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27/09/2014

En finir avec Eddy Bellegueule Edouard Louis

"En finir", le titre l'annonce, est le récit d'un combat (pas d'une revanche, du moins, je ne l'ai pas lu comme cela), le combat d'Eddy contre lui même, contre son corps, plus précisément,  corps qui se déhanche quand il marche, quand il court, mains qui s'agitent trop quand il parle, voix qui s'élève dans les aigus et semble trembler de larmes, souvent. Eddy se sent dans un corps de fille et ce désordre se voit dans ce quart-monde du nord qui est son monde à lui. Eddy se sent une fille et voudrait être un dur, comme les autres garçons du village, comme le voudrait son père, sa mère, comme unique modèle à atteindre pour lui, alors que les autres n'ont pas d'efforts à faire. La connerie n'est pas génétique dans ce livre, mais c'est un atavisme social.

Un dur rote fort, parle fort, en picard, ne se lave pas les dents, joue au foot, regarde la télévision sans dégoût avant d'aller à l'école, un dur n'aime pas l'école, il y échoue, il passe son permis avant d'engrosser la première venue ou presque de son village, voire du village voisin, un dur ne quitte jamais son village, il travaille à l'usine, il trime, boit trop, fume trop, se bat à la sortie du bar avec ses copains, et recommence, un dur est raciste et pauvre. Un dur ne sort pas de là, ce sont les pères, les frères, les cousins, les copains. Eddy est le contraire d'un dur, il est attiré par tout ce qu'il faut mépriser pour l'être et le corps des hommes.

C'est dire si le combat va être difficile, contre lui-même, contre les mots qu'on lui lance, contre les coups qu'on lui porte, victime parfois consentante de l'engrenage qu'il s'impose, devenir un autre et que personne ne sache, même plus lui, se renier et faire taire son corps.

Le combat est social et intime, un combat qui n'est pas sans tendresse, malgré quelques scènes "coups de poing". Comme il voudrait bien les aimer, ces parents qu'il méprise, comme il voudrait leur plaire alors qu'ils l'humilient et le nient. Il en dresse un portrait terrible de désamour, ressasse leur bêtise crasse, leur inculture fière de l'être, leurs paroles de clichés nourries de la haine de ceux qui ont plus qu'eux et nourries, mais, aussi, de la honte d'être ce qu'ils sont. Honte que la mère transforme en fierté, parfois, pour sauver la face, parce qu'elle n'a pas le choix. Le narrateur la fait parler dans ses contradictions, de sa fierté : elle aurait pu faire des études, de ce qu'elle nomme ses erreurs, l'enfant trop vite arrivé, ses chances gâchées.

Ce roman m'a fait penser à La place d'Annie Ernaux, malgré la différence dans la violence des propos, c'est l'histoire de celui qui va renier ceux qu'il aurait dû aimer. Mais ici, l'acuité du regard est dérangeante car il a peu de place en littérature ce quart monde, surtout jugé de l'intérieur, par un des leur, c'est un regard d'exilé, volontaire, soit, mais souffrant du vide qu'à laissé une forme de reniement.

Un récit plus complexe que la seule confession nombriliste à laquelle je pensais avoir affaire ...

24/09/2014

Le chien qui louche Etienne Davodeau

"Le chien qui louche" est une croûte, une vraie croûte, dans les grandes largeurs, elle représente, de manière fort logique, un chien qui louche, un portrait de chien, et rien d'autre ; portrait qui va être accroché dans une des salles les plus prestigieuses du Louvre et cette bande dessinée raconte cette odyssée obscure et inconnue.

Sa porte d'entrée est Fabien, lui aussi obscur et ordinaire personnage, qui est, la plupart du temps, gardien de salle au musée, il change de salles, ne s'y ennuie pas. Il a rencontré une dulcinée et vient de faire connaissance avec sa tribu d'hommes, frères, père, grand-père, ce sont les Benion. Un peu étranges avait-elle prévenu, ce qui s'avère fort juste. Les Benion font depuis des siècles dans le siège provincial, dans le meuble de qualité et se tiennent les coudes. Pour démontrer leur puissante ascendance, ils retrouvent pour Fabien l'oeuvre de l'artiste ancestral, "Le chien qui louche", donc, et à leur manière quelque peu bourrue et autoritaire, ils vont entraîner le pauvre gardien amoureux dans une entreprise de reconnaissance du génie familial.

Un mystérieux habitué du Louvre plus tard, monsieur Balouchi, membre d'une aussi mystérieuse "République du Louvre, et voilà qu'entre en ces lieux majestueux, Gustave Benion, avec " son misérable cortège des peintres du dimanche" ...

Bon, l'intrigue manque de ressorts, c'est certain, mais c'est aussi drôle et surtout, le rendu du Louvre par les traits de plume de Davodeau arrête vraiment le regard. De ce lieu, il montre les salles surpeuplées et les coins déserts : de "La victoire de Samothrace" et sa foule d'admirateurs photographiant ( où la beauté de la statue éclaire plus que les flashs et semble alors si solitaire ...), au vide plein d'échos de la cour Puget, les statues de pierre y semblent résonner des mots des visiteurs qu'ils n'ont pas. Le Louvre vu comme une sorte de sanctuaire à double face, une publique, pour les stars, et une intime.

Pour moi, le sujet de la bande dessinée, c'est ce Louvre là, où les statues se dressent solitaires où les œuvres et les gardiens du temple contemplent d'un regard indulgent, les agités qui passent dans leur présent, de la hauteur que donnent les siècles de présence silencieuse.

21/09/2014

Travail soigné Pierre Lemaitre

Je me suis dit : "Sors des lectures glauques Athalie, t'as eu ton compte." Je me suis dit, "un bon polar, ça va faire la transition, faut sortir du glauque en douceur". Mais, rien sous la main, sauf le deuxième tome de la trilogie de Lemaitre, "Alex". Or, il se trouve que je n'aime pas commencer une trilogie par le milieu. (ce n'est pas comme les chaussons aux pommes). Puis, un déclic. Une de mes complices de lectures estivales a le sésame, le roman que je sens que je veux lire. Le dernier Peter May, le premier de sa seconde trilogie. Mon homme ayant zappé le bon nom, et me voilà avec le premier de la trilogie de Lemaitre. Là, je me dis, c'est un signe. ( de quoi? mystère  ... ) 

Donc, je ne sais donc toujours pas si le dernier Peter May est glauque ou pas, mais "Travail soigné", je vous le dis, c'est du lourd.

Pierre Lemaître plante son commissaire et sa brigade. Tiens, je me suis encore dit (je me cause beaucoup en ce moment), il fait dans le genre Ed Mac Bain et Fred Vargas, la concurrence va être rude, me suis-je encore gaussée, faisant la difficile qui sait tout et qui a tout vu.

Camille Verhoeven est d'abord caractérisé à grands traits caractéristiques, vu que c'est le commissaire. Camille est donc petit, mais vraiment petit, petit, Camille a une faille d'enfance, une mère adorée, peintre et distante, une mère qui fumait trop et qui n'est plus là pour le regretter, elle lui a laissé comme un goût d'artiste. Mais Camille est aussi un meneur d'homme, d'une équipe d'hommes éclectiques à souhait ; Armand est le tatillon, radin à l'excès, mais qui ne lâche jamais sa proie d'un quart de poil, Maleval, le bien nommé est le vers dans le fruit, fêtard, amateur de jeux d'argent et de femmes, il est le gros bras maillon faible, et Louis est le décalé, l'esthète, le raffiné, le fidèle second au cœur tendre, droit et sensible, tout en intuitions délicates. Et pour finir, la femme de Camille, Irène, la belle Irène, son cadeau de sa vie à lui, rien qu'à lui, fidèle et enceinte jusqu'aux yeux de leur premier fruit de l'amour.

