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19/10/2013

Quand j'étais Jane Eyre Sheila Kohler

quand j'étais jane eyre,sheila kohler,romans,romans angleterre,a cup of tea time,déceptionsEncore une lecture en demi teinte ...

L'auteure se donne l'ambition de faire revivre Charlotte, Emily et Anne Bronté, enfin, revivre est un bien grand mot, disons qu'elles sont un peu animées sur terrain plat. De la folie mystérieuse de cette famille ( du moins ce que l'on peut en supposer), ne reste ici que des considérations que j'ai trouvées bien trop atones.

On trouve Charlotte en pleine écriture de "Jane Eyre" auprès de son père qui vient de se faire opérer pour retrouver la vue qu'il a en partie perdue. Le père si féru de morale de dieu et si aveugle du coeur qu'il ne voit pas ses filles, même avec le vue retrouvée, il ne voit que son fils perdu ... De cet abandon, de cette solitude, Charlotte fait son roman, de l'abandon affectif de son maître en littérature, de son coeur brisé, de la folie de son frère, de son humiliation sociale, de sa quête éperdue d'amour, de liberté, de l'architecture d'un chateau de son souvenir, Charlotte puise Jane. A croire qu'elle travaille par calque, en transparence, comme un puits d'inspiration. Pendant ce temps là, ou un peu avant ou après, de la solitude oppressante de la lande, Emily fait "Les hauts de Hurlevent", de la quasi même façon. Pendant ce temps là toujours, Anne fait ce qu'elle peut, et le frère boit.

De cette drôle de famille, ce livre dit les drames, l'isolement, les pertes successives, le manque qui les ronge, ces filles, le trop plein qui les brûle, en ce siècle si victorien et si prudes, ces filles, et si passionnées en même temps ( du moins leurs livres le sont, si leurs vies ne le sont guère). Le livre le dit mais reste plan-plan quand même. Je veux dire que là où l'on imagine souffles et temblements, murmures contraints et violences intimes, ben, on n'a pas grand chose pour vibrer vraiment.

Même quand Jane ( Charlotte, pardon) est publiée avant les deux autres et connait le succès que l'on sait, entre les soeurs, c'est juste un peu tendu, un moment, et on passe à autre chose. Evidemment, c'était peut-être comme cela en vrai chez les Brontë, on ne s'étripait peut-être pas plus qu'à deux coups de regards un peu griffus, soit. Mais comme ici, c'est un roman, j'aurais aimé plus de sang et de larmes ( comme disait un autre anglais à propos de tout autre chose), que ça saigne quoi ! que ça s'éborgne, que ça se chiffonne un peu plus les veilles robes défraîchies des soeurs vieilles filles.

Pour le sang, la fureur, la folie, la passion, le roman quoi, vaut donc mieux lire ou relire les originaux. Finalement, les soeurs Brontë, elles sont sûrement aussi dedans. En mieux.

08/10/2013

La mort s'invite à Pemberley P.D. James

la mort s'invite à pemberley,p.d james,romans,romans angleterre,a cup of tea timeCe livre est une erreur de lecture. Non pas qu'il ne soit pas bien ( quoique ...) mais surtout que je l'ai pris pour un autre. L'été dernier, mon homme lisait en anglais ( ce qui m'énerve parce que je suis incapable de le faire) un titre de P.D. James en exclamant à longueur de pages sa délectation ( ce qui m'énervait encore plus). J'attendais donc avec impatience la parution de ce titre en poche de la P.D James, auteure que j'ai laissé de côté depuis un certain temps, par saturation. Au cours donc ma ma lecture à moi de ce titre, je me disais que l'enthousiasme qui avait été manifesté par mon homme, me paraissait quand même quelque peu excessif. Renseignement pris auprès de l'intéressé et tout s'explique, ce n'était donc pas le bon. Le bon, c'est "Le phare". J'avais bon pour l'auteure.

Celui que je viens de lire donc, autant le dire après ce préambule inutile, est moyen, voire moyen moins, en fait il a surtout de l'intérêt en tant que jeu littérair et relecture d' "Orgueil et préjugés" de Jane Austen (livre qui serait dans mon top ten si j'arrivais à faire un top ten qui s'arrêterait à dix). Vous me direz, autant relire "Orgueil et préjugés", mais comme c'est déjà fait, et qu'il faut bien passer à autre chose ...

P.D. James donc s'amuse à reprendre les personnages là où Jane Austen les avait laissés, un peu plus tard. Elizabeth et Darcy sont établis à Pemberley, ont deux enfants déjà ( comme le temps passe vite quand on s'aime ...), et se prépare le revival du bal annuel, selon la tradition instaurée par Lady Anne. Tout doit être prêt pour le lendemain soir. Les fleurs coupées attendent les vases dans les grands pots, la domesticité s'affaire, l'argenterie se frotte, la fameuse soupe blanche se prépare et la cuisine s'encaustique ... les maitres de maison reçoivent leurs familiers, Jane, la toujours fidèle soeur et fidèle confidente, son mari, le débonnaire Mr Bingley, qui n'a pas changé non plus d'un poil depuis sa dernière visite, la fragile soeur de Darcy, Georgia, et ses deux prétendants, point encore trop déclarés, mais déjà sur les dents.

Au dîner entre intimes, pourtant, l'atmosphère se tend, la tempête gronde à l'intérieur, le coeur de Georgia (et les arrangements qui vont avec ...) sont courtisés de près et le vent souffle à l'extérieur, alors que cavalent en direction du délicat monde du château, l'affreux Wickham, l'hypocrite coureur de jupons, le traitre, et son insupportable Lydia, mégère en puissance, dont on se demande comment il fait pour la supporter encore, la bougresse. Avec eux, il y a un ami, un qui n'arrivera jamais à Pemberley ...

Pemberley est emporté dans la bourrasque d'un polar bien classique par ailleurs, sans véritable intrigue novatrice. Mais bon, ce n'est pas forcément ce qu'on lui demande et pour les fans de Darcy et Elizabeth, quel régal de retrouver les méandres de leurs rencontres et atermoiements sociaux. Revisités par ses personnages, la relecture des moment si savoureux concoctés par Jane Austen ne sent point du tout la naphtaline mais la nostalgie des circonvolutions victoriennes à crinoline comme on les aime. Il manque juste (mais là est peut-être l'essentiel), la causticité de la plume.

28/09/2013

Ma cousine Rachel Daphné du Maurier

imagesCAE4OLDM.jpgEt voilà ! Il m'a fallu attendre la toute fin des vacances ( je sais, ça date un peu, mais d'autres notes sont venues s'intercaler dans mon organisation prévue qui s'en est vue toute chamboulée, par ma propre faute, évidemment, une organisation étant faite pour ne pas être suivie), pour que je trouve MA lecture de l'été à moi, celle qui parle d'amour : dense et limpide, coulant de source et frappadingue. Pour "Ma cousine Rachel", sans recul aucun, je proclame MON coup de coeur.

Soit, ce n'est pas franchement estival, il y a bien une folle histoire d'amour et un peu d'Italie, mais pour l'essentiel, l'histoire se déroule sous la pluie, dans l'ouest de l'Angleterre. C'est là que les passions se déchainent sous couvert de soupapes et de brouillard intime. Enfin, surtout pour le narrateur, Philipp, jeune homme sans grande expérience des femmes, limite goujat, d'ailleurs. Il vit dans un domaine agricole qu'il aime passionemment, comme il aime passionnément Amboise, son oncle, son protecteur, son mentor, son modèle. Il héritera de lui le domaine, les domestiques, les fermages, la tranquille série des jours cossus, la décoration sommaire mais virile du cottage. Philipp a une vie toute tracée qui lui convient parfaitement. Toujours pas de cousine Rachel, ni de tornade amoureuse en vue ... Elle arrive, la belle, tout doucement. C'est Amboise qui va la débusquer ( ou l'inverse ...) au détour d'un de ses séjours d'été en Italie où il séjourne pour soigner ses rhumatismes en laissant les pluies boueuses aux bons soins de son neveu. Une lettre arrive d'Italie, la belle aime les jardins et les fleurs, comme Amboise, puis une autre, puis deux, puis, le ton change, le jardin s'assombrit, l'horizon se complique, puis ...

