ne pas m'en dire un mot. Ce qui fait qu'on a parlé cuisine.

Quatrième jour de lecture :

Je décide de tenir un journal de lecture, sinon, à la fin, je ne vais plus m'y retrouver. A Malte, ça barde de tous les côtés, je ne suis pas sûre de retrouver la petite bande vivante demain. Je m'acharne,  j'ai les yeux qui pleurent et l'estomac qui crie famine. En plus, voilà Carla qui devient mystique ... Tannhauseur se perd entre deux amours, Bors est sauvé pour l'instant, c'est déjà ça. Et le fils inconnu, on ne peut rien en dire, sinon, c'est trop.

Cinquième jour de lecture :

Pendant la nuit, à Malte, le fort de Saint Elme est tombé .... et Tannhauser s'est évanoui dans la boucherie pendant qu' Amparo et Clara jouent dans la nuit des décombres, toute sensualité dehors. Et revoilà l'inquisiteur ...

Je faiblis, ne résiste plus à la tentation ( moi non plus ...) de passer quelques paragraphes de sang coagulé, de récits d'assauts sans fin et sans but que la seule gloire de deux dieux que seuls les hommes opposent. Je me mets à aimer Tannhauser, son immoralité, les chausse trappe de la fiction me font sourire. Quand c'est trop, je me réfugie dans la vérification des sous-titres : on est à Malte pour combien de temps encore ?  Je m'étiole, va voir sur internet qui était La Valette, comment s'est finie cette guerre. Je sature. Les héros aussi. ça va, je suis encore avec eux. Pas question de lâcher.

Athalie

21/02/2012

La religion Tim Willocks (1 et 2)

bene-tim-willocks.jpgPremier jour de lecture :

Hésitations : j'attaque au pas ? Il est énorme. Je suis en vacances. Il n'était pas sur la liste prévue. J'ai envie de le lire. A quoi ça sert de faire une liste si on ne la tient pas ? Soit. Mais à quoi ça sert de faire une liste si on n'en devie pas ? La liste, c'est pour le plaisir de la liste, en dévier c'est aussi se faire plaisir. ( voir Pérec, qui en sait beaucoup sur le sujet, et comme je suis d'accord avec lui ....)

Donc La religion, c'est décidé. Templiers, Malte, 1565, je pars. Premières pages. Ben, c'est quoi ce truc ? On n'est pas à Malte et ça crache le sang tout de suite, on me tue l'angélique petite soeur dès les 10 premières pages. Même pas eu le temps de voir le truc venir. Mathieu dans la forge, une chanson et hop, le déchainement. Moi, je croyais entrer dans un roman historique, saga genre Les piliers de la terre, ( j'ai une dent contre Le scandale Modigliani, mais bon, Les piliers de la terre, j'avais aimé en tourner les pages) on a le temps de voir les alentours, le cadre, le dessous des cartes ... Là, non, le Mathieu gentil fils de forgeron, devient tueur sans état d'âme en moins de temps qu'il n'en faut à d'autres pour trousser une chemise. Style lyrique, épique, échevelant, tout mélangé. Je pose le pavé sur le côté, à l'envers comme d'hab et vais faire un tour dans le jardin (même si il n'y a pas grand chose à y faire à cette époque) juste histoire d'éviter de prendre un objet plus identifiable dans la pile correspondant à la liste prévue.

Deuxième jour de lecture :

J'avais laissé dans le nord de l'Europe un gamin tueur enlevé par un somptueux janissaire turc surgi de la gueule de l'enfer et je retrouve un Tannhauser jouisseur, propriétaire d'un coupe gorge baroque à Messine. Je m'adapte. Sans compter les turcs, enfin là ou presque, décidés à faire table rase de Naples, une troublante comtesse, une sauvageonne devineresse dans un jardin aux rossignols, où l'on apprend pourquoi certaines roses sont rouges, un inquisiteur même pas lubrique, tranchant comme un coupe-gorge, des gorges justement tranchées.... La machine à histoires est lancée, c'est génial ce truc.

Athalie

 

21/12/2011

Nous étions les Mulvaney Joyce Carol Oates

images.jpgUne famille comme on aurait aimé en avoir une (pas en vrai, mais juste pour faire joli) : une maman, Caroline, brocanteuse si peu commerciale, belle mais à sa façon, nature, peu efficace, mais si attachante dans ses tenues de hasard, si peu mère et si maman, le genre qui fait la cuisine par plaisir, comme pour rire et dont les enfants dévorent les plats autour de la table, tous réunis, amoureuse du papa, mais aussi croyante, pratiquante de l'optimisme à tout crin, et donc un papa, Mickaël, bel homme, amoureux de sa femme. Parti de rien, chassé par son père, lui, il a tout réussi, son entreprise prospère, prospère, ses relations l'estiment, il va aux clubs des respectabilités du coin et il aime ça.  Il y a les enfants, quatre, trois garçons, une fille : Mickäel, dit "Le mulet", champion de foot, Patrick, dit "Pinch", champion des notes du lycée, Marianne, dite "Bouton", championne de la popularité, une jeune fille "comme il faut", pas comme d'autres qui traînent et à qui il arrive de "vilaines choses" (qu'elles ont bien cherchées, finalement, d'ailleurs ...). Et je vous passe le canari, les chiens, les chats, les chevaux et "La petite maison dans la prairie"

