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11/08/2013

Le tireur Glendon Swarthout

colt 2.jpgUne légende se meurt mais ne se rend pas, pas comme elle aurait dû disparaître en tout cas. Entre en scène un vrai dur de l’Ouest, à cheval et monté sur un coussin rouge, volé dans un bordel, comme il se doit. Sauf que ( désolée …) la légende a drôlement mal au cul. La légende se nomme J.B Brooks, selon les visions, il est un assassin ou « un tireur ». Mais de toutes les façons, il est la légende de l’ancien Far-West qui se meurt aussi, celui des saloons, des bordels à frou frou, des stetsons percés d’un trou, des parties de poker qui se dissolvent dans les balles des tirs croisés. Il y a même un tramway à cheval dans les rues de Santé Fé d’après le Rio Grande, c’est dire. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la légende n’est pas vraiment la bienvenue dans cette ville qui voudrait bien en faire un fantôme plus rapidement encore qu’il ne tire. On dit qu’il a tué trente hommes. Il dit qu’il n’a pas eu le choix, il a défendu sa vie et a toujours vécu selon son code d’honneur qui ne souffre que peu de contradictions. Sa marque de reconnaissance, les deux révolvers dans les poches cousues de sa redingote. Il meurt juste après la reine Victoria. Il l’a lu dans le journal . Sauf qu’elle et lui n’auront pas la même place dans l’histoire, sans compter que, un cancer du colon, ça manque de classe et de gloriole pour le dernier meilleur tireur de l’Ouest. L’homme n’est pas vieux mais il est au bout de sa course vaine, et c’est la dernière. Dans le journal, aussi, des échos de ce monde qui change, qui n’est plus le sien ; la mode des bloomers pour les new yorkaises le concerne peu. Sa décrépitude, il va la vivre en solitaire, de plus en plus coincé dans la chambre de la pension de madame Rogers, veuve, flanquée d’un fils qui se rêve en vieux dur. Il n’a rien acquis, ce n'est qu'une fois sûr de sa fin prochaine, qu' il va tenter de la maitriser, de la mettre en scène, d’abord pour sa réputation, puis pour un drôle de sentiment d’amitié pour sa logeuse. Il croit pouvoir faire des choix, il ne fera que ceux qu’on lui laissera faire. Les seuls hommages qu’il reçoit sont ceux des profiteurs de sa future mort : un journaliste qui voudrait reconstruire la légende, un photographe qui va vendre son image, le croque mort, sa dépouille, et une ancienne maitresse qui brade tout. Ils se succèdent et le tireur à l'agonie orgueilleuse pense encore que c’est lui qui les roule en détournant pour un autre profit, pour une fois presque altruiste, les gains de la mort de sa légende en carton pâte.

« Roman crépusculaire » écrit au cordeau du sujet-verbe-complément, peu d’images, les faits s’alignent, sont pointés dans un « c’est comme cela » efficacement lié au personnage : une dernière chevauchée où seuls trainent quelques restes d'une gloire que s’arrachent les chacals. Seule la logeuse aurait pu sauver quelque chose mais c’est trop tard pour tout le monde. Le Far Ouest disparait dans une dernière mise en scène qui ne fait rêver qu’un jeune homme un peu paumé.

Un texte court et sec comme un dernier souffle du Rio Grande.

Merci à Jérôme et à bien d'autres amateurs (et une trice) du genre et des éditions Gallmeister pour le très bon conseil.

21/07/2013

L'indien blanc Craig Johnson

l'indien blanc,craig johnson,romans,séries policières,romans policiers,romans américainsTroisième tome des aventures de Walt Longmire, le shériff préféré d'un certain nombre de lectrices, dont moi, il s'annonçait moins nature writing, centré sur un drame se déroulant en dehors du petit comté d'Absoraka, Wyoming, où sévit d'habitude le super héros, souvent cabossé, et sa bande de bras cassés. Après deux scènes loufoques et décalées, Walt commençant sa campagne de réélection par une séance de lecture calamiteuse auprès d' enfants que "La belle au bois dormant" laissent parfaitement de marbre, puis une intervention de Walt, toujours, en pompier d'un couple en plein duel au soleil, il part pour Philadelphie, rendre visite à sa fille, Cody, "la plus grande juriste de tous les temps".

Henry conduit le shériff à destination avec le chien, toujours sans nom et sans laisse. L'indien blanc, ce n'est pas lui, lui, il est toujours indien-indien et va installer son expo de photos, celles qui ont été triées dans l'épisode précédent, comme quoi, mine de rien, les choses avancent dans cette série.

Walt en papa pépère en vacances, pourquoi pas ... Papa poule inquiet pour sa grande fifille qui semble s' être fiancée avec un certain Davon, ce qui ne lui plait guère d'office, par principe, et en plus d'être le fiancé potentiel de sa Cody d'amour, le Davon est allergique aux chiens. La rencontre s'annonce mal. Et moi, le Davon, tout de suite, je ne l'ai pas senti non plus, mais évidemment, pas pour les mêmes raisons, c'est juste que Davon, je l'ai associé à une savonette à cause d'une certaine marque de cosmétique. Impossible de me défaire de l'image d'un truc blanc qui mousse et glisse sous la douche. Il s'avérera d'ailleurs que je n'avais pas tout à fait tort.

Evidemment, rien ne se passera comme prévu. Walt va bien retrouver sa fille mais directement à l'hôpital, sans passer par la case retrouvailles, elle est dans le coma justement à cause du gars Davon, qui lavait bien des trucs, mais des trucs pas clairs. Evidemment, le papa shériff va se lancer à la poursuite dudit gars, puis de d'autres, responsables collatéraux. Il aura évidemment toujours, son compte de gnons, donnés et recus, plutôt reçus d'ailleurs, de pansements, d'entorses en tout genre, de courses poursuites, à pieds, en voitures et à cheval ( au sens propre !), avant de finir, lessivé mais vainqueur, à bout des méchants. 

Côté coeur, c'est aussi la course entre la mère de Vic ( ben oui, elle habite à Philadelphie ...), un piège à embrouilles, et Vic elle même, un autre piège à embrouilles, mais cela, on le savait déjà : une rivalité entre deux sourires de louves et Walt, cette fois-ci, ne s'enfuira pas tout à fait assez vite des appâts tendus.

L'histoire policière, heu ... un jeune intello qui a viré indien, un jeu de piste dans la ville, un truc comme cela, je crois .... finalement, l'intrigue amoureuse est la moins tordue. C'est dire. Comment Walt arrive au bout de l'écheveau tout en veillant sa fille chérie ? ben, c'est à cela qu'on reconnait les super héros ! ( Henry fait homme médecine, il faut le dire, et panneau conducteur aussi)

Un tome un peu en dessous des deux premiers, j'ai trouvé, l'enquête ne tenant que peu la route, mais pas question d'abandonner Walt Longmire pour un embouteillage narratif subsidiaire ...