On rentre dans le livre en plein meurtre, du genre sanguinaire délirant : deux corps, deux femmes, une mise en scène élaborée et cinglée, aucun indice, aucun suspect. L’enquête commence, un peu dans tous les sens, normal, vu la scène de crime, puis le savoir-faire de l'auteur aidant, elle prend son rythme de croisière, ainsi que la série des meurtres suivants, dont on découvre qu'ils ont des précédents, et qu'ils auront aussi des suivants, si le commissaire et son équipe ne se torturent pas rapidement les méninges. Rien de bien nouveau dans l'horizon du polar, soit.

Mais l'auteur est un roublard qui connait son polar et petit à petit, chaque scène de crime se révèle avoir un double littéraire et du coup, je me suis prise au jeu, la charpente classique tient le rythme et j'ai fini par ne plus même faire trop attention aux redondances (ben oui, Camille est petit, vraiment petit, Camille rentre tard, trop tard, Louis est gentil, vraiment gentil ...) pour foncer vers la fin, juste terrifiante. Du coup, je vais aller voir la suite, parce que j'aime bien quand les gyrophares sont en retard et que le commissaire reste planté dans son remords. Mais, bon, c'est glauque quand même ...

16/09/2014

La servante écarlate Margaret Atwwod

Que celle ou celui qui n'a jamais laissé traîner un titre noté sur un blog sur son étagère en se disant : "Ce doit être bien, mais, là, je prends celui d'à côté", me jette la pierre. Moi, cela doit faire deux ans que j'avais "La servante écarlate" en réserve, et maintenant que je viens de le finir, je me demande bien pourquoi, vu que ce livre est juste magistral, ou génial, ou indispensable, ou autres  synonymes de : "Il faut le lire maintenant là, tout de suite".

Delfred est la narratrice et le personnage principal du roman, elle est aussi la servante écarlate. Dans ce monde où les femmes sont rangées par ordre d'utilité, une servante écarlate est une femme qui a été choisie, parce qu'elle a déjà produit un enfant, pour assurer la reproduction auprès de hauts dignitaires du régime qui n'ont pu concevoir encore ( à cause de leur femme au foyer, évidemment). Ainsi, on accorde à ces hommes la possibilité d'avoir une sorte de service de reproduction obligatoire à demeure. De reproduction, pas de sexe, ni de désir, ni de plaisir. Le désir n'existe plus dans la nouvelle république de Gilead. Il fut un temps, et Delfred s'en souvient, où les hommes et les femmes formaient un couple avec de l'amour dedans et se tenaient la main et se touchaient les corps avec sueur et plaisir. Les enfants, alors, ne manquaient pas. Et comme on pouvait les choisir et changer d'hommes et même aimer les femmes, ce temps là n'est plus et les relations humaines ont été reprises en main et reconstruites par la religion de la vertu (aucune religion n'étant nommée dans le livre, je la nomme ainsi, c'est une vertu déviée, évidemment, par le rigorisme de la dictature).

Une servante écarlate se signale à l'extérieur car elle doit être toute de rouge vêtue, gantée, encornetée, dissimulée. Ses jupes ne doivent être soulevées que par le maître de maison, lors de cérémonies ritualisées et sous le regard de l'épouse inféconde. La la dictature manque d'enfants et la situation de guerre en demande.

Les différentes strates de cet univers sont à l'avenant, le fanatisme religieux du régime nourrit les peurs et tue les âmes. Ainsi Defred sait qu'une autre servante l'a précédée dans la chambre aseptisée où elle est reléguée solitaire, lorsqu'elle n'est pas de courses ou de service commandé..Mais que sont les autres devenues, les amies d'avant, les mères et les filles d'avant,? Il y a des exécutions, des camps, des rumeurs et des cérémonies expiatoires ....

Le roman met en place un univers dystopique, à la fois violent et feutré et vu de l'intérieur, voilà, je crois, la singularité romanesque de ce texte. Defred n'est pas une révoltée, ni même vraiment ne se sent victime, elle regarde, subit et attend, tente de survivre sans dignité et pourtant aux aguets d'un frémissement, d'une porte, d'un regard ... Le livre commence par planter son décor, la grande maison du maître, l'épouse, le mépris, et ses frémissements d'âmes à elle, puis l'intime lève le voile sur les rouages cyniques que la dictature de la vertu a mis en place, semble-t-il pour toujours.

Que les femmes soient souvent, dans l'histoire, la vraie, la première cible des fanatismes religieux, voilà ce dont on ne peut douter, et le regard de cette femme de fiction, dans son doute, son trouble, montre aussi ce que la frustration fait à l'homme.

Je me répète, juste magistral.

Merci Ingammnic !

 

14/09/2014

Contrée indienne Dorothy Mac Johnson

Bienvenu au pays des cow-boy et des ranchs, des tipis et des indiens, des convois, de la cavalerie, des têtes recherchées par le Marshall, des Crow et de leurs rêves, des pionniers et les leurs .... L'univers du far-west est le seul exploré par ces onze histoires, chacune centrée sur un personnage, soit indien, soit blanc, soit homme soit femme ; c'est une vue panoramique par petites touches humaines, sans qu'il y ait de blanc ou de noir, sans jugement moral, sans jugement de valeur. On est ballotté de chaque côté de la frontière de l'est, au rythme de son recul vers l'océan ; on passe des débuts de la conquête, du temps où les tribus indiennes avaient encore leur culture intouchée, à la fin, où elles sont parquées par les blancs et que les rites sont oubliés des jeunes qui portent lunettes de soleil et chemises cintrées pour partir faire la guerre en Europe ...

L'éditeur dit "chef d'oeuvre" et ma foi, je surenchéris. Et pourtant, ce sont des nouvelles et moi, normalement, les nouvelles, je n'aime pas trop car le genre me laisse sur ma faim. C'est aussi le cas ici, parce que j'aurais pu en avaler plein d'autres des pépites de nouvelles comme cela, des petits cailloux de vies .... J'y ai retrouvé l'imaginaire de "Little big man", avec du "Duel au soleil" mais sans les couleurs en cinémascope, il y a du western spaguetti, mais sans les violons ( ou l'harmonica), les personnages de cet univers devenu mythique y sont, mais ce sont de simples personnes, ni grandes, ni cruelles, de simples aventures vécues dans un quotidien rude et poussiéreux : la perte d'une petite fille, une femme devenue indienne, un ranch détruit, un homme qui cherche son frère, un guerrier indien qui cherche son rêve .... 

Le tour de force est aussi dans l'écriture, quasi aussi sèche que l'herbe des prairies, et sans fioritures, sans temps à perdre dans l'analyse du bien et du mal. Pas de méchants ni de gentils, juste les embûches, les deux mondes qui se frôlent, ne se regardent pas, sec comme un coup de trique, un kaléïdoscope de petits riens aussi efficace qu'un pavé.

Une mention spéciale pour l'éditeur, un homme qui a eu assez d'humour pour dédicacer mon exemplaire en forme de promesse ... Monsieur Gallmester, merci pour tout ! (on ne sait jamais, si il passe par ici ....)

09/09/2014

Epépé Ferenc Karinthy

Un bien curieux roman, curieux et dépaysant à plus d'un titre. Pas déplaisant, non plus, mais atypique, cela est sûr ....

Imaginez un sérieux, très sérieux linguiste, très pragmatique, très spécialiste de l’étymologie pluri linguiste, Budaï, qui s'endort dans l'avion qui devait le poser à Helsinsky, il devait y donner une conférence et rentrer chez lui. Sauf que, à son réveil, tout gourd encore, il se retrouve dans un bus, dans un hôtel, dans une chambre d'hôtel, dans un univers inconnu et illisible dont tous les codes lui échappent. Un univers sombre, indéchiffrable, surpeuplé, bousculé, tous les repères sociaux, linguistiques, affectifs lui échappent à ce gars pragmatique et donc optimiste, optimiste, mais déboussolé.

