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15/04/2012

La noce d'Anna Nathacha Appanah

Elle m'a bien énervée, celle-là, la narratrice, la mère d'Anna, Sonia, qui en ce jour, marieimagesCA5E1FTT.jpg sa fille. Depuis quand les mères qui marient leur fille se mettent à être plus jeunes que moi, qui fais toujours des couettes à la mienne. ça m'a fichu un coup de vieux ! presque un coup de cafard. En plus, ce mariage la déprime, la contraint, l'afflige et lui nuit. Je me suis dit que j'étais bien partie là pour poser le bouquin. J'avais craqué sur la couverture, elle m'avait fait penser à Coeur cousu, un beau tissu moiré et de fines mains qui brodent ...

Que nenni ! Que nous en sommes aux antipodes de la mère courage hispanique et féérique. Nous sommes dans l'ici et le maintenant. Mais, elle a aussi son courage à elle, cette mère qui marie sa fille, finir la journée sans faire honte à Anna, c'est son chemin de croix à elle.  

Pensez ! Elle est ultra normée, Anna, et sa mère est trop originale pour elle. Pensez ! Anna ne boit pas, ne fume pas, a fait des études scientifiques, se marie en blanc ivoire, des petites fleurs discrètes dans les cheveux, a fait l'emploi du temps chronométré de la journée de sa mère, surtout, pour que cette dernière ne fasse pas un pas de travers. C'est vrai que moi, ça me ferait un peu peur une fille pareille. En plus, elle se marie avec un notaire, un jeune, qui semble aussi lisse qu'une page blanche. On espère juste qu'ils ont un peu consommé avant, quand même, ces extra terrestres.

Sonia fait tâche parce qu'elle est originale. Pensez ! elle écrit des livres, aime les vieux bouquins qu'elle stocke dans des caisses, fume des cigarettes et aime parfois marcher pieds nus ( comprendre qu'elle a une fois enlevé ses chaussures pour se poser dans l'herbe, et elle a même une photo de son pied, avec tatouage, prise par un inconnu qui flashait par là. C'est dire la classe). Le livre raconte donc ses efforts pour se contenir dans les marques posées par sa fille, car c'est son jour à elle, son grand jour, et Sonia se contient. Un flash-back nous explique sa solitude, le mal-être ne date pas d'Anna, mais d'avant, de son départ d'origine, celui de son île paradisiaque d'enfance, de ses parents jamais revus, de son silence à la fin de l'histoire avec Marc, le père inconnu d'Anna, un père au corps constellé d'étoiles filantes et qui a filé, sans savoir qu'il était père. Jamais elle ne l'a recherché et jamais elle n'a connu sentiment aussi entier et serein que cet amour-là. Mis à part cette nostalgie qui la tient, cette mère finit par toucher juste dans cette pudeur impuissante des mots, cette voix qui ne peut dire son amour à sa fille, sa si aimée et si différente fille, qu'elle voit partir, qu'elle a toujours vu partir en fait, qui l'a toujours retenue aux bords des paroles. Dans cette relation mère fille si fragile que finalement, tout bien compté, l'époque des couettes, je veux bien qu'elle dure plus longtemps.

Athalie

06/04/2012

Corps Fabienne Jacob

épilateur.jpgDès la première page, je me suis dit : "Mince (en pire), ça sent le Angot, ce truc ! ". Angot, je peux pas, j'ai lu deux pages il y a très longtemps mais je n'ai jamais oublié le goût qui me grince : les phrases courtes, le verbe comme comme un glas, le JE qui tonitrue l'intime glauque du JE, dressé comme un étendard phallique. Je peux pas.

Là, j'ai pu parce qu'il y a des moments pas trop Angot, mais d'autres si quand même.

La narratrice adulte (le "Je indéfini qui nous parle de nul part" ....) est esthéticienne : elle cotoie, malaxe, les corps des femmes qui ont pris rendez-vous pour (ce qui me fait froid dans le dos, moi aussi, je me fais épiler les gambettes par une spécialiste du poil, la prochaine fois, je vais la regarder autrement, me méfier, c'est un coup à retourner à l'usage du rasoir, je vous le dis les A. !). Elle n'a pas que du beau et jeune corps bien ferme qui défile sur la table ( d'opération ? de dissection ...), les flasques, les tout maigres, les gélatineux, les fripés aussi. Et quelques spécimens nous sont ainsi livrés : la bouchère, Adèle, Ludmilla, Grâce.... Elles passent par ses mains et son regard, scalpel silencieux et sentencieux qui sort des vérités premières à la vitesse à laquelle mon épilatrice à moi arrache les bandes de cire : "La perception des corps que j'ai est la mienne", " Je sais moi quand elles sont belles. Les femmes, c'est mon métier, elles sont belles quand elles sont dans leur vérité" ( J'en frissonne encore). Sans compter les classements péremptoires, les femmes qui ressortent de là tartinées de crème stigmatisante : quoi ? Il y en a qui regrettent leur peau lisse, n'acceptent pas leurs rides, ni leur cellulite, ni le flasque de dessous des bras. Honte à elles ! 

Elle se prend pour qui l'esthéticienne-philosophe ? j'en ai le poil qui se durcit.

 Et la bouchère, la pauvre bouchère, la potiche derrière le comptoir qui a perdu ses rêves d'enfants, tas de chair blanche, molle et frigorifiée, le boucher, lui ,évidemment et rustaud et rougeaud. Ben oui. Forcément. La bouchère littéraire devrait quand même se décider à faire une pétition pour avoir un mari bronzé, svelte et fan de Proust.

Pourtant, quand on sort de l'institut ( pas épilées mais bien rasées de près), il y a des moments qui font de la douceur : les deux soeurs ( la narratrice adulte et Else), en grande extase interrogative devant les bas de soie de leur mère, soigneusement étalés sur le couvre lit bien tiré du domaine conjugal, cherchant le mystère des draps froissés, le grand mystère de ce que font les parents la nuit ; la cinématographique Grâce, la grâce d'une route blanche et les deux yeux d'un phoque, la tristesse de Ludmilla, de ses caleçons moulants et du gloss juvénile, qu'elle ne devrait pas, soit, mais pour qui on a envie de demander grâce, pitié pour nous, pauvres corps livrés au sadisme de l'âge !

Si en plus, les esthéticiennes s'y mettent, je renonce à ma carte de fidélité et aux échantillons gratuits de crème anti-rides.

Athalie

04/04/2012

Lourdes, lentes Hardellet

imagesCAHOT9RM.jpgD'où qu'il me ressort des tréfonds de mes étagères celui-là ? Une réminiscence de Crébillon fils et des Bijoux indiscrets, et voilà Hardellet qui pointe sa curieuse plume, et sa belle été.