On ne peut guère en dire plus ... L'histoire d'amour est tendue comme une corde raide, avec des précipices de chaque côté, et un gouffre en dessus. Dès le premier chapitre, on sait que le pauvre Philipp en est sorti tout cassé, mais cassé comment ? On sait que le drame l'a engouffré, justement, a tout emporté, amour d'elle, amour de soi. Mais c'est si bien fait, que même au bord de l'implosion, celui où souffle haletant, on voudrait bien savoir si Philipp a ... ou va ... (l'andouille ! non, il ne va pas ....), si Rachel va ... ou a ..., et que l'on ne veut quand même pas lire la fin, pour ne pas casser la corde, mais que la tentation est si forte que vous relisez le premier chapitre donc, rien à faire, rien ne transpire, sauf vous.

Une histoire d'amour tissée comme une redoutable toile d'araignée, mais qui est la mouche ? Dans l'enchainement aveugle des passions, la Daphné, elle est balèse. A lire en automne, en hiver, au printemps.

15/09/2013

La poupée Daphné du Maurier

La-poupee_fiche_livre_2.jpgAvant de proposer cette lecture commune à Ingannmic, je ne savais rien du livre, ni de l'auteure, juste "Rebecca", par Hitchcok, juste que Ingannmic avait l'air de bien aimer (et comme en général, j'aime bien ce qu'elle aime) , juste aussi qu'elle m'avait précisé qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles inédites. Inédites donc doublement pour moi, ce qui fait qu'avant de lire de l'inédit d'une auteure dont je ne savais rien, je me suis offert un roman, "Ma cousine Rachel" (dont je dirai le plus grand bien quand j'aurais cinq minutes pour lui trousser sa note à la belle ténébreuse ...)

Les nouvelles, donc, sont arrivées en deuxième place dans l'ordre de lecture, même si elles sont en premier dans l'ordre de note sur ce blog,  ("La poupée" ayant un peu vécu sa vie pendant les vacances, toute seule, aux hasards de destination postales incongrues ...) "La poupée" est le titre de la seconde nouvelle, aussi, et c'est celle que j'ai presque le moins aimé, ce qui m'a fait un peu peur, mais en fait il n'y en a pas de vraiment pas bien, ni de vraiment meilleure. Il n'y a pas de fil conducteur entre les histoires, mais une solide cohérence de ton et d'univers.

La grande affaire de ces textes est l'amour des coeurs et des corps et ses frémissements d'âmes, surtout le coeur des femmes, de tous âges ou presque ; de la jeune fille candide du "Minet" qui se heurte au désamour de sa mère, elle, si jolie, elle, qui vieillit, au fantôme de la "vallée heureuse", en passant par la prostituée désabusée et même pas repentante de "Picadilly". La plume incisivement perverse de la Daphné s'attarde sur les beaux moments dévastés par le temps, les débuts d'amour, souvent, qui tournent au vinaigre sans cornichon. Les couples installés dans leur dispute aigre-douce car de " deux tempéraments contraires" ou les folies que peut faire faire un "vent d'est" qui souffle trop fort. Peu de personnages masculins mais un de taille, un pasteur dont la vilénie n'a d'égale que l'hypocrisie mondaine, soigneusement vitriolée au scalpel dans "Notre Père ...". Ces amants, ces maris aussi, qui bifurquent, le temps d'un "week-end" ou dont les "lettres se firent plus sèches", sans compter que le retour de l'un peut laisser augurer que si "le chagrin n'a qu'un temps", le temps n'est pas le même pour celle qui attend, ou celle qui souffre.

J'imaginais Daphné du Maurier comme une auteure un peu poudrée, de cette poudre de riz et de cette goutte de parfum surannée que la dame de la couverture doit venir de se mettre derrière l'oreille avant de coiffer son chapeau à voilette. Que nenni ! la dame fait dans l'autopsie, derrière les voilettes du mensonge, dans la dissimulation de femme fatale.

La dernière, "La sangsue", est pour moi quasi l'équivalent en littérature d'un de mes films cultes "All about Eve", que je me suis revu le soir même de la fin de ma lecture, une tasse de thé à la main, sans vitriol glissé dedans, du moins, je l'espère ...

Merci à Ingannmic, non seulement pour la découverte de ces nouvelles mais aussi pour celle de cette auteure que je vais suivre à la trace.

 

23/08/2013

La resquilleuse Mary Wesley

la resquilleuse,mary wesley,romans,romans angleterrePoursuivant ma quête éperdue d’une lecture légère, digne de ce l’on pourrait qualifier de lecture de vacances : un roman facile mais drôle, bien ficelé, sans prétention mais bien écrit, et après mon échec d’avec Loving Franck, je me suis tournée vers l’Angleterre, valeur sûre où grouille les vieilles dentelles au goût d’arsenic et les roses  pivoines piquantes qui laissent un arrière goût de cup of tea time (parce que les enfants enfermés dans des placards, les adolescentes vouées à l’échec, les cow-boy mourant d’un cancer du cul et j’en passe,  ce n’en pas que je m’en lasse, non, mais disons que parfois, un bol d’air hors du chaos du monde ne peut nuire.) En plus, je me délectais à l’idée de la découverte d’une nouvelle auteure. Autant le dire tout de suite, ce roman est peut-être drôle, mais moi, je n’ai pas ri, il est peut-être piquant, mais je n’ai pas été atteinte, j’ai donc sniffé mes relents d’arsenic, sans qu’ils me fassent grand effet.

Matilda est une dame dans la cinquantaine, un peu originale, comme on aime les vieilles anglaises qui vivent à la campagne,  entre travaux du jardin et petits villages de cottages au bord de la mer où tout le monde se connaît, où tout est conforme  à l’attente de sa lectrice. Matilda n’aime que les animaux, enfin, celui qui lui reste, un jars, nommé Gus, qui fiente sur sa robe quand il est content et qui une fois a vu la mer, ce qu’il a bien aimé, d’ailleurs. Autrement, il aime le maïs. Dès fois aussi, il pince. Le chat, le chien, sont morts, le mari aussi, les uns après les autres, le mari en premier. Le mari, elle l’aimait, le chat et le chien aussi. Il lui reste ses enfants, mais elle les aime peu, et ils semblent bien lui rendre cette indifférence un peu retorse. En ce jour où commence le roman, Matilda a décidé de se suicider.

En femme excentrique qui se doit à ses manies, elle a tout prévu, elle a nettoyé la maison de ses toiles d’araignées, et de toutes les traces qui pourraient donner aux enfants un souvenir d’elle, a confié le jars à un autre foyer, elle a acheté des petits pains, du fromage et du beaujolais pour son pique-nique sur son rocher plat, au bord de la mer, avant de se jeter dedans lestée de quelques barbituriques, pour aider. Evidemment, elle ne pourra mener à bien ce plan A, à cause d’un barbecue de jeunes. En tentant un plan B, elle va littéralement se jeter dans les bras de Hugh, un matricide en fuite, celui dont parle tous les journaux et dont le grand nez s’étale à la une. Qu’importe ! Matilda le tope à la vue de tous, comprenant vaguement parce qu’elle a voulu parfois faire de même quand elle était jeune ( comprendre, elle a eu envie de tuer sa mère) et donc bras dessus, bras dessous, qu’elle va te le prendre sous son aile. Ce qui quasiment lui redonner une envie de vivre.