La parole circule, l'éducation bienveillante et responsable, doucement codifiée : les histoires d'enfance sont des repères qui fondent la légende de la tribu. Les Mulvaney : le nom résume la force et la certitude d'un clan, les surnoms cautionnent les identités, les fixent, les avaient fixées .... Parce que c'est quoi ce "trop", ces coups de pinceaux si appuyés, si appliqués sur une toile de chromo ?

Une soirée de Saint Valentin et la lézarde est dans le fruit. Il est arrivé "ça" à la jolie Bouton, et l'aquarelle prend l'huile. "ça" va être l'engrenage pour chacun de la tribu, celui qui tente de sauver les meubles, celui qui saute par la fenêtre, et celle que l'on sort par la petite porte, pour que "ça" n'existe plus, ni la honte de "ça", et que "ça" ne se voit plus, la tâche sur la robe du Bouton si aimée, et d'autant plus dégradée, souillée. Spirales des rumeurs, des regards qui se détournent, des graffitis qui ne s'effacent pas sur les murs des toilettes des garçons, au lycée. La mère qui fait semblant de ne rien voir devient parfois aussi méprisable que le père qui ne voit plus que "ça". Et la peinture se désagrège sous les yeux du lecteur aussi sûrement que s'effrite une façade  de stuc ou les pieds d'argile du père.

Moi, je me suis enfoncée jusqu'au cou avec eux, parce que ça palpite et ça vibre cette histoire : à quoi tenait l'amour d'avant ? quand il était si évident qu'il brillait trop fort ? Une famille ce serait une construction précaire qu'il faudrait tenir à coup d'optimisme hypocrite ? Sinon ... quoi ? Elle se fracasserait la margoulette, elle tiendrait pas la déroute ? Un truc du genre Père Noël ?

Brr....

Athalie

18/12/2011

Mille femmes blanches Jim Fergus

mille femmes blanches,jim fergus,roman américain,roman sur les indiens américainsUn roman qui parle d'indiens sans que ce soit de Boyden (le P. de A.M.L., il ne voudrait pas nous la faire, la note sur Le chemin des âmes ?) ou de Louise Erdrich, c'est une première sur ce blog.

Un conseil reçu d'une dame inconnue dans la librairie où j'hésitais encore, le livre à la main, mais déjà bien chargée de l'autre. "C'est très bien" m'a-t-elle dit. Et moi, j'aime bien les conseils de lecture de gens que je ne connais pas et qui ose donner leur avis tout haut quand on ne leur demandait rien. D'ailleurs souvent, je brûle souvent de le faire quand je vois un de mes romans préférés reposé sur la pile par une main erronée : "Mais prenez-le allez-y!", ou "Tant pis pour vous, vous passez à côté, mais vous ne voyez donc pas ce que vous loupez ...". Non, la main ne voit rien, mais je ne dis jamais rien non plus.

Mille femmes blanches, "pas très bien" mais pas "pas mal", comme le commentait A.B. Le prologue est réjouissant : Washington 1874, une délégation d'indiens cheyennes, avec à sa tête "le chef et grand homme médecine" Little Wolf, est reçu par le président en grande pompe. Grandes pompes qui vont rapidement se transformer en coup de pieds aux fesses lorsque le chef indien propose une solution rationnelle permettant de mettre fin aux conflits récents, avec un moyen fort pacifique : mille femmes blanches. Mille femmes blanches livrées aux Indiens de sa tribu, perdue aux fins fonds hors de la civilisation, chargées de fabriquer des métis pour que les deux civilisations se fondent en une seule. Cela peut paraître logique, finalement. Surprenant, mais logique, pacifique en tout cas. Choquant pour la société américaine, vraiment. Ce qui fait que c'est en catimini que le gouvernement blanc va recruter des volontaires, dont la narratrice principale May Dodd dont les carnets retraçant son aventure ont été conservés.

Premier truc qui m'a fait tiquer. Moi, quand me présente un roman comme vraisemblable, j'aime bien qu'il le soit. Sinon faut le dire. Deuxième truc qui cloche, la May Dodd, fille d'une famille grande bourgeoise, elle aurait choisi de son plein gré et par amour d'aller vivre aux fonds des docks pour un contremaître brutal qui va lui caser deux enfants vite faits ... Soit, puisque à cause de cette mésalliance et donc de ce qui est présenté par sa famille, non comme une grande histoire d'amour, mais comme une tendance hystérique et nymphomane, May est internée dans un hopital psychiatrique. Le seul moyen d'en sortir est d'intégrer le projet baptisé "Mille femmes blanches pour l'Amérique". Ce qui ne permet pas vraiment de se refaire une réputation. Femme forte et va sans peur, May nous raconte son périple, occasion aussi de faire connaissance avec les autres recrues, portraits plutôt disparates et amusants, femmes aux motivations curieuses, aux itinéraires focément atypiques, les rejetées, les pas méritantes, juste bonnes à satisfaire les sauvages dette Amérique là.