Je le ressors des tréfonds. Ben, lui aussi il a vieilli ... Couverture d'un jaune-cigarettes, il a dû en sentir plus d'une griller ... tâche de café sur le dessus, normal, le café va avec. Il a dû prendre l'eau aussi à un moment (dans un carton, dans mon sac ?) Il est un peu frippé du dos, courbé de la hanche, corné de la tranche.

Comme je l'ai souvent rouvert aux mêmes pages, il y va tout seul posé sur le bureau, prêt à être noté, consentant. C'est beau la fidélité, quand même, je relis les mêmes paragraphes, me relaisse prendre par le portrait en pied de Germaine dont je ne cite que les moins ... affriolantes parties ... " Son ventre. Bombé, large. Un ventre pour des enfants. Un foc fendu par le vent. Un ventre de pleine mer au calme. Ses cuisses. Le colosse de Rhôdes, l'été."

Lourdes, lentes, un titre que j'ai toujours eu envie de mettre au singulier, tant c'est Germaine, la première amoureuse du narrateur, Steve, qui chavire ces pages. Germaine, c'est la bonne de ses parents, dans leur maison de campagne, elle l'attire, le désire, il a douze ans et elle, vers vingt. Elle est plantureuse comme un Maillol des champs. Il pêche la truite et découvre le bon pain de ses rondeurs accueillantes, large comme une péniche dit-il. C'est rond. Très doux avec des "mots sales" qui ne le sont plus tant le goût de l'été et de son corps fondent comme une brioche.

Après, il y aura d'autres amoureuses et d'autres corps, aussi ronds peut-être, mais moins pleins, moins été et odeurs de pâtés de lièvre, plus cuirassées comme des avions, plus moderne, et le charme s'effrite.

Germaine et l'érotisme à l'état pur en charentaises aux bouts retournés et en porte jarretelles, sinon rien.

Athalie

27/03/2012

L'insomnie des étoiles Marc Dugain (note de rattrapage)

marc dugain,roman françaisCe n'est pas le roman de Dugain que j'ai préféré, mais " le pas mal du tout quand même" étant plus facile à rattraper, parfois, que "l'excellent "qui résiste à la note, ( voir en bas de la page deux liens vers deux présentations du Seigneur des porcheries, roman qui m'avait si sciée que je me lancerai pas dans un rattrapage sur ce coup là, vu que tout y est dit), je reviens vers cette "insomnie", moins percutante que La malédiction d'Edgar ou Une excécution ordinaire, mais quand même.

Dans un monde d'abord "infini et clos", flottent Maria, sa faim, sa soif, ses bribes de souvenirs. On ne sait quand, ni où, ni qui elle est. Une ferme, un silence, une adolescente, on avance dans un brouillard dense et lourd. Y a du danger autour, c'est sûr, ça se sent dans le vent, dans l'immobilité humide et froide. Maria a perdu ses lunettes, c'est peut-être aussi pour cela qu'on y voit pas très clair. En tout cas, du coup, elle ne peut plus lire les lettres qui sont arrivées, celles de son père, lettres silencieuses, donc d'un disparu en uniforme. On dirait que c'est tout ce qui lui reste. Mais de quoi ? Le brouillard stagne et l'écriture, prégnante et serrée fait qu'on voudrait le trouer. Doucement, quelques éléments bougent, profilent des contours : une sorte de débacle, des profiteurs rodent, inspectent repartent, reviennent, se servent. Maria s'en cache, se terre dans les coins. Mais où et quand est-elle ? La ferme est vidée, un cadavre reste, encombrant, se décompose sans se laisser oublier. Le temps passe, c'est un eu plus de lumière, et apparait droit dans ses bottes un capitaine en uniforme, Louyne, sauveur ? prédateur ? sauveur, ouf. Il récupère Maria et on commence à peu mieux voir le paysage historique.

Donc, on est en Allemagne, après la défaite nazie, les alliés viennent faire le ménage. Le village où les français ont été affectés à la remise en marche du normal, est dans le sud du pays. Petit, perdu, rien de bien grave ne semble s'y être passé. Le nazisme les a frôlé de son aile, à en croire les habitants, sans que l'apocalypse fasciste n'y ai pris corps, ni âme. Soit.

Sauf que Maria a un truc qui cloche, et le village aussi, finalement, et que les deux sont quelque peu liés, ce que Louyne va chercher et trouver. Enquête policière au pays des amnésiques volontaires, le roman donne à voir l'arrière du fond du crime, rend visible l'infâme ordinaire, puis l'infâme tout court. Ce qui est petit à petit ainsi révélé n'est peut-être pas  aussi surprenant, aussi mystérieux qu'on ne soit complètement chamboulé et retourné. On peut  y voir évidemment une faiblesse romanesque. Maria ne devient qu'un prétexte, un fil d'Ariane, elle s'efface, se dilue dans l'histoire si sombre de la Grande. Louyne, oui, un peu trop toujours droit dans ses bottes, sans doute, justement parce qu'il n'en a pas des doutes. Résolument du côté du bien. Le romanesque aurait aimé un rien de vacillement, un peu moins de minimalisme lapidaire, un pas de côté, même un petit ...

Dommage, sans doute, pour le roman, ce qui n'enlève rien me semble-t-il, à la qualité du propos, la justesse de la démarche. Le romanesque peut sûrement passer après l'histoire, quand l'Histoire doit être dite. Ce qui est super sentencieux, comme phrase droite dans ses bottes, d'ailleurs.

Athalie

Donc, Le seigneur des porcheries ....

http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/03/le-seigneur-...

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2009/12/seigneur-des-...

qui est aussi un "must" de A.B, d'ailleurs, c'est par elle que comme souvent, j'ai ouvert ces pages !

 

02/03/2012

Tangente vers l'est Maylis de Kérangal

Construction-du-Transsiberien--3-.jpgTangente vers l'est, prendre la tangente, sortir de la liste prévue, pour aller voir ailleurs. Va falloir que je me recadre. C'est parce que j'avais un moment à attendre, près d'une libairie, et donc, je suis rentrée dedans :  autant attendre dans un endroit où l'on puisse lire quelque chose plutôt que de rester sur le trottoir à faire semblant de s'intéresser à l'affiche qui trône au milieu de la vitrine d'à côté annonçant la prochaine exposition  de l'aquarelliste local. (Je n'ai rien contre les aquarellistes locaux, je m'empresse de le préciser, juste contre le fait que sur leurs affiches, il n'y a pas grand chose à lire). Et A.B. m'avait touché un mot de cette dernière publication de Maylis de Kérangal, vu qu'on a bien aimé toutes les deux Naissance d'un pont.