Ben oui, c’est aussi simple de cela, la vie de Matilda, un matricide sous son toit, après un incestueux, le jars, le jars qui pince, c’est tout sur le même niveau de légèreté. Du coup, elle m’a crissé sous la langue, l’anglaise excentrique, j’avais envie de la baffer et aussi très vite envie de finir le récit de ses aventures de mère indigne et de femme encore désirable mais décalée ….  La machine, pour moi, a tourné à vide : même les saillies drôlatiques  répétées ne m’ont pas fait battre un cil : le matricide vu partout en Europe alors qu’il est sous nos yeux,  l’éternel retour de l’homme qui a mangé en ragoût le chien de sa femme, le voisin  qui détient le secret les OVNI et bien d’autres, l’ énigmatique mari disparu  protéiforme, les vieux amis snobs et méchants …

Très tarte à la crème anglaise !

01/07/2013

Chronique d'un été Patrick Gale

chronique d'un été,patrick gale,romans,romans angleterreBon, je vais tenter d'être claire, ce qui ne va pas être facile (pas à cause du livre mais de moi ...) . Ce livre est en fait la chronique de deux étés ( deux fois quinze jours, pour être précise) que trente et quelques années séparent, mais où en gros ( très gros), il se passe à peu près la même chose dans la même maisonnette au bord de la même plage avec à peu près les mêmes personnages et la même intrigue et avec un enchainement à peu près similaire des secrets de famille comme bombes à fragmentation retardataires.

Dans le deuxième été, Will, le fils libraire homosexuel, invite ses parents en vacances : le père, John est à la retraite, la mère Frances est atteinte d'une forme précoce de la maladie d'Alzeimer. Will a un homme caché dans sa vie, sinon, il n'y aurait pas de bombes à éclater.

Dans le premier, été, j'entends, John était directeur de prison et Frances était sa jeune mariée. Enfin, jeunes, ils ne l'étaient pas vraiment, pas au sens où on peut l'entendre, mariés, surtout. Ils sont propres sur eux, compassés, amidonnés. Ils s'aiment avec gêne. Physiquement surtout. John est poli, consciencieux dans son travail, de sang-froid et de bon ton. Au lit, il lui manque, un certain, disons ... savoir-faire ? Frances est bien sous tout rapport, elle aussi, un peu plus agitée de l'intérieur quand même ... Quand elle joue du piano, par exemple, la musique lui donne des frissons un peu "fous fous", du coup, elle a arrêté.

Chose étrange, ces deux là, raides comme des abats-jours rabats-joie, ont quand même réussi à faire un fils, Julian ( en fait, c'est Will, dans le deuxième été), un petit garçon rêveur, solitaire, grand lecteur, un peu timoré, on l'imagine forcément très bien coiffé et la chemise bien rentrée dans le pantalon. En ce premier été, la petite famille s'offre une folie, quinze jours de vacances, en Cornouailles, dans un bungalow les pieds dans l'eau. Dans le rôle des éléments perturbateurs : le beau-frère écrivain un peu sexy boy et sa petite fille, Skip, un peu plus sauvagonne délurée que Julian. Il faut dire aussi ( parce que c'est important) que Frances compte bien tenter ( avec son mari), un deuxième enfant en cet été là.

 Ce qui en soit, vu la retenue du style, ( sans parler du lit qui grince) ne constitue pas un suspens trépidant. C'est joli, finement tricoté de sensations et de sentiments, d'évocations de baignades, de scènes simples et douces,  m'enfin, ça tarde un peu à grincer du sable. Ce qui retarde encore, c'est l'effet balancier entre les deux étés, chacun étant raconté en alternance et annoncé de loin en écho. Les deux imbroglios familiaux se nouent et se dénouent quasi en même temps, ce qui fait que d'abord tout est calme, puis du plat on passe au compliqué avec inversion dans les invités, les éléments perturbateurs, je veux dire, et les jeux de l'amour et du hasard.

Mis à part cette réserve sur la construction du truc en ralenti, de jolies choses sont dites sur la langueur contenue des âmes strictes, recroquevillées sur l'amour peut-être imparfait mais partagé. Le couple de John et Frances, finalement, devient le plus attachant de cette chronique car le plus complexe sous sa couche glaciaire. Je dois avouer qu'à côté, la dichotomie sexe et amour homosexuel m'a plutôt laissée coite. 

 

Du même auteur sur ce même blog : Tableau d'une exposition (que j'avais préféré)

28/02/2013

L'homme de Lewis Peter May

l'homme de lewis,peter may,romans policiers,romans historiques,écosse,romans angleterreDans ce deuxième tome, ça y est, Fin Macleod a définitivement largué les amarres. Son divorce d'avec sa femme-amie, est prononcé, sa démission donnée, il n'est plus policier et peut s'installer sur son île, Lewis, et y retrouver tranquille ses fantômes : ses parents morts il y a longtemps dans un accident, son amour de jeunesse, Marsailis, en cours d'exhumation, et son fils , Fionnlag, exhumé au premier tome,  et jeune père peu reconnu depuis peu, à peine esquissé dans  "L'île des chasseurs d'oiseaux". Fin emmène quand même avec lui dans sa nouvelle vie, un autre fantôme, son autre fils, tué  il y a peu aussi, par un chauffard, impuni ( du moins jusqu'ici ...). Sa nouvelle vie se limite ( du moins en théorie) à un seul projet, restaurer la maison qui fut celle de son enfance perdue, quand son père repeignait tout en violet, il s'installe dans sa tente, battue par les vents et les pluies.

Seulement voilà, Fin ne va pas avoir vraiment le temps de n'y poser ne serait ce qu'une poutre sur la charpente de sa maison en ruines, tant sur Lewis se bousculent les affaires à régler, tant privées, qu'intimes ou publiques, en plus, elles se mélangent. Un corps momifié a été retrouvé par hasard dans la tourbière et va réveiller pas mal de souvenirs morts-vivant. Ce pourrait être une découverte historique, et on ne parlerait alors que de " La découverte de l'homme de Lewis", sauf que Néenderthal n'avait pas de tatouage d'Elvis Presley sur le bras. Ce qui complique. Sans compter que ces souvenirs enfouis,  ils sont cachés dans le crâne d'un narrateur qui, chose incongrue, est atteint de la maladie d'Alzeimer. (Qu'à cela ne tienne, une fois qu'on a admis le principe romanesque .... ) C'est donc du fond de la mémoire cassée de Tumord Mac Donald, le père de Marsailis, le grand-père de Fionnlag, le quasi ex-futur beau père de Fin, en fait, que l'histoire va se dessiner, suivie de près par Fin qui sait décoder les signes et anticiper même les restes d'un destin si fragile.

La mémoire intérieure de Tumord fait  surgir une histoire sombre et enfouie sous les varechs et dans la mémoire des landes, avant de l'être dans la tourbe, une histoire de misères et d'orphelins, son histoire et celle de son frère et aussi un peu celle d'une autre petit fille guerrière, une histoire d'orphelinat pas catholique, de défis et d'enfants qui s'aimaient, de fidélité à cet amour et à celui de la mère, une histoire de protection et de fuites. Les silhouettes qui les accompagnent sont peu rassurantes, une histoire d'enfants turbulents que les prêtres en noir et les soeurs silencieuses plaçaient, pour ne pas s'en souvenir, aux bons soins de ceux qui voulaient bien d'eux, sur une île encore plus petite que Lewis, plus fruste, plus encore battue par les vents, où les enfants vont tenter une survie précaire. La délivrance ne sera bien sûr pas celle de la rédemption, mais d'un calvaire enfoui que l'homme de Lewis a fait ressurgir. Et on finira, par maints chemins tortueux par boucler les boucles.

Parce que on met du temps à revenir au point de départ, que c'est bancal et parfois un peu frustant (perso, j'aurais bien aimé avoir un éclairage plus large sur cette histoire de traffic d'enfants), mais c'est une ballade écossaise qui mérite son détour et une halte.

