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14/06/2013

Etoiles Simonetta Greggio

cldubonheur.jpg"Etoiles": de chef étoilé et de Stella,  princesse au petit pois ...  

C'est cousu de fil blanc, c'est une harlequinade, mais une qui en fait exprès, se coule dans le moule d'un croustillant de tomates bien mûres qui fondent dans la bouche, sans se soucier des morceaux de chataignes qui flottent dedans (ma comparaison peut semble tirer sur le roussi, mais c'est un des plats qui se concoctent dans le livre, et les tomates et les chataignes, j'aurais pas cru que ça passait ensemble, du coup j'ai retenu. Ceci dit, je ne vois pas comment on fait pour faire tenir de la chataigne dans un croustillant de tomates. Ceci dit, je ne sais pas non plus comment on fait tenir de la tomate dans un croustillant. Pour finir, je ne sais pas ce qu'est un croustillant, non plus).

De toute façon, il nous en passe sous le nez plein d'autres de saveurs goûtues dans cette histoire. Normal, le héros est un grand chef, le futur successeur de Bocuse, se murmure-t-il dans la planète des reconnaissances culinaires. Il s'est élevé de ses petits doigts au Panthéon, puis bousté par sa belle femme blonde et son "coach", a atteint le firmament, tout en ayant cure des bien-être matériels qui le cotoyent ( c'est elle qui a voulu, lui, c'est les valeurs simples du terroir).

Mais voilà, Gaspard va prendre un gros coup sur sa tête de chef aux trois étoiles, claquer deux portes de sa vie et jeter la clef aux orties, partir sans savoir où, au volant de son beau 4X4, celui que la belle blonde aux calculs affutés lui avait mis entre les mains. Gaspard fuit, et dans sa fuite, s'égrène sa carte bleue en Gold, Gaspard n'a plus rien. Sauf que la baguette magique de sa vie le guide vers son royaume à lui, "Chez tonton j'ai faim", une guinguette de guingois perdue dans la garigue de Pagnol au parfum de retour aux sources. Sans cuisine high tech, mais avec des graines magiques qui poussent de son patoger à la vitesse des U.V provençaux, il va se remonter les bretelles, retrouver le goût de l'amour en même temps que celui des produits simples revisités quand même par l'huile d'olive de chez sa voisine qui la pile avec les doigts.

C'est articiel et rafraichissant comme du rosé pamplemousse, où l'on assiste à la transformation de de feuilles de Basilic géantes en feuilles cristallisées saupoudrées d'une miette de poutrarque ( des oeufs de mulet fumés, simple et du terroir, on a dit ...) et à celle de la belle Stella aux longues jambes croisées en kidnappeuse du passé de Gaspard, dont elle ne fera qu'une bouchée ...

Merci à jardin buissonnier. (pour le rosé pamplemousse, c'est quand tu veux ...)

16/04/2013

Méfiez vous des enfants sages Cécile Coulon

Araign%E9e%20g%E9ante.jpgD'abord, un livre très très bien écrit, un vrai style, genre ... je ne sais pas en fait ... travaillé ? pas ampoulé mais riche ? stylistiquement artistique ? Un style qu'on lit bien quoi, qu'on reconnait, pas qu'on a déjà lu, je ne veux pas dire cela, mais plutôt le genre dont on se dit qu'on le reconnaitra, quand on lira un autre livre de Cécile Coulon.

L'enfant sage, c'est Lua, qui va avoir une araignée dans la tête à cause de son père qui a fait une fois des heures sup d'étude d'insecte dans son bureau de la maison et qui a oublié de fermer la boite. Mais l'histoire commence par celle de la mère de l'enfant sage, Kérie, enfant sage elle-même, puis étudiante, qui plaque sa petite ville et son pas grand chose d'expériences sages pour aller en trouver d'autres à Saint Frisco, qui se révéleront quasi aussi sages, d'ailleurs.

C'est très bien écrit, c'est écrit pas sage, avec plein de sensations qui affleurent la peau comme des rayons de soleil couchant sage sur un fond de Beach Boy. Très réussi.

Le père de Lua apparaît au coin d'un retour dans la petite ville, au détour de la gare des autobus. Réglé comme un métronome suisse, bien que d'origine suédoise (je ne suis pas sûre que les métronomes suédois soient bien côtés, ce pourquoi, je précise, même si cela n'a aucune importance dans l'histoire) et avec lui, c'est toujours la même musique. Sauf pour le coup de l'araignée dans la tête à laquelle il ne va rien comprendre.

Parce qu'entre temps Kerrie et lui ont eu Lua. Et Lua n'est pas pas vraiment sage ( à mon avis, et sans vouloir psychanalyser à outrance un point romanesque, mais les rideaux rouges accrochés dans la chambre d'enfant et qui font des reflets sanglants sur les murs, ce n'était peut-être pas la meilleure idée qui soit, moi, j'ai mis des roses, mais moi, c'est en vrai, donc ça ne compte pas)

Et puis, en face, dans la maison toute pourrie, il y a Eddy, une sorte de clochard céleste qui joue du rock and roll en faux avec un manche à balai et boit des bières en solitaire. Eddy devient le vrai grand copain de Lua, le complice, voire l'instigateur de ses premières turpidudes, ses arnaques de réglisse qu'elle revend aux ignares paysans lors de tournées dominicales à vélo ( et là, moi, je me dis mais que font les parents de l'enfant sage ? Comme c'est toujours aussi bien écrit, je me sens totalement stupide de me laisser effleurer par ce cartisianisme de mauvais aloi qui n'a pas lieu d'être, et me dis "concentre-toi, Athalie, concentre-toi", le style, rien que le style savoure et ferme ta boite à araignées à toi, d'abord avant de t'occuper de celle des autres)

Sur l'araignée, quand même, il y a des pages scotchantes sur l'irrationnel parfaitement rationnel des terreurs enfantines. et sur l'enfance solitaire qui cache les secrets de sa vraie terreur à des parents trop lisses pour en être vraiment. Le père a lâché l'araignée, et la mère n'a jamais arrêté le chocolat noir, je me répète, ça doit être psychanalytique cette histoire, et c'est très bien écrit pour un truc de psychanalyse romanesque.

 

Athalie

 

23/03/2013

Une longue nuit d'absence Yahia Belaskri

yahia belaskri,une longue nuit d'absence,romans,romans français,guerre d'algérie,guerre d'espagneUn auteur plein d'allant et le verbe haut et en couleur, une sorte d'énergie tendue, et me voilà curieuse de découvrir sa prose à ce monsieur que ne je connaissais pas, croisé dans un festival du livre pas loin de chez moi, pas snobinard, un peu encore bricolé mais bien sympa (le festival, pas le monsieur).

Me voilà donc avec Une longue nuit d'absence dans le sac, longue nuit très courte, il se lit en une tranquille après-midi ... ce qui m'a tenté est l'arrière-plan historique dont je n'avais jamais entendu parler (mais bon, je ne suis pas un critère en connaissances historiques, si ça se trouve, c'est super connu comme arrière-plan historique) : l'exil des républicains espagnols vaincus sur la terre algérienne. Dans les camps français, près de la frontière, je savais mais pas que certains avaient cru que la liberté pouvait les attendre de l'autre côté de la Méditéranée, sur que cet autre côté là, à l'époque, il est français aussi, et donc, que ce sont les camps de l'administration coloniale qui vont les accueillir.

L'écriture est sèche et ne dit que l'essentiel en suivant le personnage principal , un beau personnage héroique, Paco, pour rassembler tous les autres autour de lui, d'autres exilés de cette guerre là et puis d'autres plus anciennes ou plus lointaines, dans la ville d'Oran.