 

01/06/2013

Knockemstiff Donald Ray Pollock

knock2.jpgToute la saleté, la crasse, la raclure, la merde, la bêtise, l'ennui, l'humiliation, le désespoir, la honte, la saloperie, l'ignoble, l'ignominie, la violence, la violence des trempes, à soi, aux autres, aux fils, aux pères, aux pères par les fils mais surtout aux fils par les pères, aux filles, aux mères, à ceux qui restent, qui s'enfoncent, qui s'engluent, toute cette fange, cette lie boueuse à n'en plus pouvoir d'être fangeuse, s'est concentrée sous le scalpel de Pollock à Knockemstiff. Et, ce n'est pas beau à voir, les cloaques de l'Amérique profonde des laissés pour compte, des sans voix, des sans repères, des oubliés de la terre. Je n'ai jamais lu Dante, mais les cercles de l'Enfer, version rock and roll à la Nick cave, c'est par ici que ça se passe. Pas beau à voir et une claque à lire pour le lecteur (Jérôme), et la lectrice (moi, après "Le diable tout le temps") qui aiment se frotter l'esprit au papier émeri numéro 10, double face, s'il vous plait.

"Knockemstiff" est un recueil de dix huit nouvelles ( publiées aux USA avant "Le diable tout le temps"). Ce sont des nouvelles cul-de-sac, qui ne mènent à rien, ne mènent nulle part ses personnages rebuts, menés eux par un sexe de pulsions, soutenu par n'importe quelle substance avalée pourvu qu'elle détruise le peu d'humain qui restait dans ces sacs à viande. Et certains terriblement, si terriblement touchants, pourtant ...

" La vie en vrai" ouvre le bal des vampires : une famille tente une sortie au cinéma en plein air de la ville. Travelling avant en cinémascope, ouvrez les papilles .... : " Le bâtiment en parpaings au milieu du drive grouillait de mode. Le projecteur faisait un raffut pas possible juste devant, le stand à confeseries était au milieu, et les chiottes à l'arrière. Dans les toilettes, une rangées d'hommes et de gamins était alignée, la bite sortie au-dessus d'un longe auge en métal peinte en vert. Ils regardaient tous droits devant eux un mur couleur de boue."

La seconde "Dynamite Hole" pulvérise la moindre trace de ce qu'il pouvait rester encore de la pureté d'une petite fille.

Après, il y a l'histoire de l'amoureux de Tina Elliot, la pin-up du coin, un truc maquillé à la poupée barbie pour ploucs, le short très court et le tee shirt au slogan aussi romantique que méditatif " Fais-le à ton voisin et tire-toi".... Une ultime séance photo dans la station service et la belle se tire avec son prince charmant vers son rêve d'ailleurs, une caravane au bord d'un champ de pérole au Texas. L'amoureux reste. Amoureux de sa fée, même si si tous les péquenots du coin lui était passés dessus, à sa fée. C'était son rêve à lui, Tina.

Et cela continue. Dès fois, j'aurais bien aimé ne pas commencer l'histoire suivante, ou ne pas aller vers la fin de celle qui commençait. Pas bien, mais quand même ...  " On achève bien les chevaux" à la sauce Tabasco déliquescent, sperme à gogo, came et alcool. Le décor est toujours le même, mobil home, tôle, banquettes de drive ouvert la nuit, banquettes de vieilles voitures abandonnées, banquettes de vieilles voitures où une vieille tante ramène sa conquête du soir, matelas tâchés.

Plus personne ne tient debout là-dedans, les pères s'effritent, les mères s'oublient, pâles fantômes frappés, les ados se cognent aux paluches trop attentionnées des routiers alors qu'ils voudraient s'enfuir des tôles et des trempes de ces hommes brisés dans les veines desquels ne coulent que bière, rage et rancoeur, qui n'aiment pas ceux de leurs fils qui ne se coulent pas dans leur propre naufrage.

La dernière nouvelle "le dernier round", laisse juste filtrer une lumière rase, face à un père qui ne survit que par la haine, tenu à sa pitoyable survie par des tuyaux et une télé qui hurle des matches où les noirs perdent, ce qui lui permet de se penser en race supérieure, tuyaux dans le nez et bière à la main, la dernière phrase dit : "Le combat était presque fini". "presque", ça laisse un goût de presque victoire, un sens à donner au manège des bêtes brutes qui tournent en rond dans l'espace qui leur a été laissé par la misère.

 Je ne sais pas. Mais si Donald Day Pollock continue à me fiche des claques comme celle-là, je vais finir par avoir de vrais bleus à l'âme.

 

 

 

11/05/2013

La veuve Gil Adamson

imagesCATQLC80.jpgMa prêteuse préférée m’a dit en me le prêtant : « C’est le genre de livre que quand tu le lis, tu as envie d’aller te coucher le soir avec ». C’est vrai, du coup, je me suis recouchée dès le matin, voire dès l’après midi ( dans le canapé, quand même, il faut savoir dignité garder …)

Une histoire qui prend peu de chemins de traverse pour nous mettre dans les foulées  pressées et hagardes de la veuve. On court  derrière elle dès les premières phrases et on continue après, à l’aveugle, même quand elle ne sait pas où elle va, c’est devant, droit devant, malgré les détours et même quand les sentiers s’effacent sous ses pas, voire dans sa tête.

La veuve est veuve parce qu’elle vient de tuer son mari, et fuit à grandes enjambées parce que ses deux beaux-frères sont à ses trousses et qu’ils ne sont pas du genre compréhensifs : grands, rouquins, un regard de tueur qui en vaut deux avec leurs quatre yeux, ils parlent peu mais flairent la piste de leur vengeance avec la ténacité des taigneux.

Avant de partir de la cabane où git le corps de feu son mari volage, la veuve a pris le temps de se coudre sa robe noire de veuve. Elle a 19 ans et rien d’autre, elle est petite, elle est seule, elle est ignorante de tout, de la nature qui la voit passer, à peine alphabétisée, sauvage, et la tête remplie de voix et de visions qui l’égarent, parfois. Elle n’est pas folle. Seulement, elle a été élevée pour une autre vie ; entre son père, un ancien pasteur que la mort de sa femme a écarté de toute certitude et de toute tendresse, et sa grand-mère, qui l’ a entourée de servantes mais de peu d’affection. Ils l’ont laissée partir se marier avec le premier fier-à-bras venu qui disait qu’il avait un domaine, là-haut, pour elle.

