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30/04/2013

La griffe du chien Don Winslow

Le pavé est rude à avaler, 827 pages de réalités socio-politiques sans concession, une plongée en apnée dans les doubles jeux des USA et les narcotrafiquants sud-américains. A priori, pas vraiment pour moi, à la limite du docu-fiction, me disais-je, lestée par le poids du dit-pavé, plombée dès le premier chapitre par un bain de sang hyper réaliste, le coeur presque déjà au bord de l'écoeurement.

Le héros, si tant est qu'il puisse ainsi être dénommé, est Art. Ancien du Vietnam, il a déjà envoyé des hommes à la mort, les mains sales des opérations de nettoyage, il connaît. Métis, moitié américain, moitié mexicain, il pensait être du bon côté en s'engageant dans la lutte contre les narcos. Il pensait avoir un certain pouvoir, il va commencer par se faire rouler dans la farine. Il appartient à la DEA ( une sorte d'administration officielle chargé de s'occuper des méchants mexicains qui inondent les gentils USA de la "boue mexicaine"), et trouve sa hiérarchie bien peu efficace et timorée dans cette guerre larvée. Ce pourquoi il conclut en douce une sorte d'alliance avec Tio Barrera, membre éminent de la police mexicaine en façade, aussi vérolé qu'un canon à poudre en réalité. Croyant mettre fin à la culture du pavot, Art collabore à une gigantesque opération de destruction massive des champs cultivés (et aussi des personnes qui cultivaient, mais bon, là, c'est accessoire pour tout le monde ...) et croyant ainsi berner ses supérieurs qu'il trouve trop lymphatiques et hypocrites ( officiellement, il a été décrété que la "boue mexicaine" n'existe pas, que la police mexicaine s'en occupe de toute façon, et que donc, il n'y a pas de traffic, ni de "narcos"), Art ne fait rien que moins que de contribuer à la naissance d'un cartel, " La fédération", machine à inonder le marché de la drogue, encore plus puissante, efficace et redoutable que la précédente.

Les territoires de production vont être définis, famille Barrera en tête, Tio, El patron, Raul l'exécuteur, Adam, le comptable. Art va devenir seul contre tous, "le seigneur de la frontière" et mener sa propre guerre, sa vengeance, les deux ayant les mêmes visages, visages multiples et identiques du côté du Bien et du côté du Mal, ceux des mécanismes sanglants des pouvoirs politiques aux commandes. Plus rien d'humain là dedans.

La lecture est insoutenable et impossible à lâcher : c'est un roman excessif pour une réalité excessive qui vous saute à la gorge, explose par l'intensité de ce qui est démontré, l'Amérique Centrale comme un vaste terrain pour cynismes sans limites : les narcos vivent dans de vastes demeures, roulent dans les belles voitures, à ciel ouvert, tout est bon pour garder le pouvoir d'un côté, pour se voiler la face de l'autre. C'est un jeu de massacres où le Bien et le Mal ont les mêmes armes, où ils se combinent et s'entrelacent. C'est un jeu de poursuites sans aucune morale et d'intérêts où qui perd est mort et qui a gagné est mort aussi.

Art seul contre tous, cela est un peu gros, soit, d'autres figures passent et tiennent le romanesque : Nora, la call-girl au presque grand coeur, Callan, le tueur au sang froid mais yeux de biche, un prêtre humaniste, des exécuteurs qui avalent des pêches .... mais toujours le fil est sa guerre, sans répits. Et quand vous pensez en avoir assez lu, assez vu, assez compris, assez d'assister à des exécutions, des tirs en rafale qui laissent flotter les corps comme des objets de pacotille, et bien, ça recommence ... pour que la drogue se répande dans les veines rouillées des acros, et l'argent dans les poches de ceux qui se les remplissent.

Ce roman grouillant, pesant, tonitruant, je l'ai avalé, écoeurée, vidée, dégoûtée, révoltée, j'ai avalé jusqu'à la moindre balle tirée, jusqu'au moindre crâne éclaté, la moindre gorge tranchée, corps découpés. Je ne sais pas si je regarderai un reportage sur ce même sujet avec le même oeil écarquillé d'horreur, tant je me suis dit qu'il n'y avait que la littérature pour vous exposer à la figure la vérité avec une telle puissance de frappe.

Un grand merci à Ingannmic, qui a eu l'initiative de cette lecture commune, (et à Jean Marc qui en est à l'origine), lecture d'un indispensable coup de poing à côté de laquelle, du coup, la vision d'Ellory dans Les anonymes ou Vendetta, parait presque angélique ....

Gridou rejoint le choeur des louanges, à qui le tour ?

30/03/2013

Virgin suicides, Jeffrey Eugenides

virgin suicides, jeffrey Eugenides,romans,romans américains,famille je vous haisUne histoire de filles racontée par des garçons : d'eux on ne saura pas grand chose, et d'elles, ma foi, de quoi alimenter leurs fantasmes à eux. Ils ne semblent ne jamais les quitter des yeux et du coeur, et on ne saura jamais qui ils sont, voisins-voyeurs d'une intimité qui les trouble, à laquelle ils n'auront que peu accès, même quand les filles les piègent et semblent se révéler enfin pour leur perte. Ils racontent leur collection d'images et d'objets, des reliques sales, froissées, qui s'émiettent : un savon fleuri, une brosse, une vignette de la vierge, une sandale ... Des reliques recupérées qui ne prouvent plus rien, d'un mystère qui les hante. Lequel ?

Les cinq filles Lisbon sont presque belles, en tout cas, belles en groupe, en fusion, même en déliquescente virginale ... Par ordre de disparition, Cécilia, "la folle mystique" aux poignets bandés qui s'y reprendra à deux fois pour quitter la scène, un an après, ce sera Bonnie, sans doute, puis Thérèse, peut-être, et Lux, dans la même nuit et Mary, un peu plus tard mais pas beaucoup.

Les cinq filles Lisbon sont trop bien gardées, les chiens de berger sont le père, professeur ridicule à la voix geignarde et haut perchée, et surtout la mère, dont on peut se demander si elle a un jour, je ne dis pas aimer, mais seulement regarder, écouter, caresser ses filles où si dès le départ, elle ne les destinait pas au sacrifice. Ce ne sont pourtant pas des blancs agneaux qu'elle néglige mais ses filles à la féminité étouffée, ou étouffante ? Elle se répand dans la maison où les filles sont plus ou moins cloitrées avant d'y être enfermées, cette féminité excessive s'épend à travers les interstices des barrières morales. Les filles s'amusent, (mais s'amusent-elles vraiment ? ou s'expriment-elles ainsi, par codes, par signaux ...) à envoyer leur père acheter des tampax par kilos, elles se maquillent en cachette, prennent des bains à foison, puis plus aucun, sèment le trouble, ont-elles le choix ? ... Elles tentent des trucs pour exister, les ondes radio dans le vide, les vinyls à tue-tête, elles n'ont pas de lignes, que des interdits. La mère ne couve pas les poussines, elle les cadenasse.

Le roman suit donc une année de leur vie, la dernière, du premier suicide au dernier. Peu d'éléments pour les comprendre :  une fête lugubre, donnée pour Cécilia, un moment où nos narrateurs pourront les regarder d'un peu plus près, presque sentir l'odeur énervante de leur vie confinée, la fête du lycée, où, de loin, ils les verront approchées par d'autres, ce sera un très bref moment de liberté, leur première autorisation de sortie, et leur dernière, dans leur robe immature engoncées.

Un an pendant lequel les garçons d'en face collectent ce qu'ils peuvent de ces vierges qui leur sont innaccessibles (même la ténébreuse Lux ne leur accordera pas une minuscule de ses faveurs dont elle est pourtant prolixe aux étrangers de passage sur le toit de la maison familiale qui s'obscurcie ...) : une lumière derrière une fenêtre, une main, un visage aperçu, une sortie de l'une ou de l'autre sous la véranda, les narrateurs s'inventent les filles, parfois confondues ou interchangées dans un amour collectif par procuration, en quête de traces d'odeurs, de textures de peau, de formes de visages, de bout de genou entreparçu sous un kilt presque encore enfantin.

Un roman troublant, qui n'apporte aucune réponse à l'opaque adolescence.

Un seul bémol, mais qui ne tient pas au texte, pour qui a vu, comme moi, le génialissisme film de Sofia Coppola, les images se superposent. Du coup, les filles sont forcément blondes, rien à faire pour m'enlever ça de la tête !