Avant d'être Paco, combattant communiste contre Franco, espion sur sa terre gangrénée par le fascisme, puis embauché par les Américains après leur débarquement pour  les aider à faire semblant de vouloir libérer l'Espagne, Paco était Paquito, jeune gamin des terres andalouses, destiné comme tant d'autres à la pauvreté de leur parents. Il est devenu carabinier de la nouvelle république, pour s'échapper de son destin et va donc choisir le sien, avec conviction, la lutte pour la liberté, rien que cela.

La fuite désordonnée de l'Espagne, où il laisse amis, villages et femme, les camps d'internements, l'histoire va vite les brosser en quelques traits; la survie clandestine à Oran, les rencontres d'autres comme lui, bâtis comme des humanistes ordinaires dans un temps qui est peu clément à la tolérance : Shalmo, le vieux juif, Duong, le vietnamien débarqué là parce qu'on n'avait plus besoin de cette main d'oeuvre jaune dans le Sud de la France, Domingo El Nero, Cubain d'Afrique noire, Néhari, le musulman invisible du quartier arabe A Oran, les différentes communautés peuvent se côtoyer, mais ne se regardent pas. Un bref moment, à Oran, pourtant, la communauté espagnole se croira presque dans le monde des tapas et des corridas. Le noms des rues de la ville défilent derrière le vélo de Paco, comme autant de dominos parfumés, avant que l'explosion de l'indépendance ne trouent les vitrines et ne jongent les trottoirs de victimes et de coupables qui n'y comprennent plus rien. Et Paco, non plus, lui qui y avait presque cru ...

Le propos est clair, la vie exemplaire, le héros est droit, le trait doux amer évoque un homme qui devra boire l'histoire jusqu'à plus soif. Un roman qui donne l'impression d'être un hommage. En fait, je ne suis pas allée farfouiller sur le net dans la vie de monsieur Belaskri, mais je ne serais point étonnée qu'il y eut un grand-père caché derrière ce Paco là.

 

Athalie

 

16/03/2013

Paris-Brest Tanguy Viel

imprEcranZoomPlan.jpgDepuis que A.M. a confié que Tanguy Viel était son nouvel Echenoz, il fallait que j'en ai le coeur net : avais-je oui ou non lu "L'absolue perfection du crime" ? Le fait que ce livre se trouve depuis des mois sur mon étagère des "pas encore lus" n'étant pas un critère fiable, vu que que je sais bien qu'avant il était dans les "déjà lus", mais que je l'ai déménagé parce que je n'en avais aucun, mais alors, aucun souvenir ... finalement, j'ai laissé tomber la résolution de l'énigme et j'ai pris "Paris Brest" parce que là j'étais sûre.

Résultat : c'est pas mal Tanguy Viel, un peu posé-poseur, et quelque chose d'Echenoz dans l'écriture qui finit par cerner l'histoire, minimale, l'histoire, en surface du moins, parce que en dessous l'inconscient grouille grave .

A neuf ans, le narrateur voulait être footballeur ou écrivain. Du jour où il a compris que le F de son équipe de poussins était un classement par le bas, il a décidé que ce serait écrivain. Son frère, lui, est footballeur mais, autre rêve brisé, il ne le sera jamais dans l'équipe de ses rêves, celle de Brest. Brest, c'est là où vivait la famille avant que le père, vice-président du club de football, n'égare par mégarde quatorze millions des caisses pendant que la mère jouait au bridge chez la femme du procureur.

La mère est un femme de grande convenance. Le père ne peut plus se montrer (même pas comme père, d'ailleurs ...). Toute honte dehors, la famille (sauf le narrateur) doit alors s'exiler dans le Languedoc Roussillon, exil honni au pays des vachettes ( ce n'est pas moi qui le dit, c'est le narrateur ...). La mère y vend, en rongeant son serre-tête, des cartes postales et des briquets "Palavas" avec un P qui fait parasol. (Le briquet a son importance dans l'histoire, le serre-tête, moins, mais quand même). Elle ourdit sa trame toute tissée de mesquineries : comment revenir avec les honneurs dans la ville d'où l'on est parti la tête basse ? Surtout qu'un héritage est en jeu, celui de la grand-mère, ex-gouvernante d'un amiral apocryphe, qui mangeait lui aussi dans la salle vitrée des conventions maritimes brestoises. La mère a bien  laissé le narrateur en éclaireur, dans l'appartement du dessous de la vieille richissime, mais il est peu fiable comme poisson pilote télécommandé à distance. Et rôde la femme de ménage, et rôde le fils de la femme de ménage  ...

Une relation au vitriol de relations mères-fils-père et une écriture distanciée (j'ai adoré les descriptions de lieux, Brest et sa reconstruction au cordeau, la maison finale face à la mer avec les hortensias au vent des tempêtes), du coup, pourquoi pas lire (ou relire ?) "L'absolue perfection du crime" ?

 

Athalie

 

 

08/02/2013

La ballade de Sean Hopper Marine Pourchain

34nqh_480x270_1a1e58.jpgBud, le héros, doit avoir quelque chose comme 13 ans, une mère épisodique qui est partie chercher la gloire ailleurs que dans son bled paumé, quelque part entre rien et pas grand chose, un bar à paumés, une supérette sans anti-vol. Bud va de temps en temps à l'école, mais pas souvent quand même. Bud vit avec sa grand mère, une vieille indienne qui lui a appris des choses de la nature, des trucs d'indiens, d'oiseaux, de cailloux et de nuages, avant de se taire.

Comme Bud a peu de choses à faire, finalement, et peu de compagnie, il passe beaucoup de temps à observer son voisinage immédiat, qui se limite à la maison de Sean Hopper, ce qui n'est pas très reluisant non plus.

Dans la maison de Sean Hopper, vit Sean Hopper, sa gentille compagne Bonnie, gentille mais qui ne va pas tardé à se faire la malle, ce qui fait qu'il ne restera plus à Bud que la vague compagnie de Dad, le père de Sean, qui vit au fond du cabanon et ne reconnait plus personne, mais défend ses tablettes de chocolat avec la même obstination qu'il met à fuguer.

Sean Hopper, c'est un vrai méchant. Il est tueur aux abattoirs du coin. Avec d'autres, pas mieux que lui, mais lui, c'est le vrai méchant, à la sale réputation, à la réalité de tueur de vaches convaincu, pas sadique mais froid, il aime ça. Et puis, il boit aussi, trop, évidemment, frappe. Sean Hopper, il s'en fout, de tout ... De lui, de la gentille Bonny, de son père, des autres, il conduit, ivre mort. Et puis un jour, un accident, et Sean Hopper va voir la vie vraiment autrement ....

Un roman qui partait avec un lourd handicap, pour moi : il est estampillé "jeunesse" ( je sais, il y a de très bons livres "jeunesse", dont celui-là fait sûrement parti). C'est l'estampille qui me file de l'urticaire. J'ai fait une overdose, il y a quelques années, pour cause d'injections massives, et là, j'étais en pose jeûne. En plus, la narration, prise en charge par un jeune garçon gentil et naïf, je me suis dit, ça craint le pathos : le jeune en mal d'affection et le méchant paumé, il y a de la rédemption dans l'air, ça sent les ficelles.

Et puis, non, j'ai bien aimé cette ballade du côté de Sean, Bud et Bonnie, sans prétention et bien ficelée, une certaine distance ironique sur les poncifs ( évités, du coup), et puis, il y a quelque chose de "La ballade de Jimmy" de Souchon, alors forcément ...

 

Athalie

 

PS : A.B, tu n'aurais pas des romans jeunesse sous le coude, par hasard ?