 

Athalie

 

 

29/12/2012

Cold in hand John Harvey

cold in hand,john harvey,romans,romans anglais,romans policiersMa foi, j'ai dû louper un épisode ou deux de la série, moi. D'abord, je ne savais pas qu'Harvey avait repris la série de Nottingam, celle avec Resnick. Du coup, bien contente, la Athalie se lèche les babines. J'ouvre, et oh ! nouvelle surprise, v'là Resnick, qui s'est mis en couple ! Ma foi encore, ça m'a fait un choc ! Un peu comme si Wallander sortait de sa dépression chronique ou que Erlendur retrouvait enfin son frère ( Oui, je sais qu'il est mort, le frère, mais bon, c'est pour dire l'ampleur du choc)

Resnick, l'immigré polonais qui trainait sa langueur au rythme du jazz à l'ancienne, celui qui n'avait jamais rien de normal à manger dans son frigidaire, ce qui ne l'empêchait pas de se tacher la cravate avec, celui qui se contentait très bien de ses trois chats pour seule conversation humaine... Bon, ben le voilà maqué, et amoureux, sacrément même, avec la petite dernière de sa brigade, la Lynn Kellog, qui débarquait juste de sa campagne mais apprenait vite. Ben, elle a gravi les échelons, la jeunette... Et aussi au commissariat.

Resnick, non, pas vraiment, il attend plus ou moins la retraite, alors que elle, elle vient de mettre fin avec brio et douceur à une prise d'otage d'un pauvre forcené à bout de course. Tambour battant, elle file rejoindre le resnick pour une douce soirée de la saint valentin quand sa route va croiser celle de Kelly Brent qui est en train de transformer une jalousie amoureuse en une rixe entre deux bandes adolescentes. Lynn s'interpose, deux coups de feux éclatent. La policière n'a presque rien, la jeune fille est morte.

Très vite, le père accuse, Lynn se serait servie de Kelly comme bouclier. Elle est responsable, elle doit payer pour ça et aussi pour toute sa haine au père, haine de tous et surtout des blancs : un sacré provocateur au bagout bien senti. Resnick se retrouve responsable de l'enquête pour innocenter sa belle, ce qui va lui faire tourner ses cornichons au vinaigre.

Une deuxième enquête commence, Lynn toujours en première ligne, au centre d'une nébuleuse : prostitution, traffic d'armes, corruption. Un requin lui offre des fleurs et tourne autour des pots. Rien n'amadoue la Lynn jusqu'à ce que tout s'arrête et que Resnick ne soit bien obligé de reprendre là où Lynn est tombée.

A la fin, on ne saura pas vraiment tout sur tout, des bouts d'histoires flotteront encore, perdus en route par inadvertance narrative ou lectrice. Mais ces changements de rythme, de la description d'états d'âme souffreteux, de colère sociale et frustration raciale, de la description flaneuse d'une boutique de masseuses importées, d'une banlieue, lents et fouillés, sans en avoir l'air, mènent aux moments de charme d'un repas partagé, ces coups d'yeux incisifs mais dans les coins, mènent son lecteur par le bout du nez.

Pourvu que Resnick ne prenne pas encore sa retraite, même si sur ce coup-là, il aurait de quoi se reconvertir au jardinage.

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/12/22/traquer...

 

20/10/2012

Pourquoi être heureux quand on peut être normal Jeanette Winterson

pourquoi être heureux quand on peut être normal,jeanette winterson,romans,romans anglaisAprès quelques détours par Echenoz, me revoilà allant cueillir ma Jeannette et ses malheurs sur le quai de lecture où je l'avais laissée, avec quelques remords quand même ...

Journal d'une lectrice en demi teinte :

Premier jour : ma dealeuse A.M. est passée avec sa cargaison de tentations et me l'a laissé, ce livre que j'avais vraiment, vraiment envie de lire, après en avoir tellement entendu parler cet été, toujours en bien, mais comme je savais qu'elle l'avait, pour une fois, j'ai résisté à l'achat compulsif ( Bon, j'en ai fait d'autres à la place, ce qui compense)

Deuxième jour : j'ai une heure devant moi, je peux décider de ne rien faire, donc de lire, donc de laisser tomber ce que j'aurais pu faire d'autre pour ouvrir ce livre. Je salive, m'installe, en évitant de baver (le livre n'étant pas à moi). Premier chapitre : ça commence mal, ce truc m'ennuie et m'agace. J'adore pleurer au cinéma et même sur un bouquin, même en tâchant les pages, et aussi compâtir à la tristesse des enfances malheureuses des orphelines abandonnées chez une maman très méchante et un papa impuissant et lâche. Soit. Mais j'ai horreur que l'on me prenne par la main en me mettant le kleenex dedans d'avance. J'aime bien qu'on me laisse venir, tranquille. C'est du vécu, je n'en doute pas. ça m'agace quand même.

Troisième jour : description de la classe ouvrière de Manchester, un peu d'ouverture historique, je prend l'air, mais peu. J'ai envie de laisser tomber, mais bon, Jeannette s'en prend plein la figure, petite fille adoptée mais non désirée, sur son pas de porte, dans son cachot intime, je ne peux quand même pas déroger. Quoique.

Quatrième jour : je relativise. Il y a des moments qui me font rire (mais je suis pas du tout sûre que ce soit l'intention de l'auteur, je sens que je passe de plus en plus à côté du bouquin, moi). J'adore l'évocation de la mère, folle à lier apocalyptique, collectionneuse de vaisselle victorienne à mettre sous vitrine sacrée, amoureuse de Noël, qui ne dort jamais dans le lit conjugal pour éviter "l'acte" et autres fariboles dictées aux humains par le démon. Le trait se fait presque tendre, tente de comprendre d'où elle sort la sorcière adoptive, du coup, je compatis. Que l'enfant adoptée ne sorte pas fraîche comme une rose et qu'elle rencontre quelques problèmes avec la notion d'amour, ma foi, rien d'étonnant.

Cinquième jour : je recommence à me lasser. Des va-et-vient entre les "c'était mieux avant" et "c'est pas beau maintenant". Même les paysages industriels, ils étaient mieux, c'est dire, avant il y avait des usines, maintenant, il y a des supermarchés.

Sixième jour : (pas sûre que ce soit vraiment dans l'ordre de la narration, en fait, je décroche de plus en plus). Jeanette a voté pour Taecher. Que Saint Jonathan Coe me pardonne, je continue quand même ma lecture. ( Il faut dire qu'elle le regrette après, en devenant féministe et homosexuelle)

Septième jour : bon, il faut que je termine parce que j'ai une autre psychanalyse sur le feu et que les interrogations de Jeanette sur pourquoi elle n'arrive pas à aimer, pourquoi l'homosexualité n'est pas une tare génétique et le féminisme une autre tasse de thé, je renonce.

Bilan : plein de trucs bien, sûrement une autobiographie de qualité, mais qui n'aura pas emporté ma fibre romanesque à moi. Des tableaux de la vie ouvrière du nord de l'Angleterre, de cette misère sentimentale qui casse les rêves mais permet la réalisation d'un parcours de femme en lutte, louable et honnête. Mais c'est moi qui suis restée sur le quai de la gare, finalement.

 

Athalie

 

Merci A.M. !

 

 

 

01/09/2012

Délire d'amour Ian McEwan

délire d'amour,ian mcewan,romans,romans anglaisEntre Ian Mc Ewan et moi, c'est une histoire en dents de scie, avec des bas ("Le jardin de ciment"), des hauts, la plupart du temps, ("Samedi"), voire des hauteurs nirvanalesques, de Nirvana lecturesques ( "Sur la plage de Chesnil"). Bon, évidemment, lui il n'est pas au courant qu'il a une histoire avec moi. Et comme depuis le début de l'été, je suis successivement tombée amoureuse de Walt Longmire, de Vélibor Colic (mais pas de Jésus ni de Tito), et pour finir de l'Augustus de "Lonesome Dove", je suis en plein dans le délire d'amour fictionnel et unilatéral ici décrit. Sauf que moi, je suis infidèle.