Elles vont finir par trouver hommes et tipis, plus ou moins à leur goût, liées finalement par choix à ce qui n'en n'était pas un. Et c'est là que ça m'a gêné, on vire à l'apologie de la vie naturelle chez les bons sauvages. Et moi les bons sauvages, j'ai comme un doute, voir la série Montaigne¨et la bonne conscience née de l'institution littéraire...)

Mais, bon, j'écouterai encore les conseils des lectrices Anonymes.

Athalie 

PS : pour d'autres lectures indiennes : Erdrich, donc, surtout La malédiction des colombes, voir aussi Love Médecine, Ce qui a dévoré nos coeurs, Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse et La chorale des maîtres bouchers (sauf que là, il n'y a pas d'indiens) et le beau et excellent Boyden Le chemin des âmes ( âpre) et Les saisons de la solitude (moins âpre)

 

18/11/2011

Les déferlantes Claudie Gallay

Quand Les déferlantes déferlaient (facile ...) en grosses piles compactes sur tous les rayonnages et que tout le monde disait que c'était le "Best seller" des lecteurs, moi, je faisais un peu la tronche car du coup, ce phénomène de bouches  z'à z'oreilles éclipsait celui du Martinez "Coeur cousu", et que mince qu'est-ce c'était que ce bouquin-là, forcément moins bien que mon succès à moi de ma bouche à mes z'oreilles et pas que moi, évidemment, mais quand même.

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Finalement, une fois qu'il fut sorti en poche, je l'ai laissé attendre encore un peu, histoire qu'il comprenne bien que je faisais encore un peu la gueule, et puis, "bon, ben, oui, allez, je te pardonne et je ne te lis mon gros coco ...". Gros, oui, coco, on ne peut vraiment dire, moins bien que Martinez, forcément. Mais je me suis quand même laissée prendre ... Comme tout le monde connait l'histoire, je passe et dis juste ce qui m'en reste de bons souvenirs, un peu palis par le temps :

  • Le fantôme de Prévert,
  • L'impression de lire en ayant les coudes posés sur une table de formica derrière une vitre de café embuée,
  • Un huis clos en plein vent, avec un couvercle dessus, comme un ciel breton, même si c'est pas en Bretagne,
  • la maison qui bouge, toujours à cause du vent, et la chambre avec un lit qui doit sûrement avoir un polochon et un édredon. Surtout un polochon, j'adore les polochons, je rêverai d'avoir un polochon, en fait.
  • Les sculptures  de Raphael et son chien empaillé
  • Les chats
  • un certain rythme lent, qui prend son temps pour dire peu de choses, finalement, mais bon.
  • L'art de d'écrire sérieusement des phrases parfaitement inutiles, l'inutilité, c'est reposant : "Il est monté dans la voiture. j'ai entendu le bruit de la portière quand elle s'est refermée. J'ai pensé à la personne qui avait inventé ce bruit". Heureusement, que ce n'est pas un ressort dramatique, sinon, on serait mal. Mais dans le flot, ça passe. Etrangement.

imagesCAY84CMJ.jpgEt finalement, je ne lui en veux plus à ce bouquin. Il a réussi à m'avoir de son côté, un moment calme et doux, presque sans histoire ... peut-être juste pas assez, justement.

Athalie

PS : bonne lecture A.M.L. .....  et autre roman du même auteur à éviter par contre, Seule Venise, la même chose, en plus court et moins bien, beaucoup moins bien, très nostalgie d'une femme seule, aussi, mais à Venise, ça passe moins bien qu'à la Hague, allez savoir pourquoi ? Peut-être qu'il a moins de formica ? et puis les pigeons de la place Saint Marc, ils sont moins porteurs de symbolisme que les goëlands et les mouettes sur la falaise ...

30/10/2011

Sanctuaire du coeur Duong Thu Huong

Le hors d'oeuvre

Un des problèmes avec Duong Thu Huong, c'est d'orthographier son nom correctement. Par contre , pour le prononcer, on peut aussi dire, "Tu sais, l'auteure de Terre des oublis (le souci étant que celle (celui), à qui l'on parle ait lu Terre des oublis....). Après, c'est pour ranger le bouquin dans la bibliothèque. On le met à D ? T ? ou H ? En ce qui me concerne, j'ai choisi D, ce qui n'est pas non plus un choix définitif : puisque je ne lirai pas T. Tjepal, j'ai gagné de la place sur les T par anticipation. A H, je n'ai pas de désistement. Le truc, c'est que si je déplace Terre des oublis, Au zénith et les autres, il va falloir que je m'en souvienne, et ne pas accuser les A. de me les avoir empruntés. Les pavés, ça prend de la place. c'est un souci récurrent.