 

05/02/2013

La petite cloche au son grêle Paul Vacca

quartierParcGuermantes.jpgLa petite cloche qui a un son grêle, là, c'est moi. J'ai la sonorité vasouillarde pour parler de ce petit bouquin qui m'a laissé sur sa rive et sur mon envie de madeleine.

Le narrateur est un garçon de treize ans, il a des soucis à l'école, des trucs de reconnaissance de soi, avec les filles et tout. Il a une maman, une belle maman, qui aime les fleurs et son fils, son mari aussi, mais surtout son fils, parce qu'ils sont complices et tout. Le papa, il est gentil aussi, il aime le foot et ses clients dans son café au bord de la nationale, mais cela n'empêche pas. (Foin des préjugés !)

Donc, ils vivent tous les trois dans le café, genre formica et habitués qui picolent (mais pas le papa, ni la maman), qui picolent gentillement quand même et la porte quand elle s'ouvre, ça fait tinter la petite cloche, d'où le titre.

Cafetiers dans le nord de la France, ça fait pas cultivé. Mais la maman, elle est persuadée que son fils va devenir écrivain, alors elle lui lit des livres et conspue la maitresse qui lui descend les rédactions de la progéniture sans aucun ménagement ( elle m'a fait froid dans le dos, la salopitude !).

Et puis un jour, une belle actrice lyrique qui sent l'iris va oublier dans l'herbe de son jardin le livre, celui qui va tout remettre en ordre, " Du côté de chez Swan". Le jeune garçon s'en empare,  hume, puis lit.  C'était donc cela la littérature ! une révélation ! ? la mère attendrie, y voit la confirmation. Tous les deux sont pris alors d'une fringale d'échanges littéraires et de madeleines de Proust à leur sauce à vous en faire retourner la béarnaise. (non, cela n'a rien à voir). Ils vont relire leur village à l'aune du salon des Verdurin. Le papa va s'y mettre, il n'y a pas de raison, sauf que ce qui l'inquiète lui, c'est que le Proust ne déteigne pas sur son fils. Comprendre qu'il ne devienne pas homo, "de la jaquette", quoi. Entre deux tonneaux dans sa cave, il s'interroge en lisant l'abécédaire de Proust.

L'épidémie va ensuite contaminer tout le village, surtout après une mémorable soirée lecture de Pierre Arditi dans le café converti en salon de lecture high-tech pour l'occasion. Et oui, "Longtemps, je me suis couché de bonheur", ça emballe sec.

Y'a des coups de baguettes magiques qui se perdent dans l'eau. Malgré de belles pages ( si, si, il y a un truc), j'ai attendu la sonnerie de la récré.

 

Athalie

01/02/2013

Sur un lit de fleurs blanches Patricia Parry

Les-enfants-du-paradis_portrait_w858.jpgIl faisait longtemps que lecture ne m'avait autant réjouie, une lecture de couette, forcément, vu le titre. Eviter quand même d'étendre sous la dite couette, des branches de lilas blancs, même si l'odeur doit en être envoutante, au départ, je vous dit pas le boulot quand c'est fané, et puis le brave docteur Victor Dupuy, le héros, y est allergique. Le lilas lui provoque des crises terribles, et des crises terribles d'héroïsme sous la couette, c'est pervers.

Sans compter que vous en aurez votre compte des pervers dans le romans, ils fourmillent, voire grouillent, s'auto-tamponnent. Le théâtre s'ouvre, les rideaux sanglants laissent voir le décor, Paris, XIX, les cafés, les bouges, les hopitaux, les cimetières ... Tremble, boulevard du crime, ils sont tous là ....

Une prostituée de luxe au caractère trempé et presque au grand coeur, au charme presque angélique et à toutes épreuves.

Un médecin, métis ( ce qui n'est pas sans conséquences ...), brillant, orphelin, affligé d'un grand-père héroïque, d'un lourd secret de famille et d'un sérieux penchant de tendresse pour la belle courtisane ci-dessus.

 Un professeur de médecine, pas machavélique pour une goutte, mais qui a quand même quelque peu tendance à se tromper dans ses doses.

Un journaliste homosexuel, fort évidemment pas déclaré, mais malgré tout alcolique à ses heures, nègre d'un grand écrivain syphilitique, alors qu'il n'est même pas noir.

Un comte, à la peau trop bleue pour être véridique.

Une mère religieuse aux airs peu catholique.

Des comparses torves, criminels dans le sang, aux complots nébuleux et profitables, du moins pour eux.

Et les victimes : de jeunes orphelins perdus dans les bas-fonds de la misère parisienne, petits mitrons à la gouaille enfarinée, retrouvés égorgés et vidés de leur sang, quelques messes noires plus tard, couchés sur des tombes du père Lachaise, sur des lits de branches de lilas blancs .... et que la police, elle s'en bat le coquillard comme de son premier Dumas venu !

Vous secouez, mélangez, mettez à la sauce secret de famille et tatonnements scientifiques, un brin d'Eugène Sue, une effluve de Balzac ( celui qui écrit comme un cochon "La femme de trente ans" en se gourant dans les chapitres) et vous avez un succulent roman labyrintho-historique où les personnages se perdent dans une intrigue à ne pas tenir debout, meme un mort pas vidé de son sang, un régal de roman feuilleton revisité par une plume qui sait où elle va et où sont ses références (même si moi par moments, je ne savais plus trop qui était qui, où allait où, et pourquoi ...)

Bon appétit !

 

Athalie 

 

Par où cette lecture est venue :

http://ray-pedoussaut.fr/?p=2933

29/01/2013

A l'angle du renard Fabienne Juhel

deco-enfant-mobile-un-reve-de-petit-marin--1336472-il-570xn-3063288652-325eb_big.jpgMis à part qu'il y a un peu trop de renards dans cette histoire ( je n'ai rien contre les renards, mais je n'ai pas toujours vu leur apport narratif, sauf évidemment qu'ils sont plutôt symboliques, traces d'une sauvagerie et d'une ruse rousse et des légendes à la longue queue retroussée sur des babines acérées ...)

J'ai adoré Arsène, le héros, enfin, le personnage principal, parce que c'est un peu un héros torve, pour un héros. Arsène Le Rigoleur. Absolument pas rigolo comme type, le genre à manger du renard tout cru sous une mine chafouine et à bricoler son tracteur en machine à broyer les petites filles. Arsène vit seul, il a bien un copain, mais c'est tout. Il est resté dans la ferme familliale, par choix ; la terre, il aime ça. La solitude aussi. Pour les besoins du bas ventre, il a son nécessaire, à dates fixes et n'en abuse pas. Le père est mort, la mère est à la maison de retraite. C'est pas qu'elle était si vieille que ça, c'est juste que c'est mieux comme ça. Il a bien fait un tour à Brest, une fois, mais c'était pour un enterrement, alors je ne sais pas si ça compte, comme distraction. Il a bien une soeur aussi, mais elle ne vient pas souvent, alors, elle ne le dérange pas trop. Il avait bien un frère, un plus jeune, François, mais il lui est arrivé des bricoles, et à sa tante aussi. Et puis à d'autres, aussi.

Arsène, c'est un taiseux, un bouseux, un rusé matois aux airs de Raminagrobis, planqué derrière ses rideaux et attablé à sa toile cirée, derrière son verre de cidre. Un peu à part de son village breton de l'intérieur, celui pour lequel la mer est loin, même quand elle est au bout du champ, où les auges en granit se transforment petit à petit en jardinières pour géraniums. Arsène en perd ses repères.

Alors, quand la gentille famille Massart vient s'installer dans la ferme rénovée d'en face de chez le Arsène, quand la petite Juliette s'invite chez lui en le surnommant tonton, quand son frère (roux) s'invite dans le poulailler, il n'y a pas que la mère qui s'inquiète, il y a aussi la lectrice.