Sauf que le domaine était une cabane, le mari un tyran d’égoïsme. La veuve est donc veuve et fuit dans sa robe, avec comme seule possession sa bible luxueuse, crayonnée de ses hiéroglyphes, et qu’elle ne sait que réciter. Elle traverse les paysages inconnus sans connaître la nature qui l’entoure et sans reconnaître les bonnes âmes qui se penchent sur son parcours : une vieille dame au domaine décrépi et à l’âme charitable, ne pourra la retenir bien longtemps. La veuve s’enfonce dans les montagnes, s’y perd et s’y meurt de faim avant que ce ne soit d’amour pour un autre oiseau rare : « le coureur des crêtes », l’homme qui fuit toutes compagnies…

Comme dans un road movie mâtiné de western ( un road movie à cheval, en quelque sorte, ou à pied quand la veuve perd ses montures ), on la suit sans que les étapes soient sûres, elle a un peu de refuges parfois entre des bras, ou sous les regards d’un indien, d’un pasteur-boxeur, un Nick Cave un peu débonnaire, des miniers, un nain, des vents glaçants, des forêts obscures, un glissement de terrain, de la crasse, de la sueur, des coins où elle reprend quand même son souffle, puis repart, toujours elle devant et nous derrière.

Un sacré souffle, et une belle course, avec des murmures de  Dalva et quelque chose aussi de Dina : une belle petite  veuve-courage bien trempée dans une encre épaisse de Canada, de grands espaces où les hommes sont rares mais ont la couenne âcre. Une silhouette de veuve moineau, pipe à la bouche, tenant bien serré la bride de sa dernière monture, la détente facile mais peu fiable quand même, que l’on regarde s’éloigner à regret … Si c’était au cinéma, faudrait rajouter un soleil couchant à la dernière scène.

 

Un grand merci A.M.

 

Athalie

20/03/2013

Le camp des morts Craig Johnson

le camp des morts,craig johnson,romans,romans policiers,romans américains,wyomingAprès être tombée sous le charme du shérif le plus chéri des lectrices de Craig Johnson, Walt Longmire, cet été dernier, après donc ma première rencontre avec lui dans Little bird, il me tardait de retrouver sa mélancholie latente, son charme pataud, son flegme torride et sa compagnie d'avec son double indien, Henry Beard, un peu plus "grand loup solitaire" au charme ténébreux mais tant pis.

Ils sont donc bien là, sans surprise, même si Henry est un peu plus en retrait que dans le premier tome, (mais toujours là au bon moment pour son copain quand même), sauf que Walt, en plus est drôle. Pas à se tordre, mais le voilà qui fait dans la légèreté caustique, voire la légereté tout court. Par moments, seulement, car il sait raison garder et ne perd point de vue son but de gentil redresseur de la justice, faut pas dévier le personnage, ce serait dommage de l'abimer dès le second tome. Quoique, il s' en prend de sacrés torgnioles le père Walt, ce coup ci encore ...

Côté coeur, le calme reste plat, malgré l'intrusion d'une sulfureuse et sémillante contrôleuse gouvernementale chargée des ouvertures de coffres en banque oubliés dont mon petit doigt de lectrice me dit qu'elle reviendra faire un tour dans ce coin paumé du Wyoming. A la décharge du Walt, son enquête ( ben oui, il y en a une ...) lui laisse peu le temps de rentrer dans son lit et il fréquente plus sa cellule de sa prison pour dormir que sa maison livrée aux courants d'air. En plus , le poêle à bois n'a pas encore été livré. Ce qui est gênant pour le côté torride (pour la peau de bête devant le poêle, je n'ai pas d'indices ...).

Côté mystique, Walt a bien encore quelques hallucinations de temps en temps : une histoire de revenants qui lui causent et le protègent des gros, gros dangers, mais, le plus souvent, c'est de lui même qu'il se fourre dans les congères qui passent par là et dans la gueule du loup ( loup solitaire comme Henry, mais beaucoup plus tueur que charmeur et ténébreux au sens infernal du terme, cette fois)

Donc, il neige, beaucoup visiblement, même pour le Wyoming. Le shérif Walt,  qui est un homme fidèle en amitié va malgré tout passer sa soirée habituelle dans la maison de retraite où le vieux shérif unijambiste et soiffard, Julian, sévit. Entre lui et lui, c'est une longue histoire. C'est le vieux qui l' a embauché, engueulé et qui lui donne sa claque aux échecs toute les semaines.  Le vieux shérif a fini par raccrocher l'insigne, mais pas ni la bouteille ni la gueule de bois. Il reste quelque imprévisible ... et peu tolérant à d'autres opinions que la sienne. Et là, quand Walt arrive, la vieux Julian a fichu le un chambard total dans sa maison de retraite. Mari Baroja, la petite vieille qui mangeait des gâteaux à quelques pas de la sienne n'est pas morte naturellement. Sans compter que comme le vieux Julian n'a l'ombre ni d'une preuve, ni d'un suspect et encore moins d'un mobile, donc, c'est sûr, il a raison.

C'est le départ de l'enquête enneigée de Walt où les victimes se succèdent comme des mouches et le shérif zigzague dans ses hypothèses. On se régale ... d'autant plus que d'autres joyeux lurons sont recrutés dans l'urgence : un doux basque qui passait par là ( et qui va bien servir, n'en déplaise à la cohérence logique de la propable utilité d'un basque au Wyoming ...), et le Double Touch, un géant pour l'instant plutôt pacifique .

L'épilogue, par contre, fait craindre le pire pour nous, pauvres lectrices impuissantes face au charme quelque peu direct de la Vic, l'adjointe, devenue célibataire de choc ...

 

Athalie

31/12/2012

Montana 1948 Larry Watson

montana 1948,larry watson,romans,romans américainsPoints de grands espaces dans ce Montana là. Etrange, étonnant, pas courant chez le spécialiste de l'édition du "Nature writing". Je ne suis pas spécialement fan du genre mais depuis quelques temps, j'ai quand même tendance à craquer pour les cow-boy, solitaires ou non. Donc, là, non, et non seulement non, mais le Montana s'est rétréci même ... en plus, il y fait chaud, pour une fois.

Rétréci à une petite maison et une petite histoire. La petite maison est celle de Danny, douze ans, le narrateur, on a aussi un petit jardin, avec un grand arbre, une cave et des bocaux dedans. Le père est le shérif de la petite ville. Non seulement, il n'a pas l'allure d'un cow-boy, mais il n'en a pas non plus les trépidantes missions, vu que la ville est tranquille comme une ville qui ne serait pas au Montana. (pas le Montana littéraire que je connais en tout cas, le vrai je ne sais pas, je n'ai aucune envie d'aller me geler au Montana, ni d'y crever de chaud, si ça se trouve il n'y a pas de thé de Noël ni de plaid en fourrure blanche synthétique pour lire dessous) Sa mère travaille aussi, dans un petit bureau. Ce qu'il fait qu'ils ont une bonne, Marie, une jeune indienne de la réserve d'à-côté, fraîche, drôle et rose. Ils la traitent bien, le père est raciste mais sans plus, Danny l'aime beaucoup. Sauf qu'elle tombe malade, gravement, et qu'elle va faire exploser la petite histoire et le petit monde.