Il semblerait que ce soit un ouvrage de commande, un voyage payé dans le Transsibérien contre une production écrite parlant du voyage dans le Transibérien : ce qui se sent un peu, j'ai trouvé. Autant Naissance d'un pont avait réussi à, comme le dit A.B. faire qu'on se retrouve passionnées par des histoires de plaques de béton, de fils aériens en acier et de boulons, autant là, ma foi, les wagons m'ont peu transportée. Pourtant, il est attachant Aliocha : un jeune recru embarqué pour le service militaire et une destination inconnue, quelque part en Sibérie. Et il ne veut pas y aller. Il a tout fait pour ne pas y aller, jusque errer la nuit dans les bars pour se trouver une fille avec qui faire un enfant ( Ben oui, visiblement, un sixième mois de grossesse suffit au pas encore jeune père pour être exempté). Du coup, il est balloté dans ce wagon de troisième classe, où les autres comme lui, éructent, s'imbibent et jouent à qui aura la quéquette la plus grosse. Ce qui l'interesse peu, lui. Donc, déserter, quitter le train, sans même savoir ce qui il y a autour. C'est lourd, collant et poisseux, et en même temps, on lui met un visage, une histoire. C'est lorsque les figures féminines rentrent dans le plan de l'évasion que l'histoire se gâte, quelque chose de plus convenu : la belle étrangère qui fuit un amour qui s'est égaré, deux maternelles protectrices dont ne sait trop ce qui les fait pousser le balai, et la chansonnette presque finale et vraiment de trop.

En attendant le prochain, par conséquent. Et "les prodigieuses créatures" piaffent ...

PS : il y a quand même une scène croquignolesque sur les passagers découvrant le lac Baïkal.

 

14/02/2012

Le gardien du phare Catherine Hermany-Vieille

imagesCALP07YF.jpgUn roman d'atmosphère, pas vraiment ma tasse de café. Un roman de femmes qui commence par une mystérieuse traversée pour un non moins mystérieux exil. Trois femmes (condamnées ? consentantes ?) se retrouvent coincées sur un îlot minuscule visiblement, sans vivres ni abri, non loin de l'île aux chiens d'où elles viennent. Pas avenant, plein de brumes hivernales du grand nord canadien. Un univers rude de marins et fermé, bien clos, sauf aux vents, évidemment, et aux poissons. Un monde de taiseux rabougris ; le curé, le médecin, le notaire, un père, et de taiseuses sans enchantement ; les mères, l'épicière, les exilées elle mêmes ; Mathilde, la scandaleuse, la révoltée par le sexe, Anne, l'étrangère, venue s'échouer là pour perdre un amour fantômatique, Camille, la fragile aveugle à la peut-être langue de vipère. Chacune va livrer sa petite histoire au compte gouttes. Et encore, on n'a pas toutes les gouttes. Sur l'île aux chiens, ceux qui y pensent donnent d'autres liens bien ténus.

Tout cela respire l'artifice à plein poumons et du coup on sent à peine la mer, ce qui est dommage vu qu'il y en a partout. Remarquez, on ne sent pas non plus les poissons, ce dont on ne peut pas se plaindre. Et puis, le coup du gardien du phare reconverti en ange de la mort ... Et la vie des femmes est parfois bien dure, ben oui, ma bonne dame ! Heureusement, c'est pas mal écrit et tellement court qu'on s'ennuie peu et que l'on passe à autre chose ...

Athalie

26/01/2012

Le soleil des Scorta Laurent Gaudé

imagesCAQXGH40.jpgPour prendre un coup de soleil derrière la tragédie racinienne (j'ai un truc avec Racine, je ne sais pas quoi ....)

Dans un soleil de plomb, sur un âne désertique, un homme monte prendre sexe et vengeance. Le chemin a été long et il ne survivra pas lontemps ni au sexe, ni à sa vengeance, mais comme il ne sait pas encore, il monte. Falaises et mer. Sec et aride comme un western spaguetti. C'est le premier des Scorta, il sort de prison, c'est un vaurien, un voleur, il vient chercher celle qui lui revenait, selon lui, une belle fille du petit village qui se terre tout en haut, ramassé dans les silences de ceux qui connaissent tous les secrets depuis longtemps et n'ont pas besoin de parler pour supprimer celui qui n'est pas des leurs. D'un silence de femme frustrée, oubliée, d'une erreur, d'une confusion, presque risible, l'homme va fonder la lignée des "maudits" : de lui naitra un autre père, bâtard exilé mais qui deviendra richissisme, et respecté, finalement, pour ça, bandit de grand chemin même pas au grand coeur, âpre comme une trique, pas goulaillant pour un rond et même pas amadoué par ses enfants, deux fils et une fille, privés d'héritage, forcés d'aller vers l'ailleurs. Ce qui était une chance donnée, en fait, une drôle de chance, celle de sortir de "là", de leur destin, de la malédiction.

Quelques moments à relire pour se souvenir quand la sauce tomate prend, elle peut être vraiment goûteuse, avec des effluves de basilic, du granuleux sous le pain, de la poussière et de la sueur qui colle aux chemins de terre et aux maisons de pierres, et comme un goût de bureau de tabac : le discours de Rocco aux villageois pour que l'accent de la malédiction éternelle résonne encore, le retour au village pour que l'échec soit magnifié ( à ce propos, revoir "Golden door")  la scène du repas sur le trabucco, pour que la fraternité prenne corps à coups de poissons partagés, de photos fièrement posées et de grappa atiédie, le soir.

Parce les vieilles lectures n'ont pas toujours le goût de bouchon !

Athalie

A lire du même Eldorado et La mort du roi Tsongor


The golden door bande annonce par Hisaux

27/11/2011

Plage Marie Sizun

marie sizun,plageLa couverture est ninichisme  : de de "nini", "ni kitsch ni à faire" et de "chisme", dérivé poli de "à chier". Le ninichisme n'a peur de rien, même du pire. Donc vu que le titre du roman est Plage, la couverture représente une plage, genre bretonne, vu que ça se passe en Bretagne, on reconnait à cause de la petite presqu'île rocheuse qui s'avance vaguement derrière avec la grande maison dessus et les pins parasols. La Bretagne sud quoi ... ou nord d'ailleurs, mais pas Lorient et son port de pêche en tout cas, ni Quiberon et ses baraques à frites, ni Saint Malo et les plateaux de fruits de mer avec les algues en plastique dessous, histoire que les anglais ne les mangent pas en salade, non, la vraie Bretagne, celle des cartes postales ou des aquarelles vendues la peau des fesses à Carnac ... Vu que l'héroïne est une femme seule qui attend son amant marié pour une semaine (sauvage ??? on n'ose y croire, vu comment elle est coincée ...), sur la couverture, on a une femme seule. Elle dessine ou écrit, un grand chapeau de paille sur la tête, avec une fleur rouge dessus (la symbolique de l'âme passionnée qui se cache en elle, on n'ose y croire non plus ...). Coincée, donc, toute habillée, pas le pull habituel et le paréo, mais une sorte de sarreau bleu ( en contre point harmonique avec la couleur de la mer aquaréllisée, je suppose, sinon, je ne vois pas, parce que les vrais sarreaux bretons sont noirs, je le sais, j'en ai un, acheté à la foire à la brocante de Saint Jacut, A.B. peut témoigner)