Il faut dire que le Arsène, il a la rancune tenace et la haine froide pour ceux qui gêneraient son petit univers de souvenirs. Ce n'est pas qu'ils soient bien beaux, ni bien romantiques, mais ce sont les siens. Et il ne vaut mieux pas toucher à ce qui est à Arsène.

Comme c'est lui qui raconte, il nous donne des grains, comme il donnerait à ses poules. Il dose. Il prend son temps. La plume qui reconstruit derrière est solide, bien trempée dans un concret qu'elle nous donne à voir. J' ai aimé cette écriture, les paysages étroits qu'elle construit dans la tête d'Arsène, cette ruralité pas pitoyable, juste un peu tordue. Un beau personnage, pas beau du tout.

 

Athalie

25/01/2013

Corniche Kennedy Maylis de Kérengal

8f7f8bc6-082f-4b54-b386-1a9003e278e0-pic_2-622-480.jpgOn est dans une ville du sud, Marseille sûrement, ou quelque chose comme ça. La corniche est une promenade des anglais, sûrement, ou quelque chose comme ça. En bas, il y a la mer, et entre la corniche et la mer, la Plate. Sorte de plateforme de béton, la plaque est née des travaux et a surgi par hasard des remblais pharaoniques des ambitions municipales, puis, elle a été détournée en aire de jeux et de drague par les adolescents en rupture des quartiers chics, eux sont des quartiers nord. Eux ne vont pas à la plage, ils s'écartent et prennent la tangente sociale sur ce bout de territoire, où ils se régissent de leurs lois et de leur code de l'esbrouffe. Portables, baskets, mobilette ou scooter, ils ont les accessoires de leur apparence. Sur le cap de la Plate, ils passent leur temps à plonger, ou pas, il y a aussi ceux qui restent s'embrasser, longtemps.

Pour ceux qui plongent, le terrain de jeu s'étale en trois marches : du déjà plus facile, au déjà dangereux ; du "just do it", au "Face to face". Ils sautent aux cris de " Spider man", "Zidane reviens !". La bande s'ébroue, se pousse, s'affale, une bande de jeunes chiots que leurs parents et l'école ont planté dans ce désoeuvrement hilare et stérile.

Ils s'ébrouent sous deux regards, deux paires d'yeux qui les observent. Ceux de Sylvestre Opéra se prolongent de jumelles. Il est chargé de la surveillance des côtes, donc, il scrute du haut de la loi, de son balcon, de son bureau le survol enchanté de ces corps éphémères. La bande énerve et titille son corps balourd comme un regret.Suzanne, l'adolescente de l'autre côté du cap, a maison avec piscine et vue sur la Plate. La bande, c'est son envers.

Ces trois entités vont finir par se rejoindre  : Sylvestre, parce qu'il doit leur donner la chasse à ces ados qui perturbent la vision municipale d'une ville propre, et Suzanne, parce que même de loin, le chef de la bande, Eddy, est rudement mignon avec son parfum d'interdit.

Une fois ces tableaux plantés et les décors élevés autour d'eux, ben, la trame narrative est quelque peu mince ( y'a bien Sylvestre et son amour prostitué disparu et une histoire de contrebande ... Mais bon,,ce n'est pas intensif non plus). Plutôt à lire comme une incursion dans un univers ado, dont les descriptions lumineuses des corps, jeunes, tendus dans le présent et l'instant, sont travaillées jusqu'à un presque maniérisme ( c'est la première fois que le style de cette auteure m'a presque énervée), rendant fascinante la banalité  de jeunes désoeuvrés, dans une ville qui ne veut pas les voir.

En tout cas, surtout à ne pas lire comme un roman documentaire sur la jeunesse qui glandouille, ma pauv' dame, plutôt comme une vision très personnelle ( et belle, et tendre) d'un scénario type "Roméo et Juliette" pour des héros à la visibilité réduite.

Athalie

De la même auteure sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/06/09/naissan...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/05/31/pierre-...

 http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/03/01/tangent...

 

13/01/2013

La vérité sur l'affaire Harry Quebert Joël Dicker

la vérité sur l'affaire harry quebert,joël dicker,romans,romans français,rentrée littéraire 2012,prix goncourt lycéenJe marchais dans le long couloir qui caractérise ( entre autre mais non des moindres) mon lieu de travail, et comme il est très, très, long, il laisse largement le temps de papoter bouquins (entre autre). Nous devisions  donc avec un habitué des lieux, comme moi, qui avait la poche de la veste déformée par un gros bouquin mais crapahutait sans vergogne pour rejoindre le bus qui lui permettrait, dixit, de se caler. Je m'intrigue : " C'est La vérité sur l'affaire Harry Quebert, peux plus m'arrêter, je me leste avec, au cas où j'aurais un trou." Un trou ?

Un livre qui leste et fait se caler son lecteur dans le bus, c'est pour moi. Sauf que moi, j'ai attendu l'option en vacances, fauteuil face à la mer. Sauf que la mer, je ne l'ai pas beaucoup regardée ...

Avec ma soeur, on est allée faire des courses à la superette du village de nos vacances de Noël, qui ferme à 7.00 pile et qu'après, t'as plus rien. c'est dire l'urgence pour que je sorte de mes pages, parce qu'autrement, j'aurais pas bougé de mon fauteuil, et pas à cause de la mer.

A l'aller :

" Alors tu comprends, un jeune écrivain vient de faire un succès public énorme, Marcus Goldman. Ben oui, il est juif, pourquoi ? Mais non, ça n'a rien à voir avec Mauss. Si, il y a bien sa mère qui le tanne au téléphone pour qu'il se marie, paranoïaque et complétement égocentrique, elle le prend pour un génie et elle a peur qui se loupe. Tu vois ? Non. Pas grave, elle n'a pas beaucoup d'importance dans l'histoire, en fait, mais le personnage est drôle. Non, je ne m'égare pas. La superette est toujours ouverte, tu vois bien ? Donc, depuis toujours, Marcus veut être un écrivain, un grand, écrire le live, le grand livre. Non, ce n'est pas un arriviste, il croit vraiment à sa quête, mission, oui, comme tu veux ... Des rillettes de sardine, non, je n'aime pas trop, prends plutôt au maquereau. Il nage en plein succès, en pleine euphorie, son premier livre a été un succès énorme, médias, sa tête en tête des gondoles, agent, secretaire,  starlette ... Mais après, impossible d'écrire le deuxième, panne séche, complétement vide, il tente plusieurs retraites, se cherche. Oui, c'est un peu creux en fait, mais je ne sais pas pourquoi, je te jure qu'on est happé dedans. C'est comme les craquelins ? Oui, c'est ça, avec de la compote de pommes. Alors, Marcus va se tourner vers son ex-mentor, Harry Quebert, qui gite dans un petit village tout mignon où tout le monde se connait et les connait, le grand écrivain qui a bouleversé la littérature avec son premier roman, "Les origines du mal", et lui, l'ex petit Marcus, son protégé, son poulain, son double en plus jeune, son fils par procuration. Ils se retouvent tous les deux dans La Grande Maison d'Ecrivain au bord de la mer. Ben oui, c'est cliché, complétement même, tu as l'impression de regarder une carte postale. Non, je n'ai pas dit que c'était de la grande littérature, non plus. J'ai pris le vin blanc pour les moules ? Tu es sûre ? C'est bon, on peut y aller."