 Et tout et rien à voir (quoique ...) , j'en profite pour ajouter un lien vers la note vraiment pertinente, à mon sens, d'Ingannmic sur "Il faut qu'on parle de Kévin", tant qu'on est dans le trouble, restons-y  .... et rajouter "Middlesex" du même auteur dans mes livres à lire ...

La griffe du chien Don Winslow

la griffe du chien,don winslow,romans,romans américains,pavésLe pavé est rude à avaler, 827 pages de réalités socio-politiques sans concession, une plongée en apnée dans les doubles jeux des USA et les narcotrafiquants sud-américains. A priori, pas vraiment pour moi, à la limite du docu-fiction, me disais-je, lestée par le poids du dit-pavé, plombée dès le premier chapitre par un bain de sang hyper réaliste, le coeur presque déjà au bord de l'écoeurement.

Le héros, si tant est qu'il puisse ainsi être dénommé, est Art. Ancien du Vietnam, il a déjà envoyé des hommes à la mort, les mains sales des opérations de nettoyage, il connaît. Métis, moitié américain, moitié mexicain, il pensait être du bon côté en s'engageant dans la lutte contre les narcos. Il pensait avoir un certain pouvoir, il va commencer par se faire rouler dans la farine. Il appartient à la DEA ( une sorte d'administration officielle chargé de s'occuper des méchants mexicains qui inondent les gentils USA de la "boue mexicaine"), et trouve sa hiérarchie bien peu efficace et timorée dans cette guerre larvée. Ce pourquoi il conclut en douce une sorte d'alliance avec Tio Barrera, membre éminent de la police mexicaine en façade, aussi vérolé qu'un canon à poudre en réalité. Croyant mettre fin à la culture du pavot, Art collabore à une gigantesque opération de destruction massive des champs cultivés (et aussi des personnes qui cultivaient, mais bon, là, c'est accessoire pour tout le monde ...) et croyant ainsi berner ses supérieurs qu'il trouve trop lymphatiques et hypocrites ( officiellement, il a été décrété que la "boue mexicaine" n'existe pas, que la police mexicaine s'en occupe de toute façon, et que donc, il n'y a pas de traffic, ni de "narcos"), Art ne fait rien que moins que de contribuer à la naissance d'un cartel, " La fédération", machine à inonder le marché de la drogue, encore plus puissante, efficace et redoutable que la précédente.

Les territoires de production vont être définis, famille Barrera en tête, Tio, El patron, Raul l'exécuteur, Adam, le comptable. Art va devenir seul contre tous, "le seigneur de la frontière" et mener sa propre guerre, sa vengeance, les deux ayant les mêmes visages, visages multiples et identiques du côté du Bien et du côté du Mal, ceux des mécanismes sanglants des pouvoirs politiques aux commandes. Plus rien d'humain là dedans.

La lecture est insoutenable et impossible à lâcher : c'est un roman excessif pour une réalité excessive qui vous saute à la gorge, explose par l'intensité de ce qui est démontré, l'Amérique Centrale comme un vaste terrain pour cynismes sans limites : les narcos vivent dans de vastes demeures, roulent dans les belles voitures, à ciel ouvert, tout est bon pour garder le pouvoir d'un côté, pour se voiler la face de l'autre. C'est un jeu de massacres où le Bien et le Mal ont les mêmes armes, où ils se combinent et s'entrelacent. C'est un jeu de poursuites sans aucune morale et d'intérêts où qui perd est mort et qui a gagné est mort aussi.

Art seul contre tous, cela est un peu gros, soit, d'autres figures passent et tiennent le romanesque : Nora, la call-girl au presque grand coeur, Callan, le tueur au sang froid mais yeux de biche, un prêtre humaniste, des exécuteurs qui avalent des pêches .... mais toujours le fil est sa guerre, sans répits. Et quand vous pensez en avoir assez lu, assez vu, assez compris, assez d'assister à des exécutions, des tirs en rafale qui laissent flotter les corps comme des objets de pacotille, et bien, ça recommence ... pour que la drogue se répande dans les veines rouillées des acros, et l'argent dans les poches de ceux qui se les remplissent.

Ce roman grouillant, pesant, tonitruant, je l'ai avalé, écoeurée, vidée, dégoûtée, révoltée, j'ai avalé jusqu'à la moindre balle tirée, jusqu'au moindre crâne éclaté, la moindre gorge tranchée, corps découpés. Je ne sais pas si je regarderai un reportage sur ce même sujet avec le même oeil écarquillé d'horreur, tant je me suis dit qu'il n'y avait que la littérature pour vous exposer à la figure la vérité avec une telle puissance de frappe.

Un grand merci à Ingannmic, qui a eu l'initiative de cette lecture commune, (et à Jean Marc qui en est à l'origine), lecture d'un indispensable coup de poing à côté de laquelle, du coup, la vision d'Ellory dans Les anonymes ou Vendetta, parait presque angélique ....

Gridou rejoint le choeur des louanges, à qui le tour ?

 

Athalie

26/03/2013

Vie animale Justin Torres

justin torres,vie animale,romans,romans américains,famille je vous haisUn livre qui fait tout pour être vite, très vite lu, et comme il n'est pas bien gros, il faut lui résister, pour le faire attendre un peu et bien de le déguster, mais ce n'est pas facile ( moi, je n'ai pas vraiment réussi)

Dans une famille quelque part dans une grande ville américaine, une famille porto ricaine, sans doute, pauvre, ils sont trois frères quasi livrés à eux mêmes, les parents font tout de travers, même les aimer, même s'aimer, parfois, se déchirer, jurer sur leur sort de déshérités et y retourner toujours.

Des trois frères, le narrateur est le plus jeune, le plus jeune de cette fratie animale, dont l'écriture rend une force brutale, une sorte d'incandescence urgence à se rouler dessus comme à être ensemble, trois frères ...: "Quand était trois frères (...), on était le nombre sacré de dieu

Ma et Paps se sont trouvés bien jeunes parents, Ma est un peu folle, un peu fragile,  Ma n'a pas toujours le sens de l'ordre du temps, Ma confond les rôles, Paps est violent, Paps rage, Paps tourne en cage. Elle laisse les chiots que sont ces fils s'ébrouer, lui tente parfois de les mater quand il ne se met pas à les laver frétiquement, comme pour rattraper un amour. Les chiots s'ébattent, se griffent, se mordent, les mordent, parfois, quand ils le peuvent. Mais " Quand était trois frères, on était le nombre sacré de dieu", " Quand on était trois frères, on était mousquetaires", " On était les trois boucs qui traversent le pont".

Le roman se construit sur des scénettes rapides : début, milieu, fin d'une petite histoire tendre ou, et cruelle, ou tout en même temps mélangé, entre eux les trois, les quatre, les parfois cinq, pour un temps bref d'accalmie. Paps achète un pick-up pour la frime, Ma hurle, et la famille s'en va rouler dans la nuit fraternelle, Paps s'en va, Ma laisse le téléphone sonner jusqu'à leur en casser les oreilles, Ma rêve d'Espagne et ne va pas plus loin que le bout de la rue. Paps tente veilleur de nuit, Ma rentre ivre et s'occupe de ses orteils ...

Rien ne semble pouvoir bouger dans cette bulle de rancoeur et d' échecs, jusqu'à ce que, le narrateur ne lève le voile, leur avenir ne sera pas le sien, il rompt la bulle, on comprend que ce sera cher payé.

 

Athalie

 

 

20/03/2013

Le camp des morts Craig Johnson

le camp des morts,craig johnson,romans,romans policiers,romans américains,wyomingAprès être tombée sous le charme du shérif le plus chéri des lectrices de Craig Johnson, Walt Longmire, cet été dernier, après donc ma première rencontre avec lui dans Little bird, il me tardait de retrouver sa mélancholie latente, son charme pataud, son flegme torride et sa compagnie d'avec son double indien, Henry Beard, un peu plus "grand loup solitaire" au charme ténébreux mais tant pis.

Ils sont donc bien là, sans surprise, même si Henry est un peu plus en retrait que dans le premier tome, (mais toujours là au bon moment pour son copain quand même), sauf que Walt, en plus est drôle. Pas à se tordre, mais le voilà qui fait dans la légèreté caustique, voire la légereté tout court. Par moments, seulement, car il sait raison garder et ne perd point de vue son but de gentil redresseur de la justice, faut pas dévier le personnage, ce serait dommage de l'abimer dès le second tome. Quoique, il s' en prend de sacrés torgnioles le père Walt, ce coup ci encore ...