Le roman se construit sur les tentatives du personnage, tentatives logiques, raisonnées, raisonnables, pour en sortir de ce piège inconnu, sauf que, là aussi, pour en sortir, il faut le comprendre, de monde, au moins un peu, communiquer, se repérer dans le temps, l'espace, les usages. Ce qui s'avère beaucoup, beaucoup plus complexe, que ce que l'intelligence de Dubaï, pourtant sans faille, ne peut anticiper. A chaque tentative, son, échec, à chaque échec, une nouvelle  tentative. Logique, mais sans faille.

Ce n'est pas un livre de science fiction, le monde où est enfermé le personnage n'est pas futuriste,c'est une sorte de calque du nôtre mais en plus frénétique : une masse d'hommes fourmille sans cesse, grouille en déplacements compacts et brutaux, sans empathie aucune pour le héros qui parcoure tous les différents sens possibles, qui arpente, note, analyse cet espace, ethnologue perdu d'un ordre qui l'ignore, où les repères sont à la fois identiques et totalement obscurs à sa raison.

 Les grattes-ciel poussent plus vite que de raison, les ascenseurs suivent le rythme et les métros aussi. Les hommes poussent, se poussent, ne semblent s'arrêter que pour faire la queue, la queue sans cesse, pour prendre le métro, l’ascenseur etc ... Le moral du pauvre Dubaï finit par vaciller dans cette immersion forcée. Selon ses pérégrinations, il oscille entre résignation, révolte, colère, rage, apathie et espoir.

S'il s'en sort ? On ne peut le dire, mais ce que je peux conseiller par contre, c'est de lire la préface d'Emmanuel Carrère après le roman. Ce que j'ai fait, mais par hasard, en fait, et, à posteriori, je pense que ce hasard-là est mieux que l'inverse. Non pas que le propos de Carrère soit superfétatoire, loin de là, mais il donne, je trouve, un peu de pistes de lecture et d'interprétation. Il vaut mieux tenter d'abord cette étrange expérience de marcher avec Dubaï, de se confronter avec lui à cette étrangeté cruelle, espérer et désespérer avec lui.

Une lecture découverte grâce à Katel, merci du conseil !

04/09/2014

Les new-yorkaises Edith Wharton

les new-yorkaises,edith wharton,romans,romans américains,a cup of tea timeLes new-yorkaises de ce début du siècle sont surtout une, Pauline Manford, qui se noie volontairement dans un tourbillon d'obligations préfabriquées par elle-même : elles multiplient les œuvres de bienfaisance, tout lui est bon pour conformer le monde à sa conformité bien pensante dîners à organiser, invités à placer, discours à réviser pour éviter de les confondre, programme de maintien des rides à distance, manucure, coiffeur et, surtout, surtout, gourous spirituels à payer pour l'aider à gérer le stress intime créé par ces monceaux d’obligations artificielles.

Ses journées sont chronométrées et sa vie personnelle lissée pour tenir dans la vitrine d'exposition au monde qui est le sien, celui de la grande bourgeoisie américaine. Pauline n'a que ce moteur pour avancer et aucune, mais alors aucune culpabilité de cette vacuité qu'est sa vie, que ce ressort pour tourner en rond dans son petit bocal. Même son ex-mari, l'aristocrate fané elle l'a réglé comme son mari, l'avocat en vue, et Nona, sa fille la regarde s'agiter, un sourire moqueur au coin de l'esprit. Argentée, dilettante, vacante en amour, la jeune fille pourrait être à la fois frivole et idiote. En réalité, elle est la seule à ne pas être dupe des apparences futiles qui constituent la seule réalité de sa mère. Elle voit ce que Pauline ne peut même concevoir : la si jolie belle-fille, Lila, petite poupée glissant son mignon minois dans les fourrures, est en train de jeter un coup d'oeil vers où elle ne devrait pas regarder. Et l'objet de la convoitise pourrait bien flancher, et alors, le bocal new-yorkais pourrait pencher du côté de l'inconvenance.  Or, comment empêcher ce que l'on ne veut pas voir quand on est la perfection faite femme ? Pauvre Pauline ...

L'histoire est peut-être moins cruelle que dans "Le temps de l'innocence" ou "Chez les heureux du monde ", mais plus caustique, le personnage de Pauline en agitée permanentée permanente est drôle à regarder et le rythme rapide qu'elle impose au récit se lit à la même vitesse que Pauline fait des chèques pour éviter que son ciel ne lui tombe sur la tête !

 

31/08/2014

Enclave Philippe Carrese

Medved est un camp de travail forcé coupé du monde et tenu par les nazis jusqu’au jour où le roman commence. Ce jour-là, les nazis en passe d’être vaincus battent en retraite, abandonnent les lieux et laissnt leurs prisonniers libres. Enfin, ils devraient être libres, sauf que être libérés ne veut pas dire pouvoir être libres …

C’est une sorte de roman-laboratoire, où l’auteur a mis les différentes composantes d’une machine infernale. Un texte risqué aussi car il semble au départ s’ancrer dans la réalité historique de la fin de la seconde guerre mondiale alors qu’il s’éloigne rapidement d’une reconstruction historique, qu’il est moins question de la libération des camps de concentration que de celle de l’engrenage de la soumission et de la lâcheté.

Pour construire son « camp modèle », l’auteur y a mis plusieurs nationalités dont un groupe d’Italiens minoritaires et égarés là. Ce sont les boucs émissaires, écatés de la communauté des autres prisonniers par le mécanisme humain qui fait que, des hommes humiliés par des hommes plus forts qu’eux, vont se sentir plus forts, à leur tour, en en humiliant d’autres. Il a ajouté des femmes, des prostituées volontaires pour bordel de luxe destinés aux gradés venus dans ce camp pour se reposer tout en contribuant à l’effort de guerre par la reproduction d’enfants correspondant aux critères de la force et de la beauté aryenne. Il y a donc, aussi, quelques enfants du programme Lebensborn. Les autres prisonniers font la masse, ils sont tchèques pour la plupart. Se détache de cette masse, Gabor et Milos, deux « fortes têtes » qui se feront pourtant entrainés par l’engrenage, un médecin à la parole prophétique mais qui ne pourra rien empêcher, le leader « né », Dansko, et enfin le narrateur. Mathias, dit le petit lézard, débrouillard n’a ni froid aux yeux ni le crayon dans sa poche, poussé par sa mère, c’est lui qui rendra compte.

Philippe Carrese a placé son camp soigneusement, en Slovaquie, un cul de sac bordé d’un côté d’un ravin infranchissable et de l’autre entouré de montagnes que nul n’a jamais franchies. Une seule vois d’accès reste possible, le pont de chemin de fer, si les nazis ne l’ont pas piégé …. Dès le jour de la libération, les installations radio ont été détruites, la communauté est libre, soit mais que vont faire les rats de laboratoire de cette semi liberté ?Ceux que le chefs a nommés « les citoyens de Medved ? S’opposer ? Subir ? Reproduire ? Inventer ? Construire ?

La leçon menée par l’auteur est rude à entendre ( mais le livre très facile à lire), d’une parfaite cohérence, sans effets de manches, ni grandiloquence, ni démonstrations moralisatrices inutiles, points par points, les faits consignés dans le cahier du « petit lézard » tordent d’eux-mêmes le cou aux illusions fraternelles.