 

L'entrée

Une autre récurrence, le Vietnam. Du coup, je m'étais préparée à garder en permanence le nez en aguet des effluves, papilles dilatées au vent, résignée à rêver de nems pendant quinze jours ou plus ... Et changement, on mange par procuration, un peu quand même, mais moins. ce qui n'enlève rien aux saveurs littéraires ... Autre changement, le plat principal n'est pas une figure féminine, mais un jeune homme, aux contours féminins,soit, mais dont l'histoire a fait une bête de sexe. 

Pas dès le départ, qui part d'ailleurs lentement. De loin, on l'entrevoit, on le respire à pas feutrés, il met du temps à prendre forme et goût. Sa cousine en trace quelques traits : elle a été appelée par ses parents, maîtresse Yen et maître Thy, couple d'enseignants et d'amoureux modèles, dont le fils chéri unique vient de se faire la malle avec toutes leurs économies. Thanh, le petit garçon si sage, si studieux, si promis à un si bel avenir n'a pu qu'être entrainé par l'autre,le fils du poète fou, le responsable, le tentateur. Derrière la quête, on commence à l'apercevoir, l'absent,une silhouette absorbée par la contemplation des lucioles et le goût sucré des fleurs de pamplemoussiers.

Les accompagnements du plat principal

Avant de retrouver le fantôme du garçon sage transformé en gigolo de luxe, on se fait balader, d'histoires en histoires. Le lingot d'or pur est tombé dans la mare fangieuse, mais on prend le temps de faire le tour des centres concentriques le poète fou, sa femme, l'oncle Qué, la belle jeune veuve ... Un rythme indolent qui berce sa lectrice, pas pressée de retrouver Thanh, finalement, pourquoi se presser, il a l'air si loin, immobile jouet. Et puis, ses souvenirs prennent forme, les parts d'ombre s'entrelacent comme des poupées gigognes, sans que l'on n'ai trop d'efforts à faire pour les ouvrir. C'est l'intime de la blessure que l'on creuse en continuant les circonvolutions quelques peu balzaciennes, il y a bien quelque chose de pourri aussi dans cette société de l'après révolution : on nous ouvre les échoppes, on regarde dedans, pendant que Tranh avance, en semant ses illusions perdues, plutôt Rubempré que Rastignac.

Peu de miettes sur la nappe, juste deux trois scènes redondantes vers la fin, comme si l'auteure n'arrivait à le laisser marcher tout seul, le frêle et mélancolique étalon.

Athalie

22/10/2011

Le roman de Bergen Gunnar Stalessen

bibliotheque_xix_eme_siecle2.jpgOu les Rougon Macquart en Norvège. Vu que Zola n'est plus disponible, c'est un autre qui s'y est collé. Pas sûre que c'était vraiment son but à notre norvégien d'auteur, mais comme j'ai du Zola sur la planche en ce moment ...

Ce livre, ça faisait un moment que je lui tournais autour, il a dû sortir au moment de du début de la vague du nord, du côté de Millénium et Indridarson, seulement, il était bien gros, il y avait plusieurs tomes, du coup, je l'ai souvent reposé, après avoir souvent lu le quatrième, et la première page qui s'annonçait engageante, un bon vieux meurtre d'un notable, genre on va sortir les affaires sordides du placard, les odeurs de renfermé et d'alcoves d'un autre siècle, des relents de cuisine de sous les dentelles et les haut de forme. Alors, comme il vient de sortir en poche, cette fois, il s'est retrouvé dans mon sac.

Le notable assassiné à la première page avait bien une sordide histoire aux fesses, une maîtresse, et cette maitresse avait bien d'autres amants, notables aussi, mariés de même , les deux policiers, lancés illico sur l'enquête, sont bien chargés de faire la lumière sans faire de vagues, l'affaire tourne bien court. Le scandale mis au panier.

Mais alors du coup, il se passe quoi, après ? Ben, qu'il faut faire rentrer les autres classes sociales dans les étagères du placard, après les notables et la courtisane libérée, place au peuple ! Seulement voilà les pauvres en Norvège avant 1914, ils ne semblent pas trop il y en avoir plusieurs sortes, alors, on a le premier paysan qui arrive en ville après l'épisode construction du chemin de fer, le deuxième paysan qui arrive en ville, puis la paysanne qui arrive aussi, et ça copule entre classe sociale, comme convenu, les maitres troussent les bonnes, les bonnes aiment les valets, les femmes des notables se voilent la face, la courtisane est toujours dans les parages, mais bon le temps passe et la saga se répète, la lectrice se lasse ... Le placard est rangé, on a les torchons et les serviettes, soit. Mais alors ? le coup de pied dans le linge propre ? ou sale, pas grave, on triera après. ça doit être pour le deuxième tome....