On part de loin, comme souvent chez cet auteur. Le début est une longue scène disséquée par séquences, recomposée au ralenti, un peu comme au début de " Samedi", on a l'impression que l'histoire fait des étirements, comme un chat, avant de se rouler en boule et de vous sauter à la gorge. Un couple, qui vient de se retrouver, part pour un pique-nique dans la campagne londonienne. Ils sont amoureux et le pique-nique est chic, la campagne est verte et les oiseaux chantent ( pour les oiseaux, c'est une supposition). Lui, Joe Rose, est un plutôt respectable journaliste-écrivain, vulgarisateur scientifique et Clarissa, sa belle compagne, est une chercheuse littéraire, universitaire, spécialiste de Yeats. Ils sont donc cultivés, intelligents, rationnels, à priori sans névroses sociales ou psychotiques. Dans le ciel de leur retrouvaille, à peine le tire-bouchon sorti, au dessus de leur champ vert et dans leur ciel bleu, apparait une montgolfière en difficulté, en rase motte, prête à faire un grand saut dans le vide, et il y a deux passagers. Aussitôt, Joe court pour intervenir et empêcher l'accident mortel, vite rejoint par d'autres hommes qui jusque là vaquaient à leurs occupations, pas loin, forcément. Ces sauveteurs fébriles ne pourront éviter une tragédie, pour un geste, un geste fait ou pas fait, tombe la victime qui n'aurait pas dû l'être. Dans le ciel bleu des amoureux, la première faille se creuse, le reflet du drame, la culpabilité, l'accident incompréhensible, et dans cette première faille s'engouffre la seconde. Joe a croisé le regard de Jed, un des autres sauveteurs. Mais ce que Jed y a vu est une autre histoire, la sienne. Et la sienne est que Joe l'aime, et qu'il aime Jed et que Dieu les aime aussi. Sauf que Joe ne le sais pas encore. Pour l'en convaincre Jed téléphone, écrit, poursuit sans relâche l'objet de son amour unilatéral inconditionnel. Harcelé, Joe perd pied, Joe dérape, Clarissa doute, qui dit vrai ? Où est la folie ? Joe invente-il ? Jed existe-il ?

Un fascinant jeu de cache-cache, superbement ficelé, avec la vérité, avec la fiction, une machine à rouler son lecteur dans le double jeu des apparences. Comme quoi, une montgolfière peut en cacher une autre.

Athalie

PS : après vérification, ce n'est pas une montgolfière, mais un aérostat, ce qui ne change rien à l'histoire.

 

28/08/2012

En cuisine Monica Ali

4447130-chef-de-desespoir.jpgJe pourrais faire le coup des ingrédients pas frais, de la recette manquée, du soufflé qui retombe ... etc ... Mais non, c'est plutôt une erreur d'aiguillage ( et puis, je me suis défoulée sur Angot, donc, là, j'ai la mandoline paresseuse). Alors je vais juste dire est long, trop long et la quatrième de couverture m'a fourvoyée. Elle annonce " une radiographie sans concession de l'Angleterre actuelle" à travers la prise de conscience d'un chef de cuisine de la condition sociale précaire et de l'injustice humaine faite aux hommes composant sa brigade, qui d'une situation honorable dans leur pays d'origine, se retrouvent à suer sur des grills à viande, ou à touiller les sauces avec grumeaux. Donc une critique sociale, me suis-je dit. Or, que nenni. Y'a pas plus de radiographie que de lait sur le feu de la béarnaise. Ou plutôt si, mais le seul radiographié, c'est le chef, Gabriel, dit Gabe. Il a la crise de la quarantaine, tout l'énerve, sauf se sentir seul aux commandes de son navire de bras cassés exilés. Et encore. Son égo (surdimensionné) ne supporte pas ce qui est autre chose que lui et ses ennuis, bref, il déprime, réalise que cela fait un sacré moment qu'il se goure sur pas de choses et pète les plombs. Sauf qu'arrivée là, il m'avait déjà tellement ennuyée le pauv'gars qu'une marmite lui serait tombé sur le début de calvitie que j'aurais volontiers jeté mon tablier. Seulement voilà, je suis consciencieuse et suis allée jusqu'au bout.

Donc, Gabriel est à la tête des cuisines d'un grand hôtel londonien, mais son but secret est seulement d'y rester le temps de monter sa grande affaire, son propre restaurant de cuisine française. Accessoirement, Yuri, un plongeur obsur est découvert la tête fracassée dans les caves, jusque là invisible, laissé pour compte, un intello exilé réduit à une ombre. Seulement voilà, sa mort donne des cauchemards culpabilisés à notre quarantenaire de plus en plus instable. Il croise le regard de Léna, plongeuse aussi, passée par les limbes de la prostitution forcée, et elle l'emplit d'un tel désir, la maigrelette biélo-russe, qu'il en néglige la superbe créature, chanteuse de cabaret matînée femme fatale, qui lui servait de fiancée jusque là. Comme tout cela le fait pédaler dans la garniture, il se venge sur ce qui lui passe sous la main, entre autre Oona, autre employée qu'il tente de faire virer sous prétexte qu'elle s'obstine à lui proposer des tasses de thé .... (remarque accessoire : autre chose qui m'a énervée, cette dame étant censée être originaire des îles, la transcription de ses paroles fait dans le petit nègre, genre "Tintin au Congo", alors que les autres "étrangers" parlent un français traduit de l'anglais parfaitement correct ....)

Ah oui, le père de Gabe se meurt d'un cancer, sa soeur a grossi, sa mère était bipolaire, un de ses associés pontifie longuement sur les choix gouvernementaux, mais à la fin Gabe sauve le monde, donc tout va mieux, finalement, et lui aussi.

Athalie

 

21/08/2012

Parti tôt, pris mon chien Kate Atkinson

imagesCAU7FSC3.jpgQui se révèle être, plus ou moins, la suite de "La souris bleue", où du moins, l'on retrouve Jackson, un Jackson qui "regrette dieu" mais égal à lui même, après la tornade Julia, après l'ouragan Tessa, avec un petit garçon en pointillé, mais sans sa fille, ado rebelle devenue ( ce dont on pouvait se douter ...) Un Jackson presque mystique, donc, qui vogue d'abbayes anglaises en abbayes anglaises avec une seule vague enquête sur le feu : découvrir les origines d'Hope Mac Master, née en Angleterre, de parents qui vont se révéler inconnus, adoptée par un couple charmant et menant sa vie en Nouvelle Zélande, une cliente à points d'exclamation et une recherche en suspension. Evidemment, c'est une enquête prétexte à autre chose, prétexte à prendre des routes de campagne, à s'arrêter en chemin. D'autres chemins de traverse ne croisent pas forcément tout de suite les circonvolutions du détective privé en quasi retraite. En forme d'impasse, la route de Tilly, vieille actrice qui finit sa petite carrière dans un roman à succès ( sans qu'elle y soit pour quoi que ce soit), sa mémoire file à vaut-l'eau, mais elle garde l'image d'une petite fille, dans un centre commercial, qui semblait bien avoir besoin d'aide, elle aussi. En forme d'autoroute aléatoire, la route de Stacy. Retraitée de la police, sorte de dragon redouté et efficace, hommasse au coeur tendre, elle garde, elle, le souvenir d'un appartement où un enfant a survécu auprès du corps de sa mère assassinée.. Alors quand elle croise le visage morveux d'une petite fille, rendue presque demeurée par son futur destin pas trop beau, et bien, elle l'achète à sa pute de mère, même pas très cher. Jackson, lui, pendant ce temps là, sauve un chien, ce qui n'est pas pareil évidemment, mais quand même un peu dans le roman, où avoir charge d'âme vous fait basculer les personnages dans l'humanité fragile. Ce qui n'avance en rien l'enquête de Jackson, bien sûr. C'est du Atkinson, quoi ... Mais un Atkinson qui traîne un peu en longueur, surtout au début, le temps de remettre en place tout le passé de Jackson. Même en version courte, quand on le connait déjà, on a envie de passer à la suite. La construction narrative est également un peu moins efficace que dans "La souris bleue", on se croirait parfois dans une carte du GR, mais des viaducs pour passer d'une route à l'autre. Cependant, à lire parce qu'il y a des pages d'une tendresse pointilliste pour une petite fille qui tient sa baguette magique solidement, aussi solidement que Tracy sa bouée de sauvetage miniature.