Sur le chemin du retour :

" J'en étais où ? Je ne te saoule pas là, t'es sûre ? Donc, Marcus n'arrive pas à écrire là non plus, mais par contre il va trouver la  boite de Pandore, une boite qui renferme le grand secret du grand écrivain,  son amour pour une jeune fille de quinze ans, un amour impossible, évidemment, vu que Harry est beaucoup plus âgé et que cela ne se fait pas, un amour clandestin, quoi ! Ben oui, c'est poncif, et encore je ne te dis pas tout. La jeune fille a disparu depuis trente ans, un meurtre non élucidé, tu penses bien, et l'affaire Harry Quebert va pouvoir commencer et Marcus devenir grand. On peux changer le sac de côté, c'est lourd, là.  En plus, ce n'est même pas bien écrit, la jeune Nola, Nora ? non Nola, je crois, elle sonne faux, comme une Lolita ratée, tu vois ? Sauf que le bouquin, il te retourne comme une crépe, t'as plein de pistes, tu fonces dedans comme une voiture de patrouille lancée en plein galop et tu te retrouves comme une mouette happée en plein vol, je te jure, c'est efficace, mal écrit et tout ce que tu veux mais rudement bien."

Je vous passe le rangement des courses et la cuisson des moules.

 

Athalie

 

PS : merci à ma soeur !

 

 

07/11/2012

Le rapport de Brodeck Philippe Claudel

le rapport de brodeck,philippe claudel,romans,romans françaisNon, je n'ai pas lu le dernier Claudel, ni même l'avant dernier, je suis restée coincée entre Les âmes grises et Le rapport de Brodeck, deux anciennes lectures. Ce qui m' a fait revenir sur celle-ci est un article de Dominique à propos d' un livre qui porte le titre de "L'antisémitisme en Pologne après A".

J'aime parfois me dire que l'homme est bon pour l'homme, j'aime parfois me bercer d'illusions ....

Donc, j'ai repris Le rapport de Brodeck, parce que les illusions, c'est bien joli, mais c'est même pas vrai. Je relis, entre les lignes romanesques, l'histoire d'un homme à qui l'humanité normale ( pas des bourreaux anonymes, ce serait trop facile, des voisins, pour reprendre le titre de Dominique) a fait tant de misères crasses qu'il aurait dû tomber par terre, mais non Brodeck s'est fourré encore plus bas pour que le malheur ne l'attrape plus.

Brodeck  est un tout petit homme, d'un petit village. Il y est arrivé il y a longtemps, dans la charette de la vieille Fédorine, première guerre et premier exil. Il y a grandi, il a même été enfant de choeur. Aidé par son instutiteur, il est parti faire des études à la Capitale, où les "comme lui", c'est-à-dire les "pas comme les autres" ont commencé à s'en prendre plein la figure, sérieusement. Ni vraiment lache, ni vraiment courageux, avec sa belle fiancée Emélia, il est revenu auprès des siens. La guerre arrive dans le village et avec elle, les soldats de l'armée qui demandent que la Purification soit faite. Alors, parce que la communauté des hommes "comme les autres" est ce qu'elle est, il va être donné. Dans le camp, il sera "le chien Brodeck" mais il survit et revient retrouver Emélia, une autre Emelia, mais son amour quand même. Dans son silence, il se tisse son bout de vie. Jusqu'à ce qu'un autre arrive, à son tour, troubler l'ordre de ce qui se fait, l'Anderer, une sorte de magicien, ou de peintre, un drôle de bonhomme qui regarde la noirceur des hommes et la leur renvoit, même sans rien dire. Le village, cette fois, n'aura pas besoin d'une idéologie de la terreur pour faire disparaître celui qui doit être sacrifié au bonheur de brouter en rond.

La trame narrative est bien plus complexe que mon petit résumé. Comme Brodeck, le livre s'emmêle, tourne et retourne les grandes questions : la culpabilité, ça finit où ? et l'innocence, c'est son contraire ou son double ? Peu seront sauvés par l'écriture à la fois poisseuse et ample de Claudel. Pas même Brodeck. 

J'avais adoré la force de ce roman dont on peut lire parfois qu'il semble plus apologue que romanesque, parfois empli d'un symbolisme un peu trop manichéiste et sombre, soit. Mais il a le mérite de s'empoigner avec les marécages, qui eux aussi ont une histoire, et comme dans "Certaines n'avaient jamais vu la mer", de laisser trace de voix, réelles, historiques, qui sans le roman pourraient s'effacer.

 

Athalie

PS : je rajoute une note de eeguab, parce que je suis "trop" d'accord avec lui :

http://eeguab.canalblog.com/archives/2008/02/27/7955563.h...

 

 

 

17/10/2012

Jérôme Lindon Echenoz

jérôme lindon,echenoz,romans,romans françaisComme je n'avais eu que très peu mon compte avec 14, je me suis dit que j'allais en reprendre une petite dose d'Echenoz, ma lecture TGV m'ayant fait arriver à la gare avant même d'avoir pris le train. Donc, une petite relecture, mais seulement d'un petit, parce que déjà que je n'avance pas avec ma Jeannette qui ne peut être heureuse parce qu'elle n'est pas normale, si je recommence avec Echenoz, elle va rester sur le quai, la pauvre.

Donc "Jérôme Lindon", un tout petit opus que j'avais lu il y a longtemps comme l'hommage d'un écrivain à son éditeur ( publié après la mort du mythique fondateur des éditions de minuit), ce qu'il est, mais à la relecture, je me suis rendue compte que c'était aussi le portrait en creux de l'écrivain lui même. Un écrivain qui évidemment ne réèlee rien d'intime sur le microcosme éditorial parisien et ses écrivains porno strar ( Oui, je sais, je fais une fixette sur Angot, mais je vais arrêter, parce qu'elle a quand même fini par se tasser sur la scène du théâtre médiatique de la rentrée littéraire et que donc, ce n'est plus la peine de se faire du mal)

Le texte se réduit à un minimum, lui et lui et quelques rencontres, seule l'écriture recrée une intime connivence, une admiration peut-être réciproque mais non-dite, dans les interlignes. des années pendant lesquelles ces deux vont se parler, se téléphoner, déjeuner, marcher ensemble avec des blancs discrets que l'on devine essentiels à l'écrivain qui a perdu son éditeur. Depuis la première rencontre, le premier manuscrit accepté dans l'étonnement d'un Echenoz de voir son futur livre publié avec la blanche couverture et l'étoile bleue de "Minuit". Lindon, lui refuse le deuxième, le rabroue, il est trop lent, il ne fait plus partie des éditions ( Diantre, cela vaudrait-il dire qu'Echenoz aurait des oeuvres cachées dans ses tiroirs ...). C'est presque l'histoire d'un pas de deux, entre un mentor qui n'en est pas vraiment un et un écrivain qui est un train de devenir un auteur reconnu. Parce que Lindon refuse aussi qu'il publie ailleurs que chez lui, lui déconseille plus qu'il ne conseille, tente de lui faire changer certains titres, même son prénom, le ouspille comme un gamin lorsqu'il porte des jeans troués aux genoux. Et pourtant une relation rare est évoquée, d'égalité malgré tout entre le mythique éditeur du Nouveau Roman et un écrivain tendu, mais sûr de lui. Persuadé qu'Echenoz descendant de Robbe-Grillet, alors que non, merci, vous pouvez passer le plat au voisin. Et aussi ce savoureux malentendu avec Beckett ... Bon évidemment, une savoureuse rencontre avec Beckett qui prend dix lignes de récit, n'est pas forcément vendeur ...

Un texte peut-être anecdotique du point de vue "littéraire", mais d'une rare discrétion de déclaration d'amitié. Pour les fans, les curieux, au détour d'une plume.

Moi, du coup, je me relirai bien "Des éclairs" et "Ravel", voire "Je m'en vais", mais il y a Jeannette qui m'attend. 