Au moins Zola, on s'en paye une tranche, comme dirait la Gervaise, du bon vieux gras de sous les aisselles, là, ça pue doucement, seulement.

Athalie

12/10/2011

Le soulèvement des âmes Smartt Bell

0tr8frwn.jpgJe continue les métaphores "moyens de transport" ... Après le train fantôme de L'extravagant voyage de TS ...., voilà le gros track de Smart Bell, le semi remorque, le convoi exceptionnel lancé en pleine descente, phares explosés, allumés dans le noir. grouillant, sanglant saignant, la grosse machine à histoires qui fouille traque, cingle, enchante, entortille son lecteur désarticulé. Comme, en plus, c'est le premier d'une trilogie, y'a intérêt à tenir les chocs et rester sur le siège passager, c'est l'auteur qui a les pédales, le volant, on ne sait pas.

Labyrinthe historique fascinant, qui repousse les limites de la fresque historique à la papa (mais ce livre a-t-il des limites ?) ou cocktail instable intello-historico-sentimentalo explosif. Explosif. Rester sur le siège passager demande donc une A. en vacances, pour en avoir le temps et éviter de se retrouver au soir d'une journée de travail, le coeur au bord des lèvres devant son dîner bien mérité.

Ce pourrait être une fresque historique : cadre général Saint Domingue, colonie française, exploitation des richesses par de riches et puissantes familles, pas vraiment compatissantes envers la population d'esclaves qu'ils dominent de leur blancheuse apparence et distinction aristocratique variable, entre brutalité sauvage et mépris même pas dit. Seulement voilà, la Révolution en France métropole parle de droits de l'homme et d'égalité, les idées et les mots se répandent dans l'île, les torches s'enflamment, la révolte gagne, puis l'orage se lâche ...

Ce pourrait être aussi, une biographie de Toussaint l'Ouverture, une analyse politique de comment la première république d'un peuple colonisé n'a pu qu'échouer. D'ailleurs, s'en est une. Sauf que moi, ces chapitres-là furent ceux que je passais le plus rapidement possible, l'image de ce Toussaint vaincu, prisonnier, solitaire, frigorifié, réflexif, je l'ai traversée en diagonale pour retrouver l'autre, celui de la fresque, où cela cogne, brûle, fume, ou nom de la liberté et de la révolution. Mais lesquelles de libertés et de révolutions ? Celles des blancs ? des petits blancs ? des marron ? des demi marron ? des commerçants ? des militaires ? de toutes les autres ?

Ou ce pourrait être encore l'idylle romancée d'un docteur venu de France, pour retrouver sa soeur mal mariée, l'humaniste, le fil plus apaisé qui guide, soigne, écoute, comprend, tente de ..., aime, finalement, qui il n'aurait pas dû aimer. Mais bon, dans tout ce bazar, il a fait comme il a pu le bougre.

Donc, à dévorer mais en évitant de mordre à côté de sa tartine de confiture de groseilles. D'ailleurs, pour le temps de la lecture, prendre plutôt une autre couleur de confiture.

Athalie

 

06/09/2011

Le plaisir ne saurait attendre Tishani Doshi

bouddha.gifPorte particulièrement bien son titre .... même décor que dans l'Equilibre du monde, même pays, l'Inde, même grande ville, même époque, les années soixante, soixante dix, plus ou moins ... mais cette fois-ci, on est du bon côté, ça repose et ça coule, on a moins peur que tout s'écroule et qu'on perdre nos personnages en route, qu'ils disparaissent dans le trou. Ici, il a des ornières et des cahots, mais on ne bascule pas dans le fossé, haillons par dessus tête.

C'est l'Inde de la bourgeoisie moyenne, tranquillement prospère. Le premier à secouer le cocotier, ce sera Babo, le fils aîné, envoyé, non sans cérémonie photographique très exotique, en Angleterre, la nation moderne, pour y suivre une formation, qui permettra, à son retour programmé, de continuer à faire prospérer l'entreprise de peinture familiale. Sauf que ça va disjoncter grave, et vite, genre électrochoc gallois, blonde, avec un ruban rouge dans les cheveux. Babo est jaïn, ce qui veut dire qu'il ne peut consommer ni viande, ni alcool, ni femme. Et c'est à peu près dans cet ordre là qu'il en faire une consommation gourmande. Sans remords. D'ailleurs, c'est un livre qui laisse peu de place aux remords, ou autres ratages vraiment, vraiment, graves. Enfin, parfois, ça pourrait l'être, mais le parti-pris n'est pas celui là.

