Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/01/2017

Zinc, David Van Reybrouck

moresnet04.jpgA force de ne pas me décider à entamer le pavé de Congo. Une histoire. du même auteur qui traîne en bonne place depuis cinq ans sur mes étagères, dans un acte de contrition plus ou moins conscient, pour me rattraper tout à fait hypocritement de mes achats, parfois compulsifs (l'auteur, il faut quand même le dire, n'a pas que la parole séduisante ...) qui prennent la poussière, je me suis régalée de ce tout petit bout d'histoire, d'un tout petit bout de pays, une sorte d'histoire oubliée d'un pays qui a à peine existé.

Ce territoire est celui d'un bout du Moresnet, entre la Belgique, les Pays Bas et l'Allemagne (enfin, la Prusse au départ), et sur ce territoire a vécu Emil Rixen. Emil n'a laissé aucune trace dans l'histoire, et ma foi, son petit pays non plus, il l'érudition sagace de David Van reybrouck pour nous le ressuciter un peu. En fait, le Moresnet est né d'une anomalie passagère de l'Histoire des grands pays qui découpent les frontières et qui sur ce coup là n'ont pas réussi à se mettre d'accord et puis, ont laissé tomber, jusque la guerre prochaine, ce qui fait que le Moresnet, entre la fin des guerres napoléoniennes et la première Grande, est un territoire neutre, coincé entre un Moresnet belge et un Moresnet prussien. Une anomalie, vous dis-je, puisque le bout laissé à lui même était assez riche, fondé autour d'une usine productrice de zinc, qui en ce démarrage de révolution industrielle galvanise les productions d'objets industrialisés, jusqu'aux crèmes pour les mains ...

Emil, lui aussi, a été laissé là par sa mère, enceinte et célibataire qui a sans doute cru trouver en cette neutralité oubliée, un refuge. La population de Moresnet est paisible et relativement prospère, Emil est l'un de ses 4660 habitants qui vaquent tranquillement à leur neutralité jusqu'à ce que la première guerre n'en fasse le pays d'Ubu;  l'enrôlement volontaire étant en effet conditionné par sa nationalité d'origine. Le retour à la paix signe la fin de Moresnet mais les débuts d'autres vicissitudes pour Emil et son petit pays, qui n'en est plus un d'ailleurs. 

Ce fut ma foi, une lecture passionnante, comme une longue blague belge un peu triste, comme sous la loupe d'un Goscinny,  David Van Reybourck nous montre un village qui loin de résister, est balloté d'une nationalité à l'autre, au gré des décisions politiques qui lui tombe dessus comme autant de couperets de l'absurde. 

Mon seul regret, est que une fois ces ombres d'Emil et des autres, ces habitants que l'auteur a fait un peu parlé, une fois qu'elles furent là, je m'y suis bien attachée, et que le texte est bien court ...

07/09/2016

Les bateaux ivres, Jean Paul Mari

lrm8zm-HC.jpgJ'ai été tentée par ce titre lors d'un plateau à Etonnants Voyageurs, festival du livre de Saint Malo, lors d'un plateau animé par Ys. Animé n'est d'ailleurs pas le bon mot, ce serait plutôt accompagné, car elle lance l'auteur très rapidement, et du coup, il se lance tout seul, du moins, c'est ce qui s'est passé pour Jean Paul Mari ( y'en a un qui a résisté, mais je ne me souviens plus de son nom, et ce n'était pas la faute d'Ys si il s'est mis en boucle ...). Le sujet de Mari est l'immigration clandestine, son attitude est la compassion sans mièvrerie. Lui aussi, il accompagne. Est-ce pour cela que les applaudissements, généralement de pure forme dans ce type de manifestation, ont pris ce jour-là la chaleur d'une vraie sincérité, au point que l'auteur en a relevé les yeux, semblant lui-même étonné de ce qu'il venait de soulever chez nous ? Spectateurs parfois blasés, quand ce n'est lassés, du drame humain à répétitions des migrants, des vagues d'indignation qui retombent plus vite que la pluie à Calais, ces images si répétitives qu'on dirait le même scénario joué d'avance. Alors, parfois, nous ne levons plus un sourcil pour voir, nous ne prenons plus les lunettes pour lire le dernier naufrage écrit en petit, nous perdons le fil des chiffres, nous ne comprenons plus que ce sont de vrais gens qui meurent, pas des pixels médiatiques sur écran plat : " cette formidable capacité que nous avons développée, à accepter l'inacceptable" écrit Jean Paul Mari à la fin d'un éditorial publié sur grands reporters.com, site qu'il a contribué à créer et où son parcours professionnel est retracé : un grand reporter résolument engagé dans le réel de la guerre et puis, comme une dérive vers la suite, cette forme sordide de l'Odyssée de ceux qui ne sont pas les nouveaux Ulysse de civilisations pourtant guerrières. Mais la guerre a changé les héros en migrants, et les migrants en victimes. Pourtant, Mari ne les voit pas comme cela.