Un seul bémol : au début du livre, les nazis sont qualifiés de « monstres ». Si seuls les monstres commettaient des actes monstrueux, l’humanité serait assez peinarde, vu que des monstres, il y en a relativement peu chez les humains, alors qu’il y a beaucoup d’hommes. Ce terme m’a d’autant plus étonnée que l’ensemble du livre repose justement sur le postulat inverse : l’homme ordinaire peut, justement pour sa survie ou même moins, son honneur ou quelques autres grands mots, agir de manière monstrueuse. Il n’en reste pas moins hommes, et c’est bien là le problème …

 

En tout cas, un grand merci à Margotte qui m’a donné envie de découvrir ce texte, à la fois facile d’accès par l’écriture et ambitieux par le propos.

27/08/2014

Les douze tribus d'Hattie Ayana Mathis

Hattie est fille de Georgie, à une époque où dans ce sud des Etats-Unis, il ne faisait pas bon d’être une fille noire. A la suite du meurtre de son père, sa mère a pris ses deux filles sous le bras et les amenées dans le nord. Elle laisse à Hattie en héritage l’exigence de la dignité à conserver, contre tout. A Philadelphie, la ségrégation existe encore, mais elle y est plus douce. Une femme noire peut acheter un bouquet de fleurs sur l’étal d’un blanc, et même renverser un pot, sans se faire battre comme plâtre : scène qui accueille la toute jeune fille, à son arrivée, dans le nord. Alors c’est décidé, Hattie restera là, c’est là qu’elle s’accrocha à son rêve : devenir une personne et acheter une maison à elle et à sa famille. Car la jeune fille va rapidement rencontrer August, un mariage fertile en enfants mais pauvre en amour. Comme l’annonce le titre, il y en aura douze. Hattie se bat pour elle, pour eux, les nourrir, les habiller ….

L’histoire est divisée en dix chapitres, chacun est centré sur un moment de la vie d’un ou deux d’entre eux, et puis, on s’en va, et ainsi on passe de 1925 à 1980. Un bout de chacun, des vies parfois courtes, parfois brisées, parfois tragiques, jamais faciles, toujours troublées, tourmentées, fragiles …. Musicien de jazz travaillé par son attirance sexuelle, femme au foyer riche, dépressive et droguée, prédicateur mystificateur et fornicateur, ex-universitaire à la dérive, soldat devenu fou dans un Vietnam qui lui échappe, (et je ne dis pas tout, loin de là …), tous ont un compte à régler avec eux-même, leur passé, ou, Hattie, leur mère.

Parce qu’Hattie n’est pas une mère courage, Hattie s’est battue pour eux, mais elle n’a pas eu le temps des câlins et des mots doux, elle n’a pas toujours vu les failles et n’a pas évité les pièges et les silences, elle n’a pas toujours pu les protéger, pas de tout, et parfois pas même d’elle-même, de sa colère et de la misère où les frasques d’August les maintiennent. Viendra peut-être le temps de l’apaisement, mais celui-là aussi, il va falloir le conquérir.

 

L’auteur explique que ce roman était d’abord des nouvelles et qu’elle a eu ensuite l’idée de relier ses histoires par un personnage, dans l’enclos d’une famille. Cette genèse se sent parfois, car si certains récits sont quasi clos sur eux-mêmes, d’autres font le lien. Ce qui fait que, malgré l’indéniable qualité de ce roman dans son ensemble, il y a quelques inégalités de traitement. J’aurais bien aimé, souvent, en savoir un peu plus sur certains personnages, et j’ai eu le sentiment de les avoir laissés sur le bord de la route, sans pouvoir faire marche arrière ni un petit signe de la main.

25/08/2014

D'un extrême l'autre Hakan Günday

Au début, j’ai pensé que ce roman était un roman réaliste, une sorte de pamphlet engagé dénonçant le fanatisme religieux, le trafic humain, les mariages forcés, la misère et ses fléaux dans la Turquie contemporaine. Puis, au bout d’un moment ( quatre ou cinq chapitres), je me suis dit que, quand même, pour un roman réaliste, l’auteur avait un peu forcé la dose, les faits commençaient à devenir non pas que sordides, mais sonnaient bizarre, de coïncidences improbables en coïncidences invraisemblables, la construction de l’histoire me laissait de plus en plus dubitative … pour le moins dire ….Enfin, de coïncidences improbables en coïncidences invraisemblables, j’ai fini par me rendre à l’évidence, ce n’est pas un roman réaliste, mais c’est un texte engagé, engagé contre, résolument contre, en Turquie ou ailleurs, cela finit par ne plus avoir vraiment d’importance, il faut juste accepter de se laisser emporter par les trajets de deux ogives lancées par la misère dans le gouffre de la vie.

Il y a donc deux histoires, racontées l’une après l’autre, mais en réalité,  elles s’emboitent avec des agrafes (au départ, on ne voit pas les coutures). Le seul lien qui est donné directement est un échange de regard entre deux enfants de onze ans, les deux en mauvaise posture, au-dessus d’une tombe, dans un cimetière d’Istambul, une tombe d’un fanatique islamique, un cimetière de seconde zone.

Le premier regard est celui de Derdâ. La petite fille était pensionnaire dans un internat au fin fond de la Turquie, quand sa mère est venue la chercher. Ce jour-là, une autre petite fille était morte, tombée du lit à étages, en voulant fuir un insecte imaginaire, et une institutrice avait voulu se suicider. La mère de Derdâ lui a promis qu’elle reviendrait s’instruire, une semaine plus tard. La petite fille la croit et prend son cahier de maths pour finir ses exercices. En réalité, la mère compte vendre sa fille, lui arranger un mariage, pour pouvoir s’acheter un lopin de terre et deux ou trois vaches. Ce qui est fait, par l’intermédiaire d’un réseau de fanatiques religieux mafieux. Derdâ tombe dans les pattes d’un forcené, expédiée à Londres  où il a ses affaires, elle est enfermée, frappée, violée. La suite, est que ce sort fait d’elle une bouilloire de colère sadique.

Au fur et à mesure, on se dit que c’est un peu trop quand même mais c’est là que commence la mise en place des agrafes ( en fait, elles sont déjà en place avant, mais on ne les voit qu’après …)

Le second regard (la deuxième histoire) est celle de Derda, pas mieux loti par la vie. Sa mère se meurt dans une cahute adossée au mur du cimetière ( la maison coutait ainsi moins chère, seulement trois murs à bâtir), solitaire, le père est en prison pour avoir assassiné son complice de rapines. Il gagne trois sous en proposant ses services aux visiteurs, il nettoie les tombes. Et puis, la mère meurt, et le cimetière  devient une sorte de domicile fixe ….

 

Et là, évidemment, vous vous dites, là, ça commence à faire beaucoup ( et encore, je passe l’essentiel), même Zola n’aurait pas osé … Sauf que Hankan Günday n’est pas Zola, ou alors un Zola qui aurait fait exploser tout déterminisme social à coups de bazookas armant une bande de paumés sado maso. Son arme à cet écrivain turc est la rage des mots dont il arme ses deux personnages, et la construction du roman est à retardement. Dérangeant, jusqu’au boutiste, sans concession, assez fascinant en fin de compte.

22/08/2014

Les douze enfants de Paris Tim Willocks

J’avais adoré « La religion » du même auteur. Bon, on pataugeait un peu beaucoup dans le sang, les entrailles, la merde, la pisse et j’en passe pas mal …. Mais le super Mattias Tannhauser, sa dulcinée finalement conquise, Clara, et tous les autres, m’avaient emportée dans les tourbillons épiques et débordants des combats dans l’île de Malte, entre musulmans fanatiques et Templiers désespérément accrochés à leur basque. Juste génial !