Athalie

Autre note sur un autre roman de la même auteure sur ce même blog :

Dans les coulisses du musée

 

10/08/2012

Porterhouse Tom Sharpe

preservatifs92.jpgPorterhouse est une sorte de Thélème à l'envers,  enclavée, figée, une université anglaise fortifiée de l'intérieur contre le reste du monde ( dirait l'agent OOO7 dans son ultime combat contre les forces du mal ...) . Depuis des siècles, les mêmes traditions y sont perpétrées, les mêmes cérémoniaux, les mêmes idées courtes, ces idées se limitant en gros à la reprise des mêmes, toujours dans le même sens, ce qui fait que cela fait un moment qu'il n'y a pas eu d'air frais à ciculer entre ces hauts murs. Marmiton en est le gardien (portier, officiellement) depuis quarante-cinq ans il protège les intérêts de Porterhouse, dont il a fait son âme. Dévoué à cette unique perpétuation de ce qui existe : les aristocratiques en haut et les autres en bas, et c'est comme ça. il va rentrer en guerre contre le nouveau maître, désigné par le pouvoir, Sir Godber. Ce sir-là se dit de gauche, a perdu ses illusions en route, subit sa ladie de femme, véritable tyran des causes humanitaires, et livre ici son dernier round pour exister. Modernisation, dit-il dans cette enceinte décrépite. Modernisation voulant ici dire mixité, self-service, recrutement des étudiants en fonction de leurs compétences et non de leur pédigré ... Les membres ventrus du "comité directeur" sonnent la révolte, pas question de toucher à quoique ce soit et surtout, surtout, pas à la cuisine, le principal pilier porterhousien. Amidonnés, tous vont tenter de résister à cette révolution. Leur agitation de perruques poudrées se limitent à quelques pantalonnades peu efficaces, car, mine de rien, le Sir Godber posséde des atouts que les vieux schnocks ont bien du mal à parer, jusqu'à ce qu'une histoire de distributeur de préservatifs ne mette en branle la machine Marmiton, le portier se met à bouillir et la grand bouffe se transforme en grande lessive où tout va y passer, les torchons, comme les serviettes.

Evidemment, une peinture de l'université anglaise pas à prendre au sérieux du tout, mais loufoque et bien construite, on tombe de scènes vraiment drôles ( j'ai adoré le combat titanesque entre l'homme-étudiant et l'animal-préservatif, qui semble s' autoreproduire au fur et à mesure de sa destruction , génial !) à d'autres plus plates, mais sans langueur.

A savourer les deux pieds dans un tube de crème autobronzant.

Athalie

PS ! et comme ça, A.B. ne pourra plus me dire "Mais comment est-ce possible ? Tu n'as jamais lu Tom Sharpe ? Et toc ! dirait la Gidouille.

07/06/2012

La femme de hasard Jonathan Coe

906332776.jpgMaria est une jeune fille quelque peu particulière, mais cela ne se voit pas de l'extérieur, c'est à l'intérieur qu'elle est atrophiée, du coeur, des sentiments, de leur expression et même de leur ressenti. Rien ne semble la toucher vraiment, elle survole les états d'âme, comme autant de corps étrangers. Quand on la cueille, elle vit encore chez ses parents,  elle monte la côte pour rentrer, elle sort du bureau de sa principale qui vient de lui annoncer sa superbe réussite scolaire, elle va pouvoir partir poursuivre ses brillants résultats scolaires à Oxford, ce qui pourrait être un moment de joie, voire d'excitation. Or d'excitation, que nenni. Ce qui la préoccupe, c'est comment éviter une expression trop expansive du bonheur parental. Ce qu'elle va réussir à faire sans trop de problème, le syndrôme du glaçon semblant atteindre toute la famille. Sauf le chat, dont la tendresse indifférente est la seule acceptable.

Maria n'est pas monstrueuse, juste sinistre, et elle se pose juste là où elle pense devoir être, sauf que le narrateur-auteur la pose toujours de travers : cohabitaton à Oxford avec une écervelée qui croit au langage des regards expressifs, puis une bande d'inquiétantes harpies dont une kleptomane et une bonne âme tyrannique sans doute meurtrière, sans oublier l'amoureux énamouré qui lui déclare sa flamme avec un insuccès quotidien, un autre qui passait là par hasard ... Maria ne se trompe même pas, dans son parcours déceptif, juste elle choisit mal, ou pas. Et toujours, le narrateur-auteur s'amuse à pousser sa créature de papier à droite et à gauche, il lui fabrique ses échecs, nous les annonce, nous les explique, il la trimballe, la bouscule, et la Maria, statue d'indifférence, ne prend pas plus vie pour autant, elle est bien obligée d'aller où il l'a mène, et il n'a de cesse de bien nous le rappeler, celui qui gère sa vie, c'est lui. Il nous en fait donc une inadaptée, même à la vie ordinaire, un glaçon sur page, il joue avec sa souris, de plus en plus tristounette ... Son indifférence aux autres, aux jugements des autres, aux réactions convenues la fait passer pour une étrange personne, la fait passer à côté, et quand elle tente une sorte de grand amour, pas de bol, il était sorti depuis un bon moment par la porte de derrière alors qu'elle l'attendait depuis des heures devant la porte de devant. Un hasard qui va en enchainer un autre, et le narrateur-auteur de nous expliquer l'importance, ou non, d'avoir mangé du jambon à l'os.

Je ne sais pas s'il y a un message quelconque dans cette vie sans vie qu'il lui impose mais si Coe n'était pas là pour nous ramener au plaisir d'être de son côté à lui, du bon côté, qui se moque du personnage et nous fait des clins d'oeil gros comme les coutures de la fiction, on finirait enseveli sous tant de mornitude, de torpeur froide sans fond.

Athalie

PS : le narrateur-auteur est un concept personnel, inventé pour l'occasion, je rassure les spécialistes en narratologie qui par le plus grand hasard, passerait par là.

02/05/2012

Saints of New York R.J. Ellory

imagesCA6T3Z07.jpgHell! What am I supposed to say about that fucking story? Well that guy, Frank Parrish, from the NYPD is sure in deeeeeep trouble right from the beginning. To start with, his last partner Mike was killed and we don't really know why the fuck he was. Of course, Frank is divorced, has two kids and spends most of his free time hitting the bottle. Franck sees a shrink everyday because he's a liability to the NYPD. Needless to say, Franck's dad was a cop too, one of the best: a Saint of New York. He thinks the cops are doing their job, but nobody cares. Sounds like we heard the story so many times, doesn't it?

STEREOTYPED BULLSHIT?

Well, I wouldn't say so. Why? you may ask. Because the fucker knows how to tell a story. Not because he did creative writing studies like so many do now in the States (besides, Ellory's a fucking Brit) but because of of his skill to fathom the darkness of Joe Blog and write about it, like it is. Saints of New York is more ... let's say, blunt, than his previous books, not darker. The reader gets hooked right from the beginning and the end of the story, how's that for a change, is not anticlimactic. Just started reading his latest one: Bad Signs. 'tell you about it soon, in French. This was just a private joke.