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

 http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/10/11/14-eche...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir-...

 

11/10/2012

14 Jean Echenoz

imagesCAZG7F59.jpgJe tiens à être claire, cette note est parfaitement subjective, encore pire que d'habitude, si possible ... Parce que moi, quand j'entends : "Il y a un nouvel Echenoz qui va sortir en octobre", je commence à m'impatienter le 30 septembre, à songer à poster un appel à témoins le 31, à envoyer un mail rageur à l'éditeur le 1er ... Sauf que là, j'ai été doublée, il m'est arrivé en cadeau. Je voulais me laisser saliver, tourner autour, me laisser séduire, lui laisser le temps de jaunir un peu, de se poser, entre les autres "pas encore lu", lui trouver un temps. Loupé. Je l'ai ouvert et une heure après, je l'ai refermé. Fini. Je l'ai reposé à côté de moi, tout blanc encore dans sa couverture de minuit immaculée, sans même une page cornée. Fini. Sans aucune trace d'avoir déjà été lu. Bon, j'aurais pu le relire, mais même en étant de parfaite foi, ce n'est pas un "grand" Echenoz. Mais c'est un Echenoz bien, donc j'en dirai du bien. C'est çà que je voulais dire, en voulant être claire ...

14, évidemment, c'est la première année de la première guerre. Et des romans sur la première guerre, il y en a quand même un paquet, et des gros, et des longs, et des épais, des suintants de rages, de douleurs, d'indignations légitimes et légitimées par nous, qui ne pouvons qu'entrevoir. Sauf que là, le roman, il est tout petit et vu l'écriture "blanche" du père Echenoz, on se demande comment il va la faire suinter sa guerre. En fait, évidemment, on part de loin, tout en distance, à vélo, sur une colline, un livre tombe, il ne sera jamais lu parce que le toscin sonne et que Antelme va partir à la guerre. Echenoz fait partir cinq hommes et rester une femme, Blanche, qui a sûrement une histoire avec soit Charles, le sous directeur de l'usine de chaussures de son papa, soit le Antelme, le comptable de l'usine de chaussures de son papa. On ne sait pas trop, mais les deux partent sous son regard. Distance. Blanche.

Tout est conforme à ce que l'on sait, d'ailleurs Echenoz le souligne, pas la peine de trop s'étendre sur les scènes obligées ( du coup, on se demande un peu pourquoi il les évoque quand même, mais bon, laissons de côté cette remarque par trop objective pour être honnête) : les vivats du départ, l'optimisme généralisé, la préparation inexistante, le choc du premier combat, la plongée dans les tranchées, les corps hachés par les obus, la désorganisation fatale aux hommes, la chair à canon mangée de poux et de rats. On n'y apprend rien. La guerre écrite par Echenoz, elle est au raz de marée de l'homme, c'est une guerre de côté, biaisée. Tout y est, mais comme rattrapé par le dernier mot de la phrase, celui que l'on attendait pas là. J'ai eu l'impression qu'il se débarassait d'elle, en fait, pour aller vers la deuxième partie, le contrepoint du retour à une vie après la fureur. Alors que l'orage guerrier se déchaîne encore, en ses grandes largeurs même, on n'en perçoit plus que les échos, en arrière-plan des petites vies, loin du front, qui reprennent, avec quelques absences, quand même ... un histoire de landeau, de brodequins, puis de mocassins, (faut quand même que l'usine de chaussures fonctionne), de deux portes qui s'ouvrent dans un hôtel. Et c'est fini. Et vu que le prochain, ce ne sera pas tout de suite, me voilà bien marrie devant mon livre fermé.

Merci ma dealeuse !!!!

Athalie

Du même auteur sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir

 

05/10/2012

Pour seul cortège Laurent Gaudé

pour seul cortège,laurent gaudé,romans,romans françaisQuand Gaudé fait du Gaudé, ce n'est plus du souffle épique qui tournoie les pages, c'est de la marche forcée de la lectrice essouflée quelque peu, vers le sublime grandiose, ou le grandiose sublime, de la destinée brisée par l'histoire.

Je ne peux pas dire si j'ai aimé ce livre ou pas en fait, toujours pas, ce qui me contrarie. En plus, tout le monde, ou presque, connaît l'histoire, sait que Gaudé a une fois de plus, prit l'Histoire Antique à bras le corps des mots pour étreindre rien de moins que la figure d'Alexandre Le Grand et lui trousser sa chemise romanesque à sa sauce Gaudé. Pimentée ou pas ? Je ne sais toujours pas.

Aux premières pages, Le Conquérant danse le pas de deux avec sa Douleur, dans la flambloyance de sa Gloire en son Palais. Puis Le Conquérant tombe, se meurt doucement, puis définitivement. Mais avant le dépeçage des héritiers guerriers autour de la dépouille, le texte convoque : en un, l'âme chevauchante d'un de ses anciens fidèles, toujours fidèle, qui vient lui dire sa conquête et sa Gloire pour le ramener vers la vie dare-dare, en deux, une princesse oubliée. Enfin, qui voudrait bien être oubliée, parce que le Sublime et le Grandiose, elle a déjà eu sa dose. Enfermée volontaire loin de l'Empire, l'Empire va venir la tirer par les pieds hors de son monastère où les moines l'allégeaient du poids du monde en suivant son corps des mains et en balançant du safran en l'air. ça a l'air simple, comme ça, mais en fait, ça ne marche pas vraiment.

La princesse qui voudrait bien que le Grandiose Sublime lui fiche un peu la paix, c'est Drytéis, fille de Darius, le vaincu d'Alexandre, elle a déjà vu une civilisation se casser la figure et elle n'a pas envie de recommencer, en plus, elle a eu un fils, et de la Malédiction du Pouvoir, elle ne veut plus, surtout pas pour lui, l'enfant. Et pourtant, le seul cortège vrai d'Alexandre, ce sera Elle, Elle, et les chevaliers du Gandhara, exilés volontaires et fantômatiques, déserteurs des combats fratricides que les héritiers du Grand Empire ne pouvaient que se livrer pour que le monde soit monde.

La quête du Pouvoir, la soif de Gloire, l'Humilité d'une femme et d'une Mère, le Sacrifice de Soi pour un grain d'Humanité planté quelque part, ou quelque chose comme ça ... c'est parfois beau comme un chromo, parfois essouflant comme une écriture tellement flambloyante que j'en devenais sourde. Un parfum de relu jusqu'à plus soif, et pourtant ....

Ai-je aimé, je crois que oui, mais je n'en suis pas sûre. Ce qui M'énerve, maintenant.

 

Athalie

Un autre commentaire en demi-teinte : http://jemelivre.blogspot.fr/2012/09/pour-seul-cortege-la...

Et sur ce même blog du même auteur : Le soleil des Scorta, un must pour moi, avec La mort du roi Tsongor et aussi Eldorado (moins mais quand même ...)

30/06/2012

Les demeurées Jeanne Benameur

786048158.jpg"La Varienne" est simple d'esprit, l'idiote, l'attardée du village, elle est bonniche dans la "grande maison", elle vit à l'écart, cloisonnée, avec sa fille, Luce, née par un hasard d'un soir. La Varienne ne sait pas rêver, contempler, penser, La Varienne est vide, un corps qui se déplace sous le regard de sa fille. Les deux s'aiment même si l'une n' a pas la conscience que cet amour-là la remplit, la fait se lever, la conduit, et que c'est l'autre, l'absence de l'autre, qui va petit à petit faire surgir la force de ses étreintes simples.