Côté coeur, le calme reste plat, malgré l'intrusion d'une sulfureuse et sémillante contrôleuse gouvernementale chargée des ouvertures de coffres en banque oubliés dont mon petit doigt de lectrice me dit qu'elle reviendra faire un tour dans ce coin paumé du Wyoming. A la décharge du Walt, son enquête ( ben oui, il y en a une ...) lui laisse peu le temps de rentrer dans son lit et il fréquente plus sa cellule de sa prison pour dormir que sa maison livrée aux courants d'air. En plus , le poêle à bois n'a pas encore été livré. Ce qui est gênant pour le côté torride (pour la peau de bête devant le poêle, je n'ai pas d'indices ...).

Côté mystique, Walt a bien encore quelques hallucinations de temps en temps : une histoire de revenants qui lui causent et le protègent des gros, gros dangers, mais, le plus souvent, c'est de lui même qu'il se fourre dans les congères qui passent par là et dans la gueule du loup ( loup solitaire comme Henry, mais beaucoup plus tueur que charmeur et ténébreux au sens infernal du terme, cette fois)

Donc, il neige, beaucoup visiblement, même pour le Wyoming. Le shérif Walt,  qui est un homme fidèle en amitié va malgré tout passer sa soirée habituelle dans la maison de retraite où le vieux shérif unijambiste et soiffard, Julian, sévit. Entre lui et lui, c'est une longue histoire. C'est le vieux qui l' a embauché, engueulé et qui lui donne sa claque aux échecs toute les semaines.  Le vieux shérif a fini par raccrocher l'insigne, mais pas ni la bouteille ni la gueule de bois. Il reste quelque imprévisible ... et peu tolérant à d'autres opinions que la sienne. Et là, quand Walt arrive, la vieux Julian a fichu le un chambard total dans sa maison de retraite. Mari Baroja, la petite vieille qui mangeait des gâteaux à quelques pas de la sienne n'est pas morte naturellement. Sans compter que comme le vieux Julian n'a l'ombre ni d'une preuve, ni d'un suspect et encore moins d'un mobile, donc, c'est sûr, il a raison.

C'est le départ de l'enquête enneigée de Walt où les victimes se succèdent comme des mouches et le shérif zigzague dans ses hypothèses. On se régale ... d'autant plus que d'autres joyeux lurons sont recrutés dans l'urgence : un doux basque qui passait par là ( et qui va bien servir, n'en déplaise à la cohérence logique de la propable utilité d'un basque au Wyoming ...), et le Double Touch, un géant pour l'instant plutôt pacifique .

L'épilogue, par contre, fait craindre le pire pour nous, pauvres lectrices impuissantes face au charme quelque peu direct de la Vic, l'adjointe, devenue célibataire de choc ...

 

Athalie

09/03/2013

Les privilèges Jonathan Dee

imagesCAGMH6V8.jpgLes privilégiés se nomment Cynthia et Adam. Jeunes, beaux, insolemment jeunes et beaux, le sachant, sans aucun complexe, deux entités au visage parfait, un chacun, qui s'accordent et s'accouplent parfaitement, emboités l'un dans l'autre. Ils se marient en grande pompe, mariage conventiel, pour les convenances, mais ce sont celles qu'ils se sont fixées. Issus chacun de la moyenne bourgeoisie américaine, ils ont aussi en commun le souci unique de se défaire de toute attache. Il faut dire les "cocons" familiaux sont bien lâches, et les personnages n'entretiennent avec mères, pères, beau-père, frère et demi-soeur que peu d'attaches sentimentales, plutôt un mépris indifférent à ce qui n'est pas eux-mêmes : deux glaçons en symbiose.

Ce mariage les met cependant à part, dans leur petit monde de futurs huppés où le temps est plutôt à la fin des études universitaires, aux fêtes et aux expériences en tout genre en attendant la réussite sociale promise, certaine, évidente. Cette singularité fera leur carapace, d'autant qu'ils auront deux enfants, très vite et donc très jeunes, autre excentricité, autre clôture sur eux-mêmes. Cynthia briguera alors un autre statut, celui de mère au foyer parfaite, ce qui l'ennuie quand même parfois, en fin de journée, quand il pleut et que les enfants ne sont que des enfants, et pas des robots qu'elle peut manipuler.

Adam, de son côté, n'a toujours d'yeux que pour eux et la ligne qu'ils se sont fixés, l'argent et les marques extérieures de richesse qui vont avec. Comme la réussite tarde un peu à devenir insolente, il va lui donner un coup de pouce, en trichant un peu. A défaut de rester honnête, il reste brillant, aimant, de plus en plus soucieux cependant de la fermeté de son corps, de sa jeunesse et de celle de sa femme, culte qu'elle partage et où elle met toute l'énergie qui lui reste après l'élevage des enfants, bien sûr. Quelques fêtes entre nantis de l'Upper West side les amusent encore mais l'essentiel de leur énergie est consacré à cette tension, la réussite de leur noyau dur, les enfants et eux.

Ce qui fait que, durant toute la moitié de ce livre, je me suis demandé où en était l'âme, il n'y a que lorsque la perfection a commencé à se déglinguer que j'ai commencé à accrocher (mais bon, c'était un peu tard ...). Les personnages ne me semblaient être que des artifices mis en place pour une démonstration : voilà les dégâts que font l'ambition égoïste, le cynisme, le culte du moi et de ses apparences sur les pauvres mécaniques humaines ... La démonstration est bien faite, elle est glaçante, quand se délitent les principes moraux, qu'il ne reste que soi comme valeur, les "privilèges" ne donnent pas d'amour ni d'avenir. Bien fichu, bien mené le propos, cette distance d'avec les personnages et leur histoire est sûrement voulue, elle m'a juste peu embarquée ...

 

Athalie

22/02/2013

Quand l'empereur était un dieu Julie Otsuka

220px-Instructions_to_japanese.pngDans une ville moyenne des USA,une femme distinguée et encore charmante lit une affiche sur la vitrine d'un magasin. Sans que l'on sache vraiment pourquoi, elle se prépare alors à un départ. Elle se met en oeuvre, range les souvenirs, la vaiselle, quelques biens, les met de côté, pour "plus tard". Elle fait des valises, des courses. Elle mène les gestes à terme les uns après les autres, dans le grand silence de l'après-midi où ses enfants sont encore à l'école et le vieux chien dans le jardin et le perroquet dans sa cage. Pour le rosier, elle ne pourra pas faire grand chose. Tant pis, résignée, sans révolte, pragmatique, elle organise un départ pour un retour probable.

Un retour probable mais dans un temps incertain. Petit à petit, on comprend que ce sera pour quand les habitants des USA d'origine japonaise ne seront plus considérés comme des ennemis sur le sol où ils vivent, travaillent, ne demandent rien en se faisant petit, invisibles,ou chinois.

Le mari a déjà été arrêté, en pantoufles, au milieu de la nuit. Il envoie depuis des cartes postales d'un bagne où il fait toujours beau et où tout se passe bien ça va, merci, et vous ...

Maintenant, c'est les autres, tout les autres, les vieux, les familles, que l'état doit regrouper et mettre de côté, hors d'état de nuire, au cas où, dans un camp d'internement. C'est le temps de l'attente et de l'inaction, ni tortures ni sévices, ni travaux forcés, juste ça, être enfermé dans un temps qui s'étire et un lieu qui n'a pas de sens. Un temps de vide avant que des plaques indicatives ne soient installées dans les allées où les arbres ne poussent quand même pas. C'est le temps du petit garçon, de son père rêvé et du retour fantasmé, un temps de vide qui va finalement, être plus long qu'une mémoire de son père. Le temps s'étiole entre les baraquements dans le désert, et le petit garçon regarde par touches sa mère et sa soeur changer, tromper à coups de balais et de cordes à sauter, les vrais sentiments qui ne disent plus rien du temps d'avant.

Et puis, le retour, pas celui qu'ils pensaient, du tout. Pour le chien et le perroquet, de toute façon, c'était trop tard. Il restait l'espoir du rosier ...

Ce roman comble un peu les non dits de "Certaines n'avaient jamais vu la mer", mais ce n'est pas une suite, du tout. Pas de nous, mais un "eux", indéfini cependant, une famille, comme d'autres de ce temps-là, celui de leur résignation, puis du silence. Aucun pathos, la même écriture blanche, tremblante de justesse comme par peur de trop en dire, comme tremble un rosier sur un bout de trottoir, ou une famille au bord de la grande histoire, qui ne leur a rien demandé, ni de sublime, ni de grandiose, ni rien laissé d'autres.