On suit donc Babo, de retour (mais je ne dirai pas comment et pourquoi sinon, y'a une A. qui va m'accuser de tout raconter), ses amours, ou plutôt son amour, sans presque une ride, et avec, les couics et couacs des père, mère, frère, soeurs et filles. Il leur arrive des trucs qui coincent et qui cahotent mais y'a toujours une brise quelque part dans le ton : le métissage, c'est possible, l'amours toujours, c'est possible, l'harmonie, c'est possible aussi ...

Le personnage de Ba, l'aïeule, a un air de Terre des oublis, au fond de sa cabane-demeure des souvenirs d'enfance, qui caquette du bruit des voisines, et elle, qui bruisse d'odeurs divinatoires.

Quand il leur arrive des gravités, à ces indiens doux-là, c'est plus du paprika, un léger picotement qui passe, mais qui a du goût quand même.

Athalie

 

31/08/2011

L'équilibre du monde Mystri

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Voilà une note qui n’est pas facile à faire tellement j’ai aimé ce livre : pas possible pourtant de ne faire qu’une liste de superlatifs. Le seul qui me vient est « dévorant », comme la misère, comme vouloir s’en sortir, sans trop se salir en pataugeant dans la fange et les ordures, les pieds dedans, englués, enchainés.

Le "Marabahatha de la pauvreté" pourrait peut-être convenir, mais je ne connais pas le "Marabahata," le vrai, je sais juste que c’est une espèce de fleuves d’histoires censées révéler l’âme incestrale de l’Inde. Si ce n’est que cela, cela va bien. Sauf que là c’est l’Inde des années 1970, et l'âme ancestrale .... on a envie de la secouer.

Pas de cynisme comme dans Le tigre blanc, mais une certaine naïveté, au contraire, un regard tendre sur des laisser pour compte aux grands coeurs, des aller et retour dans le destin des personnages comme des montagnes russes qui vous font toujours  craindre qu’après le un peu mieux, viendra le un peu plus pire. Dès fois, on ne voit pas ce qui pourrait être pire, mais tout semble possible, surtout le pire. Ce qui fait que plusieurs fois, je suis aller voir quelques pages plus loin, pour voir si ils étaient encore là, si il leur était rien arrivé, de définitif, je veux dire.

La première scène donne un ton, une des tonalités, quelque peu  burlesque, où est prise à la légère la gravité sous entendue, trois des héros se rencontrent par hasard dans un train qui s’est arrêté parce qu’un suicide vient d’avoir lieu sur la voie. Un de plus, visiblement, et le narrateur se fait voix collective pour déplorer le manque de succès du poison ou de l’empoisonnement …  Les trois, C’est Maneck,  Ishvar et Om. Sans le savoir, ils se rendent dans le même endroit, chez Dina. Le premier comme hôte payant, les deux autres comme tailleurs, employés hypothétiques d’une entreprise qui n’existe pas encore. Mais évidemment ils n’en savent rien.  Dina, elle a été mariée avant, avec un homme qui l’aimait et qu’elle aimait. Trop peu de temps. Elle a été fille, elle aurait dû être médecin. Elle est maintenant veuve, solitaire  et sœur d’un abruti qui veut sans cesse la remarier et qui ne lui refuse même pas l’aumône. Elle a un petit appartement, délabré, une véranda et un cœur un peu séché, des yeux qui ne voient que peu, la seule volonté de ne pas se laisser faire. Au point que dès fois, elle se goure. Maneck, c’est l’enfant gâté, il vient des montagnes, transbahute les rêves de sa pureté et ceux de ses parents, et va se cogner la rudesse impitoyable de la grande ville. Ishar et Om, c’est l’oncle et le neveu, sorte de Laurel et Hardy des intouchables, Charlots de la ruée vers l’or. Ils comptent le trouver dans la grande ville eux aussi. Quelques bidonvilles et amitiés incongrues  plus tard.

C’est un livre où les délires gouvernementaux de la loi d’urgence font que l’on ramasse des fous et des ivrognes pour les faire travailler sur des chantiers publics, qu’on propose (ou impose) une opération  de stérilisation contre un poste de radio, où la corruption gangrène les hommes aussi sûrement qu’une peste malodorante et purulente, ça pustule de partout, où pourtant le roi des mendiants peut (presque) devenir une bonne  fée, où un patchwork  aurait pu être magique et sombre dans une infinie tristesse.

Pour moi, à lire absolument, même si les bons sentiments y coulent parfois, ce n’est pas inutile, parce qu'autrement ce serait à hurler. De rage.

Athalie

PS : avis, l'auteur du tigre blanc Aravind Adida vient de sortir un nouvel opus : Les ombres de Kittur, à voir .... Moi, je fais un break sur l'Inde, ce pourquoi ,je laisse la main à la A. nantaise pour L'histoire de mes assassins

14/08/2011

Istanbul était un conte Mario Levi

C'est conteux, ça c'est sûr, et méandreux, très, très, très méandreux même. On flotte, quelque part dans le Bosphore,ou sur d'autres rivages, on peut se laisser flotter sur sa bouée, ou se lasser et dériver, en laissant la bouée ...