La Varienne n' a pas de mots d'amour pour sa fille, elle le dit dans le bol posé, dans la soupe servie, dans les creux du matelas partagé. Et puis un jour, Luce doit aller à l'école, parce que c'est obligatoire et que l'institutrice, qui croit au savoir partagé, veut que même la fille de l'idiote y ait droit. La premier jour, La Varienne va suivre Luce jusqu'à la porte de cet autre univers, et rester là, en dehors de ce monde des mots, celui de mademoiselle Solange, qui lui est étranger et plus encore. Puis, elle va s'en retourner, demeurée.

Ce que Luce va comprendre, c'est que elle non plus, elle ne peut pas passer de l'autre côté, car alors ce serait seule, sans La varienne, se serait la trahir et l'abandonner, ce que Mademoiselle Solange, l'institutrice, avant de vaciller à son tour, ne peut admettre. Ne pas connaître, s'enfuir, se détourner, pour rester deux, ensemble et se protéger.

C'est une belle histoire de mots, et pleine de mots, justement. Normalement, je déteste ce genre d'écriture ( mais bon, ma prêteuse est de qualité et m'avait dit "Il faut que tu lises ça, c'est génial" ....), le genre phrases courtes qui sonnent comme du présent de vérité général, tournures poétiques, mots sussurés avec une sorte d'emphase lyrique qui se veut signifiante. Mais, là, ben, j'ai vraiment aimé, j'ai trouvé que ça collait bien avec la peur des mots qui est celle des personnages, de l'univers qu'ils ouvrent, ce parler travaillé, les détours et contours qui éloignent du réalisme. Ma préteuse avait bien raison ....

Athalie

09/06/2012

Ce qu'il advint du sauvage blanc François Garde

robinson-crusoe-6-.jpgFrançois Garde a mis en garde (facile ...), il en a assez que l'on compare son livre à Robinson Crusoé, roman, selon lui, qui est un véritable hymne à la supériorité de la race blanche, débrouillarde et inventive, et caution de l'expansion du modèle des colonisateurs ( ce ne sont pas ses mots exacts, ce pourquoi je ne mets pas de guillemêts, mais ce que j'en ai retenu, en gros). D'ailleurs, après lecture, force est de constater qu'il n'a pas tort, son récit s'inscrirait plutôt dans l'anti robinsonnade, l'anti hymne à la supériorité de quiconque sur quiconque.

Narcisse Pelletier est un fringant marin, embarqué sur la goêlette Saint Paul pour voir du pays. Il aime parader, la boucle à l'oreille, dans les ports et se frotter aux prostituées du Cap. La poisse s'acharne sur son navire, en errance dans les mers du Sud, le capitaine s'engage dans une rade naturelle d'une île inconnue. Narcisse est envoyé chercher de l'eau douce mais il s'écarte des autres et se retrouve seul, hébété, sur le rivage, navire parti. Certain qu'on va revenir le chercher, il laisse des signes sur la plage, se pelotonne au frais et commence à mourir de faim, de soif, de doutes, de peurs. Nulle ressource naturelle à exploiter, nulle construction à la Robinson, nul Vendredi à dompter, mais une petite vieille laide et noireaude qui sait chasser le lézard et va le laisser venir jusque sa tribu, des aborigènes nomades. C'est donc à travers les yeux désespérés et pleins de préjugés de Narcisse, jeune homme simple, à peine alphabétisé, que l'on découvre les sauvages, leurs moeurs, pour lui évidemment incompréhensibles et détestables. Personne ne viendra le chercher, il  le comprend petit à petit et va survivre en devenant un sauvage à son tour, mis à nu, tatoué, toujours hébété, sans langage.

Très vite, le récit de Narcisse est entrecoupé des lettres qu'Octave de Vallombrun a envoyé pendant des années à son mentor, silencieux pendant tout le roman, M. le Président d'une société anthropologique telle qu'il pouvait en exister avant que le darwinisme ne vienne " éclairer" quelque peu l'idée de la création divine figée dans sa perfection d'homme blanc. Octave est un jeune homme fortuné, aristocrate, amateur de découvertes géographiques et de Terra incognitae à étudier. Sauf qu'il n'y en a plus beaucoup, qu'il est un peu déçu et s'apprête à renoncer à son devenir de grand découvreur, quand, un peu par hasard, il se voit confier le sort de Narcisse, retrouvé par hasard aussi, sur la plage de l'île où il n'attendait plus personne, dix-sept ans après son abandon, et embarqué jusque Sydney où l'on sait trop quoi faire de celui qui est devenu "Le sauvage blanc", ayant pris leur apparence, ne parlant plus sa langue "civilisée", ne connaissant plus son nom d'avant.

Octave y voit un sujet d'étude intéressant et un moyen de faire progresser la science. Et c'est là que les récits se croisent, comment le blanc a été gobé par les sauvages et comment le blanc savant tente de le faire se reciviliser. Les dix-sept années de Narcisse sur l'île ne seront pas racontées mais le récit mène l'évolution de l'un et l'autre cheminement. Muni de de ses certitudes civilisatrices, Octave pense d'abord faire oeuvre, trouver la lumière mettant en mots l'obscurité, puis se met à douter, face à un Narcisse silencieux, heureux ? On ne le sait. Mais du coup, le roman évite l'écueil de la grande leçon de morale humaniste à coup de fraternisation entre le pygmalion raté et sa créature échappée.

Il reste que, et si Robinson faisait moins le malin sous le cagnard et sans biafine ? Et si Vendredi lui mettait un bon coup la pâtée à la course de pirogue ? On peut rêver.

Athalie

PS : relire Les derniers géants de François Place, sans pleurer cette fois, vu qu'on connait la fin.

Le commentaire par où cette lecture est venue : http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/03/choc-des-civ...

31/05/2012

Pierre feuille ciseaux Maylis de Kérangal

pierre feuille ciseaux maylis de kérangal,romans,romans français,nouvellesOn peut passer à côté de ce petit texte ciselé ( surtout que la couverture est vraiment très moche, mais vraiment si moche que si Maylis de Kérangal, la belle, charmeuse, pertinente, Maylis de Kérangal n'avait pas été assise derrière la pile à "Etonnants Voyageurs", jamais je n'aurais pensé à prendre en mains ce truc verdâtre et en plus à donner de l'argent pour que cette mocheté se retrouve dans mes étagères), et pourtant, c'est une petite pépite avec une âme dedans, voire plusieurs.

Trois lieux sont décrits, trois lieux de Saint Denis, si j'ai bien compris, comme des territoires distincts et circonscrits, avec leurs habitants dedans qui se cognent aux frontières invisibles, qui tournent en rond dedans, se cognent aux choix architecturaux, ou plutôt aux aléas de ces choix, qu'ils vivent, eux, de l'intérieur, les subissent sans même le savoir. Ce que l'espace où ils vivent fait aux gens qui tentent d'y vivre ...

Chaque description de lieu suit le fil du jeu : pierre, feuille, ciseaux, ce qui plombe, ce qui tranche, ce qui s'envole quand même, et chacun est la toile d'une mémoire. La première est celle de la jeune fille de la cité-jardin, elle y a vécu une certaine solidarité, entre des pavillons ouvriers, des baisers furtifs effleurés dans les contre allées, chef de bande dans les potagers où on chapardait des pommes, elle a sillonné les rues en jouant, puis en scotter, pour en sortir, puis elle y est revenue, dans la  petite maison des années 50, en parpaings à la gloire des années des trente glorieuses. Sauf qu'elle ne s'y sent plus vraiment chez elle, méfiante devant les rideaux de fer fermés des épiceries d'antan, remplacés par les vitrines "halal" exotiques, illisibles, inquiétantes. A ce quartier, s'adosse, l'autre, le dangereux, l'ensemble des "grands papillons", jamais fini, mais qui s'est clos sur lui même, des barres d'immeubles où sont arrivés les immigrés au temps où la France avait besoin d'eux. Ils se pensaient conquérants de leur dignité mais leurs fils y tournent en cage invisible, le seul territoire qu'ils peuvent maitriser, le seul où ils ont le pouvoir. La troisième mémoire est encore toute petite, le texte restreint le quartier aux dimensions d'une boîte à chaussures qu'une petite fille explore pour pour se souvenir de sa place dans le monde, y mettre des fils qui l'ancreront quelque part.