 

Athalie 

18/02/2013

Chez les heureux du monde Edith Wharton

accessoires-coiffure-etoile-filante-1195118-dscn2168-6712b_big.jpgJ'ai eu du mal à m'y mettre à cette note là, non pas que le roman ne soit pas excellent, il l'est, mais je me demandais comment j'allais caser Racine dedans (dans la note, pour le roman Edith Wharton l'a très bien fait). Rien de moins, la grande tragédie dans les grandes largeurs de l'intime et de la parole des autres qui poussent la pauvre Lilly à sa chute. Rien de plus, et rien de moins.

Le faux pas, l'engrenage, la fuite en avant, le piège se referme avc la belle Lilly dedans, "ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente". Bienvenue, donc, chez les heureux du monde  et s'ils ne le sont, heureux, du moins sont-ils persuadés que le bonheur ne peut se mesurer qu'à leur hauteur. Les heureux, ce sont les membres de la coterie la plus fermée qui soit, la haute bourgeoisie new-yorkaise du début du XXème siècle. Les X, les Y, les Z, tiennent la dragée haute à tous ceux qui voudraient entrer dans leur saint des saints, leur cercle de privilégiés, leurs villégiatures, leur bridge, leur bal .... Dans ce monde-là, madame, on se marie entre soi, on se reçoit entre soi, on se monnaye des faveurs et on se déverse un poison fiellé à coup de petits fours qui peuvent être un vitriol.

Dans le bocal, Lilly tourne en rond. Elle est orpheline, sans fortune, mais recueillie par une tante fortunée, elle connait les codes d'entrée, elle est demandée, un peu subalterne quand même, et déjà un peu en danger de vaciller. Parce que Lilly n'est pas encore mariée, qu'elle le cherche justement, ce mari fortuné qui fera enfin d'elle une Dame opulente et respectée. Elle est belle, elle est fine, elle joue stratégique, elle n'a que ses seuls charmes pour appâter, enfin, le gros poisson, le ferrer et l'amener à lui mettre la bague au doigt. Une stratégie qui doit rester cependant invisible,car se jouant sous des yeux avertis, et que Lilly pense maîtriser.

Son premier faux pas : alors qu'elle se rendait dans une villégiature amie ( où le gros poisson peut rôder), elle loupe son train, sur le quai rencontre Sedden, qu'elle connait et à qui elle plait bien, comme une curiosité, ou un bibelot, et se rend chez lui boire un thé rafraichissant. Ce qui n'a l'air de vraiment rien. Sedden n'est pas une proie pour elle. Bien que célibataire, il est sans argent, bien que séduisant et cultivé, il est sans argent. Il reste que, en ce court moment loin des regards qui sont le théâtre habituel de la traque de Lilly, elle va juste sentir une voie autre possible passer, une certaine complicité, liberté ... qu'elle ne peut pas prendre, surtout pas, sinon, elle va dévier.

Sauf que, le mirage est tenace, une lente descente dans les Enfers mondains va s'amorcer, d'erreurs en erreurs, de ragôts en rumeurs, le cap bien huilé du mariage, s'éloigne. A chaque fois, Lilly le regarde passer, presque malgré elle. Elle aurait pu aller à la messe et gagner ainsi les faveurs de l'insipide Mr Gryce ; elle aurait pu laisser Mr Rosedale, le nouveau riche, faire d'elle sa locomotive mondaine, elle aurait pu ne pas servir de paravent à des tromperies mondaines, en regardant derrière son dos, là où l'amie allait frapper ... Mais Lilly, si elle se plie, ne se vend pas, même au plus offrant des galants.

Une bien belle héroïne, en forme d'étoile filante, manipulatrice manipulée, danseuse étoile et petit rat à la fois du théâtre d'une société fort cruelle, où les chasse trappes n'ont pas d'échelle, un superbe roman dont l'écriture décortique finement et sans appel les rouages du triomphe des apparences.

Pauvre, pauvre, Lily

 

De la même auteure sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/10/25/le-temp...

 

 

14/02/2013

Rêves de garçons Laura Kasischke

150_672-pierredominique_com_wiking020549_cabriolet_ouvert_ford_mustang_64_rouge_interieur_blanc.jpgComme d'habitude chez Kasischke, la tension commence dès la première phrase. Tendue comme un arc, on se dit qu'on va juste attendre la flèche, en espérant une cible pas trop sensible quand même, et surtout de ne pas être sur la trajectoire. Cette écriture a le don de faire des gros plans en couleur sur des détails qui font qu'on va se faire manger tout cru si on a le malheur de rentrer dans la photo.

Ainsi, la Mustang rouge où commence l'histoire, roulant, capote ouverte, vers le lac des amants, devient, dès les premiers de sa trajectoire romanesque, un sanguinolent éclair sous un ciel d'un bleu électrique strié d'avoins qui ne vont pas tarder à exploser en plein vol, sans épargner les oiseaux innocents.

Dans la voiture rouge, il y a trois belles filles, trois pom-pom girls, échappées de leur camp-de vacances-entrainement, aux bengalows perdus dans la stridence obsédante des cigales. Toutes les trois sont belles, comme peuvent être belles des pom-pom girls américaines, lisses, soignées, sexys de papier glacé de magasines à la mode. La conductrice vise à cette perfection, c'est son squelette, ce qui lui tient lieu d'intimité. Elle sait sourire, a toujours été élue déléguée, miss sourire sourit de manière automatique. C'est Kristy, celle qui lèche ses doigts poissés de caramel, appuyée sur l'aile de sa voiture, dans une station service désertée et torride, sans même voir les deux jeunes bouseux qui la matent de leurs deux yeux fois deux, elle et les deux autres sylphides en plastique débarqués dans leur monde.

La voisine sur la banquette passager, c'est Désirée, une blonde à la carosserie affriolante, la salope de service, celle qui se tape tous les mecs qui passent, comme on mâche un chewing-gum, en pensant à autre chose. Les deux meilleures amies du monde, la plaque chauffante et le frigidaire.

Derrière, il y a la rousse, la pièce rapportée : Kristi, avec un i, dite aussi "l'autre Kristy", la comparse qui fait un peu tâche, mais laiteuse, elle complète le tableau de toutes les beautés possibles, dans cette mustang rouge, sur ce parking de station service, sous le regard ébahis des deux bouseux qui n'en demandant pas plus qu'un vague sourire de Kristy, comme une promesse étourdie. Eux y ont vu autre chose qu'une mécanique de petite fille modèle et la break s'engage dans le sillage de la mustang qui file vers le lac maudit.

Et après ? Ben, après le roman file de corps bronzés en accouplements nocturnes, baignages et feux de camp ... Mais que sont les deux garçons devenus ? On attend, guettant la pointe de flèche dans le mille, écoutant le petit bruit des ongles vernis parfaitement aiguisés de nos jolies pom-pom girls ...

 

Athalie

20/01/2013

La couleur des sentiments Kathryn Stockett

La-couleur-des-sentiments-4_scaledown_450.jpgC'est en lisant l'épilogue de l'auteure que j'ai enfin (j'ai mis le temps vu le pavé ...) réussi à me formuler à moi-même un peu plus clairement ce qui gênait depuis le début dans ma lecture de ce best-seller-là, pourtant beaucoup plus prenant que ce à quoi je m'attendais, à vrai dire (oui j'avais commencé cette lecture avec un oeil torve à tendance moqueuse).

Katryn Stockett y explique qu'elle a voulu rendre hommage aux domestiques noires des maîtresses blanches parce qu'elle même a été élevée par l'une d'entre elles, Demetrie, et que Demetrie, personne ne lui a vraiment parlé, personne ne l'a vraiment vue, durant toutes ses années de service, de service dévoué à sa condition de domestique noire dans le Mississipi d'avant les droits civiques.

C'est bien ce qu'annonçait le titre, les sentiments ont une couleur, c'est cela qui me gênait.

La micro société de Jackson (Mississipi) est reconstruite au travers de quelques figures emblématiques ; les maitresses blanches, les domestiques noires, à chacune sa chacune ou presque. Par ordre de salopitude,  Hilly, la parfaite salope, raciste convaincue, sans état d'âme aucun,  Elisabeth, salope aussi, surtout suiveuse de la première, parce qu'Hilly est dans cette mini société, celle à qui il faut plaire sous peine d'excommunication du club de bridge, ce qui est radical. Une autre, par contre, détonne, Célia (celle pour qui j'ai eu un faible au départ), la poupée barbie alcoolique qui veut à tout prix être amie avec les copines d'Hilly, celles de la bonne société des oeuvres bienpensantes, et même avec sa domestique de couleur, la grande gueule, Minny, qu' Hilly poursuit tout particulièrement de sa vindicte. Et puis, la délatrice, celle qui va ruer dans les brancards, Miss Skeeter. Jusque là amie des premières, aveugle visiblement au racisme qui scruture sa pensée et celle de toute la ville, blanche ou noire, depuis sa naissance, une histoire de toilettes séparées va brutalement lui ouvrir les yeux et lui donner envie de témoigner, ou plutôt de faire témoigner, ces femmes qui servent sans mot dire celles qui les traitent comme des objets sourds.