Ce livre est entre le témoignage, l'essai et le documentaire, et c'est vraiment ce qui en fait l'intérêt et la facilité de lecture. "Noyés dans les larmes de la Méditerranée" ou réussissant à poser le pied sur les rivages européens, l'auteur individualise en quelques parcours recomposés et morcelés, le flot de ces hommes, femmes, enfants qui ont fui la misère, la guerre, le fanatisme religieux, tout simplement qui rêvent d'être un peu plus vivants que la mort lente des illusions qui les attend si ils restent : Robiel, noyé à Calais, venu d'Ethiopie, si près de réussir, Fassi, le gamin de Guinée, parti football au cœur, Zachiel, l'imam qui ne voulait pas prêcher le Djihad, sa femme, ses enfants, les plages turques, les passeurs, puis Lesbos. Pour quelques uns, qui peuvent respirer mieux, combien de cadavres sont rudoyés par les courants ...

Ce que montre aussi Jean Paul Mari est à quel point le lieu d'arrivée détermine la réussite ou l'échec de l'exil volontaire et désespéré ; Lampedusa et son accueil plutôt humaniste, alors qu'Athènes est un cul de sac de la misère.  Le mur européen n'est pas le même partout, et les migrants se ruent toujours pour se déchirer sur les barbelés de Ceuta ou Mellila.

 Et toujours, comme un ressassement indigné, l'auteur en revient à ce qui fut une mer bleue, à cette odyssée d'ici et maintenant, dont les héros ne sont plus Ulysse et hector, mais des survivants qui en tremblent encore, et c'est l'Europe qui loin de chanter leurs exploits, tissent la toile des morts sans linceul.

 A lire, la note de Ys

 

07/06/2016

Indian creek, Pete Fromm

IMG_20151010_115811.jpgTout d'abord, j'ai toujours eu du mal avec Robinson. Vendredi (13) ou pas, mythe ou pas mythe, le Robinson, il a quand même un arrière goût d'individualiste petit bourgeois, dirait fiston, qui n'a pas lu Robinson, mais moi oui. L'île déserte avec la survie qui mène à la réussite de l'entreprise, ce n'est pas mon truc.

En plus, là, c'est un Robinson du froid, dans le Montana, avec des lynx, des caribous et des cerfs et des tas de bois à couper. Les lynx, les caribous et autres bestioles du froid, ce doit être très beau, dans la neige. Si grandiose d'ailleurs, que je ne vois pas l'utilité d'aller déranger toute cette infinitude avec mes lunettes de soleil, ma tenue d'intérieur-extérieur en ces débuts de beaux jours, et mes questions existentielles menées du fond de mon jardin. (Ben oui, j'ai migré du canapé au transat. Faut pas croire, je suit les saisons.)

La vie sauvage pour moi, se limite aux tentatives désespérées de mon chat pour intimider ma poule quand elle chasse le vers de terre au milieu de ma plate bande de fraisiers. Ce qui est déjà d'une violence à la limite du supportable, vu que je n'ai que deux fraisiers. Surtout à cause de la tête de mon chat, qui en général, vit un moment de honte suprême, vu que la poule s'en fiche et il revient alors se coucher près du transat, et je lis la mortification du grand fauve dans ses yeux verts.