Faut dire qu'autour de la petite vie peinarde de Danny, trônent deux grands espaces qui font leur poids lourd, eux : le grand-père, le chef dynastique et tutélaire qui habite son domaine et sa maison de rondins comme d'autres chaussent leur mustang à cru, et le grand-frère, le médecin de la ville, mais surtout le grand-frère, brillant, charmant, plaisant, héros revenu de la guerre, et le préféré du grand-père.

Alors, quand le héros est menacé par les paroles de Marie, qui pousse les hauts cris à sa vue et ne veut pas de lui comme docteur, puis l' accuse, le grand-père sort l'artillerie et le frère shérif, ses états d'âme. Comment le redresseur de tort moraliste va-t-il s'en sortir ? faut-il sacrifier sa famille et faire reconnaître la justice ? la justice pour qui ? les paroles des indiennes ont-elles du poids ? Un procès équitable serait-il même possible ?

Voilà, c'est dit, un récit intimiste donc. David voit les dégâts à sa mesure, regarde les grands débats intérieurs de ses parents de l'extérieur, les déflagrations à sa taille. Oui, il aimait Marie, mais bon, il aimait aussi faire du cheval dans le domaine de son grand-père. Oui, il aimait son oncle, mais bon, si c'est un méchant, faut bien faire avec ... Oui, il voudrait grandir et comprendre, mais puisqu'on le laisse en dehors ... Le conflit le traverse comme souffle le vent dehors. Du coup, j'ai trouvé ce texte un peu plat, limitée à cette vision, sans doute voulue comme naïve et incomplète, à la hauteur du narrateur enfant.

 

Athalie

L'avis de Jérôme, mitigé comme le mien mais avec plein de liens pour en lire des plus enthousiastes, et il y en a beaucoup !

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/12/montana-194...

Notamment chez Ys

http://yspaddaden.com/tag/larry-watson/

05/11/2012

Lonesome dove II Larry McMurthy

Lonesome dove II, Larry McMurthy, romans, romans américains, westernLes destins de femmes, écrits par des femmes, je commençais à me dire qu'il fallait que je sorte de la spirale avant de rester complètement bloquée dans le sac de l'aspirateur à malheur.

Donc, j'ai empoigné mon destrier "Lovesome dove II" et suis partie au grand galop voir si Angustus avait bien tiré Lorena, la belle ex-putain du saloon, des pattes de l'affreux et cruel Blue Duck qui l'avait enlevée à la faveur de la désertion amoureuse de Jake, le salaud, parti jouer aux cartes au lieu de veiller sur elle. Il y avait bien Newt qui était chargé de la protéger, mais il a été un peu débordé, le pauvre !

On retrouve le rythme du western en cinémascope comme si on ne l'avait pas quitté au soleil couchant : une fois l'affaire Lorena traitée de main de maître, le troupeau, le chariot, les cow-boy tout le petit monde, tient son cap vers le nord, le Montana, terre promise par Jack (mais pas sûr qu'il y arrive, lui, par contre ...) mené d'une main, de fer, cette fois, par Call. Faut dire qu'il faut se farcir : les pluies diluviennes, les nuages de sauterelles, les voleurs de chevaux, les virées en ville (les jeunots, ils doivent bien en tâter, un jour ou l'autre ...), les grizlis et autres fariboles. Toujours pas d'indiens sanguinaires en vue, mais on se doute bien que cachés derrière une colline ou une autre, ils vont bien finir par dévaler sur les hautes plaines et que là, les plumes vont voler.

Call tient donc son cap, alors que Angustus faribole à sa façon, retrouve son amour d'adolescence : la Clara, devenue maîtresse femme dresseuse de chevaux, dure en coeur comme en affaire, accueillante cependant aux détresses en tout genre dont celle du pauvre Shériff toujours à la poursuite de sa femme qui n'en veut pas  (Qu'est-ce qu'il a comme monde à se croiser par hasard dans les grandes plaines ... les troupeaux, de plus en plus clairsemés, quand même, de bisons n'en croient pas leurs yeux).

Bref, rien ne change et tout continue à l'allure de vachettes au galop, une équipée que l'on lit comme on verrait défiler des images animées. J'espère ( mais j'ai bien peur que non) qu'il y a un III ème épisode, parce qu'il y en a de la bande qui restent en plan à la fin et que si ça se trouve, Angustus va venir leur chatouiller les pieds, ce qui serait bien son genre. Et je ne voudrais pas râter ça.

 

Athalie

25/09/2012

Séréna Ron Rash

ron rash,séréna,romans,romans américainsAnnée 30, USA, crise financière, les patrons ont tous les droits et en usent en en abusant, une exploitation forestière, des ouvriers remplaçables, un projet de réserve naturelle, des expropriations rentables, enfin, pour certains.

Georges, le patron, il ramène de Boston, fraîchement marié, sa femme, Séréna, qui n'a peur de rien ni de personne, évalue la coupe de bois plus vite que n'importe quel contre maître chevronné et se moque des règles morales comme de son premier copeau. Séréna de son passé a fait table rase, son seul présent est son homme, et son seul rêve, faire du domaine de son mari à Smoky Mountains, un désert à son profit pour filer faire la même chose au Brésil. Séréna est une sorte de statue de marbre, insensible à tous sentiments humains sauf à faire fusion avec Georges, être les mêmes dans la même ambition, indifférente à tous, sauf à ceux qui tentent de s'opposer, même d'un regard ou d'un poil de cheveux, car alors, elle sort l'artellerie lourde, très lourde, et les créatures qu'elles s'attachent ne sont que des ombres avalies. Elle fait froid dans le dos, mais le Georges, mis à part quelque soubresauts, reste fasciné par sa sorcière en robe de soie verte ou en bottes, à cheval sur son panache blanc. Même lorsque Rachel, la brave fille qui lui a donné un fils, bien gentille, elle, bien brave et bien mignonne devient la cible du délire paranoïaque de la prédatrice, il bouge à peine. Des destructeurs nés et assoiffés, malfaisants et implacables : collaborateurs, investisseurs complices, arbres, serpents, même un pauvre cirque ambulant qui passait par le campement, tout est bon à la démonstration de leur puissance.

Je n'ai pas réussi à monter sur leur buldozer, non pas qu'il allait trop vite, mais que trop de trop, c'est trop, pas de chair où s'accrocher, pas de faille à explorer, un bloc qui va en broyant tout, Séréna "vade rétro" et satanas plus loin ... par contre, j'ai bien aimé les conversations des forestiers-ouvriers qui, quand ils voient passer l'avalanche Séréna, ramassent leurs oripeaux pour aller philosopher plus loin : " Ecoutez les gars, y a une raison philosophique qui fait qu'une façon positive de voir les choses, on appelle ça une disposition ensoleillée (...) Celui qui se trouve dans un endroit où que le soleil, y brille toute la sainte journée, l'a pas un souci en tête" et l'autre de répondre : " Alors, comme ça, si que j'étais au milieu du désert et que j'avais plus d'eau et qu'y en avait pas une goutte à des mille à la ronde, j'aurais pas le mondre souci en tête ?" Le premier de reprendre : "Je t'ai d'jà expliquer la science qui se cache là derrière ... Et c'est toujours ça pour le scientifique ou le philosophe. La plupart des gens, y restent dans le noir et puis y se plaignent qu'y s'y voit rien". Ouaips ! C'est bancal, mais ça m'a fait rire et, moi, j' vous l'dis, la Séréna, elle a manqué de disposition ensoleillée, et la Rachelle, elle a intérêt à courir vite si elle veut pas tomber dans l' chaudron d'la sorcière.