Des toilettes séparées dans les maisons où les domestiques noires travaillent, au nom du respect des différences, il faut dire qu'il y a de quoi hurler. Aibileen, la bonne principale, celle dont on suit le plus les humiliations et les drames, s'en accommode. Sympathique, méritante, courageuse, elle sait lire et écrire, dotée d'un solide bon sens et d'un esprit critique percutant mais silencieux, pas dupe, elle s'est adaptée à sa colère. Et pourtant, elle, la noire exploitée, va jouer le jeu de miss Skeeter, la rebelle à sa classe, et être la première à témoigner.

C'est la deuxième chose qui m'a gênée, que l'esclave (parce qu'on en est encore là), accepte de collaborer avec le bâton qui la tient en laisse, ou du moins une de ses représentantes, même de bonne volonté, sans avoir envie de mordre, qu'elle aime même les enfants blancs de ces femmes blanches-là, et qu'elle les élève, avec l'amour et la patience que les maitresses n'ont pas. Ce fut peut-être une réalité, je ne sais, mais elle m'a un peu écorchée, comme lorsque la rebelle noire, Minny, répare les saletés de la "pauvre" vie de Célia, même en ronchonnant. Le racisme et le mépris paraissent si ancrés dans ce sud des privilèges de la couleur, que cette collaboration passive m'a parue quelque peu pastel.

Mais bon, je le savais avant que la violence était ici feutrée, vue par les sentiments, donc aucun regret !

C'est un bon moment de lecture que j'aurais peut-être reculé si il n'avait été commun avec Ingannmic. Merci ! Son avis, très positif :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2013/01/la-couleur-de...

 

19/01/2013

Les visages Jesse Kellerman

les visages,jesse kellerman,romans,romans policiers,romans américainsAujourd'hui, je me discipline, point de soeur prise en otage, point de divagations, genre l'anniversaire de ma cousine ou le réveillon de mon beau-frère : un résumé (court avec des paragraphes, m'a dit A.M.), opinion, conclusion.

Il était une fois un jeune marchand d'art à qui tout réussissait, sauf qu'il était fâché avec son richissime papa. Galerie d'art dans un quartier top classe under ground à New York, avant garde contemporaine, ou contemporaine d'avant garde, des trucs qui choquent et qui se vendent. En gros, un manager pour artistes bancales mais bancables, vie privée comblée, fiancée (amoureuse vache) mais séduisante, influante, amour libre ( enfin, qu'il croyait).

Après une enfance meurtrie de petit garçon riche, mais mal aimé, une  jeunesse mouvementée, Ethan Muller, puisque tel est le nom de notre héros de papier glacé pour people en manque d'investissement artistique, est donc un marchand d'art comblé. Il a trouvé sa voie. Sympathique, ouvert, mais très pressé, il aime l'Art et pas forcément l'argent qu'il procure (faut dire que le besoin le taraude peu).

Comme Ethan ne parle plus à son méchant papa, c'est le bras droit de celui-ci, son mentor, qui va l'amener au trésor : une oeuvre d'art brut, délirante mais fascinante de rigueur, un projet colossal mais labyrinthique et surtout anonyme. Des milliers de dessins ont été retrouvés entassés dans un appartement crasseux ( dans un immeuble appartenant à la famille d'Ethan, ce qui aura bien sûr son importance). Un des soucis, donc, c'est que le créateur a disparu, sans qu'un quelconque portrait robot puisse en être établi. Ce qui ne chaut guère à notre dynamique marchand qui se sent pousser une âme d'artiste en reconstruisant le projet, en l'exposant, en le médiatisant, en le vendant.

Et c'est là que l'engrenage s'engrenage, se chausse-trappifi; Un vieil inspecteur (en très mauvais état et à la retraite, mais avec une jolie fille) reconnait dans le puzzle imaginaire les cinq visages de cinq jeunes garçons, victimes trente ans auparavant d'un tueur sexuel en série, anonyme lui aussi. Ces cinq visages avaient disparu, oubliés, et les voilà qui ressurgissent là, sur du papier fragile, aux yeux du presque tout New-York. Voilà qui est effectivement dérangeant, un peu pour tout le monde.

Mais pas dérangé. Le puzzle du labyrinthe temporel est clairement balisé, les morceaux de l'histoire ; l'enquête, les amours, le papa richissime, les coups du sort, les états d'âme ... Tout est très bien huilé, et même si l'on voit parfois les chevilles d'assemblage, l'architecture tient debout et se laisse lire. Evidemment, en acceptant la loi du genre ... Ethan est bien un peu crispant, genre joli coeur malgré lui, mais gars honnête dans un monde de requins, les artistes sont forcément déjantés et les acheteurs richissimes, les secrets de famille bien gardés et les histoires de cœur compliquées avec ce qu'il faut d'eau de mélasse dedans ...

Un parcours de lecture sans grands risques, agréable, en suivant les chemins requis.

 

Athalie

 

 

 

06/01/2013

En mémoire de la forêt Charles T. Powers

en mémoire de la forêt,charles t. powers,romans,romans américains,romans pologneDieu qu'il fait sombre en ces bois-là. Et même si il y avait un ou deux rayons de soleil à trainer, il y aurait aussi des troncs pour les masquer, en un jeu de cache-cache pas drôle du tout entre le passé qu'on ne veut plus voir et le présent bien fumeux. Le futur, on ne sait pas trop mais pas glop pas glop, à mon avis.

Un petit village en Pologne, quelques habitants et notables, la plupart du temps imbibés de vodka, violents, crasseux, et oublieux, très oublieux. Le système communiste vient juste de s'écrouler, alors qu'il n'y en a pas vraiment un autre à mettre à la place, du moins, pas un vraiment mieux. Du coup tous les coups sont permis. Surtout ceux en douce.

 Un narrateur prend parfois la parole, c'est Lesrek, un jeune homme qui a commencé ses études à la ville, puis est revenu faire paysan, comme son père et son grand-père, parce que finalement, il préfère la terre, la ville, ça ne lui cause pas. Les autres sont restés, mais eux, c'est plutôt qu'ils n'avaient pas le choix, ou qu'ils ne se sont pas posé la question. Heureusement, il est du genre sobre, sérieux et curieux, un peu naïf même, mais cela ne nuit pas, au contraire, ça aide pour comprendre les entrelacs de l'histoire, un peu kafkaienne par moment.

Il y a l'histoire passée, celle d'avant la guerre, quand les juifs étaient au village et les Polonais dans les champs, autour. Puis, ils ont disparu et les Polonais ont pris les maisons. Sans rien dire. Surtout sans vouloir savoir. Sauf que bien forcés de se souvenir un peu quand des pierres tombales du cimetière oublié commencent à se faire la malle et que des fondations sont creusées, d'autres pierres retirées. Et si il y avait un trésor ? et si l'un d'entre eux était revenu ? Le village réveille ses peurs et ses fantasmes.

Il y a l'histoire présente, celle du communisme qui se casse la figure. Le village réveille sa rancune. Un meurtre mystérieux, des notables qui vacillent, des murmures qui se murmurent, des traffics effleurent, des pots de vin, des passe droit, d'autres petits arrangements frauduleux et délations remontent, font des glop pas glop à la surface de la vase. Les enjeux sont à la mesure des crapules, un petit jeu de pouvoir à la dimension d'un microcosme rural, asservi, englué dans sa bouteille et ses ornières. Et même l'église s'en mêle.

Un roman vraiment singulier, le roman unique (pour l'instant) d'un auteur qui doit en avoir gros sur la patate, un roman bien "pavé dans la mare", dont les défauts s'effacent au fur et à mesure, pas de rythme effréné, un lent englutissement dans une matière organique et sociale finalement bien ciselé : ce qu'a fait le système pourri à des gens presque ordinaires. Et quelques impasses : la délation, on pardonne ou pas ? La résistance, on l'a fait jusqu'où ? On fait exploser la marmitte ou on laisse bouillir ? On laisse la vengeance refroidir ou le taureau par les cornes ? Si les coupables sont piètres, est-ce une raison pour effacer les crimes ?