Je trépignais donc à l’idée de les retrouver à Paris, en cette autre époque de guerre de religion, à son apothéose sanglante, le jour de la Saint Barthélémy. Sauf que, quand j’ai lu sur le quatrième que l’histoire était censée se dérouler en 36 heures et uniquement enfermée dans l’enceinte parisienne en cet unique jour de massacre, j’ai commencé à avoir un doute sur le souffle épique (l’île de Malte ce n’est pas très grand non plus, mais un seul  lieu et à peine deux jours, ça limite quand même les possibilités). Pas grave, me suis-je dit, il va y avoir des retour-arrière et ça va pulser. Ben non. Je n’avais par contre aucun doute sur le sang, les entrailles, la merde, la pisse, et je vous passe les odeurs. La journée en fut sûrement riche, sauf que dans le roman, il y en a trop, vraiment trop.

De plus, le suspens est nul (je veux dire, il n’y en a aucun, Mattias = Superman en pire et Clara, elle vous torche un accouchement entre deux fuites et deux enlèvements) et l’intrigue est mince comme le fil de l’épée passée au travers de tous ceux qui leur barrent la route l’un vers l’autre. Et il y en a beaucoup, sans compter tous ceux qui n’y étaient pour rien, et il y en a beaucoup aussi.

Clara a donc quitté son domaine provincial, enceinte de 8 mois, invitée par la reine elle-même à participer à un concert symbolique prévu pour célébrer le non moins symbolique mariage du futur Henri IV et de la future reine Margot. Concert symbolique, car elle, Clara, la catholique, jouera avec Symone D’Aubray, protestante. Mattias, qui était parti sur les mers, est arrivé trop tard pour l’accompagner. Il arrive donc à Paris pour la retrouver, ne sait rien de la symbolique prévue, ne sait pas où elle est, et entame donc ses recherches dans le labyrinthe des rues et des intrigues qui virent rapidement au cloaque répugnant. Et le sombre héros n’y va pas de main morte pour que ce cloaque devenu carnage ne déborde. C’est simple, il trucide comme d’autres disent bonjour, ou même avant.  Il y a quand même quelques moments où le taux de mortalité baisse, mais peu sur le nombre de pages … Il reste quelques passages poétiques,  voire de ce lyrisme noir qui emportait « La religion », des personnages secondaires atypiques et charpentés : l’Infant du pays de Cocagne, tellement laid que Quasimodo en aurait fait une crise de jalousie, le valet Grégoire, affligé d’un bec de lièvre un peu gênant mais à la douceur de caractère constante, lui, et le cortège des onze autres enfants de Paris, qui tous, à un moment où à un autre, vont être pris sous l’aile vengeresse de Mattias, réduit lui à n’être qu’une machine à briser les os, éventrer, décapiter, émasculer, énucléer, et j’en passe. Il n’y a que violer qu’il ne fait pas, il laisse ce crime là aux méchants, aux autres, et il y en a trop, beaucoup, beaucoup trop.

20/08/2014

Enfants de poussière Craig Johnson

Une enfant de poussière ? Walt Longmire n’en a pas laissé une derrière lui au Vietnam, et pourtant, c’est à cause de l’une d’entre elle qu’il va retourner en ce pays et en cette guerre, en pensée, les bottes et le chapeau toujours solidement plantés dans la poussière d’un été dans son comté de Absaroka dans le Wyoming.

Un enfant de poussière est un de ces bébés nés par hasard d’une étreinte américo-vietnamienne et dont les pères sont repartis, sans même savoir qu’ils l’étaient, et les mères restées. Le corps de la jeune vietnamienne retrouvé étranglée et abandonné sur le bord de l’autoroute en était peut-être une, mais ce qui est sûr est qu’elle cherchait Walt Longmire, puis qu’il retrouve une photo de lui, en jeune marine, dans le minuscule sac rose qui lui tenait lieu de bagage. Rien d’autre. A côté du corps, vit sous l’autoroute un indien géant, très silencieux et très géant, le genre à vous dévaster un hôpital et deux adjoints sans un mot. Et rien d’autre.

Et cela fait deux enquêtes  du shérif au cœur tendre pour le même livre, un petit régal. Le corps de la jeune fille morte entraine walt dans la poussière des villes mortes du far west et dans un recoin de sa mémoire : le temps où, jeune enquêteur dans la police des marines, il avait rencontré Mai Kim, la minuscule prostituée du bar de la base où il devait découvrir le lien entre le meurtre d’un jeune soldat et l’extension d’un trafic de drogue. Pour Mai Kim, le futur shérif mais déjà cœur tendre, jouait, mal, du piano désaccordé, alors qu’elle l’attendait pour sa leçon d’anglais … Petit fantôme, elle fait rentrer dans le comté le moins peuplé de l’état le moins peuplé, le fracas des bombes et des combats de l’offensive du Tet, et aussi la culpabilité et le poids de cette guerre qui lia, déjà Walt Longmire et Henri, son double indien, toujours là depuis.

 

Les enquêtes n’ont que peu de lien mais les deux se nouent sans temps mort, ni d’un côté ni de l’autre. Walt était déjà le même , dur en affaire et doux en femmes … Et si il est un dur solitaire au Vietnam, il est bien entouré de la bande habituelle du comté,  surtout par Vic, dont la mini jupe ne laisse pas insensible sous son chapeau le Walt qui sommeille, pour le moment … Série à suivre !

18/08/2014

Dans l'ombre des Tudors, le conseiller, Hilary Mantel

Après un premier chapitre qui laisse présager un bon gros roman historique plein de sang, de sueur et de larmes ( je rejoins Sandrine sur ce point), je dois l’avouer, j’ai bien failli laisser tomber ce pavé.

Cromwell, cette ombre du pouvoir plutôt méconnue ( de moi, en tout cas …), obscur fils d’un simple forgeron aux accès de violence incontrôlables, on le prend au départ de son ascension (  et l’ascension est longue). Après sa fuite de sa ville natale et ses périples en Europe qui ont fait de lui, simple soldat mercenaire à la solde française, un fin connaisseur de la finance et des banquiers italiens, et aussi de l’art de la politique à la Machiavel, Cromwell est petit à petit devenu le conseiller favori du conseiller favori du roi Henri VIII, le cardinal Wolsey.

Un cardinal qui fait office de premier ministre et tire les ficelles, espionne , manigance, dilapide et remplit les caisses du royaume. On est bien dans l’ombre, dans les coulisses, dans les souterrains du suzerain, déjà quelque peu atrabilaire … Et là dedans, c’est plein de traquenards et d’ennemis qui n’attendent qu’un faux pas pour vous achever, les ragots acérés font souvent mouche.

Le déclin du cardinal s’amorce quand il échoue à faire se réaliser la suprême volonté royale ( à croire qu’il n’a que cela à faire, le Henri VIII) : obtenir l’annulation de son mariage d’avec Cathrine d’Aragon, après 18 années de bons et loyaux accouchements, elle n’a pas donné de fils, et qu’il puisse enfin convoler avec Anne Boleyn, vierge douteuse, mais devant laquelle le roi tire une langue genre « loup de Tex Avery ». Le pape Clément se fait lui très longuement tiré la sienne pour accorder la permission  qui fera que Anne se retrouve enceinte en étant reine et non catin du roi. Le cardinal va échouer mais Cromwell y réussira (enfin, à sa façon …)

Le portrait des temps et des hommes gagne peu à peu en intensité et en intérêt, on croise des mœurs et des personnages qui épaississent l’attente du consentement papal et le récit biographique. Thomas More, par exemple, se révèle moins humaniste qu’obtus, le grand ami d’Erasme et son utopie prennent un bon coup dans l’aile. Anne Boylen est assez épaisse aussi, portraitisée en perfide harpie à laquelle on se met à préférer sa sœur Mary, dont la cuisse légère fut la première dans le lit du roi, et qui lui sert de remplaçante autorisée lors de la première grossesse de celle qui est enfin devenue reine … Mœurs exotiques …

 

Les longueurs, il y en a, mais elles se dépassent finalement. Et comme ce tome se termine avant la chute d’Anne, et que Cromwell résiste encore à trois mariages royaux, si mes souvenirs sont exacts, il reste donc quelques exécutions et  quelques tractations amoureuses à venir, et comme les deux s’accélèrent, on peut supposer que par la suite (il reste deux tome aussi pavés que celui-ci), le rythme se fasse un peu plus trépidant.