" Saga familliale", sauf qu'en général, quand on lit saga, on pense plutôt événements qui s'enchainent, un tant soit peu de bruits et de fureurs ... Il y en a aussi ici, mais en sourdine, genre sonate quand on attendait une symphonie, avec les cymbales et les coups de clairons des choeurs de "Nabuccho", tant qu'à faire dans l'exotisme.

5949.jpgLa famille, on finit quand même par la reconstituer, petit à petit, très petit à petit (le glossaire des personnages du début est très poétique, mais parfaitement inutile pour s'y retrouver, vaut mieux encore flotter). Madame Roza, monsieur Jack, monsieur Rober et la myriade d'autres sont des exilés qui s'accrochent à une ville, Istambul, ou bien c'est la ville qui s'accroche à eux ... des exilés d'un lieu originel dont on ne sait pas grand chose, des exilés d'un temps d'avant, dont on ne sait pas très bien non plus ce qu'il recouvre, avant, quand la famille était réunie (mais elle semble ne l'avoir jamais vraiment été ...) dans le temps du magasin de tapis du grand-père, Avram Efendi, l'expert, quand la grand mère Perla y voyait encore et ne se cognait pas aux meubles, dans la solitude et l'obscurité poignante d'un crépuscule sans fin, quand tante Tilda se croyait encore la reine des écrans et dansait jusqu'au bout de la nuit dans son cinéma imaginaire, quand Ceri rêvait de révolte, quand Mimiko jouait aux billes et n'avait pas encore épousé la tigresse qui ne lui fera pas oublier sa solitude, quand Nessim n'avait pas encore été déporté, quand c'était la saison des roses cent-feuilles, quand Ukram n'avait pas encore été assassinée dans la chambre d'un hotel qui ne peut être que sordide ...thumb.jpg

Un temps que la famille tente de garder, de rattraper, à coups de journées de Pessah et de Yiddish cosmopolite, de bateaux qui passent ou qui repartent, à coups de raki et de mezelers : valse mélancolique et langoureux vertige dirait l'autre ou alors "Longtemps j'ai flotté de bonne heure" ...

Le narrateur est insituable, ce qui n'est pas le problème, mais c'est surtout que souvent, trop souvent, pour moi en tout cas, il s'interroge, médite sur le cours de l'histoire, prend son temps, ne sait plus, nous le dira plus tard, ou ne peut pas dire, que c'est un secret que le roman doit garder. Trucages si frustrants et agaçants que plusieurs fois, je me suis dit que j'allais le poser son bouquin et ses mystères, il allait se retrouver sur une étagère, avec son poids de nostalgie qui commençait à me courir sérieux ! et non, parce qu'il y a de sacrées belles pages, des accélérations parfois (surtout à la fin, ouf !) des images qui raccrochent la bouée, j'ai fini ce voyage long au lent cours, qui vaut quand même par ces parfums surannés, ses couleurs sépia et ses sons aphones, ses gens, ses gens fantomatiques au destin parfois drôlatique, parfois dramatique, mais surtout pas héroïque, surtout pas, juste comme des petits morceaux d'un service à thé à moitié ébréchés.

Athalie

18/07/2011

Jours d'Alexandrie Dimitris Stéfanakis

51zdLjYfnzL__SS500_.jpgUn des inconnus ramenés de la pêche au gros sur les rives malouines. Bonne  pioche !

Pourtant, ça démarrait poussif, trop de wagons, et puis, comme dans les romans russes, plein de personnages avec des noms pas pareils à chaque fois, occupés à leur grande affaire : signer un accord entre politiques et industriels pour une histoire très confuse de commerce de cigarettes en Egypte, mais avec des Grecs et des Anglais là dedans,  avec plein de références et de trous dans la narration, moi, je me disais, fumeux,  cachochyme, cacophonique, ce truc....

Et puis, finalement, de pages en pages, on entrevoit des trous dans le brouillard, ça s'éclaircit et ça se laisse lire jusque la destination, prévisible, car vu que comme c'est annoncé dans le quatrième, c'est une fresque familiale et historique. Donc, on reprend les bagages, comme Dans la main du diable et on entasse les secrets, les revirements, les trahisons, les espoirs déçus, les engagements divers dans une époque troublée qui mêle les destins d'exception, sans y croire vraiment, mais avec le plaisir d'une bonne histoire qui va quelque part, et que c'est déjà pas si mal, vu le départ genre bison futé un samedi de juillet.