 Donc, un livre dont le sujet est l'hibernation volontaire d'un jeune homme inconscient à l'intérieur d'une tente de toile rectangulaire, au croisement de deux rivières en plein cœur du parc de la Selway-Bitterot ( au nord de Missoula, à des centaines de kilomètres du premier habitant capable de parler d'autre chose que de la chasse aux caribous, car là-bas, même les écrivains sont nature). Le Robinson novice s'embarque pour six mois glacés avec pour mission de dégeler une fois par jour un bassin d'élevage de deux millions et demi d’œufs de saumon, implantés là pour voir si ils vont survivre. J'avais déjà la réponse, en gros, pour la survie des futurs saumons, c'est dire qu'aucun frémissement n'a agité ma tong du fond de mon jardin.

Et pourtant, j'aurais eu bien tort de ne pas suivre ce conseil de lecture d'une adorable libraire ( officiant à Étonnants voyageurs sur le stand des éditions Gallmeister mais basée normalement dans la librairie "livres in room" à Saint Pol de Léon.). D'abord, parce que lorsqu'on vend des livres au royaume du chou-fleur, on est un vrai Robinson et que une île déserte remplie de livres, c'est un royaume que je peux concevoir, et ensuite, parce que ce livre est drôle.

Peter Fromm s'y moque beaucoup de lui même, de son rêve d'aventurier de l'extrême né au contact de sa fréquentation naïve des récits des trappeurs épiques, de sa confrontation avec la solitude qu'il combat à grands coups d'entreprises pharaoniques d'abattage de bois de chauffage, sa frénétique compulsion à s'occuper, dans le vide de cette immensité, pourtant peuplée de quelques aficionados de la chasse aux lynx.

L'auteur, tout en maltraitant, avec le sourire, sa juvénile inconscience, construit un roman d'apprentissage fort sympathique, mêlant ses états d'âme et son amour naissant pour l'état solitaire, qui de subi, devient choisi.

Évidemment, je ne suis pas revenue de ce voyage en terre glacée avec l'envie irrésistible de chevaucher une moto neige, mais avec quand même une petite idée du plaisir qu'on pouvait y trouver. Et surtout, j'ai trouvé ce qui manque à mon chat dans sa poursuite effrénée de la poule sur mon carré de pelouse, c'est l'exaltation des grands espaces et l'urgence de la survie ...

16/05/2016

Etonnants voyageurs 2016

En premier lieu, deux images rares ... Les A. dans l'ordre presque alphabétique, de dos .... et de face ...

photo 1.jpgphoto 3.jpg

Pour une fois, on a réussi à se tenir toute ensemble à la même place, en dehors de l'heure de l'apéro, évidemment. C'est un premier scoop !

Le second scoop, comme on peut le voir est qu'il a fait beau, enfin, hier, il a fait beau ... Au soleil.

Sinon, un festival assez plan plan peinard, ma foi, avec beaucoup d'habitués des plateaux et du salon, des retrouvailles agréables, des clins d'oeil à d'autres éditions, peut-être plus novatrices, mais toujours ce bon vieux goût d'être un peu, pour un moment, en dehors de la frénésie des choses. Et cela fait toujours autant de bien !

Pas de grands plateaux à raconter, mais deux quand même un peu à part, puisque j'y ai rencontré Ys (Sandrine) dans son rôle d'animatrice. Et en toute sincérité, ce furent les deux plateaux les plus efficaces que j'ai pu voir cette année. Ses questions courtes mais ouvertes laissent toute la place aux paroles des auteurs, du coup, ils parlent, juste et bien, et pas que des livres qu'ils viennent promouvoir. (et pourtant, il y avait un  "client" qui n'était pas facile, facile, le genre bloqué sur sa corde raide, et vas-y que que Ys te balance rien des questions, mêmes courtes et pertinentes, il te balançait la même réponse ...)