Mais une couverture peut être trompeuse. Donc, fi des clichés étalés. L'idée me disait bien : une plage et ses estivants, une petite station balnéaire, un rien surannée, un hôtel. Une femme attend son amant marié (je sais, c'est laborieux, mais faut remettre l'ennui en ordre) et regarde les autres, en famille eux. Voilà, c'est ça qui me disait bien au départ, le voyeurisme solitaire, la petite sociologie du quotidien et du rien. La plage, ça révèle des bouts de conversation (la queue aux caisses de Super U aussi, mais là, je suis moins réceptive à l'écoute des petites humanités qui ne sont pas les miennes...), des saynètes drôlatiques, des morceaux d'intime, des sourires vagues que l'on fait caché derrière les pages de son bouquin dont on tourne vaguement les pages, des petits aperçus de la vie des autres, comme la sienne, mais en moins bien quand même (sinon, c'est pas drôle et je n'écoute pas...)

Il y a quelques traits de cela au début, clichés de vacances tristes, nostalgiques, touchantes quand même : l'ado coincée entre ses parents snobinards, la vieille dame au chien super ridée-bronzée qui crève de solitude, la colonie de vacances pour cas sociaux, la jeune femme divorcée et ses deux enfants, les Allemands qui prennent toute la place (pourquoi des Allemands, les Italiens aussi, ça prend de la place sur une plage, mais pas forcément en Bretagne, soit.). Et puis vient la pluie, et l'ennui, pas seulement celui du personnage, du coup. Y'a bien la virée lamentable à la pointe du Raz, un ratage touristique qui aurait pu être troussé, mais non, les couleurs de l'aquarelle se diluent ... Le pire, c'est qu'après, comme elle perd son portable, l'amant ne peut plus la joindre. Là ça devient vraiment dindissime, tellement qu'on en craint un rebondissement. Le pire, c'est qu'il y en a des tentatives, aussi plats qu'une mer d'huile sans sardines.

Mais je ne vous dirai pas si l'amant arrive ou non, trop fastoche ... De toute façon le quatrième le dit "Qu'il vienne ou non, elle ne sera plus jamais la même", un bouleversement intime les pieds dans le sable et le chapeau de paille sur la tête.

Athalie

PS : explication pour l'illustration : je voulais trouver aussi ninichisme que la couverture, mais trop de choix. Du coup, là, c'est du sable de Gâvres, du vrai. Gris. Avec des cailloux dessus. En face de Lorient.

18/11/2011

Les déferlantes Claudie Gallay

Quand Les déferlantes déferlaient (facile ...) en grosses piles compactes sur tous les rayonnages et que tout le monde disait que c'était le "Best seller" des lecteurs, moi, je faisais un peu la tronche car du coup, ce phénomène de bouches  z'à z'oreilles éclipsait celui du Martinez "Coeur cousu", et que mince qu'est-ce c'était que ce bouquin-là, forcément moins bien que mon succès à moi de ma bouche à mes z'oreilles et pas que moi, évidemment, mais quand même.

KS-POLOCHONBLAN-65X20_B.jpg

Finalement, une fois qu'il fut sorti en poche, je l'ai laissé attendre encore un peu, histoire qu'il comprenne bien que je faisais encore un peu la gueule, et puis, "bon, ben, oui, allez, je te pardonne et je ne te lis mon gros coco ...". Gros, oui, coco, on ne peut vraiment dire, moins bien que Martinez, forcément. Mais je me suis quand même laissée prendre ... Comme tout le monde connait l'histoire, je passe et dis juste ce qui m'en reste de bons souvenirs, un peu palis par le temps :

  • Le fantôme de Prévert,
  • L'impression de lire en ayant les coudes posés sur une table de formica derrière une vitre de café embuée,
  • Un huis clos en plein vent, avec un couvercle dessus, comme un ciel breton, même si c'est pas en Bretagne,
  • la maison qui bouge, toujours à cause du vent, et la chambre avec un lit qui doit sûrement avoir un polochon et un édredon. Surtout un polochon, j'adore les polochons, je rêverai d'avoir un polochon, en fait.
  • Les sculptures  de Raphael et son chien empaillé
  • Les chats
  • un certain rythme lent, qui prend son temps pour dire peu de choses, finalement, mais bon.
  • L'art de d'écrire sérieusement des phrases parfaitement inutiles, l'inutilité, c'est reposant : "Il est monté dans la voiture. j'ai entendu le bruit de la portière quand elle s'est refermée. J'ai pensé à la personne qui avait inventé ce bruit". Heureusement, que ce n'est pas un ressort dramatique, sinon, on serait mal. Mais dans le flot, ça passe. Etrangement.

imagesCAY84CMJ.jpgEt finalement, je ne lui en veux plus à ce bouquin. Il a réussi à m'avoir de son côté, un moment calme et doux, presque sans histoire ... peut-être juste pas assez, justement.

Athalie

PS : bonne lecture A.M.L. .....  et autre roman du même auteur à éviter par contre, Seule Venise, la même chose, en plus court et moins bien, beaucoup moins bien, très nostalgie d'une femme seule, aussi, mais à Venise, ça passe moins bien qu'à la Hague, allez savoir pourquoi ? Peut-être qu'il a moins de formica ? et puis les pigeons de la place Saint Marc, ils sont moins porteurs de symbolisme que les goëlands et les mouettes sur la falaise ...

08/11/2011

Courir Jean Echenoz

Avant hier matin, entre autres choses, j'ai essayé de ranger ma bibliothèque, enfin, pour être plus juste, j'ai tenté (en vain), d'y faire rentrer Sanctuaire du coeur à une place logique. Du coup, j'ai dû déplacer les E, et dans les E, il y a les Echenoz, tous les Echenoz, depuis le début, dans leur blanche combinaison de chez minuit, blottis les uns contre les autres, loin des Zola aux grandes machineries qui couinent tellement qu'on les entend venir, avec leurs couvertures toutes différentes, dépareillées et foutraques. Non, les Echenoz, ils respirent l'élégance aristocratique d'un mec qui se permet de ne publier que tous les deux trois ans ce qui fait que ce ne sera pas cette année qu'il y en aura un de plus. Lequel noter ? Parce un blog de lectrices, sans Echenoz, du coup, me paraissait boiteux, presque indigent, voire illégitime.... mais comment noter un truc qui ne tient que par le fil d'un style ? j'ai frôlé l'abandon, le découragement avant même la ligne de départ. Bon, Courir, alors, parce qu'au milieu de Ravel et Des éclairs : la trilogie biographique.