16/08/2014

Spooner Pete Dexter

Le livre se nomme Spooner logiquement, puis que c’est le surnom du héros, surnom beaucoup plus utilisé que son nom. Sauf que des héros, en fait, il y en a deux, Spooner , donc, et son beau-père, Calmer. Et je ne suis pas loin de penser que le vrai, c’est le deuxième, qui porte d’ailleurs bien son nom dans la prononciation phonétique française.

Calmer vient du Dakota du sud. Placide, travailleur, consciencieux et effacé, peu loquace, rien ne le prédisposait à la carrière héroïque ( d’ailleurs de carrière, il n’en aura pas vraiment …). Il a bien un oncle, le préféré de la famille, qui s’est fait arracher trois de la main gauche par une ourse dans un zoo (il était gaucher), mais cela ne compte pas vraiment. Calmer, loin du Dakota du sud, est devenu capitaine de frégate, travailleur et consciencieux. Il était sûrement promis à plus haut grade encore, seulement voilà, un obscur député va mourir soudainement lors d’un match de football et Calmer se retrouve en charge de l’immersion du cercueil en pleine mer. Immersion qui va tourner à la catastrophe, comme le vent tourbillonnant dans la jupe de la veuve, pas éplorée, mais  quand même qui va égarer un moment le placide Calmer.

Et voilà ( en gros), comment il va se retrouver père de substitution de Spooner, toujours loin du Dakota du sud, dans la petite ville de Géorgie où Spooner est né, le soir de l’incendie de la maison de retraite. De cette incident-là, Spooner est innocent, mais pour les suivants, enfin pas tous quand même, c’est moins sûr. En effet, le héros enfant loupe à peu près tout, même sa naissance puisque son jumeau mort restera, de ce fait même, le préférée de sa mère. Comment le placide Calmer a-t-il bien pu tomber en amour de cette femme-là ? Cela reste un mystère … Enseignante aigrie, irascible, voire acariâtre, veuve éplorée mais juste d’elle-même, accablée d’un asthme qui lui permet de se plaindre sans cesse et de s’échapper toujours …. Sans doute, Calmer a-t-il vu là un devoir humanitaire à accomplir, cet homme ayant le goût immodéré (mais modeste), des missions perdues d’avance. Pour la même raison, Calmer aimera Spooner quoiqu’il fasse car le jeune garçon persiste, beau-père ou pas à louper tout ce qu’il touche et s’acharne à s’autodétruire, même en ne le faisant pas exprès, ce qui est quand même le comble de l’anti-héroïsme. Sa grande sœur, Margaret est belle et surdouée, comme le deux autres frères qui naîtront par la suite. Spooner se cantonne à la médiocrité, se fait virer de la maternelle pour pulsion sexuelle voyante,  et révèle des dons de somnambulisme pour uriner dans le frigidaire des voisins et rate son suicide sur fourmilière ( et se ne sera pas la seule tentative …). Mais toujours, Calmer le rattrape par le fond de la culotte, en silence, d’œil interrogateur et tendre, lui, le héros boiteux, le vilain petit canard, le champion du sabotage intime …

Puis, Spooner grandira, s’ échappera à lui-même, et s’appliquera, à lui-même, le regard de Calmer.

Une belle histoire de père et de fils qui s’inventent et se choisissent. Ce pourrait être dramatique, mais la tonalité choisie est l’humour, et le roman est truffé de scènes cocasses et burlesques : le mariage des parents de Spooner, l’envolée matinale de la voiture de la voisine sur l’ennemi intime de Calmer ….

 

Je le mets dans mes préférés, parce qu’il a tout pour me plaire, sans en faire un coup de cœur total, parce qu’il a quand même un petit goût de fabriqué pour … 

14/08/2014

Karitas Kristin Maria Baldursdottir

Il y a un accent sur le o de Baldursdottir, mais mon clavier ne cause pas islandais, du moins pas avec moi, ni à ma connaissance. Peut-être qu’il s’entraine quand je ne suis pas en train de lui taper dessus, mais cela ne m’avance pas à grand-chose.

Karitas est donc un roman écrit par une femme islandaise. Un roman islandais, par conséquent (je vous préviens, c'est une note de fainéante ....)  un de ces romans qui amène une note qui aligne les grands mots, tout faits pour lui, alors je vais le faire, sans complexe aucun puisque je n’ai aucune autre idée ( sauf des toutes faites) pour dire que ce roman est vraiment drôlement bien : saga, destin de femme, fresque historique et sociale, passions, tourments, mère-courage ( au moins deux), froid polaire, immense espace des glaciers, (un seul en réalité, mais très grand et très haut), vents glacials, maux de mer, marins, homme fatal (un seul mais très fatal), condition féminine, Islande, début du siècle, choix cornéliens, fatalité de la passion, destins de femmes ( je sais, je l’ai déjà dit mais là, c’est au pluriel, c’est parce qu’il y en beaucoup, des destins et des femmes, des hors normes, des plus ordinaires, des hors normes ordinaires, aussi), vocation, âme tourmentée par la vocation, âme d’artiste tourmenté par la vocation, vocation contrariée par la beauté de l’unique homme fatal, sacrifice, prénoms islandais impossible à taper sur un clavier français normal mais trop dursà retenir, famille, valeurs de la famille, drames, tonneaux de harengs ( des tonnes de harengs, à éventrer, à saler, après, il faut les dessaler pour les manger, c’est comme les vaches, il faut sans arrêt les traire, et les crêpes aussi, les faire, je veux dire, parce que traire des crêpes islandaises ou non, je ne vois pas cela possible), adversité des éléments, adversité des sentiments. Il y a aussi des moutons, des caleçons longs en laine de moutons, des chaussures en cuir de la ville, trois sœurs, trois frères, des robes à tailler, des chats, deux machines à coudre, des celliers à remplir (au moins trois), des enfants à naître ou à mourir.

Voilà, je crois que n’ai à peu près rien oublié. Pour le résumé, il faut juste remettre les mots dans l’ordre, avec les accents où il faut pour les prénoms des personnages et pour les lieux, et c’est bon, bon comme une saga islandaise avec destin de femme et histoire d’amour.

 

PS : Karitas est le prénom de l’héroïne ( je veux dire le principal destin de femme) et s’écrit sans accent, c'est un indice, pour le résumé, on peut commencer par lui.

12/08/2014

Avec vue sur l'Arno E.M. Forster

Ce livre est bien sûr celui qui a inspiré le sublime « Chambre avec vue » de James Ivory et tout le charme des images du film se trouve dans les mots du livre.

Tout commence à la pension de Florence, pension pleine de touristes anglais et où viennent d’arriver la jeune Lucy et son insupportable cousine chaperon, toute de reconnaissance éperdue ( c’est la mère de Lucy qui finance le chaperonnage), elle se donne pour rôle de tenir les rênes de la bienséance. Vieille fille et parente pauvre, elle s’érige en championne de ce qui ce fait et de ce qui ne se fait pas, corsetée dans sa morale victorienne. Lucy veut bien faire, elle aussi, mais elle a juste un peu « trop de Beethoven » dans la tête et dans le cœur. Parfois, le trop déborde un peu du corset. Mais pas trop.