Récolte de cette année, un peu en baisse par rapport à d'hab, pour cause d'étagères surchargées :

"Les bateaux ivres" de Jean Paul Mari : un des plateaux de Ys, d'ailleurs. Une type d'une telle conviction que les applaudissements finaux n'ont pas raisonné comme une simple convention, il y avait du remerciement dans l'air.

"L'authentique Pearline Portious", sur un autre plateau de Ys, parce que j'ai déjà tout lu de Carole Martinez, et que cet homme-là, ce qu'il disait de la magie et de la folie m'a intriguée.

"Mon nom est Jamaïca", parce que c'est le seul de Fajardo que je n'avais pas encore lu, et comme il était là ....

NB aux A., c'est laquelle qui m'a embarqué "Les imposteurs" ? Parce qu'en plus, j'avais bien deviné qu'il avait une place centrale dans la série, mais maintenant, je voudrais bien savoir laquelle ...

"Passé parfait" de Padura, parce que mon homme a acheté "Electre à la Havane" et qu'il s'est avéré qu'en fait, c'était le dernier de la série des saisons, et moi, j'aime commencer les séries par le début. Même si je suis pas certaine d'aimer Padura, son écriture, je veux dire.("Le palmier et l'étoile" doit être sur mon étagère des non lus depuis au moins ... dix ans ?)

"La vérité sur Anna Klein" de Thomas H. Cook, parce que cela fait longtemps que je n'ai pas lu un titre de cet auteur, et qu'il faut toujours avoir, selon moi, un bon petit polar à se mettre sous le coude. C'est mon côté maso ...

"Mudwoman" de Joyce Carol Oates, parce qu'il faut toujours avoir, toujours selon moi, sous le coude un bon vieux roman avec "des fantômes du passé" qui vont venir vous chatouiller les pieds.

"Souviens-toi de moi comme ça" de Bret Anthony Johnston, parce l'auteur est complétement barré, d'un barré que j'aime. (je viens de lire le prologue ! ouha, ça annonce du lourd.) Et puis, un homme qui porte un bonnet sans avoir l'air ridicule et qui  aime le café avec dix sucres, je craque ! Ce qui est un critère de choix très rationnel.

"Comment tout a commencé" de Peter Fromm, parce que c'est le coup de coeur d'une libraire absolument adorable ( qui tient une librairie à Saint Paul de Léon dans la grande rue, je ne la connais pas, mais rien que pour cela, je serai capable d'y retourner, au pays des choux-fleurs ...) et "Compagnie K" de William March, parce que repartir avec un seul Gallmeister, ce serait comme partir du festival sur une patte.

D'ailleurs, faudrait peut-être conseiller Saint Paul de Léon à Carole Martinez, elle est en recherche d'un village breton avec une poste pour son prochain roman, il y a surement une poste à côté de la librairie ? Et puis, elles s'entendraient bien, la libraire et la Carole ... Elles ont le même regard, celui qui est habité par les histoires ...

 

 

 

01/05/2016

Tag en retard

barbie-foot.jpgIl y a au moins un siècle et demi, j'avais dit "je vais le faire" à Marie Claude de Hop sous la couette. Un quart de siècle plus tard, je m'y colle. C'était un tag en deux parties au départ. La première, l'histoire du blog, la seconde, des conseils à donner aux nouveaux blogueurs ( je sens que la deuxième va être cotonneuse !!!). En plus, pour une fois je n'ai pas fait de brouillon, même pas sur mon cahier flamant rose préféré) et je commence à multiplier les parenthèses, ce qui n'est jamais vraiment bon signe chez moi, mais tant que je n'en mets pas trois d'affilé, (n'est pas pas Jaenada qui veut), je me dis que mon truc va être lisible.

PS : premier conseil aux jeunes blogueurs, si jamais vous arrivez sur ce vieux blog, ne pas faire comme moi, être clair et synthétique dès le début, moi, cela va faire quelques années que j'essaye, mais, bon, c'est mort. Donc, conseil suivant, connaître ses limites, moi, non, j'ai arrêté les limites.