Maylis de Kérangal vous nostalgise et vous ouvre les papilles du coeur, elle retaille l'espace à coups de mots et de rythmes qui font bang dans la tête, elle refait le patron de la banlieue en marquant les coutures à coup de craies biseautées.

Athalie

PS : pour les curieuses qui meurent d'impatience ( si, si, si ...je suis harcelée de mails !) pour savoir ce que Maylis de Kérangal ( la belle, la charmeuse, la sublime ...) à répondu à ma question parfaitement pertinente (mais si, mais si, mais si ...) : la réponse est "oui"

28/04/2012

Bifteck Martin Provost

bifteck,martin provost,romans françaisIl était une fois un bébé boucher, baptisé platement André. Il n'a pas ni chateau, ni coursier blanc mais des parents, propriétaires d'une boucherie, à Plomeur, en Bretagne, Bretagne  qui semble profonde. Prédestiné successeur de ce royaume étriqué, son premier mot sera "Bifteck", ses lectures du soir se contenteront d'un os à moelle à ronger, son alphabet à la liste des noms des morceaux d'animaux tranchés et découpés, qui en deviennent parfois poétiques. Il n'est même pas beau, cheveux gras et corps adipeux, quand il est content, il se tâte les entrecôtes. La bidoche comme passion, ça sent pas le prince charmant. Et pourtant ... L'acorte Jeannine Le Meur, comme un aimant attiré, va être la première à profiter et à gouter de ses talents jusque là ignorés  : il fait " chanter la viande" et vibrer d'extase celle de sa conquête involontaire. La langue de Jeanine ne va pas en rester là et soucieuse du bien être de ses congénères, dont les maris sont partis à la guerre, elle répand la nouvelle merveille. c'est alors que la queue se fait devant la boutique pour tâter de la bestiole sous couvert de ravitaillement ( j'ai oublié de dire que cela se passe pendant la première guerre mondiale ...) : il y en a tellement que l'élue sait qu'elle est l'élue lorsque le morceau de choix, l'araignée, lui échoit.

Evidemment, toutes ses copulations mirifiques ( et derrière la cathédrale) ne sont pas sans conséquences ... Et comme les six mains et une princesse au petit pois, arrive l'élément perturbateur. Les maris au front reviennent du front et l'amant va devenir papa-bifteck et entrainer ses petits dans une étrange odyssée,bien loin de la boucherie et des femmes à la chair blanche.

Un conte, une fable, une affabulation, un Rosa Candida mais à la sauce bien mineure, pas sanguine, mais moins lumineuse, sans roseraie mais avec île. Ce n'est pas le même étrange charme mais pourtant le même fil de ce que l'amour paternel fait aux grands enfants. C'est drôle et distancié au début, et puis on finit  on finit par s'égarer dans une sorte de remake de Vendredi ou les limbes du pacifique, plutôt pas appétissant et dans le pied de nez final, j'avais perdu l'entrain.

Athalie 

25/04/2012

La salle de bain du Titanic Véronique Ovaldé

titanix.jpg"Tous ceux qui n'ont pas de nombril sont des martiens". Deux enfants sur une plage en été scrutent les ventres des vacanciers : Jules, neuf ans et Vienna, six. Quelques étés plus tard, sur la même plage, elle, elle, ne quitte plus sa serviette, assise près de sa mère qu'un cancer oblige à porter perruque, et Jules,lui,  n'a plus de consistance. Parce que cet été-là, elle n'a pas trouvé de martiens, non, mais deux orques se sont échouées sur la plage et qu'un matin de cet été -là, la petite fille blonde, blonde sable, dont le père s'est assoupi un moment, va aller un peu trop loin et pas toute seule dans les dunes.

J'ai échoué sur ce livre-là, entre autre, mais principalement parce que la petite fille blonde qui est allé trop loin dans les dunes toute seule, et qui ne va rien dire à son papa assoupi,  aurait mérité un traitement littéraire moins par dessus la jambe. J'ai échoué parce qu'après le premier chapitre, je n'ai plus vu l'intérêt du second, ni du troisième (encore moins du troisième en fait, mais comme il n'y en a que trois, ça fait quand même deux en trop, enfin, à mon petit avis).

Selon A.B., qui avait mis son veto sur cette lecture, Véronique Ovaldé s'est égarée dans la pub pour Citroën, ( Renault, Twingo ... pas retenu le nom du truc qui roule et qui ne vogue pas, ça c'est sûr). Le Titanic s'est échoué aussi, ce qui n'est pas une raison pour surfer sur la vague de la commémoration. Je ne sais pas si cela a un rapport, ni cela vaut vraiment la peine de se poser la question, tellement le charme, volatile, de cette lecture anecdotique ne passe pas les premières pages. Passons donc notre chemin et voguons vers d'autres moyens de locomotion littéraires.

Athalie

Du même auteur sur le même blog : Des vies d'oiseaux

PS : ce qui ne remet pas en cause, le beau principe de l'échange des A. Je finis de digérer Bifteck (offert par A.B). 

REPS : A.B. avait raison

Im-renault.jpg

21/04/2012

Avenue des géants Marc Dugain

avenue des géants,marc dugain,romans français "Etre, c'est être coincé" nous annonce Dugain en citant Cioran avant de commencer son histoire. Pour sûr, Al Kenner, le narrateur de cette histoire est coincé de toutes parts : coincé entre ses divers aieux déglinglés, mère, pére, grand-mère... coincé entre son corps et son mental. Le pauvre gars mesure 2m20 et a un QI exceptionnel, ce qui semble toujours être un paradoxe. Mais aussi coincé dans son époque (les années 60 au USA) qu'il ne comprend pas parce qu'elles ne lui ressemblent pas. Al n'est pas le monstre du Dr Frankenstein, ni  George de Steinbeck pas plus qu'il n'est Ignatus de "La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Tooole. Et pourtant on ne peut s'empêcher de penser à ces géants prisonniers de leur corps luttant contre un monde qui n'est pas à leur mesure. La différence, c'est que Dugain ne rend jamais Al un tantinet sympathique. Pas de sympathie donc, ni même d'empathie, terme que le narrateur finit par employer lui-même vers la fin du récit. Ce qui transporte le lecteur, c'est le regard mauvais que jette Al sur ces années qui souvent nous fascinent. Les hippies:"On n'avait jamais vu une humanité si loqueteuse, peinturlurée des pieds à la tête (...). Ce parti pris de l'enlaidissement devait bien correspondre à quelque chose". Al ne comprend pas et Dugain ne livre que peu d'indices pour remettre le phénomène hippie dans son contexte social et politique.  Ce n'est probablement pas son sujet et c'est un peu là le problème de ce roman: les passages psychologisants du début cèdent la place à une sorte de road movie mais on va où? Difficile à dire, mais il reste un rythme, des passages en couleurs dans un roman en noir et blanc, des passages qui tentent de brosser un tableau abstrait de l'innocence et de la culpabilité.

Sur cette avenue, Al semble être le seul géant, et çà, c'est insoutenable.

Anonymous

Du même auteur sur le même blog : L'insomnie des étoiles