Anonymous

20/04/2012

L'île des chasseurs d'oiseaux Peter May

Gugas_at_Port_of_Ness.jpgFin est écossais, et policier. Il voudrait bien être autre chose, ingénieur en informatique par exemple, mais pour l'instant, non. Comme il vient perdre son fils de huit ans, il est plutôt mal en point, son couple avec Mona bat de l'aile et lui aussi. Juste avant ce drame personnel, il y avait le professionnel : un meurtre avec pendaison et éventration post mortem. Fin vit à Edimbourg mais vient de l'île de Lewis, qu'il a fui dix-huit auparavant, il va devoir y retrouner parce qu'un meurtre similaire au premier vient d'y être commis, une île sombre comme sa mémoire, comme échappatoire imposée à sa douleur intime, une cautère sur une aile de bois .... Pas vraiment chargé de l'enquête, pas vraiment de retour non plus, entre deux, il retrouve, suit des fils, des trames qui se dispersent dans la brume, des vieux copains qui se trainent des souvenirs pas en meilleur état que les "black house" qui se délitent face à la mer, et le souvenirs font des trous à l'âme.

C'est un policier pluvieux et venteux, avec un enquêteur à qui il arrive plus de tuiles en une vie qu'un toit écossais puisse en perdre pendant une tempête, sans compter qu'on y glisse beaucoup, des toits, des falaises, des illusions, dans ce roman. 

L'île de Lewis est un drôle de monde, à l'écart des siècles, avec ses croyances qui vacillent mais plombent quand même sacrément l'atmosphère. Fin y a vécu, d'abord dans une maison repeinte en violet parce que son père avait dégotté sur la plage un énorme baril de peinture, comme un naufrageur des temps d'avant, quand la fureur des tempêtes était aidée par les feux que la pauvreté des hommes allumait sur les rives. Puis, la première tuile est tombée.

D'autres relents des temps anciens taraudent encore, surtout une, celle de la chasse aux bébés oiseaux des albatros, les gugas. Une fois par an, douze hommes de Lewis partent pour ce rite initiatique et fondateur : pas moyen d'y échapper. Quinze jours en autarcie sur un rocher pour massacrer des oiseaux sur un îlot rocheux qui pue et qui glisse, pour ramener sur la terre ferme ce met de choix, qui sera savouré sans savoir, délicate chair en bouche, ce qu'il en coûte vraiment. C'est un peu comme la lectrice de polar, en fait, qui s'en délecte les babines, des tuiles de Fin.

La cruauté de la lectrice n'a d'égal que celle des amatueurs de tourbe brûlée. ( dicton dictée par une faute de faute, et complètement idiot, j'assume)

 

Athalie

PS : merci A.B. encore un conseil qu'Ark vAdor aurait  gardé pour elle (lui ?)

12/04/2012

La souris bleue Kate Atkinson

la souris bleue kate atkinson,roman anglaisMon homme vient de le commencer, et il me dit, "ça commence, bien, La souris bleue", un bain de sang ! Moi "Ah tu es au troisième antécédent ?" Lui : "Non, au deuxième". Il a raison. J'avais oublié les bains de sang. C'est parce qu'ils sont en sourdine, giglant mais en sourdine, comme une douleur qui ne jaillirait pas vraiment, du moins dans l'écriture qui tournicote autour.

La souris bleue est le nom du doudou d'Olivia, une peluche rapée et un poil fatiguée d'avoir été tortillée, un doudou normal. Olivia est la soeur cadette d'une famille de quatre filles, c'est elle la parfaite, la mignonne, l'attachante, la seule aimée, la future victime, la disparue depuis trente ans, un soir d'été, de la tente surchauffée dans le jardin, elle n'est jamais revenue. Fille de Victor et Rosemary ; Victor, pas vraiment un père, une ombre de grand mathématicien et un pauvre type, Rosemary, une mère déjà lassée de l'être à force de l'être trop souvent et de l'avoir été trop tôt. Les trois autres soeurs ont survécu. Premier antécédent.

Deuxième antécédent ; Théo et Laura. Théo, le père en mère poule bien ronde, et Laura, sa fille préférée et parfaite. Un hasard ou deux et le sang gicle.

Troisième antécédent ; Michelle, Keith et le bébé qui pleure, les heures de sommeil qui se grapillent, le temps pour soi contre le temps de la perfection, sauf que l'exaspération rode et la hache flotte par là.

Ouais, mon homme a raison, ça a l'air grave, finalement.

Fin des antécédents ; arrive Jackson, il est détective privé, enfin plutôt vaguement quand même, parce qu'il a surtout mal aux dents et recommencé à fumer. Avant, il avait une femme, une maitresse femme depuis  reconvertie en femme d'intérieur, mais avec un autre, et il a lui aussi une fille : huit ans, elle lui claque le coeur comme une petite bombe qu'elle menace d'être. Lui aussi, il a un antécédent, le numéro quatre, mais on ne le saura que quand les fils des autres seront emmélés les uns dans les autres, sans que l'on ai vu vraiment comment. Pas grave.

Jackson rêve d'une retraite dorée dans un pays de cocagne où la baguette pousserait sur les placettes à pétanque. Sans rire. En attendant, il n'a qu'une enquête sur le feu, et elle ne brûle pas, ni ne fait bouillir la marmite : une hôtesse de l'air bonâsse soupçonnée d'infidélité par son mari idolâtre alors qu'elle passe son temps à tondre sa pelouse, faire des courses et la gueule. Il la suit d'ennui, clopes au bec. Une vieille aux chats lui fait faire quelques premiers détours : toquée fasciste persuadée qu'on ne lui vole que ses félins négros.

De fil en pas d'aiguilles, de suiveur pépére en séducteur malgré lui, de détours en méandres, Jackson va arriver au bout du labyrinthe ; et nous avec, accrochés aux fils de ses virages, circonvolutions, têtes à queues improbables et illusoires romanesques, on s'accroche à la lenteur d'enquêtes qui n'en sont même pas. Enfin, pas des vraies, sauf que c'est juste à savoir comment les pères aiment leur filles, que deviennent les filles disparues (ou pas) dans la tête des autres, ceux qui restent à compter leur âge, trouver, retrouver leur visage et que sont les pères devenus.

C'est drôle et triste comme une souris bleue au fond d'un tiroir, comme une vieille fille qui va à l'enterrement de son père en collants rouges, comme une comédienne ratée mais super sexy.

Une histoire de gâteau en chocolat avec de la crème anglaise dessus et un couteau à l'intérieur. Un vrai régal.

Athalie

 

 

 

 

 

 

01/04/2012

Code 1879 Dan Waddel

image_sorties_id34.jpgBon, il faut que je me dépêche de le noter celui-là, avant qu'il ne disparaisse de ma mémoire, vu que j'ai déjà un peu perdu le fil. Heureusement, y'en a pas deux.

Le fil : en gros, une série de meurtres qui se rattachent rapidement les uns aux autres, comme des petits clips qui se clipsent en faisant "hops, c'est là que je suis, moi". Sur les corps, il y a des codes à décrypter (ça ce fait super vite en plus, dès le premier "et hops, voilà ça de fait !"), et voilà le généalogiste qui passait par là embauché pour sonder le passé. Ben oui, parce qu'il y a aussi une mise en scène des corps et des "modes préparatoires" qui laisse penser, que la série est une redite, que la pièce a déjà été jouée une fois, avec une autre série de corps, dans un Londres plus brumeux, celui des bas-fonds de l'ère victorienne. Tout ça pour dire qu'on peut tous avoir un cadavre logé dans le placard du passé et qu'il faut faire gaffe quand la porte s'ouvre.