Dans la pension, Forster fait s’agiter le microcosme touristique : les deux femmes doivent-elles, ou non, accepter l’échange proposé par un autre couple, atypique et moins victorien, les Emerson père et fils ? Eux ont ces chambres avec vue que l’on avait promis aux deux femmes. Le portrait de groupe touristique est drôle et grinçant à souhait : un clergyman aux idées plutôt larges, une excentrique écrivaine qui se la joue bohème dans le pur style des snobs qui cherchent « l’authentique couleur locale », aussi authentique que les clichés d’une anglaise sur le retour d’âge peuvent l’être, et les deux inévitables sœurs vieilles filles, aux dentelles fanées et la conservation aussi plate qu’une bouteille de San Pellegrino sans bulle. Le débat est feutré,  puis la question réglée, les deux femmes peuvent, tout en respectant les convenances, accepter la proposition, au départ indécente, autant que peut l’être la simple mention d’un homme prenant un bain dans une baignoire.

De là, part le trouble de Lucy, de là, et aussi de la visite de Santa Croce, que la jeune fille devra faire sans guide. Une jeune fille perdue, sans l’habitude de penser par elle-même et qui ne sait qu’y admirer : où sont les merveilles attendues ? n’est-elle pas en train d’admirer ce qui n’est pas admirable ? Une œuvre mineure, indigne ? De là, Lucy commence à se heurter à la véracité de l’expression des sentiments en acceptant d’entendre le discours d’Emerson père,  puis, sur la place, où le sang d’un crime va éclabousser les cartes postales, et enfin dans un champ de violettes où la recherche de la vue sur l’Arno va s’égarer dans un baiser volé. Lucy fuit celui qui fait s’échapper d’elle ce "trop plein de Beethoven" en elle.

De retour en Angleterre, dans son home protégé de l’expansion de ces dangereuses ardeurs, Lucy va mettre beaucoup d’énergie dans la fuite d’elle-même et de ses sentiments véritables, de fiancé coincé en pare-feu de vieilles filles. Lucy se leurre et se masque et l’on s’amuse à voir le papillon refuser de sortir de sa chrysalide …

Un régal de comédie satirique où chaque personnage est solidement campé dans ses positions, portraitisé à grands traits bien solides mais sans caricature, les scènes au jardin sont fraiches et ensoleillées comme des tableaux impressionnistes, le ton enlevé comme les notes du piano de Lucy, on entendrait presque la voix pétrie de pédantisme de Cécil ( le fiancé coincé) lire les pages du roman qui forcera la jeune fille à prendre l’envol redouté.  Une bien agréable lecture, avec tout ce qu’il faut de « trop de Beethoven » et une bonne vieille crème anglaise !

Et une pensée pour Ingannmic qui doit y flâner encore, peut-être, sur les bords de l'Arno ....

 

 

10/08/2014

Le tort du soldat Erri de Luca

C’est une première rencontre pour moi avec cet auteur connu et reconnu et que je ne connaissais pas, je veux dire que j’avais un nombre étonnant de fois, soulevé un de ses livres de la pile de nouveautés et qu’à  chaque fois, je l’y avais reposé. Pourquoi ? Aucune idée ….

Seulement voilà, il y a quelques mois, je suis rentrée dans une petite librairie indépendante dans une petite ville un peu éloignée de mes points d’achats d’habituels, et il m’est impossible de ressortir d’une petite librairie indépendante posée dans une ville quelque peu oubliée des grands axes culturels, sans contribuer à la cause. J’ai choisi, pour mon geste de solidarité, ce petit livre, en grande partie parce qu’il était petit, il faut le dire. C’est donc un petit geste de solidarité ….

Et sans doute un mauvais choix de ma part, car, je dois le dire, je suis restée parfaitement hermétique à l’intérêt de ce texte. Intouchée par les personnages et leur histoire, un récit alterné d’une rencontre unique et fortuite, et des conséquences, restées sans lendemain, à leur propre connaissance.

Le premier récit est tenu par un intellectuel italien, spécialiste de l’écrivain juif Isaac Bashevis Singer, assassiné par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Il est en train de traduire du Yiddish le dernier chapitre du dernier roman de cet auteur, qui a deux fins différentes. Un truc autour de la vérité, auquel je n’ai pas compris grand-chose. Il vagabonde entre souvenirs de ses visites à Birkenau, évocations du Ghetto de Varsovie et récit des ses escalades montagnardes, notamment celle qui le mène à l’auberge de la rencontre dans les Dolomites. Il y croise un couple, le père et sa fille. Un échange de regards plus tard, ils partent, et lui aussi, chacun de leur côté. Exit l’intellectuel.

La femme croisée prend la suite, elle se révèle être la fille d’un criminel nazi, non encore débusqué, et donc toujours en fuite, et surtout toujours nazi dans l’âme, convaincu que son seul tort est « le tort du soldat », c’est-à-dire d’avoir obéi  et d’avoir perdu la guerre, et que la guerre a été perdue car l’idéologie nazie ne s’est attaquée qu’à la population juive et non à l’âme juive. Affublé d’une fausse identité, il a vécu à Vienne sous un uniforme de facteur et tente de résoudre les mystères de la kabbale pour atteindre la compréhension de l’échec  …. Sa fille n’a rien voulu savoir de ses crimes, elle a décidé de l’accompagner de cette indifférence, elle décrit cet homme sans haine et sans amour.

 

Du coup, moi, j’ai trouvé cette histoire quelque peu plate : une femme frigide de la tête,(seul frémissement, le souvenir des vacances enfantines sur une île de soleil et le frôlement des mains d’un jeune garçon, muet …) un érudit solitaire et un nazi droit dans ses bottes et silencieux. Ces personnages me sont restés des énigmes, passant dans un décor peu animé, quelque chose d’un peu guidé et étriqué où même les Dolomites me sont apparues esquissées avec un arrière plan de Suisse Normande ( enfin, telle que je m’imagine la Suisse Normande, c’est-à-dire avec les couleurs du chocolat Milka, ce qui n’a strictement rien à voir avec le roman !!!!). Je me suis donc égarée en ces pages, sûrement très belles et bien écrites et un auteur à retenter, dans quelque temps ….

08/08/2014

Prince d'orchestre Metin Arditi

Quand j’ai dressé la liste des livres qui avaient pris leur place dans ma valise de vacances, ( et paf, un titre tapé, et paf de l'autre main dans le sac) je n’ai pas mentionné, ni celui qui restait à finir, ni celui prévu pour le voyage au cas où j'aurais eu un trou …  je me suis dit qu’ils ne comptaient pas vraiment, vu qu’ils n’étaient pas dans la valise. Celui à finir était donc Prince d’Orchestre d’un auteur que j’aime bien en général, découvert avec "Loin des bras".

« Le turquetto » mettait en scène un peintre, et celui-ci retrace aussi le destin d’un artiste, un chef d’orchestre surdoué que l’on cueille au début du roman, au sommet de sa gloire. Il se distingue aussi par son égocentrisme insupportable, d’un égo tellement surdimensionné, que là aussi, il dépasse tous les autres chefs. Méprisant, imbu de lui-même, Alexis Kandilis croule sous les applaudissements généreux et extasiés qu’il parfaitement orchestrer, provoquer et manipuler à son seul avantage. De musique, point n’est-il question, juste de ce magistral savoir faire qui l’a hissé au pinacle. Porté par sa seule ambition, celle de sa mère et la vanité de sa femme, Charlotte, tout autre sentiment lui semble étranger et sa principale préoccupation est d’être choisi pour diriger le projet musical qui le consacrera définitivement au sommet devant tous les autres, l’intégrale de Beethoven, enregistrée en public. Ce qui semble quasiment acquis, selon ses agents. Une biographie est en cours, reste juste à choisir les photos qui lècheront l’image glorieuse du petit garçon doué dont le destin est l’exceptionnel,  et les rôles sont distribués.