Un roman qui, a bien des égards, m'a fait penser aussi bien au Rapport de Brodeck qu'à Purge. Et pour moi, c'est vraiment deux compliments.

Merci à Domique, en tout cas. Et je rajoute la note d'Aifelle, parce qu'elle dit comme moi, mais en mieux.

 

Athalie

 

 

31/12/2012

Montana 1948 Larry Watson

montana 1948,larry watson,romans,romans américainsPoints de grands espaces dans ce Montana là. Etrange, étonnant, pas courant chez le spécialiste de l'édition du "Nature writing". Je ne suis pas spécialement fan du genre mais depuis quelques temps, j'ai quand même tendance à craquer pour les cow-boy, solitaires ou non. Donc, là, non, et non seulement non, mais le Montana s'est rétréci même ... en plus, il y fait chaud, pour une fois.

Rétréci à une petite maison et une petite histoire. La petite maison est celle de Danny, douze ans, le narrateur, on a aussi un petit jardin, avec un grand arbre, une cave et des bocaux dedans. Le père est le shérif de la petite ville. Non seulement, il n'a pas l'allure d'un cow-boy, mais il n'en a pas non plus les trépidantes missions, vu que la ville est tranquille comme une ville qui ne serait pas au Montana. (pas le Montana littéraire que je connais en tout cas, le vrai je ne sais pas, je n'ai aucune envie d'aller me geler au Montana, ni d'y crever de chaud, si ça se trouve il n'y a pas de thé de Noël ni de plaid en fourrure blanche synthétique pour lire dessous) Sa mère travaille aussi, dans un petit bureau. Ce qu'il fait qu'ils ont une bonne, Marie, une jeune indienne de la réserve d'à-côté, fraîche, drôle et rose. Ils la traitent bien, le père est raciste mais sans plus, Danny l'aime beaucoup. Sauf qu'elle tombe malade, gravement, et qu'elle va faire exploser la petite histoire et le petit monde.

Faut dire qu'autour de la petite vie peinarde de Danny, trônent deux grands espaces qui font leur poids lourd, eux : le grand-père, le chef dynastique et tutélaire qui habite son domaine et sa maison de rondins comme d'autres chaussent leur mustang à cru, et le grand-frère, le médecin de la ville, mais surtout le grand-frère, brillant, charmant, plaisant, héros revenu de la guerre, et le préféré du grand-père.

Alors, quand le héros est menacé par les paroles de Marie, qui pousse les hauts cris à sa vue et ne veut pas de lui comme docteur, puis l' accuse, le grand-père sort l'artillerie et le frère shérif, ses états d'âme. Comment le redresseur de tort moraliste va-t-il s'en sortir ? faut-il sacrifier sa famille et faire reconnaître la justice ? la justice pour qui ? les paroles des indiennes ont-elles du poids ? Un procès équitable serait-il même possible ?

Voilà, c'est dit, un récit intimiste donc. David voit les dégâts à sa mesure, regarde les grands débats intérieurs de ses parents de l'extérieur, les déflagrations à sa taille. Oui, il aimait Marie, mais bon, il aimait aussi faire du cheval dans le domaine de son grand-père. Oui, il aimait son oncle, mais bon, si c'est un méchant, faut bien faire avec ... Oui, il voudrait grandir et comprendre, mais puisqu'on le laisse en dehors ... Le conflit le traverse comme souffle le vent dehors. Du coup, j'ai trouvé ce texte un peu plat, limitée à cette vision, sans doute voulue comme naïve et incomplète, à la hauteur du narrateur enfant.

 

Athalie

L'avis de Jérôme, mitigé comme le mien mais avec plein de liens pour en lire des plus enthousiastes, et il y en a beaucoup !

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/12/montana-194...

Notamment chez Ys

http://yspaddaden.com/tag/larry-watson/

08/12/2012

Les chutes Oates

120120_dz9td_funambule-niagara-spelterini_6.jpgAttaquer un Oates presque juste après un Kadsisch, évidemment, c'est prendre des risques, vivre sur une corde raide, risquer l'engloutissement définitif. Mais, il y avait la veuve blanche des chutes qui me sussurait "Viens, tombe avec moi, viens rechercher les morts, les âmes de ceux qui te sont cher et de ceux qui le seront, les âmes que je prends depuis la nuit des temps". Alors, j'y suis allée, et en suis revenue presque intacte, pour une fois. Pourtant, ça tangue.

Ariah est fille de pasteur. A 29 ans, elle est non seulement célibataire mais aussi vierge, aussi vierge qu'on peut l'être, totalement ignorante du simple BABA de la chose qui se fait sous les draps. Le physique revêche et filasse, la poitrine plate, c'est pas gagné. Ce pourquoi ses parents l'ont abiboché avec un fils de pasteur, pasteur lui-même et pas mieux loti qu'elle côté chappe de plomb sur "la chose" obligatoire dans le mariage, amateur de fossiles, il est enfoncé dans les abysses de la honte, on saura plus tard pourquoi. La nuit de noce est le désastre sordide programmé et dès l'aube, le mari d'Ariah se jette dans les chutes du Niagara, qui en a engouffré d'autres des désespoirs, et qui restera jusqu'au bout du roman, la sourde menace qui attire tous les personnages tour à tour dans ses remous.

Veuve subite, Ariah attend, se ronge de remords, pour elle, pour lui, le mari pitoyablement éphémère. Le cadavre réapparut, sa honte presque bue, étonnament, Ariah s'émancipe du carcan conventionnel, fascinant sans le savoir le bel avocat, Dick Barnaby. Riche, réputé, de bonne famille, mais d'une famille à fuir, le couple va fusionner, puis procréer. Mais le démon est là qui veille, chez Ariah, de toute sa force d'auto-destruction morale, et elle est balèse. Comment s'e^mp^cher d'être heureux, mode d'emploi, et faire quelques éclats au passage chez les "héritiers" qui vont devoir s'en dépatouiller ...

Le roman brasse plus large que la famille névrotique au travers d'une autre faillite, celle de la ville des "Chutes" entièrement vendue à l'autorité diffuse et a-morale des grandes entreprises de produits chimiques qui, elles, ne polluent pas que les âmes, et Dick, le colosse qui ne savait pas qu'il avait des pieds d'argile, va comme les autres personnages, se nouer la corde cruelle qui mène à la chute.

Réaliste et presque fantastique, onirique parfois, c'est un très subtil mélange qui laisse un goût de vase, tant le démon intérieur ronge la façade de la famille d'Ariah érigée par Ariah, pour leur perte, peut-être.

La fin m'a un peu déçue, comme pour " Nous étions les Mulvaney", elle sonne un peu "en toc", comme pour rattraper en vol une normalité que l'on avait laissée vraiment loin derrière soi.

 

Athalie

 

De la même auteure, sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/07/14/delicie...

 

25/11/2012

Un oiseau blanc dans le blizzard Laura Kasischke

un oiseau blanc dans le blizzard,laura kasiske,romans,romans américainsLes profondeurs labyrinthiques et oppressantes de Laura Kakischke m'ont une fois de plus aspirées, un peu moins profond que "En un monde parfait" et " A suspicious river", mais tant mieux, on ne peut pas être noyée à chaque fois quand même.

Kat est une jeune fille déjà bien poussée quand commence la première narration en 1986. C'est l'année de la disparition de sa mère, Eve. Disparue, volatilisée, atomisée, elle n'a rien emporté, n'a été vue nul part. Kat le sait, elle ne reviendra jamais, d'ailleurs, elle a téléphoné pour le dire, seulement ça. Kat le mentionne puis passe à autre chose, mais à la même chose en fait, sa mère, sa rage rentrée, des petites escarmoches du quatidien. Se dessine une femme aigrie, un mari fantôche, genre le Charles Bovary en presque pire, de celui qui va aux toilettes tous les soirs après le repas, tire consciencement la chasse, et ronfle dans le lit conjugal, dont on se demande ce qu'il peut avoir de conjugal, d'ailleurs.

Dans ce paradis américain, Eve a tout tiré à quatre épingles, le couvre lit froufroutant, le congélateur. Encore séduisante, Kat la montre jalouse, frustrée et totalement asséchée, déçue par sa fille, dont les cheveux ne bouclent pas, malgré les bigoudis, dont le corps grossit, grandit, qui n'est plus son petit animal domestique mais devient une branleuse qui s'éclate au lit avec le juvénile Phil. Alors Eve achète un canari (mais sans garantie de réussite), et une mini jupe. Puis disparait. Kat fait avec, du moins, semble.