Courir raconte l'histoire de Zatopek, enfin, une histoire possible, revue par Echenoz. Emile de son petit nom, a 17 ans lorsque les Nazis envahissent la Moravie et autre chose à faire que de s'en occuper. Non qu'il s'entraine, il n'est même pas sportif, non, qu'il soit vraiment quelque chose d'ailleurs, il est apprenti dans une usine de caoutchouc et aspire vaguement à autre chose, une figure esquissée, sans grande forme, pas beau, pas laid, mais gentil, avec de grandes dents qui sourient tout le temps. Par hasard, il se met à courir, par hasard, il se met à y prendre plaisir. Et puis, le voilà militaire sous les Soviets, et puis voilà qu'il se met à gagner, une sorte de funambule aux gestes maladroits, aux sourires grimacés dans l'effort, il gagne sans aucun style par contre lui, alors que tout le récit tient dans celui d'Echenoz. A coups, comme toujours, de petites phrases courtes, d'adjectifs rares et juste là où cela dérange l'évidence, l'écrivain rythme la course de celui qui va devenir un héros national, bien que à sa foulée défendante, ou même pas, indifférente et différente, un destin qui passe. C'est drôle aussi, au détour d'une carrière qui se termine un peu comme elle avait commencé, sur des malentendus, simples serrements de coeur quand les défaites arrivent, qu'elles s'enchainent, le corps trahit, c'est logique, pas pathétique, mais toujours sur le fil tenu d'une mélancolie douce d'une légende sportive (paraît-il ...) Zatopeck semble hors du temps, la guerre froide, la réalité du réel, il la voit floue, il n'a pas l'air d'y croire vraiment. Il court dans une histoire décalée, décalquée, comme si elle n'était pas la sienne. C'est prenant comme des images d'archives en noir en blanc, d'un temps qui n'est plus celui de la course, mais juste celui d'un temps qui est passé, pas restitué, entre deux.

Le livre se termine avec une pirouette échozienne digne de toute distance parcourue : "Bon, se dit le doux Emile. Archiviste, je ne méritais pas mieux. "

Athalie

PS : mais comment on fait pour rattraper les mecs qui courent devant, avec si peu de classe ? Bon, je dirais une autrefois ma fascination pour la course à pied. C'est comme Port Royal, l'ascétisme, tout ça ...

 

03/11/2011

Le désert de la grâce Claude Pujade-Renaud

Pour moi ce roman, c'est une lecture vallonnée ...le désert de la grâce,claude pujade-renaud

L'histoire du monastère est retracée par une multitude de voix féminines, qui en disent chacune un petit fragment, (d'ailleurs parfois plus au moins le même) ; la tranquilité, la douceur, la magie du vallon, l'élévation de la grâce, la grâce du lieu, celle d'une volonté d'être autre que dans le siècle, d'avoir une pensée propre face au monarque tout puissant qui irradiait là-bas, à Versailles ... Elles sont  nombreuses ; la propre fille de Racine, l'archiviste copiste, une prieure, une deuxième, une soeur converse, le fils du médecin de la communauté (quand même un homme), la soeur de Pascal ... elles prennent parole et papote de la grâce jansénistes et des persécutions suite à la bulle papale, comme les A. de leur dernier Etonnants Voyageurs quand elles auront 80 ans.

Port-Royal me fascine, soit, ce site détruit par un harcharnement hors de proportion, Louis XIV en a même fait exhumer les corps du cimetière, mais trop de Port Royal tue le Port-Royal. Tous les personnages parlent de Port-Royal, s'occupent de Port Royal, se souviennent de Port-Royal, ont été arrachées à Port Royal. A croire que toute les femmes du Paris de la fin XVIIème n'avaient que cela à faire. Il y a aussi la Duparc, maîtresse aimée de Racine, qui s'en fiche comme de son premier rôle, elle, de Port Royal, mais elle ne cause pas beaucoup.

Pourtant, ce bruissement des voix, cette répétition du souvenir, échappe à l'ennui, comme si ce lieu et cette foi, cette résistance au pouvoir, cette sorte d'épopée en sourdine que fut celle de ces religieuses, insoumises dans un siècle où le pouvoir ne pouvait tolérer un murmure contre les clairons du roi soleil, ne pouvait être éclairée qu'ainsi. Le mystère demeure, pas tant celui de savoir si cette fameuse grâce est donnée par dieu (les jansénistes)ou s'acquière par les actes (plus ou moins les autres), mais celui d'avoir pu faire entendre une volonté d'agir selon sa conscience, de lire et d'agir par soi-même, d'instruire, de transmettre.

Je ne comprends toujours pas Port-Royal et on ne sait toujours pas si Racine a, ou non, assassiné la Duparc. Zut. Mais bonne nouvelle ; Pascal n'était pas une pure pensée, il avait des brûlures d'estomac, suite à une histoire de chat qui aurait été tué à sa place quand il était petit. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me rassure.

Athalie

18/10/2011

Le crieur de nuit Nelly Alard

filet-de-peche_940x705.jpgUn petit livre, tout petit et en poche, un livre en passant, qui passait par là et s'en repartira, non sans avoir jouer sa petite musique, cependant.

Le livre commence par la mort du père détesté. Une mort sans joie ni larmes, d'abord montrée du petit bout de la lorgnette : comment faire rentrer le nouveau cercueil dans le caveau familial, qui est déja bien occupé et où les anciens ont été posés sans souci de l'avenir, ce qui fait que le nouveau, il ne va pas pouvoir rentrer, faut réorganiser rationnellement la chose, comme un jeu de bataille navale, comment décider d'un choix de textes pour la messe quand on descend d'une famille de mécréants notoires dans un coin de bigots bretons confits, que dire au prêtre, gentil, mais quelque peu désarçonné devant le vide sans tristresse que laisse le mort, que dire d'admirable sur un père tellement égocentrique, tyrannique et caractériel qu'il vous a bouffé toute crue votre enfance à coups de filets de pêche et de zapping télévisuel. Sans coups directs, juste de l'indirect bien senti.

A petits pas, on va comprendre, le tableau noircit, mais en douceur, si l'on peut dire, la fille dit sa destruction, celle de sa soeur, son frère, (pas sa mère, étrangement, épargnée on ne sait comment) par un homme finalement pitoyable sans être digne de pitié. Des notes burlesques font passer le tout, on se s'attarde pas, on donne juste les grandes lignes, des traces d'explications ce n'est pas fouillé, ressassé, pas martelé. Pas du De Vigan (le dernier, j'entends, Rien ne s'oppose à la nuit) quoi.