Au départ, il y les A. Moi, évidemment, la A. blonde, la A. nantaise, et la A. tout court (elle va pas aimé le "tout court" ...). Les A. c'est parce qu'elles ont toutes les trois un prénom super original qui commence par A. En plus, il y a en deux qui ont le même, (la blonde et la nantaise). Et moi, non. Les A. aiment lire des trucs qui font pleurer, qui font peur, qui serrent les tripes ( un des textes fondateurs fut "Les orpailleurs", sauf que je suis certaine qu'il en a au moins deux qui ne l'ont pas lu, les A. ne sont pas très obéissantes). Les A. aiment le vin blanc et la terrasse des "Voyageurs" lors du festival "Étonnants voyageurs" où elles se la jouent un peu stars. Et c'est là où l'idée du blog est née. Un blog pour que les A se lisent, écrivent et se la pètent un peu sur la blogo ( inutile de préciser que la blogo, on ne savait même pas ce que c'était). Un blog, je ne savais pas non plus ce que c'était, mais j'avais commencé à en lire, dont certains que je suis toujours, mais pas elles, c'est parce que je suis moderne, comme l'atteste la constante mise à jour de l'esthétique de Aleslire .... Quand une des A. ne se met pas à me le teindre en vert (coup de bol, elle a perdu les codes). Donc, j'ai commencé (vous pouvez fouillez dans les archives, vous comprendrez mon immense solitude ... deux ans sans aucun commentaires, le vide sidéral ...)

PS : deuxième conseil aux jeunes blogueurs si jamais ils arrivent sur ce vieux blog, toujours rendre hommage à vos ainés bloguesques surtout si c'est vrai et sincère. Merci de me rendre la pareille dans dix ans ou plus. Ou de m'aider à moderniser ce brontosaure, auquel je tiens comme à mon premier "Angélique marquise des anges". 

Alors, le blog s’appelle ALESLIRE à cause des A. de LES et de LIRE. Il m'arrive de le regretter car quand on me demande le nom du blog, il faut que je l'épèle, vu comme comme pour moi c'est évident et pas pour les autres, je ne comprends pas que l'on ne me comprenne pas tout de suite.  Et comme c'est évident que je ne peux pas le changer (Alalire, c'est juste pas possible !), me voilà condamnée à passer pour pour une inconditionnelle de Racine (ce que je suis, par ailleurs), à cause d'une lettre en trop dans mon prénom. Les autres A, sont toujours là. Merci les filles. Elles n'ont jamais écrit aucun article.

PS : troisième conseil aux jeunes blogueurs, ne pas raconter sa vie perso, sur les blogs littéraires, il n'y a que la littérature qui compte, ou presque ... Vous me remercierez dans dix ans, ou presque ^-^

 

Les A. sauf une, ne laissent jamais de commentaires sur ce blog, elles me commentent juste dans la vraie vie, autour d'un verre de blanc ou deux ... Le rendez-vous annuel d'"étonnants voyageurs" approchant, je me devais de leur rendre un vibrant hommage ...

Et si sur la terrasse des "Voyageurs" à Saint Malo", vous voyez quatre A., celle qui a le plus gros tas de livres, c'est moi !

 

03/08/2009

La perfection du tir Mathias Enard

Dans cet été plutôt caractérisé par les pavés et la littérature pas française, un petit livre est sorti de ma pile prévue, un livre écrit par  un Français, et qui plus est, semble avoir le vent en poupe, puisque "Zone", sa dernière publication en date, a obtenu le Prix France Inter. Ce dernier roman, donc, qui était un pavé, je l'ai reposé sur la pile sous le nez de l'auteur (c'est toujours un geste pas terrible à faire, mais bon ...) et j'ai pris le petit d'à côté, du même auteur quand même, vu que j'étais devant lui au festival "Etonnants voyageurs", j'avais oublié de le dire.