Athalie

Une petite déception parce que j'avais vraiment aimé Un pied au paradis, du même auteur, mais je lirai quand même le suivant !

 

16/09/2012

Lonesome dove Larry McMurthy

imagesCAJNQ0X9.jpgMais où est passée ma conscience politique pendant cette lecture ? Sous l'ombre des cactus ? Sous la selle d'un cheval ? Dans les remous du Rio Grande ? C'est honteux, tu me fais honte, disait le séraphin de la cause juste, perché derrière la Athalie lectrice plongée dans les aventures westerniennes de tueurs d'indiens ( enfin ex-tueurs d'indiens, des ranchers qui avaient nettoyé la frontière du Texas des hordes rouges qui encombraient les blancs qui voulaient s'y mettre). Même ex, ce n'est pas une raison, ce sont les aventures d'ex-massacreurs d'indiens magnifiés en cow-boy mythiques que tu es en train de suivre avec des yeux de merlans frits sous tes lunettes de soleil. Le pire, c'est le Augustus, t'as carrément ton ixième béguin de l'été, littéralement sous le charme d'un type crasseux de poussière qui n'a pour toute intelligence que celle de sa grande gueule ... Reviens à toi, Athalie, et tente un résumé objectif ! fin de la parole séraphine.

Il était une fois, dans un ranch pourri, près d'un bled paumé, des ex-ranchers qui tentaient de devenir éleveurs, en volant le bétail des mexicains, principalement. Dans le ranch, il y a Augustus, le philosophe de la bande qui cause sans arrêt, et fait très bien les biscuits. Il y a un cuisinier mexicain qui sonne à tout rompre la cloche et fait peu d'autre chose. Il y a un gamin, qui voudrait bien devenir un homme, un vrai. Le vrai pour lui, c'est le chef de la bande, celui qui n'aime pas les femmes, n'aime pas parler, que travailler, et qui a une jument qui le mord et  qui est peut-être son père. Et d'autres figures toutes aussi technicolor, voire plus. Il y a aussi deux cochons. Dans le bled paumé, il y a une prostituée, dont presque tous les cow-boys sont amoureux, mais, elle, elle rêve d'aller à San Francisco. Arrive un vieux copain des deux ex-ranchers, tueur accidentiel d'un dentiste-maire, joueur de poker charmeur, qui va remporter la prostituée, mais uniquement parce qu'elle le veut bien, pour l'instant. Tout ce monde-là, va partir pour le Montana, là où l'herbe est plus verte, et on part à cheval, en vieille cariole, transbahutant un troupeau de vaches, avec un taureau qui n'est pas clair, et des cours d'eau non plus. Sans compter un shériff un peu lent, sa femme un peu volage, son adjoint un peu couillon ... et là faut s'arrêter et descendre de la selle pour rentrer prendre un whisky dans un saloon, au risque d'en trop raconter et que John Wayne ne croise Lucky Luke et Joly Jumper, la vraie Calamity Jane.

A lire absolument donc, en laissant de côté toute conscience politique ... Sauf que, si l'auteur m'écoute ( ce dont je ne doute pas) qu'il sache que laisser son héroïne dans une situation aussi fâcheuse à la fin du premier tome, relève de la torture morale pour la lectrice et que si Augustus commence à se repentir, je veux bien envisager de l'épouser.

Athalie

25/07/2012

Little bird Craig Johnson

little bird,craig johnson,romans,romans américains,romans policiersCe ne sont pourtant pas les avertissements qui m'ont manqué (notamment ici et ), mais rien n'y a fait ... Walt Longmire, c'est fait, je vous aime ... Vu qu'on est quand même pas mal sur le coup, entre les lectrices et les personnages, je ne sais comment vous allez vous en sortir, alors que vous ne finissez quand même pas très frais après cette première aventure ( "Little bird" est le premier de la série, après c'est "Le camp des morts", après, je ne sais pas mais ce n'est pas dur à trouver, c'est très suivi comme addiction).

Pourtant, à-priori, Walt n'a pas vraiment la carrure d'un séducteur : dépressif ( sa femme est morte depuis quatre ans, il semblerait que ce soit la cause), il se laisse aller, négligé sur lui et autour de lui. Sa maison inachevée ressemble à une cage à souris en bois avec des trous, meublée en caisses de bières et quand il prend une douche dans sa baignoire desmaillée, le tombeur (involontaire) de ces dames se métamorphose en un "burrito de vinyl (...), scellé sous vide", vu que les rideaux de douche sont eux aussi irrésistiblement attirés par lui. Pas non plus surchargé de travail, pas ahomme d'action non plus, il traite vaguement les affaires courantes de la petite ville dont il est le shériff, entouré d'un adjoint à mi-temps, d'un incapable raciste, d'une adjointe mal dégrossie, fragile, mal mariée, mais efficace. Heureusement que la bourgade est placide, entre "journée des crèpes" et décoration urbaine à régenter.

Il y a quand même le dossier "Little bird" qui le turlupine, (parce Walt est lent, mais a le sens de la justice). Little Bird est le surnom de la jeune indienne handicapée qui a été violée par quatre jeunes imbéciles arrogants, et blancs. Condamnés à des peines ridicules, ils continuent à chasser, pêcher, jusqu'à ce que l'un d'entre eux s'étale définitivement au milieu d'un troupeau de moutons, totalement irrespectueux d'ailleurs. L'enquête peine à démarrer, les indices sont légers comme des plumes et on attend, un peu longtemps d'ailleurs que Walt se décide à y croire. En attendant, donc, on est très occupé à faire connaissance avec tout ce monde, un peu plouc, un peu déglingué. Et tout doucement, on se rapproche de la Réserve. Tout à côté de la bourgade, on dirait un autre monde, ignoré, où l'on accède pas sans passerelle, et celle de Walt est son meilleur ami, Henry, aussi trognon que lui, mais meilleur cuisinier, moins prude et surtout indien. Il tient un café par intermittances sociales et s'occupe pas mal de notre héros. Les liens d'une amitié virile et complice occupent autant leur temps que la recherche des fantômes indiens et autres. La solution de l'énigme (peu crédible) laisse notre Walt dans un sale état d'âme, dont on rêverait de le consoler ...

Une lecture souvent drôle et pourtant, la présence, invisible, de la communauté indienne, le mépris méfiant envers le personnage d'Henry, en dit bien autant que des discours moralisateurs sur les "grandes causes" à défendre.