Athalie

17/10/2011

Les âmes grises P. Claudel

jardin-evolution-belles-jour-img.jpgDes femmes fleurs et des hommes passent et vivent dans un brouillard ... La guerre tonne derrière, des soldats se soulent et meurent après, d'autres arrivent, les fleurs fanent ou sont déracinées, par des hommes, noirs.

La figure centrale est celle du procureur, veuf lugubre qui traine une sorte de carcasse vide, de masque solennel, glacial. Il demande la peine de mort comme d'autres un dessert qu'ils ne finiront pas. Pas un monstre, mais une machine à rendre la justice, enfin, une certaine idée de la justice, tranchante. Ce n'est pas vraiment de sa faute, mais bon, on ne le saura qu'après. Il croise la route de la première fleur, un petit bouton de Belle de jour, la fille de l'aubergiste, petit chaperon pas éclos, qui va rentrer trop tard chez elle un soir, ou trop tôt, en tout cas, pas au bon moment. Qui l'a cueillie ? C'est le fil rouge du roman, l'enquête sur ce meurtre, mais la pelote se mêle d'autres fils, celui de Véra, la belle institutrice, venue dans le petit village pour être au plus près du front, et donc de celui qu'elle aime, à qui elle écrit, patiemment, peut-être est-il là derrière la colline. Le procureur qui la croise et la regarde, l'invite, parle. Peu, mais bon, c'est un homme qui est perdu dans son silence depuis si longtemps, dans son chateau de la Belle au bois Dormant qui ne s'est pas réveillée ... Et puis les affreux, les salauds, Mierk, le juge, se délecte d'oeufs à la coque devant le cadavre de la petite, le porc satisfait de lui-même, et l'autre, le pas mieux, le militaire fanfaron sanglé dans sa ritournelle à deux balles, traquent les déserteux comme des criminels, méprisent vérité et justice. Le meurtre de Belle, finalement, il disparait dans la grande tuerie de 14-18, là-bas, donc, juste derrière la colline. Et puis le narrateur enquête, comme une ombre lui aussi, entre souvenirs et fascination, lui aussi, il a eu sa petite fleur, sa chance et son grand bonheur.

Un roman lu il y a longtemps, je sais, j'ai eu envie d'y revenir en passant, le côté comédie sociale, image des notables en place que rien ne bouge même quand tout vacille, alors que les petites gens sombrent (ah ! la scène de folie de l'instituteur, le chagrin du père de Belle, tout seul dans son café, pleurant sa peine à coups de gnôle). Un truc comme ça, et puis, c'est un vraiment bon bouquin, il manquait dans les notes.

Athalie

 

12/10/2011

L'affaire Furcy M. Aïssaoui

Garreau1849.jpgOu comment retarder la lecture du Sanctuaire du coeur, en douceur. Un prétexte, une lecture entre deux, c'est bien, aussi. Un petit bouquin, à intérêt documentaire : avec des intrusions d'auteur quand même ( c'est une manie actuelle, ou c'est moi qui tombe dessus ???) : donc, moi auteur, je vous explique que je reconstitue une histoire vraie, avec de la documentation ( ben, encore heureux) mais aussi de la fiction, parce que je, auteur, suis bien obligé d'inventer pour vous interesser, vous lecteurs .... Mais bon, la quantité reste raisonnable.

L'histoire reconstituée avec des trous est celle de Furcy, esclave qui n'aurait pas dû l'être, parce que sa mère avait été affranchie, deuis bien longtemps, et qu'il était, en fait, né libre. Mais, elle ne le lui avait pas dit, ou alors, elle ne le savait pas trop elle-même, c'est un des points d'interrogation de l'auteur, ce qui est légitime. En tout cas, Furcy va mettre 27 ans à faire reconnaître cette liberté à l'administration française.

La Réunion se nomme encore l'île de Bourbon, les blancs commandent et exploitent. Sauf que dans le livre, on pourrait être en Belgique (j'exagère, évidemment ... mais peu) ce serait un peu la même chose, pas pour les personnages, bien sûr, le Belge était lui aussi du côté des colonisateurs mais sans avoir importé chez lui, comme le Français., mais pour le cadre. Je croyais que c'était exotique, moi, l'île de Bourbon, ben là, c'est plat. Il n'y a pas de couleurs, pas d'odeurs, pas de bruits ... Tant pis pour les palmiers, finalement, c'est l'histoire d'un esclave, on peut supposer que les cocotiers c'était pas son truc.

Sauf que c'est plat aussi pour le reste, peu de sensations, de plantations, le minimum pour situer. Quelques figures d'esclavagistes se dessinent puis renoncent à vraiment exister, absorbés par le plat. Même Furcy, on ne le voit pas bien, noyé dans une histoire qui n'a pas été écrite, qui n'a laissé de traces, la sienne, celle de l'esclavagisme du côté des esclaves. c'est le mérite de ce petit bouquin, il sort quand même d'une totale obscurité une petite silhouette.

Autre intérêt complètement égoïste, celui là, c'est que cette petite lecture de transition m'a donner envie de m'attaquer au troisième tome de la trilogie de Smartt Bell ( superbe premier tome Le soulèvement des âmes). Et puis, on se rapproche du Vietnam, géographiquement parlant.

Athalie

 

 

01/10/2011

Eux sur la photo Hélène Gestern

barthes.jpgLa première page a quelque chose de délicieusement surrané, une belle femme, deux hommes, une complicité, un instant fixé. A chaque fois que je lis une description de photo, je pense à ce qu'en a dit Barthes (je sais, ça fait pédante, mais c'est vrai) dans La chambre noire ; quelque chose qui dit dans que lorsqu'on regarde une photo, on regarde forcément la mort d'un instant. (Evidemment, c'est plus long et c'est mieux dit, mais j'ai la flemme d'aller chercher l'extrait). Je ne sais pas pourquoi, ça résonne juste, pour moi en tout cas. Je ne pense jamais à ça lorsque je regarde une photo, une vraie, celle de ma vie normale, mais uniquement quand j'en trouve une dans les livres. (J'arrête ma psycho à deux balles, les A. sont moqueuses)

Une femme, Hélène, ne sait rien de sa mère, sauf que la belle femme, à la raquette de tennis, sur la première photo, c'est elle, rien de rien du tout d'autre, à un point que s'en est quand même quelque peu artificiel.  Pourquoi qu'elle a pas régi avant que son père soit mort et sa belle mère atteinte de la maladie d'Alzermer ? (Trop fastoche Alzermer ....) Donc, au lieu de demander avant, elle a passé une petite annonce dans Libération après. Un certain Stéphane répond, un des deux hommes de la hoto, c'est son père, sauf que lui non plus ne sait rien de rien. Le fils du troisième, on saura plus tard pourquoi il ne risquait pas de se manifester. Une mère disparue dans la nature depuis l'enfance, un père mort depuis des années mais qui, même vivant, était un fantôme, atone. Sans être devin, c'est bon, on a vite compris, et pourtant, malgré quelques platitudes et un côté  bleuette, peut-être dû au côté roman épistolaire, résurgences du truc machin chouette des amateurs d'épluchures de patates, et avec un goût de pépin de pommes dans la bouche, je me suis laissée prendre par les circonvolutions autour d'un secret de polichinelle.