Bien sûr, on part du père, Anthonis Haramis, fondateur de l'usine de cigarettes, travailleur impénitent et membre éminent et jalousé de la communauté grecque d'Egypte, de sa femme Daphné. Elle, d'abord petite figure secondaire, va prendre de la voile (j'ai adoré les textes des cartes postales dans sa période "voyage en Europe"), décalée, peu crédible mais elle s'accroche à la fiction, romanesque à souhait. Encore plus romanesques et encore moins crédibles, Yvette, la petite française au charme d'espionne de la Belle époque, tenancière de bordel pour le compte d' une figure encore plus  hollywood de carton pâte si possible, Elias Khouri, dit le libanais ( et là tout est dit...), truqueur et dandy des coulisses, sur lequel tous les drames glissent. Les deux fils, ensuite, fils conducteurs qui permettent de sortir du microcosme de cette "bonne" société, afin de mieux y revenir accomplir deux destins là encore empruns d'exemplarité historique, accrochant au passage une juive hollandaise qui n'a rien d'une Anne Franck.

Du mythe cosmopolite d'une Babel qui aurait quelque chose de l'Eden, mais dont les dieux aristocratiques auraient quelque peu oublié les arabes, quand même ...  

Athalie

PS : peut-être à conseiller particulièrement aux amatrices de " Sissi l'impératrice" et de "Angélique marquise des anges", finalement .... 

10/07/2011

Dans la main du diable Anne Marie Garat

montreux_bateau.jpgUne rencontre sur un plateau littéraire à Saint Malo, je suis avec la copine A.O., je ne sais plus pourquoi on avait décidé de voir ce plateau-là, pour garder nos bonnes places pour le suivant ? comme souvent ? parce que l'on était interessées par un des auteurs ? autre que Anne Marie Garat, puisque elle, et là j'en suis sûre, on ne connaissait pas, niet, nada ... qui  n'a d'ailleurs pas vraiment parlé de son livre, plutôt de l'acte d'écrire, en général, comme habitée par ça, allumée de l'intérieur par ça ... Une drôle de bonne femme, s'est-on dit (A.O. dira).

Après, passage au salon du livre, juste pour un dernier tour, il est tard, on va partir, et puis Anne Marie Garat est aussi entourée de ses lectrices, admiratrices, ferventes, elles aussi. Elles parlent, mais parlent vraiment, comme je ne savais pas qu'un auteur pouvait parler à ses lectrices, l'auteure est dans son oeuvre et parle de ses personnages, elle semble là encore les habiter, comme si ils étaient vivants, elle cause sans arrêt, ne les vend pas, elle les retrouve. Impressionnant.

Et c'est comme cela que je me suis retrouvée avec un gros pavé écrit tout petit entre les mains, énorme paquet de mots. Pas livre, mais un navire, un paquebot, un transaltantique de la Belle époque avec des femmes en voilettes qui passent dans la brume. L'équipage, les personnages sont chacun bien à leur place, à leur poste : au premier plan, l'héroïne, Gabrielle, orpheline d'origine hongroise, recueillie par sa tante et la servante, amoureuse transie du beau cousin aventurier ténébreux qui a disparu ..., par grand amour desespéré, elle se fait passer pour une institutrice et s'introduit espionne, galvanisée par un mystérieux "ami", aux motivations d'emblée énigmatiques, dans une famille fortunée pourvandeuses de gâteaux en sachets. Il y a aussi la petite fille oubliée par son "papa" mais qui va retrouver goût à la vie ;  la vieille grande bourgeoise, chef de famille tyrannique et égoîste, fidèle fiffille de son père tutélaire, qui ne quitte pas du coeur un vieux bol de café, mais ses enfants, si ;  le fils médecin, bel homme sensuel qui s'ignore, rongé par un mal secret, mais fidèle à la parole donnée ; l'autre fils, enfiévré de cinématographe, pionnier insouciant à la recherche de sa muse ; les deux filles, l'hystérique amoureuse de son fils, et l'autre, la délaissée genre Madame Bovary des temps post modernes ... Ne pas oublier la grande amie fidèle, pianiste aux tendances saphiques, le jeune anarchiste aux yeux de biche, le commissaire débonnaire mais dont il faut se méfier, son parapluie est "piégeux" dirait Vargas et plein d'autres, les bonnes, les gouvernantes, le père grand voyageur collectionneur aristrocratiquement détaché de ce monde, le jeune patron d'industrie juif, dont on se doute que ... au prochain tome .... (parce qu'il en a trois comme ça)bi3ba3qv.jpg

C'est gros, donc, ça foisonne, parfois de clichés,47980324.jpg comme un bon gros roman noir populaire à la Eugène Sue, les bas fonds, les crimes impénitents, un petit tour à Venise qui se berce au Lido, croisement de "Mort à Venise" et de dévociatons (j'assume ce néologisme incongru) révolutionnaires . Parfois, des longueurs, des répétitions, mais aussi des gourmandises, des trouvailles de rythme, des tournures, pas seulement de robes, mais aussi de mots, les dernières pages : descriptions de photos, une analyse du rapport au temps et aux souvenirs qui bruissent d'un temps qui était aussi celui de Proust.

Une jolie lecture, mais pour s'embarquer là dedans, beaucoup de temps devant soi, pas grand chose à faire, juste tourner les pages, et il y en a beaucoup.

Athalie