Il faut dire que des pavés j'en avais déjà quelques uns dans le sac, dont un écrit par un Français. c'était prendre assez de risques comme ça ... ( le pavé écrit par un français qui dèjà dans le sac, c'est "Là où les tigres sont chez eux", génial, donc comme déjà dit, mais je ne le savais pas encore ...)
Entrouvert juste après ce très bon pavé, les premières pages de "La perfection du tir" m'ont fait un peu peur .... Je l'ai vite refermé pour ne pas avoir trop vite fait d'idées toutes faites (Ah ! les pauvres livres lus après un très bon, leur destinée est parfois injuste ! ). Méfiante, je suis donc repartie vers une autre de mes activités préférées de cet été, poncer et repeindre mes fenêtres.
Ce devoir à moitié accompli, (et le sentiment du devoir presque accompli, ça fait du bien et ça motive pour faire autre chose de pas terminé non plus), je m'y suis remise, au petit opus.

Bon, on est pas dans le grand, mais ça se lit. En tout cas, pas d'autofiction branle nouille comme j'en avais eu l'impression au départ. On est dans le même système de narration que dans "Les bienveillantes", c'est-à-dire dans la tête d'un tueur qui aime tuer, et même, pour qui tirer du haut d'un toit sur des inconnus est la presque unique raison de vivre. C'est un autre lieu, un autre moment que le livre de J. Littell (le conflit n'est pas vraiment situé d'ailleurs, mais la guerre de l'ex-Yougoslavie est clairement évoquée), et le narrateur est moins gênant pour le lecteur que celui de Littell. C'est un salaud, mais un salaud sans idéologie. Juste le goût de tuer. Pas celui de violer, c'est déjà ça, juste un peu celui de torturer, mais avec plus de réticence que les autres,  quand même, et cela permet de le suivre sans trop se sentir voyeur .... On suit, donc, mais sans vraiment non plus adhérer, spectateur d'horreurs qui ne concernent pas le narrateur, et du coup le lecteur, de peurs provoquées sans vraiment être menées.
L'écriture est sèche, convient au sujet, sûrement, mais bon sécheresse, point trop n'en faut ....
Il restera à lire "Zone", sans doute quand il sera en poche, parce que les pavés écrits par des Français, il ne faut pas en abuser non plus, je risquerai l'overdose. Et j'ai mes fenêtres à finir de poncer.

Athalie

02/12/2008

La chorale des maîtres boucher Louise Erdrich

Louise Erdrich est sans doute l'écrivain des amerindiens. Moi, je n'y connais rien aux amerindiens d'Amérique, enfin, pas plus que tout le monde en Europe 

image_12000985.jpg : l'injustice en tout cas, souvent très belle en littérature. Pour ne penser qu'à Dalva de Harisson. La tragédie historique donnerait-elle lieu à des chefs d'oeuvre littéraires ? ça se saurait. ça ne marche pas pour la Shoah, par exemple.ice terrible qui leur a été faite, et qui perdure sûrement, du fond de mon ignorance. Le paradoxe, c'est que la littérature sur leur misère est, dans ce que j'ai lu

Je n'ai lu que trois livres de Louise Erdrich. Le premier ne parle pas d'indiens. La chorale des maîtres bouchers raconte une immigration, celle d'un ancien soldat allemand de la première guerre mondiale dans l'Amérique de tous les possibles, celle du rêve encore intact et des chercheurs d'or, cet univers mythique des westerns glorieux. Dans ce livre, c'est plutôt La ruée vers l'or de Chaplin, pas encore Les temps modernes. Le personnage de l'ancien soldat, il est aussi boucher, il finira par faire son trou, son coin de petite réussite à lui dans un trou oublié de cette glorieuse Amérique, un coin perdu, justement. Pas tout seul, mais entouré de figures de femmes toutes plus fortes les unes que les autres, et de paumés, tous plus paumés les uns que les autres. Un bel envers du décor.
Ce livre, c'est encore une histoire de lectrice à "Etonnants voyageurs". Louise Erdich y était invitée, mais elle n'était pas là. (En fait, au fil des années, on se rendra compte qu'elle est toujours invitée et ne vient jamais : une fois, elle a sa fille à marier, l'autre son fils à soigner .... presque une joke du festival, faut dire qu'elle en a huit des enfants, ça fait encore plein d'idées pour ne pas venir ! )
Comme elle n'était donc pas là, donc, sur le plateau des invités, il n'y avait que son éditeur. Et il a lu la dernière page. Seulement la dernière page. Jamais une dernière page ne m'aura touchée à ce point. Dès fois, je la relis encore, seulement la dernière, et la magie fontionne encore.