Tout au long de ses quatres années, (chaque narration commence en janvier), Kat cerne et gratte à la porte de ses rêves, sa mère est peut-être enfermée dedans, et le mystère aussi, le silence définitif des femmes qui font les gâteaux qu'il faut, aux dates qu'il faut et vont chercher leur fille chérie à l'école, en s'obstinant à faire pousser des pétunia dans leur jardin de banlieue semi-chic. N'est pas Emma qui veut.

Un récit glaçant, mais pas tant que ça, (finalement, la Kat, elle ne la déteste pas tant que cela la Eve disparue) ou alors, j'ai l'armure "anti-récit-glauque" blindée.

 

Athalie

 

Surce même blog du même auteur en plus des titres cités en début de note :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/03/19/la-cour...

 

PS ; ne pas suivre le lien sur congélateur, je n'y suis pour rien ... 

 

05/11/2012

Lonesome dove II Larry McMurthy

Lonesome dove II, Larry McMurthy, romans, romans américains, westernLes destins de femmes, écrits par des femmes, je commençais à me dire qu'il fallait que je sorte de la spirale avant de rester complètement bloquée dans le sac de l'aspirateur à malheur.

Donc, j'ai empoigné mon destrier "Lovesome dove II" et suis partie au grand galop voir si Angustus avait bien tiré Lorena, la belle ex-putain du saloon, des pattes de l'affreux et cruel Blue Duck qui l'avait enlevée à la faveur de la désertion amoureuse de Jake, le salaud, parti jouer aux cartes au lieu de veiller sur elle. Il y avait bien Newt qui était chargé de la protéger, mais il a été un peu débordé, le pauvre !

On retrouve le rythme du western en cinémascope comme si on ne l'avait pas quitté au soleil couchant : une fois l'affaire Lorena traitée de main de maître, le troupeau, le chariot, les cow-boy tout le petit monde, tient son cap vers le nord, le Montana, terre promise par Jack (mais pas sûr qu'il y arrive, lui, par contre ...) mené d'une main, de fer, cette fois, par Call. Faut dire qu'il faut se farcir : les pluies diluviennes, les nuages de sauterelles, les voleurs de chevaux, les virées en ville (les jeunots, ils doivent bien en tâter, un jour ou l'autre ...), les grizlis et autres fariboles. Toujours pas d'indiens sanguinaires en vue, mais on se doute bien que cachés derrière une colline ou une autre, ils vont bien finir par dévaler sur les hautes plaines et que là, les plumes vont voler.

Call tient donc son cap, alors que Angustus faribole à sa façon, retrouve son amour d'adolescence : la Clara, devenue maîtresse femme dresseuse de chevaux, dure en coeur comme en affaire, accueillante cependant aux détresses en tout genre dont celle du pauvre Shériff toujours à la poursuite de sa femme qui n'en veut pas  (Qu'est-ce qu'il a comme monde à se croiser par hasard dans les grandes plaines ... les troupeaux, de plus en plus clairsemés, quand même, de bisons n'en croient pas leurs yeux).

Bref, rien ne change et tout continue à l'allure de vachettes au galop, une équipée que l'on lit comme on verrait défiler des images animées. J'espère ( mais j'ai bien peur que non) qu'il y a un III ème épisode, parce qu'il y en a de la bande qui restent en plan à la fin et que si ça se trouve, Angustus va venir leur chatouiller les pieds, ce qui serait bien son genre. Et je ne voudrais pas râter ça.

 

Athalie

31/10/2012

Easter parade Richard Yates

easter parade richard yates,romans,romans américainsLà, j'arme mon crayon virtuel de courage, faire une note sur ce livre m'est un exercice masochiste. Non pas qu'il ne soit pas bon, non pas que je me sois ennuyée, c'est juste qu'il m'a fichu une dose de cafard carabiné, un cafard crasse, à tourner les dernières pages le plus rapidement possible sous peine d'enlisement mral définitif dans la litanie des malheurs ordinaires.  J'en lis des livres pas gais, ce sont même plutôt mes tasses de thé, mais "Easter parade" tellement triste qu'il en ferait pleurer une princesse de Walt Disney.

Emily et Sarah sont soeurs et la première ligne l'annonce clairement : " Aucune des soeurs Grimes ne seraient heureuses dans la vie". Soit, me suis-je dit, voilà qui me plait. et me voilà partie bille en tête vers la découverte de cet auteur que je ne connaissais pas, estampillé " grand classique de la littérature américaine".

Leur mère, dite Pookie, n'a pas été heureuse non plus. Leur père non plus. Ils ont divorcés, mais visiblement, cela ne fait pas leur bonheur non plus. Les deux fillettes passent leur enfance à déménager selon les différentes lubies de la mère dont on sait peu de choses, sauf que sa vie n'est pas celle qu'elle aurait voulue avoir, ridicule, versatile, elle fume trop et boit trop ( ce qui ne va pas s'arranger par la suite, je vous rassure).

Les deux filles grandissent : l'une est superbe, (Sarah) l'autre a les seins trop petits (Emily). Sarah aligne quelques fiancés minables et peu fiables, avant de trouver le bon, un qui a l'allure de Laurence Oliver, mais seulement l'allure, pour la classe intellectuelle, c'est morne plaine, plutôt morne et pas pleine. Sarah se réalise donc en ménagère de cinquante ans avant l'heure, tandis qu'Emily tâte de son indépendance en couchaillant à droite et à gauche et en poursuivant ses études, avant d'épouser un premier mari, impuissant mal soigné, et cela continue comme ça jusqu'au bout. Avec d'autres hommes pour l'une, et le même pour l'autre. Des événements plats, moroses se succèdent (je vous passe la mère), pour l'essentiel, les deux femmes passent leur vie à pousser des caddies dans des rayons de supermarché mal achalandés sans jamais prendre la bonne boîte de corn-flakes, celle avec le cadeau Bonux dedans.

La quatrième précise que l'auteur évite "tout pathos". j'en conviens des deux mains, et normalement, j'aime bien "sans pathos" sur l'étiquette, mais là, la pas-ménagère vieillissante et la ménagère de même, ça m'a fait trop. Du coup, j'ai eu envie de grands espaces et j'ai attrapé mes rênes pour rejoindre Angustus qui chevauchait dare dare pour sauver Lorena, la belle putain des griffes du méchant bandit.

 

J'avais mis "Un été à Cold Spring" dans ma pile prévue, mais du coup, j'ai comme un coup de doute ...

 

Athalie

 

29/10/2012

Le jeu des ombres Louise Erdrich

Robert-Rauschenberg-Untitled-1955.jpgSur ce coup-là, la Erdrich, elle m'a prise de court. Normalement, avec cette plume d'auteure-là, on est dans les sagas, plutôt indiennes, mais des sagas, l'histoire familliale brassée sous de grands espaces lunaires ou boisés, pas des trucs de petits bourgeois intellos et artistes confinés dans leur petites histoires de couple en mal de retrouvance et d'inspiration dans une maison bien chauffée et avec de quoi manger dans le congélateur. Ben là si.

Du coup, le temps de remettre ma boussole intime à l'heure, j'ai un peu patiné à l'allumage, le temps de rentrer vraiment dans l'intimité d'Irène et Gil, de comprendre les enjeux du jeu qui se tramait dans la sourdine des deux journaux intimes que tient Hélène, le bleu pour le vrai, le rouge pour que Gil le lise, pour qu'elle lui emmêle les pinceaux, l'embrouille et  s'en libère. Irène se sent manipulée par Gil. Gil manipule Irène depuis des années. En fait, il la peint, la repeint, c'est son modèle, sa femme, mais surtout sa passion, sa félure, son tout, son exclusif sujet, sa chose à lui. Irène a posé pour lui, pose encore, dans toutes les beautés, dans toutes les laideurs. Sauf qu'est arrivé le moment où elle ne l'aime plus, pas parce qu'il l'a peint (quoique), et qu'elle veut partir, et qu'il ne veut pas. Elle le manipule parce qu'elle pense qu'il lui a presque tout volé, son corps, mais même son ombre et sa trace, il l'a laissée sur la toile. Exposée sous toutes ses faces, il l'a exposée dans toutes ses facettes sauf une, celle de mère. Et c'est là que le bouquin m'a topé.