Suite à venir, forcément !

Athalie

17/07/2012

Le diable tout le temps Donald Ray Pollock

le diable tout le temps,donald ray pollock,romans,romans policiers,romans américainsJ'ai croisé mon ami Jack dans les croisées du salon du livre d'"Etonnants voyageurs". Mon ami Jack ( ce n'est pas un surnom, c'est son nom) est très, très grand, ce qui fait qu'on ne le loupe pas, même dans un salon du livre bondé. Il m'a lancé : "Va voir le Pollock, c'est du bon". Mon ami Jack étant un fin cinéphile et un amateur éclairé de polars américains, je n'ai pas vu le Pollock, j'en ai pris un sur la pile (après avoir lu la première page et surtout sans lire la quatrième, c'est ma technique habituelle quand on me lance sur un livre dont je ne sais strictement rien). Merci Jack ...

Est-ce un polar ? Un roman noir ? un road-movie immobile et à plusieurs vitesses, je ne sais, mais c'est un sacré bon bouquin. Comme on dit un sacré coup de rouge, je veux dire que ça tâche. A éviter si on aime les tables bien dressées avec nappe blanche. Le sourire vient parfois aux lèvres mais quand même un peu tendu parce que tous les personnages (ou presque) sont de sacrés saligauds. Les drames les plus épouvantables, horribles, répugnants, malsains se succèdent et pourtant jamais le coeur ne m'en est venu sur les lèvres tant l'écriture met à distance toute émotion, c'est écrit comme si tous ses crimes étaient, finalement, normaux, voire des sortes de gags, voire artistiques ....

Les deux villages où l'action se déroule sont presque limitrophes, un dans l'Ohio, et l'autre en Virginie Occidentale. Ce qu'il ont en commun, c'est qu'ils sont ruraux, très ruraux, et qu'ils sont liés par le chemin du personnage (on va dire principal), Arvin.

Arvin, c'est le fils unique de Willard Russel. Celui-là, quand il est revenu de la guerre du Vietnam, tout ce qu'il voulait, c'était rentrer chez lui, au fond des bois, chez sa mère, avec son oncle et basta. Pas envie de dire si les Japonais mangeaient au non leurs prisonniers. Rien. Sur le chemin du retour, il a, malgré tout, croisé du regard la belle Charlotte, serveuse de son état, aussi belle qu'une actrice de cinéma. Ils se marient, projettent de devenir propriétaires à la campagne, Arwin suit les traces de son père, mais Charlotte se meure et Willard dérape. A plein tube.

Roy est prédicateur, il s'arrose d'araignées pour montrer aux fidèles qu'il ne faut pas avoir la peur de l'amour de Dieu. Théodore, pour l'amour du même Eternel, a sacrifié ses jambes ( ce qu'il finira quand même par regretter), c'est donc sur son fauteuil roulant qu'il suit Roy en accompagnant ses sermons au violon. Jusque là, tout roule à peu près bien ... Où ils vont vraiment mal tourner, c'est lorsque Théodore va, égoïstement, encourager Roy à mettre à l'épreuve son pouvoir de résurrection. Je vous passe les histoires d'amour avec la femme flamant rose et autres aventures qui les mèneront, ben, vers une sorte de destin (?)

Suivent, ou s’entrecroisent, dans un cortège brinquebalant vers un enfer de pacotille : un couple de tueurs nymphomane-photographe, un prédicateur libidineux, un shérif véreux, quelques filles laides mais perdues de vertu quand même, et Arvin, l'enfant qui n'avait reçu qu'un pistolet en héritage, et un certain sens de la justice, un drôle d'ange quand même ...

 

 

 

11/06/2012

La dernière séance Larry Mcmurtry

larry mcmurtry,la dernière séance,romans américains,romansThalia est une ville du Texas. A Thalia, il y a Sonny et son meilleur ami Duane. Il sont lycéens, plus ou moins, joueurs de football et de basket, plus ou moins, vivent de petits boulots, logent dans la pension du coin. Les parents, c'est pas vraiment ça. Ce qui est vraiment ça, c'est les filles. Duane sort avec Jacy Farrow, la seule jeunesse dorée du coin. Duane est fou de Jacy, Jacy est plutôt folle d'elle-même, véritable petite garce qui va monter en puissance. Sonny, lui sort avec Charlène, c'est en gros tout ce qui lui reste, en fait, faute de ne pas pouvoir avoir Jacy, de ne pas pouvoir peloter Jacy, lui  rouler de gros patins, tenter de glisser les mains le plus près possible du soutien gorge de Jacy, il tente de le faire avec Charlène, plus ou moins sans conviction, lors des séances uniques du samedi soir au cinéma, l'unique cinéma de Thalia, séances de pelotages qui laissent les garçons raides comme devant.

A Thalia, il y a aussi Sam Le Lion, le propriétaire bienveillant du billard. Son surnom, il l'a bien mérité mais on ne le saura qu'à la fin. Il possède aussi le café. Entre l'un et l'autre, les jeunes traînent, font des plans foireux, ne pense qu'à ça, en manque de filles, en manque d'histoires. Sam a recueilli Billy, simplet d'esprit, il ne pense à rien d'autre, lui, qu'à balayer les trottoirs de la ville du cinéma au café, toujours dans le même sens, faut dire qu'à Thalia, il n'y a pas beaucoup de sens possibles. Sony l'aime bien Billy, le souffre douleur des garçons, celui à qui on enlève son caleçon, pour rigoler, et même une fois pire encore. L'ennui, ça fait tourner les choses au vinaigre, ou en rond.

Ne pas oublier l'entraineur de football, sorte de répugnant autocrate, aux méthodes bien particulières, il mène parfois ces adolescents en rut lavaire par le bus vers une défaite certaine. L'équipe de Thalia est si nulle que cela en devient parfois drôle ( il y a notamment une description d'un match surréaliste où toutes les tactiques relèvent du hara-kiri ....)

Parmi ces lycéens qui piétinent dans cette ville déserte et puritaine où le sexe est l'opprobe et leur obsession, Sonny est comme les autres, nourri des cheese-burgers du café, nourri de ses fantasmes pour à peu près toutes les femmes qui passent, mais lui arrivera quand même à regarder un visage, celui de Ruth, la quarantaine laissée pour compte, le seul personnge qui se laissera aller à aimer et tant pis , dans un récit où la quête tabou du sexe met à jour les frustrations qui font des adultes bancals.

A lire.

Athalie

Les commentaires par où cette lecture est arrivée :

http://www.lecturissime.com/article-la-derniere-seance-de...

http://www.readingintherain.com/2012/05/la-derniere-seanc...

18/12/2011

Mille femmes blanches Jim Fergus

mille femmes blanches,jim fergus,roman américain,roman sur les indiens américainsUn roman qui parle d'indiens sans que ce soit de Boyden (le P. de A.M.L., il ne voudrait pas nous la faire, la note sur Le chemin des âmes ?) ou de Louise Erdrich, c'est une première sur ce blog.