Les personnages, l'inspecteur, le généalogiste et l'inspectrice sont juste à point, comme il faut, retournés sur les deux côtés, pas trop saignants et avec tous un petit "poids" sur la conscience : le père tant aimé, une étudiante un peu trop aimée, et l'inspectrice on ne sait pas trop encore, mais comme il semblerait que ce soit le premier d'une série, on sent bien qu'elle va se taper l'incruste chez le génénéalogiste et peut-être même mettre un peu d'ordre dans le tiroir des tire-bouchon.

Dans la narration, il n'y a pas de tiroirs (juste un petit placard à la fin) donc, y a qu'à suivre l'enquête en double, si l'on veut, avec cinq meurtres commis dans le passé brumeux et donc cinq qui vont l'être aujourd'hui, avec indices concordants et course contre la montre pour le dernier. Du balisé.

Moi j'aurais bien aimé un peu plus de victorien à la Jack l'éventreur, avec du relent bien malsain et des miasmes bien putrides. Mais, bon, quand y'a pas, y'a pas.

Un roman à réserver à un après-midi dans un transat, une soirée sous la couette, selon saison ou degré de frilosité.

Athalie

En illustration, une spéciale dédicace en forme de blind test pour Anonymous.

15/03/2012

Prodigieuses créatures Tracy Chevalier

220px-Maryanning.gifLe truc facile, évidemment pour l'entame de cette note, ce serait "prodigieuse lecture", sauf que non, on ne peut pas aller jusque là. "Prodigieuse surprise" non plus, alors cela va être "bonne pioche" plutôt, parce que après avoir adoré La jeune fille à la perle, comme beaucoup et plein de monde, en un temps lointain où le blog des A se tenait à la terrasse d'un troquet après avoir fait le marché des Lices, plutôt que sur la toile, où l'on ne peut même pas se couper la parole en commandant un deuxième verre de vin blanc ( c'est un temps tellement lointain que certaines A. ne l'ont même pas connu), j'avais été super déçue par La dame à la licorne. Du coup, j'avais classé Tracy Chevalier dans la catégorie "auteur que je ne lirai plus". Et puis, finalement, un avis en entrainant un autre ...

Dans Prodigieuses créatures, foin de licorne et de perles, foin de peintre et artisan tisseurs au long cours, mais des gratteuses de falaises, par tous temps et tous vents, découvrant leurs trésors enfermés dans la glaise, par le temps, l'autre, celui qui dure. Pour l'une, les trésors, c'est les poissons fossiles, en plus, elle s'appelle Elisabeth Philpot, vieille fille de sucroit pas trop contrariée. Avec ses deux soeurs, pour équilibrer des intérêts familiaux bien pensés et raisonnables, leur frère les a plantesé à Lyme Regis, une sorte de futur centre balnéaire démodé avant même d'exister. 

Leur petit cottage est ciré à la théière. Leur vie aussi dans ce coin de la côte anglaise où les mondanités se résument aux bonnes oeuvres et aux cancans, et où les notables se piquent de curiosité, d'abord, pour les trois arrivantes. Puis, moins. Il faut dire que la passion des poissons fossiles, ce n'est pas très affriolant. Elizabeth se voit étiqueter excentrique, c'est marqué sur sa robe et sur ses gants troués. Ramasser des poissons fossiles, ça sali, et les gants troués d'avance, c'est plus pratique. ( c'est fou ce que l'on apprend des trucs dans les romans !)

Sur la plage, Elisabeth rencontre Mary Anning. Trop jeune fille piquée aux fossiles aussi, mais terrestres, cette fois. Les deux vont faire la paire. Mal vue aussi Mary, mais elle parce qu'elle vient du village ( comme quoi, c'est bien aux femmes qu'on en veut dans cette histoire, des femmes qui n'ont pas à savoir, ni à chercher à savoir, surtout pas à savoir scientifique ...). La famille de Mary est pauvre. Pour vivre, elle va faire le commerce de ses ammonites, gryphies et autres traces d'un monde disparu. Ces preuves des ratages de dieu se ramassent à Lyme Régis, à la même vitesse que A.O. cueille les palourdes sur la grève de S.J à marée basse, c'est là où l'on de la chance qu'elle préfère les palourdes vivantes au "crocodiles" morts. Ce commerce est aussi celui de la  passion de Mary  que les scientifiques londoniens vont utiliser à leur guise, sans même prendre conscience de son importance à elle, la découvreuse, la cheville laborieuse : condescendants péroreurs, parfois plus sympathiques, parfois plus loufoques, rarement reconnaissants.

Un roman bien solide et bien écrit, classique un rien féministe ( mais pas virulent), un rien historique ( mais ce voit à peine) , un rien romanesque ( ce qui n'est pas dérangeant ...)

Athalie

06/03/2012

Les passagers anglais Kneale

les passagers anglais,kneale,roman anglais,tasmanieOu comment un voyage au petit pied peut se retrouver au très long cours ....

Le capitaine Kewley trafiquait tranquille  du côté de son île de Mann avec ses marins ravis dans son bateau à double fond, "la sincérité", (gloups et une bouteille de rhum)  en une journée qui aurait dû être la dernière de cette aventure là et non la première d'une toute autre histoire, pas du tout, mais du tout prévisible. Arrivent les "douanes volantes" anglaises et bien contraints de se taire et de ne rien dire, les marins mannois et capitaine matois se retrouvent assignés dans le port de Londres, ce qui, vu ce que contiennent les soutes secrètes, ne leur convient que peu. Pour sortir de la souricière, ils vont aller se jeter dans la gueule du loup, chargés d'une mission civiilsatrice et vaguement scientifique de l'autre côté de la planisphère dans une toute récente colonie anglaise, la Tasmanie. 

A bord de la "Sincérité", le capitaine a dû embarquer quelques spécimens humains qui seraient burlesques si ils n'étaient animés des plus purs délires racistes : le révérend G. Wilson, totalement allumé de la lumière divine, persuadé que le paradis terrestre est sur terre et en Tasmanie, justement, une histoire de frigidaire géant qui l'aurait conservé intact, ce qu'il veut prouver de visu à ceux qui se gaussent de sa théorie (et houps, une bouteille de rhum !) et le docteur Thomas Potter qui est quant à lui un défenseur convaincu de l'inégalité des races, matiné de relents sadiques. De l'autre côté du monde anglais, et pendant que notre "Sincérité" s'y achemine, Kneale, l'auteur, (je précise pour ne pas me prendre en route, moi, et à cause des bouteilles de rhum ...), donne voix à Peeway, le "sauvage". Il raconte son histoire, seule voix de sa civilisation, alors que les autres, les "civilisés", ils sont plein.

Il raconte sa mère, qui veut "tuer son papa", un violeur et voleur blanc, les tentatives de lutte de cette mère courage, de son peuple, de plus en plus réduit, pourchassé comme un troupeau par les colons. A leurs yeux, ils ne sont que des montres primitifs, ils les tirent au fusil comme on le ferait de monstres malfaisants. D'autres colons, plus "humains", vont les regrouper, les éduquer. Ce sera presque encore pire. Peeway, le "sauvage", raconte la perte de soi, de la culture, la faiblesse, l'impuissance de ceux qui ne comprenaient pas. Il raconte ce qu'il peut voir, sentir, et c'est à la fois naïf et ignoble.

Les autres narrateurs, il y en a donc à peu près 20, dont les trois principaux : les deux délirants et le capitaine, plutôt bonhomme, complètent, interprètent, motivent, l'entreprise raciste. Selon ces voix de la "civilisation", on jubile, on savoure le cocasse d'une périgrination burlesque, sans cesse contrariée (houps ...) , et/ou on s'indigne, on s'horrifie, on se lamente, impuissants nous aussi en témoins de cette construction drôlement efficace : chaque regard qui croise la voix du "sauvage" est monolithique, quand il n'est pas monomaniaque, chaque regard ne le voit même pas.

Je ne suis pas sûre que la fin mérite une dernière bouteille de rhum ...

 

Athalie