Sur ce blog, du même auteur, Love médecine . A lire absolument, "La malédiction des colombes", pas de note ici, mais plein ailleurs ... A recommander aussi "Ce qui a dévoré nos coeurs", pas de notes ici non plus, mais d'autres ailleurs aussi ...

09/07/2008

Étonnants voyageurs 2008

attrapeur-de-lunecouleur.jpg

C'est une histoire de rituels. J'ai beaucoup de rituels. "Etonnants voyageurs" en est un. Tous les ans, moi et mon homme,on met les enfants chez les grands-parents, la carte bleue dans la poche et on part au festival du livre. Le thème change tous les ans, on s'en fout, nous, on fait toujours pareil. On prend toujours le même hôtel, pour les deux nuits, toujours. On va bientôt avoir toujours la même chambre, génial !
Le principe est simple, on gare la voiture et on fonce : conférences, café littéraire, salon du livre. (pas toujours dans cette ordre-là, quand même ... on doit tenir compte du programme.)
Le tampon sur le poignet, on coche comme des fous, on entoure, on souligne et on se sépare. Toujours. Pas un pli, on ne voit jamais les mêmes choses, et c'est même pas exprès...
Le soir, re-rituel, incontournable, nécessaire, terrasse de l'Univers, apéro. D'année en années, ce rituel-là s'est enrichi des copines ; les miennes d'abord, puis les copines des miennes et les copines des copines des miennes... les livres achetés commencent à circuler, des titres pour demain, les lectures de l'année dernière, le coup où on a vu untel ensemble ... Les mêmes histoires, nos heures de gloire de lectrices, de festivalières un peu snobs (surtout moi...), y a celles qui viennent pour la première fois, les "bleues" à qui les anciennes en jettent plein la vue, en en rajoutant un peu tous les ans "Mais si, tu te souviens quand tu as répondu à Raynal que tu n'étais pas d'accord avec lui ...Tiens, d'ailleurs, regarde, c'est lui qui passe ... (regard admiratif de la bleue "Yaou, elle connait Reynal !!!") D'ailleurs, c'est pas Pouy avec lui? Ces deux zozos, je les vu en .... " Et voilà, c'est parti, on est au festival, celles qui restent pour deux jours, celles qui repartent le soir, mais qui l'année prochaine ... ça partage, c'est bon, c'est chaud, ça se moque, ça recommande un vin blanc, des cacahouètes, ça râle que les livres sont trop chers, que cette année, promis juré craché, on f'ra gaffe ...
Moi, je dis jamais un truc pareil, je suis pas là pour faire gaffe, plus ma pile est haute, plus je peux les sentir lourds dans mon sac, ma caverne d'Ali Baba, ma réserve de rêves futurs, d'où ils sortent, un par un, pour passer de mains en mains, pour revenir dans les miens, plus je me sens exister, à travers eux, sachant que cet été, ils seront liés à des moments. Des après-midi, des soirées douces, des trajets en voiture (parce que j'ai cette chance, de pouvoir lire en voiture sans même être malade !), sachant que je serai déçue, que je serai surprise, que je me forcerai à finir, à ne pas finir ... que je les prêterai, notamment aux A et non A aussi, qu'on en parlera. Que ça recommencera, la vraie vie !
Bref, une lectrice avec sa pile de futurs inachevés .... Le bonheur !