Un conseil reçu d'une dame inconnue dans la librairie où j'hésitais encore, le livre à la main, mais déjà bien chargée de l'autre. "C'est très bien" m'a-t-elle dit. Et moi, j'aime bien les conseils de lecture de gens que je ne connais pas et qui ose donner leur avis tout haut quand on ne leur demandait rien. D'ailleurs souvent, je brûle souvent de le faire quand je vois un de mes romans préférés reposé sur la pile par une main erronée : "Mais prenez-le allez-y!", ou "Tant pis pour vous, vous passez à côté, mais vous ne voyez donc pas ce que vous loupez ...". Non, la main ne voit rien, mais je ne dis jamais rien non plus.

Mille femmes blanches, "pas très bien" mais pas "pas mal", comme le commentait A.B. Le prologue est réjouissant : Washington 1874, une délégation d'indiens cheyennes, avec à sa tête "le chef et grand homme médecine" Little Wolf, est reçu par le président en grande pompe. Grandes pompes qui vont rapidement se transformer en coup de pieds aux fesses lorsque le chef indien propose une solution rationnelle permettant de mettre fin aux conflits récents, avec un moyen fort pacifique : mille femmes blanches. Mille femmes blanches livrées aux Indiens de sa tribu, perdue aux fins fonds hors de la civilisation, chargées de fabriquer des métis pour que les deux civilisations se fondent en une seule. Cela peut paraître logique, finalement. Surprenant, mais logique, pacifique en tout cas. Choquant pour la société américaine, vraiment. Ce qui fait que c'est en catimini que le gouvernement blanc va recruter des volontaires, dont la narratrice principale May Dodd dont les carnets retraçant son aventure ont été conservés.

Premier truc qui m'a fait tiquer. Moi, quand me présente un roman comme vraisemblable, j'aime bien qu'il le soit. Sinon faut le dire. Deuxième truc qui cloche, la May Dodd, fille d'une famille grande bourgeoise, elle aurait choisi de son plein gré et par amour d'aller vivre aux fonds des docks pour un contremaître brutal qui va lui caser deux enfants vite faits ... Soit, puisque à cause de cette mésalliance et donc de ce qui est présenté par sa famille, non comme une grande histoire d'amour, mais comme une tendance hystérique et nymphomane, May est internée dans un hopital psychiatrique. Le seul moyen d'en sortir est d'intégrer le projet baptisé "Mille femmes blanches pour l'Amérique". Ce qui ne permet pas vraiment de se refaire une réputation. Femme forte et va sans peur, May nous raconte son périple, occasion aussi de faire connaissance avec les autres recrues, portraits plutôt disparates et amusants, femmes aux motivations curieuses, aux itinéraires focément atypiques, les rejetées, les pas méritantes, juste bonnes à satisfaire les sauvages dette Amérique là.

Elles vont finir par trouver hommes et tipis, plus ou moins à leur goût, liées finalement par choix à ce qui n'en n'était pas un. Et c'est là que ça m'a gêné, on vire à l'apologie de la vie naturelle chez les bons sauvages. Et moi les bons sauvages, j'ai comme un doute, voir la série Montaigne¨et la bonne conscience née de l'institution littéraire...)

Mais, bon, j'écouterai encore les conseils des lectrices Anonymes.

Athalie 

PS : pour d'autres lectures indiennes : Erdrich, donc, surtout La malédiction des colombes, voir aussi Love Médecine, Ce qui a dévoré nos coeurs, Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse et La chorale des maîtres bouchers (sauf que là, il n'y a pas d'indiens) et le beau et excellent Boyden Le chemin des âmes ( âpre) et Les saisons de la solitude (moins âpre)

 

16/10/2011

Désolations David Vann

Désolations, le pluriel est juste. Des désolations, au sens d'être désolé devant un paysage qui l'est aussi, de faire le constat de ce qui est devant soi est tout cassé, peut pas être réparé, que ça c'est cassé la figure, en route de route. Que c'est tout par terre.

598599_david-vann.jpgComme dans Shukkand Island, il y a une histoire de cabane, il y a une histoire de cabane, de bois, mal fichue, mal conçue, un projet de survie, pour de mauvaises raisons, il y a une histoire d'île, de tempête, de neige, de froid, de solitude à deux (sauf que celle-là, elle datait d'avant l'île), une histoire de famille, cette fois, ils sont quatre, ça fait plus de possibilités quand même, surtout qu'il y a aussi les conjoints et deux autres figures "touristiques" qui traînaient leur rêve d'Alaska sauvage.

Iren et Gary se sont mariés il y a longtemps, trop, sans doute, les deux enfants, Mark et Rhoda sont partis, lui les fuit, elle reste autour, s'inquiète pour eux, surtout depuis que le père a décidé de construire une cabane sur l'île d'en face et d'y vivre, ce qu'il voudrait bien faire seul mais Iren le suit, malgré elle. A la retraite depuis peu, sdans rien d'autre que lui et elle, elle s'enfonce dans ses méandres migraineux et Gary dans l'illusion de faire peau neuve, devenir enfin un libre conquérant, comme dans ses rêves d'enfant, ne veut pas voir que c'est un peu raté d'avance. Lequel des deux est le bourreau de l'autre ? lequel a commencé à reporter la faute sur l'autre ? Lequel s'est retourné et a pleuré ? La construction de la cabane, c'est pas une nouvelle vie, c'est la même qu'avant mais en concentré de rancoeur. Des grains de folie s'installent et on attend l'explosion de la marmitte conjugale. Pas moyen de faire autrement.

En contre-point, Rhoda, la fille, sagement équilibrée et presque aimante, prépare de bons petits plats à son dentiste de fiancé. Elle a la grande maison, la vue sur la baie, le confort et l'assise, et commande des kits mariage "clefs en main" sur des îles baignées de soleil celles-là, au sable qui caresse les pieds et la traine légère de la robe en dentelle qui flotte sur les vaguelettes. Pendant ce temps, le dentiste, il fait un peu autre chose en fait, ce qui n'augure pas très bien de l'état de l'assise conjugale, vue par David Van, elle fait un peu peur en fait .... (pourtant, l'est bien joli, l'auteur, il a une femme ?)

Moins coup de poing dans la tête que Shukkand Island, moins, "je vide ma névrose sur les pages", même si on reste dans le lourd, c'est du lourd moins lourdinge, avec un peu plus de trous pour respirer, peut-être même une porte de sortie. Enfin, elle n'est pas grande ouverte, faut pas exagérer.

Athalie

PS : j'ai vu qu'il avait un autre titre, Caribou Island, je crains le dépeçage de la bête ...