Le jeu entre eux deux, m'a semblé artificiel au début, presque un convenu littéraire, (ben oui, l'amour fusionnel fait mal, y' a qu'à demander au chevalier Desgrieux que la Manon fait tourner en bourrique depuis un moment déjà), mais quand la figure d'Irène se dresse, plus maternelle qu'amante, plus protectrice que tenant en main les cartes ( quelles cartes ,d'ailleurs ? son mémoire sur Catling "le peintre des indiens", celui qu'elle a peine commencé  ?...), le texte donne lieu à des tableaux de maîtres subtils comme dérisoires face au désastre intime : comment réparer un hamster la veille de Noël, comment sauver un chat aux yeux jaunes, comment se sortir du regard de son fils, qui découvrant la peinture de sa mère à poil, sur Internet, ne voit pas l'art mais seulement l'image de sa mère dégradée, puis, la regarde, elle, la vraie. Irène tente de se dégager de ses scories que l'homme et l'artiste abusif lui a imposé et qu'elle a accepté.

Le sujet peut sembler mince, pourtant le huis-clos m'a capté, de plus en plus, jusque la fin. Et la fin, ben oui, la fin dont on ne peut rien dire, est une vraie relecture de ce que l'on croyait presque trop simple. Peu d'indiens dans cette histoire, juste que Irène et Gil sont des sang mêlés et que ce n'est peut-être pas sans conséquences d'avoir une tribu autour de soi ou pas, et que Riel, leur deuxième fille se fascine pour le savoir ancestral, histoire de sauver sa famille en cas de catastrophe, et cette remarque au détour de bien d'autres sur la création : (je résume parce que je ne retrouve pas la page), où, en gros, il est dit que lorsque l'on est un artiste indien, il ne faut pas peindre des indiens, sinon, on est un artiste indien et pas un artiste tout court. Ce qui me fait encore plus regretter,lors de la conférence vue avec elle, pas loin de chez moi, qu'elle n'ait pas été considérée ainsi, la Louise Erdrich, écrivaine tout court.

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2009/08/05/love-me...

 

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2009/07/12/la-chor...

27/10/2012

Le temps de l'innocence Edith Wharton

le temps de l'innocence,edith wharton,romans,romans américainsUne lecture doublement nouvelle pour moi. D'abord parce que je n'avais jamais lu cette auteure ( je crois qu'à chaque fois que je voyais son nom quelque part, je lisais à la place Enid Blyton, ce qui est parfaitement idiot). Ensuite, c'est aussi la première fois que je lis une histoire que je connais déjà quasi par coeur. A cause du film, dont j'adore les robes et l'atmosphère floutée, la comtesse Olanska, c'est mon autre "Sissi l'impératrice" à moi, la honte littéraire en moins. Le Newland, OK, il ne vaut pas le Robert Hossein d'"Angélique marquise des anges", déjà, il ne boite pas et ensuite, il est super coincé (alors que le personnage de Hossein, c'est l'incarnation de la révolte de l'esprit libertaire, ben, oui, rien que cela).

Au début, à l'opéra, il a même des accointances avec une potiche, un peu comme celles qu'il regarde de l'autre côté de sa loge, coincées dans leur baignoire, dont celle qui va devenir sa femme qui triture son bouquet de muguet (blanc et virginal), May. May est le symbole de ce qu'il faut comme femme à Newland. Issue de la meilleure société new-yorkaise, de ces familles qui tiennent le haut des pavés des convenances, elle lui est parfaitement accordée dans le respect du bon goût, de la façade de ce ce-qui-se-fait-et-de-ce-qui-ne-se-fait-pas.  Dans ce petit monde, on peut se coincer facilement les doigts dans la porte tant tout est verrouillé de l'intérieur, la moindre attitude disséquée, la moindre visite analysée. Alors, arrive la belle et mystérieuse comtesse Olanska, cousine sulfureuse de la pure May. On ne sait pas trop ce qu'elle a fait là-bas en Europe, mais sûrement pas du joli, joli. La rumeur court, elle a fait un drôle de mariage, il serait en tort, aurait collectionné les maîtresses, mais quand même, elle est partie, l'a quitté le comte richissisme, sa prison dorée, et elle ne veut pas un sous ? non, ce n'est pas vrai ?, une histoire avec un secrétaire de son mari, qui l'aurait aidé, elle aurait vécu seule, non, pas vrai,? mais si si, enfin c'est ce que l'on dit mais chut, c'est la cousine de May. Les lambris bruissent, l'Europe, les artistes, un parfum de bohème et de scandale feutrée, sa famille la soutient quand même, elle en est membre de droit, malgré ses dérapages. Donc, il faut lui éviter les prochains et leur honte, qu'elle fasse bonne figure et ne pas les faire déchoir, qu'elle réapprenne ce-qui-ce-fait-et-ce-qui-ne-se-fait-pas. Et c'est là évidemment que le Newland, le fiancé jusque là idéal, va être chargé, par amour pour la virginale May, d'éviter les ornières à la cousine diabolique. Là va se tisser ce qui devait forcément arriver, Newland va découvrir la saveur de l'originalité ... Bon, d'accord, il aimait déjà l'exotisme de la peinture italienne mais de là à ce que ... se laisser séduire, résister, puis encore résister, et la belle comtesse de même, ce qui fait que l'on se retrouve avec une parfaite histoire d'amour impossible, mais avec des oui-mais-quand-même-si, parfaitement orchestrés.

Du coup, comme je n'avais aucun doute sur la fin inéductable, que je connaissais mes scènes par coeur, je me suis laissée bercée dans la description de ce monde si lointain dans son herméneutisme, si recroquevillé dans sa norme qu'il en deviendrait drôle si Wharton avait la plume si subrepticement ironique d'une Jane Austen. Ce qui n'est pas vraiment le cas, mais presque, la plume est juste un peu plus sèche, on est dans la même dissection distanciée des règles sociales. On se régale à voir Newland se prendre les pieds dans la toile d'araignée que ne tisse même pas la belle comtesse. Par contre, se méfier de la May, qui maitrise son sujet, elle ...

 

Athalie

 

23/10/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer Julie Otsuka

certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuku,romans,romans américainsLe titre, déjà, rien que le titre, est empreint d'un regret d'inconnu et ouvre le récit de ces rêves d'impossibles retour et d'impossibles réussites qui vont nous être contés.

Un groupe de femmes japonaises traversent le Pacifique. Elles ont choisi, si l'on veut, des maris, des maris japonais mais sur photos, et vont les rejoindre, dans un halo d'illusions. Tous ont dit avoir réussi, pas beaucoup, mais un peu. Elles ne sont jamais vraiment nommées ou individualisées : il y a les oies blanches et les plus délurées, celles qui croient, celles qui s'y forcent, celles qui fuient la misère, celles qui fuient une réputation entachée, une histoire à oublier, une enfant qui restera dans les souvenirs toujours une petite fillette de deux ou trois ans. Toutes vont vers une virginité, photo à la main, où se montrent leurs futurs hommes, qui avec un beau costume, qui avec une jolie maison,, qui avec dix ans de moins qu'en vrai. Sur le quai, la vérité va les cueillir violemment. Evidemment, les rêves étaient des mensonges, leurs hommes ne sont que des rien, violeurs le plus souvent de leur corps acheté, les voilà asservies à la pauvreté, la frustration, l'humuliation. Les américains ne leur accordent pas grand chose, peu de regards et encore moins de commisération. Alors ces femmes vont construire une survie là, de bric et de broc. Elles travaillent aux côtés de leurs hommes de fortune, les aime parfois, les détester souvent, les quitter, peu. Sauf pour des trottoirs ou un bordel ...

Ce qui m' a impressionnée, c'est l'usage du "nous". La narratrice suit trois groupes. Les paysannes, qui sarclent, désherbent et se courbent pour quelques tomates ou fraises, les terres que les blancs leur ont finalement laissées. Les bonnes, tabliers blancs et mari jardinier, bien obligées de partager les intimités tristes de leur patronne citadine, ou les passades des maris d'icelles, ayant l'utilité indispensable des jouets que l'on remonte ou que l'on casse. Les blanchisseuses, engoncées dans leurs humides appartement, confinées dans leur quartier. Elles travaillent, puis les enfants, eux se metent à parler anglais, à s'éloigner. Elles restent les invisibles petites mains. Puis, arrive la seconde guerre mondiale qui braque les phares sur elles, leur petite communauté devient "l'ennemi intérieur", à neutraliser par l'exil, puis l'oubli.

La singularité de cette voix plurielle fait vraiment vibrer le texte d'une plainte commune, d'une litanie de noms, qui gonfle et s'amplifie, puis modèle le silence. le choix narratif pourrait rebuter, je l'ai trouvé terriblement efficace.

 

Athalie

Le billet tentateur d'Esperluette : merci !

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/09/certaines-nav...

et celui, tout acquis aussi de Philisine Cave :

http://jemelivre.blogspot.fr/2012/11/certaines-navaient-p...