Pour une fois, je mets un extrait pour que l'on m'excuse ce penchant pour les ritournelles nostalgiques.

 La photographie a fixé pour toujours trois silhouettes en plein soleil, deux hommes et une femme. Ils sont tout de blanc vêtus et tiennent une raquette à la main. La jeune femme se trouve au milieu : l’homme qui est à sa droite, assez grand, est penché vers elle, comme s’il était sur le point de lui dire quelque chose. Le deuxième homme, à sa gauche, se tient un peu en retrait, une jambe fléchie, et prend appui sur sa raquette, dans une posture humoristique à la Charlie Chaplin. Tous trois ont l’air d’avoir environ trente ans, mais peu être le plus grand est-il un peu plus âgé. Le paysage en arrière-plan, que masquent en partie les volumes d’une installation sportive, est à la fois alpin et sylvestre : un massif, encore blanc à son sommet, ferme la perspective, en imprimant sur la scène une allure irréelle de carte postale. 

Tout, dans ce portrait de groupe, respire la légèreté et l’insouciance mondaine.

 Athalie

27/09/2011

Antoine et Isabelle Vincent Borel

ROBERT~1.JPG" Il n'y a jamais eu de chambre à gaz à Mauthausen, affirma posément Florian.", la première phrase de ce roman  m'interloqua à plusieurs titres dont celui de sa place dans une histoire qui devait se dérouler, logiquement, vu le quatrième, en Espagne, avant la guerre civile. Je ne vois pas non plus ce que fait là un premier chapitre incongru, en Jamaïque, au milieu d'une fête décadante d'une sorte de boboïude médiatique problématique, sauf à brouiller les références, le dernier non plus, dans l'avion qui part ou qui revient où l'on fait pipi sur le monde, on ne sait pas. Entre les deux, c'est plus cohérent, c'est croisé touffu des fois, quelque peu didactique. 

Dans l'Espagne misérable de la fin de la monarchie, en un temps lointain, mais pas tant, deux familles vont tenter de s'arracher de la misère rurale. Une du sud, et l'autre du nord, elles convergent vers Barcelone. La misère devient urbaine. L'injustice demeure, plus celle des latifondias andalouses, celle des petites ruelles sombres, de la promiscuité des bruits, des corps, des maladies, de l'entraindre de rien, une lutte pas grandiose, juste pour le lendemain garder une tête hors de l'eau. Deux figures émergent, deux dont sait (vu le titre) qu'ils vont bien finir par se rejoindre, le Antonio et la Isabel. Ceux qui ne rejoindront pas cette histoire, c'est les Gillet, grande famille bourgeoise aux valeurs sûres, patriacat bien pensant et profit bien pensé, dont l'histoire s'entremêle à celle des pauvres, sans jamais les toucher, ni les voir. La guerre civile arrive, d'un côté, la seconde guerre et la collaboration de l'autre, inévitablement.

L'auteur veut nous caser de l'histoire, pour qu'on comprenne. C'est louable, mais du coup, on en perd les personnages de vue, on les retrouve, après, mais on a perdu le fil des sentiments. Il finissent par faire un peu de la figuration, supports papier de la grande Histoire, pour dire la petite. Petite ou grande, touchante, étonnante, mal calibrée, déséquilibrée, avec des scènes bien léchées, parfois, ce qui rattrape.

On finit par comprendre pourquoi Mauthensen, au départ, mais pas la Jamaïque.

Athalie

26/09/2011

Les souvenirs de Foekinos

pavillon.jpgAlors, là, moi, c'est bon, j'arrête les goncourables et consorts, je ne frise pas l'overdose, j'ai dépassé la coulpe, je tends le cou au sacrifice, je freine l'hémorragie de mes neurones, je me rends, je passe les deux mains et je ferme le bouquin, définitivement, à la moitié. Je l'avais laissé en l'état, il y a quelques jours, pour faire quelques autres choses, et j'ai voulu, quand même, y revenir. Pas pu. ( Ce que va apprécier A.O. vu que je ne risque pas, du coup, de dire la fin. Ce qu'elle m'accuse injustement de faire ici.) L'ennui a eut raison de ma bonne volonté, de ma conscience de lectrice, pourtant capable de plus de jusqu'auboutisme.

Le grand-père qui meurt, c'est triste. La grand-mère qui reste, c'est triste pour elle, c'est dur pour ses fils de la mettre en maison de retraite, pour elle aussi, vu qu'elle n'avait pas envie (mais QUI pourrait avoir ENVIE de ça !!!) et quand on vient lui rendre visite, c'est triste aussi parce que les autres petits vieux, ils sont pas en bon état et les tableaux sur les murs, ils sont tristes. Et puis après, je ne sais pas, mais je suppose que ça continue à être dur et tristre et que les chapitres se coincent toujours dans les portes ouvertes.

"Littérature pavillionnaire" en a dit E. Chevillard, ( excellentissisme Les absences du capitaine Cook et jubilatoire L'oeuvre posthume de Thomas Pilastère ). Alors déjà que j'y habite, dans un pavillon castor des années cinquante, que j'y ai passé toute mon enfance, avec les chromos au mur, les tapisseries à galons, la baignoire sabot, le jardin de devant, avec les fleurs, le jardin de derrière, avec le potager ... j'en ai des souvenirs, moi aussi, pas forcément tristes, mais je ne les raconte pas. D'abord, je ne saurai pas, et puis, cela n'interresserait personne. Comme moi, ceux de Foekinos.

Je vais reprendre le cours de mes lectures normales, celles qui racontent des histoires que je connais pas, des maisons autres que la mienne, de quartiers plus exotiques ... ou encore recycler de bonnes vieilles lectures, n'en déplaise à A.P. qui attend impatiemment la note promise sur Le livre de Dina.

Athalie

http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article1154

21/09/2011

Rien ne s'oppose à la nuit Delphine Le Vigan

imagesCANI25S9.jpgRien ne s'oppose non plus au jour, normalement. C'est juste que Bashung, le jour, il ne devait pas avoir envie de le raconter, le livre non plus, ce qui fait que c'est cohérent . On le comprend vite vu que ce roman commence par le récit de la découverte par l'auteure (je ne dis pas narrateur, et j'ai pas faux puisque c'est dit, c'est autobiographique, ni narrateure, parce que cela ne veut rien dire) du corps de sa mère qui vient de se suicider, macabre et sordide. ça finit d'ailleurs sur la même scène (je ne sais pas si c'est parce qu'elle avait peur qu'on ait oublié entre temps ...) A.O. va me maudire parce que je dis la fin, mais l'auteure, elle a mis la fin au début, alors c'est pas ma faute, et ça ne change rien à l'intérêt (ou non) du bouquin.