 

02/08/2011

Un pied au paradis Ron Rash

Bien prenant comme un polar qu'il n'est pas vraiment, bien troussé en cinq parties que l'on enchaîne, malgré quelques répétitions, un coup d'accélérateur sur la fin, et même si quelques ficelles trainent, on ne culbute quand même pas trop dans le total mélo.

Il fait chaud dans ce livre, une chaleur moite qui colle aux mains calleuses des paysans qui s'acharnent à tirer quelques plants de tabac d'une terre aride, perdus dans une vallée bien paumée du sud des Etats Unis, ancien territoire indien où trainent encore quelques ombres. Ils triment pour ne pas faire pousser grand chose, et surtout pas des enfants ... Une grande ombre aussi plane en arrière-plan, celle d'une grande entreprise qui se moque pas mal d'eux et du passé, c'est dit, les terres anciennes et ce qui va avec doit être noyé sous l'eau de la retenue necessaire à la centrale électrique.

WorkShoesS.jpgCe livre a un goût de poussière, un son de pendule qui sonne les coups du sort pour les personnages qui peinent en dessous. Il y a d'abord la voix du shérif, parti à la recherche du corps d'un ancien combattant tourné pas grand chose. Sa mère a donné une piste : les voisins, et surtout la voisine, seulement voilà, pas de cadavre, pas de crime, alors, il cherche. C'est rèche et tendu, c'est lourd. Le shérif traine la jambe, mais aussi sa propre histoire, un mariage raté, un père et un frère qui, eux, sont restés à la ferme, un parcours clopin clopant qui garde une part d'ombre ... Puis la voix de la voisine, relais qui dévoile un peu, on croit savoir, on devine, on met d'autres pierres dans le sac, puis le mari, puis leur fils, et lorsqu'arrive le tour de l'adjoint, c'est juste pour le fardeau final, les pierres tombales disparaissent sous l'eau du barrage, les pick-up déglingués ne se cabosseront plus aux routes pas carossées.

Ce n'est pas si dense ni si puissant que du Harisson ( celui de Dalva), il y a comme un écho de déjà lu, mais du déjà lu qui fonctionne pas mal.

Athalie

08/07/2011

Sukkwan Island David Van

utopia%201.jpgC'est un livre dont j'aurais aimé dire beaucoup de bien, parce que l'auteur, d'abord, il est vachement beau, et qu'en plus, il a l'air un peu tout cassé, genre Boyden, mais en plus jeune, moins massif, un côté ado fragile.  Mais je ne sais trop quoi en penser, au final. Déjà, y'a un côté La route, la relation père-fils, ça fait écho, ça gêne.ça gêne aussi de savoir que le père, le vrai, de David Van, lui a demandé de vivre avec lui en Alaska, que le vrai auteur a dit non, et que son père s'est suicidé quelques temps plus tard. Il (l'auteur) n'a pas dit si cela avait un rapport avec son refus, mais on peut penser que c'est ce qu'il peut penser, forcément. Il dit aussi que c'est le roman de l'autre scénario, celui où le fils aurait dit oui. ça gauchise un peu la lecture, peut-être.

Sur le quatrième, le roman est classé sous l'étiquette "Nature writing", soit. C'est vrai que l'action se situe en Alaska, donc, Alaska oblige, pas beaucoup de monde, mais un plein de solitude, d'arbres, de saumons, un ou deux ours, de la neige, du froid évidemment, du froid. Un père qui demande à son fils de vivre avec lui pendant un an sur une île, rien que tout les deux, c'est plutôt de cette nature dont il s'agit, pas de la beauté des grands espaces, mais du piège de l'espace intime. Le fils qui croyait que son père avait tout prévu, le père figure paternelle angoissante, défectueuse, centré sur ses propres échecs, amoureux, ceux d'avant,  de maintenant. Impudique (enfin, j'ai trouvé), Jim (c'est le père) se sert de Roy (le fils) comme d'une béquille, sauf qu'il n'a que treize ans, le fils. Une sorte de prise d'otage moral, Roy flotte dans cette mission imposée trop grande pour lui, il ne sait qu'en faire. Alors, comme  c'est le début de l'été, il pêche des saumons, chasse des provisions, collabore comme il le peut avec ce père de plus en plus inquiétant, veut fuir, puis reste, puis la neige, puis le huis-clos.

On sent bien qu'on va vers le drame, mais j'ai quand même sursauté quand il est arrivé. Et puis après, ça sonde l'âme, ses lachetés, ses errances. L'écriture est lente, comme retardée par les échos de la neige, comme au rythme d'une marche en raquettes qui n'aurait pas vraiment de fin, ni de but. C'est peut être pour cela que je suis restée à l'extérieur, attendant autre chose que cette sonde douloureuse d'introspection qui ne mène vers pas grand chose en fait, du moins me semble-t-il ... 

Athalie

PS : mais c'est vrai que moi, les relations père fils ...

12/03/2011

True grit, les frères Cohen

bear44.jpgLes enfants n'étant toujours pas là, avec mon homme, on est retourné au cinéma ... Dingue ! En plus, il faisait beau, en plus, c'était pas l'heure qu'on préfère, en plus, j'avais du boulot, en plus on n'était les seuls à avoir eu la même idée saugrenue d'aller s'enfermer dans le noir devant un écran alors que les gens normaux poussent des poussettes dans les rues rennaises pour aller au parc ...

(Il y avait même une A, qui d'ailleurs devait faire sa première note ... )

Ben, ça en valait la peine de ne pas pousser de poussettes dans les rues ensoleillées. Il est rudement bien le dernier des frères Cohen. En trois quatre plans, on y est dans l'enfance du western, dans la nôtre aussi. Tous les codes y sont, la grande rue, la poussière, les lois qui n'en sont pas vraiment ... On entre dedans l'image et on se laisse pousser vers l'action, tranquillement, au rythme des scènes réécrites, des "must have" doucement décalés : la traversée de la rivière, j'ai adoré, mille fois vue, pourtant.

Bon, c'est du Cohen quand même, donc il me faut parfois fermer les yeux, voire les oreilles en plus : le burlesque sanguinolent, je peux regarder, mais seulement la deuxième fois et sur petit écran, donc je n'ai pas su tout de suite ce que le marshall arrachait ou pas dans la bouche du texan, mais on suit quand même. Dès fois, on n'a pas le temps de fermer les yeux ....

Après, ça s'accelère, tellement que j'ai sauté sur mon fauteuil pendant les 20 dernières minutes, genre cabri qu'a oublié que c'est même pas vrai ce qui se passe sur l'écran, et qu'il fait beau dehors et que les gens normaux poussent leur poussettes vers des parcs normaux, où il n'y a pas de serpents qui mordent les petites filles, pas de duel à un contre cinq, ou six, pas de rédemption possible. Et puis la "chevauchée fantastique", la "nuit du chasseur", mais à l'envers ...

Le miracle a dû opérer parce que même au "masque et la plume", il n'ont rien trouvé à redire. C'est dire.

Athalie

En lieu et place de ...