Seulement voilà, un premier faux pas, une humiliation de trop envers un musicien lors d’une répétition, en engendre un autre, puis un autre et un autre, le maestro démasqué met en place lui-même l’engrenage de la chute annoncée. Alexis se torpille, hanté par la certitude de sa valeur unique, il n’orchestre plus que sa décadence publique, se mettant à dos les médias et aveugle à toutes les mains tendues. Insupportable Icare, jamais on ne le plaint, on lui mettrait même la tête un peu plus sous l’eau, et on peine même à croire qu’il puisse mériter la générosité de ses sauveurs successifs : Sacha, le flutiste fidèle, Menahem, le sage au fils suspendu, Tatiana et Pavlina, les deux amantes masochistes. Ils croient tous, comme lui-même, à son talent, mais c’est comme homme qu’Alexis échoue, à chaque fois plus sûr de ses délires paranoïaques.

 

La fin est donnée dès les premières lignes, ce qui fait que le récit, bien rythmé en chapitres courts, découpé au cordeau de trois parties efficaces et sans concession pour le personnage voulu malveillant, ne tient pas tant dans la question du pourquoi, mais du comment. Et finalement, j’attendais un peu plus de pourquoi. Et même si au bout d’un moment, j’ai fini par comprendre que ce roman était une sorte de croisement entre « Loin des bras » et « La fille des Louganis », cela ne m’a pas vraiment aidé ( impossible de me souvenir de ce qui a bien pu lui arriver au Alexis avec Lenny à l’institut Alderson, celui de « Loin des bras », et quelle douleur ravive chez le personnage principal, « Les chants des enfants morts », par exemple et comme Lenny doit se taire pour sauvegarder le maestro et qu’il se tait … Bien marrie, je fus, car non, je n'ai pas ma bibliothèque dans la voiture …), trop peu de clefs sont données, et la fin est tombée à plat, un peu trop à la fois incongrue et attendue. Il faut dire que maintenir le lecteur en haleine sur la destinée d’un ambitieux ainsi peu attachant est une sorte de gageure. Même Rastignac, dès fois, il semble avoir des délicatesses de l’âme.

07/08/2014

Le rocher aux corbeaux Peter Robinson

Où l'on retrouve l'inspecteur Banks,  pépère mais plus beau gosse que Maigret du "Voyeur du Yorshire", toujours marié, intègre, et content de son sort en ce beau pays où il est venu pour fuir la violence londonienne ( sauf qu'il est un peu moins obsédé par l'opéra que dans le premier et que sa descente de pintes de bières prend de la vitesse ...)

Dans un petit village touristique, dans la douce et paisible vallée de Swainsdale, vivait un homme paisible et doux, Harry Steadman, un historien passionné d'archéologie industrielle depuis les Romains jusqu'à nos jours, en gros ... Il avait trouvé en cette vallée sa terre d'élection et travaillait son sujet, financièrement libre, et ayant laissé de côté toute ambition de carrière, passionné par sa recherche intellectuelle et par la pertinence de sa science nouvelle. Harry, c'est simple, tout le monde l'aimait, un historien sans aucune histoire, même pas drôle (le type, il devait être ennuyeux comme une chemises à petits carreaux bleus et blancs, avec des manches courtes, le col fermé jusqu'en haut, le genre "chemisette pour hommes" de chez Damartd vous voyez le truc ? la poussière, elle est déjà grise avant de se déposer dessus.) Comment un type pareil, dans un endroit a-t-il bien pu se retrouver la tête fracassée, le corps abandonné en pleine nuit et en pleine lande ? Diantre de mazette ....

L'inspecteur, de son pas toujours pépère, piétine. Aucun suspect en vue, même en rase campagne. La femme hérite, aussi terne qu'un fond de tapisserie à petites fleurs, mais elle a un alibi solide. Les copains du pub, non, mais aucun mobile, une vague histoire de dispute pour un bout de terrain avec des ruines romaines ... Pas de quoi bouter hors du domaine des vivants un historien placide. Il y a bien la belle Penny, ex-chanteuse de folk du terroir à succès, elle a tout plaqué pour couler ses jours dans son village. Il y a bien un été dix ans avant ...

Bref, un meurtre au pays des bisounours ... un huis-clos champêtre, juste un peu troublé par une adolescente qui croyait en savoir bien plus qu'elle n'aurait dû le croire.

Sur ce deuxième tome, l'action commence quand même un peu trop tardivement pour que l'on aie pas auparavant épuisé d'épuisements vains toutes les possibilités de solutions ... Une légère déception par rapport au premier, il est cependant fort probable que je retrouve un jour le goût (pépère) de cette série, qui a son charme tranquille.

Encore merci V. ! ( et donne-moi des nouvelles d'Angustus, quand tu en auras ...)

04/08/2014

Le voyeur du Yorkshire Peter Robinson

le rocher aux corbeaux,peter robinson,romans,romans angleterre,séries policièresUn livre idéal pour le mal dont j'ai souffert tout début juillet, le manque total, complet, radical, abyssal, même, de connexions neuronales. Vous savez, quand à l'intérieur de la tête, ça fait juste splasch-splasch quand on la tourne, le bruit des neurones qui flottent dans le vide .... Un grand merci, donc, à V. qui avait dû anticiper mon état et m'avait délicatement prêté les deux premiers tomes de la série des enquêtes de l'inspecteur Banks. Elle avait vu le coup venir ... Que l'on se rassure, cette série est une drogue douce ( alors que moi, sans scrupules, je lui ai refilé du lourd, de la dure, "Longsome Dove", avec Angustus dedans ...)

L'inspecteur Banks est un inspecteur pépère : ni alcoolique, ni dépressif, ni paria de la police. l'inspecteur Banks est un type qui fait son boulot. Pépère, j'ai dit, mais quand même plus beau gosse que Maigret. Marié, à une belle femme gentille comme tout, deux enfants, du genre qui vont se coucher quand on le leur dit. Pépère. Consciencieux, honnête, scrupuleuux sans obsessions particulière, reposant .... Un bonheur pour les neurones en état d'affaissement.

L'inspecteur a quitté Londres et ses violences urbaines excessives pour être muté dans le doux comté du Yorshire ( enfin, je dis doux, je n'en sais rien, n'ayant jamais mis ne serait-ce qu'un demi doigt de pieds en ces paysages dit idylliques dans le bouquin). Evidemment, vu qu'il est inspecteur de police, le paysage a beau être doux, il y a quand même crime, même si, au départ, c'est un crime relativement ... pépère ... Un voyeur sévit dans la petite ville, un voyeur pas trop méchant, qui s'enfuit dès que se victime l'a vue. Pas méchant, mais le voyeurisme est quand même un délit, peut-être un premier pas vers des violences plus grandes. Craignant donc la contagion et pour éviter les rumeurs d'incompétences et de négligences voire de je-m'en foutisme pas féministe du tout, la police s'adjoint les services d'une psychologue, Jenny Fuller,  une psy super canon ... Du côté de l'inspecteur, un trouble s'installe et côté enquête, on va doucement, du coup. Pourtant, dès le départ, il y avait d'autres signes que le voyeurisme, il y avait quelque chose de pourri dans la ville idyllique : deux adolescents dont les limites sont très, très perturbées, une vieille dame, poussée, et retrouvée morte, une série de cambriolages, un papa mère-poule aveuglé jusqu'au cou, un photographe amateur qui a un peu perdu le bouton stop ... sans que rien ne relie les morceaux du puzzle.

On va doucement, on penche à droite à gauche, dans la tête, ça me fait toujours splash-splash, mais on est peinard. l'accélération se fait au final, l'inspecteur se met à caracoler tout d'un coup, attrape tous les indices qui traînaient dans ses petits bras musclés et sprinte vers la résolution finale.

Même pas peur, classique et parfait en prescription pour état léthargique persistant ... D'ailleurs, j'ai enchaîné sur le deuxième ...