 La première partie retrace l'enfance de sa mère, Lucille, deuxième d'une famille de 9,10,11, enfants, je ne sais plus (et puis en plus il y en a qui disparaissent en route plus un qui s'ajoute, pas pour le meilleur), des parents improbables, mais haut en couleur, une tendresse pour tous ces gens-là, ce bruit, que l'on devine, cette douceur et cette inconscience, celle rêvée des familles nombreuses, des complicités particulières et des relations que l'on voudrait proches, cette époque, celle des années 50, à peine, mais justement, esquissée. Il y a de l'allant, de l'humour, une faille évidemment se ligne, sinueuse, vu le début, on se doute que ça va pas durer comme ça, que l'explosion de l'illusion de la cohésion (c'est une allitération) ne va pas tarder. Mais c'est un beau tableau de personnages qu'on nous présente là. La belle Lucille qui fait des photos de mode, les moments de complicité avec sa maman, à elle rien qu'à elle, pour une fois, son silence, son retrait ... Et puis après, ça glisse, ça se délite, ça commence à pourrir ... et au bout d'un moment, je n'en pouvais plus des drames et des peines, de la folie de Lucille, qui glisse aussi, qui plonge et replonge et ses filles qui surnagent, à leur tour, de l'adhésion que nous demande cette voix d'auteure, sûrement sincère, qui demande qu'on ne la juge pas, qui souffre de dire la violence de sa mère, et la violence que l'on a faite à sa mère, belle, si belle, jeune, si jeune, fragile, si fragile, dure, si dure, si pas là, si ailleurs, si autre, si aimée, malgré tout.

Moi, je me demandais comment on pouvait sortir d'une enfance comme ça, mais aussi si ça allait s'arrêter bientôt, si on allait pas nous laisser quitter le manège à tragique avant qu'il aille dans le mur, je voulais bien lire jusqu'au bout, mais sans être obligée d'attraper le pompom pour faire un nouveau tour gratis. Pitié. Ben non, jusqu'au bout.

Ce n'est pas un livre pour moi, c'est tout.

Athalie

PS : désolée pour les familles nombreuses ....

 

13/09/2011

La belle amour humaine Lionel Trouillot

Picture in Fichier bribes (4).jpgLe premier chapitre est assez enchanteur, nuit magique hors du temps, rythme de la phrase et bercements des images,  c'est un chauffeur de taxi qui a la parole : soit, il parle un peu beaucoup comme un écrivain, mais bon, on sait quand même bien qu'on est en train de lire un livre et qu'on n'est pas dans un taxi en Haïti, fraichement débarquée de l'avion comme sa passagère de papier et en route pour un village perdu où deux maisons jumelles ont mystérieusement brûlées, il y a bien longtemps de cela, sans que l'on sache pourquoi. La passagère, elle s'appelle Anaïsse, ne connait rien de cette histoire ni de ce pays, elle est venue y chercher un petit quelque chose, vue qu'une des maisons, c'était celle de son grand-père et qu'il est mort dedans, comme le proprio de la voisine, et qu'après son père a disparu et que sa grand-mère est devenue princesse de conte de fées par procuration. Le taxi la prévient, elle ne saura pas plus que ce petit quelque chose. Il en profite donc pour lui (nous) dresser un tableau satirique et plutôt drôle, bien troussé et finement caricaturé des différentes facettes du touriste en en pays pauvre, de la compassion humanitaire inutile et ridicule, à la recherche malsaine de l'exotisme, coups de griffe et écorchades bien senties (il y a notamment une scène savoureuse sur la famille modèle qui "vient en visite" ...)

De l'histoire des maisons jumelles et des deux bien saligauds qui les habitaient, on ne saura finalement que des touches, de jolies touches, bien écrites, mais données en alternance avec la parole du taxi moralisateur. Du coup, moi, ça m'a détachée, rattachée, détachée ... et suis restée quelque peu sur ma fin.

Mais bon, après Du domaine des murmures, évidemment .... 

Athalie

PS : j'attaque le De Vigan, quelques unes de mes têtes blondes et brunes qui l'ont commencé cet après-midi m'ont dit "Il a l'air GENIALLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLL". Je crains le pire.

09/09/2011

Du domaine des murmures Carole Martinez

dame.jpgComme un long rêve qui s'étire dans un Moyen Age chimérique et brutal, ou un air de madrigal couvert, par interminence ,du fracas des armes et des hennissements des coursiers fabuleux, des épées qui tranchent et transpercent les nouveaux nés.

Ne pas s'arrêter, surtout pas, au quatrième de couverture, peu engageant. (Qui a pu écrire ce truc-là ???). Qu'attendre de cette histoire qui commence par enfermer son héroïne entre quatre murs, seule avec son dieu et sa foi vibrante, dévorante, après qu'elle se soit mutilée pour échapper à un mariage contraint, soit, il avait pas l'air terrible, terrible le mari ... mais quand même ... Foi délirante qui lui fait choisir, vouloir, ne vouloir que cloitrer ses quinze ans entre des murailles de pierre sans porte et deux grilles, dont la plus grande s'ouvre sur l'obscurité d'une église ?

Escarmonde, le prénom dit l'inverse de ces ténèbres là, de la foi qui asservit et la condition subie de fille et femme à marier, à prendre : éclats de la lumière des feuilles et des simples, du vent et des tissus qui glissent sur les peaux ou flottent dans le soleil des croisades perdues, monde qu'elle a refusé et l'empreigne, la mord et la tord, monde qui emporte la recluse loin du huis clos que l'on pouvait craindre.

Les mots de Carole Martinez, c'est une boîte à musique ou une lanterne magique. De ce domaine des murmures, s'échappe une voix qui dessine des légendes, vend des reliques gargantuesques, peint des fées qui aiment tellement l'amour qu'elles peuvent en changer de couleur, colorie des belles dames du temps jadis, enfermée dans la ronde d'un chateau de brume, qu'un Desdichado a aimé et qu'il pleure encore, le luth dans les étoiles.

Moi, quand la dernière page s'est tournée, j'ai bien vu qu'il y avait une  licorne qui s'était planquée vite fait derrière le rosier grimpant, au fond du jardin.

Athalie

PS : désolée, A. B. j'ai fini par faire la note avant toi, à force de dire du bien de ce bouquin, j'ai eu peur de friser l'overdose de superlatifs. Et évidemment pour les retardatrices